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Etudes des Retraites - 2015 Je suivrai mon Seigneur

 

 

RETRAITE DE  L’UNION DE PRIERE

A CHARMES

2015

 

 

 

Je suivrai mon Seigneur et mon Maître

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des matières

Culte d'ouverture                                                                Guy Chautems........................................ p. 1

Marc 1 : Venez à ma suite                                                      Alexandre Paris..................................... p. 3

Mc 10.17-31 ; Mt 19.16-22 : l'homme riche et triste.               David Bouillon...................................... p. 12

Jean 21.19 & 22 : "Que t’importe, toi, suis-moi"                        Christian Jullien.................................... p. 15

Suivre la bête ou l'Agneau ? Apocalypse 13 & 14                Matthias Helmlinger............................. p.21

   Suivre la bête ou l'Agneau ? Notes                                   Matthias Helmlinger............................. p.26

 

 


 

 

culte d'ouverture

Guy Chautems

La parabole des trois amis : Seigneur, enseigne-nous à prier ! (Luc 11.1 et 5-8)[1]

Jésus, le Sauveur, le fils de Dieu, en acceptant de venir habiter parmi nous est devenu pleinement homme ! Comme nous, il a connu la fatigue, les larmes, la joie ! Comme nous, il a connu les durs combats de la prière ! Comme nous, il a appris… tout ! Il a aussi appris à prier ! Dans la parabole que vous avez entendue tout à l’heure Jésus nous livre en peu de mots les clés d’une prière efficace, d’une prière exaucée.

Vous l’avez peut-être remarqué, l’histoire  que raconte Jésus met en scène trois amis ! Il y a le personnage principal, l’ami du centre, l’intercesseur, le prieur, c’est d’abord Jésus, c’est nous aussi. Il y a l’ami de la main gauche qui a faim et qui débarque chez l’ami du centre en pleine nuit. Il y a l’ami de la main droite, celui chez qui l’on trouve du pain à n’importe quelle heure ! Dieu.

Ces clés nous allons les obtenir en passant à tour de rôle vers ces trois amis ! Commençons par l’ami de la main gauche qui débarque au milieu de la nuit !

Première clé : répondre aux besoins fondamentaux des hommes.

Pourquoi cet ami a-t-il besoin de trois pains ? Car si vous lisez la parabole ce chiffre est bien mentionné par Jésus : Supposons ceci : l'un d'entre vous a un ami qu'il s'en va trouver chez lui à minuit pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains… (Lc 11.5) Pour comprendre il faut lire les trois dernières demandes du Notre Père ! Les hommes ont besoin du pain quotidien, ils ont besoin du pain du pardon, ils ont besoin du pain de la délivrance ! Ces trois pains couvrent tous les besoins fondamentaux de l’être humain !

Discerner les besoins fondamentaux des hommes, c’est en tant qu’intercesseur s’interroger : lequel de ces pains dois-je donner en priorité à cet ami qui me demande de l’aide au milieu de sa nuit, en plein cirage ? Dans une communauté vivante on se doit de développer ce discernement ! L’apôtre Jacques mentionnait le premier de ces pains lorsqu’il disait : 15Supposez qu'un frère ou une sœur n'aient pas de quoi se vêtir ni de quoi manger chaque jour. 16A quoi cela sert-il que vous leur disiez : « Au revoir, portez-vous bien ; habillez-vous chaudement et mangez à votre faim ! », si vous ne leur donnez pas ce qui est nécessaire pour vivre ? 17 Il en est ainsi de la foi : si elle ne se manifeste pas par des actes, elle n'est qu'une chose morte. (Jc 2)

Donne-nous notre pain de ce jour ! C’est en vue de développer ce discernement que Jésus nous invite à creuser cette requête ! Je dis bien creuser, méditer, évaluer, faire l’inventaire ! Luther le Réformateur y invitait ses lecteurs lorsqu’il la commentait ainsi : « Demander le pain de ce jour, c’est demander la nourriture, des bons souliers, des habits convenables, un bon professeur, un bon médecin…etc. ! Pas si évident de développer ce discernement ! »

Et puis il y a le pain du pardon, de la réconciliation. J’y reviendrai tout à l’heure. Offrir la réconciliation avec Dieu, avec soi-même, avec les autres…

Et puis il y a le pain de la délivrance, délivrance d’une maladie, délivrance d’un fardeau trop lourd à porter, délivrance d’une attaque répétée de la part de Satan, délivrance d’un scénario, toujours le même que je répète depuis des années…

Discerner le besoin premier ! Pour arriver à ce discernement il faut garder en tête ces trois dernières requêtes du Notre Père ! Et se souvenir de la fin de l’enseignement de Jésus : Tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants. A combien plus forte raison, donc, le Père qui est au ciel donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! (v. 13)


 

Deuxième clé : développer la culture de l’amitié !

L’ami du centre, nous l’avons dit, c’est d’abord Jésus ! C’est dans sa compagnie que nous allons apprendre à cultiver l’amitié pour tous les hommes. Lui dont on disait : Voyez cet homme qui ne pense qu'à manger et à boire du vin, qui est ami des collecteurs d'impôts et autres gens de mauvaise réputation ! (Mt 11.19) Je me souviendrai toujours de Festo Kivengere, évêque de Kabale, une région de l’Ouganda. Ce grand évangéliste qui avait, de justesse, échappé à la haine meurtrière d’Idi Amin Dada, avait écrit en exil un petit livre intitulé : « J’aime Idi Amin Dada ! » Idi Amin Dada avait tué, de sa propre main, tous les évêques d’Ouganda. Festo, venant d’une région éloignée de la capitale, avait de justesse échappé au massacre à cause d’une panne de voiture. « J’aime Idi Amin Dada ! » Il faut l’écrire après une pareille tuerie. Festo, cet ami, ce frère, avait appris l’amour et l’amitié pour tous les hommes au pied de la Croix ! Révolté contre Dieu, là, au pied de la Croix son cœur a fondu ! Là, au pied de la Croix il a accueilli l’amour de Jésus ! Là, au pied de  la  Croix, Jésus est devenu son ami. La culture de l’amitié s’apprend au pied de la Croix !

Cette culture doit se développer et remplir tout l’espace de nos relations. Je vous laisse une image ! Vous pouvez cultiver des fraises dans un bac sur votre balcon, dans un carreau de jardin, voire dans un champ. Plus votre espace sera large et long plus vous récolterez de fraises ! La largeur de l’amour, Jésus en a souvent parlé ! Il disait en gros ceci : plus tu es conscient, à ton niveau, de la grandeur de tes fautes et du prix que cela a coûté à ton Dieu pour les effacer, plus le champ où se développera la culture de l’amitié sera large. Mais la largeur ne suffit pas, il y faut la longueur… Ce pardon reçu, il faut le donner ! Voyez Jésus sur la Croix, là il manifeste la longueur de ce pardon lorsqu’il prie dans un dernier souffle : Père, pardonne-leur car il ne savent pas ce qu’ils font !

Je pense que le champ où nous cultivons l’amitié est carré. La longueur est identique à la largeur ! Notre capacité à pardonner va grandir proportionnellement à notre prise de conscience de la grandeur du pardon de Dieu ! C’est afin d’augmenter cette capacité que Jésus nous invite à prier : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! Travaille sur le champ du pardon, c’est le champ de l’amitié vraie ! Travaille sur ce champ, prend toujours plus conscience de la largeur du pardon de Dieu alors tu seras capable de dire comme Jésus sur la Croix, comme Etienne le premier martyr : Père pardonne-leur ! (Lc 23.34 ; Ac 7.60)

Plus tu travailleras le champ du pardon, plus tu en augmenteras la longueur et la largeur, plus tu feras ce travail devant Dieu en empoignant à bras le cœur la quatrième requête du Notre Père, plus tu deviendras pour tous les hommes que tu rencontreras, cet ami du centre… tu n’auras pas besoin de parler, de dire quoique ce soit. Tu seras sans même t’en rendre compte l’ami des pécheurs et des gens de mauvaise vie, car ils sentiront que tu fais partie des leurs ! (Lc 7.34) Il nous faut développer cette culture ! Apprendre que le deuxième pain c’est celui de relations renouvelées avec Dieu, avec le prochain ! Etre des hommes et des femmes qui offrent le pain de la réconciliation ! Ce pain que Jésus a voulu nous partager lors de chaque sainte cène !

Troisième clé : développer la culture de la liberté !

Les hommes, tous les hommes ont besoin de liberté ! Lorsque nous sommes enfermés dans les soucis, enfermés dans la culpabilité, enfermés dans la maladie, nous nous trouvons dans un cachot, avec des barreaux, sans lumière ! Et voilà que vous êtes appelés à être cet ami du centre, cet intercesseur. Vous avez développé cette culture de l’amitié et vous avez cette conviction qu’il vous faut offrir le pain de la délivrance, de la liberté à cet ami qui vient vous trouver au milieu de la nuit ! Vous n’avez cependant rien à offrir… il n’y a rien dans vos armoires, pas la plus petite miette de ce pain.

En disant cela, je reconnais que c’est souvent, si ce n’est pas toujours, la position de l’intercesseur. Vous n’avez rien et cependant vous savez que l’ami de la main droite, lui a tout ! Vous savez qu’il peut offrir la délivrance, la libération, la guérison ! Alors vous vous enhardissez et au milieu de la nuit vous allez lui réclamer ce pain ! Et il répond… toujours lorsque nous frappons jusqu’à en avoir les genoux et les mains endolories, lorsque nous demandons jusqu’à en avoir les cordes vocales irritées, lorsque nous cherchons jusqu’à en être épuisé ! Il répond ! Il répond… toujours !

Je pense à cette anecdote : Voltaire, séjournant dans le pays de Gex, aimait taquiner un jeune enfant chrétien, qui osait parler de sa foi ouvertement au grand philosophe ! Un jour cet enfant lui parla de je ne sais plus quelle demande importante qu’il faisait monter vers Dieu ! Quelques jours après cette discussion, Voltaire apprit que la prière de l’enfant n’avait pas été exaucée. Il se mit à le taquiner : « Ton Dieu ne t’a donc pas répondu ! » « Si, si dit l’enfant, il a dit non ! »

Quand je vais à la boulangerie je suis toujours étonné de la variété des pains qui sont offerts ! Dieu répond toujours ! Mais parfois le pain est d’une variété différente, feet, avec graines, torsadé, au lait… sans gluten… Voilà pourquoi nous devons bien entendre ce que Jésus dit lorsqu’il met en scène notre Père : 11Si l'un d'entre vous est père, donnera-t-il un serpent à son fils alors que celui-ci lui demande un poisson ? 12Ou bien lui donnera-t-il un scorpion s'il demande un œuf ? 13Tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants. A combien plus forte raison, donc, le Père qui est au ciel donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! (Lc 11) L’Esprit-Saint, parce que tu t’attends à Lui t’accordera la grâce d’offrir à l’ami de la main gauche, le pain que l’ami de la main droite t’aura donné.

Je termine avec cette anecdote. Je l’ai entendue de la bouche de Maurice Ray qui a été mon père spirituel. Maurice avait été voir un pasteur que j’ai bien connu et qui était un homme de Dieu remarquable. Cet homme était très malade, hospitalisé à Saint-Loup (le lieu de nos retraites suisses) ! Il avait un franc parler et disait les choses comme son cœur les vivait ! Après les salutations il déclara : « Tu sais Maurice, je suis foutu ! » Bouleversé Maurice a fait un grand silence… et puis il lui a simplement dit : « Est-ce que c’est Dieu qui te l’a dit ? » Ce pasteur en fin de vie est resté muet, puis il a dit : « Je m’en vais le lui demander ! » Quelques jours plus tard il sortait de l’hôpital, il avait reçu la réponse !

Conclusion

L’enseignement que Jésus donne dans le Notre Père -  vous l’avez bien remarqué -  est centré d’abord sur l’adoration du Père ! Il est le Créateur qui ne dort pas mais qui veille sur ses enfants… Il est notre ami ! Il désire ardemment que sa volonté advienne sur la terre comme elle est faite tous les jours au ciel… Il veut que son règne arrive… Il veut que son nom ait la première place dans nos cœurs et dans nos vies. A nous, par nos prières, de faire venir le ciel dans nos familles, dans notre paroisse, dans notre pays.

Amen.

Venez à ma suite !

Alexandre Paris

Mon exposé est tiré entièrement du livre de Daniel Bourguet : « Devenir disciple », Edition Olivétan, 2006, p 7-40. que je remercie et bénis pour son enseignement.

Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu. Il disait : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu s’est approché. Repentez-vous et croyez à l’Évangile. » Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer, car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes ». Et aussitôt, laissant les filets, ils le suivirent. Comme il allait un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui eux aussi étaient dans une barque, réparant les filets. Aussitôt, il les appela ; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

(Marc 1.14-20)

Une prédication sans écho

Lorsqu’il arrive en Galilée pour se mettre à prêcher, Jésus, d’après l’Évangile de Marc, n’a pas encore prononcé une seule parole. Son ministère a commencé sur les bords du Jourdain, lors de son baptême, mais ce jour-là, il resta totalement silencieux (1.1-11). Ensuite, au désert, où il est tenté pendant quarante jours par le diable, il ne prononça toujours pas la moindre parole (1.12-13). Curieusement, le ministère de Jésus commence par un profond silence, un silence si impressionnant même, que le lecteur de l’Évangile, intrigué par ce silence, se met à avoir soif de la parole du Christ et s’apprête à accueillir alors avec une extrême attention les premières paroles qui sortiront de sa bouche.

Que sont donc ces premières paroles ? Une prédication ! Et pas n’importe laquelle : il prêcha l’Évangile de Dieu nous dit Marc : ainsi est désignée la première prédication du Christ ! Son contenu est présenté comme venant de Dieu lui-même et comme étant de sa part un « Évangile », c’est-à-dire une Bonne Nouvelle adressée aux hommes. Il est difficile de faire mieux pour dire à quel point cette prédication est importante.

Chacun des thèmes de cette prédication pourrait faire l’objet de longs commentaires : l’accomplisse-ment des temps, la proximité du Royaume de Dieu, la repentance, la foi à l’Évangile... Chaque mot a son pesant d’or et pourrait faire l’objet d’une retraite, mais ce n’est pas sur cela que je voudrais m’arrêter maintenant. C’est donc avec grand soin que Marc souligne l’importance de la première prédication de Jésus, mais, curieusement, il oublie de nous dire devant quel auditoire elle a été prononcée ! Dans une synagogue ? Sur une place publique ? Au bord du lac ? Sur une montagne... ?

Marc oublie aussi de nous dire comment cette prédication a été reçue ! Aucune réaction de l’auditoire ne nous est transmise ! Comme si Jésus avait prêché dans un désert ! Personne ne semble avoir été tou­ché, intéressé, interpellé ! Comme si la Bonne Nouvelle de Dieu laissait le monde indifférent ! Mais n’est-ce pas cela en fin de compte ? N’est-ce pas la triste vérité, comme le note de son côté saint Jean l’Évangéliste ? Il est venu chez les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu ! (Jn 1.11) Pauvres de nous !

Dieu à la recherche des hommes

C’est bien vrai : personne ne s’intéresse vraiment à Dieu ! Personne ne s’en préoccupe vraiment ! Personne ne le cherche vraiment ! Par contre, depuis le commencement du monde, Dieu ne cesse de cher­cher l’homme, car l’homme est au cœur de son amour. Où es-tu ? s’écrie Dieu, en recherchant Adam, comme une brebis perdue (Gn 3-9). C’est ainsi aussi que Jésus, après sa première prédication sans écho, partit à la recherche des hommes, à la recherche de chacune de ses brebis perdues. Il s’en alla au bord du lac de Galilée et se mit à en appeler deux, puis deux autres, et ainsi de suite, jusqu’à nous, sans doute...

C’est une première vérité qu’il est bon de reconnaître : en fait, nous ne cherchons pas Dieu ! Si nous sommes devenus disciples, ce n’est pas à la suite de notre propre démarche, de notre quête de Dieu, mais à cause de sa démarche à lui. C’est lui qui est venu nous rencontrer, nous appeler. Nous sommes chacun une brebis perdue qu’il se met en peine de chercher. C’est lui qui nous invite à le suivre. « Tu ne me chercherais pas, si je ne t’avais pas déjà trouvé », dit le Christ à Pascal : c’est bien la vérité, pour chacun de nous !

C’est un peu différent dans les autres Évangiles, mais dans celui de Marc il est très clairement montré qu’aucun disciple n’est devenu disciple de sa propre initiative. Les quelques individus qui se sont proposés de le devenir n’ont finalement pas suivi le Christ. Tous se sont découragés (l’exemple le plus célèbre étant celui du jeune homme riche, cf. Marc 10.17ss). Par contre, ceux qui ont véritablement suivi Jésus sont tous bénéficiaires de sa propre démarche.

Ici, sur les bords du lac, Jésus vient à la recherche des quatre premiers disciples. Plus tard, pour Lévi le publicain, il en va de même : Lévi ne prend aucune initiative pour suivre Jésus, c’est Jésus qui vient le chercher dans son bureau de péager pour l’inviter à venir à sa suite (2.14). En ce qui concerne Philippe, selon l’Évangile de Jean, le récit de sa vocation est encore plus suggestif : Jésus trouva Philippe et lui dit : Suis-moi ! (1.43). L’emploi du verbe « trouver » est très significatif : il révèle que Jésus a bel et bien cherché Philippe. Ce n’est pas Philippe qui a fini par trouver Jésus après l’avoir cherché... Il en va bien de même pour chacun de nous : quiconque est disciple doit savoir que Jésus l’a cherché et trouvé, et qu’à travers Jésus c’est Dieu qui nous cherche et nous trouve.

Des ténèbres à la lumière

Pourquoi ces hommes-là, ces quatre pêcheurs, et non pas d’autres ? Etaient-ils particulièrement méritants, dignes d’être l’objet de l’attention de Jésus ? L’Évangile se tait sur ce point. Ceux qui sont appelés savent bien au fond d’eux-mêmes qu’ils n’ont aucun mérite, qu’ils n’ont rien à mettre en avant de leurs vertus, de leur dignité, ou de leur aptitude à être disciples.

Dans le récit parallèle de Luc, la réaction de Pierre est des plus claires à ce propos : Seigneur, éloigne-toi de moi, car je ne suis qu’un homme pécheur (5.8), dit-il en se jetant aux genoux de Jésus. En disant cela, Pierre mesure le fossé qui le sépare du Christ, l’abîme même, creusé par le péché. Éloigne-toi de moi, car cet abîme est infranchissable !


 

Par sa réponse, Jésus comble en une parole l’infranchissable abîme : N’aie pas peur ! Désormais, tu seras pêcheur d’hommes (5.10). Si Pierre s’est mis à parler, ce n’est pas parce que Jésus l’a interrogé, mais parce que Pierre en présence du Seigneur en a éprouvé le besoin. Jésus répond, mais sans la moindre curiosité sur le péché en question, sans pousser à la confession, avec une merveilleuse discré­tion : « N’aie pas peur ! » Rien ne viendra compromettre mon appel. Je sais bien que tu es pécheur et que tu es indigne d’être disciple ; mais ma parole d’amour te rend digne. Ce n’est pas à cause de tes mérites, mais à cause de ma grâce que je t’appelle.

il

Jamais dans les Évangiles Jésus n’interroge sur leur passé ceux qu’il appelle à devenir disciples. Il ne se préoccupe pas de ce qu’ont été leurs vies jusque-là. Il ne pose aucune question. Nous exagérons aujourd’hui, lorsque nous cherchons à tout faire dire à de nouveaux disciples, même dans un accompagnement spirituel. Nous posons souvent trop de questions. C’est de l’ordre de l’indécence parfois. Rien de cela dans l’attitude si réservée de Jésus. Non seulement Jésus, mais les Évangiles aussi sont extrêmement discrets sur le passé des disciples ; ils se contentent de transmettre leurs noms : André, Simon, Jacques, Jean, Philippe, Lévi... Leurs noms, c’est-à-dire, le mystère profond de leur être, de leur personne devant Dieu. A quoi bon parler du passé des disciples, quand c’est le futur qui compte ?

Tout commence vraiment dans notre vie avec la rencontre de Jésus. Quelles que soient les ténèbres qui ont obscurci notre passé, sa parole fait lever sur nous la lumière.

La parole qui fait naître l’obéissance

Si aucune réaction de l’auditoire n’est décrite par Marc après la première prédication de Jésus en Galilée, ici par contre, dans le récit de la vocation des premiers disciples, la réaction de ces derniers est extra­ordinaire : Aussitôt, ils le suivirent. A la différence de Luc, Marc ne rapporte aucun dialogue entre Pierre et Jésus. Il se contente de rapporter la commune réaction des pêcheurs, qui prend alors beaucoup plus de relief : Aussitôt ils le suivirent. Ce que dit Jésus est donc immédiatement suivi d’effet. Les hommes appelés obéissent sans plus tarder, sans discuter, sans hésiter, sans poser la moindre question !

L’autorité même de la parole de Dieu

Quelle est donc cette puissance qui est en Christ, en sa parole ? La suite de l’Évangile va éclairer petit à petit ce point. On s’aperçoit, ainsi, au fil de la lecture qu’il en va avec les quatre premiers disciples comme il en va avec tant d’autres personnes, et même avec des éléments de la création : Jésus ordonne à la mer de se taire et elle se tait, au vent de se calmer et il se calme (4.39) ; il commande même aux démons de sortir et ils sortent (1.25 s). Il ordonne enfin à un mort de sortir de sa tombe et le cadavre sort Jn 11.43 s) ! Qui donc est-il pour parler avec une telle autorité ?

Il en va avec Jésus, exactement comme avec celui qui, au commencement du monde, a dit que la lumière soit ! et la lumière fut. Ce que souligne, de son côté, le psalmiste au sujet de Dieu s’applique parfaitement à Jésus : Lui, il parle et cela est ! Lui, il commande, et cela advient ! (Ps 33.9). La puissance de la parole de Jésus est la puissance même de celle de Dieu. Qu’est-ce donc ? Jésus ne serait-il pas Dieu ? Je crois que ce questionnement est ce que Marc veut faire naître à la lecture de son récit, un récit qu’il épure au maximum, pour nous placer devant l’essentiel : « Il dit : ‘Venez à ma suite’, et ils vinrent aussitôt à sa suite » ! Marc ne prêche pas sur les disciples, mais sur le Christ, pour faire comprendre qu’il est Dieu, puisque sa parole produit les mêmes effets que celle de Dieu.

Le miracle de l’obéissance

Chaque fois que quelqu’un devient disciple et suit Jésus, c’est un miracle opéré par Jésus, un miracle aussi grand que la résurrection d’un mort. C’est d’ailleurs ce que suggère Marc dans son récit de la vocation de Lévi. Celui-ci « se leva » de son bureau de péager (Mc 2.14), comme Lazare de sa tombe. Le verbe « se lever », employé pour Lévi, est celui de la résurrection. Lévi était donc comme mort, jusqu’à ce que Jésus l’appelle. Le miracle, c’est l’effet de la parole de Jésus, qui fait advenir à la vie, à la vraie vie, la vie en Dieu.


 

La puissance de l’amour

Quelle est donc la nature de la puissance du Christ ? De quoi est faite la force de sa parole ? Il existe, en effet, des puissances tyranniques, des puissances arbitraires, la puissance du mal, celle de la séduction… Avant même d’adresser la moindre parole aux disciples, nous rapporte Marc, Jésus commence par les regarder. Le récit est si dépouillé que la mention du regard de Jésus n’échappe pas, d’autant moins qu’elle est répétée : Jésus « voit » Simon et André, puis il leur parle (v 16). Même chose ensuite : il « voit » Jacques et Jean, puis les appelle (v 19). C’est encore la même chose pour Lévi : Jésus le « voit » dans son bureau de péager, puis lui demande de le suivre (2.14). L’appel de Jésus semble donc être inséparable de son regard. Sans doute y a-t-il dans son regard la même force que dans sa parole ? Mais Marc ne dévoile encore rien à ce sujet, tout simplement parce que cela relève d’une certaine pudeur à respecter.

Marc attend le dixième chapitre de son Évangile pour lever un peu le voile. Il le fait à l’occasion d’un récit qui a tout d’un récit de vocation, à ceci près qu’il s’agit d’une vocation manquée ! Le récit en question est celui de la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche. Lorsque Jésus se trouva en présence de ce dernier et qu’il l’invita à le suivre pour devenir son disciple, Marc nous dit que Jésus a commencé par le regarder. Le regard et l’appel sont encore une fois étroitement liés. C’est alors que Marc intercale entre la mention du regard et celle de l’appel, un simple verbe, sans faire le moindre commentaire, le plus discrètement possible : l’ayant regardé profondément, il l’aima et lui dit: ...suis-moi (10.21). Telle est la force du regard du Christ : l’amour. Marc n’en dit pas plus !

L’amour : telle est donc la force du regard du Christ, telle est aussi la force de sa parole : une force impossible à mesurer, car elle dépasse tout ce que l’on peut en dire. Le miracle de sa parole, le miracle de notre obéissance, c’est le miracle de son amour pour nous. Son amour est tel, en effet, qu’il ne paraît pas possible de lui désobéir. Au bord du lac de Galilée, les disciples ont perçu dans le regard de Jésus et dans sa parole une telle force d’amour, qu’ils se taisent et obéissent. Quand l’amour est extrême, il plonge dans le silence. Il n’y a plus rien à dire. Laissant tout, les disciples suivent Jésus...

Si le jeune homme riche s’est permis de désobéir, c’est parce que l’argent a blindé la porte de son cœur et qu’il est resté attaché à son argent. Obéir au Christ, c’est ne pas résister et ouvrir la porte à son amour, c’est laisser son amour nous gagner le cœur.

Tout cela peut être d’une grande utilité pour nous. Lorsque nous nous sentons interpellés dans notre vie, comment savoir que cela vient de Dieu ? Nous le savons avec certitude, lorsque nous pouvons dire avec les disciples d’Emmaüs : Notre cœur ne brûlait-il pas lorsqu’il nous parlait ? (Lc 24.32) A l’appel de Dieu, le cœur brûle sans se consumer, comme le buisson ardent devant Moïse ! Même si notre cœur malade ne brûle que faiblement, la brûlure se reconnaît entre mille. Lorsque l’amour commence à embraser notre cœur, alors il n’y a pas de questions à poser au Christ, pas d’objections à émettre, pas de remarques à faire, car elles disparaissent toutes dans ce feu-là, non pas le feu de notre amour pour le Christ, mais le feu de son amour pour nous. Tel est le véritable feu qui embrase une vie.

Il y a ici plus qu’un prophète

Jésus n'a pas besoin d’authentifier sa parole, car la force de sa parole suffit. En vérité, il y a en lui plus qu’un prophète : il est la Parole même de Dieu, la Parole faite chair ; il est Dieu. Il parle et cela est. A quoi bon demander des signes, des preuves, des attestations, des justificatifs, des miracles ? Son insondable amour ne suffit-il pas ?

La parole du Christ n’est pas une parole qui rejoint des vies extraordinaires, mais une parole qui transforme des vies ordinaires pour les entraîner dans l’extraordinaire. Elle n’est pas une parole accueillie par des saints, mais une parole qui fait devenir saint. Non pas une parole qui séduit, mais une parole qui fait brûler de l’amour de Dieu. Non pas une parole qui manipule et aliène, mais une parole qui façonne des existences pour les faire devenir ce qu’elles sont appelées à être : des créatures nouvelles. Non pas une parole qui se mesure à l’aune des paroles humaines, mais une parole qui est à la mesure de celles de Dieu.

Venez à ma suite dit Jésus avec la force de son amour. Quatre pécheurs de Galilée, dans leur totale liberté, laissèrent leur barque et le suivirent... Merveille ! Miracle de l’amour qui attire avec tant de force !

Une parole et un projet

A l’appel adressé aux disciples, Jésus joint un projet : Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Au premier abord, nous pourrions être tentés de penser que ce projet est ce qui a attiré les disciples, comme une carotte attire un lapin ! Rien de cela, en fait ! La nouvelle profession proposée par Jésus n’a rien d’un château en Espagne ! Elle n’est inscrite dans aucune chambre des métiers ! « Pêcheur d’hommes » : ce métier-là n’existe pas ! Même un pêcheur de poissons ne peut imaginer en quoi cela peut consister ! Ni en Galilée, ni dans aucune autre mer au monde il n’existe des pêcheurs d’hommes ! Et si l’on cherche dans l’Ancien Testament, cela ne renvoie à rien de comparable.

Si les disciples obéissent, ce n’est pas parce qu’ils convoitent la tâche proposée par Jésus, ni parce qu’ils sont curieux de découvrir cette insolite besogne, mais parce que c’est Jésus qui la propose et qu’elle pourra être découverte à sa suite, avec lui. L’important dans ce projet, c’est de constater qu’il vient de Jésus et non des disciples. On ne devient pas disciple pour réaliser ses propres projets, si beaux soient-ils ! On n’entre pas dans l’Église pour concrétiser ses rêves ! Quelle tristesse que d’entendre demander à un jeune candidat à tel ou tel ministère : ‘Quels sont tes projets ?’ Heureux celui qui saura répondre : ‘Je n’en ai aucun, mais Christ en a un pour moi, et c’est à cela que je m’efforce de répondre avec le meilleur de moi-même et la force de son Esprit !’ Il n’y a pas besoin d’un projet personnel pour se mettre à la suite du Christ : il s’agit d’entrer dans le projet de Dieu. Tout autre projet pourrait même éclipser celui de Dieu, l’occulter, le parasiter.

Des vies figées mises en mouvement

Le premier effet de l’appel du Christ, c’est qu’il met en mouvement : les disciples le suivent. La parole de Jésus est si puissante qu’elle fait sortir des hommes de leur barque : ils partent à la suite du Christ. Le mouvement déclenché par la parole du Christ n’est pas n’importe lequel : les disciples suivent celui qui est lui-même en mouvement. Avant que Jésus appelle les disciples, leur vie est donc immobile, toujours la même, sans lendemain. A l’appel de Jésus tout se met en mouvement, aspiré par le mouvement même de la vie du Christ.

Commençons par marcher à sa suite, le contemplant de dos seulement... Le face-à-face n’est pas encore pour aujourd’hui !

Mais reprenons notre question : où va-t-il donc ? Vers quel but ? Le début de l’Évangile de Marc (v. 1 à 11) répond admirablement à cette question par un superbe paradoxe.

Vers le Père... et vers les autres hommes

Le baptême de Jésus décrit parfaitement ce vers quoi est orienté le mouvement du Christ, sans qu’il soit même nécessaire de l'expliciter. En silence, Jésus remonte de l’eau. C’est alors que l’Esprit descend vers lui. Le Fils et l’Esprit vont à la rencontre l’un de l’autre dans un profond silence. À ce moment-là, la voix du Père descend du ciel à la rencontre du Fils qui remonte de l’eau. Le Fils va à la rencontre du Père, dans l’élan suscité par son désir de l’amour du Père. L’Esprit descend, comme descend la voix du Père vers le Fils. Tout n’est qu’élan d’amour entre les Personnes de la Trinité.

Le Fils, habité par cet élan, nous entraîne donc tout simplement dans ce mouvement, vers le Père, vers l’Esprit Saint. Merveille ! Venez à ma suite dit tout simplement Jésus. Sa parole a l’intensité de la force infinie de l’amour trinitaire. Le mouvement dans lequel il nous entraîne s’inscrit dans l’ineffable élan d’amour infini qui entraîne le Père, le Fils et l’Esprit Saint dans une danse éternelle.

Il y a une autre direction dans le mouvement du Christ, direction qui est aussi à prendre en compte pour comprendre vers quel but le disciple est entraîné sur les pas de Jésus. Si le Christ vient de Galilée jusqu’au Jourdain, c’est aussi pour emprunter les chemins qui lui sont préparés, comme le demande Jean Baptiste dans sa prédication : Préparez le chemin du Seigneur !» (1.2). Chaque homme est invité à préparer un chemin pour le Seigneur, car le Seigneur vient à la rencontre de chacun. C’est pour rencontrer les hom­mes que Jésus vient de Galilée. Le sens, le but de son ministère est là. Sa vie durant, et déjà sur le bord du lac, Jésus vient au-devant de son peuple. Et à sa suite il appelle à devenir pêcheurs « d’hommes », ce qui met bien en mouvement vers des êtres humains qu’il s’agit de pêcher. Quiconque suit le Christ le suit dans son élan qui le conduit vers les autres. Le paradoxe est là, dans le double but du Christ : les autres et le Père. Il ne s’agit pas pour nous de choisir, mais de suivre le Christ dans son élan vers ces deux buts, qui sont inséparables.

Cela dit, ce n’est qu’en cheminant vers le Père que je pourrai véritablement rencontrer les autres. Ce n’est qu’en Christ qu’il est possible de vivre ce paradoxe : lui qui nous conduit dans la profondeur du cœur de Dieu, car il est Dieu, et qui nous conduit dans la profondeur du cœur de l’homme, car il est l’homme véritable, dans un élan d’amour qui unit l’ensemble. Venez à ma suite dit le Fils, Fils de Dieu et Fils de l’Homme... Ils laissèrent leur barque et le suivirent...

Suivre et suivre

Le verbe « suivre » est fondamental pour comprendre le sens de la vocation d’un disciple, de tout disciple. Être disciple, c’est bel et bien  suivre Jésus. Ce verbe est extrêmement employé dans les Évangiles, presque autant dans chacun des quatre (25 fois chez Matthieu, 19 fois chez Marc, 17 chez Luc et 18 chez Jean, si je ne me trompe). En lisant les Évangiles, on s’aperçoit qu’il y a plusieurs manières de suivre Jésus, deux essentiellement : celle des disciples, mais aussi celle de la foule (Mt 4.25, 8.1...).

La foule suit Jésus de sa propre initiative, par curiosité, par intérêt ou pour d’autres raisons, mais toujours momentanément ; c’est sans lendemain. Par contre, aucun disciple n’a suivi Jésus de sa propre ini­tiative. C’est Jésus qui appelle, qui prend l’initiative. L’unique raison de le suivre tient à cet appel. Et dans ce cas ce n’est pas momentané.

Il arrive qu’un disciple se mette à ne suivre plus que « de loin », comme ce fut le cas pour Pierre par exemple (Mc 14.54). La suite du récit nous montre que cela conduit alors, tôt ou tard, au reniement. Le disciple peut donc lui aussi être infidèle, tout autant que la foule, mais s’il peut espérer le suivre encore, c’est grâce à la fidélité du Christ qui renouvelle son appel, comme il l’a fait pour Pierre (Jn 21.19, 22). La liberté du disciple peut conduire au reniement, mais la fidélité du Christ est telle qu’il invite sans cesse le disciple défaillant. Chaque nouvel appel contient le pardon des défaillances passées et ouvre à nouveau le chemin. L’élan d’amour du Christ entraîne tout disciple, y compris celui qui a renié : M’aimes-tu ? dit le Christ à Pierre après son reniement (Jn 21.15ss). Au disciple, qui répond positivement, le Christ redit alors ce qu’il a dit au premier jour : Suis-moi ! (21.19), avivant encore le feu dans un élan renouvelé. La fidélité du disciple découle de la fidélité du Christ.

Je vous ferai devenir

La force de la parole de Jésus, sa puissance, est à considérer sous un autre angle qu’il est bon d’examiner. Je vous ferai devenir : dans cette expression, Jésus emploie le verbe « faire ». Il annonce qu’il va agir sur les disciples, au point de les faire devenir ce qu’ils ne sont pas encore. Si les disciples deviennent pêcheurs d’hommes, ce sera à la suite de l’intervention de Jésus sur eux.

En grec biblique, le verbe « faire » est extrêmement fort, plus qu’en français. C’est un verbe qui contient l’idée de création. Cela apparaît très clairement dans le premier verset de la Genèse : Au commen­cement, Dieu créa le ciel et la terre dit le texte hébreu. Dans sa traduction grecque, ce verset devient : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre. Le grec n’édulcore pas ici l’hébreu, car le verbe « faire » en grec inclut le sens de « créer ».

C’est avec l’intensité de ce verbe « faire » qu’il nous faut entendre la parole de Jésus : Je vous ferai devenir. La puissance mise en œuvre par le Christ est une puissance créatrice : Jésus va faire de ses disciples des créatures nouvelles. Celui par qui tout a été créé dans le ciel et sur la terre, exerce maintenant sa puissance créatrice sur ses disciples.

Cependant, les créatures nouvelles qui sont l’œuvre du Fils de Dieu, ne se mettent pas à exister à partir de rien, mais à partir de leur être ancien. Tout le thème de l’homme ancien et de l’homme nouveau apparaît ici. Et Marc nous y rend attentifs avec deux expressions qu’il met côte à côte : « ils étaient pêcheurs », c’est-à-dire pêcheurs de poissons (v. 16) : voilà ce qu’étaient les quatre Galiléens, dans la réalité de leur être ancien. Ils vont « devenir pêcheurs d’hommes » (v. 17) : voilà ce que seront ces quatre Galiléens, en tant qu’hommes nouveaux, grâce à l’intervention créatrice du Christ.

L’intervention du Christ est ici très claire, dans le passage du verbe « être » au verbe « devenir ». Ce qu’étaient les disciples et qui était immuable, de génération en génération de pêcheurs de poissons, va maintenant passer à une autre réalité qui ne peut venir que du Christ, car sans lui cela n’existe pas : « pêcheur d’hommes » est une notion inconnue, qui n’a de sens qu’en Christ. Ce n’est que par l’intermédiaire de Jésus que l’on peut devenir pêcheur d’hommes.

Ce « devenir » des disciples, c’est une mise en mouvement, non pas pour des kilomètres, au niveau géographique, cette fois, mais une mise en mouvement à l’intérieur de leur être, au niveau de l’existence. Suivre le Christ, c’est entrer dans un mouvement, dans le mouvement qui est le sien, avons-nous dit. Cela se précise ici : cette mise en mouvement est intérieure, au plus profond de l’être. Cela est possible, non pas de notre propre fait, mais de celui du Christ. En suivant le Christ, je me confie à lui pour qu’il œuvre en moi avec sa puissance créatrice, et pour que d’une créature ancienne, il fasse une créature nouvelle.

Devenir ce qu’il est

Quel est donc cet être nouveau, cette créature nouvelle, qui vient à l’existence par la parole créatrice du Christ ? Comme je l’ai déjà dit, des pêcheurs d’hommes, il n’en existe pas. Ou plus précisément, il en existe un, un seul, qui peut servir de modèle et qui n’est pas à chercher bien loin, en fin de compte, car il est là, à l’œuvre au bord de la mer de Galilée. Il vient d’ailleurs de pêcher sous nos yeux quatre hommes ! La pêche miraculeuse est là ! Jésus a attrapé dans son filet ses quatre premiers disciples. Le pêcheur d’hommes, l’unique véritable pêcheur d’hommes, c’est lui !

Que vont donc « devenir » les disciples ? Des pêcheurs d’hommes, c’est-à-dire ce que Jésus est déjà ! Les disciples vont devenir ce que Jésus est ! C’est fabuleux ! Ils ne vont pas devenir Jésus, car ce serait une aliénation. Ils restent Pierre, André, Jacques, Jean, avec leur identité profonde. Mais ils vont participer au ministère même du Fils de Dieu, à son être, et devenir ainsi ce qu’il est.

Continuité et rupture

« Ils étaient pêcheurs » et ils vont « devenir pêcheurs d’hommes » : dans cette double formule du récit évangélique apparaissent très clairement une continuité et un changement. Cela aussi fait partie de la vie du disciple. Pourquoi ces ruptures ? Parce que le nouveau travail des disciples les rend nécessaires. Les disciples ont maintenant besoin d’une barque d’un autre type, d’un filet d’un autre type, et d’un autre maître. Les Pères de l'Église se sont risqués, avec bonheur me semble-t-il, dans des développements à ce sujet.

La barque et le filet...

La nouvelle barque pour exercer l’activité de pêcheurs d’hommes sera comprise par les Pères comme étant l'Église, et il en est bien ainsi : non pas les Églises au sens confessionnel du terme, mais l'Église une, universelle, qui englobe et déborde les Églises institutionnelles. C’est dans l’Église universelle que sont amenés les hommes arrachés à la mer - ce lieu de mort dans la pensée biblique.

Quant au filet utilisé pour la pêche, il n’est pas autre que celui que Jésus a utilisé pour pêcher ses quatre premiers disciples, à savoir sa parole. C’est par sa parole que Jésus a attiré à lui ces hommes. Il est pêcheur d’hommes par sa parole. Et l’on retrouve ici la notion de puissance de la parole : la parole du Christ est assez forte pour arracher quatre hommes à la mer.

Le filet utilisé par les disciples ne sera pas leur propre parole, mais celle du Christ à travers la leur. La parole d’un disciple ne parviendra jamais à elle seule à pêcher un homme. S’il arrive cependant que la parole d’un disciple soit assez forte pour le faire, c’est qu’en elle agit la parole du Christ. L’efficacité d’une parole humaine tient au fait que Dieu y a glissé sa propre parole, ce qui n’est pas automatique pour autant. La parole du disciple ne contient pas automatiquement en elle celle de Dieu, mais Dieu, par sa grâce, quand il veut et comme il veut, donne à la parole du disciple la force de la sienne. C’est par le Saint Esprit que s’opère ce miracle.

Le disciple n’a aucun autre filet que la parole. On a un peu tendance aujourd’hui à rechercher de multiples artifices pour rendre la prédication chrétienne attrayante, percutante, efficace. On y adjoint des techniques, des pédagogies, ce qui n’est pas si mal, à condition de ne pas oublier que la parole seule est le filet qui permet de pêcher des hommes.

... et le père

La barque, le filet... et Zébédée ? Qui va désormais le remplacer pour enseigner le travail de pêcheur d’hommes aux disciples ? Qui va être leur « père » au sens professionnel du terme ? Jésus, bien sûr ! Lui seul pourra être le « père » des disciples, pour leur enseigner l’activité à laquelle ils sont appelés. Un récit évangélique fait apparaître très clairement ce rôle de « père » attribué au Christ vis-à-vis des disciples. Après la résurrection, l’Évangile de Jean nous montre les disciples dans une barque, sur la mer de Galilée. Ils ont repris leur ancien métier, sans doute parce qu’ils ont été désemparés par la mort de leur Maître. La barque, le filet... tout y est, sauf Zébédée ! Ils n’ont plus de père. Et voilà que la pêche est désastreuse : ils vont rentrer bredouilles ! C’est alors que sur le rivage apparaît un inconnu, qui leur donne un ordre qui va s’avérer excellent et qui montre en cet inconnu quelqu’un du métier, un vrai professionnel de la pêche : Jetez le filet du côté droit de la barque leur dit-il (21.6). Et ce fut une pêche miraculeuse ! Avant de donner cet ordre aux disciples, l’inconnu s’est adressé à eux en leur disant : « mes enfants » (21.5). Le père, c’est donc lui... : Jésus !

Mais revenons au récit de la vocation, où les disciples laissèrent donc leur barque, leur filet et leur père Zébédée. Tout ce qui est de l’ordre de la rupture dans ce récit n’est pas demandé par Jésus, mais se vit comme ce qui découle logiquement de son appel. Les ruptures sont contenues implicitement dans l’appel. Jésus n’a pas besoin d’en parler. Ce n’est que plus tard que Pierre pourra constater qu’il a, en fin de compte, tout laissé pour suivre Jésus (Mc 10.28).

Il arrive que l’on prêche le renoncement, les ruptures, le dépouillement comme une fin en soi. C’est une erreur d’appréciation. Tout cela est bien présent dans la vie du disciple, mais comme des conséquences logiques, incontournables, mais implicites, contenues en silence dans l’appel.

Laisser ou quitter ?

Le verbe grec utilisé au moment où les disciples répondent à l’appel de Jésus est très clair, il signifie bien « laisser » et nullement « quitter ». Jamais dans les dictionnaires n’apparaît pour le verbe aphiémi le sens de « quitter ». Pierre et André « laissent » leurs filets ; Jacques et Jean « laissent » leur père Zébédée avec les ouvriers dans la barque.

Je fais cette remarque, car bien souvent les commentaires glissent sur le sens de « quitter », ce qui a conduit à des dérives et des excès qui ont troublé ou blessé bien des consciences.

Le verbe grec aphiémi signifie « laisser », c’est-à-dire laisser l’autre libre, reconnaître sa liberté ou la lui redonner. C’est un verbe de liberté pour l’autre. C’est ainsi qu’en Mt 19-14, Jésus demande de « laisser » les petits enfants venir librement à lui. De même, en Mc 11.6, le propriétaire de l’ânon « laisse » les disciples partir librement avec son animal.

Le verbe grec signifiant « quitter » est tout autre : kataleipô. C’est aussi un verbe de liberté, mais pour celui qui est le sujet de ce verbe. Quitter, c’est prendre sa liberté par rapport aux autres, comme c’est le cas pour l’homme qui « quitte » son père et sa mère afin de se marier (Mt 19-5) : il a besoin de sa liberté pour fonder un nouveau foyer.

Dans le récit de la vocation des disciples, il n’est donc pas dit que ceux-ci « quittèrent » leur entourage pour jouir de leur liberté, mais qu’ils « laissèrent » libres les autres, sans leur imposer leur choix, libres par rapport à la parole de Jésus.

La nuance entre ces deux verbes, « laisser » ou « quitter », rebondit sur les passages où il est question de manière plus générale de devenir disciple : Quiconque aura laissé, à cause de mon nom, ses frères ou ses sœurs, ou son père ou sa mère, ou sa femme ou ses enfants, ou ses terres ou ses maisons, recevra le centuple et héritera la vie éternelle (Mt 19.29). C’est bien le verbe « laisser » qui est encore employé et nullement le verbe « quitter », et c’est la même chose dans les versets parallèles de Marc (10.29) et Luc (18.29), malgré certaines traductions qui, à tort, emploient le verbe « quitter ».

Jamais, dans les Évangiles, Jésus n’a demandé à un disciple de « quitter » sa famille. Il a seulement demandé de la « laisser ». La différence est importante. L’appel adressé par Jésus est une invitation à laisser les autres libres par rapport à cet appel, à ne pas faire peser sur les autres le poids de sa vocation, à ne pas les embrigader de force. Devenir disciple, c’est laisser ses proches libres, c’est renoncer à tout droit sur eux, à tout pouvoir sur eux, à toute main mise ou toute emprise, et même à toute autorité spirituelle. C’est laisser les siens libres devant Dieu, les laisser à l’écoute de Dieu pour qu’ils entendent leur propre appel. C’est une question de liberté reconnue, respectée, et c’est en cela un immense geste d’amour, une réelle attitude d’amour.

La haine exempte de haine

Dans l’attitude demandée par Jésus à ses disciples concernant leur famille, il est encore un verset extrêmement fort qui réclame aussi une particulière attention : Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs et même sa propre âme, il ne peut pas être mon disciple (Lc 14.26). Comment, Seigneur, peux-tu demander une chose pareille, toi qui ne cesses de parler d’amour ? Toi qui places si haut l’amour du prochain, comment peux-tu parler de haine, quand il s’agit des plus proches parmi nos prochains ? Seigneur, je ne peux pas entendre cela ! Je ne comprends pas... !

Avant de nous insurger, avant de contourner la difficulté ou de l’édulcorer, avant de faire le moindre commentaire, il est bon de commencer par faire silence, un long et profond silence devant Dieu, des années de silence, peut-être, dans la proximité du Christ, des années d’intimité grandissante avec lui, jusqu’à ce que s’éclaire le sens du mot « haine » dans sa bouche... car, tout de même, si Jésus demande de haïr sa famille, c’est que le mot haine doit avoir pour lui un autre sens que celui que nous lui donnons, et qu’il doit même exister une autre haine que celle que nous connaissons, une haine que notre cœur enténébré ignore, mais une haine qui doit bien correspondre à une réalité !

Et c’est un fait, cette haine-là existe, non pas chez les hommes cependant, mais en Dieu ! Lui le Tout-Amour s’est, en effet, écrié un jour qu’il éprouve de la haine pour ses proches, pour ceux de sa maison : J’abandonne ma maison, je la hais... a-t-il dit à son prophète Jérémie (Jr 12.8), en parlant de la nation d’Israël qui est pour lui comme une épouse, la bien-aimée à laquelle il dit par ailleurs : je t’aime d’un amour éternel (Jr 31-3). Quelle est donc cette haine que Dieu éprouve pour sa bien-aimée ?

Comprendre le sens du mot « haine » dans la bouche de Jésus, c’est comprendre le sens de ce mot dans la bouche de Dieu. Au septième siècle de notre ère, un homme du nom de Jean, que nous appelons aujourd’hui Jean Climaque, s’est enfoui avec Dieu dans le désert du Sinaï. Après quarante années de silence et d’intimité divine, il s’est mis à écrire sur la vie en Dieu. Dans son chapitre sur le discernement, nous trouvons sous sa plume une expression d’une extrême concision, une simple formule sans commentaire, qui nous montre à quel point cet intime de Dieu est entré avec discernement dans le mystère de la haine demandée par Jésus et vécue par Dieu. C’est, dit-il, « la haine exempte de haine »... (26.14) Il faut encore un long et profond silence pour accueillir cette parole lapidaire et paradoxale et la laisser cheminer en nous ! La vérité est si souvent paradoxale...

« La haine exempte de haine » : dans nos bouches humaines, le mot « haine » est chargé de toute notre humanité pécheresse, de nos ressentiments, de notre animosité, de notre malveillance, bref, de tout ce qui n’a plus rien à voir avec l’amour... En Dieu, par contre, la haine est tout autre, imprégnée de la pureté de l’amour infini, totalement dénuée de toute animosité, de toute malveillance, de toute rancune... La haine divine est exempte de tout ce qui est issu de nos maladies spirituelles. C’est bien la haine exempte de haine !

« La haine exempte de haine » : oui, Seigneur, c’est bien cela ! Merveille ! Béni sois-tu pour cet éclairage venu du désert où souffle ton Saint Esprit...

Il aura fallu quarante années passées au creuset du désert, au creuset de l’amour de Dieu, pour que Jean Climaque parvienne à discerner la distance infinie qui existe entre la haine humaine et la haine divine, comme entre les ténèbres et la lumière. En Dieu, la haine est une facette de son amour ; en l’homme, elle en est la négation.

Lorsque Jésus invite le disciple à haïr ceux de sa maison, c’est à « la haine exempte de haine » qu’il invite, à la haine totalement purifiée par l’amour. Alors, il nous faut bien le reconnaître, nous sommes absolument incapables par nous-mêmes d’aimer de cette haine-là, et de devenir ainsi disciples. Dieu seul peut nous donner de vivre ainsi. Lui seul peut façonner nos cœurs au creuset de son amour. Lui seul peut transfigurer notre amour et nous donner de haïr sans haine.

Seigneur mon Dieu, sans toi je ne puis rien ! Dans ton amour infini, fais-moi la grâce de savoir accomplir ta volonté, et donne-moi ainsi de devenir ton disciple !

 


 

Mc 10.17-31 ; Mt 19.16-22 : l'homme riche et triste

David Bouillon

Introduction : un récit autobiographique.

Avec Jonas, ce récit de la rencontre de Jésus et de l’homme riche constitue un texte de référence pour ma vie. Longtemps, à l’époque où je refusais de répondre à la vocation pastorale, la conclusion il s’en alla tout triste me semblait un miroir de mon âme.

Mon objectif avec cette étude, est que nous entrions les uns et les autres dans une appropriation de ce texte : nous sommes tous cet homme qui vient aux pieds de Jésus.[2]

La dimension psychologique du récit – notamment avec l’insistance de la version de Marc sur la compassion et l’amour de Jésus pour le riche –, est un élément qui me semblait plus essentiel que la lecture moralisante de l’attachement aux richesses. L’argent qui est pourtant une idole puissante (Mammon), ne le devient que si on lui donne son attachement de cœur.

Il s’agit donc de sonder notre cœur et de plonger dans les méandres de l’âme.

1. Contexte de la péricope :

Le passage qui précède notre récit, est celui où Jésus accueille les enfants. Notons que l’homme riche est aussi qualifié de jeune (par Matthieu), donc encore proche de l’enfance. Il répond aussi qu’il a été observant les commandements « depuis son plus jeune âge ».

Après notre passage, il y a une annonce de la croix.

Dans le double dialogue avec l’homme riche, puis avec les disciples, la question centrale est celle de la vie éternelle. Mais il ne nous faut pas entendre cette question avec nos catégories « païennes » qui se focalisent sur la survie dans l’au-delà. Il faut comprendre la vie éternelle dans le contexte de l’espérance messianique, qui chez Jésus devient attente du Royaume. Ce que Jésus laisse deviner c’est que cette espérance propre à Israël ne peut s’accomplir que par la croix.

Plan du texte (basé sur la synopse des trois récits donnée en photocopie) :

1. Le point de vue d’Israël lié à la Torah

A. approche et question de l’homme riche : la vie éternelle (thème très présent chez Jean)

B. réponse de Jésus : observer la Torah (5 ou 6 commandements concernant le prochain)

C. réponse de l’homme riche : j’ai observé les mitsvot (cf. Actes 26.4)

B’. réponse de Jésus : 5 ordres (halakhiques) de Jésus

A’. éloignement et silence de l’homme riche : tristesse et mise en évidence du problème.

2. Le point de vue de la communauté des disciples liés à Jésus

A. prise de parole de Jésus : difficulté pour entrer dans le Royaume ; passage du thème de la vie eternelle (question de l’homme riche) au thème du Royaume

B. étonnement des disciples : qui peut être sauvé ? thème du Salut

C. réponse de Jésus : tout est possible pour Dieu (passivité des humains ?)

B’. prise de parole de Pierre : nous avons tout quitté pour te suivre

A’. conclusion de Jésus : récompense eschatologique.

3.  Annonce de la Croix (sauf chez Matthieu)

2. L’homme riche comme type d’Israël : le sédentaire et le pèlerin.

Ce passage a suscité de très nombreux commentaires. Mais ce qui compte dans notre lecture aujourd’hui, c’est de voir que cette première partie du récit se situe entièrement dans un contexte juif. Jésus, qui est désigné par le titre de « rabbi », répondra à partir de ce contexte. Nous ne sommes pas ici dans une opposition Loi / Evangile comme Paul et après lui, le pagano-christianisme qui l’accentuera.

Jésus répond à une question sur la vie éternelle par un renvoi à la Torah. Le sola scriptura est aussi un sola Torah. Si nous annulons la Torah, nous annulons l’Evangile. Le premier ordre de Jésus à l’homme riche est « va »[3] (lekh en hébreu, qui se retrouve aussi dans Halakha, le chemin de la Loi). Cet « aller » signifie donc : marcher dans le commandement (voir le Psaume 1 ou le méchant s’arrête avec les moqueurs, alors que le juste médite la Torah). Vendre ce que l’on a pour obtenir quelque chose de meilleur est un conseil traditionnel du judaïsme. Donner au pauvre est au cœur de la Tsédaka (la Tsédaka apporte l’expiation et protège contre l’éventuelle sévérité des décrets célestes).

Dans la Torah, Jésus opère un tri. Jésus n’est pas fondamentaliste ! Le fondamentalisme, c’est « balancer » des textes sans aucun recul. Les versets sont alors comme des grenades ou des bombes. Citer la Torah au sens noble, est plutôt une démarche défensive : c’est trouver le texte qui empêche le Menteur de nous entraîner dans son mensonge. C’est un art où Jésus excelle (voir le récit de la tentation au désert). Le Saint-Esprit n’est pas non plus mauvais en ce domaine : lui aussi a de la répartie et la partage volontiers avec ceux qui l’écoutent (Mt 10.19 ; Jn 14.26). C’est dans cette perspective que citer la Parole devient source de vie et non pas accusation mortifère.

Ici Jésus cite des Mitsvot (commandements) de la deuxième table de la loi qui est entièrement centrée sur le prochain (nous dirions l’éthique, le BIEN, évoqué au début de la rencontre). Nous sommes bien dans la ligne des prophètes qui parlent du jugement non pas à partir de l’orthodoxie mais en lien avec l’orthopraxie (voir aussi la parabole de Mt 25 avec le jugement des brebis et des boucs). Le judaïsme rappelle à la conscience chrétienne le lien étroit entre foi et éthique : le croyant doit être un « agissant ». Le protestantisme moderne semble suivre assez volontiers cette ligne d’une foi exprimée en termes d’engagement éthique. Mais l’éthique, quand elle se veut trop généreuse, peut aussi mettre de côté la foi. Certes la Torah et l’Evangile cherchent le bien, mais comme la rappelle Paul, le bien que je veux je ne le pratique pas, et le mal que je ne veux pas c’est cela que je fais.

Pourtant, Jésus opère une rupture significative et cela à deux niveaux :

1.  Dieu seul est bon : le bien est du côté de Dieu. Imaginons que Dieu ait demandé aux créatures si elles trouvaient bonne la manière dont elles avaient été créées ! Mais Jésus rappellera sans cesse que la norme du bien est auprès de Dieu (voir sa réponse sur le divorce).

2.  L’éthique n’est pas une fin en soi. Elle trouve sa finalité dans l’adhésion à Jésus. Le Royaume consiste à agir comme Jésus et donc à prendre exemple sur le Père (c’est Jean qui développe ce thème). Ce qui compte ce n’est pas tout ce que l’on va faire, mais de choisir de suivre Jésus. Contrairement à un slogan souvent entendu chez des penseurs juifs modernes, il ne s’agit pas d’opposer la foi de Jésus (= la Torah), et la foi en Jésus (= l’Evangile), mais de découvrir que la foi en Jésus, renouvelle la foi de Jésus, c’est-à-dire aussi la foi d’Israël.

Mais notre homme n’est ni en paix avec Dieu (il a le souci de son éternité) ni prêt à suivre Jésus. La rencontre si prometteuse ne peut aller plus loin. L’homme riche s’assombrit et s’en va tout triste. Pourquoi ? Pourtant dans le regard de Jésus, tout l’amour dont cet homme avait besoin était disponible. N’oublions pas que naturellement, humainement, nous ne pouvons pas suivre Jésus (souvenons-nous du jardin de Gethsémané).

3. L’argent exemple d’obstacle à l’entrée dans le Royaume.

Le pasteur Dallière a rédigé quelques réflexions sur l’argent.

« Il n’y a pas de morale chrétienne de l’argent à l’usage des gens religieux. Il y a un appel de Jésus à Lui appartenir tout entiers. Il n’y a pas d’amélioration possible à un état d’idolâtrie. » (L’argent, p. 11)

Dans le contexte de l’antisémitisme du 20ème siècle, l’accusation faite aux Juifs d’être un peuple cupide doit être ici rappelée mais pour tout de suite la contester. Il serait tentant de voir en cet homme riche qui refuse la voie proposée par Jésus, un type du Juif attaché à l’argent. Rappelons que c’est parce que la société occidentale moderne est devenue matérialiste que l’on a projeté sur les Juifs (les Rothschild) nos refus de voir nos propres cupidités.

Malgré tout, Jésus consacre bien des propos à l’argent et dans sa réponse à l’homme riche, il met le doigt sur un danger réel et éternel. Si l’argent est une tentation pour le peuple Juif, c’est parce qu’il doit la combattre en premier en ce qu’il est le peuple prêtre pour les Nations. Là où le Juif échoue, c’est aussi l’humanité qui s’effondre. Là où il sort victorieux, c’est pour tous les humains une promesse et une espérance. En cela le combat personnel de Jésus contre Mammon est l’image du combat de son peuple contre cette idole.

Ce n’est pas parce que Luther a combattu le commerce des indulgences, que le protestantisme serait à jamais immunisé contre la tentation de l’argent. Les « affinités électives » entre Juifs et Réformés le prouvent ! Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment combattre la puissance de l’argent ? Par le renoncement aux biens ?

4. Le dialogue de Jésus et des disciples.

La question n’est pas de savoir s’il faut avoir de l’argent, ou si l’on en a, ni ce qu’il faudrait en faire.[4] Dans la réponse de Jésus, l’enjeu est d’entrer dans le Royaume de Dieu. Les riches ne sont qu’un cas particulier ; la difficulté à entrer est valable pour tous. Sans cela nous restons des croyants du dehors. Ce point doit nous retenir. Nous n’avons pas vocation à sortir pour aller vers le monde (c’est le ministère du Fils qui s’incarne), mais nous devons inviter le monde à entrer dans la réalité du Royaume. Cette dynamique ne semble pas vraiment mise en œuvre par nos églises qui voient plutôt comme un contre-sens cette invitation à rompre avec la culture qui nous entoure. Mais est-ce bien juste ?

Dieu doit intervenir. Après avoir mis l’accent sur les commandements éthiques, Jésus recentre son propos sur Dieu. Il est la source de tous les possibles. Sur ce point aussi nous sommes loin de saisir la portée d’un tel enseignement. La théologie se méfie des discours de toute-puissance (elle n’a pas entièrement tort), elle souligne la fragilité de Dieu (surtout après Auschwitz).

Qu’entendons-nous par « tout est possible » ? Est-ce que cela veut dire que tous les possibles sont validés ? (comment ne pas ici penser au débat qui continue dans notre église à propos de l’éthique sexuelle). Quels sont les critères de discernement ? N’est-ce pas Dieu qui, de toute éternité, a décidé des possibles qui s’accompliront. Comme le notent plusieurs commentateurs, cette parole peut renvoyer à la visite du Seigneur à Abraham pour lui annoncer la naissance d’un fils. Le possible dont ce texte nous parle serait donc celui qui fait exister l’alliance et ses promesses. Et cette alliance est source de bénédiction. L’homme riche aurait pu avoir un trésor dans le ciel ; Pierre entend que son obéissance aura sa récompense.

5. Le temps présent et le monde qui vient.

La conclusion eschatologique du passage peut dérouter. Est-ce le vestige d’une fièvre apocalyptique propre aux milieux des croyants de la première génération ? C’est le jugement de nombreux théologiens modernes.

Si Jésus annonce ce qui va lui arriver, c’est pour que nous entendions aussi ce qui va nous arriver. Si nous suivons Jésus, nous le suivons aussi jusqu’à la croix. Nous aurions sans doute préféré que notre époque se termine en apothéose et par un triomphe paisible de l’Evangile. Mais c’est tout le contraire ! Nous sommes témoins d’une persécution sans précédent. Nous voyons aussi de nombreuses Eglises suivre des chemins déconcertants. Pour parler de manière populaire : « tout fout le camp ! ». Et ce qui arrive à l’Eglise arrive aussi au peuple juif et à Israël.

Si Jésus renoue dans notre passage avec une riche tradition biblique et juive, celle qui attend le « monde qui vient » (Holam HaBa), il le fait en y ajoutant l’humiliation de la croix. Et si la croix a révélé le Royaume il y a 2000 ans, n’y aura-t-il pas une autre montée du calvaire avant que vienne la création renouvelée ?[5] Sachant cela, nous ne sommes pas abattus mais dans la joie ; nous ne chercherons pas une échappatoire quand bien même nous en aurions les moyens matériels.


 

Jean 21.19 & 22 : "Que t’importe, toi, suis-moi"

Christian Jullien

Si je veux que lui demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ; toi, suis-moi  

Lire Jean 21.20-25

« Appendice », tel est le titre que plusieurs de nos bibles donnent à ce chapitre 21. En effet le chapitre 20 se termine par ce qui paraît être une conclusion. Jésus a encore produit devant ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom.

Un rédacteur différent a donc ajouté le récit d'une autre apparition de Jésus. Celle-là au bord du lac de Tibériade. On le connaissait jusque là sous le nom de lac de Galilée, ou Kineret. Tibériade n'est d’ailleurs mentionnée que trois fois dans la Bible, et uniquement dans l'évangile de Jean (6.1 et 23, et ici).

Construite en 21 après J.-C. par Hérode Antipas, un fils d'Hérode le Grand, la ville doit son nom à l'Empereur Tibère. (Lc 3.1 indique que Jean le Baptiste a commencé son ministère de prophète la quinzième année du règne de Tibère.) Après la destruction du Temple de Jérusalem, le foyer de la vie spirituelle juive se transporte vers le nord et Tibériade devient la capitale d'Israël et le centre des études rabbiniques.

En mentionnant le Lac de Tibériade et non de Galilée, l'auteur nous déplace dans le temps. C'est comme s'il nous transportait quelques dizaines d'années après les Évangiles synoptiques ; mais en même temps, comme un saut dans l'espace, celui du monde païen.

1. La manifestation de Jésus.

Le rédacteur ne parle pas d'une apparition de Jésus, mais de la manifestation de Jésus (21. 1 et 14). C'est un terme que l'évangile emploie à plusieurs reprises. En voici six exemples :

-      Jean Baptiste au bord du Jourdain annonce : Je ne le connaissais pas, mais si je suis venu baptiser dans l'eau c'est pour qu'il soit manifesté à Israël (1.31)

-      Après le miracle de Cana : Il manifesta ainsi sa gloire et ses disciples crurent en lui (2.11).

-      Lors de l'entretien qu'il a avec Nicodème, Jésus conclut avec ces mots : Quiconque fait le mal déteste la lumière. Il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres soient dévoilées (ou dénoncées). Mais celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu (3.20-21).

-      En passant devant un aveugle de naissance, les disciples demandent à Jésus : Qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répond : Ni lui ni ses parents. C'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui (9.3).

-      Dans la prière qu'il adresse au Père, peu de temps avant son arrestation, Jésus dit : J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu m'a donnés du milieu du monde (17.6).

-      A l'approche de la fête de Souccot, ses frères le pressent d'aller en Judée (à Jérusalem) pour se faire connaître : On n'agit pas en cachette (krupto) quand on veut s'affirmer. Puisque tu accomplis de telles œuvres manifeste-toi au monde (7.4). Ses frères le poussent à sortir de l'anonymat Galiléen, pour qu'il se rende à Jérusalem afin d'y accomplir des miracles évidents. Nous allons y revenir.

Le sens de phanéro, manifester,  est clair : rendre visible, faire connaître, montrer avec évidence. On peut penser à Esaïe 45 où les nations habituées à leurs idoles visibles reprochent à Dieu d'être un Dieu qui se cache (15). Ce à quoi Dieu répond par son prophète qu'il ne parle pas en cachette, qu'il n’entraîne pas les humains dans une recherche vaine, vouée à l'échec. Il se manifeste à qui le cherche.

Jésus en secret.

Revenons à l'épisode de la fête de Souccot où curieusement, dans un premier temps, Jésus oppose un refus à ses frères. Il fait valoir que son heure n'est pas encore venue. Mais il se rend ensuite à Jérusalem (comme) en secret, krupto, lorsque ses frères sont partis (Jean 7.10). En secret - caché, krupto - c'est tout le contraire de se manifester.

Voulait-il éviter de monter avec eux ? L'évangéliste nous donne une information à ce sujet. Il nous confie en passant que ses frères ne croyaient pas en lui. On n'est pas encore après l'ascension, où, dans la chambre haute les disciples, des femmes, Marie et les frères de Jésus sont assidus à la prière (Ac 1.14) ; ni à la Pentecôte où le même groupe recevra le Saint Esprit.

Non, lorsque les frères de Jésus le poussent à monter à Jérusalem, on peut deviner qu'il ne s'agit pas d'une exhortation fraternelle, mais plutôt d'une sorte de défi. Aussi Jésus leur répondant que son heure n'est pas encore venue, évoque non son triomphe mais l'heure de la croix, de sa glorification. Et cette réalité demeure totalement cachée à ses frères. Mais Jésus ne leur ferme pas la porte : mon temps n'est pas encore venu… mais votre temps à vous est toujours prêt, favorable (7.6). Le temps où ils peuvent reconnaître en Jésus le Messie.

Pourtant les frères ont été témoins de signes. On peut imaginer qu'ils étaient à Cana, puisque avec Marie ils vont suivre Jésus jusqu'à Capharnaüm (2.12). Ils ont vraisemblablement été témoins d'autres signes. Pourtant ils ne croient pas. Une fois de plus on constate que l'évidence - ce que l'on a sous les yeux - ne conduit pas forcément à la foi. Il faut une révélation. Nous en parlerons plus loin.

Jésus chez lui à Jérusalem.

Souvenons-nous de Thomas, absent le soir de Pâques lorsque Jésus vient au milieu des disciples cloîtrés dans la chambre haute. Ici il n'est question ni d'apparition, ni de manifestation. Simplement de venue : Jésus vint, il se tint au milieu et il dit : la paix à vous (20.19). Le fait que les portes soient fermées à double tour ne change rien pour le rédacteur à la simplicité de cette venue. On ne tombe pas dans le magique, ni dans le fantastique d'une histoire de passe-muraille. Jésus vient, il est là. Point !

Dans le début de la Genèse, après qu'Eve et Adam aient désobéi, ils entendent le Seigneur Dieu qui parcourait le jardin avec la brise du soir. Alors ils se cachent parmi les arbres pour ne pas être vus. Le Seigneur Dieu appela l'homme et lui dit : où es-tu ? (Gn 3.8-9) Ce n'est pas une théophanie grandiose et indicible. Simplement, Dieu parcourt son domaine. Il fait le tour du propriétaire à la rencontre de sa créature. En quelque sorte le texte nous dit que Dieu est chez lui – comme Jésus est chez lui à Jérusalem, à la rencontre des disciples. Ce qui est extraordinaire ce n'est pas que Dieu le Père et Jésus viennent chez eux, mais que des humains aient la possibilité de les rencontrer.

La lumière est venue chez les siens et les siens ne l'ont pas reçue (Jn 1.11). Comme Jésus est venu chez les siens, il vient encore chez les humains. Là où deux ou trois sont réunis... (Mt 18.20) Il est chez lui. Même au moment de la crucifixion, Jean signale qu'il est au milieu de l'humanité pécheresse : Là ils le crucifièrent, ainsi que deux autres, un de chaque côté et Jésus au milieu (Jn 19.18)

Il n'y avait rien d'exceptionnel à ce que le roi Louis XIV aille se promener  avec sa cour dans les jardins de Versailles que Lenôtre venait de créer. Il était chez lui. Mais si un simple jardinier venait à se trouver nez à nez avec le roi au détour d'un bosquet, pour ce simple homme, la rencontre était inoubliable. Avons-nous conscience du privilège qui nous est fait de pouvoir rencontrer notre Roi ?

Revenons à Thomas. A son retour il refuse de croire ses amis. Nous avons vu le Seigneur, lui disent-ils. Et lui, sans sourciller : Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne croirai jamais (20.25). Il veut voir et palper les cicatrices qu'ont laissés les clous et la lance.

Huit jours après, Jésus vient à nouveau (20.19), dans les mêmes conditions. Thomas est présent et Jésus l'invite à voir et toucher ses cicatrices. Et c'est Thomas qui est touché ! Il s'écrie : Mon Seigneur et mon Dieu. Alors Jésus ajoute : Parce que tu m'as vu tu as cru ; heureux ceux qui sans avoir vu ont cru (20.29).

Comme il est fréquent de ne pas croire après avoir vu des signes et miracles, il est possible de croire sans avoir vu. Alors qu'il ne réprimande pas Thomas pour son incrédulité (après tout, les autres disciples n'ont pas davantage de mérite, puisqu'ils ont cru après avoir vu) Jésus ajoute une béatitude, il déclare bienheureux ceux qui croient sans avoir vu.

4. La révélation de Jésus.

Lorsque j'étais élève en classe de terminale, notre professeur de philosophie avait commencé son cours par l'enseignement de la dialectique, chère aux grecs. Cet art de la discussion qui permet de classer les idées suivant les principes de la logique : thèse (ou hypothèse) à laquelle on oppose une antithèse, pour aboutir à une synthèse qui les dépasse.  Dans l'opposition manifester-cacher (phanéro – krupto) il n'y a pas d'issue possible si l'on ne fait pas intervenir un troisième élément qui fait synthèse : révéler, apokalupso. 

Prenons trois exemples :

a-    Un jour, Jésus déplorant l'incrédulité des habitants de Chorazin et Bethsaïda, prononce cette louange au Père : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout petits (Mt 11.25). Jésus a manifesté le Père et le Royaume ; le Père a caché cela, mais l'a révélé aux tout petits (on pourrait dire que les choses qui sont cachées aux intelligents le sont parce que ces intelligents veulent faire passer la connaissance uniquement par leur âme – l'intelligence, la pensée – et non par leur esprit ; c'est l'esprit qui adore, qui reçoit les révélations, les prophéties : Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité (Jn 4.24)).

b-    Luc dans son évangile ajoute ces paroles de Jésus : Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît qui est le Fils si ce n'est le Père, ni qui est le Père, et celui à qui le Fils veut bien le révéler (Lc 10. 22).

c-    Plus tard, dans le territoire de Césarée de Philippe, Jésus pose cette question aux disciples : Vous qui dites-vous que je suis ? Pierre lui déclare : Tu es le Christ (le Messie) le Fils du Dieu vivant. Jésus ajoute : Heureux es-tu Simon fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux (Mt 16.16-17).

Le thème de la révélation occupe une grande place dans nos Bibles. Ne serait-ce que par le dernier livre du Nouveau Testament, l'Apocalypse (litt. révélation). Mais l’apôtre Paul nous rappelle que ce ne sont pas ses connaissances qui l'ont amené à Jésus : Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme, avec quelle frénésie je persécutais l’Église de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge... C'est par une révélation, sur la route de Damas, qu'il a connu le Christ : Celui qui m'a mis à part depuis le sein de ma mère et m'a appelé par sa grâce, a jugé bon de me révéler son Fils afin que je l'annonce parmi les païens... (Gal 1.13-16). Il est intéressant de noter que Paul distingue – me semble-t-il – deux étapes essentielles dans sa vie. D'abord son oui à l'appel de Dieu, qui le conduit à se former auprès de grands maîtres du judaïsme et de se consacrer au service ; ensuite une première révélation, fondatrice, fondamentale : la révélation de Jésus. Il approchait de Damas quand, soudain, une lumière venue du ciel l'enveloppa de son éclat. Tombant à terre il entendit une voix qui lui disait : - Shaoul, Shaoul, pourquoi me persécutes-tu ? - Qui es-tu Seigneur ?… - Je suis Jésus que tu persécutes... (Ac 9.5). Sans cette révélation Paul serait resté ce rabbi zélé, persécuteur de ses frères croyants en Jésus. Par elle il entre dans le service que Dieu préparait pour lui depuis le ventre de sa mère.

Aujourd'hui nous butons devant la tiédeur – voire la lâcheté - d'un grand nombre de nos frères croyants en Jésus, et la résistance incrédule de nos contemporains. On ne peut l'expliquer uniquement par la seule sociologie. Lorsque j'entends les prédications de notre pasteur, je me laisse d'abord interpeller ; puis je ne peux m’empêcher de penser que de tels messages proclamés au 19ème siècle auraient enflammé pour le Seigneur toute la région. Plus que jamais, il faut une révélation.

Certains suggéreront alors que cela dépend de Dieu seul, que nous n'y pouvons rien. Une manière polie de dire que la responsabilité de nos échecs et désobéissances, en terme d'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus, revient à Dieu seul. On remplacerait le soli deo gloria par à Dieu seul la faute !

L'apôtre Paul nous replace face à notre responsabilité lorsqu'il écrit : Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler ? Et comment entendront-ils parler sans prédicateurs ? (Ro 10.14) Le Seigneur nous appelle à être ses proclamateurs.

Prions pour que les témoins – que nous sommes - reçoivent la révélation du contenu et de la forme du message qu'ils devront délivrer ; et pour que les destinataires aient la révélation du Christ.

5. L'appel personnel.

L'être humain a souvent conscience du dysfonctionnement de l'humanité. Une sorte de conscience du péché. Ainsi, bien des idéologies ont vu le jour pour réformer le monde. On a cherché l'épanouissement de l'individu par le changement de la société. Quels génocides n'ont ils pas été commis au nom de ces idéologies ! Jésus au contraire propose le changement de l'individu pour établir le Royaume.

Au début de son ministère, Jésus appelle plusieurs de ses disciples à le suivre. Mais les appels personnels à l'impératif - suis-moi - sont relativement rares. Avec une dizaine de mentions pour quatre cas dans les Évangiles (Appel de Lévi-Matthieu au bureau de péages, de Philippe, appel du jeune homme riche, et ici.)

Au moment où il va être livré, il déclare aux disciples qu'ils ne peuvent aller où il va (Jn 13.33-38). Et, en conséquence, il leur demande de s'aimer les uns les autres. Mais Pierre le questionne : Où vas-tu ? à quoi Jésus lui répond : Tu ne peux pas maintenant me suivre où je vais, mais tu me suivras plus tard. On sait la suite. Pierre affirme pouvoir donner sa vie pour Jésus. Ce dernier lui prophétise au contraire ses reniements au chant du coq.

Pierre ne peut donner sa vie pour Jésus. Pas plus qu'aucun d'entre nous. Personne ne peut partager Golgotha et sa croix avec lui. Jésus y est seul. On ne peut l'accompagner et donner notre vie pour le salut d'autrui. Mais après la résurrection Jésus renouvelle son appel à Pierre. C'est le ressuscité qui l'appelle… qui nous appelle.

6. La réponse de l'homme.

Toute révélation suppose un émetteur et un récepteur.

Ici Pierre est le récepteur et Jésus l'émetteur. Alors que Jésus est au milieu du groupe de sept disciples, par trois fois il interpelle Pierre, comme s'ils étaient seuls : M'aimes-tu ? Nous y voyons l'allusion aux trois reniements de Pierre. Mais c'est tout en délicatesse, sans exiger un acte de repentir public, que Jésus l'invite à entrer pleinement dans son ministère de berger. Jésus n'humilie pas ceux qu'il appelle.

Il en est comme de l'Alliance du Sinaï. Le peuple a reçu les Paroles de Dieu, qui fait une alliance perpétuelle avec lui. Elle dépend uniquement de Dieu, mais le peuple doit mettre les Paroles en pratique : Nous ferons et nous écouterons (Ex 24.7).

Certes il y a le temps de Dieu – et cela ne dépend pas de nous -  mais aussi l'écoute et la réponse de l'homme. C'est là notre responsabilité. 

7. Les objections et obstacles à l'obéissance.

Je relève trois réactions - trois mouvements - chez Pierre, alors que Jésus l'appelle à le suivre :

A-  Pierre se retourne (épistrépho). Plus tard, après l'effusion de l'Esprit à Pentecôte, Pierre dira à ceux qui ont été témoins de la guérison de l'infirme de la Belle Porte : Convertissez-vous et revenez (sous-entendu à Dieu) afin que vos péchés soient effacés (Ac 2.19). Mais ici, alors que Jésus lui parle, suis-moi, Pierre se retourne. Il voit l'autre disciple.

Bien longtemps avant cet épisode, d'autres personnes ont eu ce mouvement. Abraham a intercédé pour que Sodome ne soit pas détruite par le jugement de Dieu. Sodome où réside son neveu Lot et sa famille. Mais il ne se trouve même pas dix justes dans la ville pour qu'elle soit sauvée. Alors les anges ordonnent à Lot de fuir sans délai : Ne regarde pas derrière toi et ne t’arrête pas. Sauve-toi vers la montagne. Mais il hésite. Alors les anges les saisissent et les poussent hors de la ville afin qu'ils soient épargnés. Mais Mme Lot regarde en arrière, elle se retourne, désobéissant à l'ordre divin. Elle est changée en colonne de sel (Gn 19.17-26). Pourtant le texte ne parle pas de punition. Qu'a-t-elle vu qui ait provoqué cette cristallisation, ce changement de nature ? Elle est figée à jamais. Elle a vu son passé anéanti, elle n'a plus d'avenir. Son avenir était d'aller vers la montagne – j'imagine, les collines de Juda - et là elle y aurait trouvé ses racines ; l'oncle et le neveu (Abraham et Lot) qui s'étaient séparés se seraient réunis dans le pays de la promesse.

Être pétrifiés, figés, pour n'avoir regardé que notre passé, n'avoir eu d'autre attache que lui… Le Seigneur nous donne de nouvelles racines qui irriguent par leur sève à la fois le passé, le présent et l'avenir… (Souvenons nous de l'image de l'arbre inversé dont les racines sont au ciel.)

Il y a deux sortes de retournements dans la Bible ; le premier nous est donné par la femme de Lot – la femme sans nom (contrairement à toutes ces femmes de la Bible – jusqu'à Marie – dont le nom est connu). La femme de Lot, sans identité, est une figure en laquelle nous pouvons nous reconnaître… Elle a connu le salut de Dieu lorsque l'ange l'a poussée hors de la ville de Sodome qui allait être détruite. Mais elle s'est retournée vers son passé de péché sans Dieu. Dans l'évangile de Luc, Jésus déclare que ce qui est arrivé à Sodome et Gomorrhe préfigure le jour où le Fils de l'homme se révélera (Lc 17.28-32). En ce jour là, que celui qui est sur la terrasse et qui aura ses affaires dans la maison ne descende pas pour les prendre ; et que celui qui sera dans les champs ne retourne pas non plus en arrière. Souvenez-vous de la femme de Lot. De son côté l'apôtre Pierre dénonce dans sa seconde épître ceux qui après s'être retiré des souillures du monde par la connaissance du Sauveur et Seigneur Jésus Christ, s'y engagent à nouveau et sont vaincus par elles… (2 Pi 2.20-22).

Le second retournement est le retour à Dieu. C'est l'appel des prophètes jusqu'à Jean Baptiste, puis de Jésus et des apôtres. Et ceux qui retournent à Dieu ont un nom. A la fois Israël : Je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi (Es 43.1) ; et tous les croyants en Jésus juifs et gentils : Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10.20).

B-  Pierre porte son regard sur l'autre disciple. Certes le verbe regarder n'est pas dans le texte, mais il est sous entendu, puisqu'il est dit que Pierre voit le disciple qui s'approche… Une manière peut-être inconsciente de chercher à détourner de lui le regard de Jésus ?

Jésus me regarde. Suis-je un peu comme le Caïn de Victor Hugo (La légende des siècles) cherchant à le fuir ? Freud s'est intéressé au cas de Caïn. Il a vu en lui le comportement typique de celui qui est abattu par le remord, la culpabilité (cf. son surmoi). Le remord c'est l'auto flagellation, le refus de la véritable repentance et du pardon ; c'est se comporter comme le jeune homme riche : refuser de suivre Jésus en déposant ses fardeaux (la richesse), et s'enfermer dans la tristesse (Lc 18.18-23). Il devra découvrir que ni sa tristesse, ni même ses larmes ne le justifient devant Dieu. Seul le oui à Jésus lui ouvrira le chemin du rachat. Seul Jésus pourra le justifier.

C-  Pierre interroge Jésus -et celui-ci que lui arrivera-t-il ? - littéralement « et celui-ci quoi ? ». Un tout petit pronom interrogatif en grec (ti).

Il pourrait signaler chez Pierre une curiosité malsaine, un syndrome de mal aimé, une attitude de manipulateur. Peu importe. C'est avant tout l'attitude de celui qui se compare à son frère. Terrible fléau dans la société, soit que l'on cherche à imiter (à se conformer), soit que l'on veuille se singulariser. On se regarde dans le miroir d'autrui. On perçoit sa propre identité  en fonction de l'image que me renvoie l'autre.

Ce fléau n'en est pas moins grave dans l’Église. Certes on trouvera chez l'apôtre Paul (1 Co 4.16 ; Ph 3.17 ; 2 The 3.7) des invitations à l'imiter ; ce thème était familier aux philosophes grecs et aux religieux juifs. Ici l'apôtre se démarque d'eux. Il n'appelle pas à une imitation de son comportement en général, mais seulement à son humilité, à sa vie en conformité à l’Évangile de la croix. Car on sait que des croyants méprisaient sa faiblesse, face à des apôtres par excellence (2 Co 11.5) qui manifestaient une plus grande éloquence et qui vivaient des subsides que leurs donnaient les assemblées, et non comme Paul qui subvenait lui-même à ses besoins en fabriquant des tentes.

Aujourd'hui, au cours de cette matinée, serait-il possible que de telles interrogations nous viennent à l'esprit ? Se pourrait-il que mentalement on questionne Jésus sur tel frère ou telle sœur, sur telle autre assemblée que la mienne : et lui, et elle, et eux… ? La réponse de Jésus est toujours la même : Toi, suis-moi. On passe du lui au toi, et du toi au moi ; du regard sur autrui au regard sur soi ; et - pour ne pas demeurer dans le nombrilisme - du regard sur soi au regard sur Jésus.

8. Nous accueillons l'appel de Jésus.

Nous sommes en permanence harcelés par des appels de toutes sortes à suivre, imiter, emboîter le pas, se conformer, s'abandonner… Par la publicité, le lobbying, le « penser politiquement correct », les réseaux sociaux, tels membres de nos familles, tels leaders spirituels. Le pire est sans doute le conditionnement sournois qui ne dévoile jamais ses intentions ; qui ne dit jamais « suis-moi », mais qui peu à peu rend captives nos émotions et nos pensées.

Nous pouvons, soit nous laisser manipuler, soit vouloir rejeter toute sollicitation. Sachant que cette dernière option est souvent illusoire, puisqu'on aura quand même choisi un maître à penser ou une étique de vie  prétendument libérateurs. Je ne crois pas avoir rencontré de personnes se prétendant libres de toute influence qui ne soient inféodées à une doctrine quelconque.

Quant à nous, nous choisirons l'appel sans ambiguïté de Jésus, sachant qu'il nous faut demeurer dans l'humilité. Seule l'obéissance et la fidélité à la Parole avec l'assistance du Saint Esprit  peuvent nous garder des conditionnements du monde.

Nous entendons l'appel de Jésus car il n'est pas ambigu. On a remarqué que par une sorte d'inclusion, le début et la fin de l’Évangile de Jean se répondent. Le premier chapitre donne le prologue qui révèle déjà le plan de Dieu et le ministère de Jésus, la Parole faite chair qui nous fait connaître le Père. Puis André (frère de Simon Pierre) et un autre futur disciple entendent Jean-Baptiste désigner Jésus comme étant l'Agneau de Dieu. Ils le suivent alors. Il se retourne et leur demande : Que cherchez-vous ? Ils répondent : Où demeures-tu ? Venez et vous verrez, leur dit-il (Jn 1.35-39). L'évangéliste indique qu'il était environ 16h00.

En ce début d’Évangile ce sont les futurs disciples qui suivent Jésus et cherchent à le connaître (Un seul d'entr'eux, Philippe, recevra le lendemain l'appel à le suivre). Ils demeurent auprès de lui. Plus tard Jésus invitera ses auditeurs à demeurer en lui (Jean 15). Daniel Bourguet a de très belles pages à ce sujet. En cette fin de journée ils demeurent auprès de lui. La nuit tombe, mais la lumière s'est levée dans le cœur de deux galiléens !

Par contre la rencontre du dernier chapitre, au bord du lac, se passe avec Jésus glorifié. La croix et la résurrection ont eu lieu à Jérusalem. Le ministère terrestre de Jésus est achevé. Le maître va être enlevé de la vue des disciples et c'est justement dans ces circonstances que Jésus peut appeler Pierre à le suivre. C'est une sorte de fin, et pourtant c'est un commencement. Le filet de Pierre, le pécheur d'hommes, est plein. Ce n'est pas une fin de journée, comme au chapitre 1. Il est tôt le matin, le jour se lève sur la Galilée des nations.

On nous a rappelé à deux reprises le fait que pour comprendre une péricope biblique, il faut lire ce qui précède et ce qui suit. Pour notre texte, ce qui précède c'est la résurrection et la pêche surabondante. Quant à ce qui suit, avec l'enlèvement de Jésus au ciel et la Pentecôte... c'est nous !

Nous accueillons l'appel de Jésus. Mais pour nombre de croyants cet appel revêt un tel caractère dramatique qu'ils préfèrent ne pas l'entendre pour eux-mêmes. N'a-t-il pas prophétisé à Pierre sa mort en martyr à Rome ? Alors certains préfèrent analyser cet appel comme étant adressé uniquement au corps tout entier de l’Église, en se fondant en particulier sur la parole : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église (Mt 16.18). Certes. Pourtant l'appel nominatif demeure !

En Jean 6.67, alors que Jésus a proclamé qu'il est le pain vivant descendu du ciel, plusieurs disciples le quittent, trouvant que cette parole est dure à entendre. Il se tourne alors vers les douze : Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Pierre répond : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

Permettez-moi de rapporter deux anecdotes.

On raconte qu'un proche du Pape François lui fit cette remarque : « Sais-tu que tu es dans une situation où tu peux être abattu à tout instant? » Et François de répondre en souriant : « Oh, ce serait la meilleure chose pour moi ! »

Même si cette anecdote faisait partie de nouvelles « fioretti », elle n'en demeurerait pas moins cohérente avec ce que l'on connaît de la personnalité du Pape. Voilà un serviteur du Christ qui n'ignore pas la possibilité d'un attentat contre sa personne et d'une mort violente. Il ne l'ignore pas, mais ne la recherche pas ; il paraît qu'il se montrerait même plus prudent lors de ses bains de foule ; mais il poursuit son chemin de service en sollicitant notre prière à son égard. On ne peut que penser aussi aux chrétiens qui actuellement paient de leur vie leur adhésion au Christ. Oui, hélas, le don de notre vie peut faire partie de notre vie de disciples de Jésus.

Une autre histoire.

L'an dernier, à Arad en Israël nous cherchions le site de la Fontaine aux larmes. A bout de ressources nous avons demandé notre route à un habitant qui prenait le frais dans son jardin. « Suivez-moi », nous dit-il. Et montant sur son scooter, il nous a guidés à bon port. Plusieurs de nos participants ont gardés des photos de cette escorte motorisée. Ici, le « suivez-moi » ne revêtait pas de caractère dramatique, il n'était que bienveillance.

Souvent nous oublions que l'appel de Jésus nous invite à passer derrière lui, à sa suite. Ce n'est pas nous qui sommes devant et qui traçons la route ; combien nous avons du mal à intégrer cette réalité. C'est lui, le bon berger.

Pour conclure.

Aujourd'hui si vous entendez sa voix n'endurcissez pas votre cœur (Ps 95.7 ; Hb 3.7 et 4.7). Cette parole du Psaume 95, reprise par l’épître aux Hébreux, nous exhorte à l'écoute de la voix de Dieu. Elle commente l'épisode de Massa et Mériba (tentation et contestation), quand les hébreux manquant d'eau se révoltèrent contre Moïse (Ex 17.1-7). Le psalmiste comme l'auteur de l'épître aux Hébreux mettent en garde contre l'esprit de contestation. Quelqu'un disait que la contestation est un sport national français. Je crains fort que ce sport ne soit mondial désormais ! Prions pour qu'il ne gangrène pas l’Église, les croyants, mon assemblée, moi-même. Car selon les auteurs bibliques il entraîne irrémédiablement l'endurcissement du cœur, de notre volonté, de toute notre personne. Une sorte de prison de la pensée dans laquelle on s'enferme et où ne retentit que notre voix

Nous aurions vraiment trop à y perdre. Nous voulons entendre la voix de Jésus aujourd'hui : Toi, suis moi. A la fois collectivement en tant que communauté de l'Union de prière, et individuellement. Nous irons à sa suite.

Certes on nous a redit qu'il est impossible de suivre parfaitement Jésus, d'être de parfaits imitateurs. En effet jamais nous ne donnerons notre vie pour le salut d'autrui. Notre amour n'égalera jamais le sien. Mais nous pouvons par obéissance lui emboîter le pas, le suivre, puisqu'il veut nous conduire au Père, nous révéler sa Parole, nous donner le Saint-Esprit.

L'apôtre Pierre aurait-il refusé l'invitation de Jésus par crainte de le décevoir un jour? Certainement pas. Pourtant il aurait pu faire valoir ses reniements passés. Jésus ne se faisait aucune illusion sur le compte de Pierre, pas plus qu'il ne s'en fait sur nous. C'est en pleine connaissance de nos fragilités qu'il nous invite à enter dans l'alliance. Lui qui est le don de Dieu pour le salut du monde, persiste et signe ; il sera toujours fidèle. il veut nous entraîner à sa suite.

Suivre la bête ou l'Agneau ? Apocalypse 13 & 14

Matthias Helmlinger

Apocalypse 14.1-5, terminologie :

Dans le Nouveau Testament grec il y a l’article défini devant le mot « Dieu » « Théos » en grec. Nous traduirons donc « le Dieu ». Le rédacteur veut préciser qu’il ne s’agit pas de n’importe quel Dieu, mais du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, du Père de notre Seigneur Jésus-Christ.

Ce Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit.[1] Pour traduire le grec « pneuma » nous utiliserons le mot « souffle » et non pas « Esprit », comme le faisait mon professeur de Nouveau Testament à Strasbourg, Max-Alain Chevalier. Dieu est Souffle, Jésus est la Parole éternelle de Dieu devenue être humain dans le Souffle de sainteté dans la Vierge Marie, fille d’Abraham.

V. 1 Et je vis : et voici l'Agneau se tenant sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre milliers, ayant son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts.

Je vis : C’est un des 42 emplois de l’expression « je vis » dans l’Apocalypse. Comment voit-il ? Il le dit en 1.10 et 4.2 : « je devins en souffle ». C’est une expérience qui est arrivée bien des fois à Ezéchiel : en devenant « dans le souffle », Ezéchiel a vu le temple du Seigneur Dieu. L’apôtre Paul a eu cette expérience, qu’il mentionne en 2 Co 12.1-7. Mais l’apôtre Paul n’a pas eu la permission de parler de ce qu’il a vu dans le paradis. Jean, non seulement a vu le ciel et les événements qui se passent sur la terre à la lumière de Dieu, mais il a eu l’ordre d’écrire ce qu’il a vu, car il s’agit d’une révélation qui doit nous aider dans notre foi. C’est à la fois une révélation de Jésus et une révélation d’événements qui a été donnée par le Père à Jésus, Jean étant chargé de nous les transmettre. Il nous faut donc le Souffle pour comprendre ce qui a été vu et donné dans le Souffle de sainteté. Nous ne devons pas avoir peur de lire l’Apocalypse. Cette peur nous a été infusée par l’emploi profane du mot « apocalypse ». En effet, les médias emploient le mot « apocalypse » quand il y a une catastrophe avec au moins des centaines de morts. Les Anglais ont gardé le sens grec du mot « apocalypse » en traduisant « revelation », les Allemands aussi en traduisant « Offenbarung ».  Le livre de l’Apocalypse contient un enseignement véridique très précieux que le Christ a voulu faire écrire pour nous encourager dans la foi et pour que nous Le connaissions comme il est vraiment, Lui. C’est une merveilleuse révélation de Jésus-Christ. Ne cherchons pas avant tout dans ce livre l’annonce d’événements mondiaux dramatiques[2], bien qu’il en soit question aussi.

L'Agneau se tenant debout : En Ap 5.6, cet Agneau est déjà mentionné comme étant au milieu du trône divin, d’où sont dirigées toutes les choses qui se passent sur la terre et dans le ciel. Il est précisé comme ici que cet Agneau se tient debout, mais avec cette précision : comme égorgé, comme immolé[3]. Dans son célèbre tableau de la crucifixion conservé au musée Unterlinden de Colmar, le peintre Matthias Grünewald a peint à côté de la croix un agneau dans cette position : debout et égorgé en même temps. Cette précision remarquable et tellement déroutante doit nous faire prendre conscience que Jésus règne par son sacrifice, il vit éternellement par sa mort. Son amour et sa puissance sont tout entier révélés et transmis à quiconque s’en tient à cela : Jésus est mort pour moi. C’est ainsi qu’ont vécu tous les vrais croyants, renouvelant sans cesse leur foi à cette pensée : le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi (Gal 2.20). Tenez-vous en à cela, et vous irez loin dans le Royaume de Dieu ; c’est d’ailleurs la seule façon d’aller jusqu’au trône de Dieu.

Pourquoi privilégier l’image de l’Agneau ? Jésus n’est-il pas aussi comparé au lion de Juda (Ap 5.5) ? L’image de l’Agneau ne veut pas insister sur la douceur, bien qu’il y ait beaucoup de douceur en Jésus (il suffit de lire l’Evangile). L’Apocalypse parle d’ailleurs de la colère de l’Agneau (6.16) qui sera tellement insoutenable aux habitants de la terre qu’ils diront aux montagnes et aux rochers de tomber sur eux, pourvu qu’ils n’aient pas à affronter cette colère. L’Apocalypse ne privilégie donc pas l’image de l’Agneau parce qu’il voudrait distiller en nous une foi mièvre, molle. Jésus est présenté comme l’Agneau parce que la clé d’interprétation de l’Apocalypse, c’est la sortie d’Egypte, la Pâque juive[4]. C’est Dan Juster qui a reçu la révélation de ce principe d’interprétation[5].

Jésus a vécu son départ vers le Père[6] comme une Pâque et il annoncé lors de cette dernière Pâque qu’il a célébrée avec ses disciples qu’il y aura une dernière et ultime Pâque qui fera passer ce monde actuel dans le Royaume de Dieu (Lc 22.18). Voilà pourquoi il y a dans le livre de l’Apocalypse tant de calamités naturelles et militaires, où périront tant d’êtres humains : comme le Pharaon s’était endurci, la majorité des habitants de la terre s’endurciront devant l’évangile et comme le Pharaon a tenté une ultime extermination en poursuivant les Hébreux jusque dans la mer Rouge, il y aura une bataille finale mondiale contre le peuple de Dieu.

Les Hébreux qui avaient l’Agneau pascal dans leur ventre sont sortis victorieux de cette ultime tentative d’anéantissement ; il en sera de même à l’avenir pour ceux qui mangent la chair et boivent le sang du Fils de l’homme (Jn 6.53).

Sur la montagne de Sion : Jésus n’a jamais quitté Sion. Il est mort et ressuscité nulle part ailleurs qu’à Sion. Esaïe a annoncé de Sion sortira la Thorah (Es 2.3). L’apôtre Paul a transformé un verset d’Esaïe en Ro 11.26 : de Sion viendra le Libérateur (Go’éL en hébreu). Le verset qu’il cite, Es 59.20, disait : pour (à cause de) Sion viendra un Libérateur. C’est un cas remarquable : l’apôtre Paul transforme un verset, tellement il est convaincu que Jésus qui vient à Sion, n’a en fait jamais cessé d’y être. Comme la Thorah vient de Sion, le Messie Libérateur aussi. Israël dans sa totalité se tournera vers Celui qui est mort avec l’inscription placée au-dessus de sa tête : Jésus le Nazôréen le Roi des Juifs (Jn 19.19). Et Paul annonce que cette conversion globale viendra après que toutes les Nations seront entrées dans la foi (Ro 11.26). Cette annonce doit être ensemble entendue avec une autre annonce de Paul : (en ce qui concerne la venue de notre Seigneur Jésus Christ et notre rassemblement autour de Lui) …que personne ne vous séduise d’aucune manière. Il faut que vienne d’abord l’apostasie et que se révèle l’Homme de l’impiété, le Fils de la perdition, celui qui se dresse et s’élève contre tout ce qu’on appelle dieu et qu’on adore, au point de s’asseoir en personne dans le temple de Dieu et de proclamer qu’il est Dieu (2 The 2.3). Il se peut donc que le moment où toutes les Nations seront entrées dans le salut coïncide avec une apostasie générale. L’histoire qu’Israël a connue sous Antiochus IV Epiphane se répètera à une échelle mondiale. Ce souverain grec avait fait dresser une statue de lui-même dans le temple de Jérusalem. C’est ce que Daniel appelle l’abomination de la dévastation (Dn 9.27 ; 11.31 ; 12.11). Jésus en parle lui aussi dans ses prophéties dans les évangiles (Mt 24.15). Cette apostasie se reproduira à l’échelle mondiale. Elle était présente à la dernière Pâque que Jésus avait célébrée sur terre : Juda de Simon Iscariote était à table avec Jésus, il a eu part au lavement des pieds et donc au sacerdoce de Jésus, il a été aimé par Jésus qui a fait alliance avec lui en lui donnant la bouchée (Jn 13.26b) ; mais en quittant la chambre haute où était Jésus, Juda a quitté la lumière : il faisait alors nuit (Jn 13.30). En Jn 17.12, Jésus l’appelle le fils de la perdition. Quand il y aura la dernière Pâque à l’échelle mondiale, se manifestera à nouveau ce fils de la perdition. Le récit de la dernière Pâque de Jésus avec ses disciples doit rester dans notre mémoire, pour que nous ayons toute confiance en Jésus, qui maîtrise tous les événements. Tout le chapitre 13 de l’Apocalypse décrit la venue d’une Bête suscitée par le dragon, le diable : il y a une bête surgissant de la mer et une autre de la terre. Celle qui surgit de la mer serait plutôt un pouvoir politique et économique mondial et celle qui vient de la terre serait plutôt le pouvoir religieux dévoyé. Elle se met au service de l’adoration de la Bête qui est montée de la mer. Elle semble être un faux christianisme, puisqu’elle a l’apparence de l’agneau (Ap 13.11). Ces deux bêtes s’associent pour éliminer le peuple de Dieu.

Et avec l’Agneau cent quarante-quatre milliers :

144’000[7], c’est 12 fois 12 fois 1’000, autrement dit le peuple d’Israël au grand complet, innombrable, composé de tous ceux que Christ a rachetés. La promesse à Abraham s’est réalisée : compte les étoiles si tu peux les compter ; et Il lui dit : ainsi sera ta descendance (Gn 15.5). Et c’est juste après cette promesse qu’il y a le fameux verset : Abraham a cru dans le Seigneur et le Seigneur lui a compté cette foi comme justice (Gn 15.6). L’histoire du salut est une histoire d’engendrements. En hébreu « histoire » se dit « engendrements » au pluriel (THoLeDoTH). Marie a bien conscience qu’elle a enfanté miraculeusement à cause de cette promesse à Abraham : le Seigneur est venu en aide à Israël son serviteur en mémoire de sa bonté, comme il l’avait dit à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance pour toujours (Lc 1.54-55). Ce sont les paroles de conclusion de son Magnificat. Si vous allez à Marie, elle vous amènera à Abraham. Est-ce que Abraham est important pour vous ?

De l’arrière petit-fils d’Abraham, Ephraïm Jacob prophétisera : sa descendance sera une plénitude de Nations (Gn 48.19). C’est le verset qui guide notre frère Etienne Abel dans sa méditation des Ecritures.

La nouvelle Jérusalem où nous entrerons a douze portes portant le nom de chacun des tribus d’Israël (Ap 21.2). Chacun de nous entrera par l’une de ces portes. La nouvelle Jérusalem a douze fondements portant le nom de chacun des apôtres de l’Agneau (Ap 21.14). Jésus a dit à ses apôtres qu’ils jugeront les douze tribus d’Israël (Mt 19.28).

Les 144’000 milliers[8] sont ceux dont le nom est inscrit depuis la fondation du monde dans le livre de vie de l’Agneau immolé (Ap 13.8). Bien que nous soyons un peuple, une multitude, 144’000, nous ne sommes pas des numéros. Notre nom est inscrit personnellement par notre Père céleste dans le livre de vie de l’Agneau immolé depuis la fondation du monde. Jésus nous connaît par notre nom (Jn 10.3). Jésus nous traite chacun et chacune comme une personne et chaque fois qu’il se révèle à quelqu’un, c’est éminemment personnel. Nous faisons partie d’un corps, le corps du Christ, l’Epouse du Christ[9], mais nous ne sommes pas des numéros comme ceux qui adorent la Bête, et qui ont tous le même numéro : 666 (Ap 13.17-18). Chaque fois que Jésus se révèle comme l’Agneau immolé à quelqu’un, c’est une révélation personnelle qui introduit dans une communauté, qui introduit dans Israël. Mais cela reste toujours quelque chose de très personnel : Au vainqueur je donnerai une pierre blanche et, gravé sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon qui le reçoit (Ap 2.17). Nous sommes soutenus dans notre marche par toute une communion des saints, mais nous avons notre propre marche personnellement à faire ; personne ne peut la faire à notre place.

Ayant son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts :

Appartenir à Jésus-Christ, c’est recevoir très profondément une identité nouvelle, radicalement nouvelle. Jean Calvin a dit que nous devons considérer que notre vraie vie commence avec le baptême. Avant d’être nés d’En Haut, de la Jérusalem céleste notre mère, nous sommes des morts-vivants (Lc 9.60). La Jérusalem céleste est notre véritable mère (Gal 4.26). Elle est devenue capable d’enfanter par la mort de l’Agneau sur la croix ; c’est le sens d’une des dernières paroles de Jésus : femme, voici ton fils… voici ta mère (Jn 17.27). Aux Eglises Jésus dit : le vainqueur, … j’inscrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la cité de mon Dieu, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu, et mon nom nouveau (Ap 3.12). Notre récompense, ce sera de recevoir cette identité, d’être profondément transformés dans tout notre être par notre appartenance au Père, à Jésus-Christ, à la Jérusalem nouvelle. Jésus aura Lui-même un nom nouveau. Nous ne finirons jamais de découvrir toujours plus sur lui, d’être toujours plus émerveillés de son amour, de sa beauté. Avez-vous déjà regardé des amoureux ? Ils n’ont d’yeux que l’un pour l’autre. C’est comme cela que Jésus nous aime et qu’il nous rend capables de l’aimer. Ce n’est pas un enfermement, c’est un horizon de bonheur, de vie. Le drame de la civilisation mondiale qui nous entoure, c’est qu’il n’y a pas d’horizon autre que la consommation, Dieu en étant par principe éliminé. C’est déjà le début du règne de la Bête qui nous marque tous comme des numéros pour que nous puissions acheter et vendre à notre guise (Ap 13.16). Car la Bête elle aussi marque de son identité ceux qui l’adorent. Grâce au numérique il y a aujourd’hui une expansion sans fin de la consommation et du savoir[10]. On peut tout connaître, si on veut et si on a le temps. Mais la Sagesse biblique n’est pas dans l’étendue de la consommation et des connaissances. (Pr 1.7) : la crainte du Seigneur est la prémice (ReSHyTH) d’une connaissance.

V. 2-3 : Et j'ouïs une voix venant du ciel, comme une voix de grandes eaux et comme une voix d'un grand tonnerre; et la voix que j'entendis était comme de joueurs de harpe, jouant de leurs harpes ; et ils chantent un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux et les anciens. Et personne ne pouvait apprendre le cantique, sinon les cent quarante-quatre milliers qui ont été achetés de la terre.

A chaque nouvelle étape du plan de salut de Dieu, il y a des chants. Il y aura un chant nouveau pour l’étape ultime, pour l’ultime Pâque, comme il y a eu un chant quand les Hébreux ont eu fini de traverser la mer Rouge où se sont noyés leurs poursuivants (Ex 15).

Dans chaque période de réveil dans l’histoire de l’Eglise, il y a des cantiques inspirés, des compositeurs que le Souffle inspire. Ces cantiques descendent du ciel. Au Xème siècle av. J.C., il y a eu David qui a écrit les « chants favoris d’Israël (2 Sa 23.1), au XVIème siècle de notre ère il y a eu le psautier huguenot, au XVIIIème siècle il y a eu Jean-Sébastien Bach, au XXème siècle il y a eu Ruben Saillens, ce sont juste quelques exemples. Actuellement il y a foisonnement d’inspiration de chants nouveaux ; savez-vous que la plupart des chants chrétiens chinois sont composés par une jeune paysanne chrétienne illettrée, qui reçoit par inspiration les paroles et la musique ? Un membre de l’orchestre national de Pékin a fait jouer une de ses œuvres sans dire d’où elle venait. Quand les concertistes ont su que c’était une paysanne illettrée qui l’avait fait écrire, ils n’en croyaient pas leurs oreilles. Prenons le temps d’imaginer la louange qui nous est décrite ici : des harpes en si grand nombre que leur son ressemble à celui d’une cascade gigantesque comme les chutes du Niagara par exemple, on n’a plus qu’à se laisser entraîner par la puissance d’adoration de ces chants ; la louange secoue jusqu’aux fondements de notre être, puisque cette musique peut aussi être comparée à un coup de tonnerre.

Pour apprendre ce cantique, il faut avoir été « achetés de la terre ». Quelle consolation qu’il n’y ait pas d’autre condition posée ! Il faut juste avoir été « acheté ». Le verbe grec utilisé ici est volontairement un verbe banal, employé lorsqu’on va faire ses courses au marché. Rappelons qu’à l’époque vous pouviez revenir du marché avec un esclave que vous aviez acheté[11]. Les 144’000 sont tous achetés par Jésus, ils n’ont aucun mérite de participer au triomphe de l’Agneau, ce ne sont pas leurs qualités qui sont mises en avant, bien qu’ils aient dû persévérer dans la foi, dans les persécutions (Ap 13.7 et 10). Plusieurs d’entre eux ont croupi en prison (Ap 13.9). Mais ce ne sont pas ces qualités qui leur valent le privilège de pouvoir apprendre ce glorieux cantique qui est comme la voix des grandes eaux ou le son du tonnerre. C’est le fait que l’Agneau les a achetés de la terre. Méditons-nous suffisamment sur notre rachat par le sang de l’Agneau et que de ce fait, nous n’appartenons plus à cette terre, mais au Royaume du Fils bien-aimé (Col 1.13) ? Dans sa prière sacerdotale, il y a une phrase que Jésus répète deux fois : ils ne sont pas du monde comme je ne suis pas du monde (Jn 17.14 et 16). C’est donc important de comprendre ce que signifie que nous avons été achetés de ce monde par l’Agneau égorgé qui se dresse debout à Sion. Et cela n’entraîne absolument pas notre désintérêt par rapport à ce monde, bien au contraire. En effet, dans cette même prière, Jésus dit à son Père : comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde (Jn 17.18).

V. 4 : Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes, car ils sont vierges ; ce sont ceux qui suivent l'Agneau où qu'il aille ; ceux-ci ont été achetés d'entre les hommes, des prémices[12] 7 à Dieu et à l'Agneau ; et il n'a pas été trouvé de mensonge dans leur bouche ; ils sont irréprochables.

Ils sont vierges… il n'a pas été trouvé de mensonge dans leur bouche ; ils sont irréprochables : Pour suivre l’Agneau il faut être vierge[13]. Dans la Bible, ce thème est souvent associé à la fidélité au Seigneur Dieu d’Israël. Les idoles ont fait d’Israël une prostituée bien souvent. Le Dieu d’Israël veut une femme vierge. L’histoire du prophète Balaam[14] est une des plus importantes dans la Bible. Quand Israël doute de l’amour de son Dieu, Celui-ci lui dit de se rappeler cette histoire : « mon peuple que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je fatigué ? Réponds-moi… mon peuple rappelle-toi donc ce que tramait Balaq, roi de Moab, ce que lui répondit Balaam, fils de Béor… » (Mi 6.3 et 5). Balaq voulait que Balaam maudisse Israël et ce prophète des nations n’a pu que le bénir. Aucune malédiction ne peut tenir contre Israël. Voilà l’amour de son Dieu. Mais quand on lit l’histoire jusqu’au bout (Nb 25), on voit que suite à cette grande victoire spirituelle, Israël a quand même provoqué la colère de son Dieu. A cause de la débauche sexuelle avec les filles de Moab ; par le moyen des relations sexuelles elles ont ainsi introduit l’idolâtrie au sein d’Israël. L’immoralité sexuelle (la « porneïa » en grec) est liée à l’idolâtrie[15], même si nos contemporains n’en sont pas conscients (Ro 1 23-24). Tous les commandements de l’Ancien Testament qui concernent l’immoralité sexuelle doivent être respectés dans l’Eglise chrétienne. C’est une décision du premier concile de l’Eglise apostolique juive, que l’Eglise issue des Nations doit respecter : Ac 15.29. A une femme adultère, Jésus a dit : « je ne te condamne pas non plus, va et désormais ne pèche plus (Jn 8.11). N’oublions pas la deuxième partie de la phrase, qui est une merveilleuse promesse ; ce que Jésus ordonne, il le donne. J’ai longtemps cru qu’il n’y avait plus d’idolâtrie en Europe, que c’était une chose à combattre en Afrique ou ailleurs. Quelle erreur ! L’Occident s’est enorgueilli de son monothéisme, comme si les Africains n’avaient pas eux aussi la conception d’un Dieu suprême. Mais justement, c’est un Dieu dont ils pensent qu’on ne peut rien en dire, tellement il est au-dessus de nous. Il y a en cela peut-être plus de respect du Dieu suprême chez les Africains que chez nous, qui mettons Dieu à toutes les sauces. En lisant le livre de l’Apocalypse nous voyons que l’idolâtrie est toujours décrite très simplement, comme chez les prophètes : ils ne se repentirent pas des œuvres de leurs mains, ils continuèrent à adorer les démons, les idoles d’or ou d’argent, de bronze, de pierre ou de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marche» (Ap 9.20). Cette idolâtrie caractérise toutes les nations de la terre. Les idoles, c’est tout simplement ce que nos mains produisent avec l’aide de notre imagination. « Le cerveau humain est une usine qui fabrique continuellement des idoles » a dit Jean Calvin. Karl Barth et tant d’autres théologiens sont venus nous rendre attentifs au fait que nous ne connaissons rien du Dieu vivant et vrai en-dehors de ce qu’il nous dit de lui-même dans sa Parole. C’est là, dans cette purification par la Parole, que nous trouverons notre virginité et que notre bouche sera purifiée de tous les mensonges[16] que nous colportons sans nous en rendre compte. Car les mensonges dont parle le verset 5 c’est encore le culte des idoles. Nous devons devenir irréprochables comme Jésus a été irréprochable dans toutes ses paroles : il a fallu payer des faux témoins pour trouver un motif de le condamner à mort. Jésus ne nous a pas achetés pour que nous restions imbibés d’idoles, de mensonges, de débauche. Il nous a vraiment achetés pour Lui. Nous sommes sa propriété. Ne cherchons pas une sanctification qui ne viendrait pas de Lui[17], une obéissance qui ne viendrait pas de la sienne[18] . Dans son Royaume tout est régi par l’Amour.

Ce sont ceux qui suivent l'Agneau où qu'il aille :

Nous découvrons ici que Jésus bouge[19], que chaque jour, tant que dure l’histoire, il va quelque part. La vie chrétienne consiste à Le suivre. Non pas à faire nos projets et à lui demander de venir les bénir. Heidi Baker a eu une vision concernant ces derniers temps où nous vivons : nous devons monter avec le Seigneur dans des chariots de feu pour annoncer l’Evangile partout, mais nous ne tiendrons pas les rênes du chariot dans lequel le Seigneur nous invite à monter. Il y a tant d’êtres humains qui attendent encore l’annonce de l’Evangile ! Tant d’âmes perdues que le Seigneur a déjà achetées par son sang et à qui il faut aller le dire !

Suivre l’Agneau[20] c’est peut-être aller en prison, souffrir et mourir[21] dans la persécution[22]. Mais c’est peut-être aussi tenir bon dans la foi quand on n’a aucun signe du ciel, quand, comme Suzanne Dietz, Lucien Schneider, Fadiey Lovsky ces derniers mois, on finit dans la souffrance, dans un lit, diminué. J’ai fait l’enterrement de Suzanne Dietz à Clermont-Ferrand. Membre de l’Union de prière, cela faisait des années qu’elle ne pouvait plus sortir de chez elle à cause d’un diabète fou, qui finalement l’a rendue aveugle et vers la fin, elle était même sourde. Une de ses dernières paroles fut : « je me suis souvent demandé comment je finirai ma vie, maintenant je sais ». On pourrait penser que le Seigneur aurait pu lui réserver une fin un peu plus brillante. Qu’en savons-nous, du rayonnement d’une vie ? A l’enterrement de Suzanne Dietz, j’ai eu l’idée de laisser la parole à qui voulait la prendre. Son aide-ménagère s’est levée et a tranquillement dit ceci : « à travers elle, j’ai découvert ce que signifie avoir la foi ». C’est tout, et elle s’est rassise. Suivons l’Agneau partout où il va, s’il s’arrête chez nous, c’est pour aller plus loin, encore plus loin vers d’autres.

Je voudrais finir avec une histoire vraie elle aussi, une histoire de la Bible, c’est tout simple à écouter, (Mc 6.45-52) : et aussitôt il contraignit ses disciples de monter dans la barque, et d'aller devant [lui] à l'autre rive, vers Bethsaïda, tandis qu'il renvoyait la foule. Et leur ayant donné congé, il s'en alla sur une montagne pour prier. Et le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul à terre. Et les voyant se tourmenter à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit, il vient vers eux, marchant sur la mer; et il voulait les dépasser. Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme, et ils poussèrent des cris; car ils le virent tous, et ils furent troublés. Et aussitôt il parla avec eux, et leur dit: Ayez bon courage; c'est moi; n'ayez point de peur. Et il monta vers eux dans la barque, et le vent tomba. Et ils furent excessivement frappés et étonnés en eux-mêmes; car ils n'avaient pas été rendus intelligents par les pains, car leur cœur était endurci.

Prions :

« Seigneur Jésus, tu es venu durant cette retraite nous rejoindre dans notre barque. Ta gloire est venue chez nous, mais tu voulais aller plus loin. Va, va où tu voulais aller, toujours plus loin dans la détresse de l’humanité, chercher et sauver par ta résurrection tous ceux qui se noient. Nous irons avec toi, avec ton Souffle de sainteté, par lequel le Père t’a ressuscité d’entre les morts. Nous comptons sur toi, tu nous vois ramer là où nous sommes, tu nous vois tourmentés quand notre foi disparaît. Elle ne peut pas disparaître, car tu pries pour nous. Merci Seigneur Jésus, va Agneau de Dieu, nous irons avec toi, grâce à toi ! »



[1] Je dois beaucoup pour ce message à Jean-Daniel Fischer. Voir son message dans le livre publié à l’occasion de la Conférence francophone sur l’évangélisation intitulé « Les trois Amis »  (ligue pour la Lecture de la Bible – Novembre 1967 – Imprimerie Cornaz Yverdon pp. 9-15)

[2] Notons que, si l’on peut dire que toute parole de l’écriture est inspirée, c’est parce que toutes les paroles de la Bible peuvent nous rejoindre.

[3]  Marc 10.21 ; Matthieu 19.21.

[4]  Dans beaucoup d’Eglises on estime qu’il faut des moyens matériels pour lancer des projets. Mais comme nos Eglises ont de moins en moins de ressources, elles ont de moins en moins de projets ! L’obéissance à Dieu n’implique pas d’avoir d’emblée toutes les ressources. Parfois il faut se lancer et Dieu pourvoi à mesure de notre foi.

[5] Le pasteur Dallière a rejeté l’idée d’un enlèvement de l’Eglise avant la tribulation.



Notes

[1] Au chapitre 13 de l’Apocalypse, on voit une Trinité infernale : le dragon, la bête qui monte de la mer et la bête qui monte de la terre. Rappelons que le Conseil œcuménique des Eglises rassemble les Eglises « qui confessent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures et s’efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la seule gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit » En ce qui concerne la Trinité glorieuse qu’ils adorent, les chrétiens doivent éviter deux écueils extrêmes : la division à outrance entre les personnes de la Trinité (trithéisme) et la négation de leur réalité (unitarisme).

[2] « Quelques durées de temps sont données, mais jamais aucune date, Jésus l’a dit : Dieu son Père seul a fixé les temps et les moments de sa propre autorité (Ac 1.7). Dans sa bonté il nous a donné cette ultime révélation pour nous aider à tenir bon durant cette attente, et à nous préparer à ce Jour du Seigneur, que les prophètes ont déjà annoncé comme terrible, ce que confirment les événements prédits dans le livre ». Commentaire de l’Apocalypse de Guy Bonnal, dont je me suis inspiré pour cette étude. Je peux l’envoyer par courriel à quiconque m’en fera la demande : matthias.helmlinger@libertysurf.fr ).

[3] Paroles données par Esther Dekkers à la retraite 2014 : « Je vous unis par Mon amour et Ma joie. De grandes choses se produiront par votre prière ». « Il y a une onction de guérison pour des hommes, pour qu’ils existent ». « Ecoute bien ! Mon sang n’est pas donné comme une récompense pour tes efforts, il est là pour te libérer et te purifier, toi comme les autres ».

[4] Rabbi Gamaliel : « Quiconque ne prononce pas à Pèsah ces trois mots : Pèsah, Matsa et Marôr, ne remplit pas son devoir » Pèsah : passage de l’ange de la mort, pour que Pharaon endurci accepte de laisser partir ses esclaves. Matsa : nourriture céleste. Marôr : souffrance en Egypte. « Je ne sache pas qu’il existe dans le monde une race qui ait autant souffert que la nôtre ; je n’en connais pas non plus qui ait fait preuve, au sein de difficultés incessantes qu’elle a rencontrées sur sa route, d’une mansuétude plus parfaite, d’une constance plus admirable. Cette force de résistance, qui étonne nos adversaires, qui est même pour eux un véritable sujet d’irritation, s’explique néanmoins tout naturellement si l’on songe qu’Israël, ayant toujours confié sa cause à ce Dieu parfait, dont il était chargé de faire connaître dans le monde l’existence et l’unité, eût cru l’offenser gravement que de douter, un instant, de sa justice et de sa bonté. Quelques longues que lui aient paru parfois les éclipses du droit, de la charité, de la vérité sur la terre, il n’a jamais désespéré de leur triomphe final ;  il s’est toujours dit que le Dieu qu’il représente est patient parce qu’il est éternel ; et, fort de son appui, élevant sa propre patience à la hauteur de celle de son divin modèle, il a subi, sans en être ébranlé, les plus violentes attaques et a vu toujours, quelques menaçantes qu’elles fussent, expirer à ses pieds les vagues de l’intolérance et de la calomnie. Souvent hélas ! accablé sous le poids de la douleur, il laissait échapper de ses lèvres cette exclamation : Marôr, amertume ; mais il se hâtait de réprimer sa plainte et de la remplacer par cette parole d’espérance : Matsa, confiance en Dieu. Au milieu de la solitude morale à laquelle le condamnait l’hostilité des peuples, il se souvenait toujours de la solitude effrayante du désert dans lequel il était entré, en sortant d’Egypte, n’emportant, pour toute provision, que ce Matsa, cette pâte à demi-levée qui devait à peine suffire pour sa nourriture de quelques jours. Et ce souvenir le réconfortait. Dieu, qui l’avait maintenu miraculeusement sur une terre brûlante et aride, où d’avance il semblait destiné à périr de faim, de soif et de fatigue, saurait aussi le défendre et le consoler dans l’isolement que lui imposait la puissance néfaste du préjugé. L’Israélite, mes frères, et c’est là sa grande force, est optimiste ; l’épreuve ne l’abat point ; il y voit tantôt un moyen d’expier ses fautes, tantôt une raison pour marcher plus avant dans la voix de la perfection et il espère toujours en des temps meilleurs… Quant à la calomnie, cette épée empoisonnée dont on se sert à défaut d’autre moyen d’attaque, nous savons par une longue expérience qu’elle blesse toujours ceux qui s’en servent. Laissons donc à l’opinion, laissons à Dieu le soin de nous défendre. « Mieux vaut, disent nos sages, être parmi les persécutés que parmi les persécuteurs ». – « le mensonge n’a qu’un temps, la vérité est éternelle » Grand-Rabbin Alfred Lévy, 16 avril 1889 « Pésach, Matsa et Maror », sermon prononcé le premier jour de la Pâque 5649 au temple consistorial de Lyon, Imprimerie Schneider Frères, 1889.

[5] Dan Juster « La Pâque : clé pour le livre de l’Apocalypse », éd. Emeth.

[6] Quand nous insistons sur la mort de Jésus qui nous sauve, c’est sur son amour que nous insistons : il nous a aimés au point de mourir pour nous. C’est sa volonté de nous sauver qui est première et qui a entraîné un tel sacrifice. C’est son amour qui explique sa mort. Il nous a pris à cœur, alors que lui-même n’avait encore aucune place dans notre cœur. Quand nous commençons à chercher Dieu, c’est qu’il nous a déjà trouvés dans le Christ. Quelqu’un qui trouve Dieu c’est avant tout quelqu’un qui a été trouvé par Dieu. C’est le chercheur de Dieu qui est trouvé.

[7] Songe de Sophie à la retraite 2014 : elle voit un magasin avec des objets juifs très beaux qu’elle ne peut acheter ; les vieux juifs l’invitent dans l’arrière-boutique et lui donnent tout gratuitement en lui disant que c’est un héritage familial, puis Sophie raccompagne la vieille dame chez elle, c’est elle qui connaît le chemin, mais il faut finir à pieds et il y a du verglas ; la vieille dame a besoin de Sophie et Sophie a besoin d’elle pour rentrer à la maison, où le chien fait la fête à Sophie, comme si elle faisait partie de la maison. En cours de route, trois jeunes filles étaient vues dans la nuit, mais Sophie n’a pas jugé bon de s’arrêter. L’interprétation de Christian Glardon : aller droit au but, au Maranatha, sans nous laisser distraire de ce but par des sentiments naturels. Israël nous invite chez lui dans la personne de Jésus. On ne peut pas aimer Jésus sans aimer avec Lui son peuple Israël.

[8] Les 144’000 sont marqués avant les catastrophes climatiques : Ap 7.4. « Le climat joue aussi son influence avec les effets du réchauffement dû au dioxyde de carbone et ses conséquences. Certes de nombreux peuples veulent la paix et la sécurité, mais il suffit de quelques ambitieux pour déclencher les guerres, or les moyens de détruire et de tuer sont devenus tels qu’ils rendent l’existence humaine précaire, en particulier à cause de l’énergie nucléaire. Alors n’en viendra-t-on pas à estimer nécessaire un gouvernement mondial, pour garantir la sécurité et contrôler les marchés et les finances ? Mais que deviendrait la liberté ? En effet le chapitre 13 de notre livre prophétise la venue d’un gouvernement mondial, qui fait frémir. Dieu sait protéger son Eglise et l’étendre à la terre entière. Recevons de lui la foi. Notre Dieu soutient victorieusement ses fidèles contre leurs adversaires, les dévoués au Satan et à ses démons. Le monde des humains est d’une complexité inextricable, on y naît, on y meurt, chacun cherche sa voie, on s’entend, on discute, on se bat, on se tue, tout en cherchant la paix et la sécurité. Le Souffle Saint a été donné aux fidèles pour les vivifier, les guider, les réunir en assemblées où ils entendent la parole de Dieu, prient, résistent aux épreuves et aux persécutions, subir le martyre est tout à la gloire de Dieu. L’apocalypse est le livre des martyrs glorifiés, ch. 7 v. 9-12. Le monde terrestre a été créé pour que puisse se manifester concrètement la gloire du Dieu créateur dans un combat entre ses fidèles et les infidèles, et même à l’intérieur de chaque humain entre le bien conforme à sa volonté et le mal qui lui est contraire ». Guy Bonnal.

« L'Eglise ne sera jamais achevée, tant que la réintégration d'Israël dont parle saint Paul ne sera pas chose faite ».  Arnold Brémond, op.cit.

[9] Le Psaume 45 parle de l’Epouse de l’Agneau, comment elle loue son divin Epoux. Dans le Cantique des cantiques, la femme parle de la beauté de son Epoux, mais l’Epoux lui, parle de la beauté de sa femme : elle reflète sa nature. La beauté morale du Christ sera vue dans ses saints. Paul veut présenter l’Eglise de Corinthe comme une vierge chaste (2 Co 11.2) ; c’est par ces mots qu’il résume le but de son ministère d’apôtre.

[10] Malgré le foisonnement des nouvelles et des connaissances que nous pouvons avoir de l’actualité, il règne quand même une pensée unique concernant notamment les responsabilités des guerres. Ecoutons Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières : « Je suis frappé par l’incapacité de presque tous les médias à faire le lien entre l’Irak et la Libye, à revenir sur les mensonges. En Libye, la nouvelle du bombardement par l’aviation de Kadhafi des manifestants de Tripoli, le 21 février 2011, était un faux diffusé par la chaîne qatarienne Al-Jazira. La colonne de blindés qui allait écraser Benghazi, c’était aussi un mensonge. On a déclenché cette guerre sur la foi de ces mensonges. L’équilibre fragile du pouvoir entre les tribus, des villes, négociée en permanence par le pouvoir central, a volé en éclats sous le drapeau des droits de l’homme, de la morale internationale, dans une énorme tartufferie qui me soulève le cœur. Surtout quand je vois ceux qui, comme Bernard-Henri Lévy, ont soutenu cette guerre et s’en désintéressent, en passant à autre chose avec une frivolité écœurante. » Source : La Croix, 13.06.14.

[11] Des esclaves chrétiens ou yézidis sont vendus dans l’état islamique. Un Juif canadien, Steve Maman, a racheté 120 fillettes chrétiennes ou yézidis à l’État Islamique en collectant 270'000 CAD. Une représentante des Nations Unies, Zainab Bangura, a dévoilé la liste des prix auxquels sont vendues les personnes réduites en esclavage par l’Etat islamique : 150 euros pour les 1 à 9 ans, 110 pour les 10 à 19 ans, 70 pour les 20 à 29 ans, 50 pour les 30 à 40 ans puis une trentaine d’euros passé la quarantaine.

[12] Le mot « prémices », en grec « aparkè » signifie souvent « sacrifice » dans la Septante. Le Christ entraîne l’Eglise dans son sacrifice.

Dans la liturgie de Sainte-Cène de l’Union de prière nous disons : « nous nous offrons nous-mêmes en sacrifice vivant et saint ». Cette prière est très ancienne dans l’Eglise. Voyons comment l’Eglise catholique voit aujourd’hui ce sacrifice dans la messe, je cite Mgr Jacques Perrier : « Curieusement, là où le texte latin (originel) dit « offrande », le français a traduit : « sacrifice ». A la ligne d’avant, il était question de « l’offrande vivante et sainte » : le texte originel portait « sacrifice ». C’est dire que, pour les traducteurs, « offrande » et « sacrifice » sont deux termes presque équivalents, interchangeables. Dans la langue française courante, en particulier commerciale, il n’en va pas du tout de même. Régulièrement, et sous divers prétextes affectifs, vous êtes invités à offrir des cadeaux à ceux que vous aimez. Quant aux prix, eux, ils sont sacrifiés. Pour un peu, comme dit Isaïe, vous pourriez acheter sans rien payer (Isaïe 55.1). Entre la langue biblique et liturgique d’une part, et la langue usuelle d’autre part, il y a plus qu’une distance : presque une contradiction. Pour celle-ci, ce qui est sacrifié est perdu. Dans l’Ecriture, ce qui est sacrifié est, au contraire, sacralisé, élevé à sa plus haute dignité. Le mot « sacrifice » a subi le même sort qu’ « apocalypse ». « Apocalyptique » est synonyme de particulièrement catastrophique. Les medias le sortent pour les tremblements de terre, les inondations et les accidents de chemin de fer, à condition qu’il y ait un certain nombre de morts. « Apocalypse » veut dire, en réalité : « révélation » de la victoire certaine du Seigneur sur le Mal. Le sacrifice n’est pas la mise à mort. Si l’on confond sacrifice et mise à mort, parler de la Messe comme sacrifice ou du sacrifice de l’Eglise est une absurdité. Le Christ n’est mort qu’une fois, « sous Ponce-Pilate », dit le Credo. Le Nouveau testament a pratiquement inventé un mot pour exprimer ce caractère unique et définitif de la Passion du Christ (ephapax). La Messe n’est donc pas une répétition un mime de la Passion. Pourtant, elle est bien un sacrifice pour deux raisons : éternellement, le Christ Jésus, dans la gloire, se tourne vers le Père en action de grâce ; l’Eglise fait corps avec Jésus pour former le Christ total. En contraste avec les sacrifices de l’ancienne Alliance qui devaient être sans cesse renouvelés parce qu’ils étaient imparfaits, l’épître aux Hébreux insiste sur l’unicité du sacrifice du Christ : il est entré dans le vrai Saint des Saints, une fois pour toutes. Mais il exerce un sacerdoce immuable, … étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui, par lui, s’avancent vers Dieu (Hb 7.24-25). Mais l’absence de caractère sanglant et la permanence du sacerdoce de Jésus, unique prêtre de la nouvelle Alliance, ne suffiraient pas à faire de chaque Messe un sacrifice. En quoi célébrer l’Eucharistie est-il plus que lire les récits des Evangiles, faire un Chemin de Croix ou écouter la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach ?  « Un seul corps dans le Christ ». Dans la célébration eucharistique, l’Eglise est présente : des baptisés sont rassemblés au nom du Christ, représenté par l’évêque ou le prêtre, lui-même consacré comme pasteur au nom du Christ Pasteur. Non seulement, le prêtre et les fidèles font corps, comme il a déjà été dit. Mais avec Celui qui est la Tête, ils forment l’unique Corps du Christ. C’est ce Christ plénier qui s’offre au Père dans l’Eucharistie. On peut dire que l’Eglise offre le sacrifice du Christ ; on peut dire que le Christ entraîne l’Eglise dans son sacrifice. De quelque manière qu’on l’entende, l’Eucharistie est bien sacrifice du Christ et de l’Eglise.  Or, si le Christ céleste est immuable dans la gloire de l’ascension, il n’en va pas de même de son Corps terrestre : celui-ci vit dans le temps, dans la succession et dans l’éparpillement sur toute la surface du globe. Quand bien même ce seraient les mêmes fidèles qui viendraient, chaque jour, participer à l’Eucharistie, celle-ci serait, chaque jour, nouvelle parce que chaque jour est un nouveau jour.  Osons une comparaison, à la limite du blasphème. Simplement pour aider à réfléchir. Du premier au dernier jour, une exposition sera toujours la même, quels que soient les visiteurs. De même pour un film. Inversement, même si la pièce de théâtre est donnée mille fois, même si le concert est répété, chaque séance sera différente parce qu’acteurs, musiciens et public forment une communauté. Le texte de la pièce, la musique du concerto sera bien le même, mais les spectateurs, les auditeurs seront plus ou moins ouverts, plus ou moins coopératifs. Tous les artistes vous diront cela. Les plus grands le ressentent encore davantage. En considérant que cette comparaison a ses limites, elle a, au moins, un avantage, c’est d’essayer de faire comprendre que, dans la célébration eucharistique, les fidèles ne sont pas des témoins passifs, même admiratifs, de quelque chose qui se passerait en dehors d’eux. Certes, l’adhésion est intérieure, même si l’assemblée s’exprime, à certains moments, par un dialogue ou une acclamation. Ce n’est pas pour rien que le dialogue qui précède la préface invite à renouveler une communion « en esprit » : « Le Seigneur soit avec vous - Et avec votre esprit. » La question de l’Eucharistie comme « sacrifice de l’Eglise » est un point difficile dans le dialogue avec les chrétiens protestants. Ce fut le cas, tout particulièrement, lors du concile de Trente. De nos jours, le Catéchisme de l’Eglise catholique (n° 1368) énonce notre foi, en s’appuyant, notamment, sur saint Augustin. »

Il n’y a pas de réveil sans offrande de soi-même au Seigneur. Louis Dallière s’est donné entièrement au Seigneur et a reçu le baptême dans le Saint-Esprit. Voici comment le pasteur Arnold Brémond le raconte : « Nous ne savions rien ou presque rien de ce qui se passait en Ardèche. Nous ne connaissions pas la révolution spirituelle qui, depuis quelque temps, secouait la paroisse de Charmes-sur-Rhône (Pasteur Louis Dallière), les paroisses d'Albon, Saint-Pierreville (Pasteur André Frommel), de Gluiras (Pasteur Paul Dunant), de Chalencon (Pasteur Deffarges), de Saint-Christol (Pasteur Jacques Bost) et de Saint-Fortunat (Pasteur René de Richemond) et aussi, plus au sud, la paroisse du Pouzin-Cruas (Pasteur Henry Schaerer). Ces pasteurs de la Vallée de l'Eyrieux et des bords du Rhône rencontraient une vive opposition de la part de plusieurs autres pasteurs « anti-réveil ». Ceux-ci organisèrent comme chaque année un week-end élargi à Saint-Laurent-du-Pape, dans le Bas Eyrieux. On appelait cela les « Journées du Christ ». Ils me firent appel pour donner un enseignement et une prédication durant ce week-end. « Au moins, » pensaient-ils, « Brémond d'Ivry nous apportera un excellent antidote à cette folie qu'on dit charismatique. » J'arrivai avec Evelyne et je parlai en toute innocence. Nous logions tous les deux au presbytère de Saint-Laurent-du-Pape, avec deux ou trois pasteurs du bord des opposants. Aux repas, il n'était question que des loufoqueries des pasteurs détraqués, en particulier de Dallière : « Pensez donc, il rebaptise dans une baignoire sur laquelle est écrit en grosses lettres : Jourdain. Ce sont des baptêmes par immersion. Le baptiseur officie, vêtu d'une longue robe blanche, avec une couronne d'épines sur la tête » ; et d'autres sornettes. Evelyne et moi, nous nous disions : « Ou c'est vrai, alors il est fou, il faut faire un scandale, ou c'est faux, allons voir. » Nous fûmes reçus à bras ouverts par le Pasteur Louis Dallière et son admirable compagne. Avec émotion nous apprîmes les merveilles de Dieu dans plusieurs paroisses de cette région. Naturellement, nous lui racontâmes quelques-unes des merveilles du Seigneur à Divonne-les-Bains. Nous tombâmes dans les bras les uns des autres et rendîmes grâce ensemble. Tout avait commencé à Charmes-sur-Rhône. Le Pasteur Dallière s'était enfermé tout un jour dans le temple du village. Il s'était livré au Christ et, selon l'expression de Luc, au livre des Actes des Apôtres, quand il rapporte la conversion du Centenier Corneille et de sa famille[12], « le Saint-Esprit tomba sur lui ». Chemin de Damas où Louis Dallière fut revêtu d'autorité et de puissance. Par la suite, il pria et plusieurs de ses paroissiens furent également revêtus de l'Esprit. « Ils parlaient en langues et prophétisaient » tels les disciples d'Ephèse auxquels Paul avait imposé les mains. Le mouvement s'étendit rapidement aux paroisses que j'ai nommées plus haut. Les pasteurs s'étaient longtemps épuisés dans un activisme desséchant. Ils laissèrent là, momentanément au moins, leurs œuvres et se mirent à dévorer la Bible, à la lire avec un éclairage nouveau. Ils consacrèrent surtout beaucoup de temps à la prière, soit solitaires soit en « pastorales » Des couples pastoraux qui ne priaient pas ensemble jusqu'à ce jour apprirent le partage transparent et la communion au plan spirituel. Ils découvrirent que le premier pas à faire était de bâtir leur foyer d'aplomb sur la Parole de Dieu : l'homme à sa place de chef responsable en toute obéissance au Christ ; la femme, dans son rôle d'inspiratrice servante dans la prière, assise au pied du Seigneur, écoutant sa parole comme Marie de Béthanie qui avait choisi la bonne part. Alors tout s'ordonna autour des presbytères, et l'on vit de véritables miracles. A Chalencon, où manquaient totalement les hommes le dimanche, dans le grand temple, je vis, au presbytère, une assemblée de soixante paysans, priant à genoux. Les bergères et les vieux se mirent à garder leurs troupeaux, assis au pied d'un châtaignier, une grosse bible sur les genoux. Il y eut d'authentiques guérisons, des transformations spectaculaires dans le comportement des convertis, surtout un climat de louange et de joie inaccoutumé. C'était une explosion de vie merveilleuse. Les regards brillaient, les visages étaient transfigurés et cela dans l'équilibre et la paix, très rarement dans une excitation ambiguë…                                    

Depuis 1945, nous avons reçu, soit à la retraite d'été, soit dans les réunions mensuelles, de fréquentes prophéties (il faut entendre des messages parlés généralement au style direct) nous demandant de demeurer humbles et cachés, d'accepter cette clandestinité, d'être comme une racine d'un grand arbre planté près du Rhône et, dans l'offrande totale de nous-mêmes, de laisser monter la sève dans l'arbre universel de l'Eglise. » Arnold BREMOND, « Sur les chemins du renouveau. Une aventure sociale et spirituelle », Paris, Pneumathèque (Collection du Chemin Neuf, II), 1976, 316 pp.

[13] Commentaire darbiste : « Dans le Cantique des cantiques, l’Epouse parle de la beauté de l’Epoux, mais l’Epoux Lui, parle de la beauté de l’Epouse. Elle est parfaite comme Lui. Elle Le reflète. La beauté morale du Christ sera vue dans ses saints. Le sermon sur la montagne aura en eux son accomplissement, face à toute la puissance de la Bête et de l’Antichrist, et cela, à un prix extrême. Tel est le pouvoir de la grâce divine. Les rachetés se tiendront avec l’Agneau dans sa gloire à Sion, alors que la terre tout entière sera dans l’égarement à cause de la Bête et lui rendra hommage. Ils se tiendront avec Lui dans la pleine lumière du Royaume, avant qu’il soit effectivement établi sur terre. Ils garderont un caractère virginal alors que tous se corrompent autour d’eux » C.-A. Coates, « Une esquisse du livre de l’Apocalypse », éditeur P. Cheyssière, 115 avenue des Baumes 26000 Valence 983.

Notons aussi comment l’apôtre Paul exprime le but de son ministère d’apôtre : … pour vous présenter à Christ comme une vierge chaste (2 Co 11.2).

[14] Parole donnée par Yves à la retraite 2014 : il s’est vu sur le Mont des Oliviers et le Seigneur lui disant qu’Il y reviendrait ; Yves lui dit : « oui, je sais ! » ; le Seigneur lui dit qu’il doit apprendre à comprendre autrement ce qu’il sait déjà. Avertissement à l’Eglise : ne pas devenir comme Balaam qui connaissait YHWH le Seigneur, mais ne voulait pas bénir Israël (il y a été finalement contraint), donc il ne pouvait pas non plus maudire ce que Dieu maudit : la débauche.

[15] Le système financier international, autrement dit le dieu Mammon, encourage et finance les groupes LGBT et les gay-prides. Il y a collusion entre l’incitation à la débauche et le dieu Mammon contre lequel Jésus nous a mis en garde. Certains pensent que c’est même le seul démon dont Jésus nous a révélé le nom : Mt 6.24. Ci-dessous des logos de banque qui figurent dans les manifestations gay-pride sur les banderoles : bcp-banque-pérou-lgbt Depuis quelques semaines, les associations péruviennes de défense de la Famille se mobilisent contre la Banque de Crédit du Pérou (BCP – Banco de Crédito del Peru) qui a fait campagne sur les réseaux sociaux avec le drapeau arc-en-ciel du lobby LGBT. La réaction péruvienne est plus saine qu’en Occident et les mouvements catholiques ainsi que les associations de défense de la Famille appellent à changer de banque avec une photo explicite d’une carte de banque découpée.  La Banque Mondiale (The World Bank), qui a son siège à Washington, regroupe la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l'Association internationale de développement (AID), la Société Financière Internationale (IFC), l'Agence Multilatérale de Garantie des investissements (MIGA) et le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). La Banque Mondiale (The World Bank), qui a son siège à Washington, regroupe la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale de développement (AID), la Société Financière Internationale (IFC), l’Agence Multilatérale de Garantie des investissements (MIGA) et le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). La ScotiaLa Scotiabank, banque de Nouvelle-Ecosse, est l'une des plus importantes institutions financières en Amérique du Nord et la plus internationale des banques canadiennes.bank, banque de Nouvelle-Ecosse, est l’une des plus importantes institutions financières en Amérique du Nord et la plus internationale des banques canadiennes. Et la liste est encore longue… Le groupe bancaire français BNP Paribas est classé troisième entreprise la plus « gay friendly » du monde par la fondation LGBT Workplace Pride. Le secteur des banques se retrouve de façon quasi unanime du côté du nouvel ordre sexuel mondial. Source : Médias-Presse-Info 13 juillet 2015.

[16] Le mensonge est ce qui s’oppose activement à Dieu et à son plan de salut. « Il n’y entrera personne qui pratique abomination et mensonge » (Ap 21.21). « Dehors quiconque aime ou pratique le mensonge » (Ap 22.15).

[17] Irréprochables, en grec amômoï se dit d’une victime pour le sacrifice ; elle ne devait avoir aucune déficience ou tare.

[18] Texte du pasteur Louis Dallière « Les maximes de Jésus-Christ » :

« On se rappelle peut-être la phrase toute simple et admirable de saint Vincent de Paul, que j'avais copiée, entre autres, dans le journal de septembre dernier : « Assurez-vous que les maximes de Jésus-Christ et les exemples de sa vie ne portent point à faux ; qu'elles donnent leur fruit en leur temps ; que ce qui ne leur est pas conforme est vain ; et que tout réussit mal à celui qui agit dans les maximes contraires. »

Il me semble que ces maximes de Jésus-Christ passent souvent aux yeux des croyants, même très avancés, comme des choses négligeables, ou peut-être irréalisables, et dont, à ce titre, on ne peut pas tenir compte dans le monde humain. L'échec des Réveils, après un temps de réussite, vient de là, j'en suis persuadé. Pour nous qui sommes au commencement d'une œuvre de Dieu qui peut être si belle, il vaut la peine de nous asseoir un moment, et de calculer, comme dit notre Maître. (Lc 14.25) Quelles sont donc ces maximes qu'il nous faudra suivre jusqu'au bout, sous peine de gâcher le travail que Christ a daigné nous confier ?

Saint Vincent de Paul nous en a enseigné une, la maxime de la lenteur dans l'œuvre de Dieu. A son école, essayons d'en découvrir quelques autres.

I. La vie cachée

Divisez la durée de la vie du Seigneur, qui fut de 33 années, en tranches de 3 années : vous verrez aisément que pour une partie de cette vie consacrée au ministère en public, il y en eut dix consacrées à vivre la vie ordinaire de tout le monde. Les évangiles sont instructifs, par ce qu'ils taisent autant que par ce qu'ils disent ! Rien, ou à peu près, ne nous est rapporté sur ces trente ans de la vie ordinaire du Fils de l'homme. Mais nous savons, par son propre témoignage qu'il fut un homme parfait, parfaitement agréable au cœur de son Dieu et de son Père, sans péché, sans défaut, sans tache.

Le Réveil a pour but de rendre à l'homme la ressemblance avec Jésus-Christ. Le fruit principal du Réveil, ce sera des hommes et des femmes qui deviennent de vrais hommes et de vraies femmes, comme Dieu les veut sur la terre, et qui se mettent à vivre, mais sans péché, la vie toute simple de l'humanité.

On se figure qu'une personne baptisée du Saint-Esprit va se distinguer par une puissance visible en elle : les autres gens ne vont-ils pas tomber à ses pieds dans des manifestations visibles de conversion ? Ou les croyants ne vont-ils pas se suspendre à ses lèvres pour en recevoir la vérité doctrinale infaillible ? Pour moi, ami lecteur, je reconnais le baptême du Saint-Esprit à ceci : on est tout simplement un homme, une femme, en qui transparait l'amour de Jésus sans cesse. On est cultivateur, ouvrier, ménagère, institutrice, vendeuse ; on l'est de tout son cœur : et Jésus de Nazareth, le charpentier, le fils de Marie, transparaît pleinement à travers la vie humble et cachée qui lui est entièrement donnée.

II. La dernière place

Quand Il parlait de Lui-même, le Seigneur aimait employer l'expression le Fils de l'homme. Cala voulait dire : un homme comme nous, un homme tout simple, mais un homme pleinement agréable à Dieu. Le Seigneur ne s'est pas donné d'autre titre. On l’appelait Maître et Seigneur : et c'était bien, car Il l'était. Il ne s'est jamais renié Lui-même. Il savait qu'il était le vrai Roi d'Israël, le Roi des rois, le Fils unique de Dieu, venu du ciel. Mais cela même le privait de tout titre dans les hiérarchies de la terre. Aucune parcelle d'autorité ne lui avait été conférée par le collège des rabbins de Jérusalem. Il ne s'habillait d'aucun vêtement spécial. Aucun protocole n'était prévu pour l'aborder. Il n'était soutenu, patronné, poussé en avant, par aucune puissance d'argent.

Nous de même, disciples de Jésus, si nous savons de quelle gloire notre vie est revêtue, par sa pure grâce, dans les hiérarchies du ciel, nous nous garderons spontanément de tout titre dans les hiérarchies de la terre. Comme saint Paul l'avait compris ! Son titre ? Esclave de Jésus-Christ ! Sa place dans les hiérarchies terrestres ? La place des balayures, le rebut de tous jusqu'à présent !

III. L'obéissance constante

Le Seigneur Jésus n'a pas cherché ses premiers disciples. Il est allé au Jourdain pour obéir à l'ordre de son Père concernant le baptême. Là, André, frère de Simon Pierre, et Jean, fils de Zébédée, sont venus à lui et lui ont demandé : Maître, où demeures-tu ? Alors, mais alors seulement, Jésus répondit : Venez et voyez !

Le Seigneur Jésus n'a pas cherché à grouper des auditoires de son choix Ayant commencé, dans une obéissance quotidienne au Père, d'accomplir des miracles en Galilée, il vit venir à lui les foules paysannes. Quand la foule s'assemblait, il prenait place et les enseignait.

Le cœur de Jésus était brûlant de compassion. Ses mains, ses vêtements mêmes, étaient frémissants d'une vie surnaturelle, capable de guérir les malades les plus incurables. Toutefois le Seigneur n'est pas allé de porte en porte, cherchant les malades. Il a guéri tous ceux qui venaient à Lui, ou ceux pour lesquels on venait le chercher : mais ceux-là seulement.

Les pharisiens se scandalisaient de l'attitude de notre Maître. Jamais Il n'est allé vers eux pour les combattre. S'ils restaient à l'écart, Jésus disait : Laissez-les, ce sont des aveugles qui conduisent les aveugles ! Et s'ils venaient à Lui, Il s'efforçait de réveiller leur conscience, en répondant à leurs questions par des questions capables de toucher leur cœur. Une telle attitude demande une foi parfaite en Dieu. Celui qui agit ainsi est souvent contrarié dans ses projets, dans ses sentiments humains. Il voudrait faire tant de choses qui paraissent bonnes, et il est condamné à l'attente ! Le Seigneur savait que Dieu règne et gouverne toutes choses, dans le moindre détail avec une sagesse parfaite. Dieu envoyait alors vers Lui, à chaque heure, les hommes auprès de qui le Fils pouvait exercer son action à coup sûr, avec une pleine efficacité.

IV. Une exigence absolue

C'est par le petit nombre que Jésus a établi son église sur la terre. Les foules sont venues à Lui nombreuses. Les foules ont reçu de Lui d'immenses bénédictions, spirituelles et corporelles. Mais, pour son travail le Seigneur a appelé des disciples et II n'en a eu qu'un petit nombre.

Dans une troupe de disciples travaillant en commun pour Christ, un seul élément qui ne serait pas parfaitement droit, un seul qui ne serait pas assez fort pour aller jusqu'au bout dans l'obéissance, gâterait tout résultat obtenu par ailleurs.

Inversement, un seul disciple complètement dégagé de tout pour suivre le Maître, fera plus qu'une troupe nombreuse aux yeux des hommes. Ainsi dans le cercle des apôtres, Jésus forme tout particulièrement les trois intimes, Pierre, Jacques et Jean. Quelle sagesse ! Quelle bénédiction pour tous les siècles de l'Eglise : Pierre, le rocher sur lequel tout le travail des siècles se construira ; Jacques, le martyr décapité par Hérode ; Jean, l'ami qui nous transmet les pensées les plus secrètes du Maître !

Ainsi nous devons être en bénédiction à tous les hommes que Dieu nous donne de connaître et de voir. Mais nous ne devons employer, avec nous, à son service, que des ouvriers parfaitement éprouvés, parfaitement sûrs.

Souvent Dieu nous met à l'épreuve en envoyant vers nous une personne qui a besoin d'être bénie et aimée : notre ministère auprès de cette personne devrait se borner à cela, sans aucun profit quelconque pour nous. Mais voici, cette personne a de la fortune, des talents, des titres universitaires, que sais-je ! Quelle démangeaison pour nous de mettre la main sur elle pour le travail que nous poursuivons ! Au lieu de lui montrer l'exigence absolue de Christ, pour laquelle cette personne n'est pas prête peut-être, nous voulons lui faciliter une collaboration qui nous paraît avantageuse ; nous pensons qu'il faut la préparer tout doucement. Ainsi notre vie de service se perd dans des combinaisons humaines qui, au bout d'un temps, s'écroulent.

V. Ne jamais reculer

Quand on fait une sottise, il n'y a nulle gloire à s'y entêter. Mais le Seigneur, dans le service du Père, ne faisait point de sottises. Le travail de Jésus sur la terre est digne d'avoir des ouvriers qui ne fassent point de sottises, ou qui n'en fassent que le strict minimum nécessaire pour leur apprendre à n'en plus faire. Le secret de la victoire, dans le ministère de Jésus, était de revenir sans cesse auprès du Père. Même dans les trois années de sa vie publique, le Seigneur a ménagé jalousement le temps de prier le Père dans la solitude. Par suite, il ne cédait jamais aux sollicitations des hommes, avant de les porter devant Dieu. L'incident de Jean 7 est significatif. Les frères de Jésus le pressent d'aller publiquement à Jérusalem. Jésus refuse. Je pense que, resté seul, Jésus pria. Puis il alla à Jérusalem comme ses frères le lui avaient conseillé ; mais non point publiquement comme l'aurait exigé une soumission aveugle à leur conseil.

La pensée qui est en Dieu pour nous doit toujours prévaloir sur la pensée qui est dans les hommes. Certes, nous devons tirer instruction de tout ce que les hommes nous disent. Il y a un sens en toute parole ; il y a une leçon en toute circonstance. Mais le disciple de Jésus ne décide de la conduite à tenir qu'après avoir porté les choses aux pieds du Maître, comme Lui-même les portait au Père. Toute décision d'un serviteur de Jésus engage son être tout entier, et a des répercussions pour des âmes immortelles pour qui Christ est mort. On ne peut pas se payer le luxe d'agir autrement que dans une pleine obéissance à la volonté de Dieu. Agir dans cette obéissance, c'est marcher sur un chemin où l'on évite les sottises. Par la suite, on n'a pas à revenir en arrière. Il n'y a pas de regrets pour le passé ; il n'y a pas à perdre du temps pour défaire ce qu'on a fait ; il n'y a pas d'hésitation dans la marche.

C'est pourquoi Jésus n'allait pas aux hommes d'abord, mais à Dieu. Les hommes alors venaient à Jésus selon le plan de Dieu, et Jésus allait de l'avant les regards fixés sur Dieu seul. Sa nourriture était, non les sollicitations des hommes, mais la volonté du Père. Au temps marqué, il vint ainsi au Jourdain pour le baptême d'eau. Au temps marqué il tourna résolument son visage vers Jérusalem, qui tuait les prophètes et qui rejetait les envoyés de Dieu ! Il n'allait pas courir après la faveur des hommes. Il allait mourir de la mort que Dieu lui proposait. Aussi, jusqu'au bout, il n'a pas reculé.

VI. Confier  sa  faiblesse  à dieu

Jésus, bien qu'il fût Fils, a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes. C'est dire que l'adorable mystère de l'Evangile comporte ceci : que tout en étant pleinement le Fils de Dieu, Jésus a réellement revêtu la faiblesse humaine. Malgré cette faiblesse, Jésus de Nazareth s'est avancé pour faire l'œuvre de son Père sur la terre. Aussitôt Il a été tenté par Satan pendant quarante jours dans le désert. Plus tard, Il a été tenté par la foule qui voulait l'emmener pour le faire Roi, et par Pierre, qui, dans son affection profonde, voulait l'empêcher de souffrir. A Gethsémané, le Seigneur a été tenté de ne pas obéir, parce qu'il ne pouvait plus comprendre la volonté du Père. Et lorsque Jésus fut sur la Croix même, Satan s'approcha encore tout près pour le tenter de faire un miracle qui le justifierait devant tous, pour le tenter aussi, au moment suprême, de douter de son Père, qui Lui voilait son visage. Dans toutes les tentations, le Seigneur Jésus est resté parfaitement vainqueur par une obéissance parfaite à la volonté insondable de Dieu.

Le chrétien est toujours libre d'obéir à Dieu, même si les hommes s'y opposent. Le pire qui puisse arriver à un chrétien qui obéit à Dieu, c'est de souffrir et de mourir. Nous contraindre à la souffrance ou à la mort, les hommes le peuvent. Nous contraindre à la désobéissance, ils ne le peuvent. C'est l'obéissance qui nous garantit que, malgré notre faiblesse, nous pouvons travailler pour Dieu. Ce n'est pas en nous imposant des règles de vie sévères, minutieuses ou compliquées, que nous viendrons à bout de notre faiblesse. Ce n'est pas la raison, le calcul, la prudence humaine, qui nous rendront victorieux de Satan, quand celui-ci, dans toute sa ruse, veut exploiter nos faiblesses en vue de notre ruine. Ce n'est pas en nous appuyant sur le bras de l'homme, sur ses richesses matérielles, sur les traditions religieuses qu'il a inventées, sur les réputations qu'il donne, que nous serons fortifiés pour servir Dieu. Notre Père connaît toutes nos faiblesses Remettons-les à sa miséricorde. Il saura nous employer utilement, malgré toutes nos faiblesses, dans la mesure même où nous resterons près de Lui, dans la prière et dans la foi en la sagesse parfaite de sa Parole. »

Citations d’Etienne Vanhoutte dans une feuille de prière en 2015 :

« L’attention de l’apôtre Paul au style de vie de la jeune communauté de Corinthe, plongée au cœur d’une ville de culture païenne, peut nous rejoindre au-delà des siècles dans le contexte sociétal qui est le nôtre. Paul nous livre deux clefs essentielles pour rechercher une vie personnelle et communautaire conduite à la sainteté par les seuls mérites de Jésus : ne vouloir contempler, connaître et annoncer que le Roi-Messie crucifié et approfondir concrètement notre communion au Saint Esprit qui seul nous instruit selon la pensée de Dieu, folie pour les hommes de notre temps. Nous pourrons alors recevoir chaque jour la capacité de résistance à l’antéchrist comme un don dans les temps troublés que nous traversons.

Prière : Seigneur accorde nous d’expérimenter pleinement toute la grâce et les promesses de la nouvelle.

Alliance. Si nous pouvons rendre grâce pour tous les serviteurs et servantes que le Seigneur a mis sur notre route pour nous édifier, l’humble discernement de Paul sur son ministère nous questionne quant aux allégeances que nous revendiquons pour nous définir. Sommes-nous premièrement à Jésus, membres de son Corps indivisible, pierres vivantes habitées du Saint Esprit ? Paradoxalement, les violents persécuteurs actuels de l’Eglise ne s’attachent pas réellement aux identités confessionnelles mais réagissent à la seule identité qui nous définisse face aux Puissances et Dominations vaincues à la Croix et en sont ainsi des révélateurs : avoir revêtu le Christ, avoir foi en son sacrifice et confesser son Nom.

Prière : Seigneur, révèle-nous nos allégeances charnelles et provisoires pour ne désirer que la seule qui nous établisse vraiment dans l’Unité parfaite, être à Christ. Nous te confions aussi nos frères et sœurs persécutés aujourd’hui à cause de Ton Nom.

Si nous pouvons imiter Paul dans son humilité, il est un domaine où cette imitation est salutaire pour la paix dans nos communautés et dans nos relations : celui de ne pas juger définitivement avant le temps fixé en prenant la place du Seigneur, car seul Christ est digne de juger. Il me semble que Paul vit la certitude du jugement que Jésus exercera au jour de son avènement dans la crainte respectueuse de son autorité messianique et dans une confiante espérance en Sa justice. Il aime et connaît personnellement son Maître et Seigneur.

Prière : Père Saint et Juste, donne nous de désirer toujours plus l’intimité avec Jésus qui conforme notre cœur au sien.

Le texte d’aujourd’hui peut paraître contradictoire avec le précédent. Il n’en est rien si l’on considère que Paul maîtrise spirituellement deux concepts qui ne s’excluent pas s’ils sont accordés à l’esprit de l’Evangile et à la foi dans la Parousie : l’intolérance vis-à-vis du péché dans l’Eglise en espérant toujours la repentance et le salut du pécheur. Nous bénéficions encore du temps de la grâce où la miséricorde de Dieu est offerte au pécheur repentant. Hélas, ne sommes-nous pas contemporains d’une certaine forme de doctrine séductrice, prêchant une tolérance sans repentance, car le prix de la grâce comme le retour de Jésus ne sont plus sujets de foi ?

Prière : Saint Esprit, attise en nous le désir du retour en Gloire de Jésus et dispose ton Eglise, nos cœurs et nos vies pour ce jour. Jésus est le seul espoir du monde.

Paul doit s’adresser à une communauté fragile dont les membres ont vécu avec des habitudes totalement païennes, hors du cadre spirituel de la révélation biblique. Il a compris par son expérience de vie que la nouvelle alliance ne vient pas abolir l’œuvre de sanctification par la loi qui nous révèle notre péché, nos comportements et choix de vie idolâtres et adultères, mais qu’elle vient l’accomplir par le sacrifice de Jésus. Nous sommes lavés du péché qui a été révélé comme tel. La sainteté qui seule hérite du Royaume est une marche par la foi à la suite du Christ, à l’ombre de la croix, où nos comportements charnels sont peu à peu mis à mort. Ainsi, tant dans nos faiblesses et nos rechutes que dans nos relèvements, la grâce qui coule de la croix s’accomplit et témoigne au monde de la réalité de la nouvelle alliance en Jésus. Tout est accompli.

Prière : Seigneur Jésus, aujourd’hui encore je m’abandonne à Toi car je suis un pécheur qui sans Toi ne peut rien faire. »

[19] Le Cantique des cantiques est caractérisé par le mouvement : « tire-moi après toi, courons » (Ct 1.4) Louis Dallière : « Jour après jour, Il nous montrera le chemin pour grandir dans son Amour, pour mettre en pratique son Amour les uns pour les autres » Que notre cœur se donne à Lui, en acceptant son Sacrifice sur la Croix, avec le simple désir de lui obéir pas à pas, dans toute notre faiblesse ! »

[20] « Quand Jésus dit : « Suis-moi » il ne le fait pas précéder d’un « si tu peux » ou « si tu veux ». Dire de soi-même « je Te suivrai » pourrait procéder d’une générosité qui s’illusionne. Qu’adviendra-t-il au moment de l’épreuve ? Répondre lucidement à un « suis-moi » à la fois impératif et respectueux de la liberté, c’est pouvoir s’appuyer sur ce choix de Jésus comme sur une grâce première, une source de lumière et de force tout au long du chemin ». Jean-François Lefebvre, (Notre-Dame de Vie), La Croix.

[21] A propos de l’islamisme radical qui tue les chrétiens : « L’histoire ne se répétera pas à l’identique, mais nous sentons que notre civilisation est menacée. Ce qui se répète, c’est le sentiment d’impuissance devant les événements que nous condamnons, et le risque de les sous-estimer. Les Allemands aussi ont pris les nazis pour des voyous dont on allait se débarrasser. Eux aussi ont montré leur solidarité avec leurs compatriotes malmenés, jusqu’à ce qu’ils soient débordés par la détermination du parti au pouvoir et craignent pour eux-mêmes.» Geneviève Jurgensen, La Croix, 31/01/15.

[22] Irénée de Lyon dans sa lettre aux Eglises de Vienne et de Lyon mentionne Vettius Epagathus mort martyr ; il dit de lui : « il suit l’Agneau partout où il va ». « Irénée rend aussi un vibrant témoignage aux charismes qui s'exerçaient autour de lui. « Les uns, écrit-il, chassent les démons d'une façon réelle et véritable, si bien que souvent ceux-là mêmes qui ont été délivrés de ces esprits immondes, croient et demeurent dans l'Eglise. Les autres ont aussi une prescience des choses qui doivent arriver, des visions et des paroles prophétiques. D'autres guérissent les malades par l'Imposition des mains et les rétablissent en santé… Il n'est pas possible de dire le nombre des charismes que, dans le monde entier, l'Eglise reçoit chaque jour de la part de Dieu, au nom de Jésus-Christ, crucifié sous Ponce-Pilate, pour secourir les Gentils d'une façon efficace… Beaucoup de frères ont dans l'Eglise des charismes prophétiques ; ils parlent, grâce à l'Esprit, toutes sortes de langues ; ils mettent au jour les secrets des hommes, quand cela est utile ; et ils expliquent les mystères de Dieu. » Citation de Louis Dallière, 30 décembre 1972, Le protocole d'accord avec l'E.R.F., La vocation de l'Union de prière au sein de l'Eglise universelle.

Il y a une souffrance aujourd’hui en Occident avec laquelle il faudra bien composer : c’est d’être traité d’intolérant, quand on rappelle les vérités bibliques et qu’on parle du Christ Sauveur. Le cardinal Robert Sarah qui vient de publier un livre remarquable « Dieu ou rien » aux éd. Fayard écrit à ce propos : « les chrétiens doivent conquérir la capacité à s’assumer comme intolérants dans le monde actuel ».

Durant la prière pendant la retraite 2015, le pasteur Jean-Pierre Besse a prié pour que nous arrivions à apprivoiser la persécution. Et pendant le culte de cette retraite, le pasteur Pierre-Emmanuel Panis nous a rappelé qu’on ne peut suivre l’Agneau en gardant quelque chose pour nous-mêmes.


Date de création : 15/09/2016 @ 12:45
Dernière modification : 15/09/2016 @ 12:45
Catégorie : Etudes des Retraites
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