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Ecrits de Louis Dallière - Compilation des textes de L. Dallière 1940-1976

 

Union de Prière

Maison de Boissier

19 Rue de la Calade

07800 Charmes-s/Rhône

www.uniondepriere.fr

uniondepriere@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 


COMPILATION DES TEXTES

DU PASTEUR LOUIS DALLIERE

Volume 2 : 1941 à 1975

 

 

 

 

 

 

Rassemblés et numérisés par

David BOUILLON

& des membres de l’Union de prière

 

 

 

  • 2017 –

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Union de Prière

Maison de Boissier

19 Rue de la Calade

07800 Charmes-s/Rhône

www.uniondepriere.fr

uniondepriere@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 


COMPILATION DES TEXTES

DU PASTEUR LOUIS DALLIERE

Volume 2 : 1941 à 1975

 

 

 

 

 

 

Rassemblés et numérisés par

David BOUILLON

& des membres de l’Union de prière

 

 

 

  • 2017 –

 

© Union de prière, 2017

19 rue de la Calade – 07800 Charmes sur Rhône

 

Reproduction autorisée

avec accord préalable de l’Union de prière

 

 

 

 

Les textes qui figurent dans ce recueil ont été scannés et numérisés à partir des originaux imprimés ou dactylographiés. Malgré le soin apporté à la relecture, il est possible que certains mots aient été mal reconnus par le logiciel d’OCR et soient donc mal orthographiés. Veuillez nous en excuser.

 

 

TABLE  DES  MATIERES

 

Le mystère de l’Eglise composée de Juifs et de Païens, 1941 15

Les mystères du Royaume de Dieu dans les paraboles, 1942. 23

Etude sur le mariage, 1944. 29

I. L'Ancien Testament. 29

II. Le Nouveau Testament. 32

A. L'enseignement de Jésus-Christ. 33

B. L'enseignement de saint Paul. 34

La théologie du vêtement, 1945. 37

Introduction. 37

I. Y a-t-il un vêtement chrétien ?. 39

II. Description du vêtement chrétien. 43

III. Esquisse d’une casuistique. 49

 

 

DOSSIER SUR LE BAPTEME

La doctrine paulinienne du baptême, 1942. 55

Les Textes. 55

I. Le baptême, passage de la mort à la vie. 57

II. Le baptême, clé de l’unité de l’Eglise. 58

III. Le Baptême et la Croix. 60

Conclusion : Le baptême et la foi 61

Cahier d’« Etudes sur le baptême », 1942. 63

Lettre sur le baptême, 1944. 71

La signification du sacrement, 1947. 81

La situation de l’Eglise par rapport au monde sécularisé, 1947. 95

LE BAPTEME : ETUDE DE THEOLOGIE BIBLIQUE, 1948. 101

I.- LA CIRCONCISION ET LE BAPTEME.. 101

II.- LA CIRCONCISION ET LE BAPTEME (.Suite) 102

III.- LES ABLUTIONS ET LE BAPTEME DE JEAN.. 103

IV.- LE BAPTEME DE JEAN EST-IL LE BAPTEME CHRETIEN ?. 104

V.- L’INSTITUTION DU BAPTEME CHRETIEN.. 105

VI.- L’ENSEIGNEMENT DU SEIGNEUR SUR LE BAPTEME D’APRES LES SYNOPTIQUES 106

VII.- LA DOCTRINE JOHANNIQUE DU BAPTEME.. 108

VIII.- LA THEOLOGIE PAULINIENNE DU BAPTEME 108

IX.- LA PRATIQUE DES APOTRES 110

X.- BASE THEOLOGIQUE DU BAPTEME DES INFANTES. 112

XI.- CONCLUSIONS THEOLOGIQUES. 113

XII.- PROPOSITIONS DISCIPLINAIRES. 113

Introduction sur le Baptême, 1948. 115

Témoignage au synode national, 1951. 119

Liturgie du baptême par immersion. 122

Projet d’annexe de la Charte. 123

Protocole d’accord avec l’ERF, 1972. 127

 

 

Causerie sur l’œuvre de Charmes,1946. 133

Préparation et fondation de l'union de prière de charmes,1946. 143

CHARTE DE L’UNION DE PRIERE,1946. 155

Chapitre  I :LES SUJETS PROPOSES A LA PRIERE COMMUNE. 155

Section I : Le Réveil des Eglises par la conversion des âmes. 155

Section II : Le salut des Juifs. 156

Section III : L’unité visible du corps de Christ. 156

Section IV : Le retour de Christ et la Résurrection des morts. 157

Chapitre II : REGLEMENT INTERIEUR DE L’UNION DE PRIERE. 158

Section I  -  Le centre de Charmes. 158

Section II  -  La vie de prière. 159

Section III  -  Conditions d’admission dans l’U.P. 160

Section IV  -  Constitution et croissance de l’U.P. 161

Mémento de l’Union de prière, 1948. 163

INTRODUCTION.. 163

CHAPITRE I.- LES SUJETS PROPOSES A LA PRIERE COMMUNE.. 163

Les vérités de la foi. 163

La sanctification. 163

La vie dans le Mystère de l'Eglise. 164

CHAPITRE II.- REGLEMENT INTERIEUR DE L'UNION DE PRIERE.. 164

SECTION 1.- LE CENTRE DE CHARMES.. 164

SECTION 2.- LA VIE DE PRIERE.. 165

SECTION 3.- CONDITIONS D’ADMISSION DANS L'UNION DE PRIERE.. 166

SECTION 4.- CONSTITUTION ET CROISSANCE DE L'UNION DE PRIERE.. 168

 

Le Retour de Jésus, 1947. 171

Ière Etude. – REJET DE L’INDIVIDUALISME ET DU RATIONALISME.. 173

INTRODUCTION.. 173

PREMIERE PARTIE - OBJECTIONS AU SCHEMA DARBYSTE.. 173

DEUXIEME PARTIE. - ESPERANCE CONCRETE DU RETOUR DE JESUS.. 176

CONCLUSION.. 177

IIème Etude. – le temps de la préparation. 178

INTRODUCTION.. 178

PREMIERE PARTIE. - LES DONNEES SCRIPTURAIRES.. 178

DEUXIEME PARTIE. - L’EGLISE DU RETOUR.. 181

IIIème Etude. – le MYSTERE JUIF. 183

PREMIERE PARTIE. - PRINCIPE D’INTERPRETATION BIBLIQUE.. 183

DEUXIEME PARTIE. - LE MYSTERE DE L’EGLISE.. 184

IVème Etude. – le retour de Jésus et le temps de l’Eglise. 188

PREMIERE PARTIE. – Le temps et l’Eternité.. 188

DEUXIEME PARTIE. - FAUSSES ANNONCES DU RETOUR DE JESUS.. 189

CONCLUSION.. 192

 

Quatre études sur la prière, 1948. 199

INTRODUCTION.. 199

PREMIERE ETUDE.- LA PRIERE ET LA SAINTE-CENE.. 200

§ 1- ERREUR FONDAMENTALE CONCERNANT LA PRIERE.. 200

§ 2.- CARACTERE DISTINCTIF DE LA PRIERE CHRETIENNE.. 200

§ 3.- DU CHRIST A L'EGLISE.. 201

§ 4.- LA PRIERE DANS LA SAINTE CENE.. 202

§ 5.- RAPPORT DE LA PRIERE COMMUNE ET DE LA PRIERE PRIVEE.. 203

§ 6.- LE MYSTERE DE L'AMOUR.. 204

DEUXIEME ETUDE.- LA PRIERE ET LE CULTE.. 205

§ 1.- CULTE ET REUNIONS DE PRIERE.. 205

§ 2.- LE PLAN DU CULTE REFORME.. 205

§ 3.- CARACTERES DISTINCTIFS DU CULTE PUBLIC.. 206

§ 4.- FONDEMENTS BIBLIQUES DE LA LITURGIE.. 206

§ 5.- AVANTAGES SPIRITUELS LE LA LITURGIE.. 207

§ 6.- LA PRIERE POUR L'UNITE.. 207

TROISIEME ETUDE - LA PRIERE RECITEE.. 208

§ 1.- ORIGINES CHRETIENNES DE LA PRIERE RECITEE.. 208

§ 2.- ORIGINES JUIVES DE LA PRIERE RECITEE.. 209

§ 3.- USAGE DES PRIERES RECITEES DANS L'EGLISE.. 210

§ 4.- USAGE DES PRIERES RECITEES DANS LE CULTE PERSONNEL. 210

§ 5.- QUALITE SPIRITUELLE DES PRIERES RECITEES.. 211

§ 6.- LA PRIERE RECITEE ET LA CONVERSION D'ISRAËL. 212

QUATRIEME ETUDE - LA PRIERE SPONTANEE.. 212

§ 1. - DEFINITION ET PLACE DE LA PRIERE SPONTANEE. 212

§ 2.- LES PARTIES DE LA PRIERE LIBRE. 213

§ 3.- IMPORTANCE DE LA DEMANDE.. 214

§ 4.- CONDITIONS D'EXAUCEMENT. 214

§ 5.- LES REUNIONS DE PRIERE.. 215

§ 6.- DIVERSES FORMES DE REUNIONS DE PRIERE.. 216

§ 7.- LA PRIERE SPONTANEE ET LE REVEIL DES AMES. 216

 

La question que posent à l’Eglise les structures du monde moderne, 1948. 218

I.- LES STRUCTURES DU MONDE MODERNE.. 219

II.-  COMMENT LES STRUCTURES DU MONDE MODERNE POSENT UNE QUESTION A L’EGLISE.. 221

III.-         QUELLE EST LA QUESTION QUE POSENT A L’EGLISE LES STRUCTURES DU MONDE MODERNE ?. 222

 

Quatre études sur la vie de communauté, 1949. 225

PREMIERE ETUDE - LA COMMUNAUTE EN JESUS-CHRIST. 226

§ 1 - EN QUEL SENS L’U. DE P. EST-ELLE UNE COMMUNAUTE ?. 226

§ 2 - LE FONDEMENT BIBLIQUE DE LA COMMUNAUTE.. 226

§ 3 - POURQUOI REALISER LA COMMUNAUTE DANS L’U. de P. ?. 227

§ 4 - LA HIERARCHIE DANS LA COMMUNAUTE.. 227

§ 5 - LE PRINCIPE DE LA MAITRISE DE SOI. 228

§ 6 - LA PRIMAUTE DE LA SANCTIFICATION. 228

DEUXIEME ETUDE – LE MUR DE SEPARATION.. 229

§ 1 – LA DAME ELUE. 229

§ 2 - PRESENCE DE LA COMMUNAUTE. 230

§ 3 – LE MUR DE SEPARATION. 230

§ 4 - LES OPPOSITIONS A SURMONTER. 231

§ 5 - L’OBEISSANCE EN JESUS-CHRIST : CE QU’ELLE NE DOIT PAS ETRE. 231

§ 6 - L’OBEISSANCE EN JESUS-CHRIST : CE QU’ELLE DOIT ETRE. 232

TROISIEME ETUDE – RACHETEZ LE TEMPS.. 234

§ 1 – UNE COMMUNAUTE DE TYPE MIXTE. 234

§ 2 – LA PLACE DE TRAVAIL. 234

§ 3 – LE PRINCIPE DU SERVICE ET DU SALAIRE. 235

§ 4 – LA SCLEROSE DU SERVICE. 235

§ 5 - SOUPLESSE ORGANIQUE DE LA NOTION DE PLACE. 236

§ 6 - RACHETER LE TEMPS. 237

QUATRIEME ETUDE.- DEUX OU TROIS D’ACCORD.. 238

§ 1 – LA PRIERE POUR LE RETOUR DE JESUS. 238

§ 2 – LE SIGNE DE L’ACCORD. 238

§ 3 - LE PROGRES DANS l’ACCORD. 239

§ 4 – LE DON DE L’ACCORD. 239

§ 5 - L’EGLISE DU RETOUR. 240

§ 6 – LA DESTINEE DE L’U. de P. 240

 

Les Sacrements en vue du Retour de Jésus, 1951. 243

PREMIERE ETUDE : 243

1. – DEFINITION DU SACREMENT. 243

2. – LES SACREMENTS : QUELS SONT-ILS ?. 243

3. – ORIGINE DU MOT « SACREMENT ». 244

4. – CES DEUX ACTIONS NOUS VIENNENT DE JESUS-CHRIST, LUI-MEME. 244

5. – ACTION DE JESUS DANS LE SACREMENT AUJOURD’HUI. 245

6. – LIEN ENTRE PAROLE ET SACREMENT. 245

DEUXIEME ETUDE : 246

1. – LE SACREMENT EST-IL OPERANT ?. 246

2. – RAPPORT ENTRE SACREMENT ET FOI. 246

3. – LES SACREMENTS EN VUE DU RETOUR DE JESUS. 247

4. – LE BAPTEME EN VUE DU RETOUR DE JESUS. 247

TROISIEME ETUDE : J. 248

1. – LA SAINTE-CENE EN VUE DU RETOUR DE JESUS. 248

2. – LA SAINTE-CENE, LE BAPTEME, ET LE BAPTEME DU SAINT-ESPRIT. 249

QUATRIEME ETUDE : 250

1. – ....... LE BAPTEME DU SAINT-ESPRIT. 250

2. – CONSECRATION DES PASTEURS. 251

 

TEMOIGNAGE AU SYNODE NATIONAL, 1951. 253

La Parole de Dieu et les sacrements, 1952. 257

PREMIERE ETUDE. - LE GRAND MYSTERE DE LA BIBLE.. 257

1.- LA BIBLE ET JESUS-CHRIST : Le « ressourcement ». 257

2.- LE MYSTERE CHRETIEN. 257

3.- COMMENT LA BIBLE EST-ELLE A LA FOIS UN LIVRE ET JESUS-CHRIST ?. 258

4.- DEFINITION.. 258

DEUXIEME ETUDE. – DE L’INCARNATION DE JESUS-CHRIST AU SACREMENT DU BAPTEME.. 258

1.- L’INCARNATION : JEAN 1. 258

2.- MYSTERE DE L’INCARNATION ET MYSTERE DE LA BIBLE. 259

3.- L’INCARNATION EST LA SOURCE DU MYSTERE DE LA BIBLE. 259

4.- LA PREDICATION DE LA BIBLE, PAROLE DE DIEU. 259

5.- LE SACREMENT DU BAPTEME. 260

TROISIEME ETUDE. – LA SAINTE-CENE, SACREMENT DE L’EDIFICATION.. 261

1.- I PIERRE 2/ 5 : BUT DE L’EDIFICATION. 261

2.- COMMENT JESUS EDIFIE-T-IL CETTE MAISON ?. 261

3.- LE DON MYSTERIEUX DE LA SAINTE-CENE. 262

4.- LE SACREMENT EST UN SIGNE VISIBLE QUI CONCERNE CELUI QUI LE REÇOIT. 263

5.- MANIERE DONT SE FAIT L’EDIFICATION DU CORPS DE CHRIST DANS LA SAINTE-CENE. 263

6.- ACTION DU SAINT-ESPRIT DANS LA SAINTE-CENE. 263

QUATRIEME ETUDE. – ACTIONS QUI REHAUSSENT LA BEAUTE DE LA MAISON SPIRITUELLE.. 264

1.- LES TROIS ETAPES DE L’EXODE : I Corinthiens 10/ 1-4. 264

2.- LE BAPTEME DU SAINT-ESPRIT. 265

3.- TROIS AUTRES ACTIONS SACREES. 265

CINQUIEME ETUDE. – LES PIERRES ENTERREES.. 267

1.- JESUS COMME PIERRE DE BASE, PIERRE D’ANGLE ET PIERRE DE FAITE. 267

2.- LES PASTEURS COMME PIERRES DE BASE. 267

3.- COMMENT JESUS-CHRIST DESIGNE-T-IL LES PASTEURS ?. 267

4.- TACHE PROPRE DES PASTEURS. 268

5.- ACTE SACRE DE LA CONSECRATION PASTORALE. 268

6.- LE SACRIFICE. 268

 

Communauté de l’espérance, 1953. 269

PREMIERE ETUDE. – LA PREPARATION DU RETOUR DE JESUS.. 269

1.- DANS LE CIEL : PREPARATION ; SUR LA TERRE : VIGILANCE.. 269

2.- L'EVANGELISATION ET LA GUERISON EN VUE DU RETOUR.. 269

3.- LE CHOC SUR LES JUIFS.. 270

4.- LA SOIF DE L'UNITE.. 271

5.- LES SACREMENTS POUR LE RETOUR DE JESUS.. 271

6.- JUSTE AVANT LE RETOUR.. 272

DEUXIEME ETUDE : LA VERTU DE L'ESPERANCE.. 273

1.- UNITE ET DISTINCTION DES TROIS VERTUS.. 273

2.- FOI ET ESPERANCE, ESPERANCE ET AMOUR.. 273

3.- DESCRIPTION DE L'ESPERANCE.. 274

4.- L'ESPERANCE DE DIEU.. 274

5.- L'ESPERANCE DANS L'HISTOIRE DE L'EGLISE.. 275

6.- L'ESPERANCE DANS LES DERNIERS TEMPS.. 276

TROISIEME ETUDE : UNE COMMUNAUTE DE L'ESPERANCE.. 276

1.- EMPLOI DU MOT COMMUNAUTE.. 276

2.- L'ESPERANCE DANS L'EGLISE.. 277

3.- PEUT-IL EXISTER UNE COMMUNAUTE SANS CLOTURE ?. 277

4.- LE LIEU DES SACREMENTS EN VUE DU RETOUR DE JESUS.. 278

5.- L'INSERTION DES COMMUNAUTES DE L'ESPERANCE DANS L'EGLISE.. 279

6.- EN QUEL SENS LES COMMUNAUTES DE L'ESPERANCE SONT OUVERTES.. 279

 

Quatre études sur la communauté et les vœux, 1955. 281

PREMIERE ETUDE. - DU CACHE AU VISIBLE.. 281

1.- NOTRE POINT DE DEPART CACHE (Ephésiens 1/3-14). 281

2.- NOTRE POINT DE DEPART VISIBLE. 282

3.- APPARITION DE LA NOTION DE VŒU. 282

4.- LES OEUVRES VISIBLES DE L’EGLISE. 283

5.- LA REALITE CACHEE DE L’EGLISE. 283

6.- CONCLUSION ET APPEL. 284

DEUXIEME ETUDE.- L’ENRAYAGE DU CHRISTIANISME.. 285

1.- LES RESULTATS DE CE QUI PRECEDE.- LES ORIGINES DU « VŒU » CHEZ LES ANCIENS. 285

2.- L’ANCIEN TESTAMENT. 285

3.- LE NOUVEAU TESTAMENT.- LA PERFECTION. 286

4.- L’ENRAYAGE DU CHRISTIANISME. 287

5.- L’ENRAYAGE DES VOEUX ET LEUR REJET PAR LA REFORME. 287

6.- LE RACCOURCI. 288

TROISIEME ETUDE. - LA REFORME ET LES COMMUNAUTES.. 289

1.- UNE SEULE PERFECTION POUR TOUS. 289

2.- LES COMMUNAUTES PAROISSIALES. 290

3.- ENRAYAGE DE LA REFORME. 290

4.- LES INSTITUTS DE DIACONESSES. 291

5.- AMPLEUR ACTUELLE DU MOUVEMENT DES COMMUNAUTES. 292

6.- LA TENTATION DES COMMUNAUTES. 292

QUATRIEME ETUDE.- UNE DOCTRINE DES VOEUX.. 293

1.- LE VŒU DU BAPTEME. 293

2.- UN VŒU TRIPLE. 294

3.- LES ENGAGEMENTS POSTERIEURS AU BAPTEME. 294

4.- VŒUX PRIVES, SEMI-PRIVES, OU SOLENNELS. 295

5.- LE CORPS DES VŒUX. 296

6.- LE CACHE ET LE VISIBLE. 296

 

L’Eglise et l’évangélisation, 1956. 303

PREMIERE ETUDE. - LA DUALITE ACTUELLE.. 303

1. – FAIBLE PUISSANCE DE L’EGLISE. 303

2. – FAIBLE BIENVEILLANCE DE L’EGLISE. 303

3. – L’EVANGELISATION EN DEHORS DE L’EGLISE. 304

4. – LE RISQUE D’ERREUR DANS L’EVANGELISATION. 305

5. – DEFAUTS QUI GUETTENT LA PIETE D’EXPERIENCE. 305

6. – CHRIST EST ANNONCE. 306

DEUXIEME ETUDE. – ETUDE BIBLIQUE ET HISTORIQUE.. 307

1. – JESUS-CHRIST EVANGELISTE. 307

2. – L’INITIATION CHRETIENNE. 307

3. – L’EVANGELISATION APOSTOLIQUE.. 308

4. – IL N’EST PAS BON QUE L’HOMME SOIT SEUL. 308

5. – LA CHRISTIANISATION.. 309

6. – L’ŒUVRE DU CLERGE.. 310

TROISIEME ETUDE. – L’UNITE RECONQUISE.. 311

1. – L’EVANGELISATION EN VUE DU RETOUR.. 311

2. – LA MATERNITE DE L’EGLISE.. 311

3. – LA TÂCHE DES COMMUNAUTES.. 312

4. – UNE SOURCE D’INSPIRATION.. 312

5. – LES GUERISONS DE JESUS-CHRIST. 313

6. – LA REPENTANCE.. 314

Petite Charte du travail en commun, 1956. 315

La maladie et la guérison, 1957. 329

I.- LA MALADIE ET LE MYSTERE REVELE. 329

1.-  L’HOMME AVANT LA CHUTE. 329

2.-  ENTREE EN SCENE DE LA MALADIE ET DE LA MEDECINE. 329

3.-  LA MALADIE ET LA GUÉRISON DANS L’ANCIENNE ALLIANCE. 330

4.-  LA CROIX DE JESUS-CHRIST ET LA MALADIE. 331

5.-  LE TRIPLE ABSOLU DE LA FOI CHRETIENNE. 331

6.- QU’ADVIENT-IL DES CONSEQUENCES DU PECHE ?. 332

II.- LA  GUÉRISON  APOSTOLIQUE.. 333

1.-  LE MINISTERE DU SEIGNEUR JESUS.. 333

2.-  LA GUÉRISON DIVINE ET LA FOI QUI GUERIT. 333

3.-  LA GUÉRISON APOSTOLIQUE.. 334

4.-  LA GUÉRISON APOSTOLIQUE A TRAVERS LES ÂGES.. 334

5.-  LE RENOUVEAU DE LA GUÉRISON DIVINE.. 335

6.-  LA GUERISON APOSTOLIQUE AU NIVEAU DE L’EGLISE ACTUELLE. 336

III.- LA VIE CACHEE DE JESUS DANS L’EGLISE.. 336

1.-  LES MAUX AUXQUELS LES CHRETIENS ONT PART. 336

2.-  LA VIE DE JESUS CACHEE DANS LA SAINTE-CENE. 337

3.-  LA VIE DE JESUS-CHRIST ET LES REMEDES DE LA NATURE. 337

4.-  LA VIE DE JESUS-CHRIST ET LES MEDECINS. 338

5.-  LA PRIERE POUR LA GUERISON. 339

6.-  LE FRUIT SPIRITUEL DE LA MALADIE : 1ère APPROCHE. 339

IV.-  LA GUÉRISON DE LA MORT. 340

I.-  L’ONCTION D’HUILE ET LA MORT. 340

2.-  L’ONCTION D’HUILE ET LA GUÉRISON. 341

3.- LE FRUIT DE LA MALADIE A LA LUMIERE DE L’ONCTION D’HUILE. 341

4.-  LA VISITE DES MALADES ET LE MYSTERE DE L’UNITE DE L’EGLISE. 342

5.-  LES LIMITES DE LA GUÉRISON DIVINE ET LE MARTYRE. 342

6.-  LA CONSOLATION DE LA MALADIE ET DE LA MORT. 343

 

L’Eglise devant les Réveils, 1958. 357

INTRODUCTION.. 357

I.- SCHEMA HISTORIQUE.. 357

II.- TEMOIGNAGE PERSONNEL. 359

III.- PRISES DE POSITION.. 361

CONCLUSION.. 362

 

Le Saint-Esprit réconciliateur, 1958. 345

I.- LE PERE, LE FILS ET LE SAINT-ESPRIT. 345

1.- ELEVATION VERS DIEU. 345

2.- COURT APERÇU HISTORIQUE. 345

3.- LES IMAGES AUGUSTINIENNES. 346

4.- LE SAINT-ESPRIT ET L’AMOUR. 346

5.- LE SACRIFICE DU SAINT-ESPRIT. 347

6.- LE SAINT-ESPRIT RECONCILIATEUR. 348

II.-  LES DUALITES TERRESTRES.. 349

1.- LA CREATION ET LE CREATEUR. 349

2.- LES DUALITES TERRESTRES. 349

3.- LA DIVISION DU PECHE. 350

4.- LE SAINT-ESPRIT ET L’INCARNATION. 350

5.-  LE SAINT-ESPRIT ET LE MINISTERE DE JESUS. 351

6.- LA PENTECÔTE. 351

III.- LA RECONCILIATION DANS L’HISTOIRE.. 352

1.- LA PLACE DE L’ECHEC DANS L’ŒUVRE DU PARACLET. 352

2.- LE CIEL ET LA TERRE RECONCILIES. 353

3.- L’HOMME ET LA FEMME RECONCILIES. 353

4.- LE MAÎTRE ET LE SERVITEUR RECONCILIES. 354

5.- LE PAÏEN ET LE JUIF RECONCILIES. 354

6.- L’ACHEVEMENT DE L’EGLISE. 355

 

 

Les trois premiers fruits du Saint-Esprit : AGAPE - XARA – IRENE, 1959. 375

I.- AGAPE.. 375

1.- COMMENCE, PETIT ENFANT. 375

2.- DIEU, NOTRE PERE. 375

3.- LA VIE LIVREE. 376

4.- LA COMMUNAUTE DANS L’EGLISE. 376

5.- LE REVEIL DE TOUTES LES EGLISES. 377

6.- LE CENTRE LOCAL. 377

II.- X A R A.. 378

1.- Les joies du réveil. 378

2.- LA JOIE DANS L’ANCIENNE ALLIANCE. 379

3.- LA XARA DE LA NOUVELLE ALLIANCE. 379

4.- J’ACHEVE EN MA CHAIR ... 380

5.- L’EGLISE SOUS LA CROIX. 380

6.- LA JOIE DE L’UNION DE PRIERE. 381

III - I R E N E.. 381

1.- LA PAIX COMME CESSATION DE LA GUERRE. 381

2.- LA PAIX EST-ELLE DANS L’EGLISE ?. 382

3.- OU EST IRENE, FRUIT DE L’ESPRIT ?. 382

4.- L’ELECTION, SOURCE DE LA PAIX. 383

5.- IRENE DANS LE CŒUR. 383

6.- IRENE : LUMIERE ET CROISSANCE. 384

 

Lueurs de l’Orient, 1960. 385

PREAMBULE. 385

I. - INTR0DUCTION.. 385

1.- L’EGLISE ET LES TROIS EGLISES. 385

2.- L’OCCIDENT ET L’ORIENT. 386

3.- L’ORTHODOXIE. 386

4.- UNE THEOLOGIE LITURGIQUE. 387

5.- UNE PRIERE SURPRENANTE. 387

6.- L.’ORTHODOXIE ET LA PAROUSIE. 388

III.- CONCLUSIONS.. 389

1.- UNE TACHE TERMINEE.. 389

2.- UN ENRICHISSEMENT CERTAIN.. 389

3.- LE REVEIL DES EGLISES PAR LA CONVERSION DES AMES.. 390

4.- LE SALUT DES JUIFS.. 390

5.- L’UNITE VISIBLE DU CORPS DE CHRIST. 391

6.- LE RETOUR DE CHRIST ET LA RESURRECTION DES MORTS.. 391

 

L’Union de prière et le prophétisme biblique, 1961. 393

I.- LE LIVRE.. 393

1.- LE LIVRE DU PROPHETE ESAIE. 393

2.- Y A-T-IL UN SEUL PROPHETE ESAIE ?. 394

3.- L’AUTEUR DU LIVRE D’ESAIE. 395

4.- UN LIVRE ISSU DE LA CHAIR ET DU SANG D’ISRAËL. 396

5.- UN LIVRE DE L’ESPERANCE. 397

6.- LA COMMUNAUTE DANS L’EGLISE.. 397

II. - LE GERME.. 398

1.- LE SAINT D’ISRAËL. 398

2.- L’EMMANUEL. 399

3.- LE SERVITEUR. 400

4.- ESAÏE ET L’EVANGILE. 401

5.- LA PLENITUDE MESSIANIQUE. 402

6.- LA CROISSANCE DANS LA GRACE. 403

III.- LES PIERRES.. 404

1.- LA PIERRE D’ACHOPPEMENT. 404

2.- SlON EST UN DESERT. 404

3.- LES PIERRES DE LA DESTRUCTION. 405

4.- L’AUTEUR DE L’ADVERSITE. 406

5.- LA PIERRE REJETEE. 406

6.- LA FIDELITE DANS LA PRIERE : LES PIERRES VIVANTES. 407

IV.- LA CITE.. 408

1.- LA CITE DE DAVID.. 408

2.- JERUSALEM SAUVEE. 409

3.- JERUSALEM RECONSTRUITE DANS L’EVANGILE. 410

4.- LES MOMENTS PROPHETIQUES DE L’EXODE. 410

5.- L’EXODE VERS LA JERUSALEM CELESTE.. 411

6.- LA SOBRIETE DANS LA VIE QUOTIDIENNE. 412

Correspondance Daniel PATTE – Louis DALLIERE (1961) 415

L'Eglise et le Retour du Seigneur, 1962. 427

I.- L'EVANGILE  ET  L'EGLISE.. 427

1.- L'EVANGILE « AUX QUATRE ANGLES » (FOURSQUARE) 427

2.- DANS LES LIEUX CELESTES. 427

3.- JESUS BAPTISE D'EAU ET D'ESPRIT. 428

4.- JESUS CONVIE A LA SAINTE-CENE. 428

5.- CHRIST ET L'EGLISE. 429

6.- JESUS REVIENT POUR L'EGLISE. 429

II. - L ' UNION  DE  PRIERE.. 430

1.- SITUATION HISTORIQUE : LE RETOUR DU SEIGNEUR EST HORS DE L'EGLISE. 430

2.- FAIRE REVIVRE L'EGLISE PRIMITIVE ?. 430

3.- METTRE LE RETOUR DE JESUS DANS L'EGLISE. 431

4.- SUCCES ET INSUCCES DE L'UNION DE PRIERE. 432

5.- POURQUOI UNE COMMUNAUTE ?. 432

6.- LA RESISTANCE A L'ANTECHRIST. 433

 

 

Promesses et exigences du Saint-Esprit, 1962. 419

I. –PROMESSES.. 419

1.- PROMESSE DU PERE PAR LE FILS. 419

2.- PROMESSE DONNEE A L'EGLISE, CORPS DE CHRIST. 419

3.- PROMESSE D'UN BAPTEME PERSONNEL DANS L'ESPRIT. 420

4.- PROMESSE D'UNE CERTITUDE DU BAPTEME DANS L'ESPRIT. 420

5.- PROMESSE D'UNE ASSISTANCE DANS LES COMBATS. 421

6.- PROMESSE QUI A UN BUT DEFINI. 421

II. - EXIGENCES.. 422

1.- L'EXIGENCE DE LA CONSECRATION PERSONNELLE. 422

2.- L’EXIGENCE DE LA FIDELITE ECCLESIALE. 423

3.- L'EXIGENCE D'UNE FIDELITE DE CŒUR. 423

4.- L'EXIGENCE D'UNE VIE COMMUNAUTAIRE. 424

3.- L'EXIGENCE D'UNE BONNE CONSCIENCE ENVERS LE MOUVEMENT DE PENTECOTE. 424

6.- L'EXIGENCE D'UNE BONNE CONSCIENCE ENVERS TOUTES LES EGLISES. 425

 

LE REJET D'ISRAËL, 1964. 435

SUR L'ETAT D'ISRAËL, 1964. 437

 

ETUDES SUR L'AMOUR-AGAPE. 439

UN RENOUVEAU SPIRITUEL : ACTES 13 A 16, 1966. 441

Actes XIII 1 à 15 puis v.42. 445

Actes XIV - Le Saint-Esprit et le Corps. 447

ACTES  XV / 30 – XVI / 15. 453

Méditation sur les charismes (dons) des guérisons. 457

Le livre de Job et la prophétie. 461

Quelques indications sur le livre des Juges. 467

Petite étude sur l’Epître aux Hébreux. 469

 

L'EGLISE PRESENTE SOUS L'ACTION DU SAINT-ESPRIT, 1967. 473

PREMIERE ETUDE : I CORINTHIENS 11. 473

INTRODUCTION.. 473

1.- PREMIERE PARTIE : versets 1-16. 473

2.- SECONDE PARTIE : VERSETS 17-34. 475

CONCLUSION.. 475

SECONDE ETUDE : I CORINTHIENS 12-13. 476

INTRODUCTION.. 476

1. L’ESPRIT ET LA MULTIPLICITE. 477

2.- LISTE DE CE QUI NOUS EST DONNE PAR L’ESPRIT. 478

3.- L’AMOUR, PRINCIPE D’UNITE. 479

TROISIEME ETUDE : I CORINTHIENS 14. 480

INTRODUCTION.. 480

1.- L’HARMONIE DES DONS ET LA GUERISON. 480

2.– LE PARLER EN LANGUES. 481

3.– LA PROPHETIE. 483

QUATRIEME ETUDE : I CORINTHIENS 15. 484

INTRODUCTION.. 484

I.- LA QUESTION DE LA RESURRECTION. 484

2.- LE COMMENT DE LA RESURRECTION. 485

CONCLUSION.. 487

 

TROIS ETUDES, 1968. 489

1ère ETUDE : SOIF DU SAINT-ESPRIT DANS TOUTE L'EGLISE.. 489

2ème ETUDE : PRIERE POUR LE SALUT D'ISRAËL. 493

3ème ETUDE : L'UNITE DE L'EGLISE DANS L'AMOUR-AGAPE.. 497

 

QUELLE HEURE EST-IL ?, 1969. 501

I. SENS ET BUT DE LA RETRAITE - L'HEURE DU MYSTERE DE CHRIST. 501

1.- LE MYSTERE DE CHRIST. 501

2.- TEMPS DE LA TERRE ET TEMPS DU MYSTERE. 502

3.- LE TEMPS DE L'APOTRE PAUL. 502

4.- QUELLE HEURE EST-IL ?. 503

II.- LA PORTE S’OUVRE.. 504

1.- QUAND LA PORTE ETAIT FERMEE. 504

2.- LE PEUPLE JUIF AU TEMPS DE LA PORTE FERMEE. 505

3.- LA PORTE S'OUVRE. 506

4.- L'ATTENTE DU MESSIE. 507

III- LE MESSIE ET L'EGLISE.. 508

1.- AU XIIe SIECLE ET AU XXe SIECLE. 508

2.- LE MOUVEMENT DE PENTECOTE ET LE DON DU SAINT ESPRIT. 509

3.- LA SAINTE CENE. 510

 

LE REVEIL ET LE RENOUVEAU DU SAINT-ESPRIT, 1970. 513

I.- LE MESSIE QUI VIENT. 513

1.- LE DEPART DU MONT DES OLIVIERS. 513

2.- LA MARCHE DU PEUPLE JUIF ET CELLE DE L'EGLISE. 514

3.- RENCONTRE DES JUIFS ET DES CHRETIENS. 515

II.- LES COUPS D'ETAT DE DIEU. 516

1.- L'EXODE. 516

2.- JESUS QUI EST VENU ET QUI VIENT. 517

3.- NOUS REPLACER SOUS LE BAPTEME. 519

III.- LE RENOUVEAU DU SAINT-ESPRIT. 520

1.- CHEZ CORNEILLE ET AU XXe SIECLE. 520

2.- LA FOI, L'AMOUR ET L’ESPERANCE. 521

3.- LE DEDANS ET LE DEHORS. 522

 

 

LA GREFFE JUDEO-CHRETIENNE, 1971. 525

I - NOTRE PECHE : ROMAINS 11 / 16-24. 525

1.- MON PECHE. 525

2.- NOS DIVISIONS. 526

3.- LES CHRETIENS ET LES JUIFS. 527

II. -LE MESSIE : Luc 15/20-32. 529

1.- JESUS, LE MESSIE. 529

2. - ISRAËL, LE PEUPLE DU MESSIE. 530

3.- MARANATHA. 531

III.- LE DON DE L’ESPRIT : JOËL 2/21-32. 533

1.- ESPRIT DE DIEU SUR L’EGLISE. 533

2.- L’ESPRIT SUR ISRAËL. 534

3.- L’ESPRIT DE DIEU SUR ISRAËL ET SUR LES PAÏENS. 535

 

TROIS ETUDES, 1972. 541

1ERE ETUDE : LE CHRIST ET SON EPOUSE. 541

1.- L'AMOUR TERRESTRE. 541

2.- L'AMOUR-AGAPE. 542

3.- LES NOCES DE L'AGNEAU. 543

2EME ETUDE : LE PERE ET SES DEUX FILS. 545

1.- LE FILS AINE. 545

2.- L'EXIL DU FILS AINE. 546

3.- LE SECOND FILS. 547

3EME ETUDE : DES DEUX, IL N'EN A FAIT QU'UN. 549

1.- LE FILS UNIQUE. 549

2.- L’ « UNION » DES DEUX FILS DESUNIS. 550

3.- L'UNION DES DEUX FILS UNIS. 551

 

Le protocole d'accord avec l'E.R.F. 555

I.- Le protocole d’accord avec l'E.R.F. 556

II.- La vocation de l'Union de prière au sein de l'Eglise universelle. 557

III.- La vocation de l’Union de prière au sein de l'Eglise universelle. 559

 

LA VICTOIRE SUR LA MORT, 1973. 561

I.- LE COMBAT CONTRE LA MORT. 561

1.- PROBLEME, MYSTERE, INCONNAISSABLE. 561

2.- LE COMBAT DANS LA BIBLE : SATAN. 562

3.- LE COMBAT DEPUIS LA PREMIERE VENUE DE JESUS : LES ANTICHRISTS. 563

II.- LA DEFAITE DE LA MORT. 565

1.- JESUS-CHRIST A « DETRUIT » LA MORT : II Timothée 1/10. 565

2.- L'EGLISE SUR LA TERRE. 566

3.- L'EGLISE DU CIEL. 567

III.- LA DESTRUCTION DE LA MORT. 569

1.- LA FIN EST-ELLE PROCHE ?. 569

2.- LA MORT TRIOMPHERA-T-ELLE ?. 570

3.- ECOUTEZ-LE : Matthieu 17/5. 571

 

QUATRE ETUDES SUR L'EPITRE AUX HEBREUX, 1974. 573

I.- LE REVEIL DES EGLISES PAR LA CONVERSION DES AMES. 573

1.- LE REVEIL. 573

2.- PAR LA CONVERSION DES AMES. 574

3.- DES EGLISES. 575

II. - LE SALUT DU PEUPLE JUIF. 577

1.- AUTEUR ET DESTINATAIRES DE L'EPITRE AUX HEBREUX.. 577

2.- JESUS SOUVERAIN SACRIFICATEUR SELON L'ORDRE DE MELCHISEDEK. 578

3.- LE SALUT DU PEUPLE JUIF. 580

III.- L'UNITE VISIBLE DU CORPS DU CHRIST. 582

1.- HOMO VIATOR. 582

2.- LA MARCHE DE L’HUMANITE DANS LA FOI. 582

3.- LA PRIERE POUR L'UNITE. 584

IV.- L'AVENEMENT DE JESUS-CHRIST ET LA RESURRECTION DES MORTS.. 586

1.- MELCHISEDEK. 586

2.- LE MYSTERE. 587

3.- LES TEMPS DIFFICILES. 587

 

Correspondance avec Mlle Henriette Matthieu                                                                           573

Correspondance avec Sœur Elisabeth                                                                                       595

Correspondance avec Fadiey Lovsky                                                                                         603

 

 

 

 


Le mystère de l’Eglise composée de Juifs et de Païens [1]

- 1941 -

 

« Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée. Et ainsi tout Israël sera sauvé. »

Romains 11/25-26

 

 

Mes chers Collègues et frères dans le service de JESUS-CHRIST,

 

Chargé par ceux qui ont autorité au milieu de nous, de présider le culte de ce matin, je vous invite à méditer avec moi quelques aspects du mystère de l’EGLISE, composée des Juifs et des Païens. C’est un sujet qui touche à l’actualité, par un de ses côtés les plus particulièrement douloureux, mais que nous aborderons selon la vérité révélée dans la Parole de DIEU, nous efforçant de nous élever au-dessus des passions humaines. Toutefois, si je choisis ce sujet, c’est en vue d’un appel précis que je veux vous adresser de la part de Notre SEIGNEUR JESUS-CHRIST, le Chef de l’EGLISE, dont j’ai le redoutable privilège d’être, pendant quelques instants, l’ambassadeur auprès de vous, mes frères, qui êtes ses serviteurs comme moi-même.

Selon les époques, la place des Juifs dans l’EGLISE de JESUS-CHRIST varie du tout au tout. Au début, ils ont toute la place ; ensuite, ils n’ont plus de place du tout ; à la fin, S. PAUL nous révéla prophétiquement qu’ils reprendront la place qui est la leur : la première. A l’étude de ce plan divin de l’EGLISE nous consacrerons notre première partie. Nous porterons ensuite notre attention, plus spécialement, sur le changement spirituel que l’avenir réserve aux Juifs, et, pour finir sur les conditions que l’Eglise actuelle devra remplir le jour où ce changement concernant les Juifs sera imminent. Je conclurai notre méditation par l’appel précis que je vous ai annoncé.

I.

Au début de l’EGLISE chrétienne, les Juifs sont tout. Le salut vient des Juifs, avait dit le SEIGNEUR. Et l’apôtre, au début du ch. IX des Romains, énumère les titres de noblesse du peuple élu : à ses frères, ses parents selon la chair appartiennent : 4 ἡ υἱοθεσία καὶ ἡ δόξα καὶ αἱ διαθῆκαι καὶ ἡ νομοθεσία καὶ ἡ λατρεία καὶ αἱ ἐπαγγελίαι, 5 ὧν οἱ πατέρες  (Romains 9)

De leur race étaient les pères ; et, naturellement de leur race aussi est celui qui en sa personne récapitula toutes les grâces de DIEU : Celui qui a l’adoption par excellence ; celui à qui appartiennent toute gloire, tout honneur ; celui qui est le médiateur d’une alliance éternelle ; Celui qui a accompli entièrement la Loi, qui a apporté à DIEU le Culte de latrie d’une adoration parfaite, et qui a incarné dans sa personne toutes les promesses divines : 5 Χριστὸς ὁ ὢν ἐπὶ πάντων θεὸς εὐλογητὸς εἰς τοὺς αἰῶνας  (Romains 9)

Juive était la Vierge MARIE, à qui aboutit, comme à la fleur sublime de l’arbre de JESSE, toute la tradition prophétique et toute la préparation messianique de l’A.T. ; Juif est JESUS, fils de MARIE, juif est tout son entourage : ses camarades d’école, les clients de l’atelier du charpentier, les auditeurs du prophète prêchant sur la montagne ou au bord du lac, les malades guéris, à part quelques exceptions que l’Evangile souligne. Juifs encore sont les Douze, et lorsque l’EGLISE chrétienne fut fondée à Jérusalem, elle fut entièrement juive, de fait et d’intention. Les 3.000 qui reçurent le Baptême et entrèrent dans l’alliance sous l’autorité des apôtres ; qui persévérèrent dans la fraction du pain et dans les prières tous étaient juifs. C’est le reste fidèle, dont parle S. PAUL au début du ch. XI des Romains, ceux qui n’ont pas fléchi les genoux devant Baal, et au nombre desquels il appartient aussi, lui, l’Hébreu né d’Hébreux, dont l’extraordinaire destinée devait être d’ouvrir la porte de l’EGLISE aux Païens, sur un pied d’égalité avec le peuple élu.

Que de travaux, que de combats, que de souffrances cette œuvre a demandés à notre apôtre, à nous, Païens ! Puissance de l’élaboration théologique, démonstrations incessantes de la présence de l’ESPRIT-SAINT dans la faiblesse de l’homme, et par-dessus tout, brisement sans cesse renouvelé de la souffrance morale et de la souffrance physique, toute une vie offerte en holocauste, tel fut le prix que dut payer le Pharisien saisi par JESUS-CHRIST, pour nous assurer, à nous Païens, le droit de cité dans l’EGLISE de JESUS-CHRIST. Mystère Insondable, que dévoile l’épître aux Ephésiens, les deux races, Juifs et Païens, en CHRIST, par son sang, ne forment plus qu’un corps ! Le mur de séparation est abattu. N’oublions-nous pas trop souvent que le mystère de l’EGLISE est essentiellement le mystère de la réunion en un seul Corps du Juif et du Païen ? Nous cherchons les marques de l’EGLISE dans la prédication, dans les sacrements et dans l’autorité : et c’est juste. Mais, la marque suprême, le signe par excellence de l’EGLISE, c’est Juif + Païen = 1. L’EGLlSE est appauvrie, je dirai elle est vidée de sa substance, si nous la réduisons aux convertis païens que nous sommes. L’EGLlSE c’est très profondément, des Païens articulés sur des Juifs, - par ex. nous pasteurs, articulés par la foi vive, la charité et l’espérance sur S. PAUL, sur les Douze et sur le Juif JESUS,- et formant en CHRIST un seul être nouveau avec eux. S. PAUL, notre apôtre Juif, est toujours présent par ses continuateurs païens : nous sommes les fruits de son apostolat, se poursuivant à travers des siècles, qui ne sont que des instants aux yeux de l’ETERNEL.

Autre aspect du mystère : En même temps que, par S. PAUL, la porte s’ouvre aux Païens, elle se ferme aux Juifs. Ceux-ci s’endurcissent de plus en plus. Lorsque S. PAUL arrive à Rome, il convoque les principaux des Juifs. Rencontre solennelle ! Quels qu’aient été les fondateurs de l’EGLlSE de Rome, ou ses conducteurs, l’apôtre reprend tout à la base. Il expose le conseil de DIEU à ceux de sa race. La majorité reste incrédule. « Sachez donc dit l’apôtre, que ce salut de DIEU a été envoyé aux Païens et qu’ils l’écouteront. » (Actes 28.28)

C’est la fin du livre des Actes. Nous approchons de l’an 70. Maintenant va s’accomplir la parole du SEIGNEUR : « Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que le temps des nations soit accompli. » (Luc 21.24)

Désormais, l’Evangile va être prêché à toutes les nations païennes : ce sera le long aveuglement des Juifs, le temps de la synagogue dispersée parmi tous les peuples selon les antiques prophéties. C’est le temps aussi de la synagogue souffrante, comme nous le voyons sous nos yeux.

Ce temps durera-t-il toujours ? Non, car dit l’apôtre : « Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des Païens soit entrée, et ainsi tout Israël sera sauvé.. » (Romains 11.25-26) Il est hors de doute que S. PAUL annonce avec l’autorité de l’apôtre enseignant d’une manière infaillible l’Eglise de tous les temps que, à un moment donné, le peuple juif, dans son ensemble, reconnaîtra en JESUS-CHRIST le FILS de DIEU et le Roi d’Israël. « Que sera, dit-il leur réintégration dans le Corps du CHRIST, cela va sans dire - sinon une vie d’entre les morts ? » (Romains 11.15) - Et encore : « Ils ont maintenant désobéi, afin que par la miséricorde qui vous a été faite (à vous Païens), ils obtiennent aussi miséricorde. » (Romains 11.31) Ainsi, à l’articulation, au début, des Païens sur les Juifs, en correspond une autre, à la fin, des Juifs sur les Païens. Si cela n’était, ces derniers risqueraient de s’enorgueillir, et de se regarder comme sages à leurs propres yeux. Les Païens ne sont qu’une partie du Corps. Seuls, ils ne peuvent littéralement pas constituer l’EGLISE, l’homme nouveau, à la stature parfaite de CHRIST. L’inimitié a été vaincue une fois, et l’Epouse achèvera de revêtir son vrai visage, quand l’EGLlSE issue de PAUL greffera sur elle, par un miracle de DIEU, la masse des branches que nous voyons jusqu’à ce jour rejetées.


II.

Portons maintenant nos regards plus particulièrement sur cette articulation des Juifs sur les Païens dans l’Eglise de JESUS-CHRIST, qui est un événement tellement improbable, et en même temps le plus certain des événements à venir. Ce sera la 2ème partie de notre méditation.

La conversion de la masse des Juifs qui nous est annoncée, correspond à un temps où « la totalité des Païens sera entrée » (Romains 11.25). Il y a ici un parallélisme avec l’articulation des Païens sur les Juifs qui s’était faite au début. Quand les Païens entrent en masse, les Juifs cessent d’entrer. A la fin, on ne parle pas d’un endurcissement des Païens ; le vrai païen au fond, est préparé à l’Evangile ; malgré des résistances, il le reçoit quand S. PAUL, ou ses successeurs viennent à lui. Mais il arrive un moment où cette tâche est terminée. Le SEIGNEUR Lui-même a dit : « Cette bonne nouvelle du Royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors, viendra la fin. » (Matthieu 24.14).

Faut-il interpréter la totalité des Païens dans un sens arithmétique, comme si l’on disait tous les Païens les uns après les autres ? Une telle interprétation, fausse de fond en comble le sens de l’Ecriture. En fait, elle aboutit à l’absurde, car on ne peut pas rattraper tous les Païens qui sont morts et qui n’ont pu entendre la prédication. Quoique, par certains côtés, cette interprétation que j’appelle arithmétique de l’évangélisation ait pu pousser à un certain zèle missionnaire, elle présente bien des dangers pour la vie profonde de l’Eglise. Oui, certes, elle peut donner du zèle, quand elle porte des apôtres à conquérir à CHRIST de nouvelles contrées du globe. Mais pour l’ensemble de l’EGLISE, cette conception arithmétique fait flotter dans le lointain de l’avenir un temps où tous les hommes seront chrétiens, où la paix et le bonheur régneront par la conversion de la totalité des Païens. Or qu’est cela sinon exactement la conception juive du Royaume de DIEU qui a coûté la vie à JESUS-CHRIST, parce qu’il n’a jamais voulu y souscrire ? Sans la résurrection des morts, sans le jugement dernier, une civilisation chrétienne unifierait un jour les nations de la terre. Et comme on est à chaque époque bien loin de ce mirage, le temps coule comme de l’eau de génération en génération, et rien ne change, sinon en pis.

A dette conception arithmétique il faut résolument substituer la notion biblique de l’élection. L’EGLISE est le fruit de [ ? mots manquants] elle réalise dans la vérité en JESUS-CHRIST cette élection dont Israël selon la chair a eu l’ombre figurative. L’élection telle qu’elle se dévoile dans son plein sens en JESUS-CHRIST, est couronnée par la souffrance pour les autres. L’élu est un sacrifié. L’Epouse de CHRIST reproduit dans sa chair la communion des souffrances de CHRIST. Elle prie pour le monde comme lui-même, à la droite de DIEU intercède pour elle. Il est donc à présumer, sans que nous ayons besoin d’entrer dans ce débat aujourd’hui, que le nombre arithmétique de ceux qui sont appelés au service effectif de JESUS-CHRIST est beaucoup plus petit que le nombre de ceux qui seront sauvés pour la vie éternelle par le sacrifice de JESUS-CHRIST. En tous cas, le nombre des vrais serviteurs de CHRIST, conscients de la réalité de l’EGLISE élue, et vivant de cette réalité, a toujours été infiniment petit parmi les hommes. Aussi est-il à penser que la totalité des Païens est, arithmétiquement, un nombre fort petit, le nombre des élus choisis parmi les Païens pour souffrir avec CHRIST et comme lui, brillant comme des flambeaux dans le monde où ils ont maintenu la Parole de vie. DIEU se réserve le secret de ce nombre qui s’exprima par l’expression « la totalité des Païens ». Il échappe à toute statistique, à tout calcul humain. Quand le moment sera venu de la délivrance d’Israël, la totalité des Païens sera alors entrée, même si des centaines de millions d’hommes vivants ignorent l’Evangile. Pour ces centaines de millions il suffit au PERE d’intercesseurs, participant aux souffrances de l’Epouse et élevant vers Lui, comme ABRAHAM, la prière de la foi pour le salut des justes. Quand Israël se convertira, la totalité des Païens sera entrée. Tout donne à penser que cette conversion du peuple élu sera très brusque, très totale, et que, par elle, l’EGLISE étant achevée, cette économie terrestre touchera à sa fin, et l’heure de la résurrection des morts sonnera bientôt.

Nous pressentons dans le développement des Missions, un accomplissement de la parole sur la totalité des Païens. Il est normal qu’il y ait dans les chœurs célestes des hommes rachetés de toute langue, de toute tribu et de toute nation. Mais, plutôt que de discuter la question de savoir si tous les peuples ont été atteints par l’Evangile, si la Bible a été traduite en suffisamment de langues, - toutes questions arithmétiques encore,- n’est-il pas à penser que, avant que se produise la conversion des Juifs, DIEU mettra sur le cœur de l’EGLISE issue des Païens la prière pour la délivrance d’Israël ? Toute prophétie en effet est la base d’une activité spirituelle de l’Eglise sur le plan de l’adoration, de la louange et de la demande. Les événements extérieurs d’une part, les avertissements intérieurs du SAINT-ESPRIT d’autre part, fixent les moments où une prophétie biblique se mue en ardente prière, pour que le juge inique rende la justice qu’il a lui-même annoncée. Quand la vocation de S. PAUL est née dans son cœur, quand elle a trouvé un soutien grandissant en BARNABAS et en l’EGLISE d’Antioche de Syrie, rien n’indiquait encore que la porte du salut allait se fermer pour les Juifs. DIEU reste souverain pour fixer les temps et les moments ; et ses décrets immuables se manifestent à nous dans les actes pleinement libres des hommes. Mystère de la grâce ! Ainsi comparant l’articulation à venir des Juifs sur le tronc païen, à l’articulation du début, des Païens sur la souche juive, nous comprenons que le temps de la restauration d’Israël ne peut être fixé à l’avance, mais qu’il sera précédé par une préparation spirituelle, qui dépend, et de la souveraineté de DIEU, et de la collaboration libre de ceux qu’il appelle à être ouvriers avec Lui.

III.

Je voudrais encore indiquer brièvement quelles conditions l’EGLISE actuelle, issue des Païens, devra réaliser pour saisir d’une manière efficace, la prière en faveur de la conversion d’Israël.

La première de ces conditions est une plénitude de foi surnaturelle. Il faut, pour le couronnement de l’œuvre divine, une EGLISE qui n’accentue pas une vérité au détriment des autres ; car, quelle que soit son organisation, une telle EGLISE est sectaire, par le fait qu’elle morcelle la Révélation. En particulier, l’EGLISE devra saisir avec une grande force la doctrine de la résurrection, sans laquelle la foi est vaine. Il ne peut suffire de sauver des âmes et de les envoyer une à une au ciel. Il faut encore la vision du salut du monde. Or, le salut du monde, ce n’est pas, répétons-le, une victoire terrestre du christianisme, sur le plan de l’extension numérique et des conquêtes sociales, c’est la résurrection des morts : victoire qui puise toute sa force dans la résurrection de JESUS-CHRIST, fruit elle-même de la CROIX. Dans la vision de la résurrection, le message de l’EGLISE est toujours eschatologique au premier chef ; il n’a une portée morale, sociale, politique même, que par voie de conséquence. En appelant à la repentance les Juifs de Jérusalem, l’apôtre PIERRE et les Douze préparaient la Résurrection générale des morts ; car il fallait d’abord que ce fondement juif fût posé. En ouvrant la porte aux Païens, puis en étendant la mission parmi les Païens, S. PAUL et ses continuateurs ont hâté la venue du jour de la Résurrection ; car, il fallait ensuite que cette mystérieuse « totalité des Païens » entrât dans l’EGLISE.

Enfin, le jour où l’EGLISE issue des Juifs, et actuellement composés de Païens, ouvrira la porte à la masse des Juifs, elle commencera de franchir la dernière étape de sa croissance vers la résurrection finale. La première condition donc de la prière en faveur de la conversion d’Israël est une plénitude de la doctrine chrétienne, puisant sa sève très profondément dans l’Incarnation et la Rédemption, et se projetant en avant vers la résurrection finale et le Jugement dernier d’un élan, qui transcende tout sectarisme.

La seconde condition de la prière efficace pour la conversion d’Israël est l’unité interne de l’EGLISE issue des Païens, notamment dans la personne de ses conducteurs. De cette unité, notre cher Président nous parlera cet après-midi, en ce qui nous concerne. Qu’il me suffise d’indiquer combien est fort le lien entre l’unité et la prière pour les Juifs. Nous, les Païens, par nature, nous sommes essentiellement divisés. A part quelques brillantes réussites, comme le siècle d’AUGUSTE ou quelques années au temps de S. LOUIS, par exemple, jamais un empire païen n’a pu subsister dans l’unité. De nation à nation, et à l’intérieur des nations, de parti à parti, la guerre est continuelle, et elle remonte à toujours. Or les causes d’inimitié entre deux Païens quelconques sont moins grandes qu’entre le Païen et le Juif : entre deux Païens il n’y a jamais le fossé de l’élection. Ou, disons autrement, quand deux Païens sont l’un et l’autre en CHRIST, ils sont sur le même pied au point de vue de l’élection, ils sont appelés tous deux par le message de grâce de S. PAUL, aucun ne peut se targuer d’être élu depuis ABRAHAM ! Or si deux Païens, en CHRIST, ne peuvent pas s’entendre, comment espéreraient-ils amener à l’unité avec eux le Juif qui est plus loin d’eux qu’ils ne le sont l’un de l’autre ? Toutes les divisions de nationalités et de politique païennes, transposées dans l’Eglise historique et dans l’EGLISE actuelle donnent raison au Juif qui ne se convertit pas. « Ne vous avais-je pas dit, pourra narguer le Juif, que l’ETERNEL notre DIEU est un seul ETERNEL ? Or, vous qui suivez ce Crucifié que nous avons justement maudit, vous n’êtes pas un peuple, vous divisez DIEU en vous divisant les uns les autres ! » Argument qui a convaincu tous les déistes du monde moderne qui ont préféré un DIEU un, et sans le FILS, à un JESUS en qui les disciples ne sont pas un par la charité.

La 3ème et dernière condition que je citerai pour l’efficacité de la prière de l’EGLISE actuelle en vue de l’EGLISE à venir, composée des Païens et des Juifs, c’est que l’EGLISE actuelle élimine ce qui, en elle, appartient au Judaïsme dans ce qu’il y a de mauvais. En fait, ce que nous appelons la christianisation du monde a été en grande partie la Judaïsation des Païens par l’intermédiaire de l’Evangile. Il y a sans doute eu un stade où les Païens évangélisés étaient plus ou moins des chrétiens, selon la mesure départie à chacun, tout en restant par nature des Païens, mais aujourd’hui, l’élément juif a terriblement pris le dessus. Aujourd’hui ce qu’on appelle les chrétiens, ce sont essentiellement des prosélytes du Judaïsme. Les masses détachées du christianisme vivant en ont surtout gardé la notion juive d’un Royaume de DIEU sur la terre, sans Rédemption ni Résurrection. Elles adorent DIEU sous le vocable du Veau d’or, médiateur de ce nouvel Eden. Et l’EGLISE elle-même, en sa partie pratiquante et enseignante, est sans cesse envahie ou menacée par le Judaïsme dans ce qu’il a d’antichrétien, sous forme de rabbinisme doctrinal, de critique intellectualiste de légalisme moral, et par-dessus tout, d’attachement à l’or et à la vie terrestre comme fin ultime de l’homme.

Il ne s’agit pas d’antisémitisme ou de philosémitisme, il s’agit de ceci : que si nous voulons être dans la charité à l’égard de nos frères juifs, nous devons réaliser notre vie de Païens saisis par JESUS-CHRIST, de Païens entrant par grâce non dans une alliance terrestre pour un bonheur terrestre, mais dans l’alliance eschatologique de celui qui n’avait pas ici-bas où reposer sa tête, - si ce n’est peut-être le bois de la CROIX.

J’arrive maintenant à ma conclusion. Elle est d’abord que, puisque la Parole divine nous indique la solution du problème juif, il n’y a pas de solution humaine à ce problème. C’est ce que l’expérience de 19 siècles confirme. Traitez par ex. le Juif sur un pied d’identité avec le Païen, vous avez l’homme abstrait des philosophes, et vous avez la déchristianisation croissante de la société au profit du messianisme terrestre d’Israël. Le sionisme, le retour en Palestine, ne seraient une solution que si le peuple d’Israël se convertissait à JESUS-CHRIST. Car s’il y va pour faire de la banque, exploiter le pétrole, ou même s’enrichir par l’agriculture, sans tourner son cœur vers le FILS de DAVID, il restera sous la malédiction prononcée contre Jérusalem, et sa prospérité matérielle sera en malédiction pour tous les peuples. Il peut y avoir un esprit plus ou moins imprégné de douceur évangélique dans la manière dont les gouvernements pagano-chrétiens traitent les Juifs : mais c’est une question de plus ou de moins. Le problème des Juifs et des Païens, par suite, la dispersion des Juifs, et leurs souffrances, dureront jusqu’à ce que la totalité des Païens soit entrée, et qu’Israël tourne ses regards vers celui qu’il a percé.

Est-ce à dire que nous devrions rester passifs devant le sang et les larmes versés par les Juifs ? Tout au contraire. Et c’est ici, mes chers Collègues, que j’ai une exhortation à vous adresser de la part du chef de l’EGLISE. J’ai à vous dire ceci : Donnez à votre ministère sa vraie portée eschatologique et vous hâterez la délivrance d’Israël. Pour ne donner qu’un seul exemple, lorsque M. COILLARD, épaulé par Alfred BOEGNER alla, au prix d’immenses sacrifices, gagner à JESUS-CHRIST le champ nouveau du Zambèze, il a continué l’œuvre de S. PAUL auprès des Païens, Il a avancé d’autant l’achèvement de l’EGLISE et la délivrance d’Israël. L’EGLISE réformée de France, par la ministère d’Alfred BOEGNER, qui avait une vision extrêmement nette de la portée de son œuvre pour la France, et dans la personne de tous ceux qui l’ont soutenu, de leur sang, de leurs souffrances, de leurs prières, de leurs sacrifices, l’EGLISE réformée de France a alors hâté d’une manière effective la délivrance d’Israël. Devons-nous, à l’heure actuelle, tendre toutes les énergies de l’E.R.F. vers le salut d’un peuple païen qui ne connaît pas encore le CHRIST ? Si vous en aviez la conviction, je dirais, agissez dans ce sens, et ce serait bien. Mais je vais aller beaucoup plus loin. J’ai la conviction et je le déclare aujourd’hui simplement mais solennellement, que l’EGLISE réformée de l’Ardèche que vous représentez, mes Frères, est appelée et d’abord en votre personne, à prendre directement sur son cœur, ici et maintenant, la prière qui doit être le point de départ spirituel de l’œuvre de la conversion d’Israël. En vous parlant ainsi, je ne limite pas cet appel : d’autres Eglises, en France, notre EGLISE dans son ensemble, l’Eglise catholique, les Eglises du monde entier, peuvent être appelées en ce moment même à cette prière. Mais je ne parle pas aux absents : DIEU leur parlera comme sa sagesse le veut.

M’adressant à vous, je mets cette prière sur votre cœur à vous. Avec cette prière, je mets sur votre cœur d’en réaliser les conditions : élimination, dans notre corps pastoral, de tout esprit sectaire dans la doctrine, pour embrasser l’ensemble du surnaturel chrétien ; l’unité des disciples de JESUS-CHRIST dans la charité sans hypocrisie ; la purification de nos cœurs et de nos vies, de toute attache à l’argent, du déisme antichrétien et du messianisme terrestre.

En entendant est appel, vous dites en vos cœurs : « Pourquoi nous ? Pourquoi maintenant ? Comment pouvons-nous savoir que le moment est venu de nous adonner à cette prière et à cette œuvre du salut du peuple juif ? » - Je répondrai à ces questions par ce simple fait : les Juifs souffrent, ils souffrent sous nos yeux d’une manière tangible, leur souffrance devient un hallucinant cauchemar. Or, nous connaissons le remède, et nous savons qu’il n’y en a pas d’autres. Les palliatifs les soulageront peut-être momentanément mais leur souffrance recommencera, atroce, jusqu’à ce qu’enfin l’EGLISE ait la conviction de les délivrer en se tournant vers l’achèvement de son œuvre : l’articulation des Juifs sur les Païens dans l’unité de JESUS-CHRIST. Ce n’est peut-être que dans 1.000 ans que cela se produira, direz-vous ? Admettons. Alors, pendant 1.000 ans encore, notre frère aîné, fils bien-aimé de DIEU comme nous-mêmes et plus que nous-mêmes, continuera de souffrir dans la dispersion, et nous qui connaissons la puissance de la prière, qui sommes instruits des conditions à réaliser pour que la prière soit efficace, nous ne nous mettrions pas à cette tâche, avec la volonté de tout oser pour abréger le martyre du Juif ? Ecoutez. Je terminerai par une paraphrase d’une parole sainte. Puisse-t-elle entrer dans nos cœurs à tous !

Un Juif descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi-mort. Un païen converti au Christianisme, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre en disant dans son cœur : « N’ai-je pas à perpétuer une liturgie et un enseignement traditionnels ? » Un autre chrétien d’origine païenne, qui arriva aussi dans ce lieu, passa outre, en disant : « N’ai-je pas à mettre au point une théologie qui est loin d’être achevée ? » Mais un Samaritain, qui voyageait... vous savez la suite, mes frères. Puisse notre petite EGLISE d’Ardèche être ce Samaritain, au cœur rempli de la miséricorde de CHRIST, à l’esprit puissamment fortifié par l’esprit de CHRIST, le Bon Samaritain, qui sonde nos cœurs en cet instant du haut du ciel !

 


 

Le Mystère de l’Eglise composée des Juifs et des Païens[2]

 

Lettre à M. le pasteur Marc Boegner

Président du Conseil national de l’Eglise Réformée de France

Charmes, le 2 août 1944.

Mon cher Président,

Le 19 Octobre 1941, à Saint-Laurent du-Pape, vous m’avez conseillé de développer en une thèse le sujet que j’avais abordé devant un auditoire de pasteurs réunis en votre présence. Vous avez bien voulu confirmer ce conseil dans la suite, en sorte que je me suis mis à l’ouvrage et que je suis entré en rapports avec la faculté de Montpellier en vue d’une soutenance de thèse éventuelle.

Depuis lors, l’état de ma santé m’a contraint à un arrêt. Au moment où je reprends la rédaction, je suis pressé d’exprimer d’abord la conviction qui s’est formée en moi touchant la nature de mon entreprise.

Que les directions qui émanent de vous soient revêtues, en vertu de la charge dont vous êtes investi, d’une grâce divine en vue de l’Eglise réformée de France, - et par le moyen de cette Eglise, vous recherchez le bien commun de l’Eglise de Dieu sur la terre,- j’en suis persuadé. De votre côté, vous attendez des pasteurs ces discernements délicats qui exigent, selon M. Jacques Maritain commentant le P. Clerissac, une déférence à l’autorité, laquelle se rapporte « à une vivante et libre docilité du jugement pratique, non à une exécution servile et mécanique. » Par votre ministère, je discerne un acte d’obéissance envers Dieu, le développement écrit de ma pensée sur le mystère de l’Eglise. Les pages qui suivent sont les fruits de cette obéissance.

En revanche, je ne me crois pas obligé d’impétrer de nouveaux grades théologiques. Dans le passé, j’ai subi les examens de licence en théologies à la faculté de théologies de Paris et j’ai acquis le titre de S.T.M de l’Université Harvard. Plus tard sur les instances de MM. les professeurs Arnal et Perrier, j’ai rempli pendant une année les fonctions de chargé de cours de théologie pratique à la Faculté de Montpellier. C’est l’obéissance qui était intervenue alors pour mettre fin à cet enseignement : me voyant interdire le cumul du pastorat et du professorat, j’ai dû choisir. Il ne me paraîtrait pas juste d’aller frapper à une porte que Dieu a fermée devant moi, il y a dix ans.

Pris en lui-même, mon exposé du Mystère de l’Eglise ne saurait revêtir le caractère d’une thèse de théologie. On attend du théologien qu’il soit informé en détail des travaux de ses confrères ; le ministère de pasteur ne m’en laisse pas le loisir. Le théologien est encore appelé à discuter les opinions émises par ses prédécesseurs. Il expose les siennes pour qu’elles soient à leur tour discutées. La méthode que j’emploie relève d’avantage de la prédication ou de l’enseignement du catéchisme. Agir par la parole en vue de la réalisation du Mystère de l’Eglise dans les créatures de Dieu, telle est la seule vocation à laquelle je puisse répondre. Ma pensée ne se situe sur un plan abstrait, où à la rigueur, on concevrait qu’elle subsistât par le fait de sa reproduction mécanique. Quand elle cherche à exposer le Mystère de l’Eglise, elle cherche par le même acte, à l’intégrer dans le réel.

L’exposé qui remplit ces cahiers reste donc proche de ma prédication, de mes catéchismes, de mes entretiens de direction spirituelle. Plus systématique, il les sous-tend pour ainsi dire. Chef responsable de l’Eglise Réformée de France, il vous appartient de connaître une activité qui se déploie en son sein, quelque limité que soit son champ d’action. C’est pourquoi ce qui semblait devoir être une thèse prend en fait la forme d’un mémoire, qui vous est personnellement remis.

Par là vous serez informé, comme à la source, d’un effort qui, s’il répugne à l’expression typographique, s’inscrit d’ores et déjà en quelques cœurs qui s’épanouissent dans l’Eglise Réformée de France. De la remise de ce mémoire entre vos mains, j’attends encore un autre bien : la correction de mes multiples imperfections et la nouvelle mesure de lumière qui me viendra de vous, soit par votre ministère, soit par les confrontations que vous êtes à même de procurer avec des œuvres écrites et surtout avec des personnes vivantes. Car il va sans dire que je ne m’oppose pas à être lu par ceux à qui vous jugeriez bon de confier ces pages, dans le sein de l’Eglise Réformée de France ou hors de son sein ; de même que vous ne verrez pas d’inconvénient, je l’espère, à ce que je communique à des tiers le double que j’en ai gardé.

 Vous m’avez demandé de composer ce texte. Vous avez entouré sa rédaction de votre très affectueuse sollicitude. Vous m’avez conduit à prendre une conscience plus nette de ma pensée en lui donnant la forme écrite, grâce à laquelle d’autres pourront me reprendre et m’éclairer. Aussi me permettrez-vous, mon cher présidant, de vous exprimer ici ma gratitude pour la part si grande qui est la vôtre dans l’allégresse de ce travail.

Louis Dallière

 

Les mystères du Royaume de Dieu dans les paraboles

 

Exposé fait le 4 mai 1942 à la rencontre du Comité national de UCJF

[Union Chrétienne de Jeunes Filles]

(à Saint-Georges-les-Bains, Ardèche).[3]

 

Mes sœurs,

 

Représentant le mouvement national des U.C.J.F., et mettant à profit pour quelques jours l’hospitalité fraternelles de nos amis salutistes de St-Georges-les-Bains, vous avez accompli un acte de déférence envers la communauté protestante de Charmes, St-Georges et Soyons, en m’invitant à présider ce soir votre premier service religieux dans cette maison. Je vous en exprime notre reconnaissance et, à mon tour, je vous apporte le salut affectueux de la paroisse au milieu de laquelle vous séjournez, et ses vœux pour la prospérité de votre œuvre, de vos travaux et de vos personnes. Débiteurs nous-mêmes, dans notre petite sphère, du bien que procurent les Unions, je voudrais vous témoigner notre reconnaissance en vous communiquant si je puis, quelque richesse puisée dans la Parole de Dieu. Le sujet que j’ai choisi pour cela est celui des « Mystères du Royaume de Dieu dans les paraboles de notre Seigneur Jésus-Christ ».

Trois points retiendront notre attention : le Royaume de Dieu est déjà venu ; le Royaume de Dieu viendra un jour ; le Royaume de Dieu est une réalité actuelle, quoique cachée. Dans la mesure où le Royaume est très étroitement lié au Roi, cette étude vous présentera sous le titre que lui donne le livre de l’Apocalypse : celui qui est, qui était, et qui vient.

 

I.

 

Jésus-Christ a beaucoup parlé de lui-même dans les paraboles, pour qui sait le retrouver sous le voile des symboles. Certes, on risquerait de forcer le sens de certains textes en voulant à tout prix y désigner le personnage qui représente le Sauveur. Mais il en est suffisamment qui le désignent sans équivoque. Par exemple : « Je suis le bon berger » (Jean 10) et : « Le bon berger donne sa vie pour ses brebis ». – La venue du Fils de Dieu, succédant aux appels inefficaces des prophètes et des martyrs de l’Ancienne Loi, est dépeinte directement dans la parabole des vignerons : « Ensuite il envoya vers eux son fils » (Matthieu 21) ; avec le rejet et la mort : « Ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent ». – Jésus peut encore être reconnu dans le bon Samaritain (Luc 10), succédant sur la route aux représentants du sacerdoce lévitique, qui n’a pas engendré la charité. C’est lui encore, l’homme qui cherche sa brebis égarée (Luc 15) jusqu’à ce qu’il la trouve, et qui la met tout joyeux sur ses épaules. N’est-ce pas lui le vigneron qui intercède pour le figuier stérile (Luc 13), et le soigne avec amour : « Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour et j’y mettrai du fumier » ? C’est lui enfin, pour ne plus citer ici que ce texte, qui a lié l’homme fort, au baptême et à la tentation, et qui maintenant, entre dans sa maison et pille ses biens, en chassant les démons par l’Esprit de Dieu (Matth 12).

Dans beaucoup d’autres paraboles, on relèvera d’évidentes allusions de Jésus à sa personne et à son ministère. Dans quelques-unes, cette référence risque de passer inaperçue. Ainsi la parabole du mauvais riche et de Lazare n’est pas essentiellement un enseignement sur l’au-delà et ses rétributions : cela, elle ne l’est que secondairement. En premier lieu, elle est destinée à montrer, comme tant d’autres paraboles, l’endurcissement d’Israël qui n’a pas su discerner les traits du Messie dans Moïse et les prophètes ; aussi, pour eux, une résurrection corporelle même sera un signe inefficace. « Et Abraham li dit : s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait » (Luc 16.31).

L’apparition de Jésus au milieu du peuple juif, c’est cela déjà, le Royaume de Dieu. Le Royaume est présent parce que le Roi est présent. Il n’y a pas à désirer, en un sens, une manifestation à venir, qui ne serait que la glorification d’un Israël terrestre ; mais il faut se réjouir des biens spirituels que dispense la simple présence de l’homme qui va de lieu en lieu en faisant du bien. Dès maintenant, le Roi a des sujets, des serviteurs, des amis ; dès maintenant il mène une guerre victorieuse contre ses ennemis : il chasse les démons ; il réconcilié les pécheurs par le pardon ; il rend aux malades et même aux morts, une vie destinée à glorifier Dieu. Sans armature politique, sans titres ni lois, le Royaume se constitue sous la forme imprévue, et scandaleuse pour plusieurs, d’un charpentier devenu prophète et thaumaturge, suivi d’une petite troupe de disciples, hommes et femmes, gens tout simples, et entouré de l’attention et des hommages de grandes foules, en attendant leur hostilité. La joie du Royaume qui est présent est marquée d’une manière éminente par la parabole des amis de l’époux qui ne peuvent s’affliger ni jeûner tant que l’époux est là (Matth 9) ; encore par la parabole de la pièce de drap neuf et du vin nouveau qui bouillonne dans les outres neuves (Matth 22). Ce sont encore les noces royales, car la parabole de Matth. 22 se réfère davantage à la première venue de Christ qu’à la seconde. C’est un festin préparé ; les bœufs et les bêtes grasses sont tués, tout est prêt !

La note devient plus austère quand les paraboles dépeignent ou prophétisent la mise à mort du Roi des Juifs par la main de son peuple. Mais la joie y perce encore dans l’annonce de l’accession au Royaume d’un peuple nouveau. C’est la joie de l’obéissance du second fils qui a dit non, mais qui agit selon le oui (Matth 21) ; la joie d’une nation qui rendra les fruits du Royaume (Matth 21) ; la joie sans doute encore du retour de l’enfant prodigue, tandis que le frère aîné, le peuple juif, se tient dehors (Luc 15). Cette joie du Royaume que Jésus prévoit dans notre appel à nous païens, les brebis qui ne sont pas de cette bergerie, il la goûte déjà, lors de cette manifestation du Royaume qu’est sa présence, en la personne des publicains et des femmes de mauvaise vie qui devancent les grands d’Israël dans le Royaume de Dieu.

Notons enfin que les paraboles montrent l’importance primordiale de la parole apportée par Jésus dans son ministère. La semence, c’est la parole du royaume que le Fils de l’homme sème dans le champ du monde (Matth 13). Sens dont il faudra se souvenir pour interpréter les autres paraboles de la semence : le grain de sénevé, et la semence qui germe sans qu’on sache comment. Dans les deux cas, il ne saurait être question de la croissance du Royaume de Dieu mesuré par le nombre de ses adhérents ou l’importance de ses organisations, mais de la germination de la parole divine dans le cœur du croyant et dans l’Eglise. Les paroles de Christ sont encore le fondement sur lequel bâtit l’homme qui les mets en pratique et dont la maison ne sera pas renversée au jour de la tribulation.

Et combien de paraboles que nous n’avons pas le temps de développer, servent, dans la texture même du Sermon sur la montagne, à communiquer la Parole qui donne la vie au monde.

En résumé, par la manifestation de Jésus qu’inaugure le Baptême de Jean, le Royaume de Dieu est visiblement réalisé au milieu du peuple juif, et il tire sa vie de la parole de celui que nous appelons, avec S. Jean, la Parole faite chair.

 

II.

 

Si le Royaume des cieux est semblable… à tant de choses familières que dépeignent les paraboles, dans d’autres textes, c’est au futur qu’il est parlé de lui : « Alors le Royaume de Dieu sera semblable… » (Matth 25). La parabole des dix vierges, qui commence par ces mots, nous place devant la venue de l’Epoux, non comme devant un événement accompli, mais devant un événement à venir. Il en sera aussi comme d’un homme qui a remis des talents à ses serviteurs, et qui longtemps après revient pour en demander compte. Pour clore le même chapitre de S. Matthieu, la parabole du jugement des nations nous parle du Fils de l’homme qui viendra dans la gloire.

A cet enseignement se rapporte ce qu’on pourrait appeler tout le cycle de la vigilance. C’est le maître qui revient des noces et qui trouve ses serviteurs veillant afin de lui ouvrir, dès qu’il arrive et frappe. C’est le voleur qui surprendra le maître de la maison non averti de sa venue (Matth 24). C’est le maître qui récompense le serviteur fidèle et prudent, et s’il a donné la nourriture à ses gens au temps convenable.

Les paraboles sur la prière sont reliées à ce thème, au moins par le commentaire que le Seigneur donne lui-même de la similitude de la pauvre veuve implorant le juge inique (Luc 18). Les élus crient à Dieu nuit et jour en vue d’être délivrés de celui qui tient la création sans la servitude. Délivrance qui viendra presque trop tôt, eu égard au peu de foi des intercesseurs : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Enigme apparente que cette juxtaposition des deux enseignements qui paraissent inconciliables : le Royaume est déjà venu, il est semblable à… Le Royaume est à venir, il sera semblable à… Les paraboles elles-mêmes nous fournissent la clé de l’énigme. L’explication de la similitude de l’ivraie nous la donne de la bouche même du Sauveur (Matth 13). L’Evangile, ce sont les semailles. Il y a une moisson : la fin du monde, accompagnée du jugement que représente encore le triage des poissons par les pêcheurs (v. 47). « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père ».

Les deux Royaumes de Dieu, celui qui fut en Palestine sous les Césars, et celui qui sera pour l’éternité, sont deux manifestations d’un seul et même Royaume. Ce Royaume, c’est essentiellement la personne du Roi : Verbe incarné dans l’humiliation, Juge souverain dans la gloire. Aussi les deux manifestations du Royaume sont-elles reliées organiquement par un plan divin où s’insère la libre coopération de l’homme à l’œuvre de la Rédemption. La jonction organique des deux venues du Sauveur, en abaissement et en gloire, est déjà marquée dans plusieurs des textes que nous avons déjà cités. Etudions-la encore dans ceux qui montrent le plus clairement le dédoublement du Royaume en Royaume qui était et qui vient, séparés par une période intermédiaire, que caractérise l’absence du Roi.

Telle par exemple, la parabole des mines. Jésus y fait allusion à la démarche que les princes des nations soumises aux Romains étaient obligés d’aller faire à Rome avant d’être autorisés à régner : « Un homme de haute naissance s’en alla dans un pays lointain, pour se faire investir de l’autorité royale, et revenir ensuite » (Luc 19/12). La remise des mines aux serviteurs se rapporte à la prédication de l’Evangile lorsque Ponce Pilate était gouverneur de la Judée ; on peut voir une annonce de la Croix dans l’ambassade que les concitoyens du prince envoient pour dire : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ! » (Luc 19/14) N’est-ce pas une prophétie directe du : « Nous n’avons d’autre roi que César ! qu’adresseront les Juifs au gouverneur romain ? (Jean 19/15) Mais le retour de l’homme de haute naissance, investi de l’autorité royale, nous place soudain en face du Christ juge qui, à la fin des temps, répartit souverainement les récompenses et les peines. Ainsi, contrairement à l’attente de ceux qui croyaient que le Royaume de Dieu allait paraître à l’instant comme une sorte de privilège dont on jouirait sur le champ (Luc 19/11), Jésus présente son rejet par les Juifs, c-à-d la Croix, but suprême de sa première venue, puis, après un temps indéterminé, son retour glorieux ; et, entre ces deux termes, se place l’épreuve des serviteurs à qui il a confié ses richesses pour les faire valoir. Au lieu de jouissance messianique juive, nous avons Croix, travail, peine et jugement dernier.

Nous retrouverions le même schéma, plus ou moins explicite, dans d’autres paraboles. Par exemple le Maître de la maison sort dès le matin afin de louer des ouvriers pour sa vigne ; il sort encore plusieurs fois jusqu’à la onzième heure. Le soir il y a la rétribution : entretemps, c’était le travail (Matth 20). La venue historique de Jésus n’est pas clairement indiquée dans cette parabole : les diverses sorties du Maître de maison peuvent se référer aux missions des prophètes d’Israël. Toutefois le Royaume des cieux se fonde sur une Révélation antécédente et un appel de Dieu, pour se réaliser dans un jugement après une période de travail.

Quoique ce ne soit pas l’enseignement essentiel du Bon Samaritain (Luc 10), on peut y relever la venue du divin Médecin vers l’homme blessé, puis la période intermédiaire où celui-ci résidera dans l’hôtellerie, et enfin le retour annoncé du Miséricordieux, qui donnera alors la rétribution.

Mentionnons enfin le grand souper du ch 14 de S. Luc. Ce festin se fait bien en deux temps. A l’heure fixée, quand tout est déjà prêt, les conviés se mettent à s’excuser. Alors commence l’appel aux pauvres, aux estropiés, aux aveugles et aux boiteux, et, comme il y a encore de la place, le serviteur va dans le chemin et le long des haies jusqu’à ce que la maison soit toute remplie. Alors seulement aura lieu le repas dans le Royaume de Dieu.

Telle est la liaison des deux manifestations du Royaume de Dieu, qui est venu une première fois avec le Jésus de l’histoire, et qui se manifestera une seconde fois par l’apparition du Christ-juge dans la gloire : et entre les deux, travail, préparation de ce Royaume à venir qui, en un sens, est déjà venu. C’est la clé de l’Ancien Testament, que les Juifs ne peuvent ni ne veulent recevoir. Aveuglés par le profit égoïste qu’ils espèrent du Messie glorieux, de qui ils attendent « toutes les bonnes places et tout de suite », ils méconnaissent la prophétie pourtant si claire du Messie souffrant, et vont devenir, par leur endurcissement même les agents de la Passion.

 

III.

 

Après avoir établi le lien qui unit le Royaume qui est venu et le Royaume à venir, il nous reste à nous demander ce qu’enseignent les paraboles sur la période que nous avons appelée intermédiaire, c-à-d celle dans laquelle nous vivons nous-mêmes.

A première vue, nous avons les prophéties données par le Christ sous la forme parabolique. Nous avons déjà mentionné la conversion des Païens, préfigurée par les brebis égarées, publicains et pécheresses, que Jésus a connus de son vivant sur la terre. Il faut mentionner aussi la prédiction de la ruine de Jérusalem. Par exemple dans la parabole des mines : « Au reste, amenez ici mes ennemis qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, et tuez-les en ma présence » (Luc 19), ou dans la parabole des vignerons : « Il fera périr misérablement ces misérables » (Matth 21). Remarquons que dans les paraboles, comme dans la prophétie proprement dite, les temps entrent pour ainsi dire les uns dans les autres. La similitude de Luc 19 nous présente comme très rapprochés le moment où le prince part pour recevoir l’autorité royale, celui où il revient et juge souverainement, celui où il détruit ses ennemis. Tout à l’air de tenir dans la durée de la vie des serviteurs qui ont reçu les mines, tandis que dans le déroulement de l’histoire, les générations succèdent aux générations. De la sorte, nous sommes toujours, au fond, soit dans la première, soit dans la deuxième venue du Roi ; le châtiment des Juifs rebelles appartient aux deux, il en forme le pivot, étant à la fois le point final de la révélation évangélique et le point de départ des événements apocalyptiques. Ainsi nous voilà frustrés : pour nous qui ne vivons ni dans l’Evangile ni dans l’Apocalypse, il semble qu’il n’y a rien.

C’est vrai. Il faut accepter ce dépouillement. Pour nous, il n’y a rien dans les paraboles : mais nous avons tout, à une condition, c’est de vivre à la fois dans l’Evangile et dans l’Apocalypse.

Vivre dans l’Evangile : c’est ce qui nous est donné par la prédication apostolique, qui nous rend contemporains de la Parole prononcée par Jésus. Dès lors tout ce qui découlait pour le cœur et pour l’Esprit de la présence du Roi de la terre, nous l’avons. Nous aussi nous sommes ou le bord du chemin, ou le terrain pierreux, ou le champ d’épines, ou la bonne terre ! Nous aussi nous entendons l’appel aux conviés, nous aussi nous recevons les mines et les talents. Puisque tout cela nous est donné par le moyen de la parole que maintient présente un ministère autorisé, nous comprenons mieux l’importance, dans les paraboles, des serviteurs établis par le Maître. Ce sont eux qui donnent la nourriture au temps convenable, qui font valoir les biens du Maître en son absence ; et puis il y a  l’hôtelier qui prend soin du blessé, et les marchands qui vendent de l’huile pendant qu’il est temps. Tout le ministère de l’Eglise, qui garde le dépôt, qui enseigne, qui prie, qui secourt, affleure dans cet aspect des paraboles. Et les vierges elles-mêmes, aux lampes allumées, sont-elles des âmes, ou ne sont-elles pas plutôt des églises, semblables avec leurs lampes, aux sept chandeliers d’or au milieu duquel marche le Christ de l’Apocalypse ? On pourrait se poser la même question à propos des autres femmes des paraboles : celle de la drachme et celle du levain. Enfin le nom même de l’Epoux et la similitude des noces ne désignent-ils pas encore à notre méditation l’Epouse qui sera sans tache ni ride au jour de la parousie ?

Ainsi, par les serviteurs de Jésus, par l’Eglise visible, nous sommes dans l’Evangile, donc au bénéfice de l’enseignement et des bienfaits du Roi, quoique en son absence. De ce premier point on peut déduire que l’application des paraboles à nous, Païens, repose en premier lieu sur la participation aux grâces que Jésus a offertes à son peuple, et qui nous sont offertes, dans l’élection divine dont nous sommes l’objet, à travers le ministère apostolique.

Mais si nous sommes dans l’Evangile, ne sommes-nous pas, plus encore que les Juifs contemporains de Jésus, dans l’Apocalypse ? Pour eux, leur apocalyptique était charnelle, et elle devait être réduite à néant par la disparition du Roi, dont ils furent les bourreaux, à cause du conflit même qui portait sur la nature du règne messianique. L’éloignement du Roi a pour but providentiel, entre autres choses, de ruiner toute attente d’un bonheur terrestre qui descendrait sur la terre comme une sorte de dette de Dieu aux Juifs, sans Rédemption ni Résurrection. Pour nous donc, si nous sommes libres de l’apocalyptique juive, ne devons-nous pas nous attacher d’autant plus à la révélation du retour glorieux de J-C, de la résurrection des morts et du jugement à venir ? C’est là l’objet de la vertu théologale de l’espérance, sans laquelle notre foi et notre charité sont vaines. Nous qui n’avons pas vu le Roi, et qui n’avons pas couru le risque de l’enlever pour le couronner chef de guerre à Jérusalem, ne sommes-nous pas appelés à tendre toute notre énergie vers le jour où nous le verrons dans la gloire, portant encore sur son front sacré, sur ses mains et sur ses pieds les marques se son sacrifice pour notre Rédemption ? Le travail entre les deux venues du Royaume, la mise en valeur du talent et des mines, l’huile dans les lampes, les reins ceints et les lampes allumées, le grain qui germe et les ouvriers dans la maison, la prière qui rompt la tête du juge inique, tout cela n’a de sens que comme une préparation [ ? inlassable] de la venue du Seigneur en gloire, dont le 1er acte, [ ?] qui constitue la charnière de notre histoire, la prise de Jérusalem par les Romains, a été inaugurée en l’an 70 de notre ère.

L’application des paraboles à nous-mêmes repose donc en deuxième lieu sur notre espérance des grâces du Royaume annoncé. Jamais nous ne pourrons tirer de fruits des paraboles en les traitant comme un traité de morale. Il faut toujours les lire, pour s’en nourrir, à la lumière soit de la 1ère, soit de la 2ème manifestation du Royaume.

Ainsi donc entre les deux venues du Royaume de Dieu, nous sommes à la fois en l’une et en l’autre ; nous appartenons au Royaume qui est venu par la foi, au Royaume qui vient par l’espérance, à l’un et à l’autre en même temps par la charité. Notre position est paradoxale puisque nous vivons dans l’une et l’autre manifestations du Royaume, dont aucune n’est présente. C’est ce que j’exprimerais en disant que pour nous le Royaume de Dieu est caché, ou que nous faisons partie d’un Royaume caché. Autrement dit encore, nous participons aux mystères du Royaume. Je n’oserais affirmer d’une manière absolue que cette doctrine est enseignée explicitement par les paraboles du trésor caché et de la perle (Matth 13), quoique j’avoue qu’il y a là une explication tentante. L’homme qui a trouvé le trésor le cache : ne serait-ce pas le Christ qui se dépouille de tout pour se procurer le champ du monde, d’où il extraira au dernier jour le Royaume qu’il a racheté ? Et la perle aussi, découverte par celui seul qui sait aimer et qui se l’est acquise, n’est-elle pas cachée aux yeux de tous ceux qui ont préféré de moindres biens ?

Quoi qu’il en soit, la doctrine du Royaume caché ne dépend pas de ces deux textes. Elle a une base bien plus large et bien plus solide, qui est tout l’enseignement en paraboles, jusque dans sa forme même. A ceux qu’éclaire la foi, il est donné de connaître les mystères du Royaume ; pour les autres, c-à-d pour l’incrédulité judaïque et son messianisme terrestre, le Royaume est caché. Ceux-ci entendent les paraboles, ils voient des actes divins et humains, mais ils n’en comprennent pas le sens. La réalité du Royaume, entre les deux venues, ne se découvre que par la foi, et pour la foi.

Rien de commun entre le Mystère du Royaume et une théorie de l’Eglise invisible. L’Eglise est et ne peut être que visible. Mais le Royaume, c’est l’œuvre de la Parole dans les cœurs humains et dans les rapports des hommes entre eux. Le Royaume, à l’image du Roi, se fait dans les choses petites, sans éclat aux yeux des hommes. Le Royaume est dans l’abaissement de l’humilité, de l’obéissance, de la charité. Que si on veut le tirer au jour, en faire une grandeur mesurable par l’esprit des hommes, lui donner une publicité, ou bien il se replie plus profond dans le mystère de la Croix, ou bien il se corrompt et n’est plus le Royaume de Dieu. L’Eglise est visible, mais on peut poser cette règle à peu près certaine : tout ce qui dans l’Eglise est non seulement visible, mais perméable à la raison humaine ; tout ce qui est pensée, projet, entreprise, organisation, où le monde ne se heurte plus au mystère, mais où il peut entrer de plain-pied ; tout ce qui enfin dans l’Eglise, peut rentrer dans les catégories du social humain, se mettre sur le même plan que l’Etat et ses moyens d’action : tout cela est encore de l’Eglise historique certes, mais comme des parties transitoires et caduques, comme un feuillage saisonnier, non comme [ ? ]. Tout cela n’est pas du Royaume de Dieu et de Christ.

Mais le Royaume est là où est Christ dans les relations entre les membres de son corps. Là où l’Eglise vit du Christ, visible encore certes, mais portant en elle avec une pudeur sainte, le mystère divin, là est le Royaume de Dieu.

Ainsi il y a une Eglise visible, et il y a un mystère du Royaume inséparable de cette Eglise. Normalement, là où l’Eglise est elle-même, le Royaume se comporte vis-à-vis d’elle à peu près comme l’interprétation d’une parabole vis-à-vis de la parabole même : inséparable du texte, le sens caché est transmis par le texte, mais peut être voilé à qui n’est pas entré dans les Mystères du Royaume de Dieu. Ainsi le Royaume est comme la sève et la vie de l’Eglise, inséparable de la tige et ses grappes visibles (Jean 15). Mais là où l’Eglise se sépare du Royaume et ne le porte plus, elle prolifère en branches stériles, et bientôt en branches mortes qui devront être retranchées du tronc.

Je m’arrête en un point où pourrait s’ouvrir une grande avenue de pensée et de méditation. [Un paragraphe de 9 lignes est barré]

C’est celle qui chercherait à discerner, à la lumière de la doctrine des paraboles sur les Mystères du Royaume de Dieu, d’une part, quelles sont dans l’Eglise les pénétrations d’un judaïsme toujours vivace, avec sa fausse espérance d’un faux royaume de Dieu réalisé visiblement avant la résurrection générales des morts et le jugement dernier ; et d’autre part, quelles sont les tâches que l’Eglise peut se proposer comme étant de nature à hâter effectivement la délivrance réelle du monde qui souffre, en le rapprochant de l’avènement du Roi, et en se préparant pour ce but suprême de l’histoire ?

Je vous laisse le soin de poursuivre cette méditation, mes sœurs, avec toutes les conséquences pratiques qu’elle comporte pour chacune de vous. Pour moi, je n’ai voulu, comme je le disais en commençant, que vous communiquer quelques biens en vous exposant la vérité de la Parole de Dieu. Ayant achevé ma tâche, je vous renouvelle mes vœux et ceux de la paroisse de Charmes, pour que vous passiez des jours bénis dans cette chère maison de nos amis de l’Armée du Salut.

 

J’ai dit.

 

 


 


 

 

Etude sur le mariage

Préparée en vue du Consistoire de l'Eyrieux

séance du 11 janvier 1944.

 

 

[1] Messieurs et frères,

 

Sollicité par vous de présenter à votre séance de ce jour une étude sur le mariage, il m'a semblé que mon devoir était de vous apporter, non une exhortation s’adressant directement à vous-mêmes, ni des conseils pour l’exercice de votre ministère de pasteurs ou de diacres, mais une exposition de l’enseignement biblique sur la nature du mariage. J'espère que c'est bien là aussi ce que vous attendez de moi.

La lettre de l'Ecriture, c'est l'Ancien Testament. Son esprit, c'est la parole du Nouveau Testament, qui se présente, elle aussi, au premier abord, comme un texte : texte que doit vivifier l'Esprit-Saint selon la mesure de grâce départie à chacun de nous. Comme le bois s'enflamme au contact de la flamme du foyer dans lequel on le jette, ainsi l'action de l'Esprit sera d'autant plus vive en nous, que nous nous tiendrons davantage en contact avec les Pères et les commentateurs, en qui l'Esprit a agi au cours des siècles chrétiens. Nous réclamant donc à la fois de l'inspiration et de la tradition, nous étudierons d'abord le texte de l'Ancienne Loi. Ensuite nous reprendrons le Nouveau Testament pour en dégager l’apport original. Cette seconde partie de notre étude se subdivisera elle-même en deux, puisqu'il a été donné à saint Paul d'expliciter la révélation qui, en un sens, couronne la doctrine biblique du mariage.

I :       l’Ancien Testament,

lIa :    le Nouveau Testament, enseignement de Jésus-Christ;

Ilb :    le Nouveau Testament, enseignement de saint Paul ;

Telles sont donc les divisions de notre sujet.

I. L'Ancien Testament.

 

Le texte fondamental est celui du chapitre second de la Genèse, qui sera placé par le Seigneur lui-même au centre de sa doctrine : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement… » Matth. 19/4, cf. Marc 10/6. Le passage essentiel est le suivant. Genèse 2/18 : « L'Eternel Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Je lui ferai une aide semblable à lui. » (v.22-24) : « L'Eternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! on l'appellera femme (hébreu : אשה) parce qu'elle a été prise de l'homme (איש).- C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair ». Jésus précise que c'est le Créateur lui-même qui a prononcé cette [2] dernière parole: elle vient donc en réponse et en conclusion de la déclaration faite par Adam.

De ce texte, il faut rapprocher celui du chapitre 1er (v. 27,28a) : « Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l'assujettissez ».

Notre étude de l'Ancien Testament reposera tout entière sur ces textes, dont les divers aspects pourront être éclairés et développés au moyen de références à d'autres livres du Canon.

1. Le mariage a Dieu pour auteur.

La formation des sexes, leurs différences essentielles, leur adaptation l'un à l'autre, constituent une réalité qui remonte à l'acte créateur de Dieu lui-même. C'est ce que Jésus soulignera : « Le Créateur, au commencement, fit l'homme et la femme » Matth.19/4 et Marc 10/6. Lorsque Paul traite de la place respective de l’homme et de la femme, il se reporte aussi au récit de la Création : « Que la femme a été tirée de l'homme » I Cor. 11/8 ; ou encore : « Adam a été formé le premier, Eve ensuite » I Timothée 2/13. Quand l’apôtre invoque le témoignage de la nature : « la nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que c'est une honte pour l'homme de porter de longs cheveux...? » (I Cor. 11/14), il désigne par là la nature telle qu’elle est sortie des mains du Créateur ; notre intuition de ce qui est naturel et bon rejoint ce que nous apprenons par la Révélation.

Non seulement cela, mais l'union des sexes dans cet ensemble à la fois moral et physique que nous appelons le mariage, a été instituée dès le commencement par le Créateur. « S'attacher à sa femme ; et que les deux deviennent une seule chair », telle est la définition que le Fils de Dieu donne du mariage, au moment même où il nous apprend que cette définition a été posée par le Père dans l'institution originelle, (Matth.19/5). C'est pourquoi le mariage est un acte et un état de droit naturel. On le trouve chez tous les peuples ; le législateur peut en traiter valablement en dehors même de la Révélation. Inversement, quand le mariage passera dans le droit chrétien, soit qu'il devienne un sacrement, soit à plus forte raison qu'il demeure un contrat civil comme dans la théologie protestante, il gardera les mêmes formes extérieures que chez les non-chrétiens, et sa célébration n'entraînera l'adjonction d'aucun rite nouveau.

Enfin, la hiérarchie que S. Paul établit entre les époux a, elle aussi, un fondement naturel. Les devoirs réciproques du mari et de la femme sont, en leur principe, une obéissance à la volonté divine manifestée dès le commencement.

2. Le mariage a pour but principal la transmission de la vie.

[3] C'est ce qui ressort du texte de Genèse 1 : « Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre » (v. 28). La multiplicité des créatures, issues d'un seul sang (Actes 17/26), appartient au plan divin antérieurement à la chute. Peut-on supposer que la multiplication des humains aurait eu pour but de fournir un corps pour l'Incarnation du Fils de Dieu, même si le péché n'était pas survenu ? La théologie franciscaine, à laquelle se rattache sur ce point notre Malebranche, répondrait affirmativement, tandis que les dominicains, avec S. Thomas, le nient. Quoi qu'il en soit, Adam avait reçu en son être le dépôt sacré de la vie de tous les humains, y compris l'homme Jésus; et, grâce à l'aide de sa femme, il fera paraître un jour les fils qui hériteront de ses privilèges, comme de sa faute.

Le couple initial, existant seul, forme le berceau de la vie familiale. N’eût-il pas péché, il eût constitué une sorte de « sainte famille » sur le plan d'une nature s'élevant progressivement vers Dieu. Après la chute encore, la famille reste le lieu normal de l'éducation des enfants. La vie leur a été transmise par l'acte de la génération. Ils sont, pour le père, aidé de la mère, l'objet d'une transmission constamment renouvelée de vies vie physique par les aliments qui commencent au lait maternel, puis font place au pain que le père gagne à la sueur de son front; vie intellectuelle par la transmission du langage et des connaissances ; vie morale et religieuse par la transmission de la révélation et des vertus qui en découlent. Retirer l'enfant à la famille, c'est enlever au mariage la plus belle partie de sa destination, pour le réduire au lien physique sur lequel la société se bute, comme à une donnée irréductible pour laquelle elle n'a pas trouvé d'ersatz.

Peut-on dire que, à côté de son but principal, le mariage en possède un second, qui serait de permettre à l'amour de l'homme et de la femme de s'exprimer d'une manière plus parfaite, par le moyen de l'union conjugale ? La question a été reprise par la Conférence des Evêques anglicans réunis à Lambeth en 1930. A peu près tous étaient d'accord pour reconnaître l'existence de ce but secondaire du mariage. Mais l'assemblée se scinda sur le point de savoir si ce but secondaire avait une valeur en lui-même, en dehors de toute intention de transmettre la vie, et surtout quand cette intention était délibérément exclue ? La majorité l'admit; et, sur cette base, elle vota une résolution qui, tout en proclamant que, lorsqu'il y a des raisons valables de ne pas désirer la venue de l'enfant, la voie normale pour le chrétien est l'abstention des rapports conjugaux, permettait cependant l'emploi de moyens anticonceptionnels autres que cette abstention pure et simple.

Les 193 évêques qui votèrent pour cette résolution se sont-ils maintenus sur le terrain de la vérité biblique ? Il semble difficile de l'admettre. L'institution du mariage est liée d'une telle manière à la multiplication de la race qu'il semble impossible [4] d'isoler la satisfaction que peut procurer l’union conjugale, en la séparant de tout l'ensemble du mariage, lequel comporte la transmission de la vie et l’éducation des enfants. De plus, dans l'état de nature déchue, l'instinct sexuel et la volupté qui lui est attachée, représentent une telle puissance de dérèglement, que le mariage a pour but, non pas tant de le satisfaire, que de lui imposer une discipline en l'incluant dans la totalité morale et spirituelle que constitue le foyer chrétien.

Le fait d'isoler l'acte procréateur de sa fin pour y voir une sorte de sceau de l'amour, ayant une valeur en lui-même, est le propre d'un « mysticisme passionnel », qui a été analysé avec beaucoup de clairvoyance par M. Ernest Seillière. Apparaissant dès les « cours d'amour » du Moyen-Age comme une déviation de la mystique chrétienne, ce mysticisme passionnel s'est épanoui dans le Romantisme, et imprègne le tissu même de la société et de la pensée modernes. Il n'en est que plus urgent pour l'Eglise de s'en dégager.

Remarquons encore, à ce sujet, que la Sainte famille où fut élevé le Sauveur, repose sur un mariage voulu de Dieu comme celui d'Adam et Eve : « Ne crains pas, dit l'ange à Joseph, de prendre avec toi Marie, ta femme, Matthieu 1/20 ». Le but de ce mariage fut l'éducation de Jésus. Certes, la virginité de Marie est un fait unique. L'exemple n'en illustre pas moins que, dans la vie ordinaire, la société des époux pour l'éducation de l'enfant, forme suprême de la transmission de la vie, est la réalité essentielle, à laquelle se subordonnent comme des moyens, que l'on ne peut isoler de leur fin, l'acte générateur et la procréation.

3. Le mariage est constitué par un contrat mutuel des époux.

Le moment est venu de préciser la distinction nécessaire entre l'acte et l'état de mariage, à laquelle nous avons fait une allusion en passant. L'état de mariage est la société permanente des époux, avec les charges et les satisfactions qu'elle comporte, et dans laquelle ils entrent par un acte d'ordre spirituel et moral, posé une fois pour toutes. C'est exclusivement de cet acte initial que nous nous occupons dans le présent paragraphe.

Lorsque Adam dit : « Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair », il constate un fait, puisque effectivement c'est « sa » femme  que Dieu lui présente, celle qui a été tirée de lui et qui a été formée pour lui. En même temps, il pose un acte de sa volonté libre, sans laquelle l'union entre lui et l'être semblable à lui ne serait pas le mariage. De même, quand il donne à Eve le nom de femme, Adam prend conscience du fait de cette similitude; en même temps, il la transforme en une intronisation de la femme à son rang véritable. Ainsi Adam ne constate pas seulement qu'Eve est sa femme; mais, collaborateur de Dieu, il la prend pour qu'elle soit sa femme. Eve étant aussi une créature libre, [5] il n'est pas téméraire de penser que son consentement, exprimé ou non, répond à l'acte de son mari. Le contrat mutuel étant ainsi conclu dans une réalité spirituelle, où le plan divin et l'acte humain s'interpénètrent sans se détruire, Dieu sanctionne leur union par la parole que Jésus soulignera, et dont Paul essaiera de sonder la profondeurs « les deux seront une seule chair » Genèse 2/24.

Ceci étant, on peut donner deux interprétations opposées de notre liturgie Réformée du mariage.

Selon la première, qui pousserait à ses ultimes conséquences la doctrine du mariage conçu comme un contrat de droit naturel, même et aussi pour les chrétiens, on considérerait les époux comme déjà mariés quand ils entrent au Temple : le contrat a été conclu par-devant l'officier de l'état-civil. La lettre du texte autoriserait en certains endroits cette exégèse : « Vous déclarez que vous avez pris pour femme... » alors ce serait déjà fait. Dans le présent, l'Eglise ferait promettre une mise en pratique des commandements de la Loi nouvelle sur l'état de mariage, en vertu de quoi elle déclarerait le mariage conclu devant Dieu et devant elle, et appellerait sur lui la bénédiction de Dieu.

Selon l'autre interprétation, à laquelle nous nous rallions, le mariage entre chrétiens relève du droit ecclésiastique, pour cette raison majeure que le droit naturel, exprimé dans le Code Civil, est incapable de fonder les époux sur la réalité révélée dans les Ecritures. Dès lors, le mariage civil est une formalité accomplie pour rendre à César ce qui est à César, comme Jésus payait les didrachmes. Dans la cérémonie religieuse, le mariage se conclut. L'homme prend sa femme devant Dieu par un acte moral et spirituel, qui renouvelle le : « Voici cette fois celle qui est os de mes os... je l'appelle ma femme », et la femme prend son mari et se donne a lui par un acte analogue de la volonté la plus profonde et la plus libre. Le pasteur, agissant au nom de Dieu, donne alors la bénédiction que Dieu donnait à Adam et Eve : « puis il les bénit »,Gen. 1/28.

On ignore quelle était l'intention exacte des rédacteurs de notre liturgie ? Ceux qui partageraient les vues que nous exposons sur cet acte pastoral seront d'accord pour souhaiter que deux ou trois modifications soient introduites dans ce texte :

premièrement, que l'époux, puis l'épouse répondent « oui » directement à la question posée sans ambiguïté : « Déclarez-vous devant Dieu et devant cette assemblée que vous prenez maintenant pour votre femme (ou pour votre mari) tel et tel ici présent ? »

secondement, que les devoirs de l'état de mariage leur soient présentés par l'Eglise sous forme déclarative, par exemple : « Voici maintenant ce que Dieu attend de vous : c'est que vous l'aimiez (votre femme), que vous preniez soin d'elle en toutes choses, ... que vous lui demeuriez attaché dans les bons et les mauvais jours, .... »

enfin que la bénédiction soit donnée effectivement : « Nous vous bénissons au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit... » [6] ou par quelque formule analogue. Cette dernière modification est du reste moins importante que les précédentes.

Il est à noter que la réforme que nous proposons ici, nous libérerait de la doctrine des œuvres qui est implicitement contenue dans le système des promesses, lequel semble supposer que le caractère chrétien du mariage réside, non en la foi en la Parole de Dieu sur le mariage, mais en l'effort de l'homme pour réaliser un certain nombre d'engagements.

 

4. L’indissolubilité et l'unicité du mariage.

L'indissolubilité du mariage exclut le divorce, l'unicité exclut la polygamie simultanée. Ces deux caractères sont donnés dans l'institution primitive: car, d'une part le « une seule chair », s'il ne comporte pas forcément par lui-même la permanence du lien conjugal, doit se prendre au sens strict que lui confère le commentaire du Christ : « Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint ! » Matth. 19/6; - et, d'autre part, le fait qu'Eve est unique. Dieu n'ayant tiré de la côte d'Adam qu'une seule femme, a une valeur normative.

Toutefois, deux faits nous empêchent de trouver dans l'Ancien Testament un fondement certain pour le mariage indissoluble et unique. Premier faits toute règle peut comporter des exceptions et des aménagements. Or, l'institution primitive est donnée d'une manière si brève que l'on ne peut tracer les contours exacts de cette doctrine. Un seul exemple : si nous n'avions pour nous guider que le mariage d'Adam et Eve, ne faudrait-il pas exclure la polygamie successive, c'est-à-dire les secondes noces, qui cependant sont permises par le Nouveau Testament ?

Le second fait à relever ici, est que l'idéal posé dans l'institution du mariage s'est dégradé dans la suite, après la Chute. Les patriarches et les Rois sont polygames, sans trouble de conscience, et sans que l'Esprit de Dieu se retire d'eux de ce fait. Moïse permet le divorce dans les conditions précisées par la loi de Deutéronome 24/1-4.

Ainsi, mis à part l'institution primitive, antérieure à la chute, à laquelle il faut Joindre quelques exemples isolés d'unions qui respirent déjà un parfum évangélique : celle de Boos et de Ruth; celle d'Urie le Hétien et de Bath-Schéba : « il n'avait qu'une petite brebis » (Il Sam, 12/3); dans les Deutéro-canoniques, le mariage de Tobie et de Sara ; ces exceptions faites, l'Ancien Testament ne nous présente pas une conception du mariage beaucoup plus élevée que celle que l'on peut trouver chez les meilleurs des Païens. Il est à supposer, certes, qu'en Israël, le mariage monogame fidèle s'est développé dans le peuple, spécialement après le retour de l'exil, et que, là aussi, il y a eu une préparation de l'Evangile. Seuls de véritables Israélites pouvaient faire entendre des accents tels que ceux de Tobie priant en commun avec sa jeune épouse et disant: « Tu sais, Seigneur, que ce n'est point pour satisfaire ma passion que je prends ma sœur pour épouse, mais dans le seul désir d'avoir des enfants qui bénissent ton nom dans tous les siècles »,(Tobie 8/1). Mais si ces Juifs pieux ont [7] préparé par de saints mariages la venue du Christ, l'Ancien Testament n'en a gardé que peu de traces écrites.

Il nous faudra donc reprendre ces problèmes dans le texte même du Nouveau Testament.

5. Le mariage a pour but le plus élevé de figurer l'union du Christ et de l'Eglise.

Cette proposition peut se déduire de l'Ancien Testament par une exégèse typologique et allégorique, du reste pleinement valable. Outre le texte de la Genèse, où Adam et Eve seraient à considérer comme figures de Christ et de l'Eglise, il y aurait lieu d'aborder l'étude du Cantique des Cantiques. Nous laisserons ces recherches de côté pour reprendre ce point également sur le plan de la Nouvelle Alliance.

 

II. Le Nouveau Testament.

 

Les principaux textes du N.T. concernant l'acte par lequel le mariage est conclu sont : un passage du Sermon sur la montagne, Matth. 5/31-32, avec Luc 16/18 comme parallèle ; l'épisode de la question des Pharisiens sur le divorce, Matth. 19/3-12 et Marc 10/2-12 ; enfin le ch. 7 de la 1ère aux Corinthiens.

En donnant son enseignement sur les rapports du mari et de la femme dans l'état de mariage, Ephés.5/22-33, cf. Colossiens 3/18-19, l'apôtre Paul prononce une parole qui éclaire tout à nouveau la portée de l'acte de mariage.

En résumé, nous nous trouvons déjà en présence de 4 textes fondamentaux : Matthieu 5, Matthieu 19, I Cor. 7, Ephés. 5.

Divers passages isolés se rapportent plus ou moins au même sujet :

dans les Evangiles, Jean 2, les noces de Cana; Luc 20/27 et svts : question des Sadducéens sur le Lévirat ;

dans les Epîtres pauliniennes : Rom.7/1-3, la dissolution du lien par la mort ; I Cor. 11/3-16, la question du voile ; I Timothée 2/11-15, la conduite des femmes, et 5/3-16, la place des veuves ; Hébr. 13/4, l'honneur dû au mariage ;

dans les Epîtres catholiques : I Pierre 3/1-7, sur les devoirs de l'état de mariage ;

dans l'Apocalypse, les 144.000 vierges, 14/4 et l'Eglise-épouse, 19/7 et 21/2.

Enfin, il y a lieu de joindre à nos textes fondamentaux tout ce qui concerne la naissance de Jésus-Christ, c'est-à-dire en particulier le ch. 1er de S. Matthieu et le ch. 1er de S. Luc.

L'enseignement du N.T. nous a déjà servi à comprendre celui de l'Ecriture, tel que le présentait le livre de la Genèse. Nous avons à le reprendre pour exposer ce qui n'est devenu pleinement explicite que dans la Nouvelle Alliance. Nous exposerons [8] d'abord l'apport de Jésus-Christ lui-même, ce qui nous amène à traiter trois questions : le divorce, les secondes noces et la virginité. Comme nous avons éclairé l'A.T. par le Nouveau, nous n'hésiterons point à joindre à l'enseignement de Jésus tout ce que Paul apporte sur ces sujets. Il nous restera, pour terminer, à considérer l'apport propre de notre apôtre dans la Révélation, c'est-à-dire ce qui concerne le symbolisme du Christ et de l'Eglise.

Toutes ces questions sont difficiles et complexes. Nous nous efforcerons de les simplifier. C'est volontairement que nous laissons de côté ce qui ne nous paraît pas essentiel.

A. L'enseignement de Jésus-Christ.

1. Le divorce.

Au temps du Christ, la polygamie avait pratiquement disparu en Israël. Restait le divorce. Les Pharisiens l'admettaient, conformément à la Loi de Deutéronome 24. Ils différaient entre eux sur l'application. L'école de Hillel était large : le divorce pouvait découler du motif le plus futile; l'école de Schammaï était stricte : seul l'adultère de la femme pouvait entraîner sa répudiation.

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus marque les oppositions entre la Loi nouvelle et la Loi ancienne. « Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce » (Matth 5.31). On attendrait la suppression absolue du divorce; c'est bien ce que donne sans doute possible Luc 16/18 : « quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et quiconque épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère ». Dans Matth. 5/32, l'adjonction des mots : « sauf pour cause d'infidélité » après le sujet : « quiconque répudie sa femme » a été interprétée par les Orientaux et les protestants comme une porte ouverte au divorce. Les catholiques expliquent ces mots, avec S. Jérôme, comme substituant la séparation de corps (divortium semiplenum) à la lapidation (lapidation Lév. 20/10, Deut.22/22), en tant que châti­ment de la femme adultère. Mais le remariage des époux, légitimement séparés dans cet unique cas, ne serait pas permis : l'interdiction du divorce (divortium plenum) serait absolue.

Dans Matth. 19, l'enseignement de Jésus est provoqué par une question des Pharisiens. Le libellé de cette question et la présence, dans la réponse du Seigneur, d'une clause d'apparence restrictive, semblable à celle de Matth. 5/32, permet ici aussi une double interprétation :

exégèse large. Les Pharisiens demandent à Jésus de prendre parti entre Hillel et Schammaï. « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour un motif quelconque ? » Sous-entendez : comme l'enseigne Hillel, - ou seulement pour cause d'adultère, comme le veut Schammaï ? Le Seigneur se serait rangé à cette dernière opinion.

exégèse stricte. Ce que les Pharisiens veulent savoir, c'est si vraiment Jésus s'arroge le droit de modifier Moïse en abrogeant [9] le divorce ? Le Seigneur affirme son droit, en faisant appel à l'institution originelle du mariage par le Créateur, et en mettant sur le compte de la dureté du cœur des Juifs la tolérance permise par le Ministère de Moïse. Le verset 9 vise alors la situation d'un homme séparé de corps de sa femme (ce que Jésus permet en cas d'adultère de celle-ci). Si cet homme épouse une autre femme, il commet un adultère.

Si nous cherchons à trancher le débat par le commentaire de S. Paul, nous avons I Cor.7/10-ll : « A ceux qui sont mariés, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare pas de son mari (si elle est séparée, qu'elle demeure sans se marier ou qu'elle se réconcilie avec son mari) et que le mari ne répudie point sa femme », également Rom.7/2 : « une femme mariée est liée par la loi à son mari tant qu'il est vivant ».Cf. I Cor.7/39.

La doctrine officielle de l'E.R.de France continue d'être que l'indissolubilité du mariage n'est pas absolue. Le divorce serait permis ou toléré dans certains cas. Les Synodes, en légiférant sur la bénédiction nuptiale des divorcés, admettent implicitement que le nouveau mariage que ceux-ci contractent peut être agréable à Dieu. Il est à souhaiter que, tant que l'Eglise Réformée maintiendra cette discipline, elle maintienne aussi à chaque pasteur le droit, accordé par un Synode de Nantes de l'Eglise réformée évangélique, de « se refuser, pour motif de conscience, à la bénédiction d'un mariage d'époux divorcés pour quelque cause que ce soit ». Statuts et Règlements 1928, p. 127.

 

2. Les secondes noces.

Nous avons vu qu'un remariage ne semble guère concevable pour Adam, à qui Dieu donne en Eve sa-femme unique. Il y a dans le cœur de l'homme une soif, ou un pressentiment, d'unité parfaite, qui aimeraient pouvoir élever le mariage à un tel niveau. En fait, rien n'empêche un veuf ou une veuve, de pratiquer volontairement la fidélité après la mort de son conjoint. Mais la nouvelle Loi permet expressément les secondes noces. Cela ressort de la réponse de Jésus aux Sadducéens qui le questionnèrent sur le Lévirat, Luc 20/27-40. Le remariage de la veuve n'est pas blâmé. Seulement l'union conjugale est relative à l’économie terrestre ; elle sera abolie dans la Résurrection. S'il subsiste quelque chose du lien du mariage, tout son aspect physique aura disparu : « ils sont semblables aux anges » v.36.

La permission du remariage des veufs est affirmée par S. Paul I Cor, 7/39. L'Eglise primitive le regardait avec une certaine défaveur, et les 4èmes noces de l'empereur Léon VI de Byzance, au Xe siècle, provoquèrent un schisme. Toutefois, rien, dans l'Ecriture, ne limite le nombre des mariages permis après le décès successif de plusieurs conjoints.

Les secondes noces sont-elles interdites à qui aspire à la charge d'évêque ou de diacre ? Ceux-ci, dit S. Paul, doivent être maris d'une seule femme. Les uns disent en effet que cette clause interdit le remariage de l'évêque ou du diacre veufs, ou la nomina- [10] tion à ces charges de personnes remariées ; d'autres pensent qu'elle exclut seulement la polygamie simultanée, c.à.d. qu'elle ne fait que répéter ce qui est obligation pour tout fidèle.

 

3. La virginité.

Nous employons le mot de virginité dans un sens large pour désigner tous les états de vie où l'on pratique la continence sexuelle : le célibat, le veuvage, et le mariage où les époux s'abstiennent d'un commun accord des rapports conjugaux. L'Eternel regarde au cœur ; et, d'une manière générale, nulle créature n'est vierge de toute souillure dans son cœur, à moins d'un privilège très exceptionnel. Mais, par la grâce, Dieu peut donner, avec le pardon des fautes passées, une sanctification qui maintienne le cœur et les actions dans une vraie continence. C'est cette marche dans l'abstinence, par la grâce, que nous désignons sous le non de virginité.

Un tel état est-il désirable dans l'économie chrétienne ? Il semble difficile de le nier en présence de la parole de Jésus, qui conclut son enseignement sur le mariage : « Il y a des eunuques, qui se sont rendus tels eux-mêmes à cause du Royaume des cieux » Matth. 19/12. Quelles personnes sont-elles désignées ici, sinon les ascètes, les continents, qui, trouvant dans la grâce la force de s'abstenir de toute vie sexuelle, sont libres de se consacrer totalement à Christ ? Enseignement que confirme S.Paul : « Il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme » I Cor.7/1, et encore : « Celui qui n'est pas marié s'inquiète des choses du Seigneur », 7/32.

A ces paroles, il faut ajouter l'exemple du Seigneur lui-même, semblable à nous en toutes choses, et qui, entre les deux voies du célibat et du mariage, a choisi résolument la première. Le même don fut fait à Paul. Inversement Pierre semble avoir été marié avant même de connaître Jésus (Marc 1/30, I Cor.9/5).

Une étude de la virginité ne saurait être entreprise sans une méditation sur Marie. Que la naissance surnaturelle du Sauveur soit dans les Evangiles ne saurait être contesté. Que Marie et Joseph aient consommé leur mariage après la naissance de Jésus est une opinion que certains protestants ont soutenue. Etudiée de près, elle se heurte à de graves objections scripturaires. Ce serait un peu sortir de notre sujet que de les aborder.

Résumons simplement l'enseignement de l'Evangile dans les thèses suivantes :

A côté du mariage, lui-même purifié et renforcé, la Nouvelle Loi ouvre un chemin nouveau, dans la consécration au service de Jésus-Christ d'une vie de continence. Cette voie nouvelle ne supprime pas l'ancienne, mais court parallèlement à elle. Il ne saurait être question d'interdire le mariage (I Timothée 4/2). Pour marcher dans le chemin de l'abstention, caractéristique de la nouvelle économie, il faut un don spécial de Dieu. I Cor.7/7. [11] Le privilège est d'autant plus grand que la destinée se rapprochera davantage de celle du Sauveur et de sa Mère, en qui brille la virginité, au sens le plus strict, du cœur et de l'être tout entier.

La continence se trouvera donc chez ceux qui, pour le Royaume de Dieu, s'abstiennent du mariage, c.à.d. les célibataires. Elle se trouvera aussi chez les veufs qui n'usent pas de leur droit de se remarier.

Peut-elle se trouver également chez les personnes mariées ? Pour un temps, d'un commun accord, afin de vaquer à la prière, oui : S. Paul le dit expressément, I Cor.7/5. Et pour toujours, à partir d'un moment donné, voire même depuis la conclusion du mariage lui-même ? Rien ne s'y oppose dans les textes. L'exemple de Joseph et de Marie, si, comme nous le pensons, ils furent liés dès le début par un vœu de virginité, atteste l'approbation divine sur cet ascétisme. Si la traduction de la Bible du Centenaire est juste, I Cor, 7/25 et suiv., « pour ce qui est des vierges » viserait des unions ascétiques, que Paul ne décourage pas.

De toute manière, la doctrine du Christ élève à une grande dignité la continence pratiquée pour lui et par sa grâce, tout en maintenant entre les deux vocations possibles, virginité ou mariage, une harmonie qui tend à satisfaire pleinement le cœur de chaque être, selon la destinée que lui a préparée le cœur du Père céleste.

 

B. L'enseignement de saint Paul.

S. Paul a beaucoup médité sur les rapports de l'homme et de la femme. La morale chrétienne rejoint ici certains aspects profonds de la Révélation. Aussi voyons-nous l'apôtre s'élever, dans l'épître aux Ephésiens, de l'exhortation morale : « Femmes, soyez soumises à vos maris... Maris, aimez vos femmes... » 5/22 et 25, à l'inspiration qui fait découvrir dans le texte fondamental de la Genèse la plénitude d'un sens jusque-là caché. Le mystère qui se révèle ainsi est si grand, si terrible, que Paul en ressent un frémissement que nous percevons encore dans ses paroles : et, comme s'il ne pouvait ou ne voulait en dire davantage, il revient hâtivement à la conclusion parénétique : « Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari », v.33.

Le texte de l'Ecriture est ici celui de la Genèse, que nous avions déjà vu repris par le Seigneur : « L'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair », Gen.2/24, =Matth.19/5, =Ephés.5/31. La Révélation nouvelle - le mystère dévoilé, - c'est que cette parole, prononcée par Dieu au commencement de toutes choses, aura son accomplissement à la fin de toutes choses, en Christ et en l'Eglise. L'homme qui quitte tout, pour s'attacher à sa femme, c'est le Seigneur, le Fils de l'homme, le second Adam. L'Eglise n'est pas expressément nommée l'Epouse, comme elle le sera dans l'Apocalypse : « les noces de l'Agneau sont venues, et son épouse s'est préparée » Apoc.19/7, mais la pensée y est. De même qu'Eve avait été formée d'une cote de l'homme, de [12] même l'Eglise est formée tout entière par Christ : en lui elle naît dans le baptême, de lui elle reçoit sa nourriture, sa vie, son accroissement.

Le symbolisme du mariage appliqué à la société des fidèles était préparé par l’Ancien Testament : Israël, ou Jérusalem, est une épouse, - souvent infidèle. Le symbolisme, une fois qu’on en tient la clé, peut être retrouvé dans les paraboles : « Le Royaume de Dieu est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils », Matth.22/2. Mais Paul ne procède pas ici par développement d’une image reçue de la tradition. Par un saut brusque dans l'invisible, il fait une découverte. L’apport absolument original du grand mystère d'Ephésiens 5, c'est la découverte de l’unité parfaite, voulue de Dieu dès le début, pressentie par le cœur humain dont toute la quête sur la terre consiste à s’en approcher, l'unité parfaite est donnée à Christ et à l’Eglise, au jour de l'avènement du Seigneur. Le Seigneur, et celle que nous pouvons avec S. Jean appeler l’Epouse, ne sont qu'Un, pleinement Un, dans l’épanouissement de la vie et de la joie. Tel est le suprême triomphe de la puissance de la Croix et le couronnement de l’œuvre de l’Esprit-Saint.

Dans la réalisation de ce mystère, la chair ne sert de rien. La Croix qui fonde l’unité de Christ et de l'Eglise signifie la mise à mort de la chair. Les fils et les filles de la Résurrection ne connaîtront plus de lien charnel. Mais si la chair est exclue de la vie éternelle, dans l’économie terrestre, le mariage tel que Dieu l’avait institué au commencement, puis tel que Jésus-Christ l’a restauré après le péché, représente d’une manière symbolique l’unité éternelle de l’Eglise et de son Seigneur. Comme l'Ancien Testament nous fournissait des types de Jésus-Christ, de même le mariage en Christ nous fournit actuellement un type de la vie éternelle qu’inaugureront les noces de l'Agneau (Apoc.19/7).

Du symbolisme du mariage découlent des conséquences importantes pour la doctrine de l'Eglise. Nous n'avons pas à les envisager ici. Les conséquences de cette révélation ne sont pas moins importantes en ce qui concerne le mariage lui-même. Examinons pour terminer les principales d'entre elles :

 

1. Le mariage est un lien de la charité.

Nous avons vu, en étudiant le texte de la Genèse, que le but principal du mariage était la transmission de la vie, qui comprenait l'éducation même des enfants; et nous avions écarté le but secondaire proposé par le mysticisme passionnel, de procurer une joie qui résulterait, prétend-on, du sceau charnel posé sur la société des sexes, indépendamment de sa fin dans la procréation. Maintenant nous apparaît le but le plus élevé que l'on puisse proposer au mariage : figurer l'union de Christ et de l'Eglise.

Il nous faut prendre garde de ne pas introduire ici, d'une manière détournée, le romantisme de l'amour que nous avions écarté de la conception biblique et chrétienne du mariage. Le contre-sens facile à commettre sur le texte des Ephésiens consiste à dire : l'union du Christ et de l'Eglise doit être conçue comme ressemblant à celle de l'homme et de la femme. C'est l'erreur qu'exprime Novalis en un poème par ailleurs admirable, son hymne sur l'Eucharistie :

[13] Le sens divin de la Cène

est une énigme à nos sens mortels.

Mais celui qui a jamais bu

sur des lèvres chaudes et aimées

l'haleine de la vie, ...

celui-là mange la chair du Seigneur

et boit son sang

à jamais.

Nous disons : Non, au poète. C'est le contraire, et cela change tout. S. Paul ne monte pas du mariage de la terre aux réalités divines. C'est dans celles-ci qu'il prend pied d'emblée, par l'intuition que gonfle comme une voile le souffle du Saint-Esprit. Puis, du cœur même de l'Eternel, où tout est unité, il contemple les choses d'ici bas, il y voit le reflet de la pensée divine, et il attire vers le haut les réalités de la terre. Ainsi, loin que l’apôtre veuille dire que l'union de Christ et de l'Eglise ressemble à l'union des sexes, il introduit au contraire, au centre du mariage, une union des esprits, qui l'éclairé d'une lumière toute nouvelle. C'est ce qu'a compris, mieux que tout autre peut-être, Hugues de Saint-Victor, quand, au Xlle siècle, il distinguait dans le mariage deux liens, le lien de la charité, qui fait, d'après lui, l'essence du mariage et en est la cause, et le lien de la chair, que Dieu a permis « non pour qu'il fût l'essence du mariage, mais pour qu'il en augmentât les mérites et la fécondité. »

Il y aurait sans nul doute un danger à pousser trop loin cette distinction, et à isoler désormais le lien des cœurs, essence même du mariage, de l'union conjugale proprement dite. Mais si, en ce sens aussi, nous maintenons joint ce que Dieu a joint, nous arrivons à une vue d'ensemble du mariage, qui en constitue la plus haute expression chrétienne et humaine.

Au centre de tout se trouve l'aspiration à l'unité, à la paix, à une manifestation éminente de la charité, de deux êtres que Dieu a créés homme et femme. Prenant pour modèle Christ et l'Eglise et s'élevant vers lui par la grâce, ils s'unissent par le contrat mutuel qui est l'expression de leur soif d'unité en Christ. Le couple étant ainsi formé sur la terre, son œuvre propre sera l'édification d'une maison : et c'est par la maison, plus encore que par l'union conjugale proprement dite, qu'il transmettra la vie. La maison apparaît alors comme le moyen terme entre la vie éternelle (maison de Dieu) et la vie d'en-bas. Elle est le lieu du combat de la foi et de la sanctification, l'école où se purifient et se disciplinent les instincts. Tant que nous vivons sur la terre, l'obéissance aux lois de la nature demeure ; le lit conjugal a donc sa place, sainte elle aussi, dans cet ensemble saint qu'est la maison chrétienne : mais il n'est pas le centre, la cause, la norme de la maison. Il est le point d'appui terrestre sur lequel s'édifie la construction qui monte vers le ciel; aussi est-il destiné à disparaître le jour où l'édifice achevé tiendra debout tout entier, en Dieu, par la puissance de la Résurrection.

[14] Le Mariage qui figure l'union du Christ et de l'Eglise dans la charité est le principe de la Maison chrétienne. Toute la vie de celle-ci sera donc sanctifiée par le lien de charité placé en son centre dans le cœur du mari et de la femme. Ajoutons que, par maison, il faut entendre, non seulement la société des enfante nés du père et de la aère, mais celle des enfants adoptés, des serviteurs et des servantes, et de tous les hôtes. Sur tous ces êtres groupés dans la maison chrétienne rayonne l'amour d'en-haut passant par le cœur du Mari qui aime sa femme comme Christ a aimé l'Eglise.

 

2. La Morale de l'état de mariage.

Toute la morale de l'état de Mariage pourra être construite à partir du symbolisme de Christ et de l'Eglise. Par exemple, la soumission de la femme pouvait se déduire de ce qu’Eve avait été créée pour Adam, I Cor. 11/9. Reprise dans le nouvel Adam, ce précepte deviendra : « Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur », Ephés.5/22. De Même que toute la Loi et les prophètes sont résumés dans l'amour de Dieu et du prochain, de même tous les préceptes du mariage chrétien se déduisent de la donnée centrale : comme le Seigneur et l'Eglise.

 

3. Le Mariage est-il un sacrement ?

Nous n'avons pas posé, au cours de notre étude, la question de savoir si le Mariage était un sacrement ? C'est que cette doctrine, les théologiens catholiques le reconnaissent, n'est pas explicitement donnée par les Ecritures : elle serait seulement une élaboration de l'Eglise sur la base des Ecritures. Dans cette élaboration, le texte de Ephés. 5 constitue la pièce Maîtresse c'est à lui aussi que se réfère le Concile de Trente.

Il semble bien que, dans la pensée personnelle des Pères du Concile de Trente, l'emploi par la Vulgate du mot sacramentum pour traduire le « Mystère » (μυστηριον), fournissait un argument en faveur du sacrement du mariage. Cette pensée ne peut être retenue. Le Mystère paulinien, ce n'est pas le sacrement de la Loi nouvelle ; c'est une vérité révélée par l'Esprit-saint aux apôtres : ici, l'unité de Christ et de l'Eglise, vérité contenue à l'état caché dans le texte de la Genèse, et qui illumine, peut-être brusquement, l'esprit de S. Paul.

Dans le texte promulgué par le Concile, l'accent n'est pas mis sur le Mot de « sacramentum » mais sur la nécessité d'une grâce spéciale « pour amener à la perfection l'amour humain naturel, pour confirmer l'union indissoluble du mariage et sanctifier les époux ». Cette grâce, Christ nous l'a acquise par sa Passion. Voilà ce que, d'après le Concile, S. Paul a, non pas déclaré expressément, mais laissé à entendre (in nuit, insinué) dans le texte de Ephés. 5. Autrement dit, le symbolisme de Christ et de l'Eglise élève le mariage à une hauteur telle que jamais l'homme ne pourrait y atteindre par ses propres forces. Christ, modèle de l'Epoux, est aussi celui qui aurait disposé à l'avance dans sa Passion, et donné à tous les baptisés, une grâce surnaturelle, dont les époux sont l'un et l'autre les ministres, au moment où ils prononcent le Oui, [15] qui exprime l'acte de la volonté libre par lequel le contrat indissoluble est conclu entre eux. Voilà ce que la parole de saint Paul permettrait d'entrevoir. L'Eglise réformée est restée officiellement fidèle à la doctrine du mariage conçu comme un contrat civil. Je laisse à chacun de vous le soin de juger dans quelle mesure la pratique même de ses ministres, le sentiment profond de ses fidèles, et l'action de l'Esprit-Saint, tendraient à la conduire aujourd'hui à une révision de cette position.

 


 

 

LA THEOLOGIE DU VETEMENT (1945)[4]

 

 

Introduction.

Le professeur Erik Peterson écrit au début de son opuscule : Pour une théologie  du vêtement : « La relation à établir entre l’homme et le vêtement n’est pas principalement un problème  moral…mais elle est un problème métaphysique et de théologie » (page 5).

Nous nous attacherons d’abord à préciser cette pensée.

La théologie spéculative traite du vêtement parce que la Révélation biblique propose sur ce sujet des vérités de foi. Telle est essentiellement la donnée qui concerne la nudité d’Adam et Eve avant la chute et l’apparition du vêtement comme une des conséquences de la chute. On pourrait concevoir, des sectes ont effectivement prétendu que le Rédemption délivre du vêtement considéré comme une pure servitude et que les fidèles peuvent vivre dans l’état adamique de nudité, au moins quand ils sont réunis entre eux pour célébrer leur culte. Il appartient bien à la théologie de juger de tels raisonnements et de dégager la vérité chrétienne.

Le vêtement a, en outre, une signification métaphysique en ce sens que, pour le chrétien, la vie se soumet à une loi d’incarnation ou de corporéité. De ce point de vue, les réalités les plus banales ont un sens. Tout détail visible peut être le symbole d’une réalité invisible, car la réalité ne se présente à l’homme, ou n’est professée par l’homme, qu’exprimée en un corps.

A cet égard, la place du vêtement est privilégiée parce qu’il touche de très près au corps humain lui-même. Intermédiaire entre d’une part, la chair et le sang, d’autre part l’habitation construite de pierres, de bois, ou de fer, il épouse la forme du corps, il se déplace avec lui. La demeure a quelque chose de plus stable que l’habit. On peut changer d’habits, en avoir une série à sa disposition : on n’a guère qu’une habitation, la même pour une certain durée. En même temps le costume a quelque chose de plus personnel que la maison, ne serait-ce que par le fait qu’il n’est pas qu’à un seul tandis que la maison est à plusieurs. On pourrait peut-être risquer cette pensée que la demeure (la maison familiale l’école, la caserne, etc.) est à un corps spécial aux contours bien délimités ce que le vêtement est au corps humain de telle personne.

Occupant une position mitoyenne entre le personnel et le social, le vêtement servira à exprimer l’un et l’autre. L’habit ne fait pas le moine, mais le vrai moine exprimera dans son habit sa volonté de pauvreté et de mortification. En même temps, l’habit le désignera comme moine aux yeux des passants, et comme moine de tel ordre. D’une manière générale, ne pouvons-nous pas dire que qu’un vêtement déterminé (par sa forme, sa couleur, l’étoffe dont il est fait, etc.) circonscrit à l’intérieur d’un groupe social vaste, des ensembles plus limités qui prennent leur place par rapport aux autres : ainsi l’armée, le clergé, une grande école. Vue sous cet angle la société aura tendance à s’organiser en métiers : les ouvriers, les paysans, les employés ; en poussant la distinction plus loin : un large pantalon de velours désigne le menuisier, le tablier de cuir, c’est un forgeron. Dans le monde moderne, ces distinctions tendent à s’effacer, de même que disparaissent les costumes des provinces françaises. A la sortie du travail chacun devient un monsieur semblable à la gravure du catalogue de grand magasin. Les distinctions n’en subsistent pas moins dans le travail ; et l’on sent que c’est avec fierté que tel employé du chemin de fer gardera dans ses heures de loisir un casquette interdite à qui n’est pas de la compagnie, et qu’il saura porter comme une marque d’honneur.

A l’intérieur du groupe social vaste, la distinction de corps plus délimités crée une hiérarchie qui elle aussi, tend à s’estomper dans le monde moderne, mais dont la racine plonge trop profondément dans la nature des choses pour qu’elle puisse s’effacer entièrement. Dût-elle même disparaître, il resterait toujours l’échelle dégradante qui conduit de la richesse à la pauvreté, avec tout en bas, comme autrefois il y avait des députés le groupe des membres n’appartenant à aucun groupe, le rang des clochards affublés des dépouilles des autres, redingote, uniforme ou bleu de travail.

A la hiérarchie des groupes dans l’ensemble social répond, à l’intérieur de chaque groupe une hiérarchie plus personnelle qui, elle aussi, s’exprime  dans ou sur le vêtement. L’armée nous en fournit le type, avec ses grades, ses galons, ses insignes.

Cette réalité se diversifie en mille nuances dans les divers groupes humains. Si la hiérarchie apparaît moins dans la texture du vêtement qui tend à se standardiser, elle se réfugiera dans l’insigne, l’écusson, la décoration ou encore dans des nuances qui serviront à exprimer une différence de fortune plus qu’une véritable autorité hiérarchique.

Voici donc sous quelle forme nous reprendrons pour notre compte la pensée du professeur Peterson. En tant qu’il exprime ce que nous appellerons en gros les sentiments personnels, le vêtement donne lieu à une appréciation plus directement morale. Il s’agira, par exemple, d’orgueil ou d’humilité, d’égoïsme ou de désintéressement d’une manière plus particulière, enfin, de luxure ou de chasteté. Mais en tant qu’il désigne l’appartenance à un groupe, le vêtement soulève une toute autre question, qui est bien de métaphysique et de théologie. Y a-t-il un vêtement chrétien, nous allions dire un vêtement surnaturellement donné à l’homme pèlerin sur la terre, de fait de son appartenance au Christ ? Ce qui semble établi par le moine : s’il cesse d’être moine, on dira qu’il ôte son habit, qu’il se défroque, cela contient-il une vérité pour tout fidèle ? Ou bien faut-il séparer le domaine du conseil de celui du précepte au point que, en dehors d’un vœu ou d’un engagement spécial, le chrétien n’exprimera par son habit qu’une position purement civile, entendant cette épithète au sens de non religieux ou non ecclésiastique, en sorte qu’il sera, par son vêtement, tel médecin, tel professeur ou tel cultivateur, mais non pas tel disciple du Christ par contraste avec qui ne l’est pas ? Poussant les choses à l’extrême, et l’on rejoindrait par ce détour la position des sectes adamites auxquelles  nous faisions allusion, devra-t-on, rejetant la notion même de conseil, admettre pour n’importe quel chrétien, la possibilité de n’importe quel accoutrement, y comprise l’absence même de vêtements, pourvu que la société civile la regarde comme moralement permise ? C’était l’idéal du doux Paul Passy quand il publiait une utopie chrétienne-sociale où l’on peut voir une illustration représentant un service dominical dans lequel l’usuel rigorisme protestant aboutit  à un naïf nudisme, (Paul Passy. Au bois dormant p. 198). Cette noble candeur, pour employer une expression célèbre, rejoint au surplus une tendance évidente du monde moderne en sorte qu’elle aurait l’avantage, au moins pour un christianisme qui redoute les outrances du « malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous », de concilier les exigences de la piété avec celles des esprits qui passent pour les plus hardis  et les plus éclairés.

Appréciation morale en tant que le vêtement exprime les sentiments de la personne ; appréciation métaphysique en tant qu’il délimite ou ne délimite pas le corps social qu’est l’Eglise : ces deux jugements sont difficiles à discerner puisque l’Eglise dans son ensemble pourrait être caractérisée, par exemple, par la chasteté de ses membres, en sorte que l’on retomberait sur le plan moral. Il importe cependant  au plus haut point de maintenir cette  difficile distinction, et il ne fait pas de doute que la seconde question prime la première, parce que cette seconde question enveloppe une question de vérité. S’il y a ce que nous appelions un vêtement surnaturellement chrétien, ou pour nous exprimer autrement, si l’Eglise reçoit ses vêtements du Christ , porter atteinte à l’intégrité du vêtement, c’est pour le chrétien, qu’il le veuille ou non, entrer dans la voie du mensonge et de la trahison. S’il y a un vêtement qui soit pour le Seigneur, en changer, c’est se déguiser, porter un masque. C’est affirmer par ses actions, et par des actions qui touchent de très près au corps, des actions non pas passagères mais inscrites d’une manière durable dans l’instrument social par excellence qu’est le corps, le contraire de ce que l’on professe par ses paroles et par ses prières. L’atteinte portée au vêtement devient la démarche initiale et fondamentale d’une hypocrisie qui risque de s’insinuer par mille avenues dans toutes les réalités de la vie. Question de morale encore en tant que le mensonge est un péché, mais question de morale inséparablement liée aux vérités les plus sacrées. . C’est pourquoi il ne fait pas de doute que nous devions aborder le problème par son aspect métaphysique et théologique, ou, si l’on veut, par l’étude des points vitaux où il touche à la vérité et au mensonge. Si graves qu’elles soient, les questions de pureté et de luxure ne viennent qu’ensuite : car les péchés les plus honteux seront pardonnés et effacés si nous avons une vérité qui sauve. Mais qu’en sera-t-il si, pour reprendre la parole évangélique, notre œil même, au lieu de contempler la vérité, est plongé dans les ténèbres.

Le rapport entre l’aspect métaphysique et l’aspect moral de notre sujet peut encore s’énoncer comme suit. S’il y a un vêtement surnaturellement chrétien, il appartiendra à l’Eglise  de prendre conscience de ce don et d’en tracer les contours. L’habillement des chrétiens sera donné dans la grâce, grâce qui peut s’expliciter au moyen de principes très stricts et très peu sujets au changement. On nous accuserait alors à tort d’un certain légalisme ou archaïsme désuet ? La vie avec son immense souplesse, sa variété, ses mutations, ne s’épanouit que par des principes stricts ; la danse la plus harmonieuse est aussi la plus strictement harmonieuse est aussi la plus strictement fixée dans sa structure mathématique. Si au contraire il n’y pas de vêtement pour Christ, alors le chrétien se vêtira selon le monde, il ne connaîtra, comme nous le disions plus haut, que l’habit civil : car même sous un uniforme militaire, rien ne manifestera qu’il appartient à la milice du Christ. Dès lors l’Eglise n’interviendra pour régenter le vêtement qu’en se plaçant au point de vue morale individualiste. Bien qu’il lui soit aisé dès lors de tolérer tous les relâchements, sa position sera toujours celle d’une morale qui ajoute ou retranche à un donné purement naturel. Il faut associer métaphysique, grâce, et rigueur d’une part, morale, loi et relâchement, de l’autre : en cela nous sommes pleinement dans l’esprit des antithèses de l’épître de S. Paul aux Romains.

Le vêtement donné par le Christ à l’Eglise existe, tant est que ce vêtement existe, satisfera par-dessus le marché aux exigences de la morale chrétienne. Donné par grâce, reçu dans la vérité, le vêtement chrétien accomplira surabondamment la loi que nous avons laissée de côté. Il répondra aux exigences de la morale, sans l’avoir cherché, parce qu’il sera métaphysiquement vrai. Mais avant de songer à définir ce vêtement, il faut poser la question de son existence même.

I. Première question…Y a-t-il un vêtement chrétien ?

Notre question, au sens thomiste de ce mot est clairement délimitée. Y a-t-il un vêtement chrétien ?

Objections.

Selon le schéma thomiste encore, commençons par formuler les objections : il semble que non, car…

1.- Premièrement, il y a un vêtement monastique qui exprime que l’âme a embrassé les conseils d’obéissance, de pauvreté, et de chasteté. Donc pour les catholiques qui suivent la voie des préceptes et pour les protestants qui repoussent la distinction des préceptes et des conseils, il n’y pas d’autres vêtements que ceux de la société civile.

Poussons cette objection. N’y a-t-il pas dans l’enseignement de Charmes une confusion constante entre les préceptes et les conseils, en sorte que l’on inviterait  tous les fidèles baptisés à suivre une voie trop étroite ? Un catholique dirait que l’on paie ici la rançon des négations de la Réforme. De même que, après avoir nié avec force le purgatoire, pour ne laisser subsister que la dualité ciel et enfer, certains protestants en viennent aujourd’hui à n’avoir plus pour leurs morts qu’un purgatoire sans ciel ni enfer mais prélude de quelques restauration universelle des êtres, de même à Charmes, après avoir rejeté la vie monastique, n’en vient-on pas à demander que tous les fidèles s’enferment moralement dans une sorte de couvent sans murs ni grilles ? Les habitants de ce couvent se reconnaîtraient à leur habit. Mais cette conception de la vie chrétienne est à rejeter comme absurde aux yeux de tous : protestants, qui n’admettent qu’une forme de vie, la vie civile, et catholiques qui en admettent deux mais réservent l’uniforme pour la vie religieuse. Donc il n’y a pas de vêtement chrétien.

2.- Deuxième objection.-  Le vêtement se réfère au groupe social auquel on appartient : métier, administration, armée, etc. Les fidèles vont donc se classer dans la société selon les normes valables pour tous ? Nous le disions nous-mêmes : on reconnaîtra à sa tenue le menuisier ou le forgeron. Mais peut-on sans absurdité poser sur le même rang, à côté des groupes menuisier, forgeron, ou encore soldat, marin, employé de chemin de fer, employé du gaz, un groupe de chrétien dont les membres ne seraient ni menuisier, ni employé du gaz ni quoique ce soit de ce genre ? Ne sommes-nous pas sur deux plans différents ? Nous vivons au milieu du monde. Jésus n’a pas prié que nous en fussions retirés. Si je suis, mettons, un employé du chemin de fer et un chrétien, ou un professeur au collège de jeunes-filles d’Avignon et une chrétienne, je me vêtirai en employé de chemin de fer, ou en professeur de collège et non en chrétien ou en chrétienne. Par mon habillement je ressemblerai aux autres employés ou aux autres professeurs : mais les chrétiens, répartis pour les nécessités de la vie, entre les différents groupes sociaux ne sauraient avoir, pour leurs vêtements, de commune mesure entre eux.

Il en est encore ainsi quand l’on considère la hiérarchie moderne fondée sur l’argent. Chacun n’a-t-il pas le devoir de se tenir au niveau de ses pairs ? Les milieux grands bourgeois, bourgeois moyens, petits bourgeois, et non bourgeois envieux et imitateurs de la bourgeoisie ont chacun leurs manières de se vêtir, leurs signes distinctifs. Les chrétiens se répartissent entre ces divers étages sociaux : à chaque étage, uniformité ; mais pas d’uniformité si l’on fait une coupe verticale reliant les chrétiens des divers étages : du moins pas d’uniformité autre que celle vers laquelle tend la société elle-même pour l’emploi des ersatz (de faux bijoux à tel étage correspondant aux diamants de l’étage supérieur et par la généralisation de procédés mécaniques d’imitation (une fille de la campagne ira tout simplement sans corsage parce que la grande dame se décollette dans des robes de grand prix).

3.- Pour la loyauté du débat, nous citerons une troisième objection bien qu’elle risque d’anticiper sur la conclusion par une sorte de pétition de principe. Du moment que mon vêtement satisfait aux exigences de la morale, dira-t-on, peu importe le reste. Je puis donc suivre l’usage de mon temps et de mon milieu, quitte à avoir une conduite morale. C’est l’argument de ceux qui se retourneront contre  le théologien ou le moraliste en disant : « Vous voyez du mal là où il n’y en a pas ». C’est en somme la réponse de Dorine à Tartuffe.

4.-  L’objection aura plus de force si nous la formulons comme une fin de non-recevoir opposée  au légalisme. Sous la grâce tout est permis. Pourquoi dirait-on encore : ne prends pas ! Ne  touche pas ceci ou cela ! Ne jouissons-nous pas de la sainte liberté des enfants de Dieu ? Sous cette forme, l’objectant ne cherche pas à prouver que sa tenue est moralement justifiée, mais il se réclame d’une morale de l’intention qui restant pure, justifie n’importe quelle attitude concrète. Puisque tout est permis, je puis suivre sans danger les indications de mon milieu social. N’ai-je pas un fondement théologique, une théologie de la grâce pour justifier ma liberté ? Telle serait, semble-t-il, la position des jeunes générations de pasteurs néo-barthiens. Envisager pour eux-mêmes, leur femme, ou leurs enfants, certaines disciplines, leur apparaît un dangereux retour du salut par les œuvres.

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Sed contra

Le sed contra, c’est à dire l’argument décisif en face des objections, se tire pour nous du Baptême. Le sacrement comporte de toute évidence un symbolisme de nudité. Le fait est attesté historiquement. Une nudité effective du néophyte pour l’acte lui-même du baptême se pratiquait au IVéme siècle, au témoignage d’un grand nombre d’auteurs. Nudité complète en certains endroits, nudité symbolique en d’autres quand, selon St. Jean-Chrysostome, les élus conservent une tunique. « Outre l’immersion qui rendait nécessaire ce dépouillement, écrit Mgr. Bareille, il y avait la raison empruntée au symbolisme : l’élu dans sa nudité, rappelait Adam, il rappelait aussi le Nouvel Adam, le Christ sur la croix ». (Dict, de Théologie cath.T II col. 214).  Si notre mémoire ne nous trompe pas, il nous semble avoir lu sous la plume de Mgr. Duchesne mais la référence nous échappe, que les chrétiens de Rome insistaient sur la nudité complète, particulièrement en ce qui concernait les bijoux et ornements qui pouvaient conserver en eux des influences démoniaques.

Dans le mouvement de Réveil nous avons tout naturellement retrouvé ce symbolisme. Soit légitime prudence, soit manque de hardiesse, nous ne sommes pas retournés à la totale nudité baptismale, dont un texte ancien dit que nous n’avons pas à rougir puisque « là renaît l’innocence d’Adam et Eve et que plutôt que d’y perdre, on y reçoit une tunique ». (Dict.de théol. catho.T II col. 214). Mais l’immersion requiert toujours le dépouillement des habits usuels, et le vêtement d’une robe, d’une tunique ou d’un vêtement nouveau, avec quelque discrétion qu’il soit effectué. Nécessité pratique qui comme M. Bareille répond à un symbolisme qu’il faut serrer de près.

Sur ce point le professeur Peterson est excellent et on ne peut que le citer longuement :

«  Qui prend le vêtement du baptême dépouille le vêtement qu’il a porté depuis la chute. Le vêtement fait de feuilles du figuier stérile... le vêtement aux couleurs de la vanité, le vêtement de la tentation et de la concupiscence, « la chaleur et l’humidité », le vêtement « à la mode » et l’habit « bourgeois »- tous ces  habillements « crasseux », nous les dépouillons lorsque nous venons au baptême. Dépouillé et nu et qui meurt nu tout comme la nature déchue, « et qui née nue et qui meurt nue », nous entrons dans la cuve baptismale afin de recevoir, après le mort « mystique » du baptême, le blanc vêtement baptismal, l’habit rayonnant de la gloire, de l’innocence «  et de l’incorruptibilité. » (opuscule cité  p.15-16).  (Les mots que nous avons sauté en l’indiquant par trois points sont : «  les habits en peaux de bêtes mortes qui représentent sensiblement notre mortalité. » nous nous demandons, en effet, si l’on peut, comme le fait Erik Peterson, assimiler les habits de peaux donnés par Dieu, aux ceintures de feuilles de figuier que se firent Adam et Eve ? Ne seraient-ils pas un type du vêtement baptismal remplaçant le vêtement du monde ? Réserve sans importance et qui n’enlève rien à la valeur de cette page).

Ainsi la nudité du Baptême n’est pas seulement un rappel plus ou moins vague de la nudité d’Adam avant la chute, ou de celle du Christ lui-même sur la croix. Comme cette dernière faisait partie intégrante du sacrifice rédempteur, de même la nudité du néophyte est partie intégrante de la mort physique qui l’identifie à Christ. Il nous suffit ici de renvoyer à ce que nous avons écrit ailleurs sur la doctrine Paulinienne du Baptême, telle qu’elle ressort notamment de l’épître aux Colossiens. Le sacrement est circoncision de l’être, dépouillement du corps de la chair. Le catéchumène se remet entièrement et complètement entre les mains de Dieu, il est identifié au Christ sur la croix Dans l’instant du baptême, il ne possède plus rien, pas même son corps, plus rien pourrait-on dire en langage mystique, que la fine pointe de son âme, autrement dit sa foi en l’amour, au pardon de Dieu. C’est cet être qui a tout quitté, qui n’est plus qu’acte de foi pure qui va recevoir la Puissance du Nom de la Sainte-Trinité, point départ d’une vie nouvelle postérieure à la Croix : « J’ai été (effectivement, réellement dans le Baptême) crucifié avec le Christ. » (Galates 2/20).

Le baptisé sort de l’eau : il n’est pas envolé au ciel ; il revient sur le terre par une nouvelle naissance d’eau et d’Esprit ; il entre dans l’Eglise militante pour servir le Christ ; il entre dans l’Eglise militante pour servir le Christ. La première chose qu’il reçoit en cet instant, c’est son corps, purifié de toute souillure, quoique siège de la concupiscence qui ne s’éteint jamais ici-bas. Mais l’efficacité du pardon est telle que cette nudité du corps rené est sans honte.

A corps nouveau, vêtement nouveau. Dans les textes du IVème siècle dont nous avons parlé, est attesté au sortir de la piscine, une onction d’huile après laquelle le baptisé revêtait des vêtements blancs, « symbole de l’innocence requise et de la pureté de l’âme. » (G. Bareille), qu’il portait jusqu’au dimanche suivant selon S. Ambroise. Le symbolisme s’est conservé dans le bonnet blanc que les catholiques mettent aux petits enfants des baptisés.

 

Conclusion

Cette considération du baptême décide de la question du vêtement chrétien. Quelle que soit la valeur des objections proposées qu’il nous faudra résoudre, nous découvrons qu’il est absolument inadmissible que le chrétien soit vêtu de ses vêtements d’avant le Baptême. Ce serait comme s’il reprenait le vieil homme, comme s’il annulait l’acte accompli. Les vêtements d’avant, les bijoux, les ornements, tout est mort : bien plus, le corps lui-même est mort. Dans cette première résurrection tout renaît aussi : le corps d’abord, et d’autres vêtements appropriés à ce nouveau corps.

Ou nudité ou vêtements nouveaux : D’autres vêtements ? Que non pas forcément. Il y a une alternative : la nudité maintenue ou vêtements nouveaux comme au sortir de l’eau baptismale. Disons pour l’instant le chrétien baptisé ne saurait être vêtu comme le non-baptisé dont il a dépouillé les vêtements, mais qu’il sera ou nu, ou vêtu des vêtements blancs de son initiation, ou de vêtements appropriés mais conservant le symbolisme des vêtements blancs.

La nudité : Examinons la solution de la nudité. Elle ne nous effraie pas par son apparente immoralité. Elle est parfaitement à sa place dans les instants passés dans le Baptistère, avant et après la traversée de la cuve baptismale. Elle est bien posée dans l’Eglise, en vertu du principe que tout est permis, et à ce moment, elle est utile. On doit donc dire qu’une grâce spéciale recouvre à ce moment les néophytes, les assistants, s’il en est, et le clergé qui officie, en sorte que toute action du péché est éteinte. Mais peut-on compter sur une telle grâce dans le retour à la vie des hommes ? De toute évidence non : d’abord parce que cette nudité chrétienne n’est plus utile en dehors du rite même, et que, faire appel à une grâce sans utilité, c’est tenter Dieu (comme, pour le Christ, de se jeter du haut en bas du Temple). Notons que si la nudité même publique, devenait utile, elle serait permise, et bénéficierait de la grâce nécessaire pour éviter tout péché : ce qui s’applique par exemple au chrétien qui doit abandonner son corps entre les mains de ses frères ou de ses sœurs pour des soins que nécessiterait son état physique. Mais, en règle générale, le vêtement répond à des nécessités naturelles et sociales, et nulle utilité n’en justifie la dispense.

En second lieu, l’Eglise est sur la terre au milieu du monde, pour le salut du monde. Or la nudité des chrétiens ; usant de leur liberté, éveille la convoitise de l’homme pécheur qui vit en dehors du Christ. Parlons librement, nous aussi. Si un prêtre prêchait nu, les assistants verraient en lui l’homme charnel, non le serviteur du Christ, car nulle grâce ne recouvre encore leurs yeux. Si la sœur de charité ou la salutiste pénétraient sans vêtement dans les bouges, on verrait en elles la femme nue, non la servante du Seigneur. Question de vérité, non de morale. Les yeux des hommes sont éteints aux réalités spirituelles, ouverts aux seules réalités charnelles. Le chrétien est maintenu dans le corps de la chair afin d’être au niveau de monde pécheur, d’avoir une communication avec lui, comme Christ a revêtu un corps afin d’être au niveau de l’homme pour le sauver. Dans cette position mixte, la nudité , permise et utile dans le rite du baptême, devient une des actions toujours permises certes, mais mortelles pour l’âme à sauver, et dont par conséquent le fidèle s’abstiendra par la rigueur de la charité (on ne dit pas assez d’ordinaire que lorsque St Paul reprend le tout est permis des gnostiques de Corinthe, c’est non pas pour l’affirmer dans sa généralité vague mais pour le limiter par les contraintes de la charité). Pour le rite même du baptême, tel qu’il se pratiquait au IVéme s, les catéchumènes ou la foule n’étaient pas admis dans le Baptistère : ils attendaient dans l’église qu’entre le cortège en blanc.

Il faut serrer les choses de plus en plus près encore. La nudité du baptisé est recouverte de la grâce certes, elle est l’emblème de résurrection. Mais tant que nous serons dans le corps mortel, la nudité à un rapport avec l’ordre du châtiment  et de la peine. Les prophètes, Ezéchiel en particulier ont des images hardies quand ils comparent Israël ou Jérusalem à une femme qui sera mise à nu pour être châtiée. Jésus-Christ est dépouillé de ses vêtements pour les supplices de sa flagellation et de la croix. Par sa nudité, le baptisé confesse qu’il mérite la punition que le Sauveur a portée pour lui, et à laquelle il s’identifie d’une manière qui pour recevoir le nom de « mystique » n’en est pas moins pleinement réelle parce que sacramentelle. Nous parlions d’une nudité qui pourrait requérir la maladie : celle-ci n’est-elle pas aussi de l’ordre de la peine ? Ainsi donc le corps mortel, s’il est nu, exprime  pour le chrétien un double symbolisme : de vie, mais aussi de mort, de pardon mais aussi de punition ; et l’aspect heureux, s’il recouvre et engloutit l’autre, ne le supprime pas : seule la seconde Résurrection, après la mort physique qui veut consommer la mort sacramentelle, fait toutes choses nouvelles au sens plein définitif.

Ainsi nous pressentons que, pour une théologie de la grâce, il y a plus de richesse spirituelle dans les vêtements blancs que dans la nudité du baptisé qui précède leur réception. C’est ce que confirme enfin le fait tout simple que Jésus sur la terre, était vêtu. Marie enfanta son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une crèche. Ce n’est que dans le sacrifice suprême que les soldats romains se partagèrent ses vêtements. Ne pouvons-pas, sans tomber dans les excès d’une imitation littérale de Jésus-Christ, affirmer que son vêtement, comme tout autre aspect de l’incarnation, si humble d’apparence soit-il , est changé de sens pour l’âme fidèle, et qu’il suffit à bannir toute pensée d’une Eglise pratiquant, dans la vie courante, la nudité intégrale à laquelle les premiers siècles n’hésitèrent pas à donner sa place légitime et circonscrite dans le rite baptismale ?

Les vêtements nouveaux : Le chrétien baptisé a rejeté les vêtements du monde, et son corps même. Il a reçu ce dernier tout à nouveau, pour servir Christ sur la terre, et ainsi apparaît un instant une nudité symbolique. De même que l’enfant naît nu puis reçoit les vêtements qui lui ont été préparés, de même dans la nouvelle naissance, le néophyte reçoit des vêtements blancs, avec lesquels il participe pour la première fois à la Sainte-Cène. Premier point essentiel : les vêtements blancs sont donnés. Ils ont été préparés par l’amour de Dieu et par l’amour de l’Eglise. On ne saurait trop insister, puisque c’est la solution de toute la question. Le Chrétien ne prend pas, ne choisit pas ses vêtements à sa guise : il les reçoit. Corollaire d’une théologie de la grâce. Le corps baptisé et les vêtements qui vont le couvrir, qui sont presque partie du corps, sa vraie frontière avec le monde extérieur, sont des dons du Dieu de la grâce.

Deuxième point. Le corps est le même qu’avant, en même temps il est autre. Esclave du péché jusque-là, maintenant instrument et, pour ainsi dire, esclave du Christ. Nous sommes encore dans les évidences de la théologie de la grâce. Le surnaturel enfonce des racines profondes dans la nature. Pour former un corps nouveau, qui va prendre une place comme une pierre vivante dans l’édifice qui est le corps du Christ, le Tout Puissant ne recourt pas au miracle d’une seconde création matérielle qui, au surplus, condamnerait son œuvre et donnerait raison au manichéisme. La Création était bonne. Elle était l’unique création. Dans la Rédemption, elle est reprise, transformée, surnaturalisée. Ainsi en est-t-il du vêtement qui est presque une partie du corps. Son tissu, sa forme même seront pris de ce qui existait avant. Les vêtements blancs sont comme proposés par la nature, puis ils sont choisis par la grâce, élus, marqués d’un sceau surnaturel. Voilà pourquoi le néophyte pourra quitter ses vêtements blancs, une fois les fêtes passées. Il va reprendre ses vêtements civils (en apparence), peut-être les mêmes qu’il portait déjà avant. Comme son être tout entier comme son corps, ces vêtements ordinaires, proposés par la nature seront quelque chose de nouveau. Le germe du surnaturel est en eux. La grâce se les assimilera. Elle éliminera ce qui ne peut passer à son plan ; elle développera, reprises en elle, les semences bonnes que lui fournit l’ordre du crée.

 

Solution des objections

Ayant saisi dans le baptême un principe de vérité, nous résoudrons les objections proposées (1 et 2). Les deux premières objections s’appuyaient sur l’existence de fait d’un vêtement civil dont on ne pourrait s’affranchir, à moins d’un vœu (première objection) que les protestants rejettent en général.

Il importe ici de discerner en quel temps nous sommes. Quand il y avait une chrétienté, tout membre de la société civile était un baptisé, réellement baptisé. Appuyé sur le bras séculier qui proscrivait les hérésies, s’épanouissant dans une éducation d’où tout livre, toute pensée qui ne fussent pas chrétien étaient bannis, le baptême des nouveau-nés constituait une société dont les contours étaient ceux mêmes de l’Eglise. Dès lors, le vêtement chrétien, donné par Dieu et par l’Eglise, était le vêtement de tous. Ce que nous avons appelé habit civil n’était que la différenciation selon les rangs et les métiers d’un même vêtement et les métiers d’un même vêtement chrétien. Le reine Blanche de Castille et son fis étaient vêtus d’abord en chrétien puis secondairement, accessoirement, en chrétien exerçant le métier de reine ou de roi. On en dirait autant du moindre compagnon d’une quelconque corporation de métier.

Au fur et à mesure que l’argent a dissocié et conquis l’ancienne chrétienté, il s’est constitué d’abord dans l’Eglise, puis à côté d’elle, puis autour d’elle et comme l’engloutissant, ce monde moderne que Péguy déclarait radicalement différent de tous les autres mondes qui l’ont précédé, l’antique et le chrétien. Aujourd’hui même si l’on pratique encore un baptême quasi privé de sens dans une telle société, l’Eglise ne subsiste, c’est encore une image et une intuition maîtresse de Péguy, que sous l’aspect d’îlots battus de tous côtés par les flots. Le vêtement civil n’est donc plus repris par l’Eglise pour être posé sur la généralité des hommes après leur baptême. Il est arboré tel quel par le monde moderne qui en reste maître, qui le maintient au niveau de la nature déchue, qui le modifie selon ses caprices, sa sagesse ou sa folie. Ou bien, sans doute faut-il le dire, regardant les choses de prés, que le vêtement des modernes s’explique par le fait qu’ils ont rejeté, qu’ils sont dans l’acte de rejeter le vêtement chrétien. S’ils ont été baptisés, c’est en vue de rejeter le baptême, de le renier par toute leur vie, de se conformer à une aspiration et à une direction fondamentalement non chrétienne, non baptisés, l’inspiration et la direction de l’Argent s’exerçant par les Maîtres qui le détiennent. C’est pourquoi le vêtement des modernes est essentiellement un vêtement non chrétien, le résultat du dévêtement du chrétien devenu moderne, sectateur de l’argent, esclave des maîtres de l ‘argent.

C’est dire que l’Eglise a toute liberté pour reprendre le vêtement que lui présente la nature, non plus celui que lui présentait autrefois la simple nature antique entrant en chrétienté, mais celui que lui présente cette nature pour ainsi dire deux fois déchue qu’est le monde moderne . Elle transformera ce vêtement, elle lui imprimera sa marque, afin qu’il soit premièrement un vêtement chrétien, naturel devenu surnaturel. Ensuite seulement ce vêtement reprendra sa place dans la société et il deviendra le vêtement de ce chrétien qui est aussi employé du chemin de fer, de cette chrétienne qui est aussi professeur du Lycée de jeunes-filles.

La liturgie de l’Eglise Réformée dit avec raison que le Baptême est un vœu : « Confirmez-vous donc sincèrement le vœu de votre Baptême… ? » Il n’en faut pas d’autre pour fonder le vêtement chrétien, vêtement naturel surnaturalisé. Si, à l’intérieur de ce vœu on lui admet d’autres plus stricts, ils contribueront pour leur part à différencier le vêtement chrétien dans son adaptation aux rangs et aux métiers. A côté du vêtement chrétien qui est en même temps celui de tel employé de chemin de fer ou de tel professeur de jeunes filles apparaîtra aussi le vêtement chrétien qui est aussi celui de tel Jésuite ou de tel Dominicain, de telle sœur des pauvres ou de telle Diaconesse de Reuilly.

 

(3 et 4). Les deux dernières objections se résument en une accusation de légalisme. Dans le troisième on avance qu’une théologie du vêtement conduit à légiférer, à instituer un code de lois somptuaires. Qu’on laisse cette théologie et qu’on se contente de veiller à ne commettre rien d’immoral : alors on jouira de la liberté chrétienne, sous-entendu on pourra copier le grand nombre. La dernière objection abandonne la morale même du vêtement, tout est permis dans la grâce, tout le combat chrétien se place dans la zone invisible des intentions cachées du cœur. Le reste n’est que salut par les œuvres.

Il nous plaisait assez de réfuter les deux objections en les acceptant comme paradoxe ? Car, à vrai dire, l’Eglise chrétienne peut-elle se passer de légiférer ? Je sais bien que Karl Barth lui-même exalte la beauté d’une prédication où le pasteur annoncerait la Parole de Dieu devant des bancs vides. Néanmoins il l’annonce à l’heure dite, se soumettant à une loi de ponctualité. Je pense que les jeunes pasteurs néo-barthiens préfèrent malgré tout que les fiancés n’usent pas de leur liberté chrétienne pour venir demander la bénédiction nuptiale, l’un aujourd’hui, l’autre demain. Et, bien théoriquement cela n’eût rien de choquant pour une théologie de la grâce, ils ne se réjouiraient pas pleinement que leur femme allât fumer la cigarette au Champs de Mars à l’heure de servir la soupe ou d’allaiter bébé.

Mais ne nous attardons pas à plaisanter quand il suffit de rétablir quelques évidences. L’Eglise ne cesse de légiférer parce que, tout simplement, il y a selon l’expression  apostolique, une loi de liberté. La charité impose sans cesse des disciplines librement consenties. Elle édicte des refus qui pourront conduire au martyre. Toute tentation du cœur, s’exprime en action, devient réalité dans le corps. La grâce elle-même met sa marque sur la nature : sans quoi y aurait-il encore des sacrements ?

Autrement dit encore, une théologie de la grâce s’épanouira en une morale chrétienne d’œuvres, qui seront, non la cause, mais la conséquence du salut. Œuvres, non pas de la loi, mais de la grâce. Œuvres qui gardent une souplesse, une vitalité sans cesse renaissantes aux sources de la grâce. Le remède au légalisme qui est une sclérose, n’est pas d’ôter à l’homme son cœur humain pour faire de lui un pur invisible, une parole sans corps, mais de vivifier le cœur par la mort et la résurrection du Christ. La théologie de la grâce, sur le plan du vêtement aboutit à un vêtement chrétien visible strict comme la charité, libre comme elle. Que serait une charité sans la vérité ? Et que serait la charité sans un corps ? Si l’on nous conteste les exigences tangibles d’une théologie de la grâce, nous ne voyons absolument pas comment l’on fonderait une morale religieuse quelconque. Il appartiendrait ici à l’objectant de nous prouver le bien-fondé, non seulement pour le vêtement mais dans tous les domaines possibles, d’un christianisme « sans obligation ni sanction » sans bien ni mal, sans ciel ni enfer. Pour nous, nous ne pouvons le suivre dans ce qui nous paraît un glissement au plan du concret de certaines hypothèses imaginaires que l’on est autorisé à proposer pour expliciter la doctrine : par exemple, si je pêchais grossièrement jusqu’à ma mort, pourrais-je au dernier instant être justifié par pure grâce (seul sens du semper peccator semper justus) ? Ou encore : si je prêchais tous les dimanches dans un temple complètement vide, serais-je encore un serviteur de Jésus-Christ ? La réponse à de telles questions est oui. Mais elles ne peuvent évidemment servir à décrire le monde réel dans lequel doit s’insérer la doctrine chrétienne que de telles questions imaginaires aident à élucider.

Force nous est bien de légiférer, de tracer si l’on veut, des lois somptuaires, lois de liberté et de charité de la grâce. Puisque qu’il y a un vêtement chrétien, comment se définit-il concrètement ? Telle est la tâche qui nous attend.

 

II. Description du vêtement chrétien.

En abordant la description du vêtement chrétien, précisons que nous prenons l’ensemble du sujet : parure, ornement du corps aussi bien que habits. C’est à dire que nous incluons dans notre traité les questions que posent les bijoux, les fards, la chevelure : aussi bien les textes du Nouveau-Testament qui donnent un enseignement sur le vêtement prennent en même temps ces sujets connexes (1 Timothée 2, 1 Pierre 3).

Si nous essayons de dégager ce qui fait la caractéristique du vêtement chrétien à travers les âges et à travers la diversité des sociétés, des travaux et des rangs , ce qui est sur le vêtement humain la marque du surnaturel imprimée  par le Baptême, nous devrons analyser d’abord l’idée même du vêtir. Le vêtement chrétien sera d’abord et avant tout un vêtement qui vêt. En second lieu nous aurons à considérer la matière dans laquelle ce vêtement est taillé. Il restera enfin à parler de la distinction du vêtement masculin et du vêtement féminin.

1. Le vêtir

Qu’est-ce que vêtir ou se vêtir ?  C’est envelopper, couvrir, voiler. Mais dira-t-on qu’une potiche emballée dans un paquet de copeaux est vêtue ? Quand vous êtes, selon l’expression populaire, ficelé comme un paquet, vous n’êtes pas vêtu, ou encore vous n’êtes pas bien vêtu. Le vêtement se réfère au vivant ; il est autre chose que l’enveloppe d’un objet inanimé. Même la statue de M. Thiers, que j’ai coudoyée mille fois dans mon enfance à Saint-Germain-en-Laye ne peut être dite vêtue malgré sa lourde redingote de bronze et les tubes de son pantalon. Elle est la statue d’un homme vêtu, et non une statue vêtue. Il faudrait, pour parler du vêtement d’une représentation humaine, que celle-ci ait quelque souplesse, comme une poupée à qui une fillette  enfile de vrais habits.

Le vêtement a donc quelque chose de dégagé, qui l’apparente au corps vivant. En même temps, il couvre celui-ci. Dans une comédie parisienne dont j’ai oublié le titre et l’auteur, un domestique bien stylé et un tantinet philosophe interdisait à une dame l’entrée d’un salon, sous prétexte qu’elle n’était pas habillée. Comme la dame se récriait, étant couverte des pieds à la tête par son costume de ville, notre larbin expliquait : « Madame est vêtue mais elle n’est pas habillée. » L’habit requis, la robe de soirée, eût comporté une large part de vêtement. Subtile distinction où nous regrettons de ne pouvoir suivre notre homme. Si un vêtement dévêt le corps, il n’accomplit plus une de ses fonctions essentielles, dût-on le qualifier de robe du soir ou d’habit de cérémonie. Qui vêt le corps le couvre.

Exigence contradictoire du vêtement : il ne doit pas empaqueter le vivant, mais le dégager au contraire, l’aider à être lui-même : mais il doit aussi le voiler. Contradiction que seul peut lever le vêtement chrétien grâce à la vérité de son symbolisme.

Le vêtement blanc du baptisé, en effet, ne songe nullement à nier la nudité du corps humain. Celle-ci existe avec sa beauté originelle et avec sa déchéance. Privée par la chute du vêtement de grâce qui faisait d’Adam et Eve en Eden un couple « en état de « non nudité » du corps malgré l’absence de vêtement extérieur. »(Peterson), la nudité présente parle de faiblesse, de châtiment et de peine, de mortalité. La vérité de la foi oblige à reconnaître la réalité de cette nudité, comme cela est marqué par l’acte même du Baptême. S’il y a ensuite le vêtement blanc, c’est parce qu’il a la grâce du pardon que ce vêtement symbolise : pardon qui va s’épanouir en une vie de sanctification : «  Vous avez revêtu le Christ » (Galates 3/27) et finalement en la vie éternelle dans le corps ressuscité. On peut dire que le vêtement chrétien représente et résume la pardon et la sanctification, et qu’il prophétise le corps ressuscité que chaque fidèle attend de la grâce de Dieu.

Par son orientation vers la Résurrection, le vêtement blanc est comme un second corps : ou plutôt c’est l’être entier, le chrétien revêtu, un nouveau corps, vivant d’une vie déjà surnaturelle. C’est à dire que le vêtement épousera le corps, que, en Christ, l’homme et son vêtement ne feront qu’un, qu’il y aura entre eux une intimité, une convenance, que  ne pouvaient donner ni le monde antique ni le monde moderne. Le vêtement chrétien est à l’extrême opposé de la confection, du tout fait, à l’extrême opposé du déguisement auquel s’assimile trop souvent l’habit que le monde moderne propose aujourd’hui et qui sera laissé demain pour un autre.

L’état normal du chrétien n’est ni une affirmation ni une négation de sa nudité, mais une nudité vêtue sans déguisement, une nudité affirmée et voilée en même temps comme on confesse en même temps le péché et sa rémission, la mortalité et la vie éternelle.

A. La peinture du corps opposée au vêtir.

Le principe de la nudité vêtue, qui est un principe de vérité avant d’être le fondement d’une parénèse, résoud aussitôt la question des fards : toute peinture du corps est une sorte de nudité malicieuse qui se donne et se reprend en même temps ; si le visage ou d’autres parties du corps restent non couverts, qu’ils le restent tels quels, dans leur nudité sincère ; si le corps est vêtu, il est couvert d’un vêtement qui en épouse les contours sans en adhérer à la manière d’une peinture.

La peinture sur l’être humain convient bien comme le symbole de l’ignorance de la grâce et de l’immortalité : il faut embellir le mortel, tirer de lui-même, comme le fard adhère à la peau, une immortalité illusoire. Le fard prétend colmater les fissures par où la vie s’échappe de nous pour s’écouler en sanie [?] cadavéreuse.

B. Les ornements extrinsèques s’opposent au vêtir

L’Eglise de Jésus-Christ oppose une semblable fin de recevoir aux bijoux, aux potiches, à tout ornement extrinsèque, qui plaque sur l’être une matière étrangère, mais ne le vêt pas. Même le fer d’une amure ou d’un casque doit être assez ductile pour épouser les formes du tronc et de la tête. Le corps humain n’est pas un mât de cocagne ou un arbre de Noël, pour y suspendre des anneaux ou des pierres brillantes. Il faudrait adjoindre ici l’analyse des anciens, qui n’est pas le moins du monde périmée, et selon laquelle l’ornement précieux, le gemme ou la perle en particulier, peuvent signifier ou attirer des influences occultes et constituer une sorte de terrain à le rencontre redoutable de la créature, notamment  de la femme, et de l’antique serpent.

 

C. Examen du nudisme du monde moderne

Que le vêtement vête, ce principe résoud définitivement la question du nudisme que nous avons déjà abordée en traitant d’un nudisme intégral qui eût pu être théoriquement possible en Christ. Puisque seul, au fond, le vêtement chrétien mérite pleinement son nom de vêtement, il faut s’attendre à ce que tout vêtement non chrétien contienne un élément de nudisme partiel. Inversement, le nudisme partiel est le signe tangible d’un vêtement non chrétien quelle que soit la profession de foi de celui qui le porte.

L’homme naturel, entendons par là l’homme antique, cherche dans la nudité le paradis perdu. S’il y a, comme nous le croyons, une loi naturelle du vêtement, inaugurée par les vêtements que Dieu donne à Adam après avoir prononcé sa sentence, le dénuement antique est une impatience du salut qu’ils promettent implicitement. La quête de la Rédemption se tourne vers le passé, non vers l’avenir. Nudisme relatif à un état d’enfance de l’humanité et qui cherche à se transcender lui-même dans la beauté. Tout autre est le retour des modernes au nu imité des grecs. Depuis que s’insinue dans la chrétienté l’hérésie dirimante que la seule rédemption c’est l’argent, il est devenu impossible au baptisé de garder son vêtement de grâce : il l’ôtera donc et imitera la libre nudité des Anciens. Mais ce n’est plus la libre nudité des Anciens. Mais ce n’est plus le regret du paradis perdu, c’est la négation du paradis retrouvé en Jésus-Christ. Désormais, puisque tout s’étaye sur une négation de la Résurrection de Jésus-Christ, il faudra chercher en avant, dans un messianisme terrestre quelconque une exaltation capable de remplacer le trésor inestimable. Il faudra donc marcher  dans le sens d’une nudité toujours plus libre, que ne transcende aucune beauté, mais qui s’alourdit au contraire  en une grandissante bassesse. C’est ainsi, pour prendre un exemple, qu’à la nudité des épaules des femmes, héritée des grands seigneurs de l’Ancien régime (ancien mais déjà fortement modernisé au dedans par le nouveau dieu), qui pouvait se déclarer d’une certaine délicatesse et d’une certaine poésie, succède dans la foule actuelle le dévêtement des membres inférieurs : l’animalité de la créature y est  lourdement soulignée.

M. Marcel de Corte, en une pénétrante analyse du nudisme moderne, le rattache à une morale idéologique qui substitue ses systèmes abstraits à la trame concrète des mœurs hérités du passé. « Il n’est aucune réalité qui ait résisté à cet assaut universel, sauf l’homme lui-même, mais à titre d’être qui ne se soumet à aucune obligation, surtout quand elles sont « périmées ». L’homme s’est dépouillé de toutes ses attaches au point de d’aller nu tant corporellement que spirituellement : la pensée nue identifiée à une liberté impossible conçue comme une absence totale de contrainte, et le corps nu. » (incarnation de l’homme, p. 134-135 ). Le philosophe saisit l’acte par lequel l’homme moderne se dépouille d’un trésor de sagesse concrète incarné en une vie moralement équilibré. Pour nous, nous voyons en ce dépouillement le rejet même de la grâce, c’est à dire du pardon et de ses fruits. Par là nous rejoignons ce que  nous disions des fards. Je rejette la grâce de Christ, donc je m’affirme comme non-coupable : voici mon corps, voici ma peau il n’y a rien de mal en moi, je puis me glorifier de ce que je suis séparé du Christ. Point de pardon, donc point de sanctification. Je puis faire ce que je veux et vous seriez mal venu à m’imposer un vêtement. Point de pardon, point de résurrection : mon seul corps, le voici : mon éternité, c’est ma vie actuelle, ma santé, mon muscle ; je ne possède point un autre corps en espérance. Par là, la nudité dissimule les réalités trop évidentes qu’elle prétend nier : le péché, la maladie, et la mort. Nous rejoignons encore M. Marcel de Corte : « Le tranquille étalage d’impudeur où notre temps s’est spécialisé est au fond une réaction qui, provoquant l’étonnement et en suite l’accoutumance, mime une force et un naturel qu’on ne possède plus. L’impudeur est toujours un signe de faiblesse et d’absence de personnalité. Plate et banale, elle n’a que l’apparence de l’audace. Elle est une façade dissimulant un vide intérieur, et, en vérité, elle qui dénude, s’applique à dissimuler. » (Ibid. p 136)

Pour être complet, il faudrait reprendre les vues de M. Ernest Seillière sur la dégradation progressive de l’amour chrétien en amour courtois, puis en amour passionnel. Nous sommes aujourd’hui, semble- t-il, au dernier stade de ce procès, avec la prédication cinématographique d’une rédemption par un amour charnel de plus en plus vide de substance spirituelle quelconque. La nudité du moderne est empreinte de ce reliquat de l’amour chrétien dégradé. La peinture de la Renaissance commence à dénuder les vierges et les saintes femmes. La femme nue qui leur succédera ne saurait être la Venus antique, dans son impudeur primitive que le Beau s’efforce de transcender : elle sera toujours une femme qui se souvient d’avoir été chrétienne, une baptisée dévêtue de grâce, et pour qui le paradis chrétien perdu fait place  à un paradis terrestre érotique.  

D. Compléments à l’analyse du nudisme moderne.

A une condamnation aussi impitoyable du nudisme, on ne manquera pas de demander des nuances. Nous les accordons, pourvu que l’on soit d’accord sur le principe.

Ignorance des foules : Croyez-vous donc, dira-t-on, que la femme toute simple qui va comme tout le monde les jambes nues, la chevelure ébouriffée, les joues et les ongles peints, porte en son cœur  de si noires pensées ? Je ne le crois pas. Les foules modernes sont des troupeaux que mènent des maîtres anonymes et des forces occultes. Ceux qui, patiemment, depuis des siècles, ont miné la foi en la Résurrection dans l’Occident latin, savent où ils vont. La multitude des individus suit, guidée par des motifs tout proches, sans porter le regard plus loin que la commodité, les convenances sociales, l’intérêt mesquin au niveau de la vie quotidienne. Mais l’Eglise, elle, doit savoir comme ses adversaires savent, l’enjeu de la partie. Elle doit savoir aussi que, cette partie, elle l’a perdue ou presque. S’il reste pour elle une possibilité d’ultime résistance et, au-delà, de victoire encore, il faut qu’elle prenne une conscience aiguë du combat. Il faut que les fidèles qui se lèvent pour son salut reconnaissent ce qu’ignore la grande masse et agissent d’après les lumières qu’ils reçoivent, non d’après les ténèbres où l’adversaire se plaît à maintenir ses esclaves.

Situation de l’homme : Vous avez parlé d’une femme toute simple, répartira-t-on : comment donc se fait-il que votre analyse du nudisme semble ne concerner que la femme ? Si le fondement métaphysique que vous posez était réel, l’homme ne serait-il pas le premier atteint ? – Précisons donc ici le rapport de l’homme et de la femme. Le lien qui les unit dans la création divine est tel que la femme exprime d’une manière voyante dans son être le désir qui est dans le cœur de l’homme. L’humanité dont nous avons parlé c’est tout au long l’homme et la femme, le couple où le second terme se tient devant le premier comme une illustration vivement éclairée de l’attitude du premier terme devant Dieu. Point le plus faible du couple, plus porté à un extrémisme qui fait fi de tout équilibre, plus directement en contact par nature avec les puissances sataniques dont elle est comme le médium, la femme manifeste en effet un rejet en général plus outré du vêtement chrétien. Il n’en est que plus urgent que la femme chrétienne, loin de vouloir introduire dans l’Eglise l’imitation du monde, écoute sur ce point l’instruction dans un silence profond du cœur, nécessaire pour comprendre et pour juger en saine raison.

Limites du vêtement : Si votre analyse était vraie, demandera-t-on encore, ne faudrait-il pas voiler le visage comme les Musulmans, les mains mêmes ? Non. C’est une marque de la théologie de la grâce qu’elle laisse dans une certaine imprécision ce qu’on pourrait appeler les frontières ou les extrémités du vêtement chrétien. Il y a, dit Saint Paul, des membres que l’on entoure de plus d’honneur : « nous les traitons avec plus de décence » (1 Cor. 12/23-24 ; Crampon). La tête, les mains, les pieds, expriment la noblesse et l’intelligence de l’homme. Aussi nous présentons-nous à visage découvert et le voile qui couvre le chef se réduit au voile symbolique de la chevelure. C’est pourquoi il y a, au sens chrétien, une très profonde impudeur à couper la chevelure féminine, à la travailler (les peuplades sauvages s’y adonnent), à l’orner. Inversement, Ste Thérèse d’Avila, avec raison, ne voyait nulle impudeur dans la marche pieds-nus. Quant au reste du corps, s’il est normalement couvert, les frontières dont nous parlons peuvent encore varier selon le principe de l’utilité : s’il y a une utilité, que motive ne dernier ressort la charité, qu’on se découvre sans crainte : la grâce alors recouvrira. Sans doute en souvenir de cette sagesse chrétienne, la mode présente-t-elle encore des prétextes à ses dénuements : on étouffe si la poitrine n’est pas découverte, il fait trop chaud pour porter des manches, il n’y a pas de bas de femmes dans le commerce, la chevelure coupée est plus pratique. Prétextes qui se réfutent les uns par les autres, puisque la mode fait adopter tour à tour tout ce qu’elle voudra et ne se soucie pas de ses propres contradictions. Les raisons de la charité sont stables et bonnes. Qu’on ait les bras nus autant que l’on voudra pour les plonger dans la lessive, les jambes nues pour traverser la rivière à gué, et puis après qu’on se recouvre.

Droit du monde à exprimer par le vêtement son rejet de la grâce : Remarquons enfin que, si nous avons parlé non sans une pointe d’ironie de lois scripturaires, il ne saurait être question pour l’Eglise de moraliser un monde qui ne lui appartient plus, si ce n’est dans les ultimes espérances de la résurrection des morts et du salut éternel. Point de prédications moralisantes à des âmes qui ignorent le Christ. La femme moderne, imitant les indigènes de l’Afrique, est demi-nue, peinte, la chevelure travaillée, porteuse de fétiches : qu’elle reste ainsi, à moins que la grâce qui groupe et maintient un Reste de l’Eglise issue des païens ne touche d’abord son cœur. La catéchèse du vêtement n’est pas pour le public. Nous mettons si peu le mal là, où dit-on, il n’est pas que nous acceptons de vivre par la charité en contact constant avec ces demi-nudités et ces silhouettes difformes. S’il est des règles émanant de la nature du vêtement chrétien, elles sont dans l’Eglise et pour l’Eglise.

 

2. La matière du vêtement.

L’état du chrétien, pécheur pardonné, est, disions-nous, celui de la nudité vêtue. L’habit épouse le corps, il est le corps même, souple et vivant, en même temps qu’il le couvre et se distingue de lui. En quoi cet habit sera-t-il fait : c’est le second point de notre analyse concrète.

La matière : Nous ne pensons pas qu’il faille attacher de l’importance, en dehors d’un vœu monastique, au symbolisme qu’Erik Peterson attache au vêtement de peau, qui serait particulièrement un vêtement de pénitence : le vêtement donné par Dieu à Adam, le vêtement de Jean-Baptiste. « C’est pourquoi aussi le vêtement du moine doit être en laine et non en lin » (Peterson, note 15). D’une manière générale le vêtement chrétien est tiré des matières que fournit la nature, toison de brebis, cuir, plantes textiles. Nous aurions plus de peine à accepter les produits dits de remplacement que propose une chimie industrialisée. Sans en faire un tabou, nous verrons en eux une sorte de parallèle du nudisme : destruction par la guerre et le désordre économique des bonnes choses de la création (destruction qui correspond au rejet de la grâce) que l’on remplace par des produits artificiels (correspondant aux fards et à la nudité). Le vêtement chrétien se taillera dans des étoffes authentiques, solides et durables. Il n’est pas une affaire commerciale sous la dépendance de la réclame. Il ne varie pas à chaque souffle du vent. De même que le corps est pour le Seigneur (1 Corinthiens 6/13), le vêtement qui tient de si près au corps est coupé et cousu pour le Seigneur, pour son service, pour une vie qui le glorifie. On sera prêt à en changer si l’obéissance le demande, nulle chose ne devant prendre le rang d’idole, fût-ce la chère vieille robe de chambre de Diderot. Mais on n’en changera pas par caprice. Ce qu’on aura acquis ou reçu en don sera gardé avec soin, comme un instrument précieux de travail, comme un accompagnement d’une vie se déroulant tout entière dans une attitude de respect et de piété (le vœu de votre baptême qui vous oblige à vivre… selon la piété). Il semble que la tunique sans couture de Jésus, pièce maîtresse de son héritage temporel, était un vêtement lié d’une manière personnelle à l’être du Seigneur, choisi par lui, reçu des mains de la Vierge Marie peut-être, gardé avec soin à travers son ministère.

La couleur : L’attention devra se porter en particulier sur la couleur blanche des vêtements de baptême. Non pas que nous fassions une obligation à l’Eglise de se vêtir de blanc : et encore… Nous devons avouer que le pape est enviable de pouvoir porter une robe blanche sans que son vêtement soit pris, comme il le serait pour nous, surtout les hommes, comme un symbole de folie mystique. Mais enfin, l’essentiel est que la blancheur de la robe baptismale signifie pour les habits chrétiens qui vont lui succéder une note générale de simplicité. Ici encore nous ne déguisons pas le corps humain, nous le couvrons. L’acte de nous vêtir a une candeur qu’exprime bien le blanc que ce mot désigne dans sa racine latine (le candidat est celui qui revêt une robe blanche en vue des élections). Comme couleurs, sans faire de loi stricte, car nous entrons ici dans un domaine où beaucoup doit être laissé au goût et à l’appréciation personnels, nous éviterons le bariolé, le multicolore, le voyant, le criard, le coloris tapageur. Outre le blanc (les robes blanches des femmes, le linge, etc.), nous irons aux couleurs unies, reposantes, au gris, au noir, au bleu et au brun discrets. Le noir sera peut-être pour nous, dans la société moderne, le meilleur équivalent du blanc, l’absence de couleur rejoignant ici la simplicité de celle où se fondent toutes les couleurs. Il serait plus juste que les chrétiens prissent le deuil en blanc, couleur de la résurrection ; mais laissons ce regret : que le rabat blanc sur la robe noire du pasteur nous en console, et que nos vêtements noirs, simples et candides, trouvent le moyen de n’être pas funèbres.

Sobriété et pauvreté : Il est important de noter que le vêtement chrétien, solide, résistant, habillant bien, sera en même temps sobre, pauvre même. Rappelons ce que nous disions d’une hiérarchie sociale exprimée par le vêtement, hiérarchie que tend à conditionner l’unique facteur de l’argent. Il serait inadmissible que dans la même Sainte-Cène, le chrétien riche écrasât de sa supériorité inscrite en son habillement le pauvre qui est à son côté. L’idée de service (diaconat) s’applique, avec des variantes, à toute l’Eglise : le pasteur est un serviteur, les fidèles sont des serviteurs autant que les diacres. « Rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres » (Galates 5/13). Ce sont donc des habits de serviteurs qui conviennent à tous les membres de l’Eglise, quelle que soit la place que leur confère l’argent dans la hiérarchie sociale « où les chefs des nations les tyrannisent et où les grands les dominent » (Marc 18/42). La détestable habitude d’une certaine bourgeoisie de se parer au sein même de la communauté chrétienne des modes de son « rang » ne fait qu’inciter le peuple chrétien à l’envie jalouse qui imite d’une façon dix fois plus grossière ce qui, à l’origine, n’était déjà pas bien recommandable quant au goût ou à l’esthétique.

Beauté et aisance : Habits simples, habits de serviteurs : pris dans la vérité des choses, le vêtement chrétien n’en aura pas moins sa beauté ; il sera même le seul vêtement réellement beau, parce que son art sans mensonge plonge dans la réalité même. Au sein du monde moderne où une hallucinante propagande exerce sans cesse par l’ouïe et par la vue la puissance de sa suggestion, le vêtement chrétien oppose son tranquille non-possumus à toutes les laideurs d’une mode servile. L’Eglise, l’Eglise militante, l’Eglise persévérante dans la débâcle de la chrétienté peut avoir perdu le nombre, la foule. Des étrangers lui ont pris ses brebis et, les flattant et les aveuglant, les conduisent par troupes entières à la perdition, dans l’illusion d’une fausse liberté, sous une férule dorée maniée avec habileté… Il nous souvient d’un film américain que nous vîmes en Avignon pendant la drôle de guerre. Pour faire affront au jeune Hercule qui deviendra le champion du monde, des gangsters du ring lui ont coupé ses pantalons à hauteur du genou. Il est, je crois, garçon d’hôtel à ce moment ; il va et vient au milieu de ces seigneurs, montrant aux spectateurs, comme à la « vedette » apitoyée, les supports de ses chaussettes. Ce sont aussi, en dernière analyse, des sortes de gangsters qui ont coupé les jupes de nos chrétiennes baptisées ; qui les ont privées de bas, ont passé leur tête dans des appareils plus ou moins apocalyptiques et les ont relâchées, ridicules et contentes, dociles à toute parole qu’ils prononceront, à toute image qu’ils projetteront ou imprimeront. L’Eglise, infiniment réduite en nombre, « sur le rocher assise », menacée de complète disparition dans une persécution par séduction que Bossuet avait su pressentir, plus habile et plus efficace que celle des Domitien et des Dèce, ne leur jettera pas la pierre. Mais tant qu’il restera un homme chrétien pour enseigner la Parole de Dieu et pour dresser l’image de la Croix du Christ, tant qu’il restera une femme chrétienne pour écouter, il restera un fief imprenable : au sortir du Baptême l’Eglise ne donnera jamais d’autre vêtement que l’habit « rayonnant de la gloire, de l’innocence et de l’incorruptibilité » (Peterson, p. 16, rapportant les formules traditionnelles).

L’Eglise est gardienne de valeurs esthétiques, en même temps que de valeurs morales et métaphysiques. Elle a exprimé les valeurs de beauté qui lui sont chères dans le peuple des statues qui se pressent autour des cathédrales : statues vêtues, dirons-nous, contrairement au pauvre M. Thiers de bronze que nous avons qualifié de statue d’un homme vêtu. Mais il y a tant de grâce, tant d’aisance dans ces « pierres qui crient » la gloire de Dieu, qu’il semble que l’on puisse discerner en elles, dans l’homogénéité de la matière, le corps et l’étoffe qui le vêt. Qu’aujourd’hui les fidèles soient ce peuple de statues belles. Pour cela il importe que le vêtement chrétien ne soit pas plaqué du dehors sur l’être : et ceci s’applique aussi bien à l’habit monastique, au vêtement liturgique, à l’uniforme de la salutiste ou de la diaconesse, qu’au simple habit de tout le monde et de tous les jours. L’Eglise dans le monde aura la beauté qui convient à une société d’êtres vivant dans l’harmonie au niveau des réalités de la vie quotidienne. Le vêtement s’y diversifie selon les personnes et les services. Que chaque personne soit vraiment elle-même, au plus profond du cœur devant Dieu, et dans le corps vêtu qui est l’expression de l’être. S’il y a des principes communs qui distinguent le vêtement chrétien et le constituent comme tel, ces principes se sauraient comporter l’étouffement de la personnalité. Engoncé dans un habit qui vous est imposé par contrainte, vous êtes empaqueté, vous n’êtes pas vêtu. Prenant ses éléments au-dehors, le vrai vêtement en définitive vient du cœur, qui s’assimile ces éléments au point qu’ils deviennent partie intégrale de l’être, un peu comme la nutrition assimile au corps même les substances qui lui conviennent. Rien ne serait plus contraire au vêtement chrétien qu’une mode pieuse, une imitation servile des autres sous prétexte de piété. Ce qu’il y a d’unique dans le vêtement chrétien se manifestera dans l’ensemble de l’Eglise par une tonalité générale, une orientation spirituelle, une atmosphère au sein de laquelle chaque plante humaine respire librement, portant ses fleurs et ses fruits. Le corps vêtu tout entier participe alors de la même grâce que ses extrémités nobles, visages, mains (pieds chez les déchaux) : tout exprime la personne spirituelle dans l’aisance de son être pénétré de la grâce.

 

3. Vêtement masculin et vêtement féminin.

Disons encore quelques mots de la situation respective de l’homme et de la femme en présence du vêtement.

Deux principes nous semblent ici dominer : l’un, que le corps de la femme n’est pas tellement différent du corps de l’homme : n’est-elle pas une aide semblable à lui ? donc que le vêtement masculin et le vêtement féminin auront normalement de grandes ressemblances ; l’autre, qu’une distinction doit être maintenue, la parole « il n’y a plus ni homme ni femme » (Galates 3/28) ne signifie pas que la différence de l’homme et de la femme serait abolie, mais signifiant que cette différence n’est pas de nature à priver cette dernière de l’accès au salut ouvert à tous par la Croix.

M. de Corte parle d’une « masculinisation » de la femme (p. 136). Cela est sensible, certes, dans la chevelure courte, la pratique des sports, certaines excentricités. A notre sens cependant, l’ère moderne accentue plus que de raison, dans le vêtement, l’opposition de l’homme et de la femme. Peut-être faut-il dire que plus cette dernière s’efforce d’imiter l’homme d’une manière extérieure, plus lourdement elle souligne les différences de son sexe. Si ridicule que notre opinion puisse paraître aujourd’hui, il est difficile de nous convaincre que la première venue du Christ ne correspond pas à un temps et à un lieu privilégiés qui gardent quelque chose de normatif. Là où l’on voit du périmé et du désuet, nous aurions tendance à voir des normes, qui, sans faire partie de la Révélation, lui ont été assez étroitement associées pour qu’on ne puisse pas s’en écarter sans dommage. N’est-ce pas ce qu’ont pressenti dans leur vêture les ordres monastiques, n’est-ce pas ce qu’a voulu conserver le clergé catholique dans ses vêtements sacerdotaux et dans ses pompes ? Mais ici, la charité nous invite à vivre avec notre temps et la raison même à prendre la nature telle qu’elle est à portée de notre main, pour lui imprimer la marque du surnaturel. Cessons donc de regretter encore la robe ou la tunique portée par les hommes (nos pardessus d’hier en gardent seuls une vague ressemblance). Cessons, puisque nous sommes devenus plus mobiles que les Anciens, plus semblables aussi à leurs esclaves dans nos occupations, et que nous devons donner à nos jambes la même liberté qu’aux bras, cessons de gémir sur notre tenue de sans culottes et admettons les tuyaux de pantalons qui imitent vaguement la robe réduite au calibres des tibias. Ici encore, les bottes des chasseurs ou des militaires et les bas des cyclistes nous consoleront un peu… Toute rêverie mise à part, nous dirons que le vêtement chrétien tendra à maintenir une certaine ressemblance entre les hommes et les femmes, il bannira les différences si apparentes dans le monde. Les caractères de vérité, de simplicité, de sobriété que nous lui avons reconnus revêtiront toute l’Eglise, une certaine tonalité sera uniforme, à l’arrière-plan de toutes les diversités, comme cela ressort des estampes représentant les assemblées de nos Huguenots.

Quant à la différence nécessaire, elle porte essentiellement sur la chevelure de la femme et sur le voile qui couvre sa tête.

Il nous paraîtrait insoutenable que la parole donnée par l’apôtre sur ces matières (1 Corinthiens 11) puisse être périmée. Sentimentalement certes, nous nous représenterons toujours les vrais messieurs et les vraies dames comme notre papa et notre maman quand nous étions petits, et pour nous qui avons eu des mamans vêtues de jupes et de robes, celles-ci restent le vêtement féminin par excellence. En vérité, il peut y avoir des changements en ce domaine qui n’affectent rien d’essentiel. Le vêtement d’homme de Jeanne d’Arc ne semble enfreindre aucune loi divine : il lui était permis, étant utile à sa vocation de guerrière. Mais, en Christ, la tête a quelque chose de particulièrement sacré. Il y a sans doute moins d’impudicité pour une femme moderne qui serait obligée de faire le dur métier de soldat ou d’ouvrier, à porter le pantalon masculin, qu’à couper sa chevelure. Reste à savoir si l’astreinte à de telles fonctions dans le corps social n’est pas une atteinte grave à la maternité, et si la robe féminine, qui n’exclut pas devant Dieu la robe masculine, la robe étant le vêtement naturel et normal de l’un et de l’autre sexe, n’est pas d’une nécessité plus impérieuse pour voiler des entrailles qui portent leur fruit (je ne sais si vous êtes sensibles à l’impression particulièrement choquante que je reçois d’une femme enceinte aux jambes nues : comme si les actes physiologique de la conception ou de l’enfantement étaient lourdement appuyés par cette privation de la robe ?)

 

Conclusion : Caractère moral du vêtement de la grâce

Comme nous l’avions annoncé, il va sans dire que le vêtement chrétien que nous avons défini par des principes théologiques, comme étant donné par la grâce, n’enfreint, bien au contraire, aucune loi morale. Pour la moyenne des fidèles, qui ignorent la position de telles recherches, l’argument tiré de la morale sera toujours suffisant pour amener un sain jugement. Telle tenue est mauvaise dans la mesure où elle met en branle la concupiscence. Si la femme fait voir sa nudité, c’est dans le désir d’attirer des regards qui seront vite impurs. Mais les modernes ont réponse à cela. Ainsi n’est-ce pas un vain détour qui nous a conduits à reprendre les choses à la racine. Notre jugement moral tout simple s’en trouve fortifié par l’appui d’un fondement sûr. Il est possible qu’une certaine discipline héréditaire, ou un sens des convenances, préservent plus longtemps nos milieux bourgeois de catastrophes morales. Plus impunément que le peuple, ils jouent avec le feu. Mais les chutes, tôt ou tard, sont d’autant plus inévitables que l’on a enfreint non pas tant des préceptes de la morale que des vérités qui tiennent profond à la structure des choses, naturelles et surnaturelles. On ne touche jamais impunément au vêtement chrétien, parce qu’on ne touche pas impunément aux sources de la grâce et de la vie. Si nous pouvons, en raison de notre éducation ou de notre foi elle-même, badiner sans dommage avec la nudité de notre propre corps, nous encourons de ce fait à l’égard de ceux qui nous entourent une redoutable responsabilité. Les gens du peuple, les simples, les enfants, recevant de nous comme permise une conduite qui, dans son fond, que nous le voulions ou non, témoigne contre la grâce, et n’ayant pas les mêmes défenses que nous dans leur passé ou leur sensibilité, vont tout droit à l’extrême aboutissant logique de notre implicite métaphysique : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons ». Je me souviens du grondement intérieur que je proférai, il y a une quinzaine d’années en entrant chez un pasteur très aimé dont la femme, grande bourgeoise, avait les bras nus jusqu’à l’épaule et à l’aisselle, selon la mode du temps. Sa nièce, belle personne et bonne protestante, évoluait dans le salon sans que rien ne distinguât le vêtement de l’une ou de l’autre : bourgeoisie, moralité, bon ton, liberté non enchaînée par aucun enseignement de l’Eglise. Pendant que j’écris ces lignes, j’apprends des nouvelles de cette amie, aujourd’hui veuve : dans quelques temps sa fille espère le divorce pour épouser l’homme dont la femme serait l’amante de son actuel mari. Je n’ai pu m’empêcher d’évoquer les anciens bras nus de la pauvre mère, non pas comme la cause de son malheur actuel, mais comme un effet d’une cause plus profonde : l’absence de la rigueur de Jésus-Christ dans l’éducation de l’enfant, aux yeux de laquelle elle a été pleinement voilée par un réseau de convenances et de moralités bourgeoises. A la rigueur d’un strict christianisme de la grâce, on substitue en fait un légalisme changeant de convenances passagères où l’essentiel est de ne pas déroger aux yeux des riches : aujourd’hui les bras nus, demain les jambes. Aujourd’hui un toupet ici, demain une boucle là. Aujourd’hui telle étoffe, telle chaussure ou tel sac à mains, demain tel autre brimborion. Il n’appartient pas à la femme baptisée d’être le pantin dont on tire ainsi les ficelles. Il n’appartient pas à l’homme chrétien de donner asile à ces choses en son cœur ni dans l’Eglise.

 

III. Esquisse d’une casuistique (application aux cas pratiques).

Notre étude se termine par une application pratique.

Pour la grande majorité des êtres, l’Eglise n’a pas à aborder la question du vêtement, nous l’avons dit, pour la raison que, aujourd’hui la grande majorité des êtres n’appartient pas à l’Eglise. Dieu a laissé à la chrétienté issue des Païens la redoutable liberté de rejeter la grâce, et elle en a usé, selon la prophétie apostolique : « Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains ; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles (les Juifs), il ne t’épargnera pas non plus » (Romains 11/20-21). L’Eglise, comme autrefois Jérémie, assiste en larmes à la ruine des peuples de l’Occident. Comment convaincrait-elle de se vêtir pour Christ une génération qui s’est dévêtue du vêtement le plus infiniment précieux : le pardon et la résurrection ?

Catéchèse du « Réveil » : Il n’y a de catéchèse du vêtement que pour les membres de l’Eglise. En ce qui concerne Charmes, je ferai une distinction entre les personnes du « Réveil », qui ont suivi le chemin de l’immersion et de la confirmation (baptême du Saint-Esprit) et celles qui sont entrées dans la Communion par les engagements de l’Eglise Réformée, sur la base du baptême reçu dans la première enfance. Tous ne forment ensemble qu’une seule Eglise : mais les premiers doivent normalement prendre, par l’Esprit, une plus nette conscience des principes de la vie de l’Eglise. Tout ce qui a été dit ici du vêtement chrétien est pour ceux-là. S’ils ne le comprenaient pas, il y aurait entre eux et moi un malentendu sur le sens même du baptême. Quoiqu’il y ait souvent bien à dire sur le vêtement masculin, je bornerai mes remarques pratiques aux problèmes qui se posent à nos sœurs, d’autant plus que c’est en vue de l’œuvre de l’une d’entre elles spécialement que j’ai pris la plume. Pour exposer ce qu’on peut appeler sans nulle intention péjorative une casuistique du vêtement féminin à l’heure actuelle, c’est-à-dire une application des principes au niveau des cas concrets que posent les circonstances, je procèderai par questions et par réponses. Je donnerai chaque fois la solution stricte, quitte à présenter plus loin les atténuations qui conviennent pour des chrétiens plus faibles, au sens où S. Paul emploie ce dernier terme.

 

1. Une femme baptisée peut-elle avoir la chevelure coupée ou donner sa tête à orner aux coiffeurs ?

Non, absolument. La chevelure croissant naturellement, sera coiffée de la manière la plus harmonieuse et la plus heureuse, selon l’être de chacune, et cette coiffure même ne pourrait être changée que pour une raison convaincante.

2. Une femme baptisée portera-t-elle obligatoirement sur la tête un voile, ou un bonnet ?

Cela serait désirable. La charité semble rendre impossible une trop anormale singularité. Il serait bon que chacun pût découvrir, selon ce qui convient à son être, une marque de féminité posée sur la tête dans l’intention scripturaire : résille, ruban, foulard, voile dans certains cas comme l’infirmière, etc.

En tous cas, la femme chrétienne évite de sortir sans se couvrir la tête.

3. Une femme chrétienne suivra-t-elle la mode de plus ou moins loin ?

Non. Elle prendra ce que lui propose la nature et composera son vêtement selon les principes de l’Eglise, et de la manière la plus conforme à sa propre personnalité. Nous avons passé en revue plus haut les caractères du vêtement chrétien : simplicité, couleur, solidité, durabilité, aisance.

4. Les poudres, fards, bijoux, bagues, bracelets, pendants d’oreilles, bref tout ce qui n’a qu’une valeur d’ornement sans utilité doit-il être banni ?

Oui. L’ornementation du vêtement chrétien s’allie à son utilité et rentre dans la simplicité qui caractérise l’ensemble.

Si l’on y tient, on fera une exception pour la croix huguenote, ou tel autre emblème de la Croix. Mais là encore, l’abstention est bonne. La Croix comme ornement a été tellement profanée ! Il vaut mieux l’avoir dans le cœur.

Il va sans dire que l’alliance de mariage a son utilité en Christ.

Sur un autre plan, la montre, le porte-plume, le sac à mains. Rien n’interdit que ces objets personnels soient beaux dans le cadre général : simplicité, solidité, durabilité. L’ornement, l’œuvre d’art, conviennent d’une manière générale, dans le cadre de la demeure. On les suspendra aux murs, on les posera sur les meubles : qu’on n’en encombre pas le corps.

5. Quelle doit être la limite du vêtement ? Doit-on bannir absolument le décolleté des épaules, du dos ou de la poitrine, les bras nus, les jambes nues ?

Oui. Cela découle de ce que nous avons dit du nudisme et importe d’autant plus que le combat est grand sur ce point.

6. Que penser des robes au-dessus du genou ?

Les proscrire. Ce ne sont pas des robes mais des pagnes. Rien n’est plus grossier que l’étalage actuel des cuisses féminines. La robe est un vêtement suffisamment long pour vêtir l’être. Ce n’est que par charité, pour ne pas couper tous les ponts, qu’on ne la laissera pas venir jusqu’aux pieds. Mais, une fois choisie, on ne passera pas son temps à la raccourcir ou à la rallonger selon les modes.

7. Que penser des femmes en pantalon ?

S’il y a une utilité (je pense au ski, par exemple, ou à l’impossibilité de trouver une vraie robe) j’y verrais moins d’empêchement qu’au « pagne » au-dessus du genou ou à la chevelure artificielle.

Ainsi donc, le vêtement chrétien se ramène à quelque chose de très simple et de très net. Si l’enseignement de l’Eglise n’était pas reçu dans les cœurs, aucune force au monde cependant ne pourrait contraindre à le réaliser. La vie chrétienne est toujours un peu l’œuf de Christophe Colomb : simple quand on en connaît le secret, et ce secret, c’est d’écouter l’enseignement de manière à le comprendre par le cœur.

On se heurtera peut-être encore à deux difficultés.

La première est le sentiment du ridicule, de n’être pas comme tout le monde. Il faut le surmonter courageusement. Le « comme tout le monde » est une tyrannie que l’Eglise ne peut tolérer. Elle appelle chacun à être lui-même, membre d’un corps où tous sont en Christ et où s’épanouit la personne. En s’affirmant, la personne chrétienne gagnera vite un respect qui est tout autre chose que l’estime qui s’attache à la servilité devant l’argent, et qui sera d’autant plus profond que les singularités chrétiennes seront affirmées avec toutes les délicatesses de la charité.

La seconde difficulté consiste à trouver les matériaux voulus pour se vêtir (par exemple, on n’a plus de bas, etc.). Ici, outre qu’il est vrai dans une large mesure que vouloir, c’est pouvoir, parce que la volonté ferme rend inventif et perspicace, il faut compter, en dernier ressort, sur un secours surnaturel. Ce que Dieu ordonne, il le donne. La foi est mise à l’épreuve dans les périodes de disette. Le vêtement chrétien doit être compté parmi les nécessités premières que résume la demande du pain quotidien dans le Notre Père.

Niveau des communiants en général : Pour les chrétiens fidèles selon la tradition réformée, il faudra, vu le bas niveau de la société en général, tolérer des atténuations aux exigences énoncées, surtout chez les jeunes femmes ou les jeunes filles, en attendant que des grâces nouvelles se répandent sur les cœurs droits. On peut venir sincèrement à Jésus-Christ sans saisit d’un coup les principes de la vie sous la Croix. Les yeux pourraient continuer de s’ouvrir progressivement, notamment sous l’action d’une prière et d’une charité ferventes en ceux que S. Paul appelait les chrétiens forts.

Le vêtement dans l’éducation : Il ne nous reste plus qu’à envisager ces questions en rapport avec l’éducation. Que dire, en effet, des enfants qui n’ont pas encore entendu l’appel de Jésus-Christ, qui ne sont pas entrés dans la Sainte-Cène et qui grandissent dans nos maisons ? Que dire aussi de la tenue dans les réunions religieuses, qui est un autre aspect du même sujet ?

Le principe qui nous guidera ici est celui de la maison chrétienne. « Il faut que l’évêque dirige bien sa propre maison, et qu’il tienne ses enfants dans la soumission » (I Tim 3/4). Il en est de même de tout père de famille en Christ, avec l’aide du pasteur et de l’Eglise. Le père est le chef responsable de la vie qui se développe sous son toit. Ceux qui habitent dans une maison et bénéficient de tous les biens qu’elle procure sur le plan physique et le plan spirituel doivent accepter de cœur la direction qui guide la maison tout entière. Or un père ne peut pas donner à ses enfants des choses qu’il sait mauvaises. Il discerne pour eux, et, sur ce discernement s’édifie un ordre de défenses et de commandements : « Ne touche pas ce couteau, tu te blesserais. Mange cet aliment, il te fera du bien ». S’il n’y avait pas suffisamment de confiance, de respect et d’amour pour que le familier d’une maison se conformât à de telles prescriptions, il vaudrait mieux qu’il n’y vécût point. De plus, le chef de famille escompte la conversion des enfants que Dieu a placés sous son toit. Quel que soit leur âge, ils sont à ses yeux des catéchumènes. Les pas d’obéissance qu’il leur propose sont donc une préparation à une rencontre décisive avec le Sauveur, comme les actes de justice et de piété du centurion Corneille. Là encore, s’il devait y avoir échec, on aboutirait tôt ou tard à d’inévitables séparations.

C’est dire qu’un père et une mère qui sont en Jésus-Christ, ayant reçu l’enseignement de l’Eglise sur le vêtement, le feront pratiquer à leurs enfants sur la base de confiance affectueuse que nous venons de dire. S’ils sentent des résistances dans leur cœur, - et ce qui trahit la résistance du cœur, c’est la petite désobéissance qui éclate d’un côté tandis qu’on s’efforce d’obéir de l’autre -, ils y verront un appel à toucher le cœur de l’enfant, non pas par une théologie au-dessus de sa portée, mais par une action qui s’appuie sur la foi que l’enfant possède déjà, en même temps que sur la valeur propre de l’obéissance comme témoignage d’amour et de confiance. Il peut se produire des cas où des parents avisés jugeront qu’il y a lieu dans leur propre maison, d’adoucir les exigences de l’Eglise par des tolérances analogues à celles dont nous parlions plus haut. Cela se produirait surtout là où l’on craindrait de brusquer des situations acquises depuis longtemps, l’enfant étant très féru des droits qu’il a pu acquérir dans la maison, et son sentiment de la justice pouvant être heurté par de trop brusques réformes. Ailleurs encore, on envisagera des séparations nécessaires pour laisser plus de liberté à l’enfant qui veut vraiment suivre déjà son propre chemin.

Cas des réunions religieuses : Dans les réunions religieuses (au temple, au presbytère, au catéchisme) le pasteur de Charmes demande qu’on se conforme, autant qu’il est possible, aux exigences chrétiennes, notamment que les dames et les jeunes filles s’abstiennent de paraître la tête découverte ou les jambes nues. La grande objection est que tous les pasteurs n’agissent pas ainsi et que Charmes se singularise. Crime aux yeux des modernes !

Objection fallacieuse cependant si l’on songe que cette exigence est soutenue par le sentiment et la pratique de l’Eglise durant 19 siècles, des doutes n’ayant pu surgir que depuis 1914, et surtout depuis 1939. On dira encore que cette obéissance est toute formaliste, qu’elle n’aura aucun effet dans la vie, sinon d’irriter et d’éloigner peut-être les auditeurs. Mais ceux qu’elle éloignerait témoigneraient ainsi d’une incurable imperméabilité à la grâce, tandis que ceux qui mettent en pratique la demande proposée ont le bénéfice d’un acte de respect, même extérieur, envers le service divin, acte que peuvent suivre d’autres grâces. Il va sans dire que dans ce domaine, il y aura aussi à tolérer des exceptions passagères (personnes non averties, personnes qui ne comprennent pas de quoi il s’agit, individualistes à tout crin désireux de manifester leur liberté).

A la Table-Sainte, il nous semble absolument inadmissible qu’il y ait une manifestation quelconque de nudité ou le rejet de la coiffure, ou même, si je puis m’exprimer ainsi, une tête féminine continuant de passer entre les mains des coiffeurs.

Il va sans dire qu’il en serait tout autrement en pays de mission. Un évangéliste vêtu peut parler devant un auditoire de païens et de païennes nus. Mais dès qu’il y aura Baptême et Cène, il y aura vêtement. Dans nos pays déchristianisés, l’Eglise laisse les modernes dévêtus aller plus ou moins nus aux spectacles qui les intéressent. Mais s’ils viennent encore à elle, il faut au moins qu’ils témoignent ce minimum de repentir de leur apostasie, d’être vêtus, ne serait-ce que pour une heure, dans le respect qui leur reste encore pour la Parole de Dieu. Si ce minimum de déférence disparaît, l’Eglise ne peut plus que garder le silence d’un amour à qui la dureté humaine interdit toute parole.

Application à l’école projetée : Ce long exposé doit permettre de définir en toute lumière la situation d’une école qui s’ouvrirait à Charmes sous les auspices de l’Eglise.

Pour le personnel de l’école, nul doute : s’il n’y a pas d’accord sur cette théologie et ses conséquences, mieux vaut ne pas travailler ensemble.

Pour les enfants, deux solutions sont théoriquement possibles. Il me semblait d’abord que, si l’Ecole était en même temps Maison d’accueil, elle constituait comme une annexe du presbytère ; dès lors on voudrait y voir régner le même ordre que dans ce dernier.

Cette solution est-elle pleinement juste ? Les enfants étant confiés par les parents à la Directrice, non au pasteur, n’est-il pas plus juste que ce soit elle qui définisse les règles à observer ou les atténuations à apporter à ces règles ? Dès lors, la maison (école et accueil) a une plus grande autonomie, elle prend place, en son rang, dans la communion de l’Eglise. Il suffit pour que le cœur du pasteur soit alors en paix que deux conditions soient réalisées : (a) que les règles tracées par la Directrice trouvent un écho en son esprit, lui apparaissent comme la voie qui tienne compte à la fois des exigences de la vérité et de celles d’une charité qui prend les êtres tels qu’ils sont ‘sans vouloir les brusquer. (b) que le pasteur se sente lui-même dans une pleine liberté dans ses rapports avec la maison : par exemple, s’il va voir les élèves ou pensionnaires, ou que l’une d’elles vienne vers lui, ou si elles suivent les Catéchismes, les Cultes, les réunions, qu’il soit entendu qu’elles sont alors vêtues, sans préjuger de ce que la Directrice peut demander également dans le courant de la vie.

 

Charmes, février 1945  

 

N.B. (19 nov. 1951) – Pour notre Ecole, c’est la première des deux solutions ci-dessus qui a été adoptée. Les enfants sont reçus par l’Eglise et invités à se vêtir pendant tout le temps qu’ils passent au milieu de nous.   

 

DOSSIER SUR LE BAPTEME

 

 

 

Consulter également :

- « Nos raisons de pratiquer le baptême des croyants », Esprit et Vie, 1934, 31, p. 271-272.

- Le baptême en vue du Retour de Jésus-Christ, Cuesmes (Belgique), Esprit et Vie, s.d. [1937 ?], 37 p. Brochure reprenant les 3 articles sur le baptême parus la même année dans Esprit & Vie.

 


 


 

 

La doctrine paulinienne du baptême[5]

 

Lu devant les pasteurs du Consistoire de l’Eyrieux à Saint-Sauveur – 28 avril 1942

 

Introduction

La mission de l’apôtre Paul fut de réaliser en notre personne, à nous Païens, le mystère de l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le moyen par lequel il accomplit cette mission fut la prédication de l’Evangile, qu’il avait reçu et appris, non d’un homme, mais par une révélation (ajpokavluyiz Gal 1/12) de Jésus-Christ

Le baptême était-il un élément de cette prédication, ou bien un simple rite surajouté, que l’apôtre tolérait sans y attacher d’importance ? Cette dernière hypothèse s’autoriserait de la parole adressée aux Corinthiens (1, 1/17) : oju gaÆr ajpe;sleilevn me Cristo;" baptizein ajlla; ejnaggelivzesqai. Mais seule une lecture superficielle pourrait donner à penser que Paul méprise le baptême, ou ne s’y intéresse pas personnellement. Au contraire : le baptême est un acte si décisif que, s’il était modifié dans sa teneur, toute l’économie de l’Eglise en serait bouleversée. Le baptême fait partie de l’Evangile de l’apôtre, qui prend appui sur lui pour développer la doctrine de l’unité du Corps de Christ. Ce à quoi s’oppose l’Evangile, ce n’est pas le baptême, mais la fausse philosophie et l’éloquence vaine : soFiva lo;gon. Et ce que Paul évite, c’est d’accomplir lui-même, autant que possible, l’acte baptismal, quoique non d’une manière absolue, puisqu’il a baptisé Crispus et Gaius, et encore la maison de Stéphanas. S’il agit ainsi, c’est peut-être en vertu d’une intention explicite, pour que personne ne se croie baptisé au nom de Paul : ou, en tous cas, il se félicite de ce que ce résultat soit atteint par sa coutume de laisser à d’autres, en règle générale, le soin de célébrer l’acte sacré.

Ainsi donc, le baptême fait partie de la prédication de saint Paul. Il est prêché par lui, et administré, soit par lui, soit sur son ordre. Dès lors, la doctrine paulinienne sur le baptême n’est pas, comme pourront l’être des doctrines ultérieures, une spéculation sur un rite préexistant, mais une partie intrinsèque de la réalité de l’Eglise. Le rite préexistait bien à Paul ; mais, en le saisissant et en le donnant aux Païens, il le pense dans son Evangile, - il n’y pense pas comme à un fragment de l’Evangile d’un autre apôtre. L’objet de notre étude n’est donc en aucune mesure de légitimer ou d’infirmer par des textes des épîtres une doctrine ou une pratique actuelles, mais de saisir, autant que nous le pourrons, la pensée active, et pour ainsi dire créatrice de Paul, en cet aspect de son Evangile. C’est dire que, en concentrant la lumière de notre attention sur le baptême, nous ne pourrons jamais le séparer de l’ensemble de la doctrine paulinienne, qui est la Réalité, ou le Mystère, de l’Eglise.

Les Textes

Enumérons maintenant les textes que nous mettrons au premier plan, sans jamais les découper arbitrairement hors du reste, comme si on enlevait un rond d’étoffe dans un habit ! Pour grouper les textes de premier plan, nous partirons du vocabulaire.

Le verbe baptivzw se trouve, sauf erreur, 79 fois dans le N.T., dont 13 fois dans s. Paul : 2 dans Rom. 6/3 – 6 dans 1 Cor /1 - 1 dans 1 Cor 10/2 – 1 dans 1 Cor 12/13 – 2 dans 1 Cor 12/29 – 1 dans Gal 3/27.

A ces textes, ajoutons-en immédiatement 3 (sur 22 dans le N.T.) où apparaît le substantif neutre bavptisma : Rom 6/4 – Ephés 4/5 – Col 2/12.

Les mots aJpolouvw laver, et loutrovn bain, désignent encore 3 passages à notre attention : 1 Cor 6/11, où se trouve le verbe, - Ephés 5/26, Tite 3/5, où se trouve le substantif.

SFragivzw, sceller, et sFragivß, sceau, de même que Fwtismovß, illumination, sont devenus plus tard des termes techniques pour parler du baptême. Il ne semble pas que s. Paul pense directement à lui quand il emploie ces mots ; nous ferons bien toutefois de ne pas les perdre de vue, ce qui nous donne encore les textes suivants :

pour sFragivzw, Rom 15/28, 2 Cor 1/22, Ephés 1/18,

         sFragivß, 1 Cor 9/2 et 2 Thess 2/19 ;

pour la notion d’illumination, citons seulement :

     Fwtivzw dans Ephés 1/18,

     uiJoi; Fwtovß dans 1 Thess 5/5,

     Fwsth'reß ejn kovsmw/ dans Philipp. 2/15,

     Fw'ß e'n kurivw dans Ephés 5/8.

Nous verrons bientôt s’ouvrir à travers S. Paul de larges routes jalonnées par d’autres expressions caractéristiques, telles que evn Cristw/' ou ajpoqjnh;skw et zavw. Mais sans nous engager pour le moment dans ces routes, restons au centre, et efforçons-nous de classer les matériaux recueillis.

Exposition

Les épîtres de Paul sont des commentaires épars, commandés par les circonstances, sur une prédication que nous n’avons pas. Aussi chercherions-nous en vain un exposé didactique du baptême. Ce qui s’en rapproche le plus, à première vue, c’est le ch. 6 des Romains. L’apôtre rappelle à des chrétiens ce qu’est le baptême qu’ils ont reçu. Ceux-ci désormais, sont, par le baptême, morts au péché et vivant pour Dieu en Jésus-Christ. A cette notion de mort et de vie, nous pouvons rattacher les textes de 1 Cor 6/11, 1 Cor 10/2 et 1 Cor 15/29. Nous aurons ainsi un premier groupe.

Le chapitre 1er de la 1ère aux Corinthiens, qui fait un si grand usage du mot baptivzw est consacré à l’unité de l’Eglise. Celle-ci a donc un rapport spécial avec le baptême. C’est ce qu’indiquent encore des textes comme 1 Cor 12/13, Gal 3/27, Ephés 4/5 et 5/26. Le thème de l’unité de l’Eglise nous permet de former un second groupe de passages.

Nous avons laissé en dehors de ces deux groupes un texte extrêmement dense, où le mot même de baptême n’est prononcé qu’une fois, mais dans lequel la pensée sur le baptême va très loin : c’est Colossiens 2. Le baptême y est mis dans un certain rapport, qu’il s’agira de sonder, avec la circoncision. Il sera bon d’étudier ce passage pour lui-même, car nous y pressentons l’affleurement de la pensée la plus profonde de Paul, et comme une synthèse de nos deux groupes précédents. Nous pouvons joindre à ce chapitre le verset de Tite 3/5, qui fournit, lui aussi, mais sous une forme claire et simple, un résumé de l’enseignement de l’apôtre des Païens.

Après avoir repris ainsi ces 3 groupes de textes, il ne restera plus qu’à relier, de la manière la plus vivante possible, ce que nous aurons compris de la doctrine paulinienne du baptême avec l’ensemble de sa pensée. C’est ce que nous ferons en recherchant le rôle de la foi dans le baptême. Nous nous trouverons ici en présence d’une autre synthèse, je veux dire celle que s. Paul réalise entre ce qu’on pourrait appeler l’élément objectif du baptême, le rite, et l’élément subjectif, la foi, mais que je préfère nommer l’action de Dieu et la soumission de l’homme. Dans cette dernière partie de notre étude, nous reprendrons, autant que besoin sera, l’ensemble de nos textes.

Questions à écarter

Un mot encore avant d’aborder Romains 6 sans imiter les orateurs qui aiment à dire en détail tout ce qu’ils ne diront pas, mentionnons deux ou trois problèmes que nous laisserons délibérément de côté, afin de ne pas nous détourner de l’essentiel.

Par exemple, je ne rappellerai pas les dix ou vingt explications qu’on a données du baptême pour les morts, ni ne chercherai à vous apprendre quelle est la bonne, car je l’ignore. Quelle qu’elle soit, le texte est utile, sans renseignements particuliers sur ce point que la Providence ne nous a pas éclairé.

Autre problème, passionnant celui-là, et qu’on pourrait reprendre à propos des Actes, mais que je n’aborderai pas aujourd’hui : l’acte de baptême dont parle s. Paul dans les épîtres, comporte-t-il seulement un rite, celui qui nécessite l’emploi de l’eau, ou bien deux : l’eau et puis l’imposition des mains pour le don du Saint-Esprit ? Quoi qu’il en soit de la réponse à cette question, et même si les lecteurs de s. Paul ont tous reçu, disons ces deux sacrements, le baptême d’eau peut être suffisamment discerné dans les textes, au moins par la pensée, pour constituer seul notre objet d’étude.

Signalons encore que s. Paul ne semble jamais penser à ce qui pourrait être le revers de son Evangile, ce à quoi les théologiens postérieurs se sont tant attachés : j’entends le sort des non-baptisés, notamment des enfants morts sans baptême. Je ne dis pas que la question soit sans intérêt, mais je ne crois pas que s. Paul y ait jamais songé. On peut déduire de Romains 5 la doctrine augustinienne du salut et de la damnation des nouveau-nés : mais on ne peut pas dire qu’elle s’y trouve comme un élément vivant de la pensée de Paul. Celui-ci était si enthousiasmé par l’Evangile de la grâce qui ouvrait le salut à la multitude des Païens, qui, par conséquent, les tirait de l’enfer où les plongeait un certain judaïsme, qu’il donne à sa prédication un ton toujours positif. Il regarde toujours du côté du soleil. Efforçons-nous aujourd’hui d’être, en cela, ses imitateurs, et abordons notre premier groupe de textes.

 

I. Le baptême, passage de la mort à la vie

La partie doctrinale de l’Epitre aux Romains ressortit à l’apologétique plus qu’à la théologie systématique. S. Paul y défend tout ce qu’il y a de plus essentiel dans son Evangile, c’est-à-dire l’admission des Païens aux privilèges du Corps de Christ. Il en démontre la validité en fondant le salut, non plus sur les œuvres de la Loi mosaïque, mais sur la foi au Christ qui préfigure toute l’Ancienne Alliance. Ainsi dégagé de l’élection en Moïse, le salut déborde infiniment l’Israël empirique et charnel pour envelopper d’abord les Païens, puis, prophétiquement, les Juifs rejetés eux-mêmes.

Le Ch. 6 n’échappe pas, loin de là, à l’intention apologétique de l’œuvre. Il a même un caractère de controverse. L’interlocuteur supposé, dans l’Eglise de Rome destinataire de la lettre, pose la question de savoir si l’Evangile de la foi et de la grâce ne va pas aboutir à un relâchement moral : « Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? » (Rom 6/1). Paul n’est pas ici dans la position du pasteur qui exhorte ses ouailles à se bien conduire. Bien au contraire. C’est lui qui est accusé d’immoralité, et qui doit se défendre contre la sage prudence de l’objectant. C’est sur ces entrefaites que, brusquement, il se tourne vers le baptême pour s’en faire une arme, ou plutôt pour mettre en évidence un principe commun à lui-même et à ses lecteurs.

Le principe commun, c’est que le fidèle baptisé, non seulement ne doit pas pécher, - ce serait une banalité, - mais en un certain sens que nous aurons à préciser tout de suite, ne peut plus pécher : non par une obligation physique, mais par une sorte d’obligation métaphysique, un peu, si vous voulez, au sens du dicton : Noblesse oblige. Car, en vertu de son baptême, il détient un pouvoir extraordinaire de ne plus pécher, il a à sa disposition une source de vie, telle qu’il irait vers une sorte de suicide en ne s’appropriant pas ce qu’il a ainsi reçu. Le baptisé est mort ; étant mort, il n’est plus tenu par ses obligations antérieures, il est libre du péché (v. 7). De condamné à mort qu’il était, - puisque le salaire du péché, c’est la mort, - il est devenu effectivement un mort dans le baptême. Mais comme Christ est mort et ressuscité, le baptisé est sorti de la mort pour réaliser désormais une vie, dont s. Paul parle en des termes qui désignent un présent avançant sans cesse vers le futur et vers le but ultime de la Résurrection corporelle elle-même : « nous avons été ensevelis avec Christ par le baptême… afin que nous marchions en nouveauté de vie, » sens final qui indique une progression dans un présent sans cesse continué : - de même : « nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort » (C’est le baptême, l’acte accompli), « nous le serons aussi par la conformité à sa Résurrection ; » ici le but terminal, la Résurrection corporelle, est annoncé dans un avenir qui couronnera la vie actuelle, non dans un avenir lointain séparé du présent. Enfin : « notre vieil homme a été crucifié avec lui » (encore l’acte du baptême), « afin que le corps de péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché : » toujours le même but qui relie le présent immédiat, la liberté à l’égard du péché, à l’événement du baptême.

Une des dominantes de la personnalité de s. Paul est l’horreur de la mort et la joie de la vie. Avoir la vie, et ne pas vivre, telle serait l’attitude de celui qui pécherait sous la grâce. Il faudrait être un fou pour cela, une sorte de monstre métaphysique. Puisque la vie est le bien suprême et que le baptisé a la vie, il ne péchera pas, parce qu’il ne sera pas assez fou pour retourner dans la mort avec laquelle il en a fini. Tel est le schéma de l’argument du ch. 6, qui lave l’Evangile de Paul du reproche d’immoralisme. Par une solution extraordinaire du problème de la mort, l’apôtre enseigne à se jeter dans les bras du roi des épouvantements, à se laisser étreindre par lui, avec Christ, dans le baptême. Après ? Finie la mort ! Elle n’est plus devant moi ; elle est dans le passé, et, avec elle, le péché qui l’engendre.

Quoique ce passage n’expose pas dogmatiquement le baptême, le fait que Paul s’y réfère comme à une preuve irréfutable de la nouveauté de vie du chrétien, vérité commue des Romains comme de lui-même, montre le sens du baptême. C’est un acte où la grâce de Dieu a opéré. L’homme a été l’objet d’une action dont l’auteur ne peut être que Dieu. L’homme d’avant le baptême (c’est ce que signifie oJ palaio;ß a]nqrwpoß) a été crucifié ; or qui fait mourir et qui fait vivre, sinon Dieu seul ? Qui est, par-delà les causes secondes, l’auteur de la mort de Christ sur la croix, sinon le conseil insondable du Tout-puissant, auquel le Fils a obéi dans l’unité parfaite ? Dans le baptême, l’homme a été livré entre les mains de Dieu.

Que l’homme ait été transformé en autre chose que l’homme, et que par exemple, il ne puisse plus pécher au sens d’une impossibilité physique, il n’en est pas question dans ce texte. Le baptisé peut, autant qu’il le veut dans la foi, ne pas pécher : « Le péché n’aura pas de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce. » Je paraphrase : puisque, par le baptême, vous êtes morts à la Loi comme au péché, pour vivre sous la grâce.

Entrée effective dans l’Alliance de la Loi nouvelle, le baptême donne donc à l’enfant adoptif du Père céleste tous les biens du Royaume de Dieu, pour qu’il en vive désormais. On peut les résumer en trois mots : justification (ou pardon), sanctification et Résurrection corporelle, sans laquelle Paul ne conçoit pas de vie éternelle. Ce sont les deux premiers de ces biens que rappelle le texte de 1 Cor 6/11, où il y a une allusion expresse au baptême. Les impudiques, et autres, n’hériteront pas le Royaume de Dieu. C’est là ce que vous étiez, certains de vous. « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés, au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu. »

C’est une folie pour le baptisé de pécher ; en ce sens, il ne peut pas pécher. Mais cette folie il pourrait la commettre, s’il voulait : et, en un sens, il peut pécher. C’est ce que prouve 1 Cor 10. Là, le texte n’est plus apologétique, mais parénétique. L’exhortation est de fuir l’idolâtrie. Y tomber, ce serait mourir de nouveau. Preuve en soient les Israélites, baptisés en Moïse et en la mer, et dont la plupart ont péri dans le désert. Il ne nous servirait pas à grand chose de développer les allégories que les Pères se sont plu à chercher dans les deux types du baptême que sont la Mer Rouge et la nuée (par exemple : la mort des Egyptiens représentant la mort au péché, et la délivrance des Israélites la vie nouvelle avec Christ). Mais l’intérêt capital de 1 Cor 10 est dans la conséquence redoutable du baptême que ce chapitre souligne. Parce que, effectivement, le baptême rend libre, le baptisé est libre de vivre, mais de mourir aussi, s’il est ce que j’appellerai un fou métaphysique, un ami de la mort. Que le baptisé pèche, en un sens qu’il faudrait aussi préciser, et qui implique évidemment un acte extrêmement grave, il deviendra la proie de Satan beaucoup plus complètement que le non-baptisé.

Notons ici que nous sommes en pleine théorie et que la vie pratique va tracer son chemin entre les deux cas extrêmes que Paul évoque : d’un côté nous avons l’idéal du baptisé qui agirait toujours sous la grâce, allant de perfection en perfection : sainteté bien rare ; - de l’autre côté, cas extrême du baptisé qui se priverait totalement et définitivement de la grâce, et pour qui il n’y aurait plus de salut. La vie réelle du chrétien, avec ses tentations, ses luttes, ses faiblesses, ses arrêts, ses reculs et ses reprises, n’aura pas la simplicité linéaire de la théorie. L’Apôtre se mesurera sans cesse avec les difficultés pratiques de la sanctification, comme nous le voyons dans la partie parénétique des épîtres. Mais, quelles que soient les lenteurs, les faiblesses et les résistances de l’homme, la vérité du baptême demeure : le pardon lui a été donné, effaçant la vie païenne et tout ce qui le séparait de Dieu ; la sanctification lui a été donnée avec la vie nouvelle passée désormais sous le regard du Père ; et la vie éternelle est plus qu’une hypothèse, elle est, à partir du moment où l’on est baptisé, une réalité certaine où l’ancre l’espérance.

Quelle que soit la pratique nommée baptême pour les morts dans 1 Cor 15/29, elle est en tous cas un acte qui atteste sans aucun doute la foi en une Résurrection corporelle. S’il n’en était pas ainsi, l’Apôtre ne l’évoquerait pas à cette place. « Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ? » Au contre-coup, ce texte souligne le bien qu’il y a entre la Résurrection corporelle et le baptême. Ceux qui se faisaient baptiser pour les morts s’enrôlaient sous la bannière de la Résurrection, dans des cas extrêmes, où seule cette dernière donnait un sens à leur action. Ceux qui se font baptiser pour les morts, raisonne Paul, croient sans aucun doute possible à la Résurrection : donc celle-ci est vraie. Mais nous, nous en tirons cet enseignement : puisque, pour avoir part au bien de la Résurrection, (pour eux-mêmes ou pour d’autres, peu importe), ces Corinthiens passaient par le baptême, c’est donc que la Résurrection corporelle est un des biens conférés de toute évidence par le baptême.

Nous pouvons conclure l’étude du premier groupe de textes. Le baptême est-il une doctrine paulinienne, un signe donné par l’Eglise en vue de quelque chose que Dieu fera plus tard ? Sans aucun doute possible, il faut dire : non. Le baptême est, pour S. Paul, un signe donné par Dieu, et qui opère, par la main de Dieu, une identification du croyant au Christ crucifié. Il confère au baptisé la justification, la sanctification et la Résurrection. La coopération établie au baptême entre Dieu et l’homme, entre la grâce et le pécheur, va, après le baptême, s’épanouir en la vie chrétienne et en la Résurrection corporelle elle-même ; à moins que, sorte de mystère d’impiété, que S. Paul ne mentionne que pour en écarter le plus loin possible le spectre, - le baptisé ne préfère la mort à la vie, et ne périsse alors d’une manière d’autant plus totale qu’il est baptisé.

II. Le baptême, clé de l’unité de l’Eglise

On sait que les tout premiers chapitres de l’Epitre aux Corinthiens sont consacrés à la question des partis dans l’Eglise. A peine a-t-il énoncé le problème au ch. 1, v 11-12, que Paul, par un mouvement analogue à celui de Rom. 6, fait appel au baptême de ses interlocuteurs comme à un argument décisif en faveur de la thèse qu’il veut démontrer. La thèse, c’est que l’Eglise est une. Preuve : vous avez été baptisés au nom de Christ qui a été crucifié pour vous, et ce Christ n’est pas divisé. Si vous aviez été baptisés au nom de Paul, alors il serait légitime qu’il y ait un parti de Paul, et comme Paul n’a pas été crucifié pour vous, il serait également légitime qu’il y ait, à côté, un parti de Céphas et un parti d’Apollos.

L’argument repose donc sur la majeure : La Croix de Christ crée l’unité. La mineure est que qui est baptisé est mis en relation personnelle avec la mort de Christ. S. Paul en conclut l’unité du corps, et nous, qui nous intéressons aujourd’hui au baptême, nous en retenons que le baptême, par sa relation avec la Croix de Christ, est un élément constitutif de l’unité de l’Eglise.

Nous trouvons le même enseignement dans 1 Cor 12/13. Ici encore, il s’agit d’un risque de divisions, celles qui pourraient provenir de la diversité des charismes surnaturels. Mais, dit S. Paul, c’est en un seul Esprit que nous avons tous été baptisés en un seul corps ; et il ajoute soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres. Aucune diversité humaine ne saurait exclure de l’unité du Corps de Christ, parce que le baptême les transcende toutes.

L’Apôtre applique directement la même pensée dans Galates 3/27 au problème capital pour lui de l’unité des Païens et des Juifs dans l’Eglise. Tous ceux qui ont été baptisés en (ou au) Christ, ont revêtu Christ ; donc il n’y a plus ni Juifs ni Grecs ; donc vous êtes un en Christ Jésus.

Dans Ephés. 4, il y a un seul corps et un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême : ce qui veut dire : on est baptisé uniquement au nom de Jésus-Christ, donc une seule fois, et non successivement au nom de plusieurs personnes.

Au ch. 5 nous voyons le Seigneur préparer l’Eglise sans tache ni ride en vue de la parousie ; parmi ces taches et ces rides certes, il faut compter les divisions intestines. Mais tout est ôté par le bain de l’eau dans la parole. Il est à remarquer que S. Paul parle non du baptême du croyant, mais du baptême de l’Eglise, tant il est vrai que le baptême est la réalité en laquelle est incluse l’unité de l’Eglise.

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La pensée de l’unité de l’Eglise posée par le baptême nous amène à serrer de plus près un problème exégétique que nous ne saurions entièrement passer sous silence.

Si les Corinthiens avaient été baptisés au nom de Paul, ils eussent été mis avec lui dans une certaine relation qui eût autorisé les partis. Ils ont été mis par le baptême au nom de Christ dans une relation avec Christ qui, elle, exclut la division en partis. Quelle est donc cette relation ? Autrement dit, que signifie l’expression être baptisé au nom de eivß to; ojnovma ?

Pour répondre à cette question nous devons rapprocher les mots eivß to; ojnovma d’autres expressions analogues employées par St Paul. Nous avons :

eijß to; ojnoma Pouvlou, ou tov ejmovn o[noma (1 Cor 1/13-15)

ejn to '/ ojvnovmati to Curiou  jIhsou' Cristou (1 Cor 6/11)

ejn rJhvmati (Ephésiens 5/26)

et puis directement,

eijß Cristovn (Rom 6/3 – Gal 3/27)

eijß to;n Mwu>sh'ß (1 Cor 10/2)

eijß e^^n sw'ma (1 Cor 12/13)

eijß to;n qavnaton (Rom 6/3)

La première hypothèse serait que toutes ces expressions, ou quelques-unes d’entre elles, visent la formule baptismale. Elles exprimeraient que le baptême est donné par l’officiant au nom de Jésus, en vertu de son pouvoir, qui s’exprimerait par les mots : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Sans entrer dans l’analyse du détail je dirai que ce sens me paraît devoir être écarté en tous les cas. Il peut y avoir une allusion à la formule baptismale, ou une réminiscence de cette formule, dans certains de ces textes. Mais il ne semble pas qu’il faille l’interpréter dans le sens d’une procuration donnée à l’officiant. Le baptême établit une relation directe entre le baptisé et Dieu, en Jésus-Christ.

Une autre explication proposée est que être baptisé au nom de Christ, c’est entrer à son égard dans un rapport de dépendance, d’appartenance. Il devient le Seigneur personnel du baptisé.

Paul aurait pu relier les fidèles à sa personne s’il avait prêché quelque philosophie dépouillée de la Croix ; alors les êtres eussent été baptisés, ou eussent pu se croire baptisés, au nom de Paul, même celui-ci employât-il une formule trinitaire. C’est ainsi également que les Israélites, dans la mer Rouge, ont été figurativement baptisés, non au Christ, mais à Moïse, figure de Christ ; ils forment avec Moïse un corps dont Moïse est la tête, et ce n’est sans doute pas presser beaucoup le texte que d’imaginer que pour Paul, ce corps en Moïse, est un « parti », qui devra être réintégré dans l’unité de Christ.

Il y a donc certainement du vrai dans cette hypothèse. Mais elle n’épuise pas le sens des expressions « au nom de Christ » ou « au Christ ». Car nous avons encore le baptême « en la mort de Christ », et le baptême « dans » (ejn et non plus eijß) le nom du Seigneur. Ici le baptême incorpore à une réalité, il unit non plus seulement à la personne historique du Christ, mais à sa personne mystique. Jésus lui-même fut baptisé, dit Marc, eijß to;  jIordavnhn dans le Jourdain. Le sens de eijß peut être très voisin de celui de ejn. De plus baptiser c’est plonger. Certains rapprochements (dans Actes 19 ou dans les Pères) indiquent une équivalence entre être baptisé eijß to; ojnovma et être baptisé eijß Cristovn. Il semble donc que, dans toutes ces expressions, nous avons la pensée que, comme le baptême ensevelit dans l’eau, de même il incorpore dans la mort de Christ, dans son Corps, et par-dessus tout, dans sa personne.

Qui est baptisé revêt Christ, non tant au sens d’un vêtement, qu’au sens, si l’on veut, d’une forme qui informe une matière, d’un milieu qui s’approprie des éléments nouveaux. Il ne faudrait peut-être pas forcer ce sens dans tous les passages, mais il s’y retrouve plus ou moins, sans exclure l’idée d’appartenance et de dépendance du baptisé au Christ Seigneur.

Ainsi l’unité de l’Eglise a sa source dans la puissance qu’a le Christ de s’approprier les êtres par la vertu de la Croix et du baptême, ou, pour parler autrement, dans l’action même de Dieu qui identifie les pécheurs à son Fils crucifié par le moyen du baptême.

III. Le Baptême et la Croix

Ouvrons maintenant l’Epitre aux Colossiens, au ch 2 v. 6 : L’apôtre exhorte ses lecteurs à marcher en Christ, qu’ils ont reçu, sans se laisser détourner par une philosophie et une erreur creuse. En Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité, le plérôme, et en lui vous êtes remplis de toute plénitude. C’est à ce point précis que vient se brancher le baptême :

« en lui vous avez été circoncis, perietmhvqhte, d’une circoncision non faite par la main (sous-entendu : de l’homme) peritomh' ajceiropoih;tw. »

Là, peritomhv ajceiromoivhtoß, c’est le baptême. Il contraste avec la circoncision juive, qui est, elle, ceiropoiktoß faite de main d’homme. Le Juif est circoncis par un ministère humain qui, en le dépouillant de l’incirconcision de sa chair, imprime sur lui un signe prophétique, un signe qui annonce la grâce, mais qui ne la confère pas, car la main de l’homme ne saurait communiquer le don de Dieu. Donc l’officiant qui administre le baptême ne tient pas la place de celui qui opère la circoncision. Le baptême n’est pas un signe donné par la main de l’homme. Le changement de l’ancienne à la nouvelle Loi n’est pas le remplacement du signe du prépuce par le signe de l’eau. Le changement est un changement de ministre ; d’une part l’homme, d’autre part évidemment Dieu, et, par suite, un changement dans la nature du signe, d’une part prophétique et inefficace, d’autre part signe actualisé et efficace.

«  perietmhvqhte vous avez été circoncis ejn th/' ajpekduvsei tou' swvmatoß th' sarkovß, ejn th/' peritomh/' tou' Cristou', dans le dépouillement du corps de la chair, dans la circoncision du Christ. » Ici apparaît la circoncision du Christ. On pourrait comprendre la circoncision instituée par le Christ, ou opérée (en vous) par le Christ. Mais la préposition ejn nous conduit à autre chose : on est baptisé dans le dépouillement du corps de la chair, dans la circoncision du Christ. Il apparaît que la circoncision du Christ, c’est la crucifixion, où il a été dépouillé du corps de chair, pour revêtir, par la Résurrection, le corps glorieux. La circoncision juive se référait prophétiquement à la Croix qui devait être dressée : le baptême plonge le croyant dans cet acte de circoncision opéré par la main de Dieu.

« suntafevnteß aujtw/' ejn tw/' baptivsmati' » ayant été ensevelis (aor 2 passif) avec lui dans le baptême. » Les fidèles ont été ensevelis, au passif : par qui ? Par Dieu. Avec Christ. Ici les montagnes s’ébranlent sous l’action de la grâce, car, que signifie le suntafevnteß auj/tw, sinon que le fidèle est comme transporté dans le tombeau de Christ, qui devient contemporain de son baptême ?

En Christ alors, les baptisés ressuscitent avec lui, par la foi en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité des morts. Et cette sorte de glissement prodigieux qui transporte l’acte du baptême dans la scène même de la Croix, se développe dans les versets suivants : « Vous étiez morts par vos péchés et par l’incirconcision (ajkrobusti;a/), de votre chair. Il vous a rendus à la vie avec Christ : sunexwopoi;hsen suvn aujtw, nous pardonnant tous nos péchés, anéantissant l’acte qui était contre nous par ses ordonnances… »

Il nous a rendus à la vie avec Christ : Quand ? au baptême. Le sunexwopoi;hsen, continue la série des verbes d’union avec Christ commencée au suntafevnteß Mais en même temps qu’il nous a rendus à la vie avec Christ, il a anéanti l’acte qui était contre nous : et cela, c’est à la Croix, où cet acte a été cloué. Et c’est là qu’il a triomphé de toutes les puissances célestes qui pourraient prétendre, à un titre quelconque, à une domination sur nous.

Ainsi donc, nous retrouvons la pensée de l’épître aux Romains, de l’ensevelissement avec Christ, mais dans une fresque beaucoup plus vaste, où vient prendre place l’Ancienne Loi ; puis son abolition à la Croix, et la circoncision nouvelle dans cette Croix. Sur ce plan, la circoncision de Christ s’opère une fois pour toutes sur le Calvaire, mais elle est opérée dans le croyant à son baptême. Chaque baptême actualise le Calvaire et rend un nouvel être humain participant de l’acte que Dieu y a opéré : destruction de la Loi, pardon des péchés, suppression de tous les médiateurs autres que Christ entre Dieu et l’homme.

La pensée de l’Eglise n’est pas absente de ce texte si dense et si lumineux. Elle y est d’abord par contraste avec la circoncision faite de main d’homme, ordonnance légale incapable de fonder une unité véritable. L’alliance mosaïque crée un organisme terrestre, une théocratie (et non une Eglise). Un Etat régi de Dieu par l’intermédiaire de principautés célestes de l’ordre angélique. Dans cet Etat temporel et provisoire, l’individu reçoit un signe, la circoncision, qui ne le sort pas de l’isolement métaphysique où le péché a plongé la créature, mais qui l’oriente vers des biens à venir. Paraît le Christ : en lui vous avez tout le plérôme de la divinité ; et ce plérôme qui est Christ, dans Ephés. 1/23, c’est l’Eglise, h^^tiß ejstivn to ;sw'ma auvtou,' to; plhvrwma tou' ta; pavnta evn pa'sin plhroumenvvou, l’Eglise, qui est son corps, le plérôme de celui qui remplit tout en tous.

Le corps de l’Eglise est désigné encore par tous les verbes à préfixe sun de Colossiens 2 : suntafevnteß, sunhgevrqhte, sunexwopoi;hsen, et par toutes les expressions où la préposition ejn place le croyant, par le baptême, en Christ : « dans » sa circoncision et « dans » sa Résurrection. Par l’union que réalisent entre Christ et le fidèle, la Croix et le pardon, la séculaire barrière tombe : deux cœurs se touchent, deux êtres sont uns ; l’homme pardonné n’est plus seul. Et cet homme, c’est tout homme pardonné, le Païen aussi bien que le Juif, en sorte que la multitude désaxée des créatures se retrouve réinstaurée en un seul Corps dont Christ est la tête et où chacun a sa place dans l’inépuisable pardon.

C’est toute cette admirable doctrine que résume le bref verset de Tite 3/5-6 :

« …. katav tov auvtou' e]leoß e[swsen hJma'ß dia ;loutrou' paliggenesivaß kaiv ajnakainwvsewß pneuvmatoß aJgivou »…. i&na dikaiwqevnteß th/' ejkeinou cavriti klhronovmoi genhqw'men kat j ejlpivda zwh'ß aijwniou.

Le baptême est le bain de la palingenesiva, c’est-à-dire l’acte par lequel nous sommes faits « nés de nouveau » par pure grâce divine, Il donne la justification, et la conséquence en est que nous devenons, par la vertu de l’espérance, héritiers de la vie éternelle, puisque la vie commencée au baptême ne pourrait mourir,- ce qu’à Dieu ne plaise ! – que par une nouvelle et irrémédiable option pour le péché.

Conclusion : Le baptême et la foi

Ayant passé en revue tous nos textes, il me reste à les reprendre dans leur ensemble pour indiquer le rôle dévolu à la foi.

Les textes étudiés, même n’eussions-nous pas les Actes, indiquent que les baptisés ont entendu la prédication de l’apôtre avant leur baptême. Précisément, son office propre n’est pas de baptiser mais de prêcher. Et que prêche-t-il ? Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. La foi est donc formée dans les païens à l’ouïe de la prédication, elle n’est pas une sorte de produit d’un acte extérieur qui serait le baptême, elle est une condition du baptême.

Sautons pour l’instant l’acte même du baptême, et venons à la vie ultérieure du croyant. C’est par la foi qu’il s’approprie chaque jour les grâces de justice, de sanctification et de vie éternelle, qu’il a reçues au baptême. Sans nous engager dans le difficile problème de Romains 7, disons seulement que si le croyant se représente par la pensée que la Loi a encore un pouvoir sur lui (par exemple s’il envisage le projet de se faire circoncire), il retrouvera aussitôt ses craintes du jugement de Dieu, et avec elles, la tentation de la révolte contre Dieu. A plus forte raison, si la foi a comme des déclins passagers ou des éclipses, si elle n’est pas vivifiée par la vigilance, alors le baptisé côtoiera de bien près les précipices, et pourra éprouver d’amères défaites. La vie donnée par le baptême, ne se réalise, elle aussi que par la foi. Le déclin total hors de la foi, l‘apostasie, demeure pour le baptisé comme une redoutable possibilité, figurée par les Israélites qui n’entrèrent pas en possession de la Terre-Sainte. Condition antécédente du baptême, la foi est donc une condition subséquente de sa fécondité spirituelle.

Faut-il donc en conclure que toute notre étude s’écroule, et que la foi suffit sans le baptême ? Celui-ci serait-il réduit à un symbole touchant, expliquant en un langage visible, les vérités auxquelles la foi adhère intérieurement ? Devons-nous rayer de tout ce qui précède le mot baptême et le remplacer par celui de foi ? Et devrons-nous traduire « Vous êtes justifiés par la foi sans les œuvres » par : « vous êtes justifiés par la foi sans le baptême ?» MH; GEvNOITO ! Car sans reprendre tous nos textes, il suffit de rappeler celui de Tite qui dit expressément : « il nous a sauvés non par les œuvres, mais par le baptême… »

Il faut reconnaître l’antithèse et la dominer. Nous sommes sauvés par la foi, donc par une réalité d’ordre intérieur et invisible, éminemment personnelle et incontrôlable. Et nous sommes sauvés par le baptême, donc par une réalité d’ordre extérieur et visible, éminemment sociable et contrôlable. Pourtant les deux choses n’en font qu’une seule. Je ne crois pas être infidèle à la pensée de S. Paul en vous proposant la solution suivante, qui sera aussi ma conclusion :

Je suis un Païen. De toute éternité Dieu m’a aimé, dans la Création et dans son conseil de Rédemption. Mais moi je ne le sais pas, et, en Adam, je n’ai cessé de l’offenser. Mettant le comble à son amour pour moi, Dieu me fait entendre la parole de Paul qui prêche la Croix de Jésus-Christ. La foi naît en moi ; mon cœur et mon esprit s’ouvrent à la révélation de l’amour divin. Je crois, et c’est dans mon être intérieur, volonté et pensée, que vit cette foi. Cependant je suis un homme, j’ai un corps. Mon péché s’est manifesté par des actes de ces membres, par des paroles de cette bouche. Et Christ a pris un corps semblable au mien pour mourir pour moi. Si je crois de tout mon être, ne croirai-je pas aussi avec mon corps ? Ne prendrai-je pas ce corps exorbité de l’ordre divin par le péché, pour le remettre dans l’ordre divin, en le plaçant pour ainsi dire dans la Croix de Christ ? Ainsi donc, ma foi ne sera vraiment foi que lorsqu’elle s’incarnera en un acte de mon corps, qui est non pas le baptême, mais la remise de ce corps entre les mains de Dieu pour recevoir de lui le baptême. Dans l’acte même, ma volonté, librement, se soumettra tout entière à la volonté divine, souverainement manifestée dans la Croix de Christ. Ainsi, dans le baptême que je reçois, ma volonté et la volonté divine se rencontrent en une parfaite réconciliation : le corps baptisé est le lieu où viennent affleurer, dans leur harmonie reconquise, la volonté de Dieu et celle de l’homme. C’est pourquoi, vu sous l’angle humain, le baptême est foi et n’est que foi, sans aucune œuvre ; vu sous l’angle divin, il est plénitude de l’œuvre divine dans la Croix.

Il ne fait aucun doute que pour S. Paul, les 3 mots : foi, justification et baptême, sont à peu près synonymes. La justification par la foi ne saurait être une théorie que l’on apprend et sur laquelle on se repose comme sur une acquisition d’ordre mental ou expérimental. Et le baptême ne saurait être un rite extérieur que l’on accomplit par précepte, comme si l’expression même d’accomplir le baptême n’était pas contradictoire en soi, le baptême ne pouvant qu’être reçu par le pécheur ! La justification par la foi, c’est la foi qui va jusqu’au baptême, comme Christ s’est abaissé jusqu’à la mort, et même la mort de la Croix. Tel est le baptême selon S. Paul : le chef-d’œuvre de Dieu dans la Croix de Christ.

 

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Cahier d’« Etudes sur le baptême » (1942)

Extraits

 

Le 23 mars 1942, les pasteurs Dallière, Courthial, Tartier et Massias se retrouvent à La Voulte pour aborder les questions liées à la remise en question du pédobaptisme.

 

  1. Admission de la validité du baptême des enfants, et inutilité d’une recherche biblique pour en établir la fausseté. Il existe diverses théories bibliques en faveur du baptême des enfants : S. Augustin, Calvin, Méthodisme, Néo-calvinisme. Il n’y a pas lieu d’opposer théorie à théorie sur ce point.
  2. Recherche de l’enseignement apostolique, pensée et intention, en s’aidant de tout le texte biblique.
  3. En évoluant dans le sens du baptême des enfants, l’Eglise a dû garder ce sens et l’adapter à sa nouvelle forme.
  4. Recherche si une adaptation en sens contraire ne peut pas être demandée aujourd’hui à Dieu par l’Eglise :
  1. Circonstances internes de l’Eglise
  2. Situation du monde en dehors de l’Eglise
  1. Si cette évolution est à envisager, il faut étudier :
  1. Le statut des enfants, et plus généralement des catéchumènes
  2. Le signe du témoignage de grâce donné au monde : la Cène dans l’unité de la vérité et de la charité.

 

 

Etude sur la doctrine paulinienne du baptême

 

Art. « Baptême dans la Sainte Ecriture » par J. Bellamy dans le Dict. de Théol. Cath., T. II, col. 167-178.

 

Divers sens du mot dans l’Ecriture.

Lotion ou purification                Marc 7/8, Hébr 9/10

Accablement de maux              Matth 9/22-23, Marc 10/38-39, Luc 12/50

Le rite baptismal de J.B.           Matth 3, Marc 1/4

Le rite baptismal de J.C.           Rom 6/4, Ephes 4/5, Col 2/12, I Pi 3/21

 

Figures et prophéties

Figures : six sont certaines

            1° Le déluge et l’arche I Pierre 3/20-21

            2° La nuée 1 Cor 10/2 (la nuée illumine comme le bapt. Illumine l’âme.

     Elle garantit du soleil pdt le j. Le bapt. éteint les feux de la concupiscence)

            3° Le passage de la Mer Rouge 1 Cor 10/2

                        Délivrance des Hébreux            âme délivrée

                        Submersion des Egyptiens       ennemis réduits à l’impuissance

            4° Le rocher frappé par Moïse I Cor 10/4

            5° La sépulture du Sauveur Rom 6/4

            6° La circoncision Col 2/11-12, Rom 2/25, 29 ; 4/11

 

Prophéties :      II Rois 2/21       Eaux assainies par Elisée

                        Ps 24 ( ?)

                        Ps 51

                        Ps 113/3-5

                        Esaïe 1/15        Lavez-vous, purifiez-vous

                                  12/3        Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut

                                  55/1        Vous tous qui avez soif, venez aux eaux

                                  52/1-3, 15           ?

                        Ezéchiel 16/5, 8-10       Je te lavai dans l’eau

                                       36/25             Je répandrai sur vous une eau pure

                                       47/1, 8, 12      Vision de l’eau

                        Michée 7/19                 Péchés au fond de la mer

                        Zacharie 13/1               Source ouverte

                                       14/8               Eaux vives sortiront de Jérusalem

 

Etude sur les mots baptême et baptiser (non retranscrite)

 

Notes sur quelques textes :

Romains 6 : Ce n’est pas un exposé sur la baptême. Cet acte est invoqué dans une démonstration exhortative sur la mort au péché. Mais c’est le texte le plus riche sur le baptême. Figure de la sépulture du Sauveur.

I Corinthiens 1 :     De nouveau le baptême intervient à titre d’argument, cette fois en vue de l’unité de l’Eglise. Les textes sur le baptême inaugurent le développement des chap. 1-4 sur ce sujet.

I Corinthiens 10/2 :     Par un procédé analogue, le baptême entre dans un développement sur la possibilité de la [mot illisible] pour les chrétiens, la possibilité de l’idolâtrie. Figure de la Mer Rouge, du rocher, de la nuée.

I Corinthiens 12/13 : Se grefferait sur I Cor 1 : thème de l’unité du Corps.

I Corinthiens 15/29 :      Quel qu’en soit le sens, le baptême vient à l’appui de la résurrection corporelle. En un sens, cela rejoint Rom. 6.

Galates 3.27 : Rejoint la doctrine de l’unité du Corps, par rapport aux Juifs et aux Gentils. D’autre part « vous avez revêtu Christ » rejoint l’identification mystique de Romains 6.

Ephésiens 4/5 : Unité du Corps.

Ephésiens 5/25 : Rapport de Christ et de l’Eglise, en vue de la Parousie. Idée de purification, de bain. Rejoint aussi Rom. 6.

Colossiens 2/12 : Rapports étroits avec Rom. 6 : mort et résurrection. Ici circoncision.

Tite 3/5 : Justification initiale. Résumé doctrinal.

 

Enumération sans ordre des problèmes

 

  1. Prenant les textes tels qu’ils sont donnés, nous avons de quoi bâtir une doctrine paulinienne du baptême, d’une grande cohérence et d’une grande clarté. C’est la doctrine qui est résumée dans Tite 3/5.
  2. Baptême et confirmation. Les deux sacrements ne sont pas séparés par S. Paul. Validité de la doctrine catholique de la confirmation, contre les erreurs, ou plus simplement l’ignorance protestante. (Note marginale : sur ce point Dict. Th. Cath. T. III col 1015 suiv. excellent)
  3. Le baptême selon S. Paul ne saurait être ratifié, ou confirmé par l’homme. Il doit être reçu, vécu, participé (c’est la meilleure expression).
  4. Le baptême chez S. Paul, suppose toujours la foi qui le rend fructueux. C’est ici que pourrait s’insérer une « Réforme » conduisant non à un anticatholicisme, mais à un catholicisme fructueux (Note marginale : Voir Opus operatum dans d’Alès, sacrement).
  5. Baptême pour les morts : toutes les hypothèses proposées.
  6. Ramifications en tous sens de la doctrine du baptême : foi, justification, fondement de la vie chrétienne ; unité du Corps de Christ (entrée dans l’Eglise) ; résurrection corporelle ; mort au péché ; en même temps amissibilité de la grâce [N.d.Ed. : qui peut être perdue] ; parousie.
  7. Baptême des enfants n’ayant pas encore la foi. A reprendre. Doctrine catholique que le baptême leur donne la foi. Le baptême des enfants n’est pas exclu par les textes pauliniens, mais il n’est jamais supposé d’un point de vue doctrinal. Le baptisé est supposé croyant. I Cor 1 ne peut signifier : « j’annonce l’Evangile à ceux qui sont baptisés ou non », mais « j’annonce l’Evangile pour amener au baptême ».
  8. Vos enfants sont saints : sans baptême, puisqu’ils sont dans le même cas que le conjoint non-baptisé.
  9. Baptême et pardon du péché originel : Rom 6 suit Rom 5.
  10. Baptême et figures de l’A.T. Prendre garde de ne pas expliquer le N.T. par l’A.T. mais inversement. Nous avons 4 figures A.T. chez S. Paul :

Nuée, Rocher et Mer Rouge à propos de l’[admi ?]ssibilité de la grâce.

Circoncision, dans Colossiens. Le texte est fondamental.

Ce que le baptême apporte de + que la circoncision, c’est l’unité du corps mystique. Ce que les Juifs avaient (la grâce individuelle dans un organisme social), c’est exactement le christianisme historique.

  1. Problème des non-baptisés, de l’exclusion du salut, des personnes mortes sans baptême. Problème qui n’est pas traité par S. Paul. Il envisage toujours des élus, mais des élus en vue du service.
  2. Confronter les textes avec 2 grandes théologies :

S. Augustin. Concile de Trente

Calvin

La première théologie est une réduction de la doctrine paulinienne ; la seconde en est une déviation.

 

Le baptême dans les Evangiles synoptiques et les Actes des Apôtres

 

Exposé du pasteur J. Massias, 19 mai 1942 (La Voulte)

 

Notes au crayon du pasteur Dallière.

  • Enumération des textes
  • Le baptême de Jean

 

« En somme, conclut M. J. Massias, il y aurait 3 doctrines du baptême :

  1. Baptême de Jean, baptême de repentance.
  2. Baptême de l’Esprit.
  3. Et entre les 2, un baptême de Jésus difficile à préciser. »

 

Synoptiques et Actes (étude personnelle)

 

L.D. liste 6 groupes de textes :

1. Ceux concernant le ministère baptismal de Jean-Baptiste.

2. Le récit du baptême de Jésus.

Note : « Je laisse de côté le texte sur les enfants, qui ne me semble pas avoir de rapport direct avec le baptême ».

3. Les textes où Jésus parle de Jean-Baptiste.

4. Textes reliant baptême et souffrances à endurer.

5. Mention du baptême au moment de l’Ascension et de l’envoi en mission.

6. Le mot baptême en lien avec les ablutions rituelles.

Suit un tableau récapitulatif avec les références et les termes grecs utilisés.

 

Réflexions personnelles sur les rapports

entre le baptême de Jean et le baptême chrétien.

21 mai 1942

Introduction

  1. On peut retenir la pensée de J. Massias : au premier abord, on aperçoit trois « baptêmes » distincts :
  1. Le baptême de Jean bavptisma metanoiaß  (Marc 1/4)
  2. Le baptême de l’Esprit du livre des Actes.
  3. Et entre les deux, un baptême d’eau au nom du Seigneur Jésus, lequel baptême, au 1er abord, se définit mal.

Mais la conclusion à laquelle est arrivé M. Massias doit nous servir de point de départ. Quels rapports l’Ecriture établit-elle entre ces 3 rites ou réalités spirituelles ?

  1. L’obscurité de la question provient en partie de ce que nous n’avons pas eu recours à l’Evangile de Jean. Il est indispensable d’en tenir compte pour éclairer les questions qui se posent ici.

 

 

  1. Puisqu’il y a un baptême d’eau de Jean-Baptiste (J-B) et un baptême d’eau au nom de Jésus (celui de l’eunuque éthiopien p. ex., qui est isolé du baptême de l’Esprit ; ou celui des Samaritains de Actes 8 etc.), la 1ère question qui se pose est : ces deux baptêmes sont-ils identiques ? La réponse négative s’impose. Mais il ne faut pas l’appuyer sur les paroles de J-B opposant son baptême d’eau (« Moi je vous baptise d’eau ») au baptême de l’Esprit du Messie, car dans ce dernier, rien ne prouve qu’il y ait un baptême d’eau. Seul ce texte permettrait de soutenir l’identité du baptême d’eau de J-B et du baptême d’eau chrétien : le Messie baptiserait d’Esprit sans eau, mais les chrétiens auraient conservé le baptême d’eau de J-B. Inacceptable. Ne pas invoquer non plus le texte d’Actes 19 qui est susceptible de recevoir la même interprétation : eau / Esprit ; Jean / J-C.
  2. Les raisons pour lesquelles il faut affirmer une différence entre le baptême d’eau de J-B et le baptême d’eau chrétien sont les suivantes :
  1. J-B est classé par Jésus lui-même dans l’ancienne alliance (Matth 11/11 et 13). J-B n’a donc pas disposé de la pleine révélation de la nouvelle alliance. Il l’a annoncée, préparée, non instaurée.
  2. J-B n’est pas devenu disciple de J-C (ni réciproquement). Il a peut-être eu des doutes (Matth 11/3) ? Mais, quelle que soit l’interprétation de ce texte, Jésus n’incorpore pas J-B à son œuvre. J-C se sépare de J-B comme la branche du tronc. Ceci ressort de Jean 3. A partir du moment où Jésus baptise d’eau, il y a deux baptêmes. Danger de rivalité. L’œuvre indépendant de J-B apparaît dans le texte de Matth 9, Luc 11 : lui et ses disciples jeûnent comme si l’Epoux n’était pas là ; J-B enseigne des prières à ses disciples. Donc d’après les paroles même de Jésus, il n’a pas l’Epoux.
  3. Le contenu du baptême de J-B. C’est la conversion du cœur, la metanoia, la confession (spontanée) des péchés, la soumission à une direction spirituelle de J-B – [ ? bref] une réforme morale [ ? d’autre] prophétique – en vue de la manifestation du Messie. Les Juifs [ ? sincères] pouvaient croire que cette repentance leur conférait le pardon en vue des promesses de l’Anc. Loi et sur la base de ses sacrifices. Ils ne pouvaient pas savoir à ce moment que le pardon était donné par un sacrifice nouveau, celui du Messie souffrant. Donc le baptême de Jean pouvait aller dans le sens du messianisme juif : maintenant nous sommes purs, que le Royaume se manifeste pour nous ! D’où peut-être les doutes de J-B dans sa prison, si doutes il y a. En tout cas, ce n’est que lorsque Jésus paraît que J-B parle de l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde. Mais cela repose sur une révélation extemporanée (Jean 1/33).

Conclusion : Donc le baptême de J-B prépare la venue de J-C, mais ne contient pas la grâce de la Croix. Il annonce l’imminence de l’apparition du Messie.

  1. Cependant on ne peut pas assimiler simplement le baptême de J-B à une cérémonie de l’ancienne Loi qui serait supprimée par Jésus. [Ajouté en marge : Au contraire, la venue de J-B marque la fin de l’ancienne Loi. Ceux qui font de celle-ci un bloc posé une fois pour toutes, vont s’opposer à J-B dont le baptême est inutile pour eux : l’ancienne Loi leur suffit]. Le baptême de J-B, inauguré sous l’ancienne Loi, et tout à sa fin, passe dans la nouvelle alliance ; il est incorporé, repris en celle-ci. Il y a un rapport beaucoup plus direct que pour les sacrifices. Si on le compare à la circoncision en effet, le baptême de J-B fait partie, en un sens, de la réalité dont la circoncision n’était que la figure. Il s’oppose à elle.
  1. En effet, le baptême de J-B est le témoignage rendu à une conversion du cœur, à une confession du péché, à une rupture totale avec le péché. Il y a là un acte nouveau. Les péchés ne sont pas effacés un à un par les sacrifices renouvelés. [Ajouté en marge : Ainsi il y a un progrès de la révélation entre le sacrifice offert par Joseph et Marie lors de la présentation de Jésus au temple et le baptême de J-B]. J-B s’en prend à la racine du péché. Par suite, le peuple élu n’est pas un peuple saint par le fait de la circoncision et des observances légales. Par rapport à la circoncision, le baptême de J-B présentait le scandale d’un « rebaptême » aujourd’hui. Ici tous les textes sur les rapports [ ? du Messie ?? J-B] (Luc 7 ; Matth 21 ; ajouter Jean 1). Normalement il faudrait avoir déjà l’autorité même du Christ pour faire ce que Jean fait.
  2. C’est ce que Jésus affirme :

1° - En se faisant baptiser lui-même, il justifie J-B.

2° - Ensuite, il laisse entendre que le baptême de J-B est du ciel (Matth 21 ; Marc 11).

3° - La parabole des enfants mécontents met J-B sur le même pied que Jésus. Ecouter J-B c’est écouter Jésus.

En résumé : notion de précurseur, pré-face, pré-pare le chemin. Un Evangile encore incomplet avant l’Evangile. Le fleurissement suprême de l’Evangile contenu dans l’ancienne Loi et, déjà, l’apparition de la nouvelle Loi.

  1. Le baptême de Jean va être incorporé, on pourrait dire subsumé, c-à-d. repris, conservé, et en même temps dépassé, dans le baptême au nom du Seigneur Jésus.

Si on pose la question de savoir quand Jésus-Christ a institué le baptême chrétien, on se trouve devant des difficultés quasi-insolubles. C’est que Jésus n’a pas dressé, devant l’ancienne Loi, un baptême qui fût créé par lui de toutes pièces. Mais il a pris à J-B, dernière manifestation de l’ancienne Alliance, son baptême pour lui donner son plein sens, pour l’épanouir en le baptême chrétien.

La place exceptionnelle que tient J-B dans les desseins de Dieu, souligné dans Matth 11 par le Sauveur lui-même, est mise en relief également, en même temps que la beauté des Saintes Ecritures, quand on considère que les textes sur le ministère de J-B se trouvent dans le début des Evangiles (Matth 3, Marc 1, Luc 1, Jean 1), en même temps que le dernier texte de l’A.T. parle de lui (Malachie 4/5-6 et 3/1) d’après l’enseignement même du Sauveur (Matth 11/14). C’est pourquoi rejeter J-B, c’était se décider d’avance à rejeter Jésus, et se condamner à l’aveuglement devant la manifestation de l’Evangile (Luc 7/29-30 ; question d’autorité, parabole des deux fils).

L’incorporation du baptême de J-B dans le baptême chrétien ressort d’une manière frappante de la comparaison de Marc 1/4 avec Actes 2/38 :

Marc 1/4 : …κηρύσσων βάπτισμα μετανοίας εἰς ἄφεσιν ἁμαρτιῶν.

Actes 2/37 : …Μετανοήσατε, καὶ βαπτισθήτω ἕκαστος ὑμῶν ἐπὶ τῷ ὀνόματι Ἰησοῦ Χριστοῦ εἰς ἄφεσιν τῶν ἁμαρτιῶν ὑμῶν

L’élément nouveau en J-B par rapport à l’ancienne Loi, la metanoia, la conversion totale, le changement du cœur une fois pour toutes, passe tout entier dans le baptême chrétien. Une comparaison superficielle de ces deux textes pourrait même induire en erreur et faire conclure à l’identité des 2 baptêmes, à cause de l’identité de la formule « εἰς ἄφεσιν ἁμαρτιῶν ». Elle semblerait indiquer que le baptême de Jean, comme celui que confère Pierre, donne déjà la rémission des péchés. Ce que nous avons vu par ailleurs nous amène à rectifier cette erreur, soit que dans le texte de Marc, le mot εἰς signifie en vue d’une rémission à venir quand le Christ sera là, soit que ce texte porte l’empreinte de la transformation chrétienne du baptême de Jean : mais, dans ce dernier cas, il n’en souligne que mieux le passage aisé de l’un à l’autre. Pour Marc, le baptême de Jean serait tellement bien incorporé dans le baptême chrétien qu’il peut se caractériser par les mêmes expressions.

Nous avons l’expérience inverse dans le texte de Actes 11/1-8. Quand les chrétiens de Jérusalem, troublés par la conduite de Pierre à Césarée, eurent compris son récit et se furent calmés, ils exprimèrent la réalité nouvelle du baptême des incirconcis par ces paroles : « Dieu a donné aussi aux nations la repentance qui mène à la vie » (τὴν μετάνοιαν εἰς ζωὴν ἔδωκεν). Le baptême chrétien (objet de la contestation) s’appelle la metanoia, c’est-à-dire est nommé d’après l’élément caractéristique du baptême de J-B, l’élément commun au baptême de J-B et au baptême chrétien.

Ainsi le baptême de Jean ne se suffit pas. Il n’existe qu’en passant dans autre chose, il est la μετάνοια εἰς … Si Jésus n’avait pas paru, le baptême de Jean ne serait rien : transmis à Jésus et transformé par lui, le baptême de Jean devient une des pièces maîtresses de la construction de l’Eglise. C’est pourquoi, au début J-C apparaît volontairement comme un disciple de J-B, et non l’inverse. Un disciple qui dépassera son maître, et qui seul donnera de la valeur à son œuvre. Sur le point du baptême, ce n’est pas Jésus qui a posé un commencement nouveau par rapport à l’ancienne Loi, c’est Jean : et ce commencement, qui demeure semblable à lui-même dans la pleine manifestation de la nouvelle alliance, c’est la repentance, prêché par le chanteur de complaintes de la parabole des enfants mécontents (Matth 11) : ceux qui se sont lamentés alors sont les mêmes qui ont dansé en entendant le son joyeux de la flûte.

  1. Il reste à montrer quand et comment s’est produite la transmission (tradition) du baptême de Jean entre les mains de Jésus. La réponse est claire : il s’agit ici du baptême d’eau reçu par Jésus lui-même.

L’acte du Sauveur justifie Jean des doutes élevés contre sa mission. En ce sens il accomplit la justice. Mais on ne peut réduire la parole πρέπον ἐστὶν ἡμῖν πληρῶσαι πᾶσαν δικαιοσύνην (Matth 3/15) [Ajouté en marge : à cette signification d’une réalité encore tout humaine]. Cette parole, la première parole du Seigneur qui nous soit rapportée, si l’on excepte celle de Luc 2/49, est d’une importance capitale. Elle fait écho de la dernière parole de la Croix Τετέλεσται. Ce qui est accompli au baptême, comme à la Croix, c’est la justice, c’est-à-dire l’œuvre de la justification (Cf. Jean 1/29 : Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde).

Jésus n’ayant pas à passer par la metanoia pour un péché qui serait en lui : il ne nous est pas rapporté qu’il confesse ses péchés. Etre baptisé dans l’attente du Messie, cela n’a pas non plus de sens pour lui. La δικαιοσύνη de Matth 3 ne se comprend que si l’ on y voit un sens de substitution : Jésus a besoin du baptême dans la mesure où il porte en lui le péché de l’humanité. Il descend au baptême comme il s’abaissera jusqu’à la Croix, et pour la même raison.

Cette interprétation est confirmée par les textes où le Seigneur emploie le mot baptême pour désigner l’immersion dans la souffrance, la Croix : Matth 20/20-21 ; Marc 10/35-45 ; Luc 12/50.

L’instant où Jésus est plongé dans le Jourdain, le baptême de Jean n’est plus le simple baptême de metanoia : il contient désormais le pardon des péchés puisqu’il enveloppe le corps de l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Les Pères grecs en faisant dater du baptême de Jésus, la première consécration de notre baptême (D’Alès), nous donnent le sens exact de l’Ecriture.

Remarquons que si Jésus s’adresse à J-B pour être l’agent qui lui administrera le baptême, J-B n’est pas au sens chrétien le ministre de ce baptême. J-B ne peut donner plus qu’il n’a (Cf. Jean 3), et Jésus ne vient pas au Jourdain pour recevoir ce que Jean peut donner, c-à-d une metanoia  personnelle en vue de l’apparition du Messie. Exactement comme à la Croix, Jésus est en même temps le sacrificateur et la victime, les Juifs et les Romains n’étant en définitive que des exécuteurs qui réalisent sa volonté de se donner pour le salut du monde. De même au baptême ; Jésus est à la fois le ministre et le sujet du sacrement qu’il inaugure. Remis entre les mains de Jean, il est le Maître souverain qui agit au NOM de Dieu. Son baptême est bien le premier baptême qu’il célèbre en personne, et ce sera aussi le seul (Jean 4/1).

Notre interprétation qui pourrait paraître forcer le texte de Matth 3, est cependant confirmée par la descente du Saint-Esprit sur Jésus, au sortir de l’eau. La venue de l’Esprit « wsei peristeran » correspond à ce que sera la Pentecôte pour les Apôtres, ou la venue de l’Esprit sur Corneille et sa maison. Or, pour les Apôtres, cette venue de l’Esprit est intimement liée au baptême d’eau chrétien, comme le montre la promesse de Pierre (Actes 2/38-39) et l’ordre qu’il donne de baptiser Corneille dans l’eau parce qu’il a reçu l’Esprit. Nous aussi, nous devons dire au sujet de Jésus « Peut-on refuser le baptême d’eau à celui qui a reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? » Jésus ayant reçu le Saint-Esprit au bord du Jourdain, nous ne pouvons nier que son baptême d’eau, des mains de J-B, a été le vrai baptême chrétien, non pas en vertu du seul ministère de J-B, mais par la jonction du ministère de Jésus avec le ministère de J-B.

Quand le Christ ressuscité donnera l’ordre de baptiser les disciples dans toutes les nations, il ne fera qu’ordonner pour le corps tout entier ce que le Chef avait réalisé au Jourdain en sa propre personne. C’est pourquoi Jésus seul reste le ministre de tout baptême par son identification avec le croyant qui vient à Lui, quel que soit l’agent d’exécution du baptême. Dans tout baptême chrétien, le baptême de Jésus se reproduit. Plus exactement tout baptême chrétien est contemporain du baptême de Jésus, le croyant venant prendre sa place dans la personne même du Chef qui l’attendait dans le Jourdain et dans la Croix.

  1. C’est à la lumière de ce qui précède qu’il faut examiner la question : quand les Apôtres et les premiers disciples ont-ils baptisés d’eau ? Il s’agit du problème soulevé par le silence des Ecritures sur le baptême du tout premier noyau chrétien.

En effet, quand Pierre et les fidèles de la chambre haute se présentent devant le peuple le jour de la Pentecôte, ils forment un groupe déjà constitué, qui s’oppose à l’auditoire encore inconverti qu’a attiré le bruit provoqué par la descente de l’Esprit. Pierre et les autres vont baptiser les 3.000 convertis, mais ils se placent eux-mêmes en-dehors de l’appel qu’ils adressent. Or on ne voit nulle part ailleurs qu’ils aient été baptisés ?

Remarquons que le problème ne se pose pas de la même façon pour J-B. De toute évidence celui-ci n’a pas été baptisé et n’a pas besoin de l’être. Nous relevons 62 fois l’épithète active de baptistης – qui devait devenir partie intégrante de son nom – et une fois le participe actif baptizwn. Il est essentiellement celui qui baptise, mais appartenant à l’ancienne Loi, il n’entre pas dans la Royaume de Dieu, il n’a pas à être baptisé lui-même. Jésus est son disciple, il ne devient jamais disciple de Jésus. Tant que J-B continue d’agir, Jésus reste, d’après le témoignage de l’Evangile de Jean, dans une position de disciple commençant une œuvre personnelle à côté de la sienne. C’est quand J-B est emprisonné (Matth 4/12) que Jésus se retire dans la Galilée et inaugure son ministère vraiment personnel ; et J-B mourra au cours même de ce ministère puisqu’Hérode pourra se demander si Jésus n’est pas un J-B redivivus (Matth 14/2).

Autant nous comprenons, si étrange que cela paraisse, que le Baptiste n’ait pas été un baptisé, autant il serait difficile d’admettre entre Jésus et son église, un premier noyau apostolique qui n’aurait pas été baptisé. La solution, si elle n’est pas clairement mentionnée, ressort des textes de l’Evangile de Jean (1/35). Cela semble bien équivalent à « baptisés de Jean ». Puis, dans la période où Jésus a baptisé par les mains de ses premiers disciples (Jean 3/[22] et 4/1-2), le premier noyau des auditeurs et fidèles de Jésus a dû être baptisé. Il est souligné que Jésus, à ce moment, faisait et baptisait plus de disciples que Jean : ils devaient donc être assez nombreux.

Mais alors le problème rebondit. Ces premiers disciples de Jésus ont-ils reçu le baptême chrétien ou le baptême de Jean ? Pour ceux que Jésus a fait baptiser, il semble hors de doute qu’il s’agit déjà du baptême chrétien. Car si la Croix n’a pas encore été dressée, et si l’institution solennelle de Matth 28 n’a pas encore pris place, toutefois le baptême de Jean est déjà devenu le baptême chrétien par le fait du baptême de Jésus.

Restent les tout premiers, en particulier 9 Apôtres, par ex. les 2 premiers mentionnés qui suivent Jésus : André, et probablement Jean l’évangéliste lui-même. S’ils ont reçu le baptême de Jean-Baptiste avant le baptême de Jésus, Jésus à son tour les a-t-il baptisés ? Les Ecritures sont muettes. Le texte Jean 4/2 « Jésus ne baptisait pas lui-même » peut être pris d’une manière absolue, toutefois des exceptions sont toujours possibles. Ainsi le mystère demeurera sur ce point comme sur plusieurs autres où notre curiosité peut-être inutile se heurte à des énigmes. Il me semble que l’on peut soutenir sans infidélité à l’Ecriture, soit que les premiers Apôtres ont pu être baptisés directement par Jésus et que Dieu n’a pas voulu nous révéler ce fait, pas plus que leur martyre, soit qu’ils ont été baptisés par Jean et que, exceptionnellement, pour eux, Jésus a validé ce baptême sans leur demander une nouvelle immersion. Pour moi, je n’oserai me prononcer entre les deux hypothèses. La seule thèse que j’écarterais, c’est que les premiers Apôtres n’eussent pas été du tout baptisés dans l’eau. Quoique les voies de Dieu ne sont pas nos voies, une telle anomalie, possible en droit, me paraît exclue par la décision de Pierre ordonnant le baptême des incirconcis qui ont reçu l’Esprit : c’est donc qu’un baptême spirituel, sans l’eau, était chose impensable pour lui. Noter aussi l’importance du baptême de Jean comme point de départ de la révélation évangélique (Actes 10/37). C’est « le baptême que Jean a prêché » qui a tout déclenché. Il me paraît donc impossible qu’un membre quelconque du noyau apostolique soit resté complètement étranger au baptême d’eau.

  1. Autre problème : qu’en est-il des personnes que J-B a baptisées postérieurement au baptême de Jésus, et pour ainsi dire en concurrence avec lui, quoique, [ ?? ] parlant, ce soit Jésus qui fit concurrence à J-B ? Problème qui se pose tout particulièrement à propos des textes de Actes 18 et 19 concernant Apollos et la douzaine de disciples rencontrés par Paul à Ephèse.

Apollos nous est-il dit, ne connaissait que le baptême de Jean : vraisemblablement cela signifiait qu’il l’avait reçu. Les disciples d’Ephèse, directement questionnés, déclarent qu’ils ont été baptisés du baptême de Jean.

Rien dans ces textes ne nous oblige à dire que ces hommes ont reçu le baptême de Jean postérieurement au baptême de Jésus. Toutefois, cela est vraisemblable.

 


 


 

 

LETTRE SUR LE BAPTEME

à une chrétienne qui a été baptisée dans sa première enfance.

 

- 1944 -

 

[1] Ayant entendu un appel de Dieu à Lui livrer tout à nouveau votre vie, en Jésus-Christ, vous êtes portée à demander un baptême d'adulte qui puisse être pour vous une source de grâce et de bénédiction, au début de cette voie nouvelle. Toutefois, vous avez reçu le baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans la première enfance, et sans doute la confirmation telle qu'elle se donne dans l'Eglise Réformée de France. Peut-on vraiment renouveler ces actions ? N'est-il pas écrit : « il y a un seul baptême » ? (Ephés.4/5) Telle est la première question à envisager.

 

I.

 

Lorsque l'Eglise de Jésus-Christ, vers le début du Vème siècle, a résolu de donner le baptême, dès la naissance, à tous les enfants des fidèles, réservant le baptême d'adultes aux peuples non convertis, et à la première génération seulement, elle obéissait à un double motif.

Une des raisons, en effet, de sa décision, était d'ordre théologique, l'autre d'ordre social.

Sur le plan de la théologie, il s'agissait de manifester une élimination complète de l'erreur du salut par les œuvres, qui, aux alentours de l'an 400, s'appelait le pélagianisme, du nom du moine Pélage. Puisque l'on affirmait, contre Pélage, le péché originel, et la nécessité absolue de la grâce divine pour en être absous, le baptême des nouveau-nés apparut comme une adhésion à ces vérités fondamentales. Dans le baptême l'enfant est sauvé, par pure grâce, sans aucune œuvre de sa part. Il est retiré de l'humanité coupable, considérée (Romains 5/12) comme une « masse de perdition » à cause du péché d'Adam, et mis au rang des chrétiens. Certes pour que ce pardon soit donné à l'enfant, il faut la foi : celle-ci est présente dans les parents, le parrain et la marraine, l'Eglise qui baptise. En prenant conscience des choses, l'enfant, reconnaissant du privilège qui lui fut conféré dès sa naissance, apprendra les vérités de la foi et y adhérera, par la grâce même du baptême reçu sans aucune œuvre de sa part.

La Réforme du XVIème siècle estimait que l'Eglise était retombée dans le pélagianisme. Revenant à la doctrine de la grâce de St Augustin, le grand adversaire de Pélage, elle attribua au baptême des enfants le même sens de don gratuit. Toutefois, comme les Réformateurs faisaient dépendre les sacrements de la foi de ceux qui les reçoivent, ils étaient embarrassés sur ce point. Luther hésita quelque temps. Calvin se demanda si l'on ne peut pas dire que les enfants nouveau-nés ont, avant leur baptême, la foi, quoique d'une manière mystérieuse ? Quoi qu'il en soit le baptême des nouveau-nés était toujours relié à l'Evangile de la grâce. Attendre pour baptiser un enfant de parents chrétiens, apparaissait comme une négation de la tache originelle apportée en naissant ; baptiser dès la naissance au contraire, c'était affirmer que Dieu nous sauve sans aucun mérite de notre part.

A ces raisons d'ordre théologique s'ajoutèrent, au Vème siècle comme au XVIe s., des raisons sociales. La controverse pélagienne éclatait au moment de la prise et du sac de Rome par Alaric, chef des Goths, signe de l'écroulement de l'Empire qui maintenait l'ordre du monde depuis cinq siècles. Quelle puissance – si le monde devait continuer à vivre – pouvait canaliser, civiliser, dominer les invasions barbares, sinon l'Eglise ? D'abord persécutée, puis favorisée (depuis environ un siècle) [2] par les empereurs romains, la société chrétienne se trouvait maintenant libre de toute tutelle, ardente à conquérir les peuples nouveaux que les armes n'avaient pas subjugués, héritière et continuatrice de l'ordre impérial. Certes, le pouvoir civil resterait distinct du pouvoir spirituel. Mais les sujets des deux pouvoirs seraient les mêmes, et le pouvoir spirituel régirait, pour tout ce qui concerne les fins surnaturelles de l'homme, la vie individuelle et la vie sociale. Pour atteindre ces buts, il était nécessaire que tous les sujets d'un prince chrétien fussent chrétiens. Le non-chrétien devenait un être inadapté socialement, ou réfractaire. Dès lors, baptisés dès la naissance, les êtres entraient à la fois dans la société civile et dans la société religieuse, qui unissaient leurs destinées d'une façon aussi étroite. C'est ainsi que, dès la fin du Ve s., si Clovis se fait baptiser, la France deviendra chrétienne.

Au XVIe s., les partisans du baptême d'adultes, les anabaptistes furent précisément, le plus souvent, des révolutionnaires sur le plan social. C'est pour cette raison surtout que Luther et Calvin réagirent très violemment contre eux. Dans la Saxe d'un prince protestant, comme dans la Genève de Calvin, l'ordre chrétien devait régner ; et, pour cela, il fallait que tous les citoyens reçussent, dès la naissance, le baptême. Logiquement une Réforme française ne se concevait alors que comme l'établissement d'une royauté protestante éliminant totalement le catholicisme. Si, après les guerres de religion, on admit l'idée d'un partage protégé par l'Edit de Nantes, on aspirait du moins à avoir des villes ou des contrées entièrement protestantes, sur le modèle de Genève.

 

Si je m'étends sur ces considérations, qui peuvent paraître froides et lointaines, c'est parce que je veux affirmer très nettement que le baptême des enfants, qui caractérise près de quinze siècles de chrétienté, n'a pas été une erreur. Il est lié, au contraire, de la manière la plus intime, à deux vérités qui sont dans la structure même de l'Evangile : la grâce de Dieu, et la soumission du chrétien à l'ordre social. Si donc vous avez reçu le baptême dans la première enfance, vous ne devez pas l'attribuer à une « erreur » de l'Eglise. Vous ne pourriez porter un jugement sur cette tradition qu'en tombant vous-même dans l'erreur, soit de nier le péché originel, soit de soustraire le fidèle aux lois de l'Etat.

Vous pourriez me faire l'objection que le baptême des enfants n'est nulle part commandé dans les Ecritures, et que les exemples même qu'on en veut donner, ne sont pas nets. (Actes 16/15, Actes 16/32, I Cor. 1/16) Moi-même, j'ai souvent développé cet argument, pour appeler l'Eglise à revenir au baptême d'adultes. Mais il faut se garder de mêler ici deux problèmes.

Une chose est d'appeler l'Eglise au XXe s., à revenir au baptême d'adultes, une autre chose est de condamner, en la taxant d'erreur, l'Eglise, qui, du V e au XX e s., a pratiqué le baptême des nouveaux-nés. Le changement, aujourd'hui, est nécessaire, parce que nous sommes à une époque historique d'égale importance que celle qui a marqué le grand tournant du Ve siècle. Ce changement peut s'appuyer hardiment sur la Parole de Dieu, et, avec elle il rejoint la tradition primitive de l'Eglise des premiers siècles. Mais changer, parce que Dieu le demande, une tradition séculaire, ce n'est pas condamner cette tradition, pas plus que l'arbre qui lance hardiment vers le ciel une branche nouvelle ne renie le tronc qui la porte. St Augustin, et l'Eglise de son temps, ont bâti selon la liberté que Dieu leur donnait, sur l'unique fondement de Jésus-Christ. Luther et Calvin furent ses disciples dans les doctrines de la grâce et de la constitution ecclésiastique : ils en avaient le droit. Si le baptême des enfants n'est pas commandé dans la Bible, [3] il n'est pas non plus défendu. L'Eglise a pris la substance du baptême, qui est la grâce de Dieu, efficace pour pardonner le péché, et elle l'a posée sur la tête des petits enfants. Avant l'âge de raison, ceux-ci ne sont coupables devant Dieu que du péché d'Adam, non d'aucun péché personnel : l'Eglise leur a donné le pardon du péché originel le plus tôt possible après leur naissance, affirmant par ce sacrement la corruption du genre humain, révélée par toute la Bible. (Rom. 5 / 12).

Devant ces réalités sacrées, nous ne pouvons que nous incliner avec respect. Nous n'avons pas d'hérésie à relever dans l'Eglise qui nous a transmis la vérité de la Parole de Dieu. Nous pouvons être appelés, pour des raisons historiques et spirituelles, à renoncer à baptiser les enfants, mais nous ne pouvons condamner ceux qui l'ont fait, eux aussi, pour des raisons historiques et spirituelles dont ils étaient juges, dans la plénitude de leur foi qui était selon la vérité.

Quelle sera donc votre situation, à vous qui êtes convaincue de la nécessité qui monte des profondeurs même de l'Eglise du XXe s., de revenir au baptême d'adulte, mais qui avez reçu le baptême d'enfant ? Bien plus, vous entendez un appel intérieur au baptême d'adulte. Comment cette inspiration peut-elle être comprise ? J'aborderai maintenant ces questions.

Tout d'abord il n'est peut-être pas absolument certain que vous ayez reçu le baptême chrétien. L'eau et la parole : « je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » ne suffisent pas pour constituer un baptême. Il faut encore ce que l'Eglise catholique appelle « l'intention » du ministre qui baptise, ce que nous pourrons appeler un « minimum de foi » ou de conformité à la foi. Ici encore, nous ne voulons pas juger les personnes, mais il faut parler des réalités de la foi selon la vérité. Il n'est pas possible de dissimuler qu'il y a eu le libéralisme protestant. Le pasteur, certes pleinement estimable dans sa personne, qui vous a baptisée, croyait-il que vous étiez sous la condamnation du péché originel, et que Dieu vous absolvait de ce péché par le moyen de l'eau jointe à la Parole ? Avait-il l'intention de vous donner ce baptême, le seul baptême, celui qui lave du péché et rend le coupable plus blanc que la neige ? Vous avez probablement entendu, comme moi, de nombreux pasteurs affirmer que, à leurs yeux, le baptême n'est qu'une présentation, non un sacrement. Si le pasteur qui vous a baptisée était de ceux-là, il se trouve que vous êtes encore étrangère à la plénitude de la vie sacramentelle. Certes cela n'a pas empêché Dieu de vous bénir. Notre Père n'est pas lié par l'institution des sacrements de l'Evangile. Mais vous serez plus près de son cœur et vous le servirez plus efficacement en entrant, de tout votre être, dans la plénitude de cette réalité, qui fait partie du don de Dieu en Jésus-Christ.

Ce n'est pas tout. L'immense force du baptême des adultes – force nécessaire à l'Eglise du XXe s. dans son combat – c'est qu'il procure au croyant un contact conscient avec Jésus-Christ que rien ne peut remplacer. Le baptême comporte une conformité à la Croix. Certes, le fruit du sacrifice du Christ est donné à l'enfant, lavé par le baptême de la tâche du péché originel. Mais l'adulte baptisé participe, dans sa volonté consentante, à la Croix du Christ et à sa Résurrection ; il est enseveli avec Christ dans sa mort et il ressuscite avec lui. (Rom. 6/3-4). L'eau du Jourdain – et l'eau de tout baptême est en communication avec le fleuve que Jésus a sanctifié en y plongeant son corps pour nous -  est [4] le lieu d'un rendez-vous sacré entre l'homme et son Sauveur. Le chemin en a été tracé par le Christ même, d'où sa valeur unique. Aussi le baptême du croyant est-il, par excellence, l'acte de consécration de l'homme à Dieu en Jésus-Christ. Cela est tellement vrai que, depuis l'institution du baptême des nouveau-nés, l'Eglise n'a cessé de rechercher ce qui pourrait manquer à qui n'avait pas consciemment, personnellement, rencontré le Christ à l'aurore de sa foi. C'est la prise de voile d'une religieuse, la prise d'habit d'un moine – cérémonies qui comportent un symbolisme de mort – c'est St François se dépouillant de ses vêtements pour se donner à la Pauvreté du Christ ; c'est la confession générale à laquelle sont invités les fidèles après une mission de Réveil catholique ; c'est la confirmation protestante, et quand celle-ci a manqué son but, c'est le banc des pénitents des Salutistes, ou la carte de décision que l'on signe ; on pourrait citer vingt autres exemples. Dès lors, est-il impossible que la consécration consciente de votre vie au Seigneur mort et ressuscité se fasse par une immersion dans l'eau, s'il est bien entendu que celle-ci ne peut être le sacrement du baptême pour quelqu'un qui l'a déjà reçu ; mais sans être le sacrement qu'on ne peut répéter, elle serait tout cet accompagnement du sacrement, que rien ne semble pouvoir remplacer, en notre période où l'Eglise est engagée dans un combat de vie ou de mort ?

Ajoutons en troisième lieu que, bibliquement et traditionnellement, le baptême d'eau s'accompagne du baptême de l'Esprit-Saint, qui constitue la vraie base d'une cérémonie de confirmation. Mais ici encore, on peut se demander, sans juger les personnes, si le pasteur qui vous a reçu dans l'Eglise a eu réellement l'intention de vous donner le Saint-Esprit, s'il a prié pour que vous eussiez part à cette grâce dans la plénitude de la promesse ? Vous-même sans doute ne vous étiez pas préparée à ce don, qui est placé devant vous maintenant par l'approfondissement de votre foi. Or, si le signe propre du don de l'Esprit-Saint est l'imposition des mains, il semble que celle-ci est très liée à l'immersion du baptême. Comment demander l'habitation de l'Esprit de Dieu et de Christ dans un Temple que l'on n'aurait pas entièrement consacré et livré à la grâce purificatrice ? (I Cor. 3/16-17). Je n'ignore pas l'objection qu'on peut faire à ce point. C'est dans les sectes, respectables certes, mais égarées, que l'on trouve le plus clairement cette alliance de l'anabaptisme et d'une inspiration qui côtoie aisément l'illuminisme, si elle n'y tombe pas tout à fait. Sans parler de hérésies du Moyen-Age ou de la Réforme, plus près de nous on peut citer les Irvingiens, les Mormons, le Mouvement de Pentecôte, dont les divisions nous attristent. Mais ces groupes ne se sont-ils pas emparés d'importantes vérités, trop fortes pour eux, semble-t-il, précisément parce que l'Eglise les avait négligées ? Il appartient à celle-ci de reprendre son bien. S'ils sont joints au corps de la vérité chrétienne – c'est-à-dire l'unité de l'Eglise, sa hiérarchie, la vérité de la foi, l'ensemble des sacrements – le baptême d'eau et d'Esprit perdent tout caractère de sectarisme ou d'illuminisme. Séparées et errantes, les vérités les plus saintes deviennent dangereuses, comme les richesses aux mains du fils prodigue ; reçues dans la maison du Père, où règnent la charité, l'obéissance, l'ordre, la paix, elles sont infiniment bonnes. Telle était l'inspiration charismatique dans l'Eglise des Apôtres et des Pères.

Voici donc le chemin dans lequel je vous guiderai, si du moins il correspond à votre appel intérieur. Je placerai devant vous un [5] acte d'immersion totale, sous l'invocation de la Sainte-Trinité. Pour éviter le renouvellement d'un sacrement accompli une fois pour toutes, je n'emploierai pas les mots « je te baptise », mais ceux-ci : « je te confirme dans ton baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Dans mon intention la plus ferme, ces mots signifient que si, par hasard, vous n'aviez pas reçu le sacrement du baptême, vous le recevez maintenant ; et si, comme nous le pensons vous l'avez reçu, il est complété et confirmé par une consécration destinée à vous armer dans les luttes actuelles de l'Eglise chrétienne, dont vous êtes membre.

A cet acte d'immersion s'ajoutera l'imposition des mains pour le don du Saint-Esprit ; ce que l'Eglise catholique appelle le sacrement de la confirmation, et que je prends dans mon ministère de serviteur de Jésus-Christ, sur la base de la Parole écrite, règle suprême de la foi de l'Eglise réformée.

 

II.

 

Ayant bien établi, je l'espère du moins, le pas placé devant vous, j'en viens à la préparation qui vous est nécessaire pour le franchir d'une manière fructueuse. Le principe qui nous guidera est que votre consécration est une reprise, consciente et totale, des réalités spirituelles qui accompagnent normalement le sacrement du baptême, pratiqué dans la ligne des Apôtres et des Pères des premiers siècles.

Or le baptême d'adulte est avant tout le couronnement du Catéchuménat. Vous aussi donc, reprenez humblement la position de Catéchumène, comme certains religieux rentrent à la maison-mère pour un nouveau noviciat après quelques années déjà au service de Jésus-Christ. Refaites l'étude d'un bon catéchisme, en le conférant sans cesse avec la Bible pour éclairer, l'un par l'autre. Vous n'adhérerez peut-être pas, maintenant, à tous les points de tel ou tel catéchisme : du reste, il n'y a pas de catéchisme protestant uniforme ou obligatoire. Il est à peine nécessaire de vous rappeler les textes protestants traditionnels : le petit Catéchisme de Luther, le Catéchisme de Calvin, le Cours de religion de Ch. Babut, les petits manuels de Decoppet, Bonnefon, etc. Revoyez tout spécialement à la lumière de l'expérience que vous avez acquise, le catéchisme de votre enfance. J'ajoute que je donne à l'Eglise de Charmes des cours manuscrits dont vous pouvez emprunter une copie : un catéchisme biblique élémentaire et un catéchisme pour adultes.

Il ne serait pas mauvais que vous connaissiez le Catéchisme catholique. L'édition actuelle des Diocèses de France, qui date de 1939 – elle est en usage dans le Diocèse de Viviers - et qui a été préparée par les Chanoines Quinet et Boyer, est vivante et attrayante. Nous gardons notre liberté à l'égard de l'Eglise de Rome, telle qu'elle se présente aujourd'hui à nous. Mais il ne serait pas prudent de notre part de mépriser son enseignement, de nous établir dans les négations. Pour une large part, le fondement dogmatique du protestantisme est le même que celui du catholicisme : cet accord des deux catéchismes établit le bloc de ce qui est essentiel dans la foi : le dogme promulgué par les grands conciles œcuméniques des 8 premiers siècles, sur la Trinité et la personne du Christ ; la vie morale fondée sur la foi, la charité et l'espérance ; la réalité des sacrements dans une église hiérarchisée d'institution divine et continue à travers l'histoire. Riches de ce bloc commun, nous formons, avec [6] Rome, une seule Eglise visible, quoique déchirée, l'Eglise d'Occident, qui doit retrouver bientôt et son unité interne, et son unité avec l'Eglise d'Orient, et son unité avec un peuple d'Israël converti à son Roi, qui est le nôtre.

Vous avez lu sûrement plus d'un livre de piété, d'une biographie chrétienne, d'une vie de saint. Il ne serait pas mauvais que vous repreniez quelques-unes de ces lectures, dans l'intention d'en dégager les principes essentiels, ce qui vous a vraiment aidée à comprendre l'appel de Jésus-Christ et à voir la route où vous devez marcher. Vouloir citer ici les livres d'édification les plus importants nous entraîneraient trop loin : chacun a sa bibliothèque personnelle, ses ouvrages de chevet. L'essentiel est de repenser sa foi, son expérience chrétienne, son idéal de vie en Christ, à la veille d'un engagement décisif dans sa grâce.

A côté de l'étude et de la méditation, faites places dans votre préparation à l'examen de conscience. Repassez votre vie. Dégagez courageusement vos fautes les plus graves ; prenez conscience des défauts d'où jaillissent les petites fautes habituelles. Vos lectures dont je parlais à l'instant, vous aideront dans le jugement que vous porterez sur vos péchés personnels.

Cet examen de conscience doit-il aboutir à une confession ? A Dieu devant notre Seigneur Jésus-Christ : sans aucun doute. Mais à un serviteur de Dieu ? Un catholique vous dirait que là est la chose essentielle à pratiquer, sur la base de votre baptême d'enfant. Pour nous qui cherchons dans l'Eglise réformée une réalité sacramentelle, plutôt qu'une théorie établissant les uns à côté des autres les divers actes sacrés, nous ne ferons pas de cette confession une obligation. Nous vous dirons simplement qu'elle est possible, et qu'il appartient au ministre de la Parole de Dieu de poser sur vous le pardon de son Maître, d'une manière qui ne laisse place pour votre conscience à aucune hésitation. (Jean 21 / 23) Toutefois, même sans la confession devant le serviteur de Christ, votre immersion aura pleinement le sens d'une absolution de la part du Seigneur et de son Eglise.

Il reste à parler de la préparation immédiate de l'acte qui est devant vous. Quand la date en sera fixée, vous vous efforcerez de disposer d'un temps de recueillement préalable, particulièrement dégagé des soucis de la vie habituelle. Vous veillerez et prierez afin d'acquérir une certitude paisible et entière que tout est prêt dans votre cœur, que tout est bien dans la main de Dieu.

Ici il importe que vous compreniez bien qu'il s'agit d'un dépouillement de toutes choses, et, au centre de tout, de la volonté propre, pour vous livrer entre les mains de Christ. Pour accomplir ce dépouillement, la condition primordiale est que vous soyez seule, afin d'exister vous-même devant Dieu. Or des êtres sont attachés à vous par des liens de la chair et du cœur, par des liens d'affection ou d'amitié, par des liens d'affaires. Il est nécessaire que vous leur rendiez témoignage de votre foi, avec douceur mais avec netteté.

Si vous rencontrez des résistances, notamment de la part de ceux qui ont autorité sur vous, vous ne devez rien brusquer, mais examiner votre chemin devant Dieu. Des sacrifices, des séparations seront peut-être nécessaires. On ne peut pas brimer une conscience qui veut se donner à Jésus- Christ : mais le prix de souffrance à payer pour garder sa liberté peut être grand.

[7] Le principe qu'on est baptisé seul – et ce principe fait partie de la réalité spirituelle de votre acte de consécration actuel – est, je dirais, d'autant plus important à retenir en votre cœur, que vous rencontrez moins d'opposition chez vos proches. Car une communion en Christ ne s'établit pas sur la base de bons sentiments seulement. En vous livrant entièrement à Christ, vous ravissez à ceux qui vous aiment la première place dans votre cœur, vous entrez dans une communion avec Lui qui aura ses secrets même pour vos plus intimes. Bref l'eau du Jourdain vous prend, vous enveloppe, vous isole comme un tombeau ; et comme la mort, elle dénoue tous les liens qui seront repris ensuite dans une perspective toute nouvelle. Quels seront ces nouveaux liens, vous l'ignorez à l'avance. Ils seront dans l'amour, certes, mais dans l'amour surnaturel, qui peut heurter nos affections naturelles. Faites confiance au Dieu de l'Amour. Pour le moment, ce qu'Il vous demande, c'est de tout laisser entre ses mains, de lui donner les clés de votre être, comme un général assiégé remet les clés de la ville à qui l'a conquise.

J'insiste là-dessus, parce que la volonté propre cède difficilement sur ce point. Plusieurs se font illusion à eux-mêmes, et, par une pression que des êtres aimés acceptent quelquefois, amènent ces derniers à demander la même cérémonie de consécration qu'eux-mêmes. Ainsi la fille entraînera sa mère peut-être, ou la femme son mari, ou l'amie son amie, pensant avoir gagné une âme au service de Christ, mais en fait, ayant reculé devant la solitude qui fait partie de la réalité spirituelle du baptême. Jésus, qui est fidèle, ramènera toujours l'âme baptisée à l'inéluctable solitude : « Que t'importe ? Toi suis-moi » (Jean 21/22). Ce n'est qu'en passant par ce brisement que des liens nouveaux s'établiront, dont Christ sera le maître. Et n'ayez crainte, ces liens purifiés seront plus beaux que ceux que vous dénouez maintenant !

Le dépouillement dont nous nous entretenons porte sur toutes choses. J'ai nommé en premier lieu les affections du cœur. Il faut nommer, à côté d'elles les biens matériels de toute sorte, les projets de vie, même les plus pieux, bref, tout le passé, tout ce qui est votre « moi »humain. Certes, en apparence, rien ne sera changé dans votre vie : mais, en son centre, vous mettrez un principe de mort – la Croix – qui frappera tout ce qui, de vous-même, doit périr ; en même temps, vous mettrez au centre de votre cœur un principe de vie, l'obéissance à un Maître qui prend en mains la direction de tout votre être.

L'ancienne Eglise, dans la hardiesse de sa foi, manifestait ce dépouillement par le symbole d'un baptême dans une totale nudité du corps. Au sortir de l'eau, les baptisés recevaient la robe blanche, avec laquelle ils allaient communier pour la première fois. On attachait d'autant plus d'importance à ce dévêtement que l'on sentait, dans le monde païen, rôder les influences démoniaques, qui pouvaient s'attacher à des détails de parure ou d'habillement. La nudité, dans la pureté de la jeune Eglise, remettait le corps seul à Dieu, comme Jésus-Christ s'était offert sur la Croix dans le dépouillement de ses vêtements eux-mêmes.

Nos mœurs modernes, la petitesse de notre foi peut-être, ou encore la publicité des réalités chrétiennes qui au début, n'étaient pas exposées aux investigations plus ou moins troubles des non-initiés font reculer devant une reprise de ce symbolisme. Il ne faut cependant pas l'écarter entièrement. Pour votre immersion elle-même, nous vous proposons une robe blanche, qui donnera à cet acte le caractère de décence qu'exigent les scrupules modernes. Mais il semble juste que vous vous donniez à Christ, dans l'eau de consécration, recouverte [8] simplement de cette robe, rendant ainsi témoignage que vous laissez derrière vous tout ce qui a pu vous revêtir dans le passé, et qui n'était pas la pure grâce de Jésus-Christ.

Dans la cérémonie même, avant l'immersion, je ne vous propose pas de prendre les 5 engagements de l'Eglise Réformée, à moins que vous n'ayez été l'objet d'aucune des cérémonies où vous eussiez pu les prendre. Il doit être tacitement entendu toutefois que votre acte de consécration suppose que vous avez pris ces engagements, et que vous y adhérez maintenant de tout votre cœur, quelle qu'ait été votre attitude à leur égard dans le passé.

Ce que je place devant vous, avant l'immersion elle-même, conformément à l'usage de l'Eglise des premiers siècles, c'est un acte de renoncement à Satan, au péché, au monde et à la chair, et un acte de foi en Jésus-Christ, le Seigneur, par exemple sous la forme de la récitation personnelle du symbole des Apôtres, résumant et couronnant toute la préparation qui précède.

 

III.

 

Comment votre existence va-t-elle s'orienter après le baptême ? Théoriquement, nous n'aurions pas besoin d'en parler : car ma lettre a pour but de vous préparer à un acte de dépouillement total. Une spéculation sur ce qui suit cet acte peut même présenter le danger de vous attacher à des projets humains, ou à un légalisme, dont vous avez précisément besoin d'être débarrassée, pour marcher selon l'obéissance d'une fille, reçue en grâce par le Père céleste. Les inconvénients de mon silence seraient cependant plus grands encore. En effet, votre « baptême » (je l'appelle ainsi pour abréger, étant bien entendu qu'il s'agit de réalités spirituelles accompagnant le baptême, et non du sacrement, si vous l'avez déjà reçu) vous mettra dans un lien de communion avec mon église, si petite et misérable qu'elle soit. Il importe donc que vous sachiez à qui vous avez affaire ; de même qu'il m'importe que vous ne donniez pas au dehors un témoignage vague ou inexact sur ce que je puis enseigner quant à la vie chrétienne.

Il faut encore remarquer que, si nous voulons éviter avec soin un légalisme quelconque, nous ne pouvons pas d'autre part faire table rase de l'expérience de près de 20 siècles de christianisme, ni même de notre infiniment petite expérience dans la direction des âmes. Ne prenez pas ce qui suit pour des « Lois », vous qui mourrez à la Loi en Jésus-Christ ; mais voyez-y des conseils, le résumé d'une expérience, une orientation, qui vous aideront à dégager votre conviction personnelle sur ce que, demain, vous aurez à dire et à faire. Au reste, que je dise franchement que si la conception de la vie chrétienne qui sera marquée ici par quelques indications pratiques et actuelles, ne pouvait être la vôtre, il vaudrait mieux que vous ne vinssiez pas au milieu de nous pour votre « baptême ».

Donc, une action aussi solennelle aura placé un principe nouveau au tréfonds de votre être entièrement livré dans votre baptême – le sacrement que vous avez reçu enfant et votre acte de consécration se rejoignant spirituellement pour ne former qu'un tout. Mais dans les formes extérieures, rien ne sera changé. Vous rependrez vos propres vêtements – revêtus d'une signification nouvelle pour vous, car ils figurent le corps ressuscité qui recouvrira un jour le corps corruptible – mais toujours les mêmes aux yeux des hommes. Vous resterez dans [9] la situation où vous étiez quand vous vous êtes sentie appelée à venir au milieu de nous. Vous ne ferez, de vous-même, aucun changement brusque, si ce n'est dans le renoncement à des habitudes coupables ou à des situations fausses, que vous aurez réglées une fois pour toutes, avec l'aide de Dieu.

Dans le cadre ancien où vous rentrerez, le principe nouveau qui est en vous va s'épanouir selon trois lignes dont je voudrais maintenant vous indiquer la direction. La première est l'obéissance, la seconde la croissance dans la grâce, la troisième l'accueil qu'il vous est demandé de faire à la souffrance.

[ Obéir à Dieu notre Père en toute chose.

[ Croître dans la grâce en luttant contre le péché.

[ Accepter toute souffrance de la main de Dieu.

Tel est donc le plan de la vie nouvelle en Christ.

 

Obéir à Dieu notre Père en toute chose.

Bien des questions que l'on peut poser ici sont étudiées dans la 2ème partie de mon Catéchisme pour adultes, sur les vertus morales. Il est évident que la foi vivante en Christ agit par la charité (Gal. 5/6), et que la charité à son tour, qui est l'amour de Dieu à travers les choses créées, en même temps que l'amour en Dieu des choses créées, se manifeste avant tout par l'obéissance envers Notre Père céleste. Mais comment connaître sa volonté pour lui obéir ? En tenant ferme 1/ que pour agir, il faut une entière conviction formée au-dedans de nous dans la paix. - 2/ que Dieu nous guide principalement, sur la base de sa Parole écrite, par l'autorité de l'Eglise visible et par toute autorité venant de Lui. Jésus-Christ nous donne le modèle de la vie de Fils, conciliant merveilleusement la liberté et l'obéissance. La liberté, en effet, n'est pas le pouvoir de choisir n'importe quoi au hasard, mais l'affranchissement de toute contrainte qui empêcherait l'homme de réaliser sa vraie destinée, préparée par un Dieu d'amour. C'est cette liberté qui nous est donnée dans le baptême.

Pour obéir, il importe donc d'être à votre place, c'est-à-dire de connaître les autorités dont vous dépendez. Nous vous l'avons dit, vous reprendrez après le « baptême » la situation où vous étiez avant. Si les choses devaient changer, Dieu vous le montrera en son temps, et vous ne devez pas arracher ces changements comme des « proies » à saisir par votre volonté propre. Examinez donc quels sont les liens que Dieu a mis sur vous par sa Providence, et disposez-vous à respecter ceux à qui une autorité a été donnée sur vous ; écoutez-les ; soyez attentive à ce qui est dans leur cœur ; comprenez leur volonté ; discernez en eux la voix de Dieu, car rien n'est plus opposé à l'obéissance chrétienne qu'un stupide conformisme extérieur se courbant à la lettre aux paroles d'autrui. L'obéissance rendue à Dieu à travers les hommes est, au contraire, attentive, intelligente, cordiale. Elle ne plie pas le corps du dehors, elle passe par l'esprit et le cœur.

Vous étudierez la Bible à cet égard, notamment la partie morale des Epitres. Vous y verrez dépeinte l'attitude que doit avoir la femme envers son mari, les enfants envers leurs parents, les subordonnés envers leurs supérieurs, les citoyens envers les représentants de l'Etat. En même temps vous apprendrez à obéir, vous apprendrez à commander également selon votre place. En particulier, si des enfants vous sont confiés, à un titre quelconque, vous leur enseignerez à respecter leur père, revêtu de l'autorité de chef de sa maison. Vous-même, vous saurez vous faire respecter partout où il y va d'une autorité que Dieu vous a confiée et dont il vous demandera compte.

[10] Votre « baptême » a remis au centre de votre vie religieuse et morale les 5 engagements que l'Eglise Réformée réclame de tous ses membres. Vous serez donc un membre fidèle de votre église locale, vous aurez de la déférence envers son pasteur et ses diacres, vous travaillerez à édifier cette église, non à la diviser ou à la détruire. Si, en votre âme et conscience, vous remarquez des insuffisances graves dans votre pasteur, vous prierez pour lui dans le secret, sachant que Dieu est puissant pour le transformer ou pour l'ôter, sans que vous ayez à répandre le moindre trouble au dehors. Cette prière secrète ne vous empêchera pas d'écouter votre pasteur avec déférence, ni d'entendre la voix de Dieu à travers lui : car Dieu se sert de lui, à cause de la consécration qu'il a reçue et de la charge qui lui a été donnée, même si l'homme en lui n'en mesure pas toute la grandeur ou toutes les exigences.

L'obéissance constante n'est ni une servitude ni une obsession, car le fidèle est porté en grande partie par les habitudes bonnes qui se forment en lui, au fur et à mesure qu'il obéit. C'est pourquoi, au début de votre vie de baptisée, établissez quelques habitudes de base, que vous pourrez perfectionner par la suite, mais qui vous donneront un fondement solide pour la vie quotidienne. Voici quelques points que vous devez examiner :

Le plan général de chaque journée. Il ne doit pas être trop rigide, mais suffisamment régulier. Vous y ferez une place au culte personnel, dans lequel vous placerez :

[-  les prières récitées ; en tous cas Notre Père et Je crois en Dieu ; d'autres prières peut-être ; des Psaumes (exemple : le Psaume 23) ; ou des cantiques chantés.

[-  la lecture de la Bible avec un plan annuel.

[-  la prière spontanée.

La nourriture. Quelques principes de régularité et de sobriété sont nécessaires. A un homme, je dirais de veiller sur la boisson et son usage entre les repas, et de se poser la question du tabac ? Femme, vous avez à prendre votre nourriture avec actions de grâces, en sachant éviter le trop peu aussi bien que le trop.

Le vêtement. Il sera simple, propre, approprié à votre état, d'une élégance agréable à Dieu. Vous bannirez les ornements superflus et extravagants : les colliers, bracelets, boucles d'oreilles, ne conviennent pas à une chair baptisée en Christ. (1 Tim. 2/9-10) Il est clair aussi que cette chair sera vêtue et non pas nue. La nudité n'est pas un mal en soi, et elle est permise si elle est utile (pour la propreté et l'hygiène du corps par exemple) ; mais, dans la vie sociale, la femme baptisée ne se pare pas de sa nudité – ce serait mettre sa gloire dans ce qui fait notre honte (Phil. 3/19). Aucun prétexte ne peut contraindre une femme qui a été tout entière revêtue de la grâce de Jésus-Christ, à se montrer décolletée, ou les jambes nues, ou les bras nus. La chevelure de la femme enfin doit pousser naturellement, être relevée dans une coiffure simple, adoptée une fois pour toutes (1 Cor. 11/6).

L'argent. Tout ce qui le concerne doit être pris avec ordre et loyauté. En particulier vous ferez la part de Dieu et l'utiliserez avec soin : cotisations à votre Association cultuelle, dons réguliers dans les collectes, dons à des œuvres diverses, secours aux pauvres, entr'aide fraternelle. Beaucoup de chrétiens « réveillés » mettent de côté la dîme (10%) de leurs revenus pour la donner à l'œuvre de Dieu. C'est une indication, ce n'est pas une loi. Il y a tant de « cas d'espèces » ! Chacun doit décider pour soi-même.

Les réunions religieuses. Vous participerez, en tous cas, au culte du dimanche, qu'il fasse beau ou qu'il fasse laid. Pour les autres réunions [11] et vos activités dans l'église, vous tiendrez compte de vos devoirs d'état et des indications de votre pasteur.

Le travail. Le baptisé ne doit être ni un oisif, ni un coureur de réunions, ni un bavard qui discourt sur la piété. Le travail fait avec amour et avec soin remplira la plus grande partie de vos jours.

Le loisir. Cependant vous travaillerez sans hâte et sans l'acharnement des avares. Vous saurez vous ménager des moments de détente chaque jour, et un vrai dimanche de repos chaque semaine. Sans faire ici des lois – car tout est permis – vous éviterez tout ce qui serait distraction malsaine ou vaine – car tout n'est pas utile.

La langue. (Jacques 3/1-12) Elle est le membre le plus rebelle, dit l'Ecriture. Il faut donc avoir, pour la conduire, des principes fermes. Les instructions données par Ste Thérèse ou St Jean de la Croix pour la vie des communautés religieuses, pourront être étudiées avec fruit en vue de notre vie courante.

Dans ce qui précède, je n'ai fait qu'indiquer des sujets d'études bibliques, de lectures spirituelles et de méditations personnelles. Ne prenez pas mon texte pour une loi d'airain des Mèdes et des Perses, mais comme un guide sommaire, qui vous indique la voie où vous vous engagerez par un travail personnel, dans une obéissance libre, souple, harmonieuse, comme la vie elle-même, telle que Dieu la donne et la veut pour vous.

 

Croître dans la grâce en luttant contre le péché.

La sanctification est donnée par grâce dans le baptême, où Dieu met en l'âme la foi vivante, la charité et l'espérance. Ces vertus sont destinées à grandir en vous, imprégnant d'une manière toujours plus intime le tissu de votre vie, et, pour ainsi dire, votre corps lui-même. La croissance dans la grâce se fait en luttant contre le péché. Ceci soulève la question : le croyant baptisé pèche-t-il ? N'est-il pas « entièrement sanctifié » ?

Votre « baptême » vous donnait une absolution totale de vos péchés passés. Vous avez cessé d'être une ennemie de Dieu, vous avez été revêtue, par adoption, du nom de fille de Dieu, en Jésus-Christ, le Fils unique. Jamais plus vous ne ferez une option pour Satan, à qui vous avez renoncé (1 Cor. 10/1-12). Ou bien, vous savez que celui qui, par malheur, ferait ce choix à rebours de son baptême, n'aurait plus d'espérance de salut sur la terre (Hébreux 10/26-31). Que cette pensée vous maintienne dans une crainte salutaire, mais qu'elle ne vous obsède pas ! Car ce que j'appelle option pour Satan, c'est le choix délibéré du mal, avec une entière volonté de rejeter la grâce de Dieu, c'est la manifestation suprême de l'hypocrisie et de l'endurcissement. Votre volonté, même faible et même exposée à de rudes assauts, est tendue vers le bien (1 Jean 3/4-10). En ce sens donc, vous ne pécherez plus : car, si par malheur, vous péchiez, en ce sens-là, vous auriez abusé de la grâce de Dieu.

Mais précisément la volonté est faible, et la volonté charnelle (que les théologiens appellent concupiscence) n'est pas abolie par le baptême. Notre nature reste la nature déchue, quoique pénétrée par la grâce. Il y a donc, dans le baptisé des résistances à l'obéissance, des lenteurs à obéir, des manques de vigilance, des négligences, des chutes même et des reculs passagers. Des tendances mauvaises qui produisirent autrefois des péchés graves, chercheront à repousser en des surgeons d'abord peu apparents. En ce sens-là, le chrétien pèche ; ou disons plutôt qu'il commet des fautes, qu'il a des dettes envers Dieu, qu'il est répréhensible. (Matth. 5/12, Gal. 2/11, Gal. 5/1) Il n'est pas un pécheur révolté, conduisant sa vie selon son caprice, loin de la maison du Père. Mais il est un [12] fils qui, reçu par l'adoption de la grâce, mène, sous le toit du Père, un combat moral effectif, qui comporte des victoires, mais qui admet aussi ses échecs. (Rom. 6 / 12-14) Remarquons que cette voie de Dieu est sage, car si attristantes que soient nos chutes, elles nous préservent du plus grand des dangers, l'orgueil, lequel, s'il s'emparait de nous, aurait tôt fait de nous conduire au péché irrémissible : l'endurcissement, l'hypocrisie, le rejet mortel de la grâce.

Pour lutter contre le péché, nos armes sont essentiellement les sacrements. Sans chicaner sur les mots, nous appelons ainsi les deux sacrements reconnus comme tels par le protestantisme (le baptême et la Cène) et les cinq actes sacrés reconnus par lui sous d'autres noms (la confession, le baptême de l'Esprit ou confirmation, la consécration des ministres, le mariage et l'onction des malades).

L'onction des malades concerne un cas particulier que je n'étudierai pas dans la présente lettre. Le mariage d'une part, la consécration des ministres de l'autre, conférant des grâces à ceux qui les ont reçus, en vue de l'état particulier où ils vivent : je ne m'y étendrai pas non plus à cette place. Restent donc les secours constants donnés à tout chrétien : le baptême d'eau et d'Espritla confessionla Cène.

Le baptême d'eau et d'Esprit.- Il est une source constante de force :

1/ parce qu'il marque dans votre vie le point de départ net, où Christ a pris livraison de la totalité de votre être ; vous pouvez être assurée qu'Il ne cesse de travailler en vous et de guider votre vie par sa sagesse, selon la Providence du Père ; (Jean 10 /27-30)

2/ parce que l'inspiration qui découle du baptême de l'Esprit agit d'une manière constante, spécialement dans la prière secrète. Vous remarquerez son action surtout dans les premières heures du jour avant le contact avec les êtres. Mais même quand vous ne la percevez pas, l'assistance de l'Esprit-Saint vous accompagne. (Jean 14 / 15-17)

Dans le Mouvement de Pentecôte, on veut que tout fidèle ait d'emblée un signe de son baptême de l'Esprit, en particulier de parler en langues. Pour nous, nous recevons le don de l'Esprit par la foi, dans l'imposition des mains. Il est inévitable que ce don se manifeste en nous d'une manière ou de l'autre. Mais nous ne nous hypnotisons pas sur les signes, ni ne fixons à Dieu ceux qu'il doit nous donner. La situation la plus heureuse est d'exercer des dons de l'Esprit sans savoir qu'on les a reçus. Les dons de parole (parler ou chant en langues ; paroles inspirées dites au nom de Dieu) n'étant pas en usage dans les assemblées de l'Eglise réformée, nous les réserverons pour la prière secrète, si nous en sommes favorisés. Ces charismes ont, du reste, leurs dangers d'erreur, et ils soulèvent la question de la direction spirituelle, que je vais aborder dans le paragraphe suivant.

La confession.- Le baptisé pratique d'une manière constante l'examen de conscience et de sa conduite, afin de la confesser à Dieu, en Christ (constante = à intervalles réguliers, en y revenant autant que cela est nécessaire). S'il veut apporter la confession devant un serviteur de Dieu, la difficulté est que tous les pasteurs réformés ne sont pas disposés, dans l'état actuel, à donner une absolution véritable et personnelle. (Jean 20/23, Jacques 5/16)

Tant pour cette absolution, que pour la direction spirituelle nécessaire dans la lutte contre le péché et dans le développement de la prière, je suis prêt à donner le secours de mon ministère aux personnes « baptisées » selon l'esprit de cette lettre, mais qui ne demeurent pas dans ma paroisse. Je les regarde alors comme des hôtes qui peuvent venir me voir et être entourés de l'affection de mon église. Cette dépendance à l'égard de Charmes est soumise à quelques conditions que [13] je tiens à bien préciser :

a. ma direction spirituelle ne doit empiéter en aucune mesure sur le ministère régulier du pasteur de votre église locale. Vous êtes, au plein sens du mot, membre de votre église locale. C'est par elle que vous êtes reliée à l'Eglise visible universelle. Votre pasteur local est, au plein sens du mot, votre pasteur, que Dieu vous a donné. Je n'ai rien à vous communiquer là où ce pasteur agit auprès de vous de la part de Dieu. Je n'ai pas à empiéter sur les droits qu'il a sur vous, ni sur le ministère effectif qu'il exerce. Pour m'appeler « votre pasteur », il faudrait que Dieu vous donnât ce signe : que vous habitiez sur une des 3 communes de ma paroisse. En l'état actuel vous êtes l'hôte de mes paroissiens, qui me permettent de m'occuper de vous ; je suis, si vous voulez, un directeur spirituel pour vous, un conseiller, un guide, mais en dehors de la hiérarchie ecclésiastique.

b. ma direction spirituelle peut s'exercer, non pas toujours directement, mais par le moyen des personnes en qui je place ma confiance. Mon temps ne suffirait pas à tout, si je n'avais des collaborateurs éprouvés. Je vous prie de les recevoir comme moi-même, et de vous laisser instruire par des aides qui ont vraiment compris mes instructions, et qui peuvent, du reste, en référer à moi.

c. Si j'exerce un ministère dont l'influence s'étend hors de ma paroisse, c'est parce que j'ai une vocation au service de Dieu. Voici ce que je veux : que le peuple d'Israël se convertisse à Jésus-Christ ; que l'Eglise sauve le monde, non pas en le moralisant ou le civilisant, mais en hâtant l'avènement du Seigneur, la Résurrection des morts et le Jugement dernier. C'est vous dire que, malgré le plaisir que j'y trouverais, le temps me manque pour entretenir avec les fidèles des relations d'amitié. Si vous venez à moi, je vous prends comme un militant pour Jésus-Christ dans mon œuvre ; je vous enrôle comme collaborateur de ma prière. J'inscris dans votre cœur et dans votre vie l'Evangile que Dieu m'a donné. Si vous ne vous sentez pas préparée à cela, ne vous approchez pas de moi. Comprenez, dans la charité de Jésus-Christ, que je ne puis pas m'enrôler dans les sujets particuliers de prière que me donneraient les uns et les autres : car, pensez-y je serais déchiré entre 100.000 choses diverses, où chacun voudrait m'engager. Georges Clémenceau disait : « je fais la guerre ! ». Moi aussi. Si vous voulez vous battre sous mes ordres, pour Jésus-Christ, venez ! Mais moi, je ne puis pas sacrifier ma vocation aux mille intérêts particuliers qui voudraient souvent me solliciter.

 

Si vous avez bien compris ces choses, Charmes vous est ouvert dans toute la mesure où vous vous sentez appelée à y venir. Je ne constitue pas un mouvement, avec des gens qui en seraient membres et d'autres non. Je suis là, tel que je suis. Ceux qui veulent venir, viennent. Sinon, non.

La Sainte-Cène.-  Ce que je viens de dire là s'applique en particulier à la Sainte-Cène. Au Temple de Charmes, 4 fois par an actuellement, je prononce sur du pain et du vin une prière de consécration afin que par l'action des paroles du Christ : « Ceci est mon corps – cette coupe est le nouvelle alliance en mon sang », ce pain et ce vin deviennent réellement pour nous le corps et le sang de Christ, nous apportant à nouveau une absolution complète, même des fautes ignorées de nous-mêmes, et surtout une augmentation de la foi, de la charité et de l'espérance, qui se manifestera en nous, pourvu que nous les recevions dans la foi déjà formée en nous et avec toute l'adoration dont nous sommes déjà capables. (Matth. 26/26-28 et parall.) Il est vrai que j'ai été très long avant de [14] comprendre cette réalité de la Cène, et je crois que c'est pour cela que Dieu a détruit la « communion du Réveil » que j'avais essayé d'établir depuis 1934, et qui a passé par une mort complète le 3 septembre 1939. Elle ressuscite maintenant, dans cette réalité toute nouvelle, aux grandes fêtes de Charmes (Noël – Pâques – Pentecôte – 3ème dimanche de septembre).

Sans nuire à la vie de votre église, vous pourriez mettre en tous cas à part le 3e dimanche de septembre pour participer à la Communion de Charmes.

En règle générale, il est essentiel que vous preniez part à la Communion de votre église locale, à moins que vous n'ayez, à ce moment-là des raisons valables de vous absenter. Vous recevrez cette Cène locale en comprenant devant Dieu l'intention qui est celle du pasteur qui vous la donne et en vous y associant de cœur.

 

Accepter toute souffrance de la main de Dieu.

Dieu est le maître de la souffrance. (Matth. 10/29) Aucune souffrance n'arrive sans sa volonté souveraine, soit, disent les théologiens, que Dieu l'ait commandée, soit qu'Il l'ait permise. Pour celui qui la subit, le résultat est le même : la souffrance reçue est reçue de la main du Père, quels que soient les agents secondaires qui l'infligent, et même si ceux-ci pèchent en l'infligeant.

Cet enseignement a une importance capitale. Si on voulait l'exposer en détail, il faudrait de longs développements, car il est souvent mal compris. Pour terminer cette lettre de préparation, je me bornerai à signaler quatre thèmes de méditation, dont l'approfondissement ne peut se faire qu'au contact de l'expérience concrète et réellement vécue.

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a. Les souffrances passées. Elles ont été toutes dans la volonté de Dieu, pour vous amener au point où vous êtes maintenant. Sans elles, vous n'eussiez pas livré votre vie à Dieu, comme vous le faites. Placez-vous donc devant la Croix où Jésus a souffert plus gravement qu'aucune créature ne souffrira jamais : Il a souffert pour vous racheter du tourment éternel que vous méritez pour vos péchés. A vous qui n'avez droit qu'à l'enfer, Jésus-Christ, par ses souffrances, fait don du pardon, de la sainteté, de la vie éternelle. Tel est son amour pour vous. S'il vous a ainsi aimée, le Père et le Fils, qui ne sont qu'Un, vous aimaient encore dans ces grandes et incompréhensibles épreuves, qui, cependant ouvrirent votre cœur à la grâce. Vous plongerez dans l'eau du baptême toutes les révoltes de la chair et du cœur de chair devant vos souffrances passées ; vous les y déposerez, pour ainsi dire ; vous demanderez, dans cette mort totale, la grâce d'une parfaite consolation, comme le sommeil efface les peines du jour qui n'est plus.

b. Les souffrances à venir. Vous les accepterez toutes à l'avance, comme, dans son baptême, Jésus a accepté la Croix qu'Il figurait d'une manière déjà si nette (Matth. 16/24). Ainsi vous prendrez votre Croix. Elle se présentera souvent à vous, dans la suite, sous la forme de petites contrariétés, d'exaucements différés, d'ennuis mesquins. Vous aurez à apprendre, par ces choses, la patience (Jacques 1/2-4). De grandes épreuves, des tribulations et des persécutions vous attendent (Matth. 5/10-12, 1 Pi. 1/3-9, 2 Tim. 3/12, 1 Cor. 10/13). Vous saurez désormais qu'en ces choses, Dieu n'est jamais cruel, inhumain, arbitraire, même si les hommes ont à vos yeux un tel visage. Il est et sera toujours votre Père. Vous aurez, certes, bien des résistances : mais celles-ci même, vous les livrez à l'avance dans le baptême ; c'est tout ce que Dieu demande à sa créature. Dans sa Sagesse, Il saura vous amener à [15] les lui livrer une à une, si du moins vous persévérez dans la foi en son amour.

Un point capital sera de toujours considérer une souffrance contrariante, pénible, difficile à accepter, comme ayant une utilité pour vous. Elle sera une « verge », que votre cœur de fille prendra avec humilité et avec un esprit de pénitence (Hébr. 12/4-11). Je ne dis pas que Dieu sera pour vous un juge tyrannique, sanctionnant chacune de vos fautes par un coup frappé sur vous. Non. Il vous enveloppera, au contraire, toujours de sa grâce (Jean 16/33). Mais, dans sa grâce même, quand il introduira la souffrance dans le tissu de vos jours, c'est qu'Il aura à vous parler, à vous attirer plus près de son cœur, à vous faire franchir une étape importante de votre croissance dans la charité (Osée 2/16).

c. Les souffrances d'autrui. Vous devez aussi les accepter sans révolte contre le gouvernement divin. Nous vivons en un temps de jugement, où l'endurcissement des cœurs est grand, et où, sans la souffrance, les hommes seraient damnés. Leur folie rend les catastrophes inévitables, et la Sagesse divine se sert de ces catastrophes même pour les envelopper de sa grâce et les rendre à la dignité d'homme. L'Eglise aujourd'hui ne saurait être une Mère trop faible qui brise la verge dans la main du Père. Elle est l'Epouse vaillante de Celui qui paît les nations avec une verge de fer (Psaume 2/7-9, Apoc. 2/26-28).

En même temps, vous porterez les souffrances d'autrui dans la compassion, qu'elle que soit la gravité de son péché. Vous intercéderez pour les coupables, les indifférents, les tièdes. Vous prierez pour le salut du monde. Vous ne vous réjouirez pas de la chute de vos ennemis, mais vous adorerez le Père, qui ne veut pas la mort éternelle du pécheur, mais qu'il se repente et qu'il vive.

d. Les souffrances à donner. L'obéissance à Dieu pourra vous demander de donner la souffrance à autrui. Ainsi le devoir du père ou de la mère de famille est bien de corriger ses enfants. Chargée d'une responsabilité ou d'une autorité, vous ne pouvez l'exercer sans exiger la souffrance de la part de ceux qui vous sont confiés. Comme chrétienne, par votre refus de pactiser avec le monde, vous ferez souffrir des êtres qui vous sont chers. La netteté et la droiture de votre vie feront grincer les dents des innombrables êtres fourbes que vous côtoierez. Vous souvenant de votre faiblesse devant la souffrance, avec quelle compassion, quelle douceur, quelle tendresse secrète, vous frapperez ainsi votre prochain ! Dans cet exercice de la vertu de force vous comprendrez quelle réserve de tendresse il y a envers vous-même dans le cœur du Père céleste, quand les événements semblent ne vous parler que de sa juste colère !

Sur la Croix, le Vendredi-Saint, le corps brisé et les meurtrissures de Jésus-Christ expriment une Parole éternelle : « Mon Père ». Que votre consécration par l'immersion de votre corps, rejoignant le sacrement que vous avez reçu dans la première enfance, et ne formant avec lui qu'un seul baptême, vous lie à Jésus-Christ comme une fille de l'adoption, exprimant à votre tour dans toute votre vie cette Parole, qui est pour vous la vie éternelle : « Notre Père ».

 

Charmes , le Jeudi-saint 6 avril 1944.

 

 

 

La signification du sacrement dans le Baptême et la Sainte-Cène

pour l’Eglise qui les administre et pour celui qui les reçoit.

 

- 1947 -

Note des éditeurs : Ce texte existe sous forme d’un cahier manuscrit avec le texte principal en page de droite (numérotée de 1 à 23) et les notes en page de gauche (sans numérotation). Les 12 thèses n’apparaissent qu’à la fin du cahier, sur deux pages en vis-à-vis. Dans l’édition dactylographiée, les thèses étaient aussi exposées à la fin du cahier et simplement signalées dans le corps du texte par un chiffre romain.

Nous avons choisi de les citer au début du présent texte et au début de chaque paragraphe concerné.

De même, les notes qui figuraient dans un cahier dactylographié séparé seront ici indiquées en bas de page.[6]

 

THESES

 

I.        Le Baptême et la Sainte-Cène ont été remis par J-C, à l’Eglise, en tant que celle-ci est un corps social visible et hiérarchisé : ils font partie, avec la Parole, du dépôt tangible confié à l’Eglise.

II.       Le Baptême et la Sainte-Cène comportent un signe visible composé de choses (res) et de paroles (verba).

III.      Ils sont administrés à tel homme particulier, lequel tombe du fait de leur réception sous la juridiction de l’Eglise. En même temps, cet homme est mis au bénéfice des grâces surnaturelles qui sont en J-C.

IV.     Toutefois si le baptême et la Sainte-Cène n’étaient saisis que sous les deux aspects que présente la Thèse III, l’essentiel nous échapperait encore, et nous irions au-devant d’une sclérose de l’Eglise où se juxtaposeraient d’une part une hiérarchie dont le caractère juridique et politique s’accentuerait, d’autre part un chrétien dont le salut tendrait à revêtir un aspect de plus en plus individualiste et comme mécanisé.

V.      Le point essentiel du Baptême réside dans la consécration qu’il effectue, laquelle établit un rapport nouveau entre le Christ et l’homme appelé à faire partie de son Corps.

VI.     Le Mystère de l’Eglise est la réalité du Corps de Christ, lequel constitue comme un « moyen terme », un milieu surnaturel, entre le donné juridique et l’individu sauvé.

VII.    C’est par la Cène que la vie du Christ se répand dans l’Eglise – Corps du Christ, qui est dans sa réalité intime un organisme vivant et surnaturel. Il y a lieu de noter ici que tout baptisé est normalement un communiant, et que les deux actions sacrées forment elles-mêmes un organisme.

VIII.    Le Baptême et la Cène couronnent l’action de la parole, et ils supposent chez ceux qui les reçoivent la foi, par laquelle ils sont préparés, et dans laquelle ils s’épanouissent.

IX.     Par le Baptême et la Cène la vie surnaturelle du fidèle est mise dans la dépendance de la vie du Corps de Christ. Le salut de l’individu ne se sépare pas du salut du Cosmos, qui se réalise par l’Eglise - Corps du Christ.

X.      La prédication de la parole et l’édification du Corps de Christ ayant toujours un sens eschatologique, le Baptême et la Sainte Cène sont toujours ordonnés au Retour de Jésus-Christ.

XI.     Il est possible que le Baptême et la Cène soient comme rejetés par celui qui les a reçus, dans le cas où il y a non seulement absence ou sommeil de la foi, mais rejet volontaire de celle-ci : ainsi se constitue l’apostasie.

XII.    Reprenant le mot traditionnel de Sacrement pour désigner l’organisme Baptême - Cène, il paraît légitime de dire que :

         Les Sacrements de la Nouvelle Alliance sont des signes composés de « choses » et de « paroles »; remis en dépôt par Jésus Christ à son Eglise visible et hiérarchisée ; en vue de maintenir en elle jusqu’à son retour la vie organique surnaturelle de son Corps, au sein duquel les fidèles qui en sont les membres reçoivent les grâces apportées par l’Evangile, chacun selon la mesure de foi qui lui est départie.

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I.     Le Baptême et la Sainte-Cène ont été remis par J-C, à l’Eglise, en tant que celle-ci est un corps social visible et hiérarchisé : ils font partie, avec la Parole, du dépôt tangible confié à l’Eglise.

 

[1] S’il est une expression que j’aimerais voir bannie du langage de la théologie, c’est bien celle d’Eglise invisible. J’ignore si Calvin l’a employée ? Pour ma part je ne l'ai lue ni dans l’Epître au Roy de France, ni dans le 4ème Livre de l'Institution, sauf au passage où le Réformateur dit « qu'il nous est nécessaire de croire l’Eglise invisible à nous ».[7] Sa pensée est très ferme : l'Eglise est une grandeur visible, et il joint sans cesse ces deux mots [8]; mais l’Eglise visible a deux limites : premièrement, il n’est pas toujours aisé de reconnaître où elle est ; l’Eglise « peut consister sans apparence visible », être « cachée sans forme ».[9] Deuxièmement l’Eglise des élus, laquelle, notons-le, sera visible dans et pour l’éternité, n’est pour le moment connue avec certitude que de Dieu seul.[10] D’une Eglise invisible, qui ne serait qu’une république platonicienne des esprits, nulle trace, est-il besoin de le dire, chez Calvin. L’Eglise nous apparaît évidemment et comme à l’œil « partout où nous voyons la Parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les Sacrements être administrés selon l’institution de Christ ».

Nous rejoignons ici, avec la pensée calvinienne, les origines les plus certaines de l’Eglise visible sur la terre. L’Eglise est constituée gardienne d’un dépôt.[11] C’est d’abord une Parole, parole écrite dans l’Ancien Testament devenu l’objet d'une interprétation nouvelle en Christ.[12] L’interprétation nouvelle, la parole du Christ, l’Evangile, réside dans des êtres de chair, les apôtres, instruits par leur Maître ; elle prendra forme concrète pour les siècles ultérieurs dans les écrits de la Nouvelle Alliance.[13] Liés à la Parole, le dépôt comporte des signes, ou des actions, que nous nommons sacrements, et qui sont inséparables d’elle. Le Baptême et la Cène sont, par excellence, de tels signes. Tout comme la Parole, Baptême et Cène sont remis aux apôtres ; ce sont eux qui reçoivent la première Cène des mains du Christ qui va être crucifié ; ce sont eux qui reçoivent du Christ ressuscité l’ordre de baptiser les nations.[14] Aussi, lorsque le Saint-Esprit aura fait son œuvre dans les cœurs, le jour de la Pentecôte, Pierre, à son tour, ordonnera de baptiser ceux qui acceptent la parole prêchée par lui.

Baptisés, ceux-ci vent persévérer dans la fraction [2] du pain. C’est Pierre encore qui ordonne de baptiser le païen Corneille, et lorsque, selon toute vraisemblance, Paul aura baptisé de très nombreux païens au cours du 1er voyage missionnaire, il sera conduit à venir vers les apôtres de Jérusalem, afin de ne pas courir ou avoir couru en vain.[15]

 

II.    Le Baptême et la Sainte-Cène comportent un signe visible composé de choses (res) et de paroles (verba).

 

Au sein de l’unique dépôt, en quoi le Baptême et la Cène se distinguent-ils de la Parole ? Avant tout, ils comportent un élément visible : l’eau, le pain et le vin. La Parole, passant par le sens de l’ouïe, atteignait, pour ainsi dire, directement le cœur et l’esprit. L’eau, le pain, le vin, s’adressent à la vue et au toucher. Nul doute que les éléments n’aient par eux- mêmes un sens : l’eau parle de purification ; dans le rite d’immersion, elle parle de mort ; le pain et le vin parlent de nourriture. Mais tout bain n’est pas le Baptême. A Ephèse, Paul baptise au nom du Seigneur Jésus environ douze hommes qui avaient reçu une immersion comme disciples de Jean.[16] A l’eau, l’apôtre ajoute une parole par laquelle, cette fois, ils sont baptisés au nom du Seigneur Jésus. Ainsi l’on est mis-en contact avec l’eau dans le nom, ou au nom du Christ.[17] Faut-il chercher dans certains textes la mention explicite de la parole jointe à l’eau pour constituer le Baptême chrétien ? Cela soulève des problèmes exégétiques au sujet de Jean 15/3 et de Ephés. 5/26.[18] Passons. - Quant au pain et au vin, si il s’agit de nourrir le corps, les Corinthiens ont des maisons pour y manger et boire.[19] Jésus, à la première Cène a rendu grâce sur le pain et le vin,[20] et a prononcé des paroles que l’Eglise a gardées, liées à ce pain et à ce vin. Elles désignent le pain et le vin comme étant le Corps et le Sang du Seigneur, que l’on est coupable de ne pas discerner.[21]

La coexistence dans le Baptême et la Cène de l’élément matériel, joint à des paroles, a donné naissance, dans la théologie scolastique, à la doctrine de la matière et de la forme des Sacrements, par laquelle la pensée chrétienne s’articule sur Aristote.[22] Les anciens théologiens employaient les expressions, d’une part de res (chose), signum (signe), elementum (élément), et d’autre part de verbum (parole), preces (prières), invocationes (invocations).[23]

Nous admettrons donc comme premier caractère du Baptême et de la Cène, en tant qu’ils se distinguent de la prédication, la présence d’un élément visible et tangible joint à des paroles. Ces paroles ne sont pas n’importe quelles paroles, mais celles-là même qui élèveront l’élément matériel à la dignité d’un agent spirituel. Les symboles qu’évoquent naturellement les choses ne suffiraient pas à constituer ici l’action sacrée.

 

III.    Ils sont administrés à tel homme particulier, lequel tombe du fait de leur réception sous la juridiction de l’Eglise. En même temps, cet homme est mis au bénéfice des grâces surnaturelles qui sont en J-C.

 

[3] Il n'y a pas que l’élément matériel qui soit désigné d'une manière particulière par les paroles qui l’accompagnent. Le baptisé est mis en contact avec l'eau[24] ; le communiant reçoit et mange le pain, il boit le vin.[25] Ainsi l’homme qui reçoit le Sacrement est enveloppé dans une action qui le touche personnellement et directement. L’Eglise lui dit : Je te baptise, ou encore : Prends, mange, ceci est le Corps du Christ. Comparons avec ce qui se passe dans la prédication. Ici l’apôtre annonce la bonne nouvelle à tous sans exception. Le soleil se lève sur les méchants et sur les bons. Mais, est-il dit, ceux qui acceptèrent la parole de Pierre furent baptisés.[26] Inversement Paul déclare aux Juifs d’Antioche de Pisidie : Puisque vous repoussez la Parole de Dieu et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les Païens.[27] Ainsi la Parole est prêchée à toute créature. Mais l’Eglise, έκκλησια est la κλητη αγια,[28] appelée à un service défini pour le Christ, mise dans un rapport défini de dépendance vis-à-vis de Lui. La prédication est pour le monde entier; le Baptême et la Cène sont pour l’Eglise. L’élection divine se manifeste en un être par le don de la foi.[29] Par la foi, il se livre. Le Baptême et la Cène s’emparent, grâce à la désignation qu’opèrent les paroles jointes à l’élément matériel, de celui qui se donne.

L’être qui reçoit la foi se livre à qui ? Au Christ, certes, mais aussi à l’Eglise qui l’a appelé par la prédication et qui lui donne le Baptême ou la Cène. Les actions sacrées incorporent à la vie de la société hiérarchisée à la tête de laquelle sont les apôtres. Dès lors le fidèle sera justiciable de cette société ; par elle il sera instruit, repris, exhorté. Elle pourra exercer à son égard des sanctions, dont elle ne dispose absolument pas à l’égard de ceux qui ne sont pas ses membres.[30] Au IVème siècle Saint-Augustin témoigne de l’emploi, par les évêques, des verges dans l’exercice de leurs fonctions judiciaires sur les fidèles.[31]

La fonction de l’Eglise ne se borne pas à corriger. Elle donne à ses membres ce qu’elle reçoit du Christ. Par le Baptême elle leur a ouvert tous les trésors de la grâce : Tout est à vous, et vous êtes à Christ.[32] Par la Cène, elle donne une croissance dans la grâce qui est en Jésus-Christ.

Ainsi, par le moyen de l’élément matériel joint à. des paroles, le Baptême et la Cène contribuent avec la prédication, à la constitution et à la croissance de l’Eglise. En même temps ils enrichissent l’âme de l’homme chrétien.

 

IV.   Toutefois si le baptême et La Sainte-Cène n’étaient saisis que sous les deux aspects que présente la Thèse III, l’essentiel nous échapperait encore, et nous irions au-devant d’une sclérose de l’Eglise où se juxtaposeraient d’une part une hiérarchie dont le caractère juridique et politique s’accentuerait, d’autre part un chrétien dont le salut tendrait à revêtir un aspect de plus en plus individualiste et comme mécanisé.

 

La notion du Sacrement à laquelle nous aboutissons est- elle complète ? Si elle l’était, n’appellerait-elle pas des [4] réserves ? Ne pourrait-on pas lui reprocher, d’une part d’être trop juridique, d’autre part, et en même temps d’être trop individualiste ?

Examinons l’aspect juridique du Sacrement. C’est le lieu d’étudier l’origine même du mot.[33] II est à peine biblique : car, si S. Jérôme emploie 8 fois Sacramentum dans le N T. pour traduire musthrion[34], le sens n’est jamais celui de rite ou acte sacré, mais généralement celui de secret de Dieu relatif au salut des hommes par le Christ, secret aujourd’hui dévoilé. Ce sont les Pères grecs de l’Ecole d’Alexandrie[35] qui ont été conduits par leur notion de l’exégèse allégorique à appliquer le mot mystère aux vérités et aux rites du Christianisme. Ce sont les Pères latins, de Tertullien à Cyprien, qui ont fait prévaloir la traduction de musthrion par Sacramentum. L’élément décisif dans la pensée de Tertullien[36], qui fut ici l’initiateur, c’est l’existence du Sacramentum militias, le serment prêté par les recrues à leur entrée au service, et qui fait d’elles des personnes consacrées en les engageant vis-a-vis d’un dieu. C’est par ce biais que Tertullien et ses continuateurs retrouvent dans Sacramentum l’idée du mystère. Ainsi l’aspect juridique est au premier plan dans le choix mène qu’ont fait les Latins du mot Sacrement.

S. Paul s’inspire souvent des images militaires. Le service de Christ est, une militia Christi.[37] Les orateurs sacrés proclameront que l’Eglise est la milice de Jésus-Christ.[38] Nous le voulons bien. Mais laissons-nous aller à rêver quelques instants. Imaginons que les serviteurs du Maître absent, nantis de leurs privilèges hiérarchiques, s’endorment quant à l’étude et à la prédication de la Parole.[39] Cependant un pouvoir politique, convaincu maintenant de la bienfaisance de leur mission, les soutient. Ne sera-ce pas une tentation pour eux que d’incorporer indéfiniment leurs recrues par les sacrements, qui joueront pour ainsi dire d’eux-mêmes ? II suffirait, théologiquement, de dégager une notion abstraite, mais juste, du Sacrement, et de l’appliquer en série. Le Sacrement du Baptême comporte telle et telle condition. Elles ont été appliquées ? Bien : vous êtes un baptisé, vous êtes un chrétien. De même vous aurez été validement communié, et on pourra même compter le nombre des communions faites.

Les expressions que nous employons montrent comment l’individualisme fait pendant au juridisme. Péguy parle[40] quelque part d’un grand Bon Marché intellectuel, où l’on serait toujours sûr de trouver des vêtements scientifiques tout faits. Poussant les choses à l’extrême, l’Eglise ne risquerait-elle pas de se scléroser en une grande institution juridique où chaque individu, serait sûr de trouver, par les sacrements, des grâces étiquetées d’avance ?[41]

 

V.    Le point essentiel du Baptême réside dans la consécration qu’il effectue, laquelle établit un rapport nouveau entre le Christ et l’homme appelé à faire partie de son Corps.

 

[5] C:est dans la doctrine paulinienne du Baptême que je chercherai le nescio quid qui manque à notre notion du Sacrement, composé de choses et de paroles, et plaçant le fidèle à la fois sous la juridiction de l’Eglise et au bénéfice des grâces de la Nouvelle Alliance. Je prendrai pour cette recherche les textes très denses que fournit l’Epître aux Colossiens.[42]

Au verset 6 du chapitre second, l’apôtre exhorte les Colossiens à marcher en Christ, sans se laisser détourner par l’erreur. Car en Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité, et en lui les fidèles sont remplis de toute plénitude. Ici apparaît le Baptême dans les mots : en w kai perietmhyhte peritomh aceiropoihtw (v. 11). « En lui vous avez été circoncis d’une circoncision non faite par la main (sous-ent. de l’homme) ». C’est le Baptême. Il s’oppose à la Circoncision juive qui, elle, est faîte de main d’homme. Le Juif est circoncis par un ministère humain qui, en le dépouillant de l’incirconcision de sa chair, imprime en lui un signe prophétique, un signe qui annonce la grâce, mais qui ne la donne pas, car la nain de l’homme ne saurait communiquer le don de Dieu. Celui qui administre le Baptême ne tient pas la place de celui qui opérait la Circoncision. Le Baptême n’est pas effectué par la main de l’homme mais par la main de Dieu, c’est pourquoi il est dit aceiropoihtov [43], Au signe prophétique succède un signe actualisé, où Dieu est engagé, donc un signe opérant, un signe efficace.

La circoncision non faite de main d’homme est accomplie, continue le texte « dans[44], le dépouillement du corps de la chair, dans la circoncision du Christ ». Cette dernière expression désigne la crucifixion ou Jésus a été dépouillé du corps de la chair pour être, revêtu, par la Résurrection, du Corps glorieux. La circoncision juive se référait prophétiquement à la Croix, le Baptême plonge le croyant dans cette circoncision du Christ opérée par la main de Dieu.

S. Paul nous enseigne ainsi le sens que l’on peut appeler mystique ou spirituel du Baptême ; ce qui n’est pas à dire un sens vague, poétique ou sentimental, mais la plongée la plus profonde que notre pensée puisse faire dans le réel. C’est, la pensée de l’Epître aux Romains[45], l’ensevelissement avec Christ, replacé dans un ensemble qui nous conduit de l’Ancienne Loi à son abolition par la Croix, puis à la circoncision nouvelle dans la Croix. La circoncision du Christ s’opère une fois pour toutes sur le Calvaire, elle est opérée dans le croyant à son Baptême. Chaque Baptême actualise le Calvaire et rend un nouvel être humain participant de l’acte que Dieu y a opéré : destruction de la Loi, pardon des péchés, suppression de tous médiateurs autres que le Christ entre Dieu et l’homme.

 

VI.   Le Mystère de l’Eglise est la réalité du Corps de Christ, lequel constitue comme un « moyen terme », un milieu surnaturel, entre le donné juridique et l’individu sauvé.

 

[6] Avant de reprendre la même recherche sur la Cène, montrons plutôt la réalité de l’Eglise qui est ici enveloppée dans le Baptême.

L’alliance mosaïque fondait un Etat régi par Dieu par l'intermédiaire de principautés angéliques.[46] Le Juif y reçoit un signe, la circoncision qui ne le sort pas de l’isolement métaphysique où le péché a plongé la créature, mais qui l’oriente vers des biens à venir. En Christ est donnée la plénitude de la divinité, laquelle, communiquée aux hommes, est l’Eglise, « plénitude de celui qui remplit tout en tous ».[47]

Le Baptême en plaçant l’homme dans la Croix, le place donc dans l’Eglise qui va prendre naissance à la Croix[48], C’est ce qu’expriment, les trois verbes composés au moyen de la préposition sun , qui continuent dans le ch. 2 des Colossiens le développement de la circoncision non faite de main d’homme :

suntafentev autw en tw baptismati…

en w kai sunhgeryhte…

sunezwpoihsen umav sun autw[49]

Ces verbes confirment amplement l’identification du Christ et du baptisé, que nous ayons désignée comme l’essentiel du Sacrement. De plus, s’ils mettent chaque homme dans un contact avec le Christ que crée le pardon, ils mettent de même les hommes en contact les uns avec les autres en Christ. La malédiction du péché, c’est la rupture de l’unité, la division, l’isolement. L’Eglise, c’est l’unité en Christ des êtres jusque là séparés tout simplement parce que pécheurs, tant Juifs que Grecs.

Notre première approche de la signification des Sacrements nous avait placés devant un double aspect, juridique et moral, de l’Eglise. Le caractère juridique présentait, disions-nous, un danger de formalisme social, et le caractère moral un danger d’individualisme. C'est que nous n’avions pas discerné encore que la réalité de l'Eglise, c’est son existence mystique et spirituelle, dans le Christ.[50] L’aspect juridique et l’aspect moral sont les deux extrêmes de la tension à laquelle la réalité de l’Eglise est soumise par son pèlerinage à travers l’histoire. La raison abstraite perd le lien entre ces formes extrêmes de l'idée de l’Eglise, qui ne se manifestent pourtant que parce qu’il les soutenant et les unissant par le dedans, ce terme intermédiaire qu’est la réalité de l’Eglise dans le Christ.

 

VII. C’est par la Cène que la vie du Christ se répand dans l’Eglise – Corps du Christ, qui est dans sa réalité intime un organisme vivant et surnaturel. Il y a lieu de noter ici que tout baptisé est normalement un communiant, et que les deux actions sacrées forment elles-mêmes un organisme.

 

Les données écrites du N.T, sur la Sainte-Cène se composent de quelques textes essentiels,[51] qui laissent pressentir une vie intense dans le culte des communautés primitives, mais contiennent peu de développements théologiques. Pour notre propos, voici l’essentiel :

[7]   - la Cène est une nourriture et un breuvage;

- cette nourriture est en rapport, avec la Croix.

« Prenez, mangez... Buvez-en tous » dit le texte de l'institution de la Cène selon Matthieu. Sous une forme ou une autre, les parallèles, chez Marc, Luc et Paul parleront de manger et de boire. Dans l’enseignement que Jean donne sur la Cène au ch. 6, il s’agit de manger la chair du Fils de l’homme et de boire son sang. La figure de la Cène dans l’A.T., c'est, nous dit Paul, un aliment spirituel et un breuvage spirituel.[52]

L’acte social et juridique, dans la Cène, est donc la participation au repas où l’Eglise donne le Corps et le Sang de Christ [53]; l’effet moral dans le croyant sera le développement de vertus formées par la grâce.[54] Entre ces deux extrêmes nous devons placer, ici encore, un moyen terme, qui sera la manducation mystique,[55] la réception par les fidèles de cette réalité qui est le Corps et le Sang du Christ. Ainsi Christ, dans la Cène, se donne, non pas à l’âme isolée, mais au Corps réel que le Baptême avait déjà formé ; il est la nourriture, donc la vie de ce Corps.

De même que Ephés. 5/26 nous présentait l’Eglise comme tout entière baptisée, de même c’est cette Eglise que le Christ nourrit de sa propre chair, lorsqu'elle s’assemble pour le repas du Seigneur.

Un tel mystère n’est possible que par la Croix. Inutile d’insister. Que la 1ère Cène ait été un repas pascal, ou que Jésus soit mort à l’heure où l'on immolait la Pâque,[56] de toute manière, c’est par le sacrifice de la Croix, que le Corps historique du Christ devient le Corps mystique de l’Eucharistie, et que le Corps réel de l’Eglise reçoit sa vie de lui.[57]

Le début de I Cor. 10 montre, par la typologie de la mer Rouge, de la manne et du rocher, que le Baptême et la Cène forment un organisme déjà figuré dans le peuple convoqué de l’Ancienne Alliance.[58] L’Eglise primitive ne conçoit le Baptême qu’en vue de la participation à la Cène. Déjà, nous avons la liaison dans Actes 2,[59] et le précepte de la Didachê : « Que personne ne mange du Seigneur »[60] suppose aussi que tous les baptisés,[61] seront présents dans I’assemblée eucharistique. Enfin l’unité organique du Baptême et de la Cène résulte de leur commun enracinement dans la Croix.

 

VIII. Le Baptême et la Cène couronnent l’action de la parole, et ils supposent chez ceux qui les reçoivent la foi, par laquelle ils sont préparés, et dans laquelle ils s’épanouissent.

 

Qu’il soit nécessaire de croire pour communier, cela est rarement mis en doute. Le discernement du Corps et du Sang du Seigneur, qu’exige l’apôtre, est un discernement de- la foi. A [8] travers le pain et le vin présentés aux sens, la foi reçoit l’enseignement de la Rédemption, et elle croit au Corps et au Sang de Christ qui lui sont donnés. Inversement le discours sur le Pain de vie est rejeté par ceux, qui ne croient point.[62]

Quand nous disons que la foi est tout aussi nécessaire antérieurement au Baptême, nous n’entendons pas renverser par là le Baptême des enfants. Nous étudions ici la signification du Sacrement. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que la foi est condition préalable au Baptême ; s'il y a Baptême des petits enfants, il y faudra donc la foi. Le Baptême découle de la Croix aussi bien que la Cène : la foi y est nécessaire pour la même raison. Les réalités que nous avons placées dans le milieu spirituel et mystique où se forme et vit l’Eglise réelle, sont toutes proposées à la foi.[63]

La foi vient de ce que l’on entend.[64] Elle naît dans l’esprit sous l’action de la prédication. Le Sacrement est un appel à sa manifestation la plus entière, celle qui engage tout l’être, esprit, âme et corps. Dans l’acte même du Baptême et de la Cène, la volonté de l’homme se soumet sans réserve à la volonté divine, souverainement proclamée dans la Croix. Le corps du fidèle baptisé et qui communie est le lieu où viennent affleurer visiblement, dans leur harmonie reconquise, la volonté de Dieu et celle de l’homme. Pour l’homme Baptême et Cène n’ont de sens que dans l’obéissance de la foi.[65] De la part de Dieu ils sont œuvres de sa pure grâce. C’est pourquoi Paul peut écrire à Tite que Dieu nous a sauvés, non à cause de nos œuvres, mais par le bain de la nouvelle naissance.[66]

Que faut-il penser à cet égard des distinctions que nous propose la théologie catholique, entre Sacrement valide et Sacrement fructueux d’une part, entre opus operatum et opus operantis de l’autre ? Selon la première, la foi de celui qui reçoit le Sacrement est condition du fruit, non de la validité.[67] Je l’admets, mais j’ajoute que, si l’on ne prend pas les plus grandes précautions pour éviter l’habitude des Sacrements infructueux, on aura vite ancré dans la crédulité humaine que le Sacrement opère la sanctification sans la foi, par simple contact : c’est le sens magique que l’on prête souvent à l’opus operatum.[68] Quoique cette dernière expression puisse désigner tout autre chose, à savoir l’œuvre de la pure grâce de Dieu, elle est d’un emploi bien délicat, car elle tend à séparer abstraitement ce que l’Evangile joint de toute manière dans le réel : la grâce de Dieu et la foi du fidèle.

 

IX.   Par le Baptême et la Cène la vie surnaturelle du fidèle est mise dans la dépendance de la vie du Corps de Christ. Le salut de l’individu ne se sépare pas du salut du Cosmos, qui se réalise par l’Eglise - Corps du Christ.

 

Ne sommes-nous pas revenus par un détour à cette Eglise invisible que nous exorcisions dès notre exorde ? Qu’est cette Eglise mystique, formée, et nourrie dans une réalité spirituelle des sacrements, sinon une réédition de l’Eglise invisible ? Je [9] reconnais qu’il faut distinguer, par la pensée, un aspect juridique de l’Eglise, sous lequel elle s’insère dans la réalité terrestre, et un aspect intérieur, réel, mystique si l’on veut, sous lequel elle est enracinée dans la grâce de Dieu : mais c’est une seule et même Eglise, et elle est toujours visible.[69] La réalité religieuse est cachée, ou plutôt mystérieuse, exactement au sens de Chrysostome disant : « Il y a mystère quand nous considérons des choses autres que celles que nous voyons... L’infidèle, connaissant le Baptême, pense que ce n’est que de l’eau ; moi, ne considérant pas seulement ce que je vois, je contemple la purification de l’âme effectuée par l’Esprit –Saint ».[70] Le. Sacrement est le point d’ancrage dans le réel d’une seule et même Eglise qui, en même temps, jouit de certains droits reconnus par l’Etat, et est nourrie des grâces surnaturelles du Christ.

Tirons de cela trois Conséquences :

1.- A son entrée dans la vie sacramentelle, au Baptême, le Chrétien se livre tout entier au Dieu de la grâce, qui le consacre, le scelle, a son service, au sein de la-société organique, réelle, des âmes liées au Christ, et les unes aux autres, par le pardon acquis dans le sacrifice du Calvaire.

2.- Par son Culte, qui est d’essence sacramentelle,[71] l’Eglise rapporte à Dieu, en Christ, toute la création visible. L’homme fait à Dieu non seulement l’offrande de son corps, mais de la terre qu’il cultive. Ainsi se réalise le dessein de Dieu de récapituler toutes choses en Christ,[72] et la nature créée elle-même.

3.- Le mystère divin n’est pas de sauver des âmes côte à côte et sans lien organique entre elles. C’est le monde qui est sauvé en Christ, et c'est l’humanité dont le Fils a assumé la nature.[73] Les grâces dont bénéficie chaque âme sont celles qu’elle puise selon sa place dans le Corps, selon ses liens définis avec telle et telle autre âme que Dieu a liées à elle par les Sacrements.[74] La théologie spirituelle de l’Eglise et sa théologie morale[75] découlent l’une et l’autre de sa théologie sacramentelle.

X.    La prédication de la parole et l’édification du Corps de Christ ayant toujours un sens eschatologique, le Baptême et la Sainte Cène sont toujours ordonnés au Retour de Jésus-Christ.

 

Le professeur Culmann a rappelé récemment que tout culte chrétien avait un caractère eucharistique[76] et que le Maranatha (Viens Seigneur !) constitue l’élément spécifiquement chrétien des prières liturgiques primitives.[77] C’est dire que le Sacrement, dans ses origines mêmes, a une signification eschatologique. La commémoration de la Croix et l’attente de la Parousie étaient étroitement liées par S. Paul : « Faites ceci, dit le Christ, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi. Car, ajoute l'apôtre, toutes les fois que vous mangez le [10] pain, et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ».[78] Cela n'a jamais été complètement oublié par la théologie. C’est ainsi que, selon S. Thomas, le Sacrement a une triple signification : remémorative (p. ex. le Baptême est le symbole de la mort du Christ), démonstrative (le Sacrement montre ce qu’il accomplit) et prognostique (c’est-à-dire qui annonce la gloire éternelle). Les Sacrements de l’Ancienne Loi sont uniquement prognostiques (annonçant l’Incarnation).[79]

Mais il suffit de citer ce commentaire pour saisir combien l’espérance de la parousie y est atténuée. Ce qui compte, c’est la béatitude de l'âme séparée, tandis que le salut assigné par S, Paul comme fin de l’espérance, c’est la réunion de l’âme et du corps à la Résurrection générale.[80] Dans le Culte, nous avons contemplé la Rédemption de la nature, en tant surtout qu’elle est visible dans l’espace.[81] Mais l’Incarnation avait aussi en vue la Rédemption du temps et c’est encore le Sacrement qui nous fait saisir celle-ci.[82] La Croix, ce Baptême et cette Cène, la Parousie, sont, dans la vision de l’homme mortel, trois moments. En Dieu, ils n’en sont qu’un seul. Nous avons déjà vu, dans la constitution même du Sacrement, que la Croix est contemporaine de chaque Baptême et de chaque Cène.[83] Tout de même, le Sacrement est contemporain de la Parousie, non pas seulement au sens de Cullmann[84] (présence anticipée d'un Christ spirituel là où deux ou trois sont réunis en son nom), mais au sens d’un transport, par l'espérance, dans les lieux célestes en Christ.[85] Il y a, dans l’espérance, une saisie noétique de notre vie de Résurrection dans le Christ.

Ces vues nous permettent de préciser la distinction que nous avons faite d’un double point de vue pour connaître l’Eglise qui, disions-nous, visible toujours, a cependant un aspect juridique ou institutionnel, plus frappant, et un aspect réel ou mystique plus caché.[86] Si nous nous reportons à l’âge apostolique, les deux aspects se recouvrent a peu près complètement. Pourquoi ? Parce que l’Eglise naissante est peu engagée dans les contingences de l'histoire ? Peut-être : n’empêche que saint Paul payait ses impôts,[87] avait affaire aux gouverneurs romains[88] et possédait des vues très nettes sur la destinée de l’Empire.[89] Ou bien y avait-il moins de péchés dans l’Eglise primitive ? Peut-être encore : mais cela est bien difficile à peser.[90] Je dis que l’Eglise primitive était douée d’une puissante cohésion interne, qui empêchait son aspect juridique de se distendre d’avec sa réalité, parce que son espérance, son attente eschatologique, était portée à un maximum de tension. L’espérance réalisait l’unité des trois moments : Croix, Sacrements et Parousie. Le juridique ne pouvait se distendre du réel. Il y a là une loi générale.

 


 

XI.   Il est possible que le Baptême et la Cène soient comme rejetés par celui qui les a reçus, dans le cas où il y a non seulement absence ou sommeil de la foi, mais rejet volontaire de celle-ci : ainsi se constitue l’apostasie.

 

[11] Le Sacrement infructueux a déjà retenu notre attention. Faute des dispositions requises, chez le sujet,[91] disent les catholiques, le Sacrement valide, c’est-à-dire conforme à sa définition abstraite et apte à agir, ne produit pas pour finir des fruits moraux ou spirituels. Il peut y avoir aussi des hauts et des bas dans la vie chrétienne ; tout culte chrétien restaure des relations avec Dieu plus ou moins ternies ; le catholique retrouve la grâce baptismale momentanément perdue, par le Sacrement de la pénitence. L'Eglise Réformée invite les fidèles à une confession collective de leurs péchés que clôt une prière pour obtenir de nouvelles grâces du Saint-Esprit. Un dernier fait, lourd de sens, doit retenir notre attention : la possibilité d'être baptisé et damné. C'est sur l’horreur d’une telle situation, cependant possible, que S. Paul fonde son argumentation du ch. 6 des Romains, qui a pour but de prouver que la grâce n'est pas ministre du péché. Qu'après le Baptême, sans l’appui de la Loi, je marche dans la foi au Christ à qui je suis réellement uni, alors je serai, par lui, gardé du péché. Livrer ses membres au péché, ce serait retourner dans la mort dont on est sorti par la résurrection du Baptême (mots grecs manquants).[92] S. Jean parle des antéchrists qui sont dans le monde : « Ils sont sortis du milieu de nous, dit-il, mais ils n'étaient pas des nôtres ».[93] Il y a enfin les déclarations si catégoriques de l'Epître aux Hébreux.[94]

La révélation centrale de l’amour de Dieu dans l’Evangile invite tout homme à revenir au Sauveur après toute chute, si grave qu'elle soit, et fût-elle commise après le Baptême.[95] Cependant on ne se moque pas de Dieu ; celui, qui, après le Baptême, aura semé pour la chair, moissonnera de la chair la corruption.[96] Le péché le plus grave ici, aux yeux de l'apôtre, est le reniement de la grâce que comporte un retour à l'esclavage de la loi. Sans nous attarder à discuter dans quel cas ce péché serait ou non irrémissible, disons seulement que. l'abandon de la foi par le fidèle baptisé a reçu le nom d'apostasie, ce qui rejoint les perspectives eschatologiques, tant dans S. Jean que dans S. Paul.[97] Ainsi I°- la réception des Sacrements ne donne aucune garantie de victoire sur le péché, si elle n'est pas suivie de la persévérance dans la foi ; 2°- elle ne donne pas non plus une sécurité acquise une fois pour toutes contre le risque de la perdition.

 

XII. Reprenant le mot traditionnel de Sacrement pour désigner l’organisme Baptême - Cène, il paraît légitime de dire que :

       Les Sacrements de la Nouvelle Alliance sont des signes composés de « choses » et de « paroles » ; remis en dépôt par Jésus Christ à son Eglise visible et hiérarchisée ; en vue de maintenir en elle jusqu’à son retour la vie organique surnaturelle de son Corps, au sein duquel les fidèles qui en sont les membres reçoivent les grâces apportées par l’Evangile, chacun selon la mesure de foi qui lui est départie.

 

On nous avait demandé quelle était la signification du Sacrement dans le Baptême et la Sainte-Gène ? C’est bien une signification (meaning) que nous pouvons donner, et non une définition. Quels que soient les progrès d’ordre, de clarté, que la scolastique a accomplis, nous restons sur la réserve devant toute définition abstraite du Sacrement. Nous sommes placés au sein d’une réalité que la pensée doit saisir dans son existence. Nous employons le mot Sacrements non comme une notion générique, [12] mais pour tracer le contour concret du Baptême et de la Cène, en tant qu’ils ne sont ni la prédication de la Parole, ni les autres actions sacrées, comme la prière par exemple.

Les Sacrements sont tellement liés à la structure de l'Eglise,[98] - réalité visible - que nous avons dû préciser l’aspect juridique de celle-ci, selon lequel les sacrements lui ont été remis en dépôt par Jésus-Christ lui-même en la personne des apôtres ; puis l’aspect réel, intérieur, mystique ou mystérieux, de l’Eglise, selon lequel les Sacrements sont pour elle source de vie et d’unité dans la Croix de Christ; enfin l’aspect moral et spirituel selon lequel les Sacrements produisent des fruits dans la foi des fidèles qui sont, par ces sacrements mêmes, incorporés au Christ et nourris en lui.

S’il fallait cependant à tout prix donner des Sacrements une définition notionnelle qui les subsumât dans le genre signes, en les distinguant de l’espèce symbole ou de l’espèce langage, nous dirions que les Sacrements sont des signes tangibles et opérants.[99]

Mais nous préférons résumer et conclure notre travail par la thèse que nous avons présentée en ces termes :

Les Sacrements de la nouvelle Alliance sont des signes composés de « choses » et de « paroles », remis en dépôt par Jésus-Christ à son Eglise visible et hiérarchisée, en vue de maintenir en elle jusqu’à son retour la vie organique surnaturelle de son Corps, au sein duquel les fidèles qui en sont les membres reçoivent les grâces apportées par l’Evangile, chacun selon la mesure de foi qui lui est départie.

 

 


 


 

 

La situation de l’Eglise par rapport au monde sécularisé

(période constantinienne)[100]

 

I.

[1] A un siècle de distance, le théologien protestant et libéral, Ferdinand Christian Baur, se rencontre avec notre contemporain, l'exégète catholique de Louvain, L. Cerfaux, pour trouver dans les chapitres 9 à 11 de l'Epître aux Romains un centre lumineux d'où s'éclaireront à la fois la pensée de saint Paul et l'histoire des origines de l'Eglise. Je cite ces deux points extrêmes entre lesquels innombrables sont les penseurs qui, sondant le mystère de l'Eglise, ont été conduits au mystère de l'élection d'Israël et des Gentils. Mystère non pas révolu et résolu une fois pour toutes, comme on le croirait volontiers, par la fondation de l'empire carolingien ; mais mystère sans cesse à l'œuvre dans l'histoire, et aujourd'hui même, comme nous le constaterons dans la présente étude sur la situation de l'Eglise par rapport au monde sécularisé.

Ainsi le salut vient des Juifs. Au début de l'Evangile, « que les Juifs convertis soient peu nombreux, il le faut bien, nous dit M. Cerfaux, pour qu'ils soient "le reste", mais tels qu'ils sont, ils forment la partie la plus sainte du peuple nouveau, et ce n'est que grâce à leur insertion avec eux et sur la même souche que les Gentils deviennent Israël. »

Quel sera le signe d’unité du peuple nouveau ? La circoncision, comme le veulent les judéo-chrétiens les plus étroits ? Mais déjà Pierre n'avait pu refuser l'eau du Baptême aux Gentils qui avaient reçu le Saint-Esprit aussi bien que les Juifs. Le Baptême, signe de la grâce, prend la place de la circoncision, signe légal, joug, dit S. Pierre, que ni nos pères ni nous n'avons pu porter. - Pour St. Paul tous sont fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ : « Vous tous, qui avez été baptisés en (είς) Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme : car tous vous êtes un en Jésus-Christ. »

Libérée de l'asservissement à un Israël terrestre et charnel, l'Eglise naissante reçoit sa vie du Christ crucifié, qui la sanctifie après l'avoir purifiée par le bain de l'eau dans la Parole.

 

II.

La fonction essentielle du peuple nouveau, appelé à la sainte convocation dans le Baptême, c'est de rendre à Dieu le culte dont le centre est la Sainte-Cène. Le culte et l'organisme sacramentel sont, avec la prédication missionnaire, les institutions premières de l'Eglise. Au cours des premiers siècles se constitue un nouvel organe de la vie de l'Eglise : le Catéchuménat.

[2] Déjà la Didachê et l'Epître de Barnabas nous présentent une Catéchèse, c'est-à-dire un enseignement préparatoire au Baptême. Le Traité des Deux-Voies. Au milieu du 2ème siècle, Justin Martyr mentionne l’enseignement de la prière et la pratique du jeûne avec les futurs baptisés ; Hermas cite des personnes qui désirent recevoir le Baptême, puis, « en songeant à la pureté exigée par la vérité », se ravisent. A la fin du 2ème siècle apparaît dans les textes le mot de catéchumène, avec son sens précis de candidat au Baptême. A Alexandrie, nous connaissons l'école de catéchèse, que dirigera Clément. C'est au 4ème siècle que nous voyons le Catéchuménat fleurir dans toute l'étendue de l'Eglise, comme une institution régulière, enrichie de coutumes et de rites multiples. Mentionnons :

1.-  la division des Catéchumènes en Audientes, Catéchumènes proprement dits et Competentes.

2.-  la distinction des chrétiens en fidèles et catéchumènes, ces derniers étant reçus dans l'Eglise par l'imposition des mains, le signe de la Croix et la prière.

3.-  la réception solennelle des Catéchumènes au Baptême à des époques fixes, généralement Pâques et Pentecôte, quelquefois l'Epiphanie, et l'emploi d'un rituel enrichi de symboles et de cérémonies secondaires.

Il y a lieu de se demander ici quelle voie suivaient les enfants des chrétiens ? Y avait-il pour eux un enseignement spécial ? Nous n’en voyons nulle trace. Quand, beaucoup plus tard, à partir de la fin du 5ème siècle, le catéchisme pour enfants devra remplacer la catéchèse des candidats au Baptême, l'Eglise des premiers siècles ne léguera aux nouvelles générations aucune institution, aucun livre, aucune méthode. Tout sera à faire et ne se fera que lentement. Il semble donc que les enfants des fidèles suivaient normalement la voie du catéchuménat et recevaient le Baptême en même temps que les prosélytes venus du paganisme.

L’organisme sacramentel Baptême-Cène, que nous avons vu se former sous la main même des apôtres, demeure la réalité centrale de la vie ecclésiale. Aussi ne sommes-nous pas surpris de voir les deux signes étroitement liés dans l'initiation des Catéchumènes. C'est pourquoi, en même temps que le Baptême des enfants, nous voyons apparaître leur participation à la Cène. L'usage en est mentionné par Cyprien qui est en même temps un des premiers témoins du Baptême des infantes. En Orient cette coutume a toujours été observée depuis lors. En Occident, elle est attestée encore au 13e s. L'Eglise catholique, qui a tout conservé sous une forme juridique, admet que la communion des petits [3] enfants peut être valide et fructueuse, mais elle n'est plus licite, c'est-à-dire permise : le retrait de la coupe aux fidèles semble être pour quelque chose dans cette décision. L'usage étant que le prêtre trempe son doigt dans le vin eucharistique pour le faire sucer aux nouveau-nés.

III.

Quelle est l'origine historique du Baptême des enfants ? Question de date d'abord. Posons sans parti-pris quelques repères.

1. Les première textes oui affirment que le Baptême des enfants a été institué par les apôtres sont, les uns d'Origène, les autres d'Augustin. Ceux d'Origène ne sont pas sûrs parce que nous ne les connaissons que dans les traductions de Rufin et de Jérôme. Quant à Augustin, il est de règle que l'on ne peut faire fond sur les auteurs du 4ème s. en général pour reconstituer les usages de l'Eglise apostolique, s'ils n'avancent pas de source plus ancienne.

2. Jusqu'à Irénée, il n'y a aucun texte qui établisse d'une manière historiquement certaine la coutume que nous étudions. Il est possible que les apôtres ou leurs continuateurs aient baptisé des enfants, mais cela ne nous est clairement dit nulle part.

3. Les textes sûrs, Irénée, Tertullien» Cyprien, Hippolyte de Rome, permettent d'affirmer que, à partir de la fin du 2ème siècle, et du début du 3ème, on a baptisé des enfants en divers lieux, et plus spécialement en Afrique.

Irénée énumère tous ceux que le Seigneur est venu faire renaître : infantes, parvulos, Juvenes, seniores. Tertullien s'élève contre la pratique du baptême des enfants. Cyprien répond à l'évêque Fidus qui voudrait qu'on interdise le Baptême avant le 8ème jour, à cause de la circoncision. Tout cela ne témoigne pas en faveur d'une Institution apostolique, mais plutôt de tâtonnements, de recherches du droit en présence d'un fait nouveau.

Quelle serait l'origine du Baptême des enfants ? Je crois qu'elle est double. D'une part il y a le Baptême des enfants en danger de mort. Une interprétation restrictive de la nécessité du sacrement pour le salut éternel a pu conduire très tôt à la pensée de baptiser les nouveau-nés In articulo mortis. Les archéologues signalent des inscriptions funéraires du genre de celles-ci :

[4] « Apronianus, que son aïeule fit baptiser à 1 an, 9 mois et 5 jours, alors qu’il était sur le point le mourir ». D’autre part, peut-être pour faire participer leurs enfants très tôt à la communion sacramentelle, des parents ont-ils voulu les faire baptiser non pas tant infantes que parvuli. Voici le texte d'Hippolyte, qui représenterait l’état de la liturgie à Rome au début du 3e s. : « Au chant du coq, qu’ils (les catéchumènes) s'approchent des eaux qui doivent être courantes et pures. Qu'ils se déshabillent et qu’on baptise d'abord les enfants. S’ils peuvent répondre pour eux-mêmes, qu'ils répondent. S’ils ne le peuvent pas, que leurs parents répondent, ou quelqu'un de leur famille ». Il est donc prévu que certains enfants, donc les parvuli, peuvent répondre, aux interrogations sur la foi.

Ce texte ancien montre dans quelle dépendance le Baptême des parvuli et des infantes était par rapport au Baptême des Catéchumènes. Les enfants sont associés à ce qui se fait pour ces derniers ; ils participent aux mêmes rites. Ils reçoivent le sacrement aux mêmes dates solennelles. Tout ceci se conservera très longtemps.

Nous avons avancé que, aux premiers siècles, les fidèles plaçaient leurs enfants au rang des catéchumènes. Il se trouve que, au 4ème s., nous en avons des exemples éminents. Grégoire de Naziance, qui recommandera le baptême des parvuli à partir de 3 ans et des infantes en danger de mort, était fils lui-même d'un évêque, Grégoire l’Ancien, et d’une mère pieuse qui avait amené son mari à la foi : le grand orateur fut baptisé en 360, âgé d’environ 31 ans.- Basile le Grand descendait de confesseurs et de martyrs : sa grand-mère Macrine l’Ancienne et le mari de celle-ci avaient vécu 7 ans cachés dans les bois pendant la grande persécution ; son grand-père maternel était mort martyr ; ses parents, Basile et Emmelie, étaient fidèles : lui-même reçut le Baptême à 27 ans.- Chrysostome dont la mère, veuve à 20 ans, refusa de se remarier pour se consacrer en pieuse chrétienne à l’éducation de son fils, fut baptisé vers 370, âgé de 26 ans.- Ambroise, né de parents chrétiens, fut acclamé évêque, quoique simple catéchumène, c.à.d. non baptisé.- Jérôme né d'une famille chrétienne, fut baptisé par le pape Libère vers l’âge de 22 ans. - Augustin enfin, qui atteste que sa mère, et toute sa maison, sauf son père, étaient chrétiens, fut enfanté à la foi par les larmes de Monique, non par un Baptême d’enfants.

Qu’on ajoute à cela que tous ceux que nous venons de citer nous ont laissé des œuvres abondantes, ont été ces lumières de la fol, et que pas un ne s’étonne que ses parents [5] en aient agi ainsi ; ajoutez encore que nous avons des textes en grand nombre exhortant les catéchumènes à ne pas retarder leur Baptême jusqu'à leur mort, mais que nous n'en avons aucun de cette époque reprochant aux fidèles de ne pas faire baptiser leurs enfants : comment pourrions-nous penser que le Baptême des enfants était couvert par une autorité apostolique ? N’est-il pas évident qu'il est une coutume nouvelle, qui a lentement pris droit de cité dans l'Eglise, au 3e et au 4e s., seulement pour les parvuli associés à la vie eucharistique ; peut-être auparavant pour les infantes en danger de mort ?

IV.

Augustin trouve ces coutumes dans l'Eglise, quoiqu'il n'en ait pas bénéficié lui-même. Il leur assigne une origine apostolique. Le Baptême des enfants lui fournit un argument en faveur de la doctrine du péché originel. Puis, inversement, cette doctrine passant au premier plan, hâtera la généralisation du Baptême des enfants. Son contemporain, le pape Innocent I écrit que « enseigner que les enfants peuvent obtenir la vie éternelle sans le baptême est une folie. » Le Concile de Carthage de 413 prononce des anathématismes dans ce sens.

Toutefois l'augustinisme renforçait surtout la coutume du Baptême en danger de mort. Le Baptême des parvuli fut très long à disparaître. On nous dit que quand Charlemagne conduisit à Rome, en 781 ses deux enfants, Pépin et Louis, il ne fit baptiser par le pape Adrien que Pépin, âgé de 5 ans, et non pas Louis, âgé de 3. Plus tard, par un capitulaire de 789, il ordonna que les enfanta reçussent le Baptême au plus tard âgés de 1 an. Quoi qu'il en soit, l'augustinisme ne me paraît pas être la seule raison de l'abandon par les fidèles des anciennes coutumes. Deux causes historiques me paraissent ici décisives.- La première est que la conversion des peuples et tribus barbares fut accomplie tout autrement que celle du monde romain ; elle se fit par grands nombres, après un enseignement sommaire. Le déclin de l’institution du catéchuménat pour les prosélytes entraîna le déclin au catéchuménat pour les enfants des fidèles.- La seconde cause est la transformation du christianisme en religion d'Etat. La conversion de Constantin, la loi théodosienne de 394, le Baptême de Clovis et des autres princes barbares, le couronnement de Charlemagne enfin, font succéder à l'Eglise des confesseurs et des martyrs, la chrétienté, ou tout sujet est ipso facto un chrétien, ou l’infidélité n’est permise qu'aux Juifs dans les ghettos et aux Musulmans rejetés hors des frontières. La question de la conversion à la foi étant résolue une fois pour [6] toutes pour tout le monde, il n'y a plus lieu de maintenir sous sa forme originelle le sacrement de la foi, qui est le Baptême des catéchumènes. Le Baptême des enfants fournit une solution nouvelle, adaptée aux circonstances du mystère de l'incorporation à l'Eglise et au Christ. De fait, c'est vers l'an 1000, lorsque la chrétienté s'établit solidement, par la fondation du Saint-Empire romain germanique et l'avènement de la dynastie capétienne, que la coutume de baptiser les enfants nouveau-nés s'implanta partout d'une façon générale. Notons ici que c'est au 11e s. également que se produit la première grande brisure juridique de l'Eglise qui dans sa réalité ne peut que demeurer une.

V.

Le Baptême des enfants est-il une erreur et la chrétienté médiévale est-elle une déviation ? Je ne le crois pas. Théologiquement, la seule base possible pour le Baptême des enfants est la base augustinienne, Romains 5/12 : « La mort s'est étendue sur tous les hommes parce que tous ont péché ». Donc les petits enfants qui meurent ont péché en Adam ; puisque le Baptême rend juste en incorporant au Christ, ils y ont droit. Cela est soutenable. Quant à établir que Dieu s'interdit d'employer un autre moyen pour leur faire grâce, il faut pour cela se servir de Jean 3/5 et le raisonnement me paraît moins soutenable. Quoi qu'il en soit, les petits enfants sont mis au rang des fidèles par le Baptême, ils peuvent participer à la Cène puisqu'ils sont en Christ. Quand ils seront instruits par des parents et une Eglise fidèle, ils adhéreront à la foi et la pratiqueront. Telle fut la structure d'une époque qui présente une grandeur admirable, et dans laquelle, effectivement, les baptisés-enfants n'ont pas abandonné la foi des pères.

Si j’admire le Moyen-Age, si je suis porté à voir en lui un reflet terrestre de ce Millenium chrétien qu'est le règne des saints dans l'ordre céleste, je soutiens aussi qu'il ne tire pas sa force du sacrement du Baptême, mais de suppléances qui sont venues compenser l'effacement du Baptême des catéchumènes. Il faut nommer ici les 5 autres signes qui vont composer avec le couple Baptême-Cène le septénaire sacramentel. La clé de voûte en est l'ordre.- La pénitence-sacrement offre au jeune baptisé un signe tangible du pardon. En dehors du septénaire, il faut nommer tous les sacramentaux, toute la vie des symboles dont est nourri le moyen âge. Parmi ceux-ci il en est un qui revêt, particulièrement en France, la valeur d'un quasi-sacrement, d'un signe efficace : c'est l'onction des princes. Ministre de Dieu pour les choses terrestres, le Roi de France, qui jouit entre tous les princes du privilège d'être oint avec le chrême qui confère le don du Saint-Esprit, est appelé à gouverner selon [7] l’ordre du Christ, à assurer à ses sujets baptisés enfants le privilège d’une société chrétienne, d’un ordre chrétien, où la foi rencontrera le minimum d'obstacles. Ce ne sont pas des hasards que le déclin de la chrétienté ait commencé par le laïcisme de Philippe le Bel, et que Jeanne D’Arc, voulant retarder la décadence, ait eu pour mission la désignation du Roi pour son sacre.

VI.

Ceci dit en faveur du Baptême des enfants et du moyen âge, il n’en demeure pas moins que ce Baptême est une forme amenuisée du sacrement. Ma pensée ici est analogue à celle du P. de Lubac quand, dans un autre domaine, il parle d'atrophie : « sans cesser d’être correcte, dit-il, la foi (au corps mystique) s’est rétrécie ». Qu’est-ce donc, dans le Baptême des enfants, qui est rétréci ?

1.-  Le sacrement, avons-nous dit, est un signe composé de choses et de paroles, confié à l'Eglise instituée, en vue de la vie, en elle, du Corps de Christ. Il suit qu'une plénitude du signe est nécessaire à une plénitude d'efficacité. Il ne s’agit pas le moins du monde d'un magisme ou d’un matérialisme, il s'agit de l'Incarnation du Verbe. La venue du Fils de Dieu dans la chair répond à une sagesse de Dieu infiniment douce et belle. Tout a été porté dans le cœur du Père, depuis l’enfantement dans le sein de la Vierge jusqu'aux supplices de la Croix. Il y a une convenance entre la personne humaine du Seigneur Jésus dans ses moindres manifestations et la révélation du Verbe. La convenance entre le signe sacramentel et la grâce est du même ordre, et elle requiert notre obéissance, comme l’Incarnation a demandé la patiente obéissance de Jésus. Le Baptême est un bain, signe de purification et de mort. Sur ce point, le moyen âge a gardé le signe d’Immersion, même pour les enfants, et ce n’est qu'au 15e s. que le Baptême s’est rétréci de bain de régénération à contact avec un peu d'eau.

2.-  Avec le bain de l'eau, il y a les paroles : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », paroles qui ne sont ni entendues ni comprises de celui à qui on les adresse, en sorte que ce sacrement restera toujours pour lui, non pas un contact direct avec le Christ, mais un effort mental pour se représenter que ce contact a eu lieu.

3.-  Enfin le sacrement, même valide, n'agit que dans la foi. Ici la Théologie catholique admet une suppléance de la foi du baptisé : c'est la foi de l'Eglise, et elle ajoute que l’enfant reçoit le sacrement d’une manière fructueuse, par le fait qu’il n’y met pas obstacle.- Calvin, sans se prononcer, avance que les enfants pourraient avoir « quelque petit goût de la foi » mais que, [8] quoi qu'il en soit, ils sont régénérés. - Je ne dis pas que tout cela soit faux, mais je dis que l’élément de foi requis par le sacrement est ici réduit à sa plus simple expression.

VII.

Un trait frappant de la civilisation médiévale, c'est son caractère statique. Il semble que le plan de Dieu, tendu vers la Parousie, se soit arrêté : comme si la conversion trop rapide des barbares avait dû être suivie d'un long travail d’éducation, d'assimilation. L'élan missionnaire, dans son ensemble, est brisé. L’Eglise baptise les enfants des fidèles, elle les instruit, elle fait régner l'ordre chrétien en Occident, mais elle ne semble plus se souvenir du commandement de porter l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre. Quand la chrétienté se lance au dehors, ce sont les expéditions militaires (et commerciales aussi peut-être ?) des Croisades.

Autre fait très important du moyen âge : la formation au 13e s. et au 14e s. des courants spirituels plus ou moins dérivés de Joachim de Flore et qui entretiennent les aspirations apocalyptiques dans une atmosphère plus ou moins trouble, qui va discréditer l’eschatologie pour des siècles. On assiste à un reclassement surprenant des valeurs par lequel qui dit Parousie, dit aussi illuminisme, et qui dit Eglise dit civilisation terrestre se propageant dans un temps indéfini. La victoire, remportée souvent par la force, sur tous les mouvements de fraticelles, de béguins, de flagellants, marque aussi l’abandon total par l'Eglise d'une prédication de l’espérance. Ou plutôt celle-ci s'amenuise en l’espérance de la béatitude de l'âme séparée du corps, tout de même que le Baptême s’amenuise au 15e s. jusqu'à ne presque plus toucher le corps.

VIII.

Atteignant son apogée au 13e s., la structure médiévale a connu, pendant les deux siècles suivants, un rapide et bouleversant déclin. Elle avait essayé d’arrêter le temps, et le temps reprit sa marche, vers la lumière du jour du Seigneur, à travers les ténèbres qui vont s'épaissir sur la terre. Si les désastres politiques et religieux du 14e s. suivent de si près le siècle de S. Louis et de S. Thomas, n'est-ce pas que la chrétienté s’était durcie en des formes qui risquaient de ne plus laisser passer la vie ?

Sur le plan théologique en particulier, la scolastique est une merveilleuse réussite de l'esprit humain. Elle constitue, [9] selon la remarque pénétrante de Gilson, le seul modernisme qui ait jamais réussi. Mais ses cadres rigides n'ont plus la vie qu'avait la théologie des Pères. Dans la doctrine des sacrements en particulier, nous assistons, quelle que belle que soit la construction, à cette sclérose juridique à laquelle fera pendant l'individualisme religieux ou dévot. Tout est merveilleusement expliqué et classé sur le papier. Mais l'Eglise qui a une grande surface institutionnelle et politique, a peu de réalité profonde, la tension vitale que donne l'espérance de la Parousie s'est affaissée. Dès lors, les portes de la cité sainte s'ouvrent de plus en plus largement au péché.

 

 

IX.

Il y a dans l'œuvre  des Réformateurs, un double courant. L’un qui regarde vers le passé, l'autre vers l'avenir. Celui du passé, c'est celui qui dut paraître moderne aux yeux des contemporains. Les réformateurs ont été des hommes du moyen âge en tant qu'ils ont souhaité construire un nouveau moyen âge en se servant des armes intellectuelles nouvelles que fournissait leur époque. Pressentant sans doute les dangers de rationalisme naturaliste que présente le mouvement humaniste, ils veulent utiliser les ressources de l'humanisme en faveur d'une nouvelle synthèse chrétienne. Peu importe que, dans cette synthèse, la raison soit plus profondément humiliée que dans l'ancienne, puisque, au bout du compte, le jugement qui la déprécie fait encore partie d'un système, d'une Somme, d'où sortiront les scolastiques plus ou moins stériles du 17e siècle. Le courant de l'avenir, c'est celui qui pouvait paraître rétrograde aux yeux des épicuriens et des sceptiques : c'est la prédication de la Parole de Dieu. Le moyen âge avait catéchisé ses baptisés-enfants, plutôt mal que bien ; il avait édifié ses théologies, mais il avait délaissé la prédication de la Parole. Sur la Réforme, l'Esprit souffle. L'appel d'un Christ vivant retentit de nouveau. Bientôt les missions vont reprendre leur marche en avant. Dans le catholicisme même, la Contre-Réforme, surtout sous son aspect mystique, manifestera aussi le souffle spirituel. L'organisme juridique est brisé une fois de plus ; dans la division douloureuse, la vie profonde de l'Eglise unique est plus intense.

Le mouvement spirituel par lequel la Parole était prêchée conduisait au renouveau du Baptême des catéchumènes. Luther l'a senti. Il semble avoir été arrêté par la position politique révolutionnaire des anabaptistes. Homme du moyen âge, [10] Luther ne pouvait se passer des princes. Pour reconstruire une chrétienté il fallait avant tout des princes chrétiens, et le baptême des enfants assure à ceux-ci des sujets chrétiens. Luther se jeta de toute sa force du côté des princes. Des motifs identiques ont dû jouer pour Calvin : que serait une Genève dont tous les citoyens ne seraient pas soumis à la discipline du Consistoire ? Chez notre français, systématicien plus puissant que Luther, nous assistons à ce que j'appellerai une élaboration médiévale du baptême des enfants. Rejetant l’interprétation augustinienne et scolastique qui avait régné pendant un millénaire, il garde cependant l'institution médiévale, mais il cherche à la faire entrer dans un nouveau système de pensée, où elle s'ajuste mal dans une théologie de la prédestination.

X.

Ni Luther, ni Calvin, ni la Contre-Réforme n'ont pu arrêter le temps qui avait repris sa marche au déclin du moyen âge. Le nouveau moyen âge, rêve comparable à l'Âge d'or, ce moyen âge encore plus beau que le premier parce qu'on corrigerait les défauts de celui-ci, n'a fait que reculer devant des ténèbres grandissantes. L'histoire des temps modernes est celle d'une succession de digues qui s'écroulent les unes après les autres devant le flot du désordre. Pour notre patrie, il y a eu la digue des Bourbons, puis l'exécution de Louis XVI ; la digue napoléonienne, suivie d'écroulements lamentables. Notre ancienne IIIe République a peut-être été encore une digue, si précaire fût-elle ?

M. Jacques Maritain a émis l'hypothèse, et l'abbé Journet l'a développée, qu'à la chrétienté sacrale du moyen âge devait succéder une chrétienté profane qui s'accommoderait avec des gouvernements non-chrétiens. Cela ne me paraît pas soutenable. Car qu'est-ce que le profane dont l'emprise va toujours grandissant sur le monde ? Ce n'est pas l'ancien paganisme qui est mort, et bien mort : l'histoire n'est pas un retour éternel de situations semblables. On ne peut comprendre le monde où nous vivons qu’en reprenant le mystère juif, que nous avons rencontré dès la naissance de l'Eglise. Car, depuis la chute de Jérusalem, les Juifs ont été, près de l'Eglise (en elle encore peut-être ?) ceux qui ont refusé le Baptême parce qu’ils ont été aveugles à la lumière de Pâques, aveugles à l'espérance de la Parousie de Jésus, leur Roi crucifié. Le pardon qu’il leur a offert ne les a pas touchés, parce qu'ils ne le croient pas régnant à la droite de Dieu. Les Juifs représentent une forme de vie, une civilisation [11] si l’on veut, ou une contre-civilisation, qui nie le Baptême. Depuis le déclin du moyen âge de plus en plus nombreux sont les descendants des anciens païens qui, ayant passé par I’Eglise, nient à leur tour le Baptême. Juifs et descendants des anciens païens s’agglutinent à l’époque moderne pour former un monde du légalisme scientifique et politique d’où la grâce soit bannie. Cet amalgame peut traverser des crises profondes, souffrir des déchirures parfois horribles : il n’en reprend pas moins toujours son cours victorieux, en vue d'établir sur la terre, aux lieu et place du moyen âge chrétien, un Royaume de Dieu où le Christ et l’Eglise seraient exclus.

XI.

Sous la poussée croissante de la force anti-christique, les digues qui cherchent à maintenir quelque chose du moyen âge s’écroulent. Leur chute emporte les suppléances dont la chrétienté entourait un Baptême amenuisé. Le prince chrétien, ni la République chrétienne, ne sont plus. Catholiques et protestants, c’est-à-dire l’Eglise juridique déchirée, ont dû chercher d’autres suppléances. Les unes sont fort précaires : ce sont les Concordats. Les autres, imposées par l’Esprit-saint, s’approchent de la réalité sacramentelle Baptême-Cène, tendent vers elle : ce sont les réveils successifs du protestantisme (Fox, Wesley, les grands Réveils du 19e s.), les écoles de spiritualité du catholicisme. La pratique de la Bible, son étude sans cesse reprise, a été à l’époque moderne, une source de grâces quasi-sacramentelles. Les suppléances des temps modernes sont moins politiques, plus spirituelles que celles du moyen âge. Leur action en vue de la vie et de l’unité interne de l’Eglise sera d'autant plus intense que l’on cessera de faire de l'eschatologie une sorte de loup-garou, et qu'on ressaisira le mystère de l'Eglise comme un mystère orienté vers la Parousie. Vers celle-ci est orienté le mouvement missionnaire qui a repris depuis le 16e s. et qui a rendu à l’Eglise le Baptême des catéchumènes en la personne de ses prosélytes.

Cependant, jusqu'à présent, l’Eglise n’a pas été conduite à reprendre le baptême des catéchumènes pour les enfants des fidèles. Seules les communautés baptistes se sont engagées dans cette voie, mais sans prendre conscience de la valeur du sacrement. Par une dispensation mystérieuse de la sagesse insondable de Dieu, le maintien depuis le déclin du Moyen âge du baptême des enfants a contribué à la constitution de l'apostasie. Certes, du temps des apôtres déjà, il y avait des fidèles qui [12] devenaient infidèles : mais la grande masse païenne était ouverte à la foi. Dans les temps modernes les baptisés-enfants sont suffisamment incorporés à l’Eglise, suffisamment christianisés, pour se précipiter en foule dans les voies de l'apostasie, et prendre rang dans les mouvements de masse, impénétrables au salut qu’ils ont nié. « Vous avez revêtu Christ, disait S. Paul aux baptisés ». Nos contemporains sont des gens qui ont fait, eux ou leurs pères, le mouvement inverse : ils ont rejeté le vêtement surnaturel de la foi, ils rejettent toute grâce posée sur eux. Il fallait que ce mystère d’iniquité eût son accomplissement.

XII.

De la théologie de l'histoire que nous venons d'ébaucher à grands traits, où il faudrait apporter mille nuances et mille précisions, quelles conclusions se dégagent-elles pour le travail de notre Commission ?

II me paraît établi que la réalité à la fois la plus scripturaire et la plus profondément traditionnelle, du sacrement du Baptême est le Baptême des catéchumènes.

Le Baptême des petits enfants est une forme diminuée du sacrement, qui en réduisant le signe, réduit l'action de la grâce, et se contente d'un minimum de foi. Il est une forme correcte du sacrement pris dans sa définition abstraite. S’il a permis à la chrétienté les réussites de la construction médiévale, ce fut cependant au prix d'une perte quasi-totale du sens missionnaire et du sens de la Parousie. Il est lié historiquement à une période exceptionnelle de triomphe terrestre d'un Christianisme statique.

II ne s'agit pas aujourd'hui de choisir entre Baptême des catéchumènes et Baptême des enfants, puisqu'ils sont un seul et même Baptême sous deux formes historiques différentes. Il s'agit de savoir si l'Eglise qui, depuis le 16e s., a retrouvé une plénitude de la prédication de la Parole de Dieu ; et qui, du même coup, a retrouvé, pour les prosélytes de ses Missions, le Baptême des catéchumènes, accordera ce même Baptême des catéchumènes au ministère des pasteurs qui se croient appelés à le prêcher et à le rendre de nouveau actuel ?

De la sorte, deux formes d'administration du sacrement unique du Baptême coexisteraient dans l'Eglise. On veut voir là souvent un mal, alors que ce serait retrouver la [13] position de l'Eglise des premiers siècles, notamment du 3e et du 4e s. De son contact direct avec sa source qui est le Baptême des catéchumènes, le Baptême des enfants ne pourrait que bénéficier d'un enrichissement de signification. Le catéchuménat préparatoire au Baptême, avec toute la puissance spirituelle qu'il met en œuvre, ne pourrait qu'enrichir le catéchisme enseigné aux enfants baptisés, lequel tend facilement par lui-même à s'amenuiser également.

Je termine en livrant ma pensée sur le mystère de l'Eglise. Je crois que, aujourd'hui, toute évangélisation orientée unilatéralement vers les païens tournera au profit de l'apostasie, laquelle, grandissant constamment menace l'Eglise dans son existence même. Je sais bien que lorsque la glorieuse Eglise d'Afrique a été balayée par un Jugement de Dieu, celle de la Gaule franque s'est mise à briller du plus vif éclat, et que l'Eglise ne défaudra jamais sur la terre. Mais je veux qu'elle ne défaille pas en France. Je veux pour mon pays et pour mon Eglise l'honneur d'attaquer l'Anti-Christ dans sa forteresse la plus imprenable, et d'enfanter à la foi par la charité, un Israël prophétiquement promis au salut. Or, il me paraît indispensable que nous présentions aux Juifs, dans ce combat suprême, non la forme diminuée du Baptême qui a caractérisé une chrétienté qui les a parqués au ghetto, mais la plénitude du Baptême que leur Roi a reçue au Jourdain et qu'il nous a transmise par les apôtres sortis d'eux.

 

 

LE BAPTEME : ETUDE DE THEOLOGIE BIBLIQUE[101]

 

Paris.- Commission du Baptême

Juin 1948

 

Nous donnerons en premier pour chaque § (en caractères italiques d’une police plus petite) le résumé envoyé aux membres de la Commission du baptême en préparation de la réunion de juin1948.

 

Note liminaire : Le rapporteur pouvait envisager sa tâche de deux manières:

  1. ou étudier en détail l’histoire des doctrines proposées par la tradition ecclésiale, et s'efforcer de déga­ger quelle serait la "ligne moyenne" de l’Eglise Réformée.
  2.  ou, en se référant à la tradition dont les grandes lignes sont supposées connues, exprimer une théologie dont sa pensée propre ne soit pas absente.

Ayant suivi la seconde voie, le rapporteur tient à souligner qu’il ne veut imposer ni à ses collègues de la Commission, ni à l’Eglise, les thèses des § I-XI. Son devoir était seulement de les proposer, dans l’intention d’une entr’aide fraternelle en vue de la recherche en commun de la vérité.

A l’inverse, sur le problème disciplinaire, § XII, le rapporteur ne propose pas les thèses qui découleraient d’une adoption par l’Eglise de sa propre théologie (en parti­culier l’eschatologie) ; mais il prend une position, où, sans rien trahir de ses convictions, et respectant celles qui en différent, il croit sage que l’Eglise veuille se placer, sur la base de notre commune tradition et de notre commune Confession de foi.

 

Le rapport sur la théologie biblique du Baptême sera développé en 12 paragraphes, dont voici le plan

 

I.- LA CIRCONCISION ET LE BAPTEME

La tradition patristique latine depuis S. Ambroise et S. Augustin ; la scolastique avec S. Thomas ; Calvin, dans l’Institution chrétienne, considèrent la circoncision comme un véritable sacrement de l’Ancienne Loi. Elle confère la rémission du péché originel (Augustin, Thomas d’.Aquin) – elle signifie la promesse de la rémission des péchés, de la morti­fication et nouveauté de vie, de la vie éternelle (Calvin).

Cette opinion ne semble pas avoir une base exégétique solide.

Elle présente l’inconvénient de faire de la circoncision une sorte de rite chrétien diminué (la même chose que le baptême, mais révélé seulement en partie) - et non pas une pré­paration et une figure prophétique de la Nouvelle Alliance (une chose autre que l'antitype, orientée vers celui-ci et l’annonçant figurativement).

[1] Deux questions se posent :

I°- La circoncision est-elle identique au Baptême ?

Calvin répondait d'une manière affirmative  « Il n'y a rien de différence quant au mystère intérieur, où gît toute la substance des Sacrements… Toute la diversité qui s’y trouve n'est sinon quant à la cérémonie extérieure ».[102] La Circoncision et le Baptême représentant d’un et l'autre « notre purgation et mortification ».[103] La promesse jointe à l'un et à l'autre sacrements est « de la miséricorde de Dieu, de la rémission des péchés et de la vie éternelle ».[104] Le fondement de l’un et de l'autre est Christ.

S. Thomas est plus nuancé.[105] Cependant, avec la tradition des Pères latins, il enseignait, que la Circoncision remettait le péché originel. Cette opinion remonte à S. Ambroise et à S. Augustin[106], qui lui donnaient pour fondement biblique Gen. 17/14 : « Un mâle incirconcis, qui n'aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple : il aura violé mon alliance ». Etre retranché de son peuple, dit S. Augustin, c'est ne pas entrer dans le Royaume des cieux.[107]

Voici notre conclusion personnelle :

1.- Genèse 17/14 ne peut signifier que l'incirconcis sera damné.[108]

2.- Avec S. Jean Chrysostome et les Pères Grecs, nous pensons que la Circoncision a été donnée par Dieu non pour conférer le salut mais pour constituer visiblement le peuple de l’Ancienne Loi.

3.- Si la, Circoncision a un rapport avec le Baptême, c'est parce qu'elle est une figure (tupos) de la mort du Christ.[109] C'est le sens typologique qui met la Circoncision en rapport avec la Loi nouvelle de la grâce.[110]

4.- Le type (la Circoncision) contient, moins que l'Antitype (la Croix). Par suite la Circoncision, type de la croix contient moins que le Baptême chrétien qui découle de la Croix.

5.- II Cor. 5/17. En Christ « toutes choses sont devenues [2] Nouvelles ». C’est la lumière de la Croix et du Baptême - ce dernier saisi dans la révélation néo-testamentaire - qui éclaireront rétrospectivement la théologie de la Circoncision, et non l’inverse.

6.- La théologie de la Circoncision dans S. Paul est violemment antijudaïque ; elle oppose toujours au rite la prédication de la foi.[111]

 

II.- LA CIRCONCISION ET LE BAPTEME (.Suite)

Reçue dans la Parole comme un type (Τυπος), la circoncision ne figure pas directement le Baptême, mais elle figure le Christ, né de la postérité dAbraham, et le Christ crucifié, dépouillé de son corps de chair.

Ce n’est donc qu’indirectement que la circoncision figure le Baptême, en tant que celui-ci est dans le Christ, qui est préfiguré par elle.

Loin que la circoncision puisse éclairer le Baptême, l’inverse la révélation de la Nouvelle Alliance permet seule de situer avec exactitude le rite ancien dans l’économie du plan divin.

2°- Faut-il conclure de la Circoncision à l’obligation de baptiser, à la naissance, les enfants des fidèles ?

C’est la conclusion de Calvin[112] et des Pères Latins, appuyés sur la thèse que la Circoncision est la même chose que le Baptême.

Pour nous qui avons rejeté cette thèse, la conclusion tombe. Toutefois, il reste à savoir si le N.T, ne rétablit pas le rapprochement de la Circoncision et du Baptême ? Le texte invoqué est Coloss. 2/11-12. S. Paul, dit R. Clément,[113] appelle le Baptême chrétien « une circoncision, une circoncision faite sans main, la circoncision du Christ », et cet auteur ajoute : « quoi de plus légitime que de prolonger le parallélisme et de penser que la nouvelle circoncision pouvait, comme l’ancienne, être appliquée aux jeunes enfants ».

Nous présentons ici les remarques suivantes :

1.- La pensée centrale de Coloss. 2 est celle du Christ, « plénitude de la divinité », par opposition à un enseignement gnosticisant, ritualiste et ascétique.

2.- « La circoncision du Christ », par opposition à celle de l’Ancienne Loi, n’a pas été « faite par la main » (de l’homme). Si le génitif a le sens du sujet = la circoncision que le Christ opère, elle est en relation directe avec la Croix : « ensevelissement avec lui par le Baptême, résurrection avec lui ».

3.- Dans la perspective de S. Paul, la circoncision du Christ s’est faite en des néophytes venus du paganisme qui ont, auparavant, entendu la prédication de la Croix.

4.- Il peut être naturel à l’esprit humain de prendre le rapprochement Circoncision-Baptême de Colossiens 2 et d’en conclure [3] que le Baptême peut être appliqué aux jeunes enfants.[114] Ainsi formulée, nous souscririons à l'affirmation de Clément. Mais nous ne dirions pas que cette conclusion est dans le texte, qu'elle est « légitime » en tant que donnée exégétique. Au contraire le texte souligne tout ce qui sépare la circoncision du Baptême.

5.- Si Coloss. 2, et encore à condition de ne pas l'approfondir, suggère simplement une possibilité de conférer le Baptême aux nouveau-né, à plus forte raison ne faudrait-il pas en conclure que le Baptême doit, sous peine d'erreur, être conféré aux enfants des chrétiens. Au contraire, nous avons affaire ici à un texte vigoureusement anti-judaïque, et nettement opposé à la « circoncision faite par la main » (de l'homme).

 

III.- LES ABLUTIONS ET LE BAPTEME DE JEAN

Les ablutions des prosélytes juifs ont pu servir, plus ou moins, de modèle pour l’initiative de Jean, le Baptiste. Fais le donné révélé ne procure pas, dans les ablutions, une typologie du Baptême. L'œuvre  du Baptiste fut de poser un acte nouveau dans la tradition prophétique d'lsrael : c'est cet acte, et non son soubassement historique, psychologique, social, qui est proposé à notre foi.

La Commission du Baptême a étudié les travaux récents, inspirés par la méthode de la « forme historique »[115], et qui tendent à établir que la pratique du baptême des nouveau-nés :

  1. tire son origine des baptêmes de prosélytes juifs,
  2. que cette pratique remonte à Jean-Baptiste.

Les baptêmes des prosélytes du Judaïsme, avec leurs enfants, sont attestés par le Talmud. Jean aurait institué un baptême de cet ordre pour former.la communauté messianique. La génération du désert avait été baptisée par le passage de la Mer Rouge[116]; la génération contemporaine du Messie sera baptisée, au désert, dans le Jourdain. Du baptême de Jean, on passera au baptême chrétien, qui devait donc comprendre l'immersion des enfants nés avant la conversion des parents. La pratique s'est vite étendue aux enfants nés après la conversion des parents, comme le prouve l’évolution des textes Matth. 18/3 - Marc 10/15 - Luc 18/17 - Jean 3/3. Cette évolution reflète la préoccupation qu'a la communauté de justifier le baptême des enfants nés dans l’Eglise. Au stade de Marc 10/15 ce baptême est attesté et il faut lire : « quiconque ne recevra pas le Royaume de Dieu, c'est-à-dire le Baptême, ἱος παιδίον étant enfant, n’y entrera jamais ».[117]

Prenons position par rapport à ces travaux :

1.- Sur le terrain historique, il faudra d'abord être certain que la pratique du baptême des prosélytes juifs fût courante au 1er s. Cela est contestable.[118] Si on le concède on n'établit pas pour autant que Jean s'en soit inspiré. Ce- que nous connaissons [4] de la prédication de Jean met l’accent sur la repentance; il prépare pour le Messie non une communauté nationale, mais un royaume des cœurs. Si S. Paul a fait de la mer Rouge un type du Baptême chrétien, nous n’avons aucune, indication que Jean ait donné cette base à son baptême de repentance. Si Jean n’avait pas apporté un élément nouveau, d’ordre moral et spirituel, il n’avait nul besoin de baptiser[119] : la communauté juive était déjà par elle-même communauté messianique.[120] Ce qui compte dans le baptême de Jean, c’est tout ce qui est différent de, et non ce qui est semblable à, la purification des prosélytes.

2.- Quelle que soit la valeur des hypothèses historiques qui nous sont proposées, elles ne nous fournissent en tous cas aucune théologie valable du baptême des enfants. Car elles coupent ce baptême de toute référence à l’enseignement de Jésus-Christ. Il reposerait : (a) sur la notion juive de purification des prosélytes, (b) sur la conception supposée de Jean-Baptiste quant à une communauté eschatologique.[121] (c) sur l’évolution sociologique de l’Eglise primitive qui aurait introduit, nous dit-on, dans les paroles prêtées au Christ, des allusions au baptême des enfants, sur lequel lui-même n’aurait, rien dit.[122] Aucun de ces trois éléments ne constitue pour nous une autorité théologique : il n'y a là aucune donnée à laquelle on puisse attribuer la valeur d’une révélation dans le Christ.

 

IV.- LE BAPTEME DE JEAN EST-IL LE BAPTEME CHRETIEN ?

Le Baptême de Jean est la préparation directe de la manifestation publique du Christ venu dans l’abaissement de l'Incarnation. Il constitue le lien, et comme la charnière, entre l'Ancien Testament et le Nouveau. Il n'est donc pas le Baptême chrétien, mais l’ultime préparation de l’Evangile en qui sera contenu le Baptême chrétien.

Nous ne croyons pas qu’on puisse affirmer, avec Pierre Lombard et Calvin[123], mais contre tous les Pères et tout le Moyen-Age, que le baptême de Jean soit identique au baptême chrétien. Plutôt que d’entrer dans la discussion des arguments pour et contre, nous soulignerons ce qui, en tous cas, rapproche le baptême de Jean du Baptême chrétien :

1.- Le baptême de Jean est d’origine divine.[124] Jean[125] qui l’a institué, était rempli du Saint-Esprit. Jésus a confirmé que ce baptême venait du ciel.[126] En le repoussant, les Pharisiens ont annulé à leur égard le dessein de Dieu.[127]

2.- Le baptême de Jean comporte une immersion dans l’eau ou en tous cas une nette infusion d’eau.[128]

3.- Le baptême de Jean est un baptême de repentance[129] et il s’accompagne de la confession des péchés,

4.- Le baptême de Jean prépare au Messie des disciples authentiques, des cœurs formés par Dieu même.[130]

Si donc le baptême de Jean est, comme nous le croyons :

[5] 1° inférieur au baptême chrétien ; 2° temporaire et destiné à faire place au baptême chrétien[131], - toutefois il contient un donné qui passe dans le Baptême chrétien. C’est donc le baptême de Jean qui permet de poser les premières assises d’une théologie du Baptême chrétien. En particulier il interdit toute réduction sociologique du Baptême. Le rite chrétien n’est pas le produit d’une évolution sociologique : il est donné avec le Christ même. Le rite chrétien n’a pas pour effet la formation terrestre d’un phénomène sociologique, mais la transformation des cœurs, où Dieu lui-même fait son œuvre.

 

V.- L’INSTITUTION DU BAPTEME CHRETIEN

Jésus-Christ a institué le Baptême en deux temps :

  1. en se faisant baptiser par Jean-Baptiste,
  2. en ordonnant aux apôtres, après la résurrection, de baptiser les nations.

L’Ecriture ne satisfait pas notre curiosité sur le point de savoir comment les Douze ont reçu le Baptême chrétien ?

Il est parfaitement clair, en revanche, que les Apôtres ont confirmé par leur pratique l’institution du Sauveur. Mais nous repoussons avec force toute doctrine selon laquelle le Baptême serait d'origine apostolique seulement, et aurait été "prêté'' au Christ lui-même après coup, sans avoir fait partie de l’Evangile proprement dit.

Nous avons ici trois opinions :

I°- Opinion radicale. Jésus n’a pas institué le Baptême.

Arguments - 1- Matthieu 28/19 serait inauthentique; Marc 16/16 également (finale deutéro-canonique),

2- Attitude négative de S. Paul à l’égard du baptême dans 2 Cor. 1/14-17.

3- le baptême d’eau est essentiellement le baptême de Jean, le baptême du Messie est le baptême d’Esprit et de feu, opposé au baptême d’eau,

4- L’Eglise du 2e s. a uni le baptême d’eau, légaliste et terrestre à l’effusion de l’Esprit, et le signe a fini par prendre la place de la chose signifiée.[132]

2°- Opinion scripturaire stricte. Le Baptême chrétien a été institué par le Christ ressuscité : Matth. 28/19 Pour les tenants de dette opinion, il est impossible que le Baptême chrétien ait fait son apparition avant la Crucifixion et la Résurrection. Dès lors le baptême donné par les disciples de Jésus au début de l’Evangile était purement et simplement le baptême de Jean (Jean 3/22 et 4/1-2).[133]

3°-  Opinion scripturaire souple[134] - sus-Christ a institué le Baptême 1°) en se faisant baptiser lui-même ; 2°) en donnant, après la Résurrection l’ordre de baptiser.

1°) Selon les Pères grecs, Jésus en se faisant baptiser, a consa­cré les eaux du Jourdain et les a préparées, par sa présence, au Baptême chrétien. - Le Baptême de Jésus, dirons-nous, est la sanction donnée au baptême de Jean, et, en même temps, la transfor­mation de ce baptême. En se faisant baptiser, celui qui est saint prend sur lui le péché du monde.[135] L’immersion ou l’infusion d’eau sont dès lors signes de la mort et de la Résurrection. Pour nous, nous croyons que l’activité baptismale de Jésus avec ses dis­ciples au début de l’Evangile, inaugure le Baptême chrétien. S’il n’y a encore ni formule trinitaire ni prédication de la Croix, la personne même de Jésus est présente.

[6] 2°) Quant à l’institution définitive, après la Résurrection, nous sommes ici sur le terrain de la foi et du surnaturel. Si l'Evangile est achevé, il révèle le NOM divin, et ce nom est la parole trinitaire. Nous croyons que celle-ci prend son origine sur les lèvres du Christ ressuscité. La finale de Matthieu se rapproche ainsi de la scène du Buisson ardent, dans laquelle Grégoire de Nysse, entre autres, voyait un symbole baptismal.[136]

 

VI.- L’ENSEIGNEMENT DU SEIGNEUR SUR LE BAPTEME D’APRES LES SYNOPTIQUES [137]

Jésus-Christ n’a pas donné un enseignement théologique sur le Baptême, pas plus que sur la Cène ou sur les dogmes que formuleront les grands Conciles. Cela ne signifie pas qu’il faut réduire l'Evangile à une morale ou à une mystique sans armature de la pensée. Par ses actes mêmes, plus que par ses paroles, le Seigneur Jésus a mis le Baptême dans un rapport très étroit (a) avec sa propre personne, (b) avec sa mort sur la Croix.

Nous donnons en note une étude, de vocabulaire d’où il ressort que le verbe baptîzo / βαπτιζω apparaît au total 31 fois dans les 3 premiers évangiles, le substantif baptîsma / βάπτισμα, 12 fois et baptîsmos / βαπτιμος 2 fois, le nom de Jean 62 fois et l'épithète de baptîstês / βαπτιστὴς 14 fois. –L’examen des passages ainsi groupés permet de faire les remarques suivantes :

1.- Jean-Baptiste tient, dans l'Evangile, -une place considérable.

2.- L'enseignement de Jésus-Christ sur le Baptême s'exprime de 4 façons :

a - par l’acte de recevoir le baptême de Jean.

b - par ses appréciations de la personne et de l'œuvre de Jean,

c - par les allusions au Baptême que l'on peut voir dans les paroles Mth. 20/20-21; Mc. 10/35-45; Lc 12/50.

d - par le commandement de baptiser donné après la Résurrection.

3.- Nous avons traité les points a) b) d) dans le paragraphe précédent, sur l'institution du Baptême. Soulignons ici que le Seigneur, par la position qu'il a prise envers Jean, a mis le Baptême dans le rapport le plus étroit qui soit avec sa propre personne. Plutôt que de donner un enseignement sur le Baptême, il s'est placé lui-même dans le Baptême. Paraphrasant S. Paul, nous pourrions dire que Jésus-Christ a été fait pour nous le Baptême.[138]

4.- Les paroles du Seigneur, Lc 12/50 et Mc 10/38-39,[139] parlant de son baptême de souffrance relient étroitement le baptême d'eau reçu par lui, et la Croix dans laquelle, il va être plongé, Il n'est pas nécessaire de voir dans ces paroles une influence paulinienne sur le texte des Evangiles. On peut penser, en revanche, à des réminiscences de l'A.T.[140]

[7] Ajoutons deux remarques, négatives, qui sont loin d’avoir la même portée :

5.- La question du Baptême reçu par les Apôtres eux-mêmes demeure une énigme. Il paraît cependant impossible de penser qu’ils n’aient pas été Baptisés.[141]

6.- Comme cela est unanimement admis, dans les rapports qu’il a eus avec les petits enfants, Jésus n’a pas parlé du Baptême. Les exégètes modernes qui professent que Marc 10/13 par exemple fait allusion au Baptême, y voient, non une déclaration du Christ, mais la modification d’une de ses paroles sous une pression sociologique.[142]

Note 36 – textes des Synoptiques

Baptizo

Baptisma

Baptistes

Ioanes

Baptismos

Bapto / embapto

I. Naissance, prédication et mort de Jean-Baptiste

 

 

 

 

 

 

1. Evangile de l’enfance

Lc 1/5-25, 57-80

 

 

 

3

 

 

2. Prédication de J.B.

Mt 3/1-12 ; Mc 1/1-8 ; Lc 3/1-20

9

3

1

8

 

 

3. Mort de J.B.

Mt 14/1-12 ; Mc 6/14-29 ; Lc 9/7-9

1

 

4

14

 

 

II. Baptême de Jésus-Christ

 

 

 

 

 

 

1. Récit de ce baptême

Mt 3/13-17 ; Mc 1/9-11 ; Lc 3/21-22

6

 

 

3

 

 

III. Rapports ultérieurs de Jésus et de J.B. / Enseignement sur Jean

 

 

 

 

 

 

1. Jean est livré. Jésus va en Galilée.

Mt 4/12 ; Mc 1/14

 

 

 

2

 

 

2. Les disciples de Jean jeûnent.

Mt 9/14 ; Mc 2/18 ; Lc 5/33

 

 

 

4

 

 

3. Question de J.B. et enseignement de J.C.

Mt 11/2-19 ; Lc 7/18-35, 16/16-17

2

1

5

16

 

 

4. Entretien de Césarée

Mt 16/14 ; Mc 8/28 ; Lc 9/19

 

 

3

3

 

 

5. Entretien après la Transfiguration

Mt 17/10-13 ; Mc 9/11-13

 

 

1

1

 

 

6. Question d’autorité

Mt 21/23-27 ; Mc 11/27-33 ; Lc 20/18

 

3

 

6

 

 

7. Parabole des 2 fils

Mt 21/28-32

 

 

 

1

 

 

8. Jean enseignait des prières

Lc 11/1

 

 

 

1

 

 

IV. Le baptême de souffrance du Seigneur

 

 

 

 

 

 

1. Question des fils de Zébédée

Mt 20/20-21 ; Mc 10/38-39

8

4

 

 

 

 

2. Baptême de feu

Luc 12/50

1

1

 

 

 

 

V. Institution du baptême après la résurrection

 

 

 

 

 

 

1. Institution du baptême

Mt 28/16-20 ; Mc 16/15-16

2

 

 

 

 

 

VI. Le mot « baptême » employé dans le sens de « ablution »

 

 

 

 

 

 

1. Lavement des mains

Mc 7/4 et 8

1

 

 

 

2

 

2. Jésus ne s’est pas lavé

Lc 11/38

1

 

 

 

 

 

3. Tremper son doigt dans l’eau

Lc 16/24

 

 

 

 

 

1

4. Mettre la main au plat

Mt 26/23 ; Mc 14/20

 

 

 

 

 

2

 

 

31

12

14

62

2

3

                 

VII.- LA DOCTRINE JOHANNIQUE DU BAPTEME

Moins explicitement exposée que la pensée de S. Paul, la théologie du Baptême dans les écrits johanniques unit égale­ment par un lien étroit la nouvelle naissance du fidèle à la mort rédemptrice du Sauveur : "Voici l’agneau de Dieu" (Baptême de Jésus). "Il faut que vous naissiez de nouveau." {Baptême du fidèle). Les textes de S. Jean permettent de préciser en par­ticulier l’action de l'Esprit dans le Baptême.

L’Evangile de Jean donne, dans un cadre différent, le sens doctrinal et mystique des Synoptiques supposés connus.

1.- Les rapports de Jésus et du Baptiste tiennent une large place, dans les premiers chapitres du 4ème Evangile.[143] Le bap­tême de Jésus n’est pas raconté ; mais le nom d’Agneau de Dieu est donné au Christ dans son premier contact avec le Baptiste.[144]

2.- Le 4ème Evangile rapporte l’activité baptismale de Jésus parallèlement à Jean-Baptiste, avant l’arrestation de ce dernier.[145] Toutefois, une correction, Jn 4/2 précise que ce n’était pas Jésus lui-même qui baptisait, mais ses disciples. Puis. Jésus quitte le Jourdain pour la Galilée et il ne sera plus, question du Baptême chrétien jusqu’à son institution par le Ressuscité.

3.- Le trait particulier de l’Evangile de Jean est la place donnée à l’Esprit-saint.[146] Dans les Synoptiques Jean-Baptiste avait opposé le baptême d’eau qui était le sien au baptême du Saint-Esprit et de feu, privilège du Messie.[147] Dans l’Evangile de Jean, l’eau et l’Esprit, sont liés par les paroles de Jésus à Nicodème.[148] Les Pères grecs du IVe s, développeront la pensée d’une action du Saint-Esprit sur l’eau elle-même en réponse à l’épiclèse : la bénédiction préalable de l'eau est, pour eux, presque indispensable.[149] Quoi qu’il en soit, l’entretien avec Nicodème souligne l’effet du baptême, qui est la nouvelle naissance, ou naissance d’en haut, donc la transformation complète du cœur.[150] Cette ré­génération se fait, par la foi, et la foi a pour objet central la Croix figurée par le serpent d’airain.[151]

4.- Comme donnée johannique, nous recueillons encore le verset de la plaie du Christ, d’où sortent de l’eau et du sang, l’eau pouvant faire allusion au Baptême. Rapprochons le fameux texte des trois témoins : à l’eau et au sang est joint l’Esprit.[152]

[8] La théologie johannique confirme l’étude des Synoptiques, spécialement sur les deux points suivants :

1) Le Baptême chrétien sort du Baptême de Jean par une sorte d’enrichissement intérieur dû à ce que nous appellerions une insertion de la personne du Christ dans le baptême d’eau.

2) Le Baptême chrétien, dans l’enseignement même du Sauveur, et antérieurement à la théologie paulinienne, se réfère directement à la Croix, ainsi qu'à la nouvelle naissance de l’homme par la foi au Christ crucifié.

 

VIII.- LA THEOLOGIE PAULINIENNE DU BAPTEME [153]

La théologie paulinienne du Baptême consiste essen­tiellement en ceci : que l’acte sacré achève ce qu’a commencé la prédication de la Parole et y imprime le sceau divin : le néophyte est enseveli, par pure grâce, dans la mort du Christ, et il en ressort en nouveauté de vie. Ces bienfaits, qui constituent le don de Dieu, sont reçus dans la foi. Le fidèle baptisé est ainsi incorporé au Christ, et le Baptême est le fondement de la constitution intime de l'Eglise, ainsi que de l'unité de cette dernière.

 

Comme pour les synoptiques, nous donnons en note un classement des textes et des mots qui se rapportent au Baptême dans S. Paul, et nous présentons ici nos thèses :

1.- Le texte de Rom. 6.s’insère dans la pensée de l’épître à un point où Paul veut montrer que la grâce n'a pas pour conséquence une facilité de pécher, mais une vie de sanctification. C'est par l’union, dans la foi, à la mort du Christ que; le fidèle est libéré de la servitude du péché. L’union avec Christ dans sa mort, c’est le lieu du pardon ; la résurrection avec lui, c’est la vie nouvelle. On peut prolonger ces lignes, dans le sens de I Cor. 15/29 [154] où l’espérance de la Résurrection est liée à l’acte du Baptême.

2.- L’étude des prépositions én (ἐν) et eîs (εἰς) en rapport avec le Baptême montre que celui-ci (a) crée un rapport de dépendance et d’appartenance au Christ, (b) que le baptisé est plongé dans des réalités invisibles, la mort du Christ, la personne du Christ. Il revêt le Christ. Cette union étroite avec le Christ est le fondement de l’unité des chrétiens entre eux.

3.- Le texte de Coloss. 2 a pour but de montrer la parfaite suffisance du Christ en qui habite toute la plénitude de la divinité. En lui, dans le Baptême, s’opère une circoncision spirituelle, qui est la nouvelle naissance, le dépouillement du corps de la chair. Cette régénération dans le Christ rend inutiles les observances anciennes qui n’ont pas d’efficacité pour changer le cœur. Dès lors, dans le baptême, il y a ensevelissement avec le Christ et résurrection avec lui. S. Paul use ici de verbes à préfixe « sun » (συν)[155] qui marquent toute la force du lien que le baptême établit entre l’homme et le Christ : vous avez été co-ensevelis, Dieu vous a co-vivifiés avec le Christ, vous êtes co-ressuscités en lui.

4.- Le texte Tite 3/5-6 résume bien la doctrine paulinienne [9] du Baptême. Non pas œuvre de justice légale, mais pure miséricorde de Dieu, le Baptême est le bain de la palingenesia (παλιγγενεσία) et du renouvellement de l’Esprit-Saint répandu sur nous richement par Jésus-Christ notre Sauveur. Ainsi, justifiés par la grâce nous de­venons héritiers selon l’espérance d’une vie éternelle.

(Voir note 52)

Textes pauliniens

I.- Le verbe baptizô / βαπτίζω : 79 fois dans le N.T., 13 fois dans S. Paul, 2 dans Tom 6/3, 6 dans I Cor I, 1 dans I Cor 10/2, 1 dans I Cor 12/13, 2 dans I Cor 12/29, 1 dans Gal 3/27.

II.- Le substantif baptisma / βαπτίσμα : 22 fois dans le N.T., 3 dans S. Paul : Rom 6/4, Eph 4/5, Col 2/12.

III.- Le verbe apoluô / ἀπολούω et le substantif loutron / λουτρόν : I Cor 6/11 (le verbe) – Eph 5/26, Tite 3/5.

IV.- Emploi des prépositions eis (εἰς) et en (ἐν) :

            I Cor 1/13-15: eis to onoma Paulou, ou to êmon onoma / εἰς τὸ ὄνομα Παύλου ou τὸ ἐμὸν ὄνομα.

               I Cor 6/11: en tô onomati tou Kuriou Iêsou Kristou / ἐν τῷ ὀνόματι τοῦ κυρίου Ἰησοῦ Χριστοῦ.

               Eph 5/26: ên rêmati / ἐν ῥήματι.

               Rom 6/3, Gal 3/27 : eis Kriston / εἰς Χριστὸν.

               I Cor 10/2 : eis ton Môusên / εἰς τὸν Μωϋσῆν.

               I Cor 12/13: eis en sôma / εἰς ἓν σῶμα.

               Rom 6/3 : eis ton thanaton autou / εἰς τὸν θάνατον αὐτοῦ.

V.- Mots qui deviendront plus tard techniques pour désigner le baptême :

            Sphragizô / σφραγίζω :     Rom 15/28, II Cor 1/22, Eph 1/3 et 4/30.

               Sphragis / σφραγισ :                        I Cor 9/2 et II Tim 2/19.

               Phôtizô / φωτίζω :                            Eph 1/18.

               Uioi phôtos / υἱοὶ φωτός : I Thes 5/5.

               Phôsteres en kosmo / φωστῆρες ἐν κόσμῳ :              Phil 2/15.

               Phôs en Kuriô / φῶς ἐν κυρίῳ :       Eph 5/8.

 

IX.- LA PRATIQUE DES APOTRES [156]

La pratique apostolique, clairement attestée, fut de baptiser les néophytes, juifs ou païens, après leur avoir fait entendre la parole de la foi.

Le Baptême des "infantes" inclus soit (a) dans les familles de prosélytes, soit (b) dans les familles déjà chré­tiennes, n’est attesté par aucun texte décisif sur le plan his­torique. Il ne fait l’objet d'aucun enseignement théologique particulier.

Il est loisible de soutenir comme possible, ou vrai­semblable, l'existence de tels Baptêmes dans la pratique apos­tolique. Toutefois, il ne s'agit là que de constructions exégétiques, aux bases fragiles ou changeantes, et non pas d’un donné révélé.

L’importance de ces hypothèses est de montrer que le Baptême des infantes n'est l’objet d’aucune interdiction qui puisse être formulée au nom des saintes Ecritures.

Quant au Baptême d’infantes dont les parents ne seraient pas dans la foi, nul ne soutient qu'il puisse être historiquement attesté à l'époque apostolique.

1.- Le baptême de Jean est mentionné 4 fois dans le livre des Actes (1/5, 1/22, 10/37, 13/24) d'une manière qui montre que pour l’Eglise Apostolique, ce baptême est bien le point de départ de l’Evangile. Toutefois l’insuffisance du baptême de Jean est montrée par le cas d’Apollos (18/25) et des hommes d’Ephèse (19/1-7) qui avaient besoin d’un enseignement nouveau, et peut-être même, pour ces derniers, de recevoir le Baptême chrétien.

2.- La pratique du Baptême est liée étroitement, soit à une imposition des mains pour le don du Saint-Esprit, soit à une manifestation spontanée des charismes du Saint-Esprit (le jour de la Pentecôte, les Samaritains, Baptême de Paul, de Corneille, des douze hommes d’Ephèse).

3.- En général, plusieurs personnes sont baptisées en même temps : le jour de la Pentecôte ; les Samaritains ; Corneille, Lydie, le geôlier, Crispus à Corinthe, viennent au Baptême avec leur entourage. Les seuls cas de Baptêmes isolés sont ceux de l’Ethiopien et de Paul lui-même.

4.- L’entourage est désigné sous le nom de :

a)  tous ceux qui écoutaient la Parole, Actes 10/44.

b)  sa maison (ô oîkôs aûtês / ὁ οἶκος αὐτῆς) = sa famille, Actes 16/15

c) tous les siens : oi, aûtou pantês / οἱ αὐτοῦ πάντες Actes 16/33; cf. v. 31, toi et ta famille : ô oîkos / ὁ οἶκος

     v. 34, il se réjouit avec sa famille : panoikei / πανοικεὶ.

d)  Crispus crut avec toute sa famille (oîkos / οἶκος) : Actes 18/8.

e)  Paul a baptisé la famille de Stéphanas (oîkos / οἶκος) I Cor. 1/16.

        Cf. I Cor. 16/15 la famille de Stéphanas (oîkîa / οἰκία)… s’est dévouée pour les saints.

Ces désignations n’excluent pas, dit-on, la présentation au Baptême de nouveau-nés ou d’enfants en bas âge ; certes, mais, si l’on prend les textes dans leur sens évident, ils ne suggèrent pas cette présence non plus. L’accent est mis sur les adultes qui écoutent la parole, et reçoivent les charismes (Actes 10/44), qui se réjouissent (Actes 16/34), qui croient (Actes 18/8), qui se dévouent (I Cor. 16/15).

[10] 5.- Ceci nous conduit à traiter ici la question : le Baptême des infantes peut-il se réclamer de l’autorité des Apôtres, comme l’affirment pour la première fois :

(a) des textes attribués à Origène[157] mais qui ont pu être remaniés ;

(b) en tous cas S. Augustin[158]?

La réponse affirmative se réclame des arguments suivants :

(a) la mention des « maisons » que nous venons détudier.

(b) les baptêmes des païens par les Juifs, étudiés ci-dessus.

(c) L’argument de S. Augustin lui-même : les Apôtres ne pouvaient pas ignorer la damnation des enfants morts sans Baptême.

(d) Un raisonnement historique : Les premiers Baptêmes ont été naturellement des Baptêmes d'adultes puisqu'il s’agissait de fonder l’Eglise au moyen de néophytes. Mais, dès la deuxième génération; c’est-à-dire, aussitôt, il était naturel de baptiser les enfants de ces néophytes, soit en même temps que les parents, soit après, pour ceux qui naîtraient dans l’Eglise.

Ce raisonnement ne nous paraît pas confirmé par l’étude du N.T. Les Apôtres, en effet, mettent l’accent sur l’Eglise qui se forme dans le Christ par la Parole. L’Eglise est une Eglise de pécheurs, certes, mais de pécheurs qui luttent contre le péché par ce qu’ils ont entendu l’appel de l’Evangile. A l’époque apostolique on ne trouve pas l’idée d’une Eglise-institution qui, à la manière d’Israël, engloberait une population donnée[159]. Aussi la circoncision est-elle rejetée comme une œuvre morte, car ce qui compte dans le Christ, « ce n’est ni la circoncision, ni l’incirconcision, mais la foi qui est agissante dans la charité » Gal.5/16.

La foi en Christ, la confession des péchés, le renouvellement de l’être intérieur, le don du Saint-Esprit, sont - et ce depuis Jean-Baptiste - des éléments tellement caractéristiques de la nouvelle alliance qu’il y a une convenance toute particulière entre le Baptême chrétien et l’administration qui en est faîte à des adultes. Pour que la pratiqué du Baptême des nouveau-nés s’implante et se généralise dans l’Eglise, il a fallu un développement théologique nouveau, dans des perspectives nouvelles.

X.- BASE THEOLOGIQUE DU BAPTEME DES INFANTES.

La base théologique donnée au Baptême des infantes par ses promoteurs, est la doctrine du péché originel (Jean 3, Romains 5). Systématisée à l’extrême par S. Augustin, elle peut être amendée de diverses manières : elle n’en demeure pas moins dans ses lignes essentielles. C’est à cette théologie que se rattachent les Réformateurs.

La doctrine du péché originel est bibliquement fondée. Par suite le Baptême des infantes se justifie bibliquement, non pas d’une manière directe (comme la théologie propre du Baptême qui, elle, est directement donnée), mais d’une manière indirecte, par l’intermédiaire du donné biblique sur le péché originel.

Jusque vers la fin du IVème siècle, les enfants (parvuli et infantes) présentés au Baptême, y sont admis en même temps que les néophytes, à Pâques et à Pentecôte, sauf le cas de danger de mort.[160] A partir du début du Vème s., et jusque vers la fin du [11] Xème s., par une lente évolution, se forma la coutume de baptiser les nouveau-nés à la naissance.[161] Les perspectives nouvelles sont :

(a) la controverse pélagienne et l’augustinisme.[162]

(b) la disparition de l’empire romain et le triomphe de la chrétienté.[163]

La théologie du Baptême est dès lors liée étroitement à la doctrine du pèche originel. On baptise les nouveau-nés parce que le Baptême est de nécessité de salut , et que, sans lui, la créature ne peut échapper à l’enfer. C’est dans ce sens qu’on lit Jean 3/5.[164]

A notre sens, cette justification du Baptême des nouveau-nés est la seule qui puisse se réclamer d’un fondement biblique, théologique et historique. Même quand elles semblent s’en écarter le plus, les explications modernes du Baptême des enfants s’y rattachent encore, du moins tant que l’on y voit un sacrement.

(a) pour Calvin,[165] certes, le Baptême ne lave pas la tache originelle; mais, en vertu des promesses de Dieu, cette tache est lavée, chez les enfants des fidèles, par la foi. Donc si les nouveau-nés ont, par la promesse et la foi, la rémission du péché originel, il ne faut pas leur en refuser le signe.

(b) De nos jours, on affirme volontiers que le Baptême des nouveau nés convient en tant qu’il démontre l’antériorité de la grâce par rapport au salut. Dans cette vue, on se montre sensible au danger de confondre la foi préliminaire au Baptême avec une œuvre légale.[166] Quoi qu’il en soit, si le signe de la grâce est donné à l’enfant, c’est que l’on souligne l’état de péché dès la naissance.

(c) D’autres encore insistent sur ce que le Baptême est l’admission dans l’Eglise. L’admission au rang des Catéchumènes ne leur suffit pas. C’est donc que, là encore, on souligne l’état de péché non recouvert par le Baptême.

XI.- CONCLUSIONS THEOLOGIQUES.

La doctrine biblique du Baptême se constitue par une référence directe à la mort et à la résurrection du Sauveur qui sont proposées à notre foi, et sans aucune référence directe au Baptême des infantes.

Il a pu y avoir, pour l’Eglise post-augustinienne, une exigence de sagesse à joindre la pratique du Baptême des infantes à l’affirmation de la doctrine du pèche originel. Cette liaison ne s’impose ni dans tous les temps ni dans tous les lieux, comme le confirme l’exemple de l'Eglise pré-augustinienne.

Ce pourrait être une faute contre la prudence de renoncer, en tel lieu ou à tel moment, en tout ou en partie, è la pratique du Baptême des infantes. Ni Calvin ni les Eglises Réformées à sa suite, n’ont cru devoir faire ce pas.

Mais l’Eglise Réformée de France, si elle est conduite aujourd’hui, par des indications sûres de l’Esprit de Fieu, à desserrer le nœud augustinien qui a joint la pratique du Baptême des infantes a la prédication du péché originel, pour replacer plus directement le Baptême dans la Mort et la Résurrection du Sauveur, cette Eglise ne saurait en cela errer dans la foi.

Tout au contraire, elle replacerait ainsi, le Baptême au cœur de sa prédication et contribuerait à lui donner la plénitude de sa signification biblique et théologique.

En des termes très voisins de ceux de Karl Barth,[167] nous dirons que, pour le Nouveau Testament, le Baptême est une réponse de Dieu à l’homme qui désire un sceau de sa foi. L’ordre : prédication, foi, Baptême est une règle apostolique certaine. Le Baptême est administré en même temps que la foi du néophyte s’ouvre à la grâce divine.

Cet acte officiel, nous dirons de sur-naturalisation[168] en Christ, est mis dans un rapport direct avec la mort, l’ensevelissement et la Résurrection du Sauveur. Il fonde l’unité de l’Eglise, non par une inscription juridique dans une chrétienté, mais par une incorporation au Christ.

Secondairement, et à l’arrière-plan, le Baptême suppose la doctrine du péché originel. Il n’y a donc pas d’âge limite pour y être admis. Quiconque se confesse pécheur et met sa foi dans le Christ peut le demander.

A la limite, l’Eglise, quand elle donne le Baptême aux nouveau-nés, met en lumière la déchéance de la race humaine ; mais elle fait passer au second plan la doctrine première du Baptême. Comme le dit Barth, le Baptême est obscurci.

Nous tenons pour légitime ce Baptême que nous avons appelé nous-même un Baptême amenuisé ; et nous nous garderons de juger la sagesse de ceux qui l’ont institué, qui l’ont maintenu ou qui le maintiennent.

Mais nous concluons que l’Eglise, si elle est conduite par l’Esprit-saint, à refaire le chemin inverse, vers le Baptême de ses membres qui sont reçus comme catéchumènes dès la naissance, et qui entendent la Parole de Dieu préalablement à tout rite sacramentel, ne saurait errer dans la foi.

 

XII.- PROPOSITIONS DISCIPLINAIRES.

1.  Que le Synode maintienne la pratique du Baptême des infantes, traditionnelle dans l’Eglise Réformée de France, et justifiable bibliquement, en imposant toutefois une double condition :

a)  L’enseignement du Baptême chrétien, incorporation par grâce à la mort et à la Résurrection du Sauveur, doit être donné dans sa plénitude par la prédication et le catéchisme.

b)  Le Baptême des infantes ne doit pas être célébré hors de la foi (normalement : la foi des parents ; en tous cas et à la rigueur, la foi de représentants qualifiés de l’Eglise).

2.  Qu’il plaise au Synode d’inscrire au nombre des Liturgies de l’Eglise, une liturgie de consécration des infantes, plaçant ceux-ci dès leur naissance au rang des catéchumènes - candidats au Baptême, et les mettant au bénéfice de la foi de la société des fidèles dans le Christ.

3.  Que la liberté des fidèles soit sauvegardée de faire procéder à l’une ou à l’autre ces cérémonies d’introduction de leurs enfants dans l’Eglise, moyennant qu’ils remplissent les conditions posées par l’Eglise dans le cas où il s’agit de conférer le Baptême.

4.  Que les pasteurs, en accord avec les Conseils presbytéraux, soient laissés libres de préférer et de préconiser l’une ou l’autre des deux manières d’introduire les infantes dans l’Eglise visible, soit à titre de fidèles baptisés, soit à titre de catéchumènes-candidats au Baptême.

5.  Qu’il ne soit plus demandé aux candidats à la consécration pastorale d’engagement spécial de célébrer le Baptême des infantes, et que les cas particuliers qui pourraient se présenter dans la pratique soient tranchés par les Commissions régionales de l’Eglise.

6.  Que ces dispositions nouvelles soient promulguées à titre transitoire pour une période de N années,(5 ou 10 par exemple) et qu’elles soient confirmées ou modifiées à l’échéance fixée selon les leçons de l’expérience.

 

I.-    L’Eglise Réformée de France, si elle maintient le Baptême des enfants, doit donner un enseignement complet sur le Baptême, notamment :

(a) sur ce point que le Baptême est administré dans la foi au Christ mort et ressuscité ;

(b) que le Baptême incorpore la créature non à une église particulière, mais à la personne même du Sauveur ;

(c) que le Baptême est le point de départ d’une vie dans la foi qui agit par la charité.

II.-   Des conditions doivent être posées à l’admission des enfants au Baptême,, en sorte’ que la prédication de la Parole ne soit pas affaiblie.

III.- Les nouveau-nés doivent pouvoir être reçus dans l’Eglise, à titre de catéchumènes, par une liturgie qui les consacre à Jésus-Christ, et qui s’appuie sur les déclarations du Seigneur (Marc 10/13-16) et de l’Apôtre Paul (l Corinthiens 7/14).

IV.- Dans le cas de l’adoption par l’Eglise Réformée de France d’une double pratique, chaque Région, ou, à défaut, chaque Consistoire d’une Région, ou chaque Conseil presbytéral, donnera sa préférence et sa recommandation à l’un des deux modes, la liberté de tous les fidèles restant sauve.

 

___________________________

 

 

 

Introduction sur le Baptême[169]

 

Rencontre des pasteurs du Consistoire de Haute-Ardèche

Tournon, jeudi 30 septembre 1948

 

[1] Notes liminaires.

 

Sur quel terrain je me place.

Théologie pratique, i.e. :

            Ministère pratique

            Théologie biblique

 

Ma position par rapport à M. Maillot.

Je trouve deux choses dans son travail :

  • Une théologie spéculative de la grâce, qui m’intéresse et me séduit, mais à laquelle je ne peux pas adhérer en fin de compte ;
  • Une position biblique et spirituelle de laquelle je me sens extrêmement proche.

 

J’éviterai la discussion spéculative (où M. Maillot et moi serions ennemis) tout en soulignant mon accord sur le terrain biblique et pratique.

 

Le plan de ce travail.

Il comportera 6 questions :

  1. Position actuelle de la question du membre d’Eglise dans l’E.R.F.
  2. Source des difficultés : le Baptême des enfants.
  3. Ce qu’est le Baptême.
  4. Position du baptisé dans l’Eglise.
  5. Position de l’enfant « présenté »
  6. Etat de la question dans l’E.R.F.

[2] 1. Position actuelle de la question du membre d’Eglise dans l’E.R.F.

 

La question n’est pas claire ; nous avons deux textes :

1) Liturgie : p. 162 (souligné bleu).

2) Discipline : p. 79.

    (Souligné bleu), déjà un peu contradictoire.

    (Trait orange en marge) complètement contradictoire.

(a) distingue des membres responsables (les vrais membres ?) et des fidèles (qui ne seraient donc pas responsables ?)

(b) leur impose des conditions qui ne semblent tenir aucun compte de la liturgie de réception.

 

Dans tout cela, nouvelle difficulté : quel est le statut des enfants ? (Discipline p. 79, trait vert).

Si l’on voulait être logique, il faudrait dire que l’ERF comprend comme membres :

1. Les « siens ? » baptisés ou présentés (dès l’enfance).

2. Les membres inscrits (à partir de 15 ans) : nés dans l’Eglise ou venus du dehors.

3. Les fidèles qui ont « la foi agissante »

4. Parmi les fidèles, les « membres responsables » qui doivent avoir plus de 21 ans.

 

[3] 2. Source des difficultés : le Baptême des enfants.

 

N.B. Non le Baptême des enfants en lui-même (comme s’il était toujours source de difficultés), mais tel qu’il se présente dans notre Eglise et à notre époque.

Bibliquement, le Baptême incorpore à Jésus-Christ, donc il introduit dans l’Eglise. Contradiction dans la liturgie, p. 120-122 orange. P. 122, c’est au futur, un souhait : l’introduction dans l’Eglise est annulée.

Ici je rejoins entièrement M. Maillot. Le signe du Baptême n’est rien pour le baptisé enfant (signe amenuisé).

Donc il faut lui donner autre chose qui sera pour lui (montrer que cela paraît tout naturel mais que c’est hérissé de difficultés) :

a) ou la « confirmation », c’est-à-dire un 2ème Baptême.

b) ou une « expérience ».

c) ou une culture intellectuelle.

Résumer la difficulté ainsi : l’enfant est incorporé à l’Eglise, mais est considéré comme ne l’étant pas. Quand le sera-t-il ?

On dira que la communion est l’incorporation. Non :

1. La communion n’est pas faite pour cela. Le communiant doit être d’abord baptisé.

2. Il n’y a pas de listes de communiants.

 

[4] 3. Ce qu’est le Baptême.

 

C’est un signe opérant dans la foi.

A.- C’est un signe : tout le monde est d’accord, mais ce n’est pas un symbole. Ce n’est pas un signe donné par l’homme mais par Dieu.

B.- Opérant : Je veux dire que Dieu opère par le signe. Dieu s’est lié au signe par une promesse. Dieu peut agir en-dehors du signe. Mais il ne peut faillir à l’Eglise qui agit sur la base de sa Parole.

Dans le Baptême, Dieu opère l’incorporation au Christ mort et ressuscité : il place l’homme dans le pardon et la sanctification.

C.- Dans la foi : Dieu-même ne peut agir sans la foi. Ex. de l’incrédulité des gens de Nazareth.

La foi précède le Baptême et y met le sceau, l’amène à la plénitude. Tite 2/5. Baptême = foi.

Dans le cas des infantes, foi des parents et des répondants comme l’exige les textes ? des « familles ».

 

[5] 4. Position du baptisé dans l’Eglise.

 

Le baptisé est membre de l’Eglise au sens le plus entier du mot.

Il n’y a plus à être reçu, converti ou persuadé. Tout ce que l’Eglise peut lui dire, c’est : tu es baptisé, tu es chrétien, donc : vis ta foi.

Le baptisé doit communier le plus tôt possible ( Grecs, cath.)

Certes un renouvellement (non confirmation ou ratification) du vœu de Baptême est possible, mais cela n’a aucun rapport avec la réception dans l’Eglise.

Aspects sociologiques du Baptême des enfants : la chrétienté.

S’il n’y a pas de chrétienté, le Baptême des enfants est signe amenuisé (ce qu’il est toujours) mais est signe à contresens :

1. il multiplie les « baptisés indignement » et on le sait à l’avance.

2. il obscurcit et brouille irrémédiablement la question du membre d’Eglise.

 

[6] 5. Sens de la présentation.

 

Dans tout ce qui précède, on oublie que le catéchumène non encore baptisé est membre de l’Eglise :

- Champs de mission (Wagha Mandouma) [lecture incertaine ??].

- Eglise des 4 premiers siècles. Lire Calvin 1, p. 7-9.

 

D’où le sens d’une liturgie de présentation, i.e. consécration des infantes au rang des catéchumènes.

Toute l’argumentation courante en faveur du Baptême des infantes joue ici :

1. l’a fortiori de la circoncision.

2. l’appel de Jésus aux enfants.

3. leur position dans l’Eglise primitive (admise par la Formgeschichtliche).

Les enfants de chrétiens ont un privilège : ils sont reçus dans l’Eglise comme catéchumènes dès leur naissance, élevés dans l’Eglise en vue du Baptême et de la Cène.

Dès lors, tout s’éclaire et tout devient simple et droit. L’Eglise n’a que 2 catégories de membres :

- Les catéchumènes (le catéchisme est toujours pré-baptismal).

- Les membres baptisés et communiants, responsables et fidèles.

 

[7] 6. L’état de la question dans l’E.R.F.

 

Le Baptême des infantes est, en tous cas, un signe amenuisé, et, le plus souvent aujourd’hui un signe à contre-sens.

Il faut donc :

a)  que tous soient d’accord pour ne plus le donner à contre-sens : conditions sérieuses de non administration.

b)  que le Baptême des infantes ait, non des succédanés postérieurs, mais des étais solides :

1.- l’éducation familiale forte.

2.- l’éducation ecclésiale (qui n’est pas un catéchisme à proprement parler).

3.- une coutume qui tendra à identifier baptisé et communiant : revalorisation et du Baptême et des engagements de catéchumène.

c)  que la liturgie de présentation, i.e. consécration des enfants au rang de catéchumènes, ait plein droit de cité. Le statut de ces enfants sera :

1.- l’éducation familiale plus ou moins faible

2.- l’éducation ecclésiale forte

3.- le Baptême dans la foi du baptisé, la foi n’étant jamais imposée par une cérémonie.

 

 

 


 


 

 

TEMOIGNAGE AU SYNODE NATIONAL

Le Chambon s/Lignon.-20 Mai 1951.- L. DALLIERE

 

 

[1] Monsieur le Modérateur,

Messieurs et frères,

Me préparent à ce Synode, j'avais cru devoir rédiger une sorte de témoignage lequel, pensais-je à tort ou à raison, était attendu par plusieurs d'entre vous.

Ecoutant hier soir le très-beau rapport de M. le pasteur Gagnier, je me disais que mon témoignage devenait inutile, tant vous avez su parler, M. le Rapporteur, avec clairvoyance et avec justice, en même temps qu'avec la charité de Jésus-Christ.

Si vous me permettez cependant, M. le Modérateur, de lire l’essentiel de la déclaration préparée, nul ne pourra, je m'en assure, y voir une sorte de contre-rapport, mais plutôt le fruit de la convergence de l’œuvre  du Saint-Esprit au sein de l'Eglise.

Je commencerai donc mon témoignage en rendant grâces à Dieu pour deux raisons : d’abord pour la réalité maternelle de l’Eglise. C’est là, vous ne l'ignorez pas, une doctrine authentiquement calvinienne, et point n'est besoin de rappeler le passage où, traitant de l’Eglise visible, le Réformateur nous invite à apprendre du seul titre de Mère combien la connaissance de l'Eglise visible est utile et nécessaire, (Institution chrétienne L. IV,ch. I, 4). Personnellement, l’affirmation que l'Eglise est maternelle m'a été apportée par le Président, Marc Boegner, lors d'une des visites qu'il voulut bien faire à ma paroisse en des jours difficiles, il y a dix ou douze ans. Elle a été manifestée, cette vérité maternelle, dans l'attitude de l'Eglise unie envers ceux de ses pasteurs qu'elle a trouvés s’abstenant de baptiser les enfants petits. Voilà mon premier sujet d'actions de grâces.

Le second est le contact vivant qu’il m’est donné d'avoir avec vous en cet instant. J'attache le plus grand prix au témoignage que nous pouvons nous rendre les uns aux autres, en tant que nous sommes, les uns et les autres, « des lettres de Christ écrites non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs » (II Cor. 3/3).

I.

Le prix que j'attache à notre entretien me porte à entrer maintenant au cœur du sujet. A mon sens il ne saurait être aucunement question d'ouvrir une controverse pour ou contre le Baptême des petits enfants, ou de vouloir faire triompher l'une ou l'autre pratique. Un tel débat me paraît entièrement périmé. Ce dont il s’agit, c’est d’inscrire dans la Constitution de l’E.R.F., la réalité même du Baptême. La page a été laissée blanche en 1938-39 ; la diversité des tendances qui est propre à l’Eglise a eu, pour s’affirmer, un temps de paix ecclésiale et de mûrissement théologique. Nous sommes tous ici [2] pour affirmer notre foi dans le Baptême, pour la discerner dans la Parole de Dieu par le témoignage du Saint-Esprit qui est un à travers la variété de ses manifestations.

Dans cette recherche, les pasteurs qui ont été conduits à ne plus baptiser les enfants en bas âge, - et ici permettez-moi de substituer à un « nous » qui serait équivoque puisqu’il n'y a ni parti ni faction au sein du Synode, un « je » qui peut paraître plus orgueilleux bien qu'il ne veuille être qu'un témoignage ou une confession, - ainsi donc dans la recherche d’une constitution du Baptême au sein de l’E.R.F, je dépose, par mon attitude, en faveur et de son caractère sacramentel et de sa puissance prophétique.

Dans le Baptême il y a un symbole, sans aucun doute ; mais il y a plus qu'un symbole : il y a un sacrement par lequel Jésus-Christ, du haut du ciel édifie l'église sur la terre :

Il y a dans le Baptême une action actuelle du Saint-Esprit, un « operatum » dont l’agent est Dieu même : s'il n'en était pas ainsi, le Baptême ne serait qu’une parole imagée entre cent autres. D’autre part, quand Dieu « opère » dans l'église, il n’opère que dans la foi, parce que la foi elle-même, est encore, mystérieusement, une opération de Lui. Nous sommes, je pense, tous d'accord pour écarter un sacre­ment qui tirerait son efficace d'une nature conçue comme sujette à des opérations physiques. C'est pourquoi, sans entrer dans aucune contro­verse, je dois bien dire que je ne vois pas comment on pourrait ne pas croire à la nécessité de répondants dont la foi se substitue à celle que ne peuvent avoir les petits enfants que l'on baptise : car autrement pourquoi s'assemblerait-on sans que l'action de Dieu pût être reçue dans la, foi ? Mais, quoi qu’il en soit, j'ai une entière conviction que mon ministère propre est de donner le baptême dans la foi de celui qui le reçoit. Je respecte profondément le ministère de tous mes frères qui, avec une pleine conviction, gardent la tradition de donner le baptême aux petits enfants. Les raisons qui les convainquent varient sans doute des uns aux autres. D'autre part il n'est pas toujours certain que le sens dans lequel un pasteur baptise un nouveau-né est le même que le sens avec lequel les parents ont demandé le Baptême, c'est pourquoi si je suis très profondément ému et reconnaissant que mes frères à leur tour respectent mon ministère, je suis persuadé d'occuper non une position individualiste et séparatiste, mais de mettre au service de l’église la force qu'apporte un Baptême opérant dans la foi de celui qui le reçoit.- J'ajoute ici après coup à mon témoignage écrit que ma pensée n'est pas de souligner l'élément subjectif au détriment de l'élément objectif, mais d'affirmer les deux et de souligner le lien qui les unit dans l'ensemble de la Révélation où nous voyons, partout, indissolublement joints, et l'œuvre divine et la foi que Dieu donne : « Vous êtes sauvés par le moyen de la foi et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu » (Ephésiens 2/8).

II.

[3] Rendre au Baptême sa force en y liant l'œuvre efficace de Dieu à la foi de celui qui en est l'objet, me paraît d'autant plus urgent que l’époque où nous sommes est caractérisée par une sorte de dilution de toutes les valeurs sacrales, et du Baptême en particulier.

J'aborde ici la seconde partie de mon témoignage. Le dimanche 2 août 1914 a marqué dans mon être de jeune homme une trace ineffaçable, plus j'avance dans la vie, plus il me paraît impossible de mettre entre parenthèses le déchaînement qui s'est ouvert en ce jour-là, comme si on pouvait fermer la parenthèse et reprendre le monde comme avant, si vous me permettez un souvenir personnel : je suis allé au culte, le dimanche 2 août 1914, au Temple de Saint-Germain-en-Laye. Un jeune suffragant suisse - il devait mourir jeune en Mission - donna une prédication peut-être un peu scolaire sur le livre d'Aggée. A la sortie, quelques-uns déploraient un sermon aussi inactuel et qui ne contenait aucune allusion aux événements. Pourtant le mot d'ordre de la Parole de Dieu n'a cessé depuis ce jour de retentir en moi, tel qu'il était sur les lèvres de ce pasteur : « Est-ce le temps pour vous d'habiter vos demeures lambrissées, quand cette maison (de Dieu) est détruite ? » (Aggée 1/4).

Historiquement, si je puis dire, j'ai été conduit à bénir les enfants nouveau-nés en vue de leur Baptême à venir, essentiellement par le souci de maintenir l’autorité de mon ministère pastoral à l'égard des membres de ma paroisse. Comme à tous les pasteurs, il m'est impossible de faire prendre les engagements des Catéchumènes dans « un sens pickwickien », je veux dire en sous-entendant qu'on n'attache pas d'importance à ce qu'on dit. Dès lors, la seule position logique me parut être de ne donner le Baptême des enfants que si le père et la mère participent à la Sainte-Cène chaque fois que l'Eglise la célèbre, fréquentent nos saintes assemblées, et emploient tous les autre moyens que Dieu leur offre pour avancer leur salut. Ces jeunes ménages communiants, tenant leurs propres engagements, pouvaient en prendre d'autres pour leurs enfants. Mais, de tels ménages, on les comptait sur les doigts, et je ne pouvais me résoudre à instituer un triage entre les familles. D'où ma décision initiale.

A la réflexion, pendant des années et des années, je compris que cette position, ou je n'étais pas seul, outre le sens théologique dont j'ai parlé tout-à-l'heure, avait, si elle est vraiment voulue de Dieu, en des serviteurs qui ne se sont pas concertés, et en des pays divers, un sens prophétique. Voici ce que je veux dire.

Le XXe siècle me paraît être de toute évidence le siècle de la mort, non de Dieu, mais de la chrétienté et vous la voyez remplacée sous vos yeux par un magma mondial, techno-lâtrique et anti-christique - Or le Baptême des enfants me paraît historiquement lié à l'existence de la chrétienté ; il a pris avec elle toute son ampleur ; il a reçu d'elle les étais qui lui étaient nécessaires pour la construction d'un édifice qui devait répondre au paradoxe d'être à la fois terrestre et [4] chrétien. Et, vus sous cet angle, en face d'une Renaissance partiellement anti-christique, la Genève de Calvin, les principautés et les royaumes luthériens, furent des renouveaux de la chrétienté, pour Calvin, le citoyen ou le magistrat qui ne fût pas à la fois baptisé, communiant et fidèle, eut été un non-sens. Toute la discipline presbytérale avait pour but une adéquation entre le citoyen de l'Etat et le fidèle de l’Eglise participant personnellement aux Sacrements.

La chrétienté étant détruite, le fait qu'il y ait des pasteurs qui ne baptisent que des catéchumènes dans la foi, me paraît être comme une aiguille au cadran de l'horloge, pour dire au monde en quel temps nous sommes. Nous ne revenons pas au 17e siècle ; mais, de même qu'au 17e siècle le Baptême des enfants s'implanta parallèlement au Baptême des Catéchumènes, de même une des caractéristiques du XXe siècle ne serait-elle pas que le Baptême des catéchumènes reprenne place parallèlement au Baptême des enfants ?

Par rapport à l’ex-chrétienté, le Baptême des Catéchumènes a une portée que j'appellerais stratégique. Par faiblesse plus que par mauvais vouloir, par glissement des âmes dévitalisées plus que par adhésion délibérée, des multitudes d'hommes sont aujourd'hui au service, ou au pouvoir, de l'antichrist. Sans le vouloir délibérément, les masses vivent dans une sorte d'orgueil prométhéen qui divinise non l'homme mais le troupeau humain meurtrier et impudique. Ce que j'appelle un magma d'êtres humains absorbe sans cesse les familles et les structures autrefois christianisées. Là-devant, l'Eglise de Jésus-Christ, qui prêche la grâce, ne peut-elle pas dire à l'homme : « Mon frère, pour être un homme libre, viens à Jésus-Christ, qui t'offre sa parole de pardon, avec les deux sacrements ou tu puiseras ta force : le Baptême qui fera de toi une pierre solide et vivante, la Sainte-Cène qui t'édifiera avec les autres pierres en une construction ferme et ordonnée selon des lois divines ? » Le Baptême atteste donc ici au monde la solidité inébranlable de la structure ecclésiale qui se tient ferme sur le rocher de Christ, au milieu de l'écroulement et de l'écoulement d'une chrétienté en décomposition.

Par rapport à l'Eglise elle-même, je crois que le Baptême des Catéchumènes dans la foi est un témoignage rendu à une espérance vivante. Toute la séduction de l'Antichrist vient d'un jeu de messianismes terrestres, et j'emploie ce mot de jeu dans le sens où l'on parlerait d'un jeu de miroirs. L'église, elle, n'a pas besoin de se procurer des messianismes de rechange au Grand Bazar Moderne. L'Eglise sait que le Messie, c'est Jésus de Nazareth, qui reviendra pour juger les vivants et les morts. L’espérance de la seconde venue du Christ suscite en l'Eglise une intercession et une action qui ont des aspects divers : mais, quel que soit celui des aspects de l’espérance que l'on considère, le Baptême reçu dans la foi est là comme un sceau de notre attente. Ainsi une communauté qui prépare le Retour du Seigneur priera pour le Réveil des âmes dans toutes les Eglises ; et quel puissant éveilleur que le Baptême qui suscite sur les lèvres de [5] l'auditeur la question : « Qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » et l'Eglise répond : « Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible » (Actes 8/36-37).- Ainsi encore une communauté qui prépare le Retour du Seigneur travaillera à l'œcuménisme ; et le Baptême reçu dans la foi, appuyé sur une doctrine biblique nette me paraît dresser un centre de convergence, tandis que je crains que le Baptême des enfants, bien qu'uniforme en pratique, ne recouvre des théologies très diverses, et parfois opposées.- Ainsi encore penser au Retour de Jésus-Christ, c'est reconsidérer le mystère de la conversion d'Israël; et sans pouvoir entrer Ici dans des développements qui me tiennent profondément à cœur, je crois que le Baptême reçu dans la foi aidera à abattre le mur de séparation entre Israël et nous, en nous plaçant les uns et les autres dans une égalité devant la Croix, et en faisant réparation pour les mépris et les persécutions que les Juifs ont subies de la part d'une chrétienté ou de chrétiens, baptisés enfants peut-être, mais qui ne connaissaient pas l’amour de notre Père pour notre Frère aîné.- Bref, le Baptême reçu dans la foi, - au sein d'un monde antichristique qui revendique les corps des hommes et des femmes pour les désacraliser, les soumettre à ses modes et à ses techniques, en faire des rouages et des bielles d'une sorte de vaste monstre destructeur, - le Baptême, dis-je, revêt le corps des fidèles de l'espérance de la Résurrection, d'une manière analogue peut-être à celle dont cette première ébauche que fut le Baptême de Jean revêtait les Israélites de l'espérance de la première apparition du Christ.

A mon texte préparé avant le Synode, j'avais donné une conclusion qui affirmait que je ne saurais concevoir de prophétisme authentique contre l'Eglise ou hors d'elle. Le rapport que nous avons entendu hier me dispense vraiment de lire ce développement. Dans l'espoir d’avancer le débat qui est ouvert, je préfère déclarer ici que, lorsque viendra le vote, je voterai pour un très grand nombre des dispositions de l'ordre du jour proposé ; sur quelques-unes, si personnellement je dois m'abstenir, je ne ferai aucune opposition. Mon ardent désir serait de voter « pour » l'ensemble du projet quand il sera mis finalement aux voix. Mais je dois dire qu'il y a une disposition et une seule qui m'en empêcherait : le N° 6 de la p. 6. Il me semble qu'en refusant de mettre à l'étude une liturgie de présentation, le Synode reprendrait d'une main tout ce qu'il a donné de l'autre, et qu'il risquerait d'être intolérant et dur, de la manière la plus douloureuse, celle qui porte sur les petits enfants. On nous dirait alors que la famille chrétienne, la solidarité dans le temps, l'Eglise de multitude, sont tellement liés au sacrement du Baptême - ce qui n'est pourtant pas dit dans l'Ecriture, - que si nous baptisons dans la foi, nos enfants n'ont plus de statut dans l'Eglise ; on nous acculerait à une église de professants dont nous ne voulons à aucun prix. Considérez, frères, que le Baptême des enfants entraîne une seconde cérémonie qui est bien délicate à préciser et qui expose à bien des dangers, je parle de la réception dans l'Eglise de jeunes [6] qui y ont déjà été reçus depuis 15 ans par le sacrement du Baptême. Je vous prie et je vous supplie de joindre les deux questions de la Confirmation et de la « Présentation des enfants en vue d’un Baptême à venir ». Je ne veux pas forcer la conscience du Synode ; si l'on nous avertit que le moment n'est pas venu d’adopter même le principe d'une liturgie de présentation, je demande seulement que la question soit renvoyée avec celle de la Confirmation aux Commissions compétentes. M. le Rapporteur, frère bien-aimé, conduit par le Saint-Esprit, vous avez élevé ce Synode sur des cimes où il jouit d'une unité profonde. Puis-je espérer que vous nous donniez aujourd'hui une rédaction de l'article 6 telle que vous nous meniez encore plus haut, et que ce Synode, adoptant votre ordre du jour à une quasi-unanimité puisse le transmettre aux Eglises en le marquant du sceau de la Parole apostolique : « Il a paru Bon au Saint-Esprit et à nous ».

 

Union de Prière

 

Liturgie du baptême par immersion

 

Mes frères, (mes sœurs),

L’immersion du Baptême vous est donnée ici à cause de l’espérance de l’avènement du Seigneur, et à sa lumière.

Elle ne renie aucune autre forme du Baptême donné dans l’Eglise de Jésus-Christ au cours des siècles. Nous la recevons de notre Seigneur comme un appel à nous engager dans la cohorte de ceux qui l’attendent, et qui prient pour hâter sa venue en gloire, la résurrection des morts et l’établissement du Royaume de Dieu. Maranatha ! Viens Seigneur Jésus !

 Cette immersion vous place avec netteté en face du double aspect du Baptême, qui est mort et résurrection.

I

Frères, (sœurs),

vous êtes devant la mort.  L’eau où vous allez être plongés vous ensevelira avec Christ, dans sa mort. Vous avez vécu sous la domination du Prince de ce monde. Vous l’avez souvent suivi et servi – volontairement ou contre votre gré – et vous en souffrez. Vous vous en repentez.

Déclarez-vous maintenant solennellement que vous renoncez à Satan, que vous le reniez et le repoussez, et que vous ne lui reconnaissez désormais aucun  droit sur vous ?

- Oui, je le déclare.

- Seigneur, tu as entendu - et Satan aussi a entendu.  Etends ta main puissante et lie-le ! Répands l’onction sainte de ton Esprit ! Chasse les démons et les puissances des ténèbres, par le nom de Jésus ! Amen.

II

Frères, (sœurs),

vous êtes devant la Résurrection.  Dans l’eau où vous allez être plongé, l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde a été immergé.  Quand il est sorti de l’eau, le ciel s’est ouvert et, tandis que l’Esprit Saint, comme une colombe, se posait sur lui, la voix du Père a proclamé : « Voici mon Fils bien-aimé... »

Dans la communion de l’Eglise Universelle, voulez-vous confesser votre foi, en récitant avec nous le SYMBOLE DES APOTRES ?

            Tous : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant… »

- Seigneur, tu as entendu cet acte de foi.  Accueille, au sortir de la mort où ils (elles) vont entrer, ceux que tu vas faire naître d’eau et du Saint-Esprit, et donne-leur la vie nouvelle où ils te serviront et prépareront l’avènement de ton Royaume.  Amen.

III

Frères, (sœurs), 

Le vœu du baptême vous oblige à vivre selon la sagesse, la justice et la piété, et à rester fidèle à Jésus-Christ jusqu’à la mort. Au moment d’être plongés dans les eaux du Baptême, voulez-vous confirmer ce vœu, qui est « l’engagement d’un bonne conscience envers DIEU », fermement assurés que la promesse du Baptême du Saint-Esprit est pour vous ?

- Oui.  Je le veux.

- Seigneur, tu as reçu ce vœu.  Tu es fidèle, et, par toi, ils resteront fidèles.  Parce qu’ils s’abandonnent à toi, leur engagement s’approfondira pendant toute leur vie et produira des fruits à ta gloire.  Loué sois-tu à jamais !  Amen.

 

 

UNION DE PRIERE

PROJET D'ANNEXE DE LA CHARTE

Sur le Baptême

 

[1] I.- LE SACREMENT DU BAPTEME

1.-  Le Baptême est un sacrement, « signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa "bonne volonté envers nous » (Calvin) ; ou encore « acte sacré institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, dans lequel Dieu nous communique, sous un signe visible et matériel, une grâce invisible et spirituelle » (Eglise évangélique luthérienne). Le sacrement est un mystère - c'est le mot biblique traduit dans la Vulgate 8 fois par sacramentum : le sacrement est lié à la structure du grand mystère, Christ et l'Eglise : Ephésiens 5/32.

2.-  Le sacrement du Baptême est constitué par l'élément visible de l'eau joint à la Parole de Dieu grâce au ministère de l'Eglise qui obéit à ce que le Seigneur a commandé : Matthieu 28/16-20.

3.- Le Baptême administré aux enfants nouveau-nés réunit les trois éléments qui constituent le sacrement. Il est un Baptême chrétien authentique. L'Eglise n'erre pas sur la doctrine en l'administrant.

4.- Le Baptême est un sacrement qui ne se répète pas. Administré avec ses trois éléments constitutifs même par un laïque, même par une personne qui serait indigne, il n'a pas à être répété.

 

II.- L'AGE D'ADMISSION AU BAPTEME

5.- L'âge d'admission au Baptême a varié selon les époques. Jésus lui-même a reçu le Baptême par le ministère de Jean, étant âgé d'environ trente ans. Nul ne conteste que, au début de l'histoire de l'Eglise, le Baptême a été donné aux Juifs et aux Païens qui le demandaient après avoir cru en l'Evangile. Il en est ainsi, à travers les âges, dans les champs de Mission, pour les premiers convertis.

REMARQUE.- C'est par une sorte de « télescopage » de l'histoire que l'on se représente que, dès la seconde génération, l'Eglise a baptisé les enfants nouveau-nés dans les familles chrétiennes. Il semble difficile, pour les raisons suivantes, d'affirmer qu'il y a une tradition du Baptême des enfants remontant aux apôtres, comme le voudraient des textes d'Origène, peut-être modifiés par Rufin et Jérôme, et des textes d'Augustin :

(a)  L'enseignement catéchétique a sûrement été ouvert à des enfants non-baptisés de familles chrétiennes du 1er au 4ème siècle inclus.

(b)  Les premiers textes attestant le Baptême des enfants petits datent de la fin du second siècle et du début du troisième. On les trouve chez Tertullien qui est contre, chez Cyprien et chez Hippolyte de Rome, qui [2] prévoit la présence d'enfants qui ne peuvent pas répondre pour eux-mêmes à côté des enfants qui ont l'âge de répondre, et à côté des adultes.

(c)  Les stèles funéraires qui se rapportent aux enfants mentionnent parfois le Baptême reçu à des âges divers, en général à la veille de la mort ; et, très souvent, elles ne comportent pour les enfants aucune référence quelconque au Baptême. Ces stèles témoignent certainement que l'Eglise ancienne n'avait aucun enseignement sur la damnation des enfants morts sans le Baptême.

(d)  Plusieurs Pères éminents du 4ème siècle, se trouvent avoir été enfants de familles chrétiennes et n'avoir reçu le Baptême qu'une fois adultes et croyants. Tels furent : Grégoire de Naziance, consacré à Dieu dès sa naissance et baptisé vers l'âge de trente ans ; Basile le Grand, baptisé à vingt-sept ans, descendant de confesseurs et de martyrs ; Jérôme, né dans une famille chrétienne, baptisé par le pape Libère vers l'âge de vingt-deux ans ; Jean Chrysostome, élevé par sa mère restée veuve à vingt ans et chrétienne pieuse, qui refusa de se remarier et consacra son enfant à Dieu. Il fut baptisé vers l'âge de vingt-six ans ; Augustin lui-même, on le sait, fut baptisé à l'âge de trente-trois ans en 387.

(e)  Grégoire de Naziance a traité la question de l'âge de la réception du Baptême dans son Discours 40, datant de Janvier 381. Il ne se réfère sur ce point à aucune tradition apostolique. Il conclut que l'âge du Baptême soit abaissé le plus possible, mais pas au-dessous de trois ans, car l'enfant doit avoir conscience de recevoir le sacrement. Il ne fait d'exception qu'en cas de danger de mort.

(f)  Accessoirement mentionnons l'usage pendant le haut moyen âge de cuves baptismales de forme cylindrique : on y plongeait de grands enfants en les tenant par les épaules. On peut rappeler que Pépin, fils du très catholique Charlemagne, fut baptisé en 781, à l'âge de cinq ans par le pape Adrien lui-même. Encore l'empereur avait-il avec lui son autre fils Louis qu'il ne fit pas baptiser à cette occasion.

6.-  La pratique du Baptême des enfants nouveau-nés s'est généralisée à partir du 5ème siècle pour deux raisons :

(a) La théologie de S. Augustin, l'anti-pelagianisme et l'affirmation stricte de la damnation des enfants morts sans le Baptême ;

(b) La formation des Etats chrétiens dans lesquels les sujets doivent professer la religion du prince. Le Baptême et l'état-civil se rejoignent ici. Ceux qui se soustraient au Baptême obligatoire dès la naissance, -les Juifs- se retranchent aussi de la communauté nationale.

[3] 7.- Le Baptême administré aux enfants au moyen âge, puis dans les grandes Eglises de la Réforme, était encadré et soutenu par de nombreux appuis extérieurs. Plus ou moins imparfaites, la formation et les pratiques chrétiennes étaient obligatoires pour tous. Le bras séculier réprimait ce qui paraissait dangereux pour la foi. La pensée et la propagande anti-chrétiennes devaient se tenir dans la clandestinité.

REMARQUE.- Pour la France par exemple, on peut dire que l’onction reçue par les rois Capétiens aidait le Baptême des enfants à porter ses fruits. En ce sens I’exécution de Louis XVI peut être considérée comme un point tournant qui a une valeur de signe.

8.- Le Baptême des enfants, lié à une situation historique qui s'est prolongée pendant plusieurs siècles, n'a pas à être contesté dans sa valeur de sacrement, du point de vue de la doctrine. Sa faiblesse concerne l'état d'inconscience dans lequel se trouve celui qui le reçoit.

(a) On suppose la foi dans l'enfant, avant même le Baptême, ou déposée en germe par le Baptême. Il est difficile de serrer de près cette notion de la foi, née d'une parole prononcée par l'officiant mais non-entendue par le néophyte.

(b) L'enfant devenu grand ne se reportera pas dans le souvenir a son Baptême, mais au témoignage et au souvenir d'autrui.

(c) L'ordre primitif, croire et être baptisé, est inversé en ce qui concerne la foi consciente. La question se trouve alors posée d'une autre action sacrée, marquant que le catéchumène a pris conscience de son Baptême, l'a assumé dans une foi personnellement exprimée : confirmation du Baptême, ou première communion.

 

III.- LA POSITION DE L'UNION DE PRIERE

9.- L'Union de prière demande à Dieu que toute Eglise devienne aujourd'hui une Eglise confessante, « construite de pierres vivantes, âmes qui ont rencontré Jésus, ont été saisies par lui (c'est la réalité du Baptême), et le servent de tout leur être au sein de l'Eglise, (c'est le sens de la Sainte-Cène) ». Une telle Eglise n'exclut pas la multitude au sein de laquelle elle vit et annonce la Parole de Dieu. Voir Charte, développement du premier sujet de prière.

L'Eglise confessante est aussi un signe eschatologique. Au sein d’un monde qui veut le bonheur terrestre, elle annonce la Résurrection des morts et la Royauté de Jésus-Christ ressuscité, Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

[4] 10.-  La construction de l'Eglise confessante est favorisée par la pratique de la Présentation des enfants et du Baptême des catéchumènes qui le demandent dans la foi. Aussi l'Union de prière est-elle reconnaissante envers l'Eglise Réformée de France qui, au Synode national du Chambon-sur-Lignon, a introduit dans ses liturgies un texte pour la Présentation des enfants. Par la suite, au Synode d'Amiens, elle a prévu que l'admission à la Table-sainte serait signifiée, soit par le Baptême des catéchumènes qui avaient été présentés, soit par une Confirmation du Baptême, avec la confession de la foi que « Jésus est le Seigneur ».

REMARQUE. -    L'Union de prière estime qu'une double pratique dans la même Eglise est un bien. Cette double pratique respecte la liberté des pasteurs et des familles. Elle encourage l'émulation spirituelle.

-    Dans l'Union de prière certains pasteurs ont été appelés, et ont été autorisés, à ne plus baptiser les enfants, dans l'intention de souligner le signe eschatologique que cette abstention comporte. Il n'y a là aucune obligation pour les pasteurs membres de l'Union de prière : c'est une question de vocation et de conscience.

 

11.- Dans une conviction d'obéissance à Dieu, l'Union de prière donne à des croyants baptisés dans la première enfance une immersion, qui soit une prise de conscience pleine et entière de leur Baptême. La formule employée pour cet acte est : « Je te confirme dans ton Baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». L'immersion ainsi pratiquée est un acte religieux d'ordre privé, qui n'est inscrit sur aucun registre.

REMARQUE.- Cette immersion, si semblable à un re-baptême, bien qu'elle ne se veuille anabaptiste en aucun sens, est un acte insolite. Elle ne se justifie pas théologiquement. Nous la croyons voulue de Dieu à cause du temps que nous vivons, où l'Eglise prend conscience des grandes tâches qui couronnent son histoire : Le salut des Juifs, l'Unité visible et l'Avènement du Seigneur.

12.- L'Union de prière ne demande à aucune Eglise d’enseigner officiellement l'immersion des croyants baptisés. Elle se refuse à fonder une dissidence qui reposerait sur cette pratique. Elle croit qu'une telle immersion requiert la discipline d’une communauté où les membres sont liés par une Charte et où ils reconnaissent l'autorité spirituelle d'un directoire de pasteurs.

Ce que l'Union de prière, demande aux Eglises au sein desquelles elle compte des membres, c'est qu'elles veuillent bien sur ce point la laisser « partir en flèche », sachant que si cela n'est pas de Dieu, l'Union de prière se détruira d'elle-même. De son côté, l'Union de prière ne désire pas cautionner l'immersion de croyants baptisés qui la demanderaient à l'insu de leur pasteur ou malgré une interdiction clairement exprimée par celui-ci. Il va sans dire que l'Union de prière refuse l'immersion à tout croyant baptisé qui attacherait à cet acte le sens d'une condamnation portée sur le Baptême des enfants et sur les Eglises qui le pratiquent.

 


 


 

 

PROTOCOLE D'ACCORD

DE L'UNION DE PRIERE DE CHARMES

AVEC L'EGLISE REFORMEE DE FRANCE

 

L'Eglise Réformée de France, d'une part, et, d'autre part, l'Union de prière, née au sein de l'Eglise Réformée de Charmes (Ardèche), et constituée en Association cultuelle indépendante déclarée le 13 avril 1970, concluent le présent protocole d'accord.

I. -      L'Union de prière - association cultuelle non paroissiale - n'est pas une Eglise à côté des autres Eglises protestantes. Elle est une Communauté qui groupe des membres appartenant à l'Eglise Réformée de France, ou à d'autres Eglises avec lesquelles l'Union de prière désire aussi entretenir des relations fraternelles.

II. -     L'objet de l'Union de prière est précisé à l'article 1er de ses Statuts qui sont annexés au présent protocole. Plus généralement elle a pour but de contribuer

a) au Réveil des Eglises par la conversion des âmes ;

b) au salut du peuple Juif ;

c) à l'Unité visible du Corps de CHRIST ;

d) à l'Avènement de JESUS-CHRIST et à la résurrection des morts.

Elle y travaille par des Retraites et par des réunions intermédiaires, par la constitution de « groupes de prière » et par la prière personnelle de chaque jour.

III. -    Au cours des Retraites et de certaines réunions, la SAINTE-CENE est généralement célébrée. Mais, d'autre part, les Membres de l'Union de prière participent normalement au Culte et à la SAINTE-CENE de leur paroisse.

IV. -   Le centre de l'Union de prière est à Charmes-sur-Rhône (Ardèche). Son siège est la « Maison de Boissier », propriété de l'Union nationale des Associations cultuelles de l'Eglise Réformée de France (UNAC-E.R.F.). Cette maison, prêtée de 1962 à 1972 au pasteur Louis DALLIERE, pasteur de l'Eglise Réformée de France, en retraite, est mise gratuitement à la disposition de l'Union de prière pour être utilisée par elle conformément à son but.

Celle-ci est libre d’y recevoir des invités et des hôtes, même payants, mais aucune partie des lieux ne peut être louée.

L'Union de prière reçoit les lieux en leur état actuel et prend à sa charge tous entretiens et les réparations de toute nature, y compris les grosses réparations ainsi que des modifications éventuelles des bâtiments et constructions nouvelles, ainsi que les assurances incendie et responsabilité civile envers les tiers pouvant accéder à l'immeuble et les dépenses d'éclairage, chauffage et consommation d'eau.

Les améliorations et constructions auxquelles l'Union de prière pourra procéder en application du présent article IV deviendront immédiatement la propriété de l'UNAC-ERF, propriétaire du sol, qui ne devra aucune indemnité ou remboursement en cas de cessation de l'accord telle que prévue à l'article XI ci-après.

V. -    Les finances de l'Union de prière sont indépendantes de celles de l'UNAC-ERF.

VI. -   Le Conseil national de l'Eglise Réformée de France désigne un représentant auprès de l'Union de prière qui le nommera membre de son "Comité de responsables" prévu aux articles V et suivants des statuts.

VII. - La désignation du président du Comité de responsables de l'Union de prière est soumise à l'agrément du Conseil national de l'Eglise Réformée de France.

VIII. - Un accord particulier sera conclu entre le Comité de responsables et le Conseil presbytéral de Charmes, concernant les Retraites et les réunions de l'Union de prière qui se tiennent sur le territoire de la paroisse.

IX. -   Partout où elle exerce son activité, l'Union de prière agit en accord avec les responsables ecclésiastiques locaux.

X. -    Pour l'application pratique courante du présent accord, le président du Comité de responsables de l'Union de prière agit en liaison avec le président du Conseil régional de la circonscription Centre-Alpes-Rhône de l'Eglise Réformée de France.

XI. -   Le présent accord est conclu sans détermination de durée.

Chacune des deux parties pourra s'en retirer en prévenant l'autre avec préavis d'un an.

Toutefois l'UNAC-ERF n'exercera pas cette faculté pendant la vie du pasteur L. DALLIERE ni durant l'année qui suivra.

En tout état de cause, le présent accord cesserait de plein droit en cas de manquement substantiel de l'Union de prière à l'une des obligations de l'accord, si les conséquences de ce manquement n'étaient pas réparées spontanément ou sur simple demande du Conseil national, ou en cas de dissolution de l'Union de prière.

Dans cette dernière hypothèse, la jouissance de l'immeuble définie à l'article IV reviendrait immédiatement, gratuitement et intégralement à l'UNAC-ERF.

XII. - L'Union de prière s'engage à modifier l'article 14 de ses statuts pour les adapter à ses obligations résultant des articles XI et IV ci-dessus.

 

Pour l'UNION DE PRIERE                                            POUR L'EGLISE REFORMEE DE FRANCE

Charmes, le 27 juin 1972                                              Paris, le 17 juin 1972

Le président du Comité de responsables,                      Le président du Conseil national

(Signé) : Louis DALLIERE                                            (Signé) : Jacques MAURY

 

(1) Une note sur la confirmation par immersion, rédigée par l'Union de prière à la demande du Conseil national, est annexée au présent protocole.

 

Sur le Protocole, voir aussi l’étude du pasteur Dallière (1972)

 


 

ANNEXE AU PROTOCOLE D’ACCORD

CONCLU ENTRE L’EGLISE REFORMEE DE FRANCE

ET L’UNION DE PRIERE

 

(1972)

 

M. Jacques MAURY, président du Conseil national de l’Eglise Réformée de France, dans sa lettre du 24 mars 1972, nous a exprimé le souhait de ce Conseil que la question de la confirmation par l’immersion fasse l’objet d’une clarification explicite. Il est vrai que dans les articles 71 et.105, ainsi que dans le chapitre sur la théologie du vêtement, la Charte de l’Union de prière fait allusion à cette pratique, sans qu’il ait semblé nécessaire de donner à son sujet plus de précisions. Aussi est-ce très volontiers que nous faisons ici, pour le Conseil national, un exposé explicite, de nature, nous l’espérons, à dissiper toute obscurité.

1. Nous noterons d’abord qu’un certain nombre de membres de l’Union de prière non baptisés, - en général « présentés » à DIEU dans la première enfance, selon la liturgie de l’Eglise Réformée de France, ou une liturgie analogue,- ont ensuite demandé et reçu le Baptême sous la forme biblique de l’immersion. De tels Baptêmes, nous le savons, sont pleinement admis par l’Eglise Réformée de France ; ils sont inscrits sur le registre des Baptêmes de la paroisse du néophyte. Pour notre part, nous les estimons conformes à la Parole de DIEU. Les croyants qui sont passés par ce chemin sont devenus des membres confessants de l’Eglise ; ils ont éprouvé dans leur conscience les réalités de grâce offertes par le SEIGNEUR, en même temps qu’ils sont incorporés par un acte net à l’Eglise visible. Nous rejoignons ici, en communion avec l’Eglise Réformée de France, une pratique largement suivie dans l’Eglise des premiers siècles.

2. En revanche, lorsque des personnes qui ont reçu le Baptême par aspersion dans l’enfance, ou comme catéchumènes, nous demandent de leur donner l’immersion, il ne s’agit nullement pour nous de renouveler un sacrement qu’elles ont déjà reçu. Cette immersion est alors un signe qui vient confirmer le Baptême, dans le sens d’une consécration personnelle à JESUS-CHRIST, d’une communion à sa mort et à sa résurrection, en vue du service qu’il demande à ses fidèles pour l’Avènement de son règne : Romains 6/3 -13. Dans ce cas, la formule baptismale n’est pas employée, mais, celle-ci : « Je te confirme dans l’alliance de ton Baptême, au Nom du PERE, du FILS et du SAINT-ESPRIT ». L’expression « je te confirme » est la moins inadéquate que nous ayons trouvée. Elle souligne que cette immersion exprime visiblement tout ce qui est donné dans le Baptême, « signe extérieur par lequel DIEU scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous » (CALVIN, Institution chrétienne, Livre IV, ch. XIV, § 1) ; elle invite le croyant à saisir la grâce qu’elle signifie, et à vivre pleinement son Baptême.

3. De plus, l’immersion à laquelle se soumettent librement ceux qui s’y sentent appelés dans leur cœur par le SAINT-ESPRIT a pour nous un sens prophétique ; elle est en rapport direct avec l’illumination du peuple juif et la Parousie de JESUS-CHRIST, que nous espérons prochaine.

4. Cette « confirmation » n’a pas de caractère institutionnel, Elle n’est pas un acte officiel de l’Eglise ; c’est une action privée de nature spirituelle. Elle n’est donc inscrite sur aucun registre. L’Union de prière se refuse à fonder une dissidence, qui reposerait sur cette pratique.

5. Tout fidèle déjà baptisé, et appartenant à une paroisse de l’Eglise Réformée de France, qui parvient à la conviction que DIEU l’appelle à demander cette immersion, doit s’en ouvrir préalablement à son pasteur. C’est en effet une question de cure d’âme, qui concerne directement celui-ci. Si le pasteur jugeait qu’il doit opposer son interdiction, l’Union de prière s’inclinerait, car elle ne saurait pratiquer l’immersion à l’insu, ou malgré le veto du pasteur intéressé.

6. En raison des liens qui l’unissent à l’Eglise Réformée de France et des précisions données ci-dessus, l’Union de prière croit pouvoir, continuer, comme elle l’a fait depuis sa fondation, à. pratiquer l’immersion dans les lieux où elle tient ses rencontres : Retraites, réunions de continuation et réunions de zone (Charte § 87, 90-91 et 93).

7. Dans les Temples de l’Eglise Réformée de France, et dans les rencontres de l’Union de prière, la SAINTE-CENE unit autour de la Table-sainte, en communion avec JESUS-CHRIST, aussi bien les personnes, baptisées par aspersion, - enfants ou catéchumènes,- que celles qui ont reçu l’immersion. En tant qu’Association cultuelle, l’Union de prière, les admet les unes et les autres comme Membres sans aucune discrimination (Charte § 105).

 

PRECISIONS SUR LA POSITION DE L’UNION DE PRIERE

II. - SUR LE BAPTEME

 

1.- Le Baptême est un sacrement, « signe extérieur par lequel DIEU scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous » (CALVIN) ; ou encore « acte sacré institué par notre SEIGNEUR JESUS-CHRIST dans lequel DIEU nous communique, sous un signe visible et matériel, grâce invisible et spirituelle » (Eglise évangélique luthérienne). Le sacrement est un mystère - c’est le mot biblique traduit dans la Vulgate plusieurs fois par sacramentum : le sacrement est lié à la structure du grand mystère, Christ et l’Eglise : Ephésiens 5/32.

2.- Le sacrement du Baptême, demandé dans la foi, est constitué par l’élément visible de l’eau, joint à la Parole de Dieu, grâce au ministère de l’Eglise qui obéit à ce que le SEIGNEUR a commandé : Matthieu 28/16-20.

3.- Le Baptême, même demandé pour un enfant nouveau-né par ceux qui répondent pour lui, réunit les trois éléments qui constituent le sacrement. Il est un Baptême chrétien authentique. L’Eglise n’erre pas sur la doctrine en l’administrant.

4.- Le Baptême est un sacrement qui ne se répète pas, du moment qu’il a été administré avec ses trois éléments constitutifs.

5.- Le Baptême des enfants, lié à une situation historique qui s’est prolongée pendant plusieurs siècles, n’a pas à être contesté dans sa valeur de sacrement, du point de vue de la doctrine. Sa faiblesse concerne l’état d’inconscience dans lequel se trouve celui qui le reçoit.

6.- On suppose la foi dans l’enfant, avant même le Baptême, ou déposée en germe par le Baptême. Quoiqu’il en soit, il est difficile de serrer de près une notion de la foi, où celle-ci naît d’une parole prononcée par l’officiant, mais non entendue par celui qui reçoit le sacrement.

7.- L’enfant devenu grand ne se reportera pas dans le souvenir à son Baptême, mais au témoignage et au souvenir d’autrui.

8.- L’ordre primitif, croire et être baptisé, est inversé en ce qui concerne la foi consciente. La question se trouve alors posée d’une autre action sacrée, marquant que le catéchumène a pris conscience de son Baptême, l’a assumé dans une foi personnellement exprimée : confirmation du Baptême, ou première communion.

9.- L’Union de prière demande à DIEU que toute Eglise devienne aujourd’hui confessante « construite de pierres vivantes, âmes qui ont rencontré Jésus, ont été saisies par lui (c’est la réalité du Baptême), et le servent de tout leur être au sein de l’Eglise, (c’est le sens de la Sainte-Cène) ». Une telle Eglise n’exclut pas la multitude au sein de laquelle elle vit et annonce la Parole de Dieu. (Voir Charte, développement du premier sujet de prière).

L’Eglise confessante est aussi un signe de l’Avènement du SEIGNEUR. Au sein d’un monde qui veut le bonheur terrestre, elle annonce la Résurrection des morts et la Royauté de JESUS-CHRIST ressuscité, ROI des Rois et SEIGNEUR des Seigneurs.

10.- La construction de l’Eglise confessante est favorisée par la pratique de la Présentation des enfants et du Baptême des catéchumènes qui le demandent dans la foi. Aussi l’Union de prière est-elle reconnaissante envers l’Eglise Réformée de France qui, au Synode national du Chambon-sur-Lignon, a introduit dans ses liturgies un texte pour la Présentation des enfants. Par la suite, au Synode d’Amiens, elle a prévu que l’admission à la Table-sainte serait signifiée, soit par le Baptême des catéchumènes qui avaient été présentés, soit par une Confirmation du Baptême, avec la confession de la foi que « JESUS est le SEIGNEUR ».

L’Union de prière estime qu’une double pratique dans la même Eglise est un bien. Cette double pratique respecte la liberté des pasteurs et des familles. Elle encourage l’émulation spirituelle. - Dans l’Union de prière certains pasteurs ont été appelés et ont été autorisés, à ne plus baptiser les enfants : dans l’intention de ces pasteurs, cette abstention souligne l’urgence de la préparation de l’Avènement de JESUS-CHRIST qui revient en gloire. Cette abstention n’est en aucune mesure une obligation pour les pasteurs membres de l’Union de prière : c’est une question de vocation et de conscience.

11.- Dans une conviction d’obéissance à DIEU, l’Union de prière donne à des croyants baptisés dans la première enfance, une immersion, destinée à être une prise de conscience pleine et entière de leur Baptême. La formule employée pour cet acte est : « Je te confirme dans le Baptême qui t’a été donné au Nom du PERE, du FILS et du SAINT-ESPRIT ». L’immersion ainsi pratiquée est un acte religieux d’ordre privé, qui n’est inscrit sur aucun registre. Nous croyons que cette immersion est voulue de DIEU à cause du temps que nous vivons, temps où l’Eglise prend de plus en plus conscience des grandes tâches qui couronnent son histoire : le Réveil de toutes les Eglises par la conversion des âmes, le salut des Juifs, l’Unité visible du Corps de Christ et l’Avènement du SEIGNEUR avec la résurrection des morts.

12.- L’Union de prière ne demande à aucune Eglise d’enseigner officiellement l’immersion des croyants baptisés. Elle se refusé à fonder une dissidence qui reposerait sur cette pratique. Elle croit qu’une telle immersion requiert un enseignement et une discipline dans le sens qui vient d’être précisé.

Ce que l’Union de prière demande aux Eglises au sein desquelles elle compte des membres, c’est que ces Eglises veuillent bien user de tolérance sur ce point.

En tous cas l’Union de prière ne désire pas cautionner l’immersion de croyants baptisés qui la demanderaient à l’insu de leur pasteur ou malgré une interdiction clairement exprimée par celui-ci. Il va sans dire que l’Union de prière refuse l’immersion à tout croyant baptisé qui attacherait à cet acte le sens d’une condamnation portée sur le Baptême des enfants et sur les Eglises qui le pratiquent.

 

 


 


 

 

Causerie sur l’œuvre de Charmes

présentée au Consistoire de l’Eyrieux le 12 mars 1946.[170]

 

Introduction

[1 / 1] Mes chers amis et frères.

Il est dans ma vie, comme sans doute dans celle de la plupart d’entre vous, deux moments qui se rejoignent dans le souvenir, sortes de gonds sur lesquels tourne la porte des destinées pour les peuples comme pour les personnes. Un samedi ensoleillé d’Août ; un jeune homme angoissé qui demande à l’appariteur de la Mairie qui vient de coller une affiche en face la maison : « Mais la mobilisation, ce n’est pas la guerre ?! puis une belle journée de septembre, au seuil du jardin du presbytère : c’est un conseiller presbytéral qui a donné la nouvelle certaine : non plus ces appels partiels par fascicules, auxquels on s’habitue depuis dix-huit mois mais mobilisation générale encore, dont on a appris vingt-cinq ans plus tôt, qu’elle, signifie la guerre.

Pour moi cette deuxième ruée aux armes fut à tous égards un effondrement. Quelque chose se brisait. Ni l’Eglise, ni la prière, ni les prélats, ni les mouvements spirituels n’avaient pu conjurer le monstre qui s’était déchaîné à l’aube de notre vie. Les paroles Paix ! Paix ! prononcées par les nations ou par les Eglises, avaient été trompeuses, ou du moins inefficaces : une ruine soudaine nous surprenait.

Dans ces conjonctures, appelé par la patrie à une place dont j’ignorais ce qu’elle serait, je quittai tout, et mon ministère même. Ma vie était virtuellement finie, puisque la guerre pouvait me la prendre, si elle voulait, pour toujours. Le Réveil que j’avais prêché, avec d’autres et où des âmes m’avaient suivi, était fini lui aussi. Je n’avais créé ni comité, ni association d’aucune sorte ; les liens qui m’unissaient à tel ou tel étaient d’ordre spirituel ou affectif. A tous ceux qui me consultèrent, directement ou indirectement, je rendis leur entière liberté, leur recommandant de faire chacun pour sa part sa tâche de guerre, afin que, s’il était possible, l’ennemi n’entrât pas chez nous. Et je partis de mon côté.

[2] Je ne vous retracerai pas, mes chers amis, les étapes que j’ai traversées dans ma vie intérieure pendant les bientôt ? années écoulées depuis lors. Deux ou trois fois, dans la réunion de pasteurs d’octobre 41, ou dans quelques travaux au Consistoire, j’ai fait une courte apparition publique. Pour le reste, j’ai vécu caché, et en moi-même, dans le sein de la paroisse. Si, aujourd’hui, je sors de cette réserve c’est que j’ai maintenant la conviction que l’œuvre que j’avais commencée avant 39 et qui passa par la mort, connaîtra et connaît déjà une résurrection.

Membre de votre assemblée, j’ai sollicité de vous la faveur de vous entretenir de ce que j’entends par cette résurrection. C’est pour moi d’abord un acte de déférence et de courtoisie fraternelle à votre égard. S’il se passe quelque chose à Charmes, ne devez-vous pas en être les premiers informés, vous qui formez une assemblée éminemment religieuse, non pourvue de pouvoirs juridiques dans l’Eglise, mais toute désignée comme le lieu où l’on apprend à se connaître et à s’aimer ? Ensuite, vous voulez, comme moi, la paix de l’Eglise. Or point de paix sans lumière. Le trouble naît dans l’ombre des propos déformés, des renseignements indirects, des suspicions et des craintes. Quand se lève le plein jour des échanges fraternels se dissipent aussi ces terreurs de la nuit auxquelles succombent par moments même les plus valeureux.

Pourquoi ce pasteur reste-t-il encore à Charmes? Pourquoi ne pu- [2] blie-t-il rien par la presse à imprimer ? Quelles fins poursuit-il ? Ces interrogations sont légitimes, et, après les avoir mûries moi-même pendant près de sept années silencieuses, je viens vous apporter les réponses, telles qu’elles m’apparaissent dans ma propre conscience, les questions que vous pourrez ensuite poser, et les avis que vous pourrez exprimer seront sans nul doute pour moi une aide appréciable et dont je vous remercie par avance.

 

 

 

 

1ère partie.- L’Ecole et l’Union de prière.

[3] Deux créations visibles sont appelées à sortir modestement de la terre de Charmes : ce sont l’Ecole des enfants et ce que j’appelle l’Union de prière de l’E.R. de Charmes. Je vous entretiendrai donc de ces deux objets qui tombent sous les sens.

l’Ecole des enfants exprime d’abord mon pessimisme quant aux milieux citadins où émigre notre jeunesse rurale. Je crois que nos enfants recevront une formation religieuse et morale plus solide en restant sous l’influence directe de leurs familles et de nos paroisses le plus longtemps possible. Ceci répond au désir des parents eux-mêmes, qui hésitent souvent à se séparer de leurs enfants encore bien jeunes pour les envoyer au loin. J’ajoute que, même sur le plan intellectuel, nous pouvons avoir des services à rendre par une formation judicieuse de ces jeunes esprits parfois malmenés par un enseignement trop mécanisé.

L’école que je voudrais fonder à Charmes s’ouvre donc avant tout aux enfants de nos campagnes, ceux de Charmes et des environs. Je ne désire en aucune manière faire concurrence à l’Ecole cévenole du Chambon s/Lignon, ni attirer des enfants venant de diverses parties de la France. Nos classes iraient de la 6ème à la 3ème incluse, classique et moderne : ces 4 années m’apparaissent en effet comme décisives dans la formation de nos adolescents. Ensuite, ils s’aiguilleront soit sur des collèges protestants, soit sur l’enseignement de l’Stat, à moins qu’ils n’entrent dans la vie pratique après ces études complémentaires de leur instruction primaire.

Je suis obligé naturellement d’envisager un enseignement payant, et je désire grouper pour mes 4 classes, environ une trentaine d’élèves. Des bourses pourraient peut-être être prévues pour les enfants sans fortune ; ou bien encore pourrais-je prendre quelques élèves gratuits en surnombre.

Nous pensons, M. Eldin et moi, donner quelques heures d’enseignement nous-mêmes. Pour le reste, nous aurons un personnel féminin. Nos classes seraient mixtes, mais nous préférerions avoir une majorité de garçons.

[4] Pour les enfants des environs qui voudraient prendre pension à Charmes, j’ai demandé à Mlle Dorne, la belle-sœur de notre délégué de St-Fortunat, d’ouvrir une maison d’internat. Nous envisageons l’achat d’un bâtiment qui pourrait convenir à cet effet, la maison de Mlle Dorne serait réservée aux garçons. Mais nous admettrions des demi-pensionnaires des deux sexes, et sans doute des fillettes pourraient-elles trouver un logement chez des personnes de Charmes. Vous songez sans doute aussi à la maison de Mlle Paradon : mais celle-ci ayant une clientèle composée en majeure partie de vieillards, d’infirmes et quelquefois de neurasthéniques, il paraît difficile d’y adjoindre de la jeunesse.

J’ajoute que l’école n’aura pas, en elle-même, de caractère confessionnel. Les catholiques y seront admis comme externes. Seuls les internes devront être obligatoirement protestants et rattachés à l’Eglise. Nous comptons, pour exercer une influence chrétienne, sur une ambiance et un rayonnement, non sur une œuvre de tendance cléricale.

Telle qu’elle est conçue cette école pourra, je l’espère, rendre des services, soit à certains d’entre vous, soit à des personnes de votre entourage. Je ne suis pas venu faire de la réclame pour elle, mais j’ai tenu à vous mettre au courant des faits. De toute manière, je suis persuadé que cette tentative bénéficiera de votre sympathie, de votre intérêt et de votre appui moral. Il serait déplorable, et vous ne le permettrez sûrement pas, que la population nous trouvât divisés sur un nouvel effort protestant d’enseignement, si modeste soit-il. Je termine cette partie de ma causerie en vous disant que si mon effort réussit, l’Ecole s’appellera Cours secondaire Isaac Homel, en souvenir de l’ancien pasteur de Charmes et Soyons, qui n’est plus un inconnu pour personne depuis la publication du beau livre de notre frère, M. le pasteur Samuel Mours.

______________________

L’Union de prière est quelque chose de moins visible que l’Ecole. Cependant, si spirituelle que cette œuvre doive rester, elle ne peut pas se passer d’un minimum d’organisation. Peut-on, en effet, dans le monde humain, concevoir un esprit [5] sans corps ? Cette Union de prière est évidemment l’épanouissement, à travers le chemin de mort et de résurrection que j’ai dit tout à l’heure, de la prédication du Réveil d’avant 39. Elle doit donc répondre à deux exigences : s’insérer pleinement, sans aucun sectarisme, dans l’organisme visible, et je dirai même juridique de l’E.R.F [seconde version Eglise Réformée de France] et d’autre part ne rien laisser perdre des valeurs spirituelles qu’il plaît au Seigneur de donner aux âmes et à l’Eglise par notre moyen. Car je n’ai jamais été de ceux qui pensent qu’il faut sortir des églises pour bâtir des mouvements nouveaux, des dénominations comme on dit en Angleterre. Ces séparations vont à l’encontre de la liberté que leurs fondateurs prétendent ainsi se procurer : car rien ne durcit plus vite qu’une dissidence. Seule l’Eglise est vivante, souple, organiques c’est à elle de recevoir ce que l’Esprit dit à chaque génération. Les outres nouvelles, ce sont des cœurs changés. Jésus qui y mettait le vin nouveau de l’Evangile, n’est pas sorti de la synagogue, et on ne peut même pas dire que S. Paul en soit sorti, puisque les Païens à qui il prêcha n’en avaient jamais fait partie.

Voici donc les principes grâce auxquels ce qu’on a appelé le Mouvement de Charmes doit s’insérer dans l’Eglise pour la servir :

1.- Ce que j’ai à organiser est une Union de prière qui constitue, non une Association cultuelle ou une église, mais une société de personnes librement liées à J.C. et entre elles en vue de réaliser la plus grande unité possible de l’esprit dans une intercession portant sur des sujets définis.

2.- Les sujets de prière de l’Union sont au nombre de 4 que j’énumère ici sèchement, quitte à donner à un autre moment, leur commentaire religieux:

 1) le Réveil de toutes les Eglises par la conversion des âmes,

 2) Le salut des Juifs,

[4] 3) l’unité visible du Corps de J.C.,

 4) Le retour du Christ et la Résurrection des morts.

   [6]   3.- Cette intercession groupera deux catégories de personnes : ceux que j’appelle les membres de l’Union de prière, et qui constituent une sorte de noyau de l’œuvre - et des amis et sympathisants en nombre illimité, prenant position plus ou moins près de nous dans une entière liberté.

4.- Les membres proprement dits (noyau de l’œuvre), sont des âmes qui adhèrent à l’enseignement de l’église de Charmes tel qu’il s’exprime dans son catéchisme et dans ses instructions pour adultes. Cet enseignement comporte en particulier une doctrine précise des sacrements.- A ces membres je donne des recommandations pour leur vie chrétienne, attendant d’eux une fidélité éprouvée et une disposition à croître et à s’instruire.

5.- Cette vie chrétienne des membres de l’U.P. doit avoir pour cadre les 5 engagements liturgiques de l’E.R. pris comme la charte fondamentale de notre communion en J.C. et interprétée dans un sens strict, excluant le relâchement.

6.- Cette vie chrétienne est vécue dans la paroisse locale, dont le pasteur doit être reçu sans aucun esprit de jugement, et à qui les membres de l’U.P. doivent apporter une obéissance éclairée, loyale et zélée.

7.- Les exigences qui précèdent entraînent que nul ne peut être membre de l’U.P. au sens plein s’il n’appartient à l’E.R.F. ou à une église reconnue par elle, c.à.d vivant en pleine paix sur un territoire qui lui est comme confié ou laissé par l’E.R. Seuls les amis et sympathisants peuvent appartenir à n’importe quel autre mouvement ou à n’importe quelle autre Eglise.

8.- L’intercession commune des membres de l’U.P. pour les 4 sujets fondamentaux a pour base leur culte personnel, accomplissement de la promesse comprise dans les engagements de l’E.R.

9.- La prière en commun peut se développer de deux manières : d’abord dans les réunions de prière dirigées par le pasteur de chaque paroisse. Sur ce terrain les membres de l’U.P. ne se distinguent pas des autres paroissiens, sinon en ce qu’ils sont tenus d’être des participants fidèles et aimants de ces réunions.

[7] 10.- A côté des réunions de prière de chaque paroisse, j’envisage la prière en commun des fidèles groupés entre eux. Cela peut au premier abord vous effrayer. Mais considérez qu’il y a déjà un cas où vous êtes pleinement d’accord : c’est celui du mari et de la femme qui intercèdent ensemble. Cela ne peut-il pas s’étendre un peu, avec toute la prudence nécessaire, et qu’ainsi 2 ou 3 amis prient ensemble d’une manière strictement privée, sans horaire fixe, sans périodicité régulière, sans constituer de groupes fermés, mais selon les besoins spirituels et les circonstances ? Ne vaut-il pas mieux que les chrétiens se rendent visite pour prier ensemble, plutôt que pour papoter ou dénigrer le prochain ?

11.- Ces rencontres privées dans la prière me semblent possibles grâce à l’institution de membres responsables qui veillent au bon ordre, à la charité et qui rendent compte devant l’autorité de l’Eglise. A Charmes, ce système fonctionne depuis de longs mois parmi un certain nombre de femmes qui prient ensemble dans une entière liberté ; le membre responsable de chaque rencontre me rend compte des choses. Dieu a honoré ce travail par de grands exaucements.

12.- Hors de Charmes, trois cas peuvent se présenter :

1er cas. Le pasteur est lui-même un membre de l’U.P. : il est alors de droit le responsable de toute l’activité de l’Union de Prière dans sa paroisse, et il me tient au courant pour que tout soit dans l’unité de [5] l’esprit avec le centre de Charmes.

2ème cas. Le pasteur n’est pas membre de l’U.P., mais il est un ami ou sympathisant. Dans ce cas un ou plusieurs membres responsables sont désignés. Ils sont responsables devant moi pour ce qui concerne l’unité de l’esprit dans notre intercession commune. Ils sont en même temps responsables devant leur pasteur pour tout ce qui concerne le bon ordre de l’Eglise.

3ème cas. Le pasteur est opposé à l’U.P. et interdit les réunions de prière privées. Ceux de ses paroissiens qui se sentent appelés à faire partie de l’U.P. sont placés dans un cas de conscience qui les amènera soit à obéir à leur pasteur, soit à quitter la paroisse. Mais en aucun cas, ils ne pourront aller contre son autorité.

[8] 13.- Je m’interdis à moi-même de me déplacer pour le travail de l’U.P., mais je concentre ce travail à Charmes pour ce qui me concerne. C’est ainsi que j’envisage une réunion trimestrielle des membres de l’U.P. le 5ème dimanche après-midi, et une retraite annuelle en septembre. Ces rencontres seront d’ordre privé, non ouvertes au public. Toutefois le vice-président laïque du Conseil presbytéral de Charmes, le président du Consistoire, les présidents du Conseil régional et du Conseil national y seront toujours admis fraternellement, eux-mêmes ou leurs délégués

14.- Tout acte qui n’est pas prévu dans l’enseignement ou dans la pratique actuels de l’E.R. sera réservé aux activités d’ordre privé. De cet ordre sont l’immersion des adultes déjà baptisés et l’imposition des mains pour le don du Saint-Esprit ou encore les manifestations charismatiques. Toutes ces actions nous paraissent bonnes dans la mesure où elles concourent à l’unité des esprits dans l’intercession, et où elles peuvent hâter l’exaucement de notre prière dans la situation actuelle du monde.

15.- Les amis et sympathisants peuvent bénéficier de ce travail spirituel par les moyens suivants :

1) les conversations et contacts avec les membres de l’U.P.

2) J’espère - outre le pensionnat dont je parlais tout à l’heure - disposer aussi d’un local où les amis et sympathisants puissent venir faire des retraites à tout moment de l’année : ils bénéficieront pendant ces périodes de toutes les réunions publiques de l’Eglise de Charmes et des contacts privés qui pourront leur être bienfaisants.

3) Peut-être, mais sur ce point je ne suis pas sûr, tiendrons-nous des réunions publiques au Temple de Charmes, à l’occasion de la retraite des membres de l’U.P. en septembre.

______________________

Je crois en avoir dit suffisamment pour dessiner devant vos yeux la figure de l’œuvre de Charmes en 1946. Ces choses en sont encore à l’état d’ébauche et de projet. Par exemple aucune réunion trimestrielle de membres de l’U.P. n’a été tenue à ce jour, et j’ignore si je pourrai avoir une retraite de septembre déjà cette année. Je n’ai mis ces choses au point encore que pour moi-même et pour quelques amis : parmi ces amis vous êtes des premiers informés. Comme pour l’Ecole, je suis persuadé que c’est dans un esprit de largeur et de compréhension que vous accueillerez ces annonces. Votre esprit cependant ne sera bien éclairé que si vous connaissez la doctrine qui sous-tend les 4 sujets de prière proposés aux âmes par l’œuvre de Charmes. Aussi vous présenterai-je maintenant une série de thèses groupées précisément sous ces rubriques.

 


IIème partie : Thèses sur les 4 sujets d’intercession présentés par l’œuvre de Charmes [171]

 

[6 / 9] 1er sujet d’intercession : Le Réveil des Eglises par la conversion des âmes.

§ 1     L’œuvre de Charmes est l’épanouissement, après les années de guerre, du Réveil prêché à Charmes avant le 3 septembre 1939. Aussi ne saurait-elle renier la prière fondamentale pour la conversion des âmes.

§ 2     Mais il ne s’agit aucunement de courir ça et là pour faire des prosélytes, qui vivraient sur leurs expériences d’un moment, soit seuls, soit groupés en conventicules plus ou moins sectaires.

§ 3     L’œuvre de Charmes part de la réalité de l’Eglise : fondée par S. Pierre le jour de la Pentecôte, ouverte à nous Païens par S. Paul, portée en particulier dans la vallée du Rhône par des chrétiens d’Asie Mineure, dont quelques-uns pouvaient être disciples, au moins indirects de S. Jean.

§ 4     Si l’Eglise conduit à Jésus et nourrit en lui les âmes qui entendent son appel, elle se consacre avec amour à tous celles qui vivent loin de ses sacrements, et ne désespère jamais de leur salut.

§ 5     Le nombre des sauvés au dernier jour pourra donc être bien plus grand que celui des convertis ayant consacré leur vie au service du Seigneur Jésus.

§ 6     Inversement, au nombre de ceux qui  se disent convertis, peuvent se trouver des hypocrites qui seront rejetés au dernier jour.

§ 7     Ces réserves faites, l’Eglise est normalement construite de pierres vivantes (1 Pierre 2/5), âmes qui ont rencontré Jésus, ont été saisies par lui (c’est la réalité du baptême) et le servent de tout leur être au sein de l’Eglise (c’est le sens de la Sainte-Cène).

§ 8     [10] La première intention de L’œuvre de Charmes est que de telles âmes soient suscitées sans cesse, parmi les catéchumènes de l’Eglise, parmi ses anciens catéchumènes et dans le peuple qui l’entoure.

§ 9     Une Eglise est en état de Réveil lorsque les pasteurs, les diacres et les fidèles communiants sont des âmes ainsi converties dont le nombre va croissant.

§ 10   La prière pour la conversion des âmes peut porter sur des [7] personnes précises, que l’on porte devant Dieu afin qu’elles se repentent et qu’elles croient.

§ 11   Elle comporte aussi une prière particulière pour les serviteurs de Dieu qui prêchent la Parole, afin que celle-ci soit annoncée avec puissance, en vue de la repentance et de la conversion des âmes.

§ 12   L’œuvre de Charmes veut un tel Réveil dans toutes les Eglises, catholiques et orientales, aussi bien qu’au sein du protestantisme.

§ 13   Sans rétrécir pour cela sa vision, elle espère que les Eglises Réformées de l’Ardèche seront enrichies par un nombre croissant de communiants convertis et fidèles. Mais s’il y a, en ce sens, un Réveil de l’Ardèche, il doit rester, sans aucune barrière, au service de l’Eglise universelle.

§ 14   L’œuvre de Charmes intercède pour les œuvres d’Evangélisation et de Missions comme pour les Eglises, mais elle ne fonde ni ne soutient aucune œuvre particulière d’Evangélisation ou de Missions.

§ 15   Elle embrasse donc, dans sa prière pour le Réveil, l’Eglise universelle actuellement existante, avec son Evangélisation et ses Missions, au sein d’un monde qu’entraîne un courant général d’apostasie du Christianisme.

§ 16   Reprenant une image de Péguy, l’emblème du Réveil, pour l’œuvre de Charmes, est « une forteresse au péril de la mer », un Mont Saint Michel, roc bâti pour la prière et battu par les flots.

 


[11] 2ème sujet d’intercession : Le salut des Juifs.

§ 1     Au cours des siècles, il n’y a pas eu de Réveil sans défrichement d’un terrain nouveau. Ainsi toute marche en avant de la conquête inaugurée pas S. Paul chez les Païens a son origine dans un Réveil spirituel.

§ 2     L’œuvre de Charmes. renonce à s’épanouir dans un tel champ de conquête. Elle voit une Eglise qui, par sa force interne en Christ, se ressaisit, se maintient, se fortifie plus que jamais au sein d’un monde qui la renie et l’abandonne.

§ 3     Car la situation actuelle du monde marque le triomphe d’une chrétienté infidèle, qui, alliée au Judaïsme infidèle, a instauré une ère de destruction.

§ 4     Ainsi l’Eglise est réduite à l’impuissance et à une [8] sorte de mort, comme son Seigneur, par la coalition de Caïphe et de Pilate.

§ 5     Autour de la Croix du Fils un reste selon l’élection de la grâce (Romains 11/5), représenté par la Vierge Marie et S. Jean, reste issu comme Jésus lui-même du sang d’Abraham.

§ 6     Sur le reste fidèle, regroupé autour de S. Pierre, s’articule l’œuvre de S. Paul parmi les Païens : œuvre qui s’est poursuivie jusqu’à nos jours, on pourrait peut-être dire jusqu’au 2 août 1914, jour où la Chrétienté s’est définitivement déchirée elle-même.

§ 7     Aujourd’hui, autour de l’Eglise très proche du Seigneur crucifié, se groupe un reste issu des Païens, en qui se manifeste la continuité vivante de Celle qui a reçu les promesses infaillibles.

§ 8     L’œuvre de Charmes, pour sa part, contribue à maintenir ce reste. Mais il faut voir plus loin : sur ce reste doit s’articuler maintenant la masse juive dont les apôtres et les premiers chrétiens furent les prémices. (Romains 11/16).

§ 9     La conversion du peuple juif, prophétiquement annoncée par les Ecritures, est le second sujet général d’intercession de l’œuvre de Charmes.

§ 10   [12] L’œuvre de Charmes n’ayant reçu aucun champ spécial d’Evangélisation ou de Mission, est disponible pour le peuple juif.

§ 11   Ce qu’elle lui donne d’abord, c’est sa prière : car nulle prophétie de l’Ecriture ne s’accomplit sans l’intercession de l’Eglise. Il y faut la libre coopération de volontés humaines qui veulent les buts de Dieu.

§ 12   L’œuvre de Charmes ne saurait non plus constituer une Mission parmi les Juifs ou se rattacher à une telle Mission déjà existante. Car le but ici assigné à la prière n’est pas que quelques juifs se convertissent (comme cela a eu lieu de tout temps),  mais que le Judaïsme disparaisse, parce que tout ce qui en lui est de Dieu aura été intégré d’un seul tenant dans le Corps de Jésus-Christ.

§ 13   Le comment de cette intégration est encore voilé aux hommes. Il n’est pas sûr qu’elle soit liée à un retour matériel des Juifs en Palestine : aussi l’œuvre de Charmes reste-t-elle ouverte à tout le Judaïsme de Dieu, et indépendante par rapport à n’importe quel mouvement particulier comme le Sionisme.

§ 14   [9] Tout au plus peut-on pressentir que Dieu suscitera parmi les Juifs eux-mêmes des apôtres qui parleront de Christ à leurs frères. Il y a lieu de prier en ce sens le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. (Matthieu 9/38).

§ 15   D’autres sujets de prière plus précis concernant les Juifs pourront se dégager par la suite sous l’action de l’Esprit-Saint.

§ 16   De toute manière, le Mont Saint Michel de l’œuvre de Charmes comprend des Païens et des Juifs réconciliés sur le rocher de Christ, tandis que le monde moderne agglutine Païens et Juifs infidèles dans un Messianisme terrestre, négateur de la Résurrection des morts et de la Vie éternelle.

 


[13] 3ème sujet d’intercession : L’unité visible du Corps de Christ.

§ 1     L’œuvre de Charmes possède dans sa structure un principe d’unité : les deux sujets de prière proposés jusqu’ici sont au bénéfice de l’Eglise universelle.

§ 2     Il est donc juste que le troisième sujet de prière concerne l’unité visible de l’Eglise, à laquelle travaillent d’une part les Protestants et les Orientaux dans les mouvements œcuméniques, d’autre part l’Eglise Catholique qui veut ramener en son sein les dissidences de l’Est et de l’Ouest.

§ 3     De même que pour le comment de la conversion des Juifs, l’œuvre de Charmes ne se lie ici à aucune œuvre particulière déjà existante.

§ 4     Elle intercède en faveur du labeur œcuménique.

§ 5     Elle prie pour que dans l’Eglise catholique, les gens d’Eglise soient de plus en plus des disciples fidèles de Jésus-Christ, ce qui aplanira d’immenses difficultés entre Rome et les deux autres branches du christianisme.

§ 6     La prière pour l’unité est liée à la prière pour la conversion des Juifs.

§ 7     Les mouvements œcuméniques et les efforts catholiques semblent ne pouvoir se rejoindre que s’il surgit, par la Grâce de Dieu, un événement nouveau.

§ 8     Or l’Eglise chrétienne a connu, dans l’histoire, son plus haut point d’unité quand elle a été groupée autour de Jérusalem, par la subordination de Paul à Pierre, et des églises de la Gentilité aux églises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée (1 Thessaloniciens 2/14).

§ 9     [10] Au fur et à mesure que l’Eglise s’est éloignée de ses origines juives elle a eu tendance à se diviser.

§ 10   D’autre part, et providentiellement, les divisions mêmes de la Chrétienté ont été comme un aiguillon portant l’Eglise à la recherche d’une unité plus haute et plus vivante.

§ 11   [14] La Réforme en particulier, si elle a couru le risque de judaïser, en se durcissant en sectes légalistes, a aussi, d’un  autre côté, suscité un mouvement dynamique qui puise ses sources dans la Parole vivante de Dieu et dans la révélation du plan du salut, c’est-à-dire d’une histoire qui doit aboutir à son terme.

§ 12   Ce terme n’est-t-il pas la Jérusalem d’en haut, Israël converti à Jésus-Christ, étape ultime du pèlerinage de l’Eglise qui était partie de la Jérusalem terrestre ?

§ 13   Dès maintenant, la charité des chrétiens de la Gentilité envers le peuple de Dieu crée une atmosphère de coopération spirituelle, comme en témoignent, de 1940 à 1945, les souffrances endurées de concert par les catholiques et les protestants français pour protéger le corps meurtri de la race juive.

§ 14   La charité ne sera-t-elle pas plus intense si, ne s’arrêtant pas au corps seul, les chrétiens prient pour le salut de l’âme d’Israël ?

§ 15   L’œuvre de Charmes travaille à cet œcuménisme de la charité en vue d’une solution, non plus politique et transitoire, mais surnaturelle et définitive du problème juif.

§ 16   Elle pressent que c’est le peuple juif converti qui rendra à l’Eglise son unité visible. Ce que le plus jeune fils de la parabole, malgré tout son amour pour le Christ, n’a pu faire, le frère aîné l’aidera à l’accomplir, - nous ne savons ni où ni comment – quand, rentré, dans la salle du festin de son Père, ils prépareront ensemble l’Eglise sainte et irrépréhensible qui sera présentée au Seigneur qui revient (Ephésiens 5/27).

 


4ème sujet d’intercession : Le Retour de Christ et la Résurrection des morts.

§ 1     Il semblera étrange, tout d’abord, d’appliquer un mouvement de prière à l’Avènement du Seigneur. L’opinion courante est que cette promesse s’accomplira d’une manière indépendante de notre volonté, et à une époque tellement éloignée de nous qu’elle devient fabuleuse.

§ 2     [15] L’attente de la parousie chez les premiers chrétiens était, dit-on, une erreur due à leur enthousiasme. Au cours [11] des âges, remarque-t-on encore, tous les mouvements, depuis le Montanisme jusqu’aux Anabaptistes, en passant par Joachim de Flore, qui ont prêché le Retour du Christ, ont versé dans l’illuminisme ou le sectarisme.

§ 3     La réalité est tout autre : la deuxième venue du Christ a sans cesse été toute proche depuis la Pentecôte : mais le plan divin s’accomplit par étapes, et, à chacune d’elles, ceux qui ont vécu intensément l’œuvre de Dieu ont perçu la proximité de la parousie.

§ 4     A l’inauguration de l’ère du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, l’Avènement du Christ s’est approché de la terre : la première étape franchie fut la fondation de l’Eglise de Jésus-Christ au sein du Judaïsme.

§ 5     Par le ministère de S. Paul et l’inauguration de la Mission chez les Païens, une seconde étape fut franchie et le Retour du Seigneur a été perçu tout proche. Par la suite, la proximité du Retour est devenue plus intense chaque fois qu’un nouveau peuple païen est entré dans le corps de Jésus-Christ.

§ 6     Il est raisonnable et juste de dire que la prière pour la conversion du peuple Juif rapproche encore la seconde venue du Christ : car cette conversion est une des dernières étapes, et peut-être la dernière, avant la manifestation effective de la royauté du Seigneur.

§ 7     L’illuminisme, au XXème siècle, c’est l’imagination d’un royaume de Dieu instauré sur la terre par un développement des techniques et des législations.

§ 8     Ce qui précède l’Avènement du Seigneur, ce n’est pas une conquête étendue en nombre des hommes vivants, mais l’achèvement de l’Eglise dans la plénitude de sa réalité.

§ 9     L’œuvre de Charmes saisit donc une prière pour le Retour du Christ : c’est, avant tout, une prière pour que les chrétiens veuillent le Retour du Christ.

§ 10   Car d’une manière générale, le Christianisme issu de la Gentilité a toujours préféré que Christ ne revînt pas : la vie sur la terre, plus ou moins christianisée, lui paraît suffisante, avec son prolongement de la béatitude de l’âme séparée du corps par la mort.

§ 11   [16] Il est vrai que la vie de la chrétienté a été belle, spécialement dans la France des cathédrales, de S. Louis et de Jeanne d’Arc, dans la scolastique de S. Bonaventure et de S. Thomas, dans la vie quotidienne des humbles de toute nation. Certains voient dans ce passé le vrai Millénium chrétien, et l’œuvre de Charmes n’exclut pas ceux qui partagent cette opinion. Mais ce temps est terminé.

§ 12   [12] L’Eglise, au cours des siècles, a remporté d’immenses victoires. Elle n’a pas vaincu la mort. La mort règne aujourd’hui, avec ses deux pourvoyeuses : la chair et la richesse. Ce qu’on appelle la civilisation moderne est le triomphe de la mort.

§ 13   Il faut vouloir la victoire sur la mort : pour cela, vouloir que Jésus revienne en gloire, conformément aux prophéties de la Nouvelle Alliance, comme il est  venu en abaissement dans le sein de la Vierge Marie, conformément aux prophéties de l’Ancienne Alliance.

§ 14   Vouloir que Jésus revienne, c’est vouloir le revoir de ceux qui nous ont précédés, et c’est vouloir qu’apparaisse une génération de chrétiens prête à ne pas mourir, mais à passer en un clin d’œil au plan de l’éternité dans un corps glorifié (1 Corinthiens 15/52).

§ 15   Vouloir que Jésus revienne, c’est encore vouloir le Jugement dernier, avec l’aspect terrible de la perdition, mais dans la certitude que Dieu est Amour (1 Jean 4/8).

§ 16   L’œuvre de Charmes ne s’attache pas à la doctrine d’un Millénium postérieur à la Résurrection : elle laisse à ses membres le choix entre cette interprétation du chapitre 20 de l’Apocalypse et l’interprétation historique donnée plus haut (§ 11). Ce qui importe, c’est que l’ère du Saint-Esprit, ou temps de la fin, a été ouverte le jour de la Pentecôte ; que nous continuons d’y vivre ; et qu’elle s’achèvera un jour du calendrier, jour où toutes choses seront remises à Jésus-Christ pour la Résurrection et le Jugement. L’œuvre de Charmes prie pour préparer ce jour dans le cœur de l’Eglise.

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Conclusion.

 

[17] Vous avez été mis au courant, chers amis et frères, de deux ébauches, l’Ecole et l’Union de prière qui sont destinées à prendre corps dans ma paroisse, si Dieu le permet. Vous avez entendu les thèses qui précisent la position doctrinale qui sous-tend cette activité. Je suis persuadé que le travail de Dieu dans notre région se développera dans la paix. J’espère avoir contribué par cette causerie à développer entre nous une atmosphère de paix. Je vous invite à y contribuer à votre tour en me posant les questions qui permettront d’atteindre la plus grande clarté possible dans les esprits par le moyen d’un entretien fraternel. Je vous invite aussi à travailler pour la paix de l’Eglise en agissant toujours ouvertement, sans crainte de prendre position s’il le faut dans un sens très différent du mien, mais dans un respect mutuel de nos personnes et de nos ministères, lesquels sont soumis à la juridiction de la même Eglise sur la terre et du même Seigneur dans le ciel.

 


 

 

 

Préparation et fondation de l'union de prière de charmes

- 1946 -

 

par le pasteur Louis Dallière,               

d'après les notes prises par Madame Dallière, en 1946 

 

 

Charmes

mercredi

30.1.1946                                                                                                        Louis Dallière

 

Les réunions de prière

Actes 12 / 1 à 19

 

Etudions la question des réunions de prière dans ce texte. Les mots « réunis » et « prière » sont associés dans le verset 12. Et au verset 5 : L'Eglise ne cessait d'adresser des prières à Dieu, sans doute dans de nombreuses réunions de prière. Etudions quelques-uns des caractères de cette réunion de prière au verset 12.

1°. C'est une réunion de prière privée. Marie a dû inviter ses amis pour prier pour Pierre ; en effet, il y avait beaucoup de personnes, il n'est pas dit l'Eglise entière. Et on est chez Marie puisque la porte est fermée. Or, dans l'Eglise assemblée, on laisse la porte ouverte (1 Co 14/23) puisque n'importe quel « idiôtès » (novice) peut entrer. Au verset 17, Pierre leur dit : Annoncez-le à Jacques et aux frères. Donc Jacques, le chef – surtout en l'absence de Pierre – de l'Eglise de Jérusalem n'y était pas, et peut-être il n'y avait pas de frères. Etait-ce une réunion de sœurs ?

2°. Cette réunion ne supprimait pas le culte, la communion du dimanche. Actes 2/42 : Ils persévéraient dans la fraction du pain. Aucune raison de croire que le culte, la sainte Cène hebdomadaire, était supprimée. Il y avait le culte, présidé par le chef de la communauté, Jacques, et d'autre part réunion de prière à cause d'un « coup dur ».

N'y avait-il que des sœurs dans cette réunion ? Ce serait trop affirmer, mais il y avait sûrement des femmes : Marie, mère de Jean-Marc, Rhodes… Ce serait la solution du problème difficile de savoir si une femme peut prier dans les réunions. Textes contradictoires en apparence : 1 Co 14/35 et 11/5. Ce serait dans le culte que la femme doit se taire et non dans la prière privée.

3°. On est en temps de persécution. Hérode vient de faire décapiter Jacques, frère de Jean, et il poursuit Pierre, le chef de l'Eglise. Prier pour la délivrance de Pierre, c'est en quelque sorte prier pour le gouvernement. C'est une réunion plus ou moins clandestine. Il y a du danger, il ne faut pas qu'il y ait des délateurs, comme il y en eut tant au temps des huguenots. On fermait la porte à clé, et on était à l'abri, dans la maison. On luttait contre la puissance de Satan par les armes spirituelles.

4°. Il y avait un but précis, un sujet. On savait pourquoi on se réunissait.

5°. La réunion de prière de ce jour-là devait être guidée par le Saint-Esprit, car tous ceux qui y étaient se trouvaient baptisés d'eau et d'Esprit (Ac 2/38). Saint Paul dit aux Ephésiens de faire par l'Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Et sans doute c'est l'Esprit qui leur donnait le courage de persévérer dans la prière alors que tout était perdu. C'était la dernière nuit (v. 6)

6°. Il devait y avoir dans cette réunion une merveilleuse unité. Mt 18/19 : Si deux d'entre vous s'accordent... Paroles très simples mais si profondes ! Il faut croire que les hommes ne sont, au fond, jamais vraiment d'accord tout au fond. Il n'y a pas eu des chrétiens d'accord pour demander que la guerre de 1939 n'ait pas lieu, et, maintenant, que l'unité se fasse. La délivrance de Pierre était impossible. Toute la force du gouvernement était contre lui. Mais il dut y avoir là des gens d'accord pour dire qu'il fallait que Pierre soit là pour diriger l'Eglise. En effet, il y avait encore une très grande tâche à accomplir. C'est lui qui devait reconnaître le ministère de Paul, etc. Cet accord a pu être réalisé à d'autres moments. Saint Paul disait : Frères, priez pour moi afin qu'une porte me soit ouverte… (Ep 6/19, 2 The 3/1, …) Et il a pu aller partout, et cette œuvre s'est étendue jusqu'à nous. Et il y a tant d'autres exemples dans l'œuvre des Missions, à Madagascar, au Zambèze, au siècle dernier, etc.

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Si j'ai parlé de cette réunion, c'est que mon ambition pour le temps que le Seigneur me laissera encore sur la terre est de voir fleurir de telles réunions en France, en Ardèche, ici. Je crois que c'est la volonté de Dieu qu'il y en ait. Dieu veut, je crois, qu'il y ait des réunions de prière privées. Privées, car nous sommes dans une période de persécution. Pas sanglante, mais une persécution de séduction. Il y a une puissance formidable de Satan. Il a fait des progrès au cours des siècles, il est plus rusé. Ainsi la foi est clandestine. Si on publiait – avec une foi véritable – ce que nous croyons sur le Retour de Jésus, on serait accusé de trahir les grandes illusions du bonheur venant par les machines, etc. De même, dire que les Juifs doivent se convertir, c'est être accusé de racisme. Il y a une apparence de liberté, mais en réalité l'Evangile est plus en danger que jamais. Et il faut que l'Eglise réagisse dans les premiers temps par des réunions de prière privées.

Ces réunions ne doivent pas remplacer le culte. Elles ne doivent pas conduire à un illusionnisme, une fausse inspiration. Il faut qu'elles soient appuyées sur l'Assemblée de l'Eglise, par la fidélité aux engagements de catéchumènes. Il faut aussi que ces réunions s'appuient sur une solide instruction. Et qu'elles correspondent à une discipline personnelle, à une vraie vie chrétienne. De sorte que la prière ne soit pas dans le désordre. Il faut que les membres de ces réunions assistent au culte et s'unissent à la prière de l'Eglise, prient, par exemple, pour les malades. Et prennent des sujets de prière et les emportent dans leur cœur. Il faut une grande discipline de la vie, de la vie de communauté, de la prière. Il faut savoir mettre de côté ses propres sujets, de soumettre à ceux qui sont proposés.

Mais, direz-vous, qui prendra part à ces réunions privées ? N'y aura-t-il pas des jaloux ? Non. Il peut y avoir de telles réunions sans briser l'unité. Il y a la liberté. Celui qui veut faire partie de ces réunions en accepte la discipline. Celui qui ne veut pas, reste. Cela ne divise pas l'Eglise ; pas plus que cette réunion-ci où tout le monde n'est pas ; ou la sainte Cène, de même.

Et les réunions de prière publiques ? A vrai dire j'y vois beaucoup d'inconvénients. Et de plus en plus je m'aperçois que, dans la Parole de Dieu, je ne les trouve pas. Mais je crois que maintenant que M. Eldin est de retour, après tous les pas déjà faits depuis la guerre (établissement de la sainte Cène, du conseil presbytéral, des engagements, etc.), c'est le pas que Dieu met devant nous : ces réunions privées.

Je vous ai parlé très librement, en confiance. Vous pouvez ne pas très bien comprendre, avoir besoin de chercher, étudier, prier. Mais je vous demande de ne pas avoir un esprit de dénigrement ; que personne ne me combatte. Je me permets de vous donner ce petit avertissement. Nous ne sommes plus avant 39. Ayons beaucoup de respect les uns pour les autres.

 

 


Charmes

Dimanche 30.6.46                                                                                                        L. D.

 

Réunion préparatoire à l'Union de prière

 

Invocation. Prière. Chant de Victoire n° 14

I

D'abord un mot sur les circonstances où nous nous trouvons. Vous savez tous que la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, a été comme un arrêt de mort sur le Réveil, de la part de l'Eternel notre Dieu. Avant, dans les réunions, il nous avait été annoncé que notre œuvre serait comme le grain de blé tombé en terre, mort. Et nous avons vu cette mort s'accomplir.

Il y avait un sentiment d'échec : notre prière pour la paix inexaucée ; les efforts des hommes, vains. Dispersion des jeunes hommes, même des plus vieux comme moi. Et impossibilité d'évangéliser. Je suis parti avec le sentiment d'une mort ; je ne savais si je reviendrais. Je n'avais nulle idée de me faire remplacer pour cette œuvre, en mon absence. Non ; c'était une mort totale, et il faut le dire aussi, purificatrice. Pour moi, surtout pendant les trois premières semaines où il n'y avait même pas de correspondance, je ne savais si on ne m'enverrait pas – comme on aurait dû le faire – au front, et je sentais qu'il fallait faire le sacrifice de ma vie. Aussi, quand j'ai eu les premières nouvelles, ma première permission à la Toussaint, cela a été comme une toute petite étincelle de vie.

Mais nous sentions tous que tant que M Eldin était prisonnier, cette mort durait. Il était comme l'Eglise. C'était un peu un purgatoire, cette captivité, comme les âmes de nos bien-aimés privées de leurs corps. Toutes les choses du corps, ou presque, nous séparaient de lui. Il est revenu, et les autres aussi. Nous l'avons aujourd'hui pour nous faire chanter. Tous nous sommes sensibles à cette chose immense.

Ce retour, c'est la résurrection du Réveil qui commence. Comment cette résurrection se fera-t-elle ? Par des réunions publiques d'évangélisation ? Non.

Cette résurrection se fait par un cahier que la plupart d'entre vous ont vu (ici on relit les premiers numéros du cahier). Nous sommes encore dans la période des appels. Le 29 septembre, il y aura une communion. Tous ceux qui voudront se consacrer à Dieu dans l'Union de prière communieront. Après, nous n'admettrons les nouveaux membres que tous d'accord (n° 121 du cahier) pour que nous restions tous dans l'unité. Mais pour les premiers membres, je ne fais pas de choix. En sont membres de droit tous les baptisés d'avant 1939, qui communieront le 29 septembre. Ainsi la porte est ouverte à tous. Donc ce n'est qu'une réunion préparatoire destinée à donner quelques précisions sur les points qui pourraient être difficiles.

Cependant je vais vous dire, puisqu'il s'agit d'une réunion privée et qu'il faut que tout soit clair, la liste des gens déjà invités : Lecture de noms…

Les réunions privées entre nous seront rares : tous les trois mois. Ce ne sera pas un cercle fermé. Nous serons larges ; mais il faut cependant qu'il soit admis que nous nous réunissons quelquefois entre nous, dans une grande confiance. Au Conseil municipal, on n'invite pas n'importe qui. De plus, M. Léorat, M. Rozier sont au courant et nos invités.

(Chant de Victoire n° 18, prière de M Eldin)

 

II. Message

Luc 2/41-52 : Jésus au temple à 12 ans

Le Seigneur Jésus, notre bien aimé Sauveur, nous est présenté sous une forme toute simple. Pas comme un prophète, comme un enfant. C'est un épisode de sa vie cachée. Il est présenté, il est visible. Nous le voyons par le témoignage des Apôtres, par la Parole écrite, trésor de toute l'Eglise. Eh bien, la pensée fondamentale de l'Union de prière, c'est que, comme Jésus est visible, de même l'Eglise est visible. Il y a un grand danger pour les protestants de croire que l'Eglise est invisible. Il est vrai que les Réformateurs ont parlé de « l'Eglise invisible ». Mais il faut comprendre leur pensée ; ils ont voulu dire qu'elle n'est pas achevée, elle comprend des membres qui sont au ciel. Du reste, en une certaine façon, moi aussi je suis invisible : vous voyez mes mains, mon corps, mais moi, me voyez-vous ? Sous certains aspects, évidemment, l'Eglise est invisible. Mais il n'en reste pas moins qu'elle est visible.

Certains chrétiens sectaires pensent qu'il y a des chrétiens ici et là, tous séparés. Les protestants indifférents ne croient pas non plus qu'il existe une Eglise. On est protestant, voilà tout. Mais en réalité l'Eglise est visible. Et il en résulte que nous ne pouvons pas nous couper du passé, des huguenots, de l'Eglise du Moyen Age, de l'Eglise primitive, ni des autres confessions actuelles. Et nous soutenons le mouvement œcuménique qui veut que les chefs des différentes confessions chrétiennes puissent communier ensemble.

Mais je ne veux pas faire de la théologie sur l'Eglise visible, mais tirer de ce fait des conséquences pratiques. Parce qu'il y a une Eglise visible, il y a engagement pour ses membres ; il y a des exigences de Dieu. C'est une société visible, on est membre d'un corps précis. Vous l'avez senti en lisant le cahier de l'Union de prière. Il y a des exigences ; ce sont celles que l'Eglise Réformée, au fond, attend de tous ses membres. Etre membre de l'Union de prière, c'est être vraiment membre de l'Eglise Réformée. Il y a des exigences, elles sont belles, elles sont dignes d'être acceptées librement. Nous allons les étudier ensemble.

1°. Jésus dit : ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ? (2/49) Saint Irénée traduit : que je sois dans la maison de mon Père ? Jésus déclare qu'Il est le Fils de Dieu, vérité dont il rend témoignage toute sa vie et qui le conduira jusqu'au Calvaire.

Ainsi la vérité est à la base de tout. Quand nous sommes baptisés, nous confessons le Nom de Père, du Fils, du Saint Esprit. Nous confessons que Jésus est le Fils de Dieu. A la base de tout, il y a la vérité, la vérité de Jésus Fils de Dieu.

Je vous le rappelle parce que, dans le Réveil, il y a des expériences bénies, de grandes joies. On est tenté de mettre cela à la première place. Mais non, la base de tout, c'est la vérité. Conséquence pratique : il faut s'instruire, étudier la Bible, le catéchisme, l'histoire de l'Eglise.

Je ne repousse pas les émotions. Mais elles ne sont pas la première chose. Dans l'Ancien Testament, les Prophètes avaient de grandes émotions, Ils dansaient dépouillés de leurs vêtements : Saül n'est-il pas parmi les prophètes ? Mais la vérité est plus importante.

Il en résulte qu'il faut non seulement que nous fréquentions nos saintes assemblées (4ème engagement), mais que nous suivions, dans toute la mesure du possible, les réunions de catéchisme, d'étude biblique. Un soldat de l'Union de prière ne peut pas être un tire au flan pour ces réunions. Les réunions émouvantes (baptême du Saint Esprit…) viendront à leur place.

2°. Il leur était soumis. (2/51) Jésus, Fils de Dieu était soumis à des hommes, à Marie, à Joseph. Jésus ne s'est-il pas abaissé jusque-là pour nous montrer que nous aussi nous devons nous soumettre les uns aux autres ? Si l'Eglise était purement invisible, composée de chrétiens dispersés, il n'y aurait pas de soumission. C'est pourquoi il y a des autorités dans l'Eglise et les membres responsables les uns des autres dans notre Union.

Oh ! comme on a mal compris cette notion d'obéissance, avant 1939. On a cru qu'il s'agissait de perdre toute liberté. Et pourtant Jésus obéissait. Etait-il « comme un cadavre » entre les mains de ses parents ? Non. Il était parfaitement libre et obéissant. En réalité, plus on obéit, plus on est libre. Sans obéissance, il y a ou caprice individuel, ou troupeau : faire comme le monde. Aujourd'hui les gens ne savent pas obéir librement, alors ils vivent en troupeau, suivent la mode pour tout. On fait comme ça ? Alors, moi aussi.

Il faut faire bien attention à ceci. Ceux qui ont reçu des grâces dans le Réveil, et qu'on a appelés à être « diacres », sont tentés de penser que cette charge est une chose en plus, à côté de leur vraie vie spirituelle. En réalité il doit y avoir unité totale dans la vie : le chrétien baptisé qui est devenu diacre, Dieu lui a dit : « Mon ami, monte plus haut, tu partages maintenant la responsabilité du pasteur. Tout ce que tu fais, travail matériel, prière, c'est en tant que diacre que tu le fais. Il faut te mettre de tout ton cœur dans tout ce que tu fais. »

Regardons Jésus soumis à ses parents, au sujet des choses difficiles pour les sœurs (dames et jeunes filles) qui sont demandées au sujet de la tenue. Vous avez peut-être été étonnées de ce que je vous ai demandé pour la tenue dans le temple. Et maintenant, voici que je vous le demande en tant que membre de l'Union de prière, pour toute votre vie : être vêtues, ne pas mettre vos têtes entre les mains des coiffeurs.

Cette obéissance doit être un épanouissement de votre liberté. Aujourd'hui, tout le monde suit les modes qui vont toujours plus loin. Eh bien, vous pouvez dire au monde : « non, moi je prendrai mes inspirations non dans le monde, mais en Jésus-Christ. » Jamais les chrétiens des temps passés n'ont suivi les caprices du monde. Ils ont cherché en Jésus. L'Eglise est obligée de rendre témoignage, de mettre une barrière à tout cela. Il faut une libre réaction.

3°. Jésus croissant. (2/52) S'il y a Eglise visible, il y a croissance. Il est très facile de faire des reproches au pasteur : il n'y a pas de conversions. On devrait faire ceci ou cela. Oui, mais si les convertis deviennent pires que les autres ? Non, après la conversion, il faut la sanctification. Il faut croître dans la grâce.


Charmes

Mercredi 11.9.46                                                                                                          L. D.

 

Première réunion en vue de la fondation de l'Union de prière

Sujet : les vêtements (Nombres 6 / 1 à 12)

 

Bien chers amis, lorsqu'il y a environ un an, j'ai pris – après en avoir parlé au Conseil presbytéral –une position nette sur la tenue vestimentaire dans les temples, cela a provoqué une vive réaction parmi les protestants.

De même, quand j'ai donné à beaucoup le cahier de l'Union de prière (la charte), c'est le § 106, où j'ai parlé de cette question, qui a provoqué le plus de réaction, presque de protestation.

Après y avoir beaucoup pensé, et avoir beaucoup cherché sur ce point – car je ne voulais pas vous emmener sur une voie d'erreur – je voudrais en parler avec vous. Et si nous arrivons à en parler dans un esprit d'amour, cela pourrait faire l'objet d'un cahier, qui pourra être répandu parmi plusieurs au loin.

Remarquez que pour cette question, je suis actuellement, et ceux qui, dans l'Eglise, me suivent sur ce point, exactement dans la situation où nous étions il y a environ 10 ans sur la question du baptême. Aujourd'hui cette question-là est prise très au sérieux. Le synode en parle, l'Eglise Réformée convoque deux commissions internationales, des revues parlent du baptême. Alors on se moquait de nous, on répondait par des rigolades, des faux bruits. On ne nous donnait pas la parole (en 1935, au synode de Saintes). Et quand on parlait de la nécessité de se repentir, des dangers de la guerre, on riait.

Ainsi, une chose qui a commencé dans la moquerie, mais qui venait de Saint Esprit, a fini par être prise au sérieux. Nous sommes dans la même situation pour la question du vêtement. Je ne veux pas en parler. Nulle part. Au Consistoire, tabou. Et c'est pourquoi on colporte des bruits ridicules ; on me prête des idées fausses.

Au cours de cette année, j'ai été très heureux parce que le Conseil presbytéral m'a suivi et soutenu pour tout. Mais est-ce que sur cette question du vêtement, le diable réussira à nous diviser et  vous donner un même esprit de moquerie, dont vous avez souffert jadis, vous, baptisés d'eau et d'Esprit ? Vous ne le voulez pas, c'est pourquoi j'ai confiance de vous en parler ce soir.

Qu'était-ce que les Naziréens, dont il est question dans le texte : Nb 6/1-12 ? C'étaient des hommes qui faisaient un vœu de consécration à l'Eternel, pour un temps ou pour toute la vie. Saint Paul a fait un tel vœu (Ac 18/18). Or le baptême d'eau et d'Esprit, c'est un vœu de consécration à Jésus-Christ. Dans le baptême, nous avons accepté la mort pour vivre avec Jésus-Christ et en lui.

Le baptême où vous avez passé a-t-il été un vœu de consécration ? Ou bien avez-vous cherché dans le baptême un projet, de belles réunions, etc.? C'est toute la difficulté dans les Réveils. Beaucoup prennent le baptême pour en tirer profit.

Contenu de ce vœu : le Naziréen devait s'abstenir complètement de vin, de raisin sous toutes ses formes ; s'abstenir de couper ses cheveux ; s'abstenir de toucher un mort. Tous les Israélites devaient-ils faire ce vœu ? Non, très peu le faisaient. Et pourquoi ? Parce que ces choses étaient liées au culte des idoles pratiquées par les peuples païens alentour. Pour maintenir pur le culte de l'Eternel, il fallait s'abstenir de ces choses. Leur « genre de vie » montrait à tous ce que pouvait être le culte fervent.

Or, chers amis, vous n'êtes peut-être pas très sensibles à ces choses, mais le Saint Esprit peut vous éclairer. D'où ces nouvelles modes concernant les vêtements et la chevelure sont-elles venues ? En réalité, des prostituées, puis des milieux de cinéma et de music-hall. Elles ont gagné les milieux de la bourgeoisie riche, et, de là, par les médias, tout le peuple. Une fois qu'on en est là, tout paraît licite et naturel. Tout ce qui autrefois faisait la beauté, la dignité des femmes chrétiennes, leur vraie élégance, leur est enlevé. Et cela vient-il de Dieu ? De haut ? De la piété ? Non, mais des choses les plus basses.

Le Naziréen se privait de raisin – il n'y a rien de mal dans le raisin en soi – pour montrer son horreur du culte idolâtre. Nous, voyant nos contemporains entraînés par ce tourbillon d'horreur, nous élevons une digue. Le rejet du vêtement attriste le Saint Esprit. Car toute cette population jadis revêtue de Jésus-Christ était autrefois revêtue. Elle ne l'est plus, elle a rejeté Jésus-Christ. Et nous ? Certes vous n'y pensez pas. Mais le diable y pense, lui.

Vous savez que la jeunesse est très difficile aujourd'hui. Elle veut tout commander. Or c'est la jeunesse qui a entraîné ses parents, les jeunes filles, leurs mères. Est-ce juste ? A vous de réagir. Maintenant les hommes s'y mettent. Où cela ira-t-il ? Vous direz que c'est exagéré. Mais si je vous avais annoncé ces modes il y a quinze ans, vous ne m'auriez jamais cru. Le jour où M. Jarjat et M. Léorat viendront en short au temple, vous trouverez cela tout naturel ! Dans l'Union de prière, nous pouvons ainsi offrir à Jésus notre corps et notre vêtement pour notre vœu de nazirat.

Cela se trouve-t-il dans le Nouveau Testament ? N'est-ce pas un enseignement erroné ? Prenons les objections.

1°. Certains disent : saint Paul avait des idées bonnes pour son temps… Au temps de saint Paul, le voile était la seule chose qui distinguait la femme de l'homme. Mais quand je prends cette question de vêtement, j'ai la conviction de m'appuyer, non sur quelques versets isolés, mais bien sur tout l'enseignement du Nouveau Testament. Je vais essayer de le développer en partant des objections.

  1. Beaucoup disent : il n'y a pas de mal puisque tout le monde le fait… Réponse : Romains 12/1 : offrir vos corps…sacrifice raisonnable. Est-ce dans ce but que la jeunesse se dévêt ?
  2. Il faut marcher avec son temps… suivre les coutumes de notre temps… Réponse : Rom. 13/12-14 :…
  3. Vous nous privez de toute liberté… Réponse : Galates 5/13, Romains 12/10, Ephésiens 5/5-10.
  4. On ne trouve pas d'étoffe, de bas… Voir Matthieu 6
  5. On n'a pas le temps de raccommoder… Luc 16/6, 2 Thessaloniciens.
  6. Cela ne gêne personne… 1 Corinthiens 11/6.
  7. Si l'Union de prière se décide pour cette voie, il y aura une mode de l'Union de prière. Il y aura un vœu sur la question des vêtements. Mais alors, nous condamnons les autres femmes… nous jugeons…Ceci est très important. Matthieu 24/45… le serviteur fidèle et prudent qui distribue… et le serviteur qui mange et boit avec les ivrognes. Il y a donc un danger que, à la fin des temps, il y ait des bergers qui ne veillent pas sur le troupeau.

Il est évident que, sur cette question des vêtements, dans l'Eglise Réformée de France, jusqu'ici, on n'a pas pris ces choses au sérieux. On s'occupe de tout, de la paix universelle, mais de ça… je ne sais pourquoi. C'est comme il y a quelques années pour le baptême. Je ne veux pas juger les pasteurs. Il y a, je crois, un esprit de séduction. Cela a mis 10 ou 12 ans pour le baptême. Cela mettra peut-être autant pour le vêtement.

Du reste, puisque l'Eglise n'en parle pas, les gens n’en sont pas coupables. Ce sont leurs bergers qui sont responsables. Les pasteurs laissent les divorcés se remarier. Les parents ne disent rien aux enfants, au contraire, ils les suivent. Ici nous faisons différemment des autres, mais cela ne veut pas dire que nous les jugions.

En réalité, les gens modernes sont horriblement tristes. On souffre pour eux, mais on ne les juge pas. On voudrait au contraire prier pour eux, les aimer, se consacrer à Jésus pour eux. Pour cela, faire un vœu. Leur montrer qu'il y a autre chose que la chair, le corps. Il y a le ciel, il y a la résurrection.

J'ai la conviction, dans mon cœur, que Dieu vous éclairera sur ce point, qu'il y aura une force. Si nous lâchons sur ce point, il me semble que nous serons comme Samson quand ses cheveux lui ont été coupés. Il y a là quelque chose de tragique. Sur ce tout petit point, le diable peut tout faire échouer. Y aura-t-il, sur ce point, de nouvelles divisions, comme autrefois, dans le Réveil ? Il faut que ceux qui ont compris aient beaucoup d'amour pour les autres.


Charmes

Mercredi 18.9.46                                                                                                          L. D.

 

Deuxième réunion en vue de la fondation de l'Union de prière

L'Argent (Nombres 13 / 16 à 33, Luc 12 / 13 à 16).

 

Lecture du commentaire des Notes Bibliques sur Nombres 13.

Nous aussi, nous voulons nous emparer d'un pays dans lequel il y a des géants, c'est-à-dire des obstacles infranchissables. En sorte que, dans notre Union de prière en formation, nous risquons de faire comme le peuple qui ne voulait pas entrer parce qu'il avait peur. Nous risquons de nous décourager, et cette réunion a pour but de nous aider à prendre courage. La grosse difficulté, ce n'est même pas la mondanité dont nous parlions mercredi dernier, mais l'argent qui est le grand dieu du monde moderne, et qui est à la base de cette mondanité même. Saint Paul le dit : l'amour de l'argent est une racine de tous les maux (2 Tm 6/10).

Si le grand obstacle dans le monde, c'est l'argent, il faut que nous soyons vainqueurs, que nous puissions dire à Satan : il n'y a rien en moi (Jn 14/30). Le combat est avant tout en nous. Mais vous me direz : ce combat est déjà livré. On en a beaucoup parlé, ici, dans l'Ardèche, depuis 20 ans, et nous avons eu de belles victoires. Il est prouvé que dans l'Ardèche, on aime mieux la vérité que l'argent. Ainsi nous n'allons pas revenir aux choses élémentaires, mais prendre cette parole du seigneur Jésus : Gardez-vous avec soin de toute avarice. (Lc 12/15). Il y a beaucoup de formes d'avarice ; des formes grossières, nous les connaissons, et nous les avons sans doute vaincues. Mais il y a aussi des formes subtiles. Les médecins nous disent qu'il y a des maladies inapparentes – sans symptômes – mais qui se communiquent et, par conséquent, sont dangereuses. Gardons-nous de toute forme d'avarice inapparente. Je ne ferai pas, ce soir, un cours de médecine spirituelle sur ces formes inapparentes. Elles varient avec chaque personne. Mais ce qu'il faut, c'est que le Saint Esprit vous éclaire et que, sous son action, « vous reconnaissiez de plus en plus vos fautes » et en soyez délivrés.

Quelques formes subtiles de l'Avarice :

  1. Ainsi l'avarice ne consiste pas toujours à amasser de l'argent pour soi, sans vouloir le dépenser. Il y a des cas où on travaille pour des buts légitimes, par exemple pour sa famille. Mais il ne faut pas fixer les choses. On risque de se fermer à la grâce. On se figure trop grands peut-être, aux yeux de Dieu, les besoins de ceux qu'on aime.
  2. Autre forme subtile de l'avarice : trop travailler. Je connais un fermier qui, en se convertissant, décida de prendre une ferme plus petite afin d'avoir plus de temps pour dieu. Il n'y a pas là de règle. Chacun est conduit par le Saint Esprit. Mais il arrive à certains de trop sacrifier la vie spirituelle au travail.
  3. Autre forme : être pauvre, rester pauvres, mais trop penser aux riches. Trop les envier.
  4. Autre forme subtile : il y a des gens qui sont appelés à faire de très grands dons. C'est une affaire de vocation. Dans les choses de l'argent il y a une grande liberté ; chacun est conduit par le Saint Esprit. Les pasteurs abandonnent une belle situation. Des laïcs – comme Barnabas, (Ac 4/37) – sont appelés à donner de grandes choses. Tous n'y sont pas appelés (Ac 5/4). Une forme subtile d'avarice, c'est de critiquer ceux qui donnent tout, ou presque tout.
  5. Il existe aussi – de moins en moins – une sorte de peur que l'œuvre de Dieu soit trop prospère, que ce soit du gaspillage. Ainsi certains donnent encore au tarif d'avant 1939, et même d'avant 1914. Les gens ne se rendent pas compte. Il m'a été difficile de trouver 55'000.- frs. pour le temple de St-Georges. Alors que les pêches ont rapporté par 100'000.- ou 1'000'000 cet été.
  6. On peut aussi avoir peur des critiques des gens avares. C'est une forme subtile d'avarice, une manière de pactiser.
  7. On peut critiquer l'emploi que le pasteur fait de l'argent. Certains critiquent qu'on donne à l'Eglise Réformée. Ils préféreraient qu'on favorise uniquement le Réveil. Il ne faut jamais critiquer la manière dont les autres donnent. Vous n'êtes pas dans le cœur des autres pour savoir si Dieu appelle celui-ci ou celui-là. Dieu tient les cœurs dans ses mains. Ne prêtons pas l'oreille et ne répétons pas les calomnies-. Veillez sur vos cœurs et vos pensées. Maintenant cherchons des choses plus positives. Vous êtes tous des amis, je vais vous dire mon attitude à l'égard de l'argent.

1°. Je reçois sans aucun scrupule et avec joie, et une entière liberté de cœur, un traitement. Sans partager l'idée de quelques-uns qu'un pasteur ne doit pas toucher de traitement mais vivre uniquement par la foi. Au contraire, je reçois ce traitement avec action de grâce.

2°. Je reçois des dons – comme je l'ai expliqué dans le Cahier de l'Union de prière – et je les gère sous ma propre responsabilité.

3°. Nous n'avons pas d'avoir personnel, Mme Dallière et moi. Ce que nous avions de côté, nous l'avons utilisé de façon à ne pas avoir la tentation de tomber nous-mêmes dans un  esprit d'avarice. Nous ne vivons du reste nullement dans la pauvreté.

Qu'est-ce que je fais de ces dons, offrandes ? Avant 1939, j'avais un cahier où j'inscrivais ces choses sous le contrôle de M. Saint-André (cahier rouge). A présent, j'ai un cahier (bleu) où j'inscris à mesure les dons reçus, les noms des donateurs et l'emploi que j'en fais. A mesure je verse dans les différentes caisses, particulièrement là où cela manque. Je tâche d'avoir un fonds de roulement pour chacune de ces caisses, qui sont :

  • Mon ménage. Mon traitement est totalement insuffisant. Je n'ai pas de scrupule à avoir une maison nombreuse où tous travaillent à l'œuvre de Dieu.
  • Madame Dallière et Madeleine
  • Les Sœurs : Elise Bard, Léa Fougier, Doucia T., Marthe Dorne. Elles pourraient gagner beaucoup. Elles ne touchent rien. Comme des enfants, quand elles ont besoin d'acheter une chose, elles le demandent.
  • L'école. On se figure que je fais des bénéfices. En réalité, cela m'a coûté 40'000.- francs cette année.
  • Librairie, propagande, bibles. Il y a des rentrées, mais qui ne couvrent pas les dépenses.
  • Maison de Boissier. Il y a eu 150'000.- francs, et cela a coûté 155'000.- moins 29.-. Depuis, les dépenses ont été couvertes par les dons.

Si nous mourions, Mme Dallière et moi, nous ne laisserions guère que pour payer nos funérailles.

Voyons maintenant ce que je vous recommande :

1°. Faire sur vos gains la part de Dieu (dîmes ou autres) Je vous recommande, sur cet argent, d'avoir deux parts (deux boîtes) : a) celle de l'Eglise Réformée. L'Eglise demande très peu… Autres œuvres de l'Eglise… b) la part de l'Union de prière.

2°. Je vous recommande aussi de garder vos cœurs ouverts pour des dons exceptionnels. Il y a liberté absolue. Le Saint Esprit peut vous parler. Sans les grands dons qu'il y a eu déjà, nous ne serions pas où nous sommes. Mais vous êtes libres d'obéir à cet appel ou non. Remarquez que ces appels ne viendront jamais de moi. Je ne veux pas être un de ces faux prophètes dont parle la Didachè. Je crois que sur le plan de l'Eglise réformée, les diacres peuvent et doivent demander – mais pas le pasteur. Si Dieu ne vous demande rien, restez tranquilles. Mais gardez votre cœur ouvert, afin d'entendre l'appel de Jésus qui peut vous parler.

3°. Enfin, je vous demande d'avoir une prière constante dans l'amour pour que notre œuvre ne soit jamais vaincue par cette question d'argent. Il est évident que l'Eglise est pauvre, et que M. Dallière n'est pas populaire. Je tracasse les gens, je les ennuie avec ces histoires de baptêmes, d'argent, de vêtement. C'est une tentation d'aller chez un autre pasteur.

Je vous demande de prier, pas tant pour l'argent, car Dieu sait que nous en avons besoin, mais pour moi afin que je sois gardé de toute avarice subtile, ou de tout manque de sagesse, et de demander beaucoup à Dieu afin qu'il n'y ait aucun interdit parmi nous. Ce combat de l'argent est très grand, et il y a de grandes responsabilités. Exemple : Boissier qui va s'ouvrir, et il faut faire des provisions avant que les gens n'aient payé. Je ne vous dis pas cela pour vous demander de l'argent, mais pour que vous compreniez.


Charmes

Mercredi 25.9.46                                                                                                          L. D.

 

Troisième réunion en vue de la fondation de l'Union de prière

Appartenance à l'Eglise Réformée (Hébreux 9 / 1 à 14).

 

Je vous rappelle d'abord, frères et sœurs bien aimés, que, s'il plait à Dieu, nous aurons dimanche prochain, le 29 septembre, à 3 heures, ici, dans cette salle, la première réunion de l'Union de prière, selon ce qui est inscrit au § 129 de la Charte de l'Union de prière. Ce soir, nous allons continuer à la préparer, en envisageant les points difficiles. Aujourd'hui : l'appartenance à l'Eglise Réformée.

La troisième condition d'admission à l'Union de prière dit : « …avoir pris les engagements de l'Eglise Réformée, appartenir à l'E.R.F. ou à une Eglise reconnue par elle, coopérer à la vie de l'Eglise locale sous la direction de son pasteur ». Voir aussi au § 110, sur les engagements équivalents. Au § 114, les paroissiens de Charmes doivent suivre les Catéchismes d'adultes en personnes (ou se faire mettre au courant).Tout cela a trait à la vie de l'Eglise Réformée. La participation à ses activités (cultes, catéchismes) est donc obligatoire aux membres de l'Union de prière et il est bon de chercher à voir dans quel esprit il faut le faire.

Vous voyez, chers amis, qu'il y a beaucoup de discussions autour de ma personne (est-ce un bonheur, est-ce un malheur ?). On se demande si suivre M. Dallière, c'est suivre le Christ ou l'Antichrist. En réalité, la question n'est pas là. Car il y a en moi ce point particulier, c'est que j'ai dans mon cœur un grand attachement à l'Eglise Réformée. Il s'agit donc moins de savoir si on « me suit », mais si on reste attaché à l'Eglise Réformée (et aux autres Eglises de la Réforme). Pourquoi cette fidélité aux Eglises de la Réforme ? Vous savez que la Réforme est venue il y a quatre siècles, à un moment où l'Eglise catholique était tombée très bas. Elle était un peu comme dit l'épître aux Hébreux (9/10) soumise à des ordonnances charnelles jusqu'à une époque de Réformation. Cette réformation n'a pas pu se faire au sein de l'Eglise, malgré de grands efforts, de grands synodes. L'Eglise est tombée bas : au XIVème, il y avait plusieurs papes. Le peuple chrétien a donc fait (sauf en Angleterre) en dehors de ses chefs, en dehors du catholicisme, sa réforme. Les principes fondamentaux de la Réforme sont :

  • fidélité à la parole de Dieu,
  • salut non par les œuvres mais par la foi.

Comme les catholiques ne prêchent souvent pas la Parole de Dieu, les gens ignorent le salut par Jésus-Christ, et ils cherchent le salut dans les œuvres. Tout cela se tient. Mais allons plus loin. On peut malgré tout connaître Jésus ailleurs que dans l'Eglise réformée. Si je pense que l'Union de prière doit se développer dans cette Eglise, c'est à cause des circonstances de ma vie. Je vais donc vous parler de ma vie personnelle pour que vous voyiez ce fil conducteur.

Vous savez que je ne suis pas né dans cette Eglise. Par mon baptême, j'ai été reçu dans l'Eglise anglicane (à Nice) dont ma mère faisait partie. Quand j'avais 10 ans, j'eus une petite sœur dont je devais être le parrain. Elle fut malade et mourut. Nous étions alors des protestants détachés, ne fréquentant aucun temple. On alla chercher avec peine un pasteur. Quand il vit tous ces enfants, il dit à ma mère de nous envoyer à l'école du dimanche. Ainsi, c'est par la mort de cette petite âme, dans cette circonstance sacrée, que j'entrai pour la première fois dans un temple.

J'eus des pasteurs fidèles. Au collège, je fus parfois seul à suivre le cours de catéchisme ; le pasteur me fit l'histoire des protestants de France (me parla d'Isaac Homel), et surtout parla et expliqua la Rédemption par le sang de Jésus. Cela correspondait à mes expériences d'enfant. A l'âge de 13 ans, je m'approchai de Dieu, de Jésus, une nuit, me relevant de mon lit (nous étions quatre garçons dans cette chambre). A ma première communion, le pasteur prêcha sur ce texte qui m'est  resté : J'ai promis et je tiendrai. Je pris mes engagements de catéchumènes.

Puis vint l'appel à être pasteur. J'avais alors le pardon des péchés, mais une vie de hauts et de bas. Je n'avais pas la sanctification que je ne trouvai qu'ici, à Charmes, plus tard. Le 12 janvier 1925, je fus consacré ici, dans le temple de Charmes, confirmant ainsi mes promesses de catéchumène.

Après que j'eus trouvé la vie de sanctification, ce fut le Réveil. Evidemment, en arrivant ici, je fus déçu. Je n'étais nullement adapté. Je croyais que tous avaient pris ces engagements de tout cœur. Mais je trouvai tout de même de la vie ici. Et il y a eu, dans cette Eglise, au temps du Réveil, beaucoup de cœurs qui acceptaient, qui avaient soif. Ainsi tout m'enracinait dans cette Eglise. Pourquoi la quitterais-je ? Pourquoi la renier ? En sortir avec mon troupeau ?

Vous me direz : l'Eglise étouffe le Réveil ! Mais partout il y a des difficultés ! Chez les catholiques aussi. Et il faut constater une chose : elle ne se ferme pas, cette Eglise, elle s'ouvre, elle progresse. Le baptême d'adultes a été pratiquement accepté. Et l'unité qui s'est faite en 1938 a vraiment été une belle chose, et depuis l'Eglise est bien mieux dirigée qu'avant.

Et puis surtout, chers amis, il y a eu ceci : à Pâques 1943, nous avons demandé à Jésus (après l'interruption de la guerre, et de mon opération) de nous donner son Sang sur la table. Et si nous l'avons, que pouvons-nous demander de plus ? Nous avons tout là. Je puis vous le dire, j'ai de beaux souvenirs du temple de St-Germain, mais il n'y a, pour moi, sur la terre, nul lieu aussi sacré que le temple de Charmes, où nous avons reçu tant de grâce dans la sainte Cène, où j'ai vu défiler tant de cercueils devant cette Table sainte.

Il y a des conséquences à cet attachement à l'Eglise Réformée et quelques-unes sont douloureuses. Il y a en particulier des séparations. Dès qu'il y a un Réveil, les gens disent : il faut sortir de l'Eglise, se détacher du temple. Il faut le dire : parmi les pasteurs du Réveil, beaucoup ont cet état d'esprit. Les uns sont entrés dans d'autres mouvements, et d'autres restent dans l'Eglise Réformée, mais ils ne la considèrent que comme un cadre. Ces pasteurs se réunissent entre eux, avec d'autres pasteurs des mouvements dissidents, mais cherchant la communion en dehors de l'Eglise. Ainsi, à cause de cela, beaucoup de pasteurs qui étaient avec nous en 1939 se sont séparés de moi, sympathisant souvent, mais en dehors de l'Union de prière. Et la chose la plus douloureuse, la grande croix, c'est que celui qui était le plus ami, le plus proche, est contre l'Eglise Réformée, et n'est pas avec nous.

Cette fidélité à l'Eglise Réformée crée d'autres difficultés : certains pasteurs sont déficients, plus ou moins faibles. Vous savez qu'ils ont parfois de gros défauts. Il faut les supporter. C'est parfois difficile. Nous devons supporter leur faiblesse, prier pour eux, ne pas les attaquer pas des armes charnelles pour les faire partir, les défendre si on les attaque devant nous.

Au point de vue argent, cela nous pèse aussi de faire partie de l'Eglise Réformée. Il faut supporter les frais pour les pasteurs à la retraite, les veuves. Si nous étions un mouvement indépendant, tout l'argent que nous récoltons serait pour nous.

Il faut aussi beaucoup de patience, d'obéissance. Ainsi  nous attendons de pouvoir faire des baptêmes par immersion. Cela viendra, mais tout doucement. Les résultats sont petits. Il y aura 50 ou 60 membres de l'Union de prière, je trouve cela très beau.

Je vous ai parlé ces trois mercredis sur les points qui paraissent difficiles dans la Charte de l'Union de prière : le vêtement, l'argent, la fidélité à l'Eglise. Il est bien évident que s'il y a quelqu'un parmi vous, et parmi ceux que j'ai invités, qui ne peut pas suivre ces points, il n'est forcé à rien. Il ne sera pas méprisé. Il se privera peut-être de grandes grâces, mais il peut rester membre communiant et reste libre. Il vaut mieux ne pas s'engager plutôt que de s'engager avec un cœur partagé.

Ce moment est grave ; c'est un peu comme une reprise de notre baptême. Tout cela est très sérieux. Ce que je demande à Dieu, c'est que je puisse être vraiment votre pasteur et vous aider si vous en avez besoin. Et je dis bien, si vous voulez vous retirer, faites-le librement. Ce que j'espère, c'est que ce soit de vous qu'il soit dit ces mots encore, de l'Epître aux Hébreux 10/37-39 : Encore un peu, un peu de temps, celui qui doit venir viendra et il ne tardera pas. Et mon juste vivra par la foi ; mais s'il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. Nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme.


Charmes

Dimanche 29.9.46                                                                                                        L. D.

 

Fondation de l'Union de prière

 

Lectures : Deutéronome 1/9-18, Matthieu 18/1-5, 20/20-28

Auparavant chant : Tel que je suis, pécheur rebelle

Il y aura aujourd'hui plusieurs réunions

I

Explication des membres responsables. Lecture de la Charte § 118, 119, 120.

Moïse, en instituant les juges en Israël, nous donne l'explication de la nécessité de ces membres : Je ne puis pas à moi seul vous porter… (Dt 1/9-18) Voyez-vous, si, dans un mouvement spirituel, nous n'avions pas cette institution, qu'arriverait-il ? Les conversions se multiplient. Mais la masse de ces nouveaux convertis forme comme une masse gélatineuse, et bientôt il s'introduit un principe de division. Cela forme boule-de-neige, quelque chose de lourd qui se détache de l'Eglise parce que le pasteur ne peut à lui seul rattacher cette masse à l'Eglise. Puis la boule-de-neige se divise à son tour et une nouvelle masse s'en détache. Bien sûr, Christ est annoncé, mais pour nous latins, qui cherchons l'unité (plus que les anglo-saxons), et surtout pour nous membres de l'Eglise Réformée, cela ne se fait pas.

Cette institution permet au corps de grandir sans s'alourdir. Comment voulez-vous avoir des réunions de prière de 100 ou 200 personnes et qu'on puisse vraiment se concentrer sur un sujet ? Si l'on veut des réunions fortes, intimes, avec unité, où chacun puisse prier, ouvrir son cœur, il faut des réunions peu nombreuses. Mais le pasteur ne peut aller partout dans 100 réunions. Grâce aux membres responsables, on peut avoir de petites réunions dans les maisons, et le tout est relié au pasteur. Si dans la réunion il y a désordre, erreur, le membre responsable en rend compte au pasteur.

Cette institution des membres responsables demande beaucoup de souplesse. Il faut apprendre à obéir avec souplesse. Il ne faut pas obéir en automate. Saisir le but qui est l'ordre. Mais ne pas, sous ce prétexte, n'avoir plus aucune initiative. Sans membres responsables, nous serions un corps gélatineux sans os. Mais avoir des os ne veut pas dire être raide, avoir des rhumatismes. Ce qu'il faut avant tout éviter, c'est d'avoir un esprit de jalousie et de méfiance. Il ne faut jamais croire qu'on vous a fait de mauvaises manières, ou que vous êtes méprisé. Non, laissez aux autres une grande liberté.

Dans la vie spirituelle, il est souvent utile d'être deux ou trois, car on arrive à une grande unité, et on fonce sur la difficulté, et on remporte la victoire. Et pendant ce temps, les quatre ou cinq autres font leur travail à eux (cultiver un champ, faire une école du dimanche, etc.). Le travail se multiplie. Ainsi pendant la guerre, nous avons eu de toutes petites réunions à deux ou trois pour la guérison de Monsieur X., et nous avons eu la victoire. N'est-ce pas beau ?

Une autre chose que je vous demande, c'est de dire franchement les choses qui ne vont pas, soit à votre membre responsable, soit dans la boîte à question qui sera là. Ceci n'est pas très ardéchois de dire ce qui ne va pas, mais il faut le surmonter. Cette boîte à questions nous permettra de bien veiller à la sortie des réunions. Car nous risquons de perdre le fruit de la réunion dans des conversations. Il vaut mieux fraterniser avant la réunion. J'aime mieux moi-même éviter cela, et regarder les questions le lendemain à tête reposée.

Un  ami pasteur me demandait comment je rattache cette institution au Nouveau Testament, et si je ne risque pas de créer des sortes de pasteurs supplémentaires. Dans mon esprit, l'ordre des diacres est une chose extrêmement importante dans le Nouveau Testament, et je crois que c'est dans l'esprit de « diaconat », de service, que nous devons prendre ce ministère. Que les membres responsables ne songent pas à avoir un esprit de « caporalisme », de domination, mais il faut qu'ils soient serviteurs de ceux dont ils sont responsables. C'est pourquoi, si officiellement j'emploie ce membre responsable, dans mon cœur, je les appelle frères et sœurs serviteurs et servantes de ceux qui leur sont confiés.

II

La première liste des membres. Cahier-Charte § 121.

Ainsi je considère comme membres de l'Union de prière vous qui êtes ici, connaissant le Cahier-Charte et aussi ceux qui de loin m'ont donné leur adhésion. Mais il faut bien vous mettre dans l'esprit que l'Union de prière reste ouverte à tous ceux qui acceptent les conditions (même s'il y a eu des difficultés dans le passé).

Comment cette liste va-t-elle grandir ?

  1. Il y a des personnes baptisées par immersion avant 1939 qui ne connaissaient pas le Cahier-Charte. D'autres l'ont lu mais n'ont pas encore pu répondre. Toutes ces personnes sont de droit membres fondateurs si elles le désirent.
  2. Il y a des personnes qui sont candidates à faire partie de cette Union de prière. Elles ne sont pas baptisées par immersion (d'avant 1939), mais le désirent. Pour cela, voir le § 122 de la Charte. Pour elles, je vous consulterai avant leur admission, afin que tous soient d'accord. Mais j'ajoute que le baptême par immersion, et même l'imposition des mains, ne sont pas obligatoires pour être dans l'Union de prière ; il suffit de ne pas être contre, de l'admettre pour les autres.
  3. J'espère beaucoup faire un Cahier des Amis de l'Union de prière. Il y aura pour eux moins d'exigences, si certaines choses les arrêtent. Ils sont invités à nos réunions – nous en avons aujourd'hui – avec voix consultative, non-délibératives (pour la nomination de nouveaux membres, par exemple).

Ainsi cette liste reste très ouverte : aux baptisés d'avant 1939, aux candidats au baptême, aux amis.

C'est amusant, cela me fait rire. Depuis 20 ans, je fais le culte public et les ¾ de mes paroissiens ne viennent pas. Je fais des réunions privées : tout le monde veut y venir. On dit : « Vous m'excuserez » mais venez d'abord au culte, après on verra.

III

Lecture de la liste des membres, et des membres responsables. Distribution des cartes de membres et des membres responsables.

IV

Message sur Jean 12/23-26, Actes 4/23-31

Avec quelle émotion, chers amis, je relis aujourd'hui la parabole du grain de blé jeté en terre et qui meurt. Et vous vous rappelez certainement, et en tout cas moi je me rappelle, qu'avant 1939, souvent ceux qui parlaient par inspiration disaient que l'œuvre de Charmes devait être comme ce grain de blé qui meurt. Et en effet, il y a eu alors bien des coups, des échecs, des portes fermées ; mais quand est venue la guerre, j'ai compris que, cette fois, c'était vraiment la mort pour notre œuvre. Cette guerre a été marquée par un goût très amer de mort. La captivité est bien elle aussi symbole de mort. Dans Actes 4, les apôtres ont été captifs. Délivrés par la puissance de Dieu, ils se réunissaient non pour se taire, mais pour parler avec hardiesse. Il y en a eu plusieurs parmi vous qui ont été prisonniers ; et tous, sous l'occupation, nous étions comme captifs. Alors, comme c'est extraordinaire de penser qu'aujourd'hui, c'est la renaissance après la mort. Cette réunion en est un signe. Oh ! nous ne sommes pas bien forts ; c'est un tout petit brin d'herbe qui sort de terre, tout fragile. Mais il donnera du pain, ce brin d'herbe, et à cause de cela, Dieu veille sur lui, car il faut que ce petit brin donne du pain aux hommes.

Les apôtres étaient tous ensemble. Ils priaient tous ensemble, par la bouche de l'un d'eux sans doute. Et ensuite vient comme une deuxième Pentecôte. Elle diffère de la première, semble-t-il, en ce que, dans la première, ils ont reçu le Saint-Esprit un peu chacun pour soi, chacun à sa manière. Mais depuis, ils ont souffert, ils ont risqué d'être séparés par cette captivité. Ils éprouvent le besoin d'être tous ensemble. Et ce qu'ils recherchent, ce n'est pas le salut, la victoire de chacun, mais le salut, la victoire de toute la communauté, de l'église. Ils veulent être un corps vivant. Car ce tout petit brin d'herbe qu'est cette faible église menacée contient la promesse du pain pour toute l'humanité. Ainsi ils disent : « Vois leurs menaces… et donne à tes serviteurs, à ton Eglise… » Et alors la terre tremble et ils sont tous remplis du Saint-Esprit.

Je ne dis pas qu'il faut que nous les imitions servilement, que nous cherchions ces mêmes signes ; mais cherchons l'unité parfaite. Cette unité n'est pas réalisée. Il y a encore des difficultés, vous ne vous connaissez pas assez. Mais cherchons l'unité en rentrant dans notre baptême d'eau et d'Esprit, et alors nous serons une église, et comme église, nous serons nous-mêmes serviteurs de toutes les églises et de la future église juive.

Pour moi, frères et sœurs, je ne suis pas du tout fondateur de mouvement, ou d'église. Je ne me compare pas à John Fox, à Wesley, bien sûr, mais pas non plus à M. Scott ou à M. Jeffreys (qui viendra peut-être parmi nous en novembre). Non, ma vocation m'a conduit depuis 1915 (ce n'est pas d'hier) à être pasteur dans l'Eglise Réformée. Et j'ai cette part très belle d'être successeur d'Isaac Homel. Et je n'ai nul désir de faire autre chose.

Si j'ai une vocation, c'est d'être au service de toutes les églises. C'est que, nous ardéchois, nous soyons ainsi au service de toutes les églises. S'il n'y a pas d'unité, on peut avoir conversions, baptêmes…, il n'y a pas approfondissement des choses du Saint-Esprit. Mais s'il y a ici charité, unité, notre église peut devenir une source où peuvent s'abreuver les autres églises, et plus tard, l'Eglise des Juifs viendra s'y abreuver.

Dans l'Union de prière, vous êtes associés à mon ministère. A nous tous, nous formons un homme qui veut faire un travail pour Dieu. Ma grande exhortation, ce que je veux vous laisser aujourd'hui, c'est : rechercher l'unité, afin que notre travail puisse devenir une source. Non pas créer un mouvement, devenir tous des pasteurs, mais rester dans notre métier, notre travail, notre église, et grandir dans l'unité pour former à nous tous un homme spirituel, et qu'il y ait une œuvre qui se donne. Que cette tige grandisse dans l'année 1946-1947 afin qu'il y ait du pain pour les hommes…

 

CHARTE DE L’UNION DE PRIERE[172]

 

§1     L’Union de Prière de l’Eglise Réformée de Charmes est une société de personnes librement liées à Jésus-Christ et entre elles pour servir Dieu par la puissance du Saint Esprit. Devant la Loi, elle constitue une simple « Association de personnes » (art. 2 de la Loi du 1er juillet 1901).

§ 2    L’UP a été fondée en janvier 1946 par le pasteur de l’ER de Charmes, et est dirigée par lui.

§ 3    Le but de l’UP est de susciter, de maintenir et de développer un mouvement d’intercession dans une réelle unité des esprits.

§ 4     Le présent cahier, qui expose les sujets proposés à la prière commune et le règlement intérieur de l’UP constitue la Charte fondamentale de celle-ci.

 

Chapitre  I : LES SUJETS PROPOSES A LA PRIERE COMMUNE.

Section I : Le Réveil des Eglises par la conversion des âmes.

§ 5       L’Union de prière est l’épanouissement, après les années de guerre, du Réveil prêché à Charmes avant le 3 septembre 1939. Aussi ne saurait-elle renier la prière fondamentale pour la conversion des âmes.

§ 6       Mais il ne s’agit aucunement de courir çà et là pour faire des prosélytes, qui vivraient sur leurs expériences d’un moment, soit seuls, soit groupés en conventicules plus ou moins sectaires.

§ 7       L’U.P. part de la réalité de l’Eglise : fondée par S. Pierre le jour de la Pentecôte, ouverte à nous Païens par S. Paul, portée en particulier dans la vallée du Rhône par des chrétiens d’Asie Mineure, dont quelques-uns pouvaient être disciples, au moins indirects de S. Jean.

§ 8       Si l’Eglise conduit à Jésus et nourrit en lui les âmes qui entendent son appel, elle se consacre avec amour à tous celles qui vivent loin de ses sacrements, et ne désespère jamais de leur salut.

§ 9       Le nombre des sauvés au dernier jour pourra donc être bien plus grand que celui des convertis ayant consacré leur vie au service du Seigneur Jésus.

§ 10      Inversement, au nombre de ceux qui  se disent convertis, peuvent se trouver des hypocrites qui seront rejetés au dernier jour.

§ 11      Ces réserves faites, l’Eglise est normalement construite de « pierres vivantes » (1 Pierre 2/5), âmes qui ont rencontré Jésus, ont été saisies par lui (c’est la réalité du baptême) et le servent de tout leur être au sein de l’Eglise (c’est le sens de la Sainte-Cène).

§ 12      La première intention de l’U.P. est que de telles âmes soient suscitées sans cesse, parmi les catéchumènes de l’Eglise, parmi ses anciens catéchumènes et dans le peuple qui l’entoure.

§ 13      Une Eglise est en état de Réveil lorsque les pasteurs, les diacres et les fidèles communiants sont des âmes ainsi converties dont le nombre va croissant.

§ 14      La prière pour la conversion des âmes peut porter sur des personnes précises, que l’on porte devant Dieu afin qu’elles se repentent et qu’elles croient.

§ 15      Elle comporte aussi une prière particulière pour les serviteurs de Dieu qui prêchent la Parole, afin que celle-ci soit annoncée avec puissance, en vue de la repentance et de la conversion des âmes.

§ 16      L’U.P. veut un tel Réveil dans toutes les Eglises, catholiques et orientales, aussi bien qu’au sein du protestantisme.

§ 17      Sans rétrécir pour cela sa vision, elle espère que les Eglises Réformées de l’Ardèche seront enrichies par un nombre croissant de communiants convertis et fidèles. Mais s’il y a, en ce sens, un Réveil de l’Ardèche, il doit rester, sans aucune barrière, au service de l’Eglise universelle.

§ 18      L’U.P. intercède pour les œuvres d’Evangélisation et de Missions comme pour les Eglises, mais elle ne fonde ni ne soutient aucune œuvre particulière d’Evangélisation ou de Missions.

§ 19      Elle embrasse donc, dans sa prière pour le Réveil, l’Eglise universelle actuellement existante, avec son Evangélisation et ses Missions, au sein d’un monde qu’entraîne un courant général d’apostasie du Christianisme.

§ 20     Reprenant une image de Péguy, l’emblème du Réveil, pour l’U.P., est « une forteresse au péril de la mer », un Mont Saint Michel, roc bâti pour la prière et battu par les flots.

Section II : Le salut des Juifs.

§ 21      Au cours des siècles, il n’y a pas eu de Réveil sans défrichement d’un terrain nouveau. Ainsi toute marche en avant de la conquête inaugurée pas S. Paul chez les Païens a son origine dans un Réveil spirituel.

§ 22      L’U.P. renonce à s’épanouir dans un tel champ de conquête. Elle voit une Eglise qui, par sa force interne en Christ, se ressaisit, se maintient, se fortifie plus que jamais au sein d’un monde qui la renie et l’abandonne.

§ 23      Car la situation actuelle du monde marque le triomphe d’une chrétienté infidèle, qui, alliée au Judaïsme infidèle, a instauré une ère de destruction.

§ 24      Ainsi l’Eglise est réduite à l’impuissance et à une sorte de mort, comme son Seigneur,  par la coalition de Caïphe et de Pilate.

§ 25      Autour de la Croix du Fils « un reste selon l’élection de la grâce » (Romains 11/5), représenté par la Vierge Marie et S. Jean, reste issu comme Jésus lui-même du sang d’Abraham.

Ed. 1951 : Autour de la Croix du Fils il y avait « un reste… »

Ed. 1953 : Autour de la Croix du Fils se trouve « un reste… »

Ed. 1953 souligne : « un reste selon l’élection de la grâce »

§ 26      Sur le reste fidèle, regroupé autour de S. Pierre, s’articule l’œuvre de S. Paul parmi les Païens : œuvre qui s’est poursuivie jusqu’à nos jours, on pourrait peut-être dire jusqu’au 2 août 1914, jour où la Chrétienté s’est définitivement déchirée elle-même.

§ 27      Aujourd’hui, autour de l’Eglise très proche du Seigneur crucifié, se groupe un reste issu des Païens, en qui se manifeste la continuité vivante de Celle qui a reçu les promesses infaillibles.

§ 28      L’U.P., pour sa part, contribue à maintenir ce reste. Mais il faut voir plus loin : sur ce reste doit s’articuler maintenant « la masse » juive dont les apôtres et les premiers chrétiens furent « les prémices ». (Romains 11/16).

Ed 1953 souligne : « la masse » juive

§ 29      La conversion du peuple juif, prophétiquement annoncée par les Ecritures, est le second sujet général d’intercession de l’U. P.

§ 30      L’U.P. n’ayant reçu aucun champ spécial d’Evangélisation ou de Mission, est disponible pour le peuple juif.

§ 31      Ce qu’elle lui donne d’abord, c’est sa prière : car nulle prophétie de l’Ecriture ne s’accomplit sans l’intercession de l’Eglise. Il y faut la libre coopération de volontés humaines qui veulent les buts de Dieu.

§ 32      L’U.P. ne saurait non plus constituer une Mission parmi les Juifs ou se rattacher à une telle Mission déjà existante. Car le but ici assigné à la prière n’est pas que quelques juifs se convertissent (comme cela a eu lieu de tout temps),  mais que le Judaïsme disparaisse, parce que tout ce qui en lui est de Dieu aura été intégré d’un seul tenant dans le Corps de Jésus-Christ.

§ 33      Le comment de cette intégration est encore voilé aux hommes. Il n’est pas sûr qu’elle soit liée à un retour matériel des Juifs en Palestine : aussi l’U.P. reste-t-elle ouverte à tout le Judaïsme de Dieu, et indépendante par rapport à n’importe quel mouvement particulier comme le Sionisme.

§ 34      Tout au plus peut-on pressentir que Dieu suscitera parmi les Juifs eux-mêmes des apôtres qui parleront de Christ à leurs frères. Il y a lieu de prier en ce sens « le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson ». (Matthieu 9/38).

Ed 1953 souligne : parmi les Juifs eux-mêmes

§ 35      D’autres sujets de prière plus précis concernant les Juifs pourront se dégager par la suite sous l’action de l’Esprit-Saint.

§ 36      De toute manière, le Mont Saint Michel de l’U.P. comprend des Païens et des Juifs réconciliés sur le rocher de Christ, tandis que le monde moderne agglutine Païens et Juifs infidèles dans un Messianisme terrestre, négateur de la Résurrection des morts et de la Vie éternelle.

 

Section III : L’unité visible du corps de Christ.

§ 37      L’U.P. possède dans sa structure un principe d’unité : les deux sujets de prière proposés jusqu’ici sont au bénéfice de l’Eglise universelle.

§ 38      Il est donc juste que le troisième sujet de prière concerne l’unité visible de l’Eglise, à laquelle travaillent d’une part les Protestants et les Orientaux dans les mouvements œcuméniques, d’autre part l’Eglise Catholique qui veut ramener en son sein les dissidences de l’Est et de l’Ouest.

§ 39      De même que pour le comment de la conversion des Juifs, l’U.P. ne se lie ici à aucune œuvre particulière déjà existante.

§ 40      Elle intercède en faveur du labeur œcuménique.

§ 41      Elle prie pour que dans l’Eglise catholique, les gens d’Eglise soient de plus en plus des disciples fidèles de Jésus-Christ, ce qui aplanira d’immenses difficultés entre Rome et les deux autres branches du christianisme.

§ 42      La prière pour l’unité est liée à la prière pour la conversion des Juifs.

§ 43      Les mouvements œcuméniques et les efforts catholiques semblent ne pouvoir se rejoindre que s’il surgit, par la Grâce de Dieu, un événement nouveau.

§ 44      Or l’Eglise chrétienne a connu, dans l’histoire, son plus haut point d’unité quand elle a été groupée autour de Jérusalem, par la subordination de Paul à Pierre, et des églises de la Gentilité « aux églises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée » (1 Thessaloniciens 2/14).

§ 45      Au fur et à mesure que l’Eglise s’est éloignée de ses origines juives elle a eu tendance à se diviser.

§ 46      D’autre part, et providentiellement, les divisions mêmes de la Chrétienté ont été comme un aiguillon portant l’Eglise à la recherche d’une unité plus haute et plus vivante.

§ 47      La Réforme en particulier, si elle a couru le risque de judaïser, en se durcissant en sectes légalistes, a aussi, d’un autre côté, suscité un mouvement dynamique qui puise ses sources dans la Parole vivante de Dieu et dans la révélation du plan du salut, c’est-à-dire d’une histoire qui doit aboutir à son terme.

§ 48      Ce terme n’est-t-il pas la Jérusalem d’en haut, Israël converti à Jésus-Christ, étape ultime du pèlerinage de l’Eglise qui était partie de la Jérusalem terrestre ?

§ 49      Dès maintenant, la charité des chrétiens de la Gentilité envers le peuple de Dieu crée une atmosphère de coopération spirituelle, comme en témoignent, de 1940 à 1945, les souffrances endurées de concert par les catholiques et les protestants français pour protéger le corps meurtri de la race juive.

§ 50      La charité ne sera-t-elle pas plus intense si, ne s’arrêtant pas au corps seul, les chrétiens prient pour le salut de l’âme d’Israël ?

§ 51      L’U.P. travaille à cet œcuménisme de la charité en vue d’une solution, non plus politique et transitoire, mais surnaturelle et définitive du problème juif.

§ 52     Elle pressent que c’est le peuple juif converti qui rendra à l’Eglise son unité visible. Ce que le plus jeune fils de la parabole, malgré tout son amour pour le Christ, n’a pu faire, le frère aîné l’aidera à l’accomplir, - nous ne savons ni où ni comment – quand, rentré, dans la salle du festin de son Père, ils prépareront ensemble « l’Eglise sainte et irrépréhensible » qui sera présentée au Seigneur qui revient (Ephésiens 5/27).

Section IV : Le retour de Christ et la Résurrection des morts.

§ 53      Il semblera étrange, tout d’abord, d’appliquer un mouvement de prière à l’Avènement du Seigneur. L’opinion courante est que cette promesse s’accomplira d’une manière indépendante de notre volonté, et à une époque tellement éloignée de nous qu’elle devient fabuleuse.

§ 54      L’attente de la parousie chez les premiers chrétiens était, dit-on, une erreur due à leur enthousiasme. Au cours des âges, remarque-t-on encore, tous les mouvements, depuis le Montanisme jusqu’aux Anabaptistes, en passant par Joachim de Flore, qui ont prêché le Retour du Christ, ont versé dans l’illuminisme ou le sectarisme.

§ 55      La réalité est tout autre : la deuxième venue du Christ a sans cesse été toute proche depuis la Pentecôte : mais le plan divin s’accomplit par étapes, et, à chacune d’elles, ceux qui ont vécu intensément l’œuvre de Dieu ont perçu la proximité de la parousie.

§ 56      A l’inauguration de l’ère du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, l’Avènement du Christ s’est approché de la terre : la première étape franchie fut la fondation de l’Eglise de Jésus-Christ au sein du Judaïsme.

§ 57      Par le ministère de S. Paul et l’inauguration de la Mission chez les Païens, une seconde étape fut franchie et le Retour du Seigneur a été perçu tout proche. Par la suite, la proximité du Retour est devenue plus intense chaque fois qu’un nouveau peuple païen est entré dans le corps de Jésus-Christ.

Ed. 1953 : « chaque fois qu’un nouveau peuple est entré »

§ 58      Il est raisonnable et juste de dire que la prière pour la conversion du peuple Juif rapproche encore la seconde venue du Christ : car cette conversion est une des dernières étapes, et peut-être la dernière, avant la manifestation effective de la royauté du Seigneur.

§ 59      L’illuminisme, au XXème siècle, c’est l’imagination d’un royaume de Dieu instauré sur la terre par un développement des techniques et des législations.

§ 60      Ce qui précède l’Avènement du Seigneur, ce n’est pas une conquête étendue en nombre des hommes vivants, mais l’achèvement de l’Eglise dans la plénitude de sa réalité.

§ 61      L’U.P. saisit donc une prière pour le Retour du Christ : c’est, avant tout, une prière pour que les chrétiens veuillent le Retour du Christ.

§ 62      Car d’une manière générale, le Christianisme issu de la Gentilité a toujours préféré que Christ ne revînt pas : la vie sur la terre, plus ou moins christianisée, lui paraît suffisante, avec son prolongement de la béatitude de l’âme séparée du corps par la mort.

§ 63      Il est vrai que la vie de la chrétienté a été belle, spécialement dans la France des cathédrales, de S. Louis et de Jeanne d’Arc, dans la scolastique de S. Bonaventure et de S. Thomas, dans la vie quotidienne des humbles de toute nation. Certains voient dans ce passé le vrai Millenium chrétien, et l’UP n’exclut pas ceux qui partagent cette opinion. Mais ce temps est terminé.

§ 64      L’Eglise, au cours des siècles, a remporté d’immenses victoires. Elle n’a pas vaincu la mort. La mort règne aujourd’hui, avec ses deux pourvoyeuses : la chair et la richesse. Ce qu’on appelle la civilisation moderne est le triomphe de la mort.

§ 65      Il faut vouloir la victoire sur la mort : pour cela, vouloir que Jésus revienne en gloire, conformément aux prophéties de la Nouvelle Alliance, comme il est  venu en abaissement dans le sein de la Vierge Marie, conformément aux prophéties de l’Ancienne Alliance.

§ 66      Vouloir que Jésus revienne, c’est vouloir le revoir de ceux qui nous ont précédés, et c’est vouloir qu’apparaisse une génération de chrétiens prête à ne pas mourir, mais à passer « en un clin d’œil » au plan de l’éternité dans un corps glorifié (1 Corinthiens 15/52).

Ed 1953 souligne : prête à ne pas mourir

§ 67      Vouloir que Jésus revienne, c’est encore vouloir le Jugement dernier, avec l’aspect terrible de la perdition, mais dans la certitude que « Dieu est Amour » (1 Jean 4/8).

Ed 1953 souligne : le Jugement dernier

§ 68      L’U.P. ne s’attache pas à la doctrine d’un Millénium postérieur à la Résurrection : elle laisse à ses membres le choix entre cette interprétation du chapitre 20 de l’Apocalypse et l’interprétation historique donnée plus haut (§ 63). Ce qui importe, c’est que l’ère du Saint-Esprit, ou temps de la fin, a été ouverte le jour de la Pentecôte ; que nous continuons d’y vivre ; et qu’elle s’achèvera un jour du calendrier, jour où toutes choses seront remises à Jésus-Christ pour la Résurrection et le Jugement. L’U.P. prie pour préparer ce jour dans le cœur de l’Eglise.

Ed 1953 supprime le souligné : Millénium

               souligne : a été ouverte le jour de la Pentecôte   /   Un jour du calendrier

 

Chapitre II : REGLEMENT INTERIEUR DE L’UNION DE PRIERE.

Section I  -  Le centre de Charmes.

A.  -  Fonctions du Directeur

§ 69      L’U.P. est branchée sur l’E.R. de Charmes ; mais elle ne saurait ni se confondre avec cette Eglise, ni s’enfermer dans les limites territoriales d’une paroisse.

§ 70      Le branchement résulte de ce que le directeur de l’U.P. est le pasteur de l’E.R. de Charmes : tout naturellement une vie active de l’U.P. se manifestera dans sa paroisse même, centre du mouvement spirituel.

§ 71      L’unité de l’esprit entre tous les membres de l’U.P. est assurée par leur adhésion au Catéchisme de l’Eglise Réformée de Charmes, complété par les Catéchismes pour adultes.

§ 72      Dans l’U.P. le directeur n’agit pas en tant que pasteur d’une Eglise visible, mais en tant que chef d’un mouvement spirituel dont il assure la cohésion et la vitalité. A ce titre, il ne doit ni ne veut empiéter sur le ministère des autres pasteurs. Si un paroissien de Charmes est membre de l’U.P., le même homme est en même temps son pasteur et le chef du mouvement auquel il se rattache. Les paroissiens des autres églises peuvent donc être membres de l’U.P. tout en recevant pleinement le ministère de leur pasteur local, et en étant des brebis fidèles du troupeau, dont ils doivent être des modèles.

§ 73      Pour éviter tout malentendu, le pasteur de Charmes ne se déplace pas hors de sa paroisse pour le travail de l’U.P., mais il accueille sur place ceux qui viennent à lui.

§ 74      Il organise à Charmes, en temps opportun, des rencontres où sont conviés les membres de l’U.P., pour des retraites spirituelles, un enseignement biblique et la prière en commun.

§ 75      Il ne publie aucun imprimé relatif à l’U.P., mais il rédige des cahiers manuscrits répondant aux questions posées par la vie du mouvement.

§ 76      Les personnes à qui ces cahiers sont prêtés s’engagent à ne pas les passer à des tiers. Elles peuvent en prendre des copies ou des résumés à leur usage personnel. Les tiers qui voudraient connaître l’enseignement de Charmes seront toujours les bienvenus s’ils s’adressent directement au pasteur. Celui-ci décline toute responsabilité concernant les écrits qu’il n’aurait pas lui-même remis en mains propres à son interlocuteur.

§ 77      L’activité de l’U.P. prenant une partie du temps du pasteur, il est juste qu’il soit secondé dans la paroisse par divers ministères dont les frais sont supportés fraternellement par l’U.P.

§ 78      Cependant l’U.P. n’a ni caisse ni trésorier. Pour les locaux nécessaires aux rencontres, pour les ministères secondant et pour les frais généraux de l’U.P., le pasteur accepte les dons qui lui sont remis directement, et qu’il gère sous sa propre responsabilité devant Dieu comme il ferait d’une fortune personnelle consacrée au service de l’Evangile.

§ 79      Les immeubles pouvant servir à l’U.P. appartiennent soit à l’E.R., soit à des particuliers qui les consacrent à l’œuvre de Dieu. Le pasteur ne possède en propre que ses meubles, ses livres, sa voiture, et les espèces qu’il utilise au fur et à mesure pour l’avancement de l’U.P.

§ 80      L’U.P. n’a pas d’agents salariés. Tout membre assure son existence matérielle par ses revenus personnels, son traitement ou salaire, ou par l’entraide fraternelle qu’il reçoit d’autres membres par l’intermédiaire du directeur de l’œuvre.

§ 81      Le pasteur de l’E.R. de Charmes est en même temps directeur du Cours secondaire Isaac Homel, chef de l’U.P. et tenu à des travaux théologiques indispensables à son œuvre. Les membres de l’U.P. doivent donc être attentifs à respecter son temps : ne pas le harceler pour des vétilles, ne pas exiger des entretiens longs ou fréquents, ne pas attendre une correspondance assidue : en revanche que chacun mette à profit les instants qui peuvent lui être consacrés, en allant à l’essentiel et en évitant les discussions oiseuses.

§ 82      Les membres de l’U.P. accueilleront aussi avec une respectueuse affection les aides qui secondent le pasteur.

§ 83      Autant que possible, les membres de l’U.P. non-résidents dans la paroisse sont visités de temps en temps par les aides du pasteur ou reliés à Charmes par une correspondance régulière avec ces derniers. 

§ 84      Il n’y a aucun inconvénient (au contraire) à ce que des serviteurs de Dieu, résidant en diverses contrées, organisent autour d’eux des centres de prière apparentés. Les adhérents de ces divers centres ne seraient pas alors directement rattachés à Charmes. Les chefs seuls l’étant. 

Section II  -  La vie de prière

§ 85      Ce qui constitue l’U.P. c’est l’adhésion aux quatre sujets de prière exposé dans le chapitre I. Tous les fidèles n’étant pas appelés d’emblée à se consacrer à cette prière très précise, l’U.P. ne prétend pas à grouper tous les croyants d’une église quelconque. Le cercle de la Sainte-Cène est plus vaste que le cercle de l’U.P., de même que le cercle du salut est plus vaste que celui de la Sainte-Cène (cf. § 9)

§ 86      La vie de prière de l’U.P. doit répondre à une double exigence : être axée sur la prière de l’Eglise – respecter la liberté de l’inspiration. Ce résultat sera atteint par l’observation des 5 engagements de l’E.R., notamment le  4e, qui commence ainsi : « Pour affermir toujours plus votre foi et votre piété, promettez-vous… » La prière particulière prendra donc sa source dans la prière publique et liturgique, telle qu’elle se présente dans la Sainte-Cène et le Culte dominical.

§ 87      Les membres de l’U.P. remplissent la promesse de prier Dieu chaque jour d’abord par la prière récitée. En communion avec l’E.R. de Charmes, les 3 textes : « Notre Père », « Je crois en Dieu » (prière du matin), « L’Eternel est mon berger » (prière du soir), servent de ralliement pour une réunion de prière invisible à laquelle participent, deux fois par jour, tous les membres de l’U.P.

§ 88      Chacun peut ajouter à ce noyau de prières d’autres prières récitées ou lues (notamment des Psaumes), ainsi que des cantiques.

§ 89      De la prière récitée on ne peut séparer la lecture de la Parole de Dieu, qui se rattache à la réunion de prière invisible et bi-quotidienne de la manière suivante : le matin, le passage indiqué par la « Ligue pour la Lecture de la Bible » ; le soir, lecture suivie de la Bible d’un bout à l’autre, ou par sections (cf. Esprit et Vie, mars 1939). Cette base une fois posée, chacun recourra au texte de la Parole de Dieu et à l’étude biblique d’une manière persévérante et en toute liberté.

§ 90      C’est donc d’abord sur la Sainte-Cène et le culte dominical ; puis sur les rendez-vous invisibles dans la prière récitée et la lecture de la Bible, que viendra se greffer, selon la liberté de chaque âme, la prière spontanée.

§ 91      Celle-ci s’épanouit en : actions de grâces, louanges et adorations ; en repentance, confessions et consécration ; en demande, supplication et intercession.

§ 92      Ce que l’on appelle quelquefois : la recherche de la volonté de Dieu doit être compris comme une méditation des circonstances où l’on se trouve placé, en même temps qu’une méditation de la vie de Jésus-Christ, de l’enseignement biblique et des instructions que l’on a pu recevoir. Cette méditation prépare dans un esprit d’humilité, à l’obéissance du cœur et à l’action.

§ 93      Les quatre sujets de prière de l’U.P. ne sont pas destinés à être ressassés comme de vaines redites, mais à être portés dans le cœur comme l’arrière-fond de toute prière spontanée, l’intention centrale vers laquelle converge toute demande faite à Dieu.

§ 94      L’U.P. a son activité propre, ses combats, ses entreprises concrètes qui jalonnent sa route : en partageant de tels sujets précis de prière, les membres travaillent d’une manière efficace à l’achèvement des quatre grandes tâches.

§ 95      Ils porteront également ces sujets dans des moments de prière en commun, à haute voix, avec d’autres membres de l’U.P. et sous le contrôle de l’Union.

§ 96      Cette prière en commun, d’ordre strictement privé, ne doit pas être confondue avec les réunions de prière convoquées dans certaines paroisses. Dans ces réunions publiques, les fidèles doivent s’associer aux prières indiquées par leur pasteur et se garder de troubler la réunion par des prières qu’ils introduisent d’eux-mêmes.

§ 97      Toute prière en commun des membres de l’U.P. suppose un responsable, qui fixe le rendez-vous, introduit un sujet précis, et, par ses interventions, guide le cours des esprits. Faute de cette hiérarchie fraternelle acceptée, il n’y a pas de véritable union dans la prière ; chacun prierait comme s’il était tout seul, ou aurait tendance à dominer sur les autres par la prière elle-même : on se réunirait alors « non pour devenir meilleurs, mais pour devenir pires » (1 Cor 11/17).

§ 98      Les femmes peuvent prier à haute voix dans les réunions privées de l’U.P. (note ci-dessous) Une femme peut être responsable d’une réunion de prière entre femmes, mais non d’une réunion mixte.

§ 99      Le rite d’immersion des personnes déjà baptisées sacramentellement, et l’imposition des mains pour le baptême du Saint-Esprit (cf. catéchisme d’adultes, 21 leçons sur les mystères) n’étant pas prévus par la Liturgie de l’E.R. sont des actes de piété que nous comprenons dans « tous les autres moyens que Dieu vous fournira pour avancer votre salut ». Ils sont accomplis au cours de réunions de prière privées de l’U.P.

§ 100    Les charismes de l’Esprit-Saint, s’ils se manifestent selon la souveraine grâce de Dieu, sont reçus dans la prière personnelle et dans les réunions de prière privées. Ils sont mis au service du bien commun de l’Eglise par le moyen des contacts entre membres de l’U.P., notamment entre les responsables des réunions de prière et le directeur de l’œuvre. Celui-ci centralise les richesses spirituelles reçues et en fait bénéficier par son ministère le plus grand nombre possible d’âmes.

Note sur le § 93 : Autant que possible, que les femmes prient la tête couverte. Il est souhaitable que les femmes, membres de l’U.P., trouvent, chacune pour elle-même, un moyen d’avoir la tête couverte d’une manière continuelle dans la vie sociale.

Section III  -  Conditions d’admission dans l’U.P.

1ère condition : Adhérer de cœur au 4 sujets de prière proposés ; participer à la prière en commun selon les directives de l’U.P. ; manifester de toutes manières la charité envers les membres de l’U.P. et envers tous ; soutenir l’U.P.  de ses dons en argent et en nature.

§ 101    L’adhésion du cœur aux 4 sujets de prière suppose une consécration personnelle aux buts ainsi définis, de telle sorte que toute la vie de prière en reçoive un dynamisme nouveau (cf § 93-94).

§ 102    Les directives pour la prière en commun sont données par le directeur de l’U.P., secondé par les aides à qui il accorde sa confiance, de telle sorte que le réseau des prières soit maintenu dans l’unité, à l’abri des dissidences.

§ 103    La charité fraternelle se montrera active envers les membres de l’U.P. et envers tous. Elle comporte aussi le refus de s’associer aux esprits mal intentionnés et une vigilance constante quant aux péchés de la langue.

§ 104    Aucune règle n’est fixée pour les dons qui sont laissés à l’initiative de chacun. Toutefois le membre qui n’apporte pas une offrande trimestrielle, ou à tout le moins annuelle, doit se demander s’il n’est pas en train de se détacher, par égoïsme, de la vie de l’U.P.

2ème condition : Etre dans l’unité de l’esprit avec l’enseignement de Charmes ; vivre une vie chrétienne fidèle et croissante dans la grâce ; accepter et exercer la répréhension fraternelle ; croire aux Sacrements du Baptême d’eau et de la Sainte-Cène.

§ 105    L’unité de l’esprit n’empêche pas la divergence dans le détail, pourvu que chacun respecte les opinions des autres comme il veut que l’on respecte les siennes.

§ 106    Dans la vie chrétienne, tous ne sont pas au même niveau et on ne peut tracer des règles uniformes : sans quoi, où serait la croissance spirituelle ? Il est cependant 3 points sur lesquels la fidélité de tout membre de l’U.P. doit être mise à l’épreuve : le renoncement au mensonge, le renoncement à l’avarice et le renoncement au nudisme moderne. (note ci-dessous)

§ 107    La répréhension fraternelle doit s’exercer d’abord en secret, puis, s’il le faut, devant témoins, et en dernier ressort, devant les autorités compétentes. C’est un devoir de la recevoir en tous cas, et de la pratiquer au besoin. Elle doit bannir les plaintes et la tristesse au sujet des défauts du prochain.

§ 108    L’U.P. n’est pas une secte pentecôtiste ; mais elle croit avec le mouvement de Pentecôte, bien d’autres protestants et toute la théologie des Pères, à la réalité du baptême d’eau et du Saint-Esprit, comme elle croit aussi, d’autre part, à la réalité de la Sainte-Cène. Avoir reçu l’immersion du Réveil et l’imposition des mains pour le don du Saint-Esprit est une marque générale des membres de l’U.P. Il n’en est pas fait une condition absolue d’admission ; il faut tout au moins la foi en ces réalités, la volonté d’en recevoir la substance et la disposition à obéir à toutes les convictions qui pourraient être formées dans le cœur à cet égard.

Note sur le § 106 : L’U.P. n’admet pas de femmes qui ne soient entièrement vêtues dans toutes les circonstances de la vie sociale ; qui ne s’abstiennent pas des coiffeurs et des chevelures coupées ; qui usent de fards et portent des bijoux inutiles. Pour éviter toute discussion, il est précisé que les membres féminins de l’U.P. ne vont jamais jambes nues, malgré les difficultés actuelles, qui n’enlèvent ni le recours à Dieu selon Matthieu 6/30, ni l’entraide fraternelle.

3ème condition : Etre libre de sa personne en même temps que soumis à toute autorité légitime ; avoir pris les engagements de l’E.R. ou des engagements équivalents ; appartenir à l’E.R.F. ou à une Eglise reconnue par elle ; coopérer à la vie de l’Eglise locale sous la direction de son pasteur.

§ 109    Pour être libre de sa personne, il faut être à la place que Dieu veut (note ci-dessous) ; renoncer à toute attache illégitime (note ci-dessous) ; rendre témoignage de sa foi à ses proches de manière à prendre, dans la paix, la liberté pour servir Dieu ; en même temps s’acquitter de tous les devoirs prescrits par la loi naturelle, de manière à éviter toute ombre de reproche.

§ 110    On entendra par engagements équivalents à ceux de l’Eglise Réformée (Liturgie, édition de  1897, p. 129, 161 et 167) ceux que le fidèle lui-même considère comme le liant à la même foi et à la même pratique que celle que professe l’E.R. par les engagements de catéchumènes de sa Liturgie.

§ 111    On entendra par Eglise reconnue par l’E.R. une Eglise dont les rapports avec l’E.R.F. sont tels qu’aucun principe de désunion  ne soit introduit dans l’U.P. En cas de doute, la question sera soumise aux autorités compétentes de l’Eglise Réformée de France.

§ 112    Sauf cas de force majeure, la participation à la vie de l’Eglise locale comporte : l’assistance à un culte au moins chaque dimanche, la fréquentation de la Sainte-Cène et des réunions de prière de la paroisse, le versement des cotisations cultuelles et autres dons collectés dans la paroisse, enfin la fréquentation par les enfants dont on a la charge des Ecoles du Dimanche et des Catéchismes.

Note sur le § 109 : (1) L’exercice de certains métiers peut être incompatible avec la participation à l’U.P. (2) En particulier, l’U.P. n’admet pas de femme célibataire vivant en association d’amitié inséparable avec une autre femme.

4ème condition : S’associer matin et soir à la réunion de prière invisible de l’U.P. ; suivre les catéchismes d’adulte de l’E.R. de Charmes ; assister aux assemblées trimestrielles de l’U.P. ; participer à la Retraite et à la Saint-Cène de septembre à Charmes.

§ 113    La réunion de prière invisible a été expliquée aux § 87 à 89. L’heure en est laissée à la liberté de chacun. Pour les prières récitées, ou les lectures bibliques, elle peut faire partie d’un Culte de famille.

§ 114    Les paroissiens de Charmes suivent les Catéchismes d’adultes en personne. Les non-résidents les suivent par le moyen de responsables qui les redonnent de vive voix au par correspondance.

§ 115    Si l’on est empêché par une raison valable de se rendre à une assemblée trimestrielle, on devra le faire savoir par lettre, à temps pour que l’assemblée ait des nouvelles de tous les absents.

§ 116    Il faudrait un cas de force majeure très grave pour retenir les membres de l’U.P. loin de la Retraite et de la Sainte-Cène de septembre, où la présence de tous est obligatoire.

Section IV  -  Constitution et croissance de l’U.P.

§ 117     L’U.P. est fondée (cf. § 2) par l’achèvement du présent Cahier, qui constitue un appel aux frères et sœurs qui s’étaient consacrés dans le Réveil avant le 3 septembre 1939, et qui sont restés fidèles à travers les années d’épreuve. Cet appel leur sera transmis individuellement ; ceux d’entre eux qui l’accepteront seront agrégés un à un à l’Union et formeront la première base.

§ 118     Dès le début des membres responsables seront désignés de manière à mettre en route les rencontres privées pour la prière en commun. En règle générale, tout membre responsable a charge d’un certain nombre de frères ou de sœurs et centralise ce qui les concerne : la prière en commun ; s’il y a lieu, la transmission du Catéchisme d’adultes ; la correspondance ; l’aide et les conseils pour la vie de l’U.P.

§ 119     Toutefois cette institution ne doit pas se durcir. La vie de l’Union doit manifester une grande souplesse et conserver la spontanéité nécessaire pour répondre aux multiples circonstances et exigences du combat spirituel. Par exemple, nul ne doit se dérober à une initiative utile, sous prétexte qu’il n’a pas le titre de responsable. Ou encore, si des membres de l’U.P. sont conduits à prier ensemble, en l’absence d’un responsable officiel, ils n’ont qu’à confier tout simplement à l’un d’eux la direction de la rencontre.

§ 120     Le responsable désigné tient à jour un Cahier pour résumer son activité et noter les grâces reçues. Il met ce cahier à la disposition du directeur de l’U.P. sur la demande de ce dernier.

§ 121     Après la première période d’appels individuels, et quand il le jugera opportun, le directeur convoquera une assemblée régulière de l’U.P. tous les 5emes Dimanches après-midi, et une Retraite en septembre, terminée par la Sainte-Cène publique du 3ème Dimanche, au temple de Charmes.

§ 122     Dès lors, avant d’admettre un membre nouveau, le directeur devra s’assurer, dans la réunion trimestrielle, que cette décision n’apportera pas de trouble dans l’unité des esprits. La personne qui désire devenir membre de l’U.P. doit être instruite de l’enseignement de l’E.R. de Charmes, au moins par l’étude du Catéchisme élémentaire ; elle doit être avertie de tout ce qui, en elle, paraît mettre un obstacle à son admission ; elle doit enfin adhérer au présent cahier.

§ 123     L’admission du membre nouveau est alors conclue dans un entretien avec le directeur de l’U.P., sous le regard de Dieu. A ce moment est désigné le responsable sur lequel le nouveau membre aura à s’appuyer. L’admission est ensuite rendue publique dans la réunion trimestrielle. Elle est inscrite sur la liste des membres, tenue à jour, à chaque réunion trimestrielle et portée à la connaissance de tous les membres.

§ 124     L’Union compte qu’elle sera entourée d’un cercle d’amis et de sympathisant qui pourront profiter de son enseignement et de son action, et les soutenir, sans pourtant s’y engager eux-mêmes. Les membres de l’Union auront un cœur très ouvert à l’égard de ces amis, et ne dresseront jamais autour d’eux-mêmes une barrière d’orgueil spirituel qui éteindrait cette sympathie.

§ 125     Ce sont les membres de l’U.P. qui, par l’exemple de leur vie et leur rayonnement spirituel, amèneront de nouveaux membres dans l’œuvre. Toutefois ils n’exerceront jamais de pression, car il n’est nullement nécessaire d’être dans l’U.P. pour être converti et servir Dieu. Il faut viser avant tout à l’accroissement du nombre des communiants fidèles, liés par les engagements de l’E.R., plus qu’à l’accroissement en nombre de l’U.P., qui ne sera jamais une grande œuvre visible.

§ 126     En même temps que très ouverts dans leurs rapports avec autrui, les membres de l’U.P. seront très discrets. Ils ne parleront pas des prières entendues dans le privé ni des grâces spirituelles reçues : car de telles conversations ne pourraient provoquer que la jalousie et de vains bavardages.

§ 127     Si une âme paraît disposée à se convertir, les membres de l’U.P. devront toujours l’aiguiller vers son pasteur local, tout en continuant de prier pour elle dans le secret. Si une âme paraît appelée à entrer dans l’U.P., il faut la mettre en rapport avec le directeur de l’œuvre et laisser celui-ci juge du chemin à suivre (cf. § 76).

§ 128     Si l’œuvre est discrète à cause des intérêts sacrés dont elle a la charge, elle n’est point secrète. Il ne s’y donne aucun enseignement autre que ce qui est ouvertement dit et prescrit dans la Parole de Dieu. Pour éviter tout danger de ce côté, tout cahier manuscrit sera remis, sur leur demande, aux personnes suivantes, lesquelles sont, de plus, invitées d’office à toutes les assemblées trimestrielles et annuelles de l’Union : le Vice-président laïque du Conseil presbytéral de l’E.R. de Charmes ; le Président du Consistoire de l’Eyrieux ; le Président du Conseil régional du Vivarais-Velay-Forez, le Président du Conseil national de l’Eglise Réformée de France ; ou telle personne désignée par les précédents.

§ 129     Le présent Cahier pourra recevoir des modifications de forme ou de fond, qui seront communiquées aux membres de l’U.P. à l’occasion de la retraite annuelle de septembre.

§ 130     Tout membre peut se retirer de l’U.P. en envoyant sa démission écrite au directeur.

§ 131     Le directeur peut rayer de la liste des membres de l’U.P. ceux qui, après les avertissements de la répréhension fraternelle, manqueraient d’une manière grave au genre de vie tracé dans le présent Cahier. La radiation devient effective à partir de la réunion trimestrielle où elle est annoncée. Un membre radié ne peut plus être réadmis dans l’U.P.

§ 132     Si le directeur de l’Union vient à mourir, l’œuvre sera dissoute de ce fait. Elle ne laissera pas de succession à régler puisqu’elle ne possède pas de biens, et que, au surplus, le directeur n’entend donner aucune instruction quelconque sur ce que l’on devrait faire après sa disparition. Si, de son vivant, le directeur jugeait opportun de dissoudre l’œuvre, l’U.P. cesserait d’exister dans les mêmes conditions, c’est-à-dire, sans laisser de succession matérielle, et sans entraver en quoi que ce soit la liberté d’action de ses anciens membres.

Charmes, août 1945 - Janvier 1946

 

 

 

Mémento de l’Union de prière

- 1949 -

 

INTRODUCTION

 

[1] « L'Union de prière de l'Eglise Réformée de Charmes » a été fondée par le pasteur de cette Eglise et une cinquantaine de ses amis, le 30 septembre 1946.

La doctrine et la pratique de l'Union de prière sont exposées dans un Cahier qui constitue la Charte de l'œuvre et qui est proposé à ceux qui veulent y entrer.

Le présent Mémento a pour objet :

1.-  de résumer les points essentiels du Cahier, pour les garder présents à la mémoire de tous les membres,

2.-  de compléter le Cahier par diverses précisions qui se sont montrées nécessaires au cours des deux premières années de la vie de l'œuvre.

3.-  de présenter un premier aspect de l'Union de prière à ceux qui seraient intéressés par cette œuvre et qui désireraient prendre position par rapport à elle.

 

CHAPITRE I.- LES SUJETS PROPOSES A LA PRIERE COMMUNE

 

La raison d'être de l'Union de prière est une préparation du Retour en gloire de JESUS-CHRIST par la prière persévérante et unie.

Quatre sujets principaux sont proposés à cette prière. Ils sont développés dans la Charte de l'Union de prière, ainsi que dans l'exposé fait au Consistoire de l'Eyrieux le 12 mars 194-6.

Il suffira de rappeler ici les titres des quatre sujets de prière, qui sont t

1.- Le Réveil des Eglises par la conversion des âmes.

2.- Le salut des Juifs.

3.- L'unité visible du Corps de CHRIST.

4.- Le Retour du CHRIST et la Résurrection des morts.

Pour que la prière sur ces grands sujets soit dans l'unité des esprits, le Cahier de l'Union de prière demande que l'on soit dans l'unité de l'esprit avec l'enseignement de Charmes.

Cet enseignement est exposé dans le Catéchisme élémentaire de l'Eglise Réformée de Charmes et dans le Catéchisme pour adultes. Tous en donnons ci-après un court aperçu.

Les vérités de la foi.

La vérité chrétienne est révélée par la Parole écrite de DIEU. Elle est professée par l'Eglise universelle dans le Symbole des Apôtres.

La profession de foi personnelle de chaque membre de l'Union de prière s'exprime par les cinq engagements de la Liturgie de l'Eglise Réformée de France pour la réception des Catéchumènes.

[2] La foi nous propose les vérités à croire. Elle nous place aussi dans le plan de DIEU qui se réalise à travers les siècles pour le salut du monde. Dans l'Union de prière, nous sommes très attentifs à ce déroulement du plan divin. Mais nous tenons à préciser :

1.-  que nous n'avons à ce sujet aucune doctrine secrète ;

2.-  que nous ne nous livrons à aucune fixation de date ;

3.- que nous ne nous lions à aucun "schéma" conçu à l'avance pour prévoir les événements à venir.

La sanctification

La sanctification se réalise dans le fidèle uni à l'Eglise.

Elle développe en lui les vertus chrétiennes : la foi, l'espé­rance et la charité ; la sagesse (ou prudence) ; la justice et la piété ; la force pour supporter la souffrance ; et la tempérance ou maîtrise de soi.

Le chrétien né de nouveau est libéré de l'esclavage du péché. JESUS-CHRIST est le SEIGNEUR à qui il a donné sa vie. Du CHRIST vient la croissance dans la grâce.

Cette croissance s'opère dans la nature déchue, faible et fragile. Aussi se fait-elle à travers bien des imperfections, des négli­gences, des erreurs et des tâtonnements. Aussi, d'une part, nous est-il demandé de veiller et de prier ; d'autre part nous puisons sans cesse à nouveau le pardon auprès de notre Père céleste dans la vertu du sacrifice de la Croix. C'est pourquoi aussi nous nous supportons les uns les autres et nous nous pardonnons mutuellement.

Normalement il n'y a dans l'Union de prière ni faute grave ni habitude coupable. Même de telles choses se produiraient-elles que nous ne saurions limiter ni la patience ni le pardon de DIEU.

La vie dans le Mystère de l'Eglise

La vie dans le Mystère de l'Eglise se réalise par les deux sacrements du Baptême et de la Sainte-Cène, avec les cinq autres actes sacrés que les Eglises non-protestantes appellent également des sacrements.

Le Baptême est le sceau de la foi, laquelle vient de la Parole de DIEU. Il « incorpore » l'être tout entier à JESUS-CHRIST mort et ressuscité.

Le Baptême des nouveau-nés ne donne plus à l'Eglise la force dont elle a besoin pour résister à l'Anti-Christ dans les temps de la fin. L'Union de prière en reconnaît la validité, mais elle préconise soit le Baptême par infusion des Catéchumènes, soit le Baptême par immersion des adultes.

La SAINTE-CENE est la nourriture de la foi, et la source de toute croissance dans la charité envers DIEU et envers le prochain.

Elle nous donne, non en symbole seulement, mais réellement et en mystère, la communion au Corps et au Sang du CHRIST.

Le don du SAINT-ESPRIT est conféré habituellement par l'imposi­tion des mains.

[3] En vue du Retour de JESUS-CHRIST, et de la prise de position pour CHRIST, nous pratiquons, en relation avec l'imposition des mains, une « immersion », qui est soit le Baptême lui-même des non-baptisés, soit une confirmation du Baptême déjà reçu.

Le « baptême du SAINT-ESPRIT et de feu » est un point essentiel de la vie spirituelle dans l'Union de prière. Toutefois ni l'imposition des mains ni l'immersion ne sont des conditions obligatoires pour devenir membre de l'Union de prière.

La Confession des péchés est pratiquée : dans la prière soli­taire ; dans le Culte du dimanche ; s'il y a lieu auprès d'un pasteur.

Le mariage chrétien reflète le « grand mystère » du CHRIST et de l'Eglise.

La consécration des pasteurs leur confère la charge de prêcher la Parole de DIEU et d'administrer les sacrements.

L'onction d'huile est donnée aux malades qui la demandent, et elle s'accompagne de la prière de la foi qui sauvera le malade. Le SEIGNEUR le relèvera, soit sur cette terre, soit pour la vie éternelle dans le corps de résurrection.

 

CHAPITRE II.- REGLEMENT INTERIEUR DE L'UNION DE PRIERE

 

SECTION 1.- LE CENTRE DE CHARMES

Direction de l'œuvre

La direction de l'œuvre est assurée par le pasteur de Charmes, assisté, d'une part, des autres pasteurs membres de l'Union de prière, d'autre part de ses collaborateurs proches.

La centralisation de l'autorité dans les mains d'un seul éveille des suspicions auxquelles nous croyons devoir répondre par les précisions suivantes :

1.-  Pour les pasteurs-membres de l'œuvre : la direction spirituelle venue de Charmes leur enseigne et leur recommande une soumission de cœur aux autorités ecclésiastiques, selon l'Ecriture.

2.- Pour les fidèles, de même, la direction venue de Charmes leur enseigne et leur recommande une soumission de cœur à leur pasteur, selon l'Ecriture.

3.-  La direction de l'Union de prière a pour but de réaliser la plus grande unité possible des esprits en vue d'une intercession victorieuse sur les quatre sujets fondamentaux proposés à la prière.

4.-  L'unité des esprits ne progresse jamais par la contrainte, mais par la prédication, par l'enseignement, par les exhortations, et, s'il le faut, par les avertissements, dans la charité et selon l'Ecriture.

[4]  5.-  Le pasteur de Charmes ne prétend à aucune infaillibilité. Il est ouvert à tout ce qu'il peut apprendre et recevoir par autrui.

6.-  Nul n'est tenu d'entrer dans l'Union de prière s'il n'adhère pas avec une entière conviction aux principes fondamentaux de cette œuvre. Une fois ces principes admis par un consentement libre, nul n'est tenu d'obéir à une direction quelconque avant d'avoir acquis une conviction per­sonnelle, en écoutant l'enseignement fondé sur la Parole de DIEU.

Le centre de Charmes

Le centre de Charmes comporte une triple activité où s'emploient les collaborateurs proches du pasteur, à savoir :

1.-  L'œuvre paroissiale.

2.-  Le Cours secondaire ISAAC-HOMEL.

3.-  La maison de Boissier, pension de garçons pour le Cours ISAAC-HOMEL, et maison de retraitants.

Ainsi l'Union de prière est localisée sur la terre : elle se trouve là où DIEU l'a plantée. Sa première assise comporte un noyau de membres qui sont en même temps paroissiens de l'Eglise de Charmes.

D'autres membres, pasteurs ou fidèles, demeurent soit dans le Consistoire de l'Eyrieux, soit dans les régions avoisinantes, d'où l'on peut encore facilement venir à Charmes.

On voit de la sorte se constituer une contrée "Charmes-Eyrieux-Régions avoisinantes".

Plus au loin, l'Union de prière peut compter quelques membres isolés ou dispersés.

Mais elle cherche surtout à constituer les filiales dont il va maintenant être question.

 

Les filiales

Les filiales, prévues au § 84 de la Charte de l'Union de prière, sont encore, en 1948, à l'état de projet.

Il s'agirait, en somme d'Unions de prière qui travailleraient en communion avec Charmes, mais qui jouiraient de leur autonomie pour leur orga­nisation propre et leur développement.

La communion serait réalisée par un groupe de prière, constitué autour d'un ou de plusieurs pasteurs, et dont les participants -peu nombreux- se rattacheraient comme membres à l'Union de prière de Charmes.

Autour de ce groupe, les pasteurs responsables développeraient, selon les besoins de leur contrée, l'œuvre apparentée, travaillant à la préparation du Retour du SEIGNEUR, sur la base des 4 grands sujets de prière.

[5] Entre Charmes et les filiales s'établirait une communication de l'enseignement, des prières et des inspirations, chaque communauté enrichissant l'ensemble et vice-versa.

SECTION 2.- LA VIE DE PRIERE

Les membres de l'Union de prière ont, chaque jour, deux « réunions de prière invisibles », auxquelles chacun s'associe dans le secret de sa chambre. Les signes de ralliement sont : le matin, la récitation du Notre Père et du Credo ; le soir, la récitation du Psaume 23 ; et, chaque jour, la lecture du passage indiqué par la « Ligue pour la Lecture de la Bible ».

Ils pratiquent la prière spontanée, récitée ou silencieuse, dans la solitude, selon les capacités et les dons de chacun.

Ils participent très régulièrement aux Cultes et aux réunions de leur paroisse.

Ils se réunissent en « groupes de prière », limités en nombre, chaque groupe comptant, en principe, douze membres au maximum.

Chaque groupe est placé sous le contrôle d'un « membre-responsable » qui se tient en contact avec le pasteur de la paroisse et avec le directeur de l'œuvre.

Le « membre-responsable » d'un groupe de prière peut devenir un appui spirituel pour les membres de son groupe, si DIEU lui en confère la grâce. Toutefois, s'il n'est pas lui-même un pasteur, il n'usurpera jamais l'autorité pastorale. De toute manière, le membre-responsable, pasteur ou fidèle, veillera à ne jamais séparer les âmes de la communion de l'en­semble de l'œuvre.

D'une manière très souple, il peut y avoir des réunions de prière occasionnelles entre quelques membres, qu'ils appartiennent ou non au même groupe : on veillera seulement à ne développer aucun germe de schisme, ni dans les groupes constitués, ni dans l'Union.

Enfin les membres de l'Union de prière peuvent s'unir, pour la prière, à d'autres âmes, soit dans les réunions de prière de l’Eglise, soit dans l'évangélisation.

SECTION 3.- CONDITIONS D’ADMISSION DANS L'UNION DE PRIERE

[6] Cette section du Cahier de l'Union de prière précise l'adhésion aux vérités et à la manière de vivre qui viennent d'être exposées.

Nous croyons bon de reprendre ici cet exposé en signalant les points qui, le plus souvent, ont causé de la surprise, ou qui ont été mal compris.

Ils sont au nombre de quatre : la fidélité à l'Eglise Réformée de France ; la question de la tenue, et aussi du travail ; l'attitude à l'égard de l'argent ; la morale de la pureté.

 

La fidélité à l'Eglise Réformée de France.

Toutes les Eglises qui croient à la Sainte-Trinité révélée par Notre SEIGNEUR JESUS-CHRIST sont visibles, et font partie du Corps visible du Sauveur. Chaque chrétien appartient nécessairement à une assemblée visible plus ou moins vaste.

C'est pourquoi l'Union de prière repousse tout esprit de schisme, sous quelque forme que ce soit.

Née au sein de l'Eglise Réformée de France, elle se refuse à déchirer ou à diviser cette Eglise, qu'elle veut servir et aimer.

Cette exigence oblige l'Union de prière à une grande modestie. Elle ne fait pas table rase du passé, pour élever, à côté, une œuvre illimitée. Car elle ne peut recruter ses membres et établir ses filiales qu'au sein de l'Eglise Réformée de France elle-même, ou au sein d'Eglises apparen­tées et vivant en paix avec l'Eglise Réformée.

Ceci crée une situation parfois douloureuse à l'égard de nos frères des « dénominations » qui ne se réclament que d'une église invisible. Nous ne sommes pas, comme eux, un « Réveil », qui se sépare, et qui travaille à son propre accroissement. Mais que nos frères sachent que nous prions pour « le Réveil au sein de toutes les Eglises de la terre » ; qu'ils sachent aussi que, à eux comme aux Catholiques, aux Orthodoxes d'Orient, et aux grandes Eglises de la Réforme, nous tendons une main fraternelle, car nous attendons et pré­parons l'unité visible du Corps de JESUS-CHRIST, dans lequel tous ont leur place.

 

La question de la tenue et du travail

L'Union de prière n'a pas, comme les ordres religieux ou comme l'Armée du Salut, un costume uniforme, mais elle se distingue par l'austérité du vêtement. Elle bannit la tendance moderne au relâchement, sans né­gliger pour cela la recherche d'une vraie beauté, mais qui soit en CHRIST.

La raison de cette attitude est une théologie biblique du vêtement, que chacun peut approfondir, et qui ne laisse pas de place à l'incertitude. Le vêtement est un point secondaire, si l'on veut, et cependant il est aujourd'hui un point essentiel pour la résistance à l'esprit de l'Anti-Christ.

[7] Il nous est extrêmement pénible de nous heurter à l'incompréhension de plusieurs, à la contradiction, ou même à la raillerie ; mais nous ne pouvons pas céder.

Répétons donc ici que nous demandons aux sœurs de l'Union de prière de porter leur chevelure naturelle sans la couper, et de se vêtir, en tout temps, tout entières.

Les femmes qui font profession de servir DIEU et de se consacrer à la prière pour le salut du monde, ne peuvent pas suivre la mode des « jambes nues » pas plus que celle des « bras nus » ou des « décolletés » immodestes, si le vent tournait de ce côté.

Il n'y a, ici, nulle contrainte, puisque toute sœur qui désire entrer dans l'Union de prière est invitée à examiner sérieusement cette question avant de s'engager.

Quelques-unes, qui trouvent la théologie du vêtement trop difficile à comprendre ou trop lointaine, peuvent néanmoins consentir de tout cœur au sacrifice demandé, parce que, sur tous les autres points, elles sont gagnées à l'Union de prière et qu'elles ne veulent pas se priver d'y participer par leur résistance à cette discipline du vêtement.

De toute manière, une fois membre de l'Union de prière, il serait extrêmement grave, nous semble-t-il, après nos franches explications, de diviser l'Union de prière elle-même, en maintenant dans son sein une opposition sur ce sujet, ou une pratique contraire à ce qui est ici demandé.

A la question du vêtement nous pouvons joindre celle du travail.

En privant l'homme du vêtement chrétien, l'esprit de l'Anti-Christ le dépouille de toutes les mœurs traditionnelles concernant la sainteté du mariage et du foyer, ainsi que de l'espérance de la vie éter­nelle : le seul bien qui reste est ce corps de chair, d'où l'homme du temps de l’Anti-Christ tire sa seule gloire et son seul bonheur, violent amer et passager.

En même temps, l'esprit de l'Anti-Christ dépouille l'homme aussi bien de la sainteté du dimanche chrétien, que de son goût au travail.

C'est pourquoi l'Union de prière recommande instamment une vie d'ordre et de labeur, manuel et intellectuel. Elle maintient, pour tous les fidèles, les exhortations de S. PAUL sur ce point. Elle recommande aux pasteurs au moins le travail intellectuel, la lecture, l'étude. Elle unit les études des enfants à leur préparation religieuse. Elle déconseille au milieu de nous la multiplication des évangélistes qui renoncent au travail pour aller de lieu en lieu. Elle désire avant tout, soit des foyers chré­tiens, soit des vies consacrées dans la solitude, mais qui, de toutes ma­nières, se fixent au sol pour y incarner l'Evangile.

 

[8] Notre attitude à l'égard de l'argent

Les membres de l'Union de prière sont libres de posséder honnêtement tous les biens matériels dont ils se regardent comme les gérants pour DIEU.

Certains peuvent être appelés au dépouillement et à la pratique de la pauvreté par une vocation particulière.

Tous pratiquent l'offrande volontaire, régulièrement répétée, pour le service de DIEU. Sans être une règle fixe, la dîme reste une indication moyenne.

L'offrande va à l'Eglise Réformée et à ses œuvres, ou à l'Union de prière elle-même, selon que chacun est guidé dans sa conscience.

Les offrandes pour l'Union de prière sont reçues par le pasteur de Charmes. Elles sont recueillies en particulier au cours du Culte du Dimanche, aux Assemblées trimestrielles et à la Communion de Septembre.

Le pasteur dispose de ces offrandes : pour son propre travail et pour ses collaborateurs proches ; pour les immeubles, les travaux qu'ils nécessitent, leur ameublement ; pour soutenir les œuvres du centre de Charmes, notamment les retraites et l'hospitalité.

L'Union de prière ne possède rien en propre. Les offrandes sont utilisées au fur et à mesure. Les immeubles du centre de Charmes appartiennent à l'Eglise Réformée.

L'Union de prière n'exerce aucun contrôle sur la gérance des biens matériels de ses membres, ni sur la pratique des offrandes. Ceux qui, par malheur, désobéiraient à leur conscience éclairée par le SAINT-ESPRIT, sur les choses d'argent, ne mentiraient pas aux hommes seulement, mais à DIEU même.

 

La morale de la pureté

Il y a deux voies pour pratiquer la pureté : le mariage en CHRIST, qui demeure jusqu'au Retour de JESUS-CHRIST ; et le célibat, reçu comme un don particulier, comme l'est, de son côté, la pauvreté.

Le célibat est évidemment lié à la continence par grâce.

Le mariage a pour but la procréation des enfants et leur éducation au sein de l'Eglise. L'Union de prière est extrêmement réservée devant toutes les théories qui font intervenir la volonté de l'homme pour limiter la famille.

Elle croit, en revanche, que les époux peuvent être appelés, pour un temps, à la continence, comme le dit la Parole de DIEU. Elle admet que cet appel puisse être définitif dans le cas de certaines vocations particulières.

[9] Toutes ces questions sont délicates. Des entretiens sérieux sont nécessaires en ces matières. Disons seulement ici que toute la conduite des époux chrétiens doit s'inspirer des égards dus par chacun à son conjoint, et, encore plus, quand celui-ci ne vit pas dans la foi.

De même, quand nous enseignons que « le mari est le chef de la femme » et que la femme doit « être soumise à son mari comme au SEIGNEUR », nous n'oublions pas que le SEIGNEUR JESUS est le Maître doux et humble de cœur, et que son autorité ne s'exerce pas par la violence, mais par la persuasion de la vérité et par le sacrifice de sa propre personne.

SECTION 4.- CONSTITUTION ET CROISSANCE DE L'UNION DE PRIERE

 

Au moment où nous rédigeons ce Mémento, l'Union de prière compte une soixantaine de membres. En vue d'une croissance numérique, qui est possible, quoique lente, il y a lieu de poser des règles claires, sur les rencontres de l'Union de prière, et sur l'affiliation à celle-ci.

 

Les rencontres de l'Union de prière

Ce sont des rencontres sur invitations privées, auxquelles participent les membres de l'Union de prière, ainsi que les « amis » dont il sera question tout-à-l'heure.

Si des membres de l'Union veulent amener avec eux, occasionnellement, à une rencontre, un « hôte de passage », ils s'entendent d'abord à ce sujet avec le pasteur.

Les « hôtes de passage » ne doivent pas être des personnes qui viendraient par curiosité, ou pour se faire du bien, mais des personnes qui veulent mieux connaître l'Union de prière et prendre position par rapport à elle.

La présence à un grand nombre de réunions de la même personne, comme « hôte de passage », ne se justifierait pas.

Chaque groupe de prière se rencontre autour de son responsable, aussi souvent qu'il est raisonnable, et, en général, au moins deux fois par mois.

Les groupes peuvent être appelés, de temps à autre, à fusionner deux à deux, ou autrement, pour des rencontres communes.

Les membres de la contrée Charmes-Eyrieux-Régions avoisinantes se rencontrent 4 fois par an en Assemblées trimestrielles, ouvertes aussi aux membres plus éloignés.

[10] Au début, l'Union de prière avait retenu pour ces Assemblées le 5ème Dimanche du mois, quand il y en a un.

Ce plan ne s'étant pas montré pratique, nous sommes conduits, en 1948, à fixer les Assemblées trimestrielles aux dates suivantes :

1.- le samedi après Pâques ;

2.- le 2ème samedi de juillet ;

3.- le 3ème samedi de septembre ;

4.- la journée du 31 décembre.

Le 3ème dimanche de septembre, tous les membres de l'Union de prière se réunissent dans la Sainte-Cène de Charmes (sauf empêchement grave).

Les filiales y sont représentées, soit par leur groupe central, (affilié à l'Union de prière), soit par une délégation de celui-ci.

La Communion de Septembre est précédée d'une semaine de retraite où se groupent avec les membres de la contrée Charmes-Eyrieux-Régions avoisinantes, les membres des groupes centraux des filiales, ainsi que les isolés et les dispersés.

 

L'affiliation à l'Union de prière

Si quelqu'un, après avoir pris contact avec l'Union de prière, désire en devenir un membre, il sera bon qu'il lise nos principaux Cahiers manuscrits ; le présent Mémento, la Charte de l'Union de prière, le Catéchisme de l'Eglise Réformée de Charmes, le Catéchisme pour adultes.

S'il a la conviction de se joindre à l'Union de prière après ces lectures, le pasteur de Charmes le considérera comme « ami » de l'Union de prière, et l'invitera à participer à la vie de celle-ci.

Les amis de l'Union de prière étant en communion d'esprit avec elle, se conforment déjà, d'eux-mêmes, à tout le mode de vie qu'elle trace.

Ils sont rattachés à un groupe de prière et prennent part à ses rencontres.

Jusque-là donc, les amis de l'Union de prière n'ont pris aucun engagement définitif. Sans qu'il soit fixé de délai, normalement, cette situation est provisoire.

Pour les jeunes, en particulier, ils pourront vivre dans l'Union de prière au même titre que les amis[173] ; leur décision finale sera remise, habituellement, après leur majorité légale.

[11] Si, au bout d'un certain temps, un ami de l'Union de prière ne désire pas devenir membre, il se retire tout simplement.

Celui, au contraire qui persévère dans son projet de devenir un membre de l'Union de prière pose sa candidature devant l'Assemblée trimestrielle.

Si aucune opposition ne se manifeste, le pasteur de Charmes peut recevoir le membre nouveau. Cette réception se fait, dans la prière en commun, au cours d'un entretien particulier. Normalement, un membre reçu dans l'Union de prière persévère patiemment et ne se retire pas.

Les pasteurs membres de l'Union de prière sont tous appelés à seconder le pasteur de Charmes dans la direction de l'Union de prière.

Ils ont des rencontres particulières entre eux, notamment au cours de la Retraite de septembre.

La candidature d'un pasteur comme membre de l'Union de prière est annoncée a l'Assemblée trimestrielle, mais elle est soumise, pour déci­sion, au seul groupe des pasteurs.

L'admission d'un pasteur dans l'Union de prière peut se faire dans une réunion de prière du groupe des pasteurs, et non pas forcément dans un entretien seul à seul avec le pasteur de Charmes.

Les pasteurs de la contrée Charmes-Eyrieux-Régions avoisinantes se consacrent particulièrement au centre de l'œuvre. Les autres sont appelés à fonder des filiales dans leurs contrées respectives.

Comme il a été dit, les pasteurs restent pleinement soumis aux autorités ecclésiastiques dont ils dépendent.

Ils restent pleinement libres aussi de leur pratique sacra­mentelle. Nous posons seulement les indications suivantes, qui sont très larges :

En règle générale, en vue du Retour de JESUS, les pasteurs ne baptisent pas les nouveau-nés, mais il n'y a pas là une obligation absolue.

Les uns baptisent les catéchumènes par infusion d'eau sur la tête, et les adultes par immersion. D'autres enfin ne baptisent jamais que par immersion. Les uns et les autres se tendent la main d'association, dans l'unité de la doctrine du Baptême.

La SAINTE-CENE de Charmes est une communion dans un sens pleine­ment réaliste, quoique en mystère, au Corps et au Sang de CHRIST.

Dans son ministère propre, chaque pasteur fait, selon sa cons­cience, la part du réalisme et la part du symbole, dans le sacrement.

[12] De tout ce qui précède, il résulte que l'Union de prière est une œuvre qui ne peut pas prétendre à une grande extension.

Il ne faudrait pas en conclure que nous nous figurons être un petit nombre d'élus, à l'exclusion des autres.

Comme il a été dit, nous croyons au Réveil de toutes les Eglises, au salut des Juifs, à l'unité visible du Corps de JESUS-CHRIST, et au proche Avènement du SAUTEUR revenant en gloire. Nous nous consacrons à DIEU pour le salut du monde par la seconde venue du CHRIST.

On comprendra donc que nous voulons entretenir les relations les plus fraternelles avec tous nos frères dans la foi ; que nous sommes ouverts à tout contact permettant un enrichissement mutuel ; et que nous espérons pouvoir compter sur la sympathie de « tous ceux qui aiment notre SEIGNEUR JESUS-CHRIST d'un amour inaltérable ».

Pour l'avenir, l'Union de prière ne fait pas de plans et ne cherche pas à s'établir sur la terre.

En particulier, si le pasteur de Charmes venait à disparaître, ceux qui lui survivraient agiraient à leur gré, sans être liés par aucune disposition prise par lui à l'avance.

 

Année 1949.

 


 


 

 

Le Retour de Jésus

- 1947 -

 

Ière Etude. – REJET DE L’INDIVIDUALISME ET DU RATIONALISME

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE - OBJECTIONS AU SCHEMA DARBYSTE

LE CONTENU DU SCHEMA

PREMIERE OBJECTION. - La notion même de plan est douteuse.

OBJECTIONS SUIVANTES PORTANT SUR LE CONTENU DU PLAN

a) Invraisemblances et puérilités.

b) Individualisme radical sous-jacent.

c) Destruction de la Croix et retour au Judaïsme.

DERNIERE OBJECTION - Le schéma anéantit la préparation du Retour.

 

DEUXIEME PARTIE. - ESPERANCE CONCRETE DU RETOUR DE JESUS

PRINCIPE DE L’ESPERANCE CHRETIENNE

PREMIERE APPROCHE. - LA PRESENCE DE JESUS-CHRIST.

DEUXIEME APPROCHE. - LA VICTOIRE SUR LA MORT.

DERNIERE APPROCHE. - LE SIECLE A VENIR.

CONCLUSION

 

IIème Etude. – le temps de la preparation

 

INTRODUCTION

 

PREMIERE PARTIE. - LES DONNEES SCRIPTURAIRES

 

L’ENSEIGNEMENT DE JESUS : LA VIGILANCE

L’ENSEIGNEMENT DE SAINT JEAN : L’UNITE

L’ENSEIGNEMENT DE SAINT PAUL : LE COMBAT

 

DEUXIEME PARTIE. - L’EGLISE DU RETOUR

PREMIER PRINCIPE : LE PETIT NOMBRE

DEUXIEME PRINCIPE. - L’OEUVRE EXEMPLAIRE

TROISIEME PRINCIPE. – L’OEUVRE CONSTRUITE

CONCLUSION

 

IIIème Etude. – le MYSTERE JUIF

 

PREMIERE PARTIE. - PRINCIPE D’INTERPRETATION BIBLIQUE

 

PROBLEME DE L’ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT

L’INTERPRETATION DES PROPHETIES

LA SOLUTION DU PROBLEME

 


 

DEUXIEME PARTIE. - LE MYSTERE DE L’EGLISE

 

LE TEXTE-CLE

QUI CONVERTIRA LES JUIFS ?

LA RECONCILIATION DES JUIFS ET L’UNITE

 

 

IVème Etude. – le retour de jesus et le temps de l’eglise

 

PREMIERE PARTIE. – Le temps et l’eternité

 

deuxième Partie. - fausses annonces du retour de jesus

1er EXEMPLE : LE MONTANISME.

2ème EXEMPLE : LE JOACHIMISME.

3ème EXEMPLE : LES DISSIDENCES PROTESTANTES.

CONCLUSION

 

 

 

 

 

Pour établir le texte de cette étude, nous nous sommes basés sur deux copies différentes dans les archives. Un premier texte ronéotypé (encre bleue) porte la signature du pasteur Dallière et la mention suivante « Travaux manuscrits ad usum privatum AA’ / B’ – 2e copie. Rendre svp à L. Dallière, pasteur ». Cette copie comporte 4 cahiers, correspondant aux 4 études données dans la Retraite, avec chaque fois une pagination commençant à la page 1. Le second texte est la photocopie d’une autre version dactylographiée avec une mise en page différent et numérotée de 1 à 33 (il manque la page 27 dans la copie utilisée). C’est ce dernier texte qui a été scanné pour réaliser la version actuelle.

Nous indiquons entre [ ] la pagination originale. Pour distinguer les 2 versions, nous soulignerons le numéro de page de la première version.

Souvent dans le texte, certains mots ou passages sont soulignés. Quand les termes soulignés sont les mêmes dans les deux versions, le trait sera continu. Nous utiliserons les pointillés pour indiquer les passages soulignés dans la première version et pas dans la seconde.

Dans le texte actuel certains mots sont écrits en majuscule. Cet usage n’apparaît que dans la 2e version du texte et nous l’avons gardé.

 

Travail numéroté ΛA’ (lambda alpha) dans le Répertoire des travaux manuscrits. Etudes lues à la Retraite du mardi 16 au vendredi 19 septembre 1947. L.D. indique les noms de quelques pasteurs présents : de Richemond, Roberts, Blanc, Schneider, Serr, Eldin, Verdier. Il indique que Mme Dallière était à Paris auprès de sa sœur, l’épouse du philosophe Gabriel Marcel.


Ière Etude. – REJET DE L’INDIVIDUALISME ET DU RATIONALISME

 

INTRODUCTION

[1 / 1] Après la première guerre mondiale, la soif du Réveil s’est fait sentir dans les églises réformées de la France. En 1919-20, à la Faculté de Paris, s’étaient formés des groupes de prière en vue du Réveil parmi eux le « groupe du Nord » était particulièrement actif : il comptait dans ses rangs nos frères CORNIER & HEUZE, qui sont morts en CHRIST. Peu de temps après éclatait le Réveil de la Drôme. L’Ardèche suivit, et, par le passage de Douglas SCOTT à Privas en janvier 1932, notre sort fut lié, bon gré mal gré, à celui du Mouvement de Pentecôte.

Le Retour de JESUS est une des doctrines principales de tous les groupements qui se réclament de la Pentecôte. Lorsque, en 1932, après un voyage, en Angleterre, je publiai une brochure sur « Elim », j’essayai déjà de souligner la valeur de ce message dont George JEFFREYS avait fait un des 4 angles de son Evangile Foursquare, c’est-à-dire carré. Maintenant que l’Union de prière existe, avec sa charte propre, le Retour de JESUS vient au centre de sa pensée et de sa vie.

Or, il se trouve que les différents mouvements de la Pentecôte ont tous adopté, telle quelle une vue du Retour de JESUS que l’on peut appeler « darbyste », pour simplifier. Hérité du mouvement des Frères en effet, un certain schéma prophétique s’est imposé à tous les groupements protestants, plus ou moins dissidents, qui ont été à peu près les seuls jusqu’ici - il faut le dire - à relever le contenu précis de l’espérance de l’EGLISE.

Pour ma part je dirai tout de suite, au risque d’être brutal, que ce schéma me paraît devoir être entièrement rejeté.

[ 2 ] L’attitude de « l’Union de prière » envers les frères des mouvements de Pentecôte est donc la suivante : une grande reconnaissance pour la vérité et la vie qu’ils nous ont aidé à retrouver à leur contact ; une sincère charité fraternelle, qui bannit toute discussion polémique et toute exclusion ; mais une fin de non-recevoir très nette à l’égard de tout l’héritage du darbysme. C’est pourquoi il m’a paru bon de commencer nos quatre études sur le Retour de JESUS par une prise de position négative qui puisse déblayer le terrain, et nous permettre une libre recherche reprise dans des perspectives tout autres.

 

PREMIERE PARTIE - OBJECTIONS AU SCHEMA DARBYSTE

[2] LE CONTENU DU SCHEMA

Le schéma que j’appelle darbyste - sans mettre dans ce mot aucune intention malveillante ; simplement pour désigner d’une manière simple et claire ce dont je veux parler - ce schéma a été popularisé par de nombreux ouvrages de vulgarisation. Ses traits sont souvent résumés dans des tableaux ou diagrammes que nous connaissons tous. Pour avoir une base nette j’en ai repris l’étude dans un petit volume fort populaire en Angleterre, puisqu’il a été sans cesse réimprimé depuis 1898 : « How is Jesus coming ? And for Whom ? » J’ai pris également « Israël et les nations » le récent ouvrage de M. CHASLES, puisque le travail de M. & Mme CHASLES peut être caractérisé comme une tentative d’acclimater le darbysme à l’intérieur du Catholicisme.

De tels ouvrages nous montrent que, d’après les prophéties combinées de l’Ancien et du Nouveau Testament, il y aurait d’abord un enlèvement de l’EGLISE, qui laisserait les affaires de la terre continuer leur train. La période de l’histoire qui s’ouvrirait après cet enlèvement serait celle de la Grande Tribulation, ou 70ème semaine de DANIEL, au centre de laquelle évoluerait le peuple juif encore inconverti. Au stade suivant, la venue en gloire de JESUS avec ses saints instaurerait le Royaume de DIEU ou Millenium. A la fin de cet âge une nouvelle révolte de l’humanité serait enfin vaincue par le CHRIST ; alors les méchants ressusciteraient pour le Jugement du Grand Trône blanc, et DIEU, ayant banni le mal, ferait alors toutes choses nouvelles.

Croire au Retour de JESUS, annoncer le Retour de JESUS, ce serait, d’après la conception couramment admise parmi les partisans aussi bien que les adversaires, propager ce schéma, dont la connaissance procurerait comme une sorte d’initiation : la mise au rang des privilégiés qui savent ce qui va se passer. Si l’on me permet cette comparaison, on ressemblerait à ces gens qui ont des accointances au Quartier général, et qui possèdent les meilleurs renseignements confidentiels sur le déroulement des opérations imminentes.

 

 

 

 

[ 3 ] PREMIERE OBJECTION. - La notion même de plan est douteuse.

Nous ne voyons pas, dans le passé, que la prophétie ait jamais donné lieu à l’élaboration de plans de ce genre. JEREMIE, par exemple, annonça la ruine et le relèvement de Jérusalem ; mais, même si nous prenons la prophétie très précise du chapitre 25 (v. 8-14), nous ne voyons pas qu’il décrive les plans de campagne de Nébucadnetsar ou les vicissitudes de la reconstruction du second Temple. De même JEAN-BAPTISTE dit : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche » ; mais il ne dit pas  « Je vais vous renseigner sur les itinéraires du Messie en Galilée et en Judée ». Et encore, quand JESUS annonce la ruine de JERUSALEM, il est extrêmement sobre de détails, par exemple sur le sort des chrétiens issus de la Gentilité qui vivront à cette époque.

[3] D’une manière générale, la prophétie biblique donne quelques points de repère très précis, mais elle laisse dans l’ombre le détail concret du déroulement de l’histoire. Le Messie naîtra à Bethléem : les lecteurs juifs le savent d’après MICHEE. Mais toute l’application que fait S. MATTHIEU des prophéties de l’Ancien Testament n’avait pas été prévue par les rabbins (p. ex. la naissance virginale, la fuite en Egypte, les guérisons, la Croix). La représentation  qu’avaient pu se faire à l’avance les Pharisiens fut précisément l’obstacle qui leur interdisait de reconnaître en JESUS le CHRIST. Pour les croyants, c’est au fur et à mesure des événements - non à l’avance - que les prophéties s’éclairent sous, une action immédiate de l’ESPRIT. C’est après l’événement de sa mort et de sa résurrection que le CHRIST ouvre l’esprit des disciples afin qu’ils comprissent les Ecritures qui éclairent les événements mêmes dont ils sont les contemporains (Luc24/43). Ainsi toute prévision bâtie à l’avance sur les prophéties est suspecte

Philosophiquement, tout système de renseignements, même fondé sur la Bible, ne peut résulter que d’une pensée rationnelle ou rationaliste qui procède par abstractions. En langage bergsonien on  dirait que le schéma que nous discutons, non content de durcir l’histoire du passé en un système, durcit l’avenir lui-même avant, qu’il ait pu s’élancer dans la durée. Ce que nous livre un schéma de prévisions, ajouterai-je moi-même d’un point de vue existentiel, ce sont des notions, des concepts, des catégories, qui ne se situent pas au plan de la vie réelle où nous sommes concrètement situés.

OBJECTIONS SUIVANTES PORTANT SUR LE CONTENU DU PLAN

a) Invraisemblances et puérilités. - Il est constant que la raison humaine, quand elle s’étale au plan des abstractions aboutit à l’invraisemblance et à la puérilité. C’est le sort des scientistes, de RENAN à M. HOMAIS, quand ils se mettent à vaticiner sur le bonheur que promet le progrès des lumières. C’est le sort aussi des auteurs de schémas sur le Retour de JESUS.

[ 4 ] Je n’y insisterai pas parce qu’il s’agit de frères en la foi et que la raillerie serait malséante.

Je signale seulement, parce que cela va nous conduire plus profond, le sort des gens inconvertis qui vont continuer de vivre après l’enlèvement de l’EGLISE ... Il faut d’abord admettre qu’ils vont se remettre à l’ouvrage, comme si de rien n’était, après la fantastique séparation qui aura dissocié les familles et tous les rouages sociaux. Et puis, le SAINT-ESPRIT est parti avec les croyants. La prédication de l’Evangile cesse. Pourtant, dans cette tribulation, il va y avoir des saints et des martyrs ; et au bout du compte, les Juifs vont se convertir (eux qui ont toujours rejeté le message de la foi), par la vue du SEIGNEUR ressuscité revenant avec ses saints. Ainsi cette vue de JESUS, qui a été refusée effectivement aux Juifs lors de la Résurrection de Pâques, que le schéma leur refuse encore quand l’EGLISE est enlevée par une parousie secrète, voilà que tout d’un coup elle leur est donnée et qu’elle devient le seul principe de leur conversion.

[4] On pourrait poursuivre sur ce ton, une critique de détail de tous les éléments du plan. Mais je préfère passer tout de suite à la seconde objection, plus fondamentale, que je veux faire sur le contenu de ce plan.

b) Individualisme radical sous-jacent. - Si les Juifs sont, d’après ce plan, convertis par la vue, sans la foi, après l’enlèvement de l’EGLISE, il y a de cela une raison profonde : c’est que le message de la foi ne convertit jamais que des individus, mais n’édifie jamais une EGLISE. Ce qui est enlevé, c’est une EGLISE invisible, c’est à dire pas d’EGLISE du tout ; mais un ensemble d’individus parfaitement isolés les uns des autres. Je suis ici à la racine de mon dissentiment d’avec les Frères ; je pars, comme eux, de la conversion. A leurs yeux, sur ce terrain, je prêche le pur Evangile. Mais aussitôt après, je dévie : car, pour moi la conversion introduit dans le Corps de CHRIST, elle conduit à des sacrements réels, elle prend l’être pour un édifice visible, qui est L’EGLISE visible d’un SAUVEUR qui s’est incarné visiblement dans l’humanité. Pour les Frères, le converti est un isolé, c’est un racheté, un croyant, un saint, essentiellement quelqu’un qui est inscrit sur une liste à la suite des autres, mais sans aucun lien organique avec eux. Le mot de corps ne doit pas nous faire illusion ici. Le Corps de CHRIST, est interprété, selon l’expression anglaise comme « a body of believers », un corps, c’est-à-dire une société au sens le plus lâche du mot, avec beaucoup moins de liens encore, ou de cohésion interne, que dans le langage militaire, quand on parle d’un corps de troupe.

Cet individualisme radical est la racine du rationalisme signalé dès le début. L’EGLISE visible ayant été remplacée par une troupe de croyants recensés un à un, sans liens vivants entre eux, de même les événements à venir sont recensés un à un, selon des versets mis bout à bout, sans liens vivants entre eux. De même que l’ESPRIT n’assemble plus ici des élus en un Corps organisme vivant, visible - ils sont seulement pointés un à un comme ayant adhéré à la [ 5 ]  foi - de même les paroles de DIEU ne sont plus assemblées en un corps de doctrine organique, vivante, concrète - elles sont épinglées une à une dans l’abstraction d’un schéma.

c) Destruction de la Croix et retour au Judaïsme. - Il est inévitable qu’une doctrine à la fois rationaliste et individualiste marque une régression en deçà du Nouveau Testament, et un retour au Judaïsme, en tant que celui-ci peut se définir par un refus de la Croix.

Je ne reprendrai, pas ici la critique traditionnelle selon laquelle tout millénariste contient au fond un matérialisme. Ce qui m’intéresse, c’est la place faite à la Croix dans un monde pécheur.

Or, le monde de la Tribulation, après l’enlèvement de L’EGLISE, est, par excellence, un monde pécheur, puisque tous les « saints » sont partis. Du même coup, c’est un monde où la Croix n’est plus prêchée. Ainsi, mettons que l’enlèvement de l’EGLISE soit aujourd’hui. Il faudra dire : au XXème siècle après JESUS-CHRIST, le 16 septembre 1947, DIEU a réalisé l’espérance de l’EGLISE car il a enlevé aux pécheurs le message de la grâce par la Croix. Et après cette affirmation fantastique, il faudra ajouter que, sans EGLISE, sans le SAINT-ESPRIT et sans la Croix, les années 1947-54, années de la Grande Tribulation, vont voir une floraison de saints et de martyrs, et finalement la conversion des Juifs. Sans l’EGLISE, sans le SAINT-ESPRIT et sans la Croix !

[5] C’est la même chose pour le Millénium qui vient ensuite. L’EGLISE est toujours enlevée. Sur terre, l’ordre et la paix règnent, avec au centre, un Israël croyant regroupé autour du Temple construit selon EZECHIEL. Pourtant les gens sont encore méchants et mortels : à la fin, ils vont se révolter et assiéger Jérusalem. Ils sont dans la nature déchue pendant le Millénium et il n’y a pas d’EGLISE. C’est clair : ce qui maintient l’ordre, c’est la loi, sous la domination d’Israël restauré. Autrement dit, le Millénium, c’est le Judaïsme restauré et triomphant, sans la Croix.

DERNIERE OBJECTION - Le schéma anéantit la préparation du Retour.

Le schéma que nous rejetons a pour conséquence pratique de diluer le Retour de JESUS. Au lieu d’une Parousie, nous en avons trois : une aujourd’hui, mettons ; une dans sept ans ; une dernière mille ans après. Le message perd toute netteté, tout mordant. Au premier abord, on pourrait penser que le schéma accentue l’urgence de la conversion : si vous n’êtes pas un racheté, vous ne serez pas enlevé à la 1ère parousie, tandis que les êtres aimés qui sont inscrits sur le registre, vont disparaître. Malgré les apparences, une toile vue ne crée aucune urgence ; tout au contraire, elle dilue la vertu de l’espérance. Que les gens passent à un plan invisible, c’est, ce qui arrive tout le temps par la mort : nous y sommes habitués. Pour ce qui est de la punition des méchants, elle est, en somme retardée : ils ne seront jugés qu’après je ne sais quel purgatoire qui durera tout le Millénium ; cela nous porte [ 6 ] loin. Pour ce qui est de la récompense des bons, notez que si vous êtes un chrétien fidèle, vous n’aurez pas part au Millénium : tout comme dans les perspectives de la technique américaine ou du communisme russe, ce sont vos neveux et arrière-neveux qui en bénéficieront. Vous, vous serez enlevé par une première Résurrection qui ressemble fort à l’état de l’âme sans le corps, puisque ce sera un corps sans la terre, un corps suspendu en l’air dans une Jérusalem céleste séparée malgré tout de la terre, sur laquelle on continuera de mourir.

Enfin, si l’espérance est diluée, elle ne donne lieu à aucune préparation du Retour, exactement comme dans l’EGLISE installée sur la terre indéfiniment. La seule préparation, c’est l’initiation au schéma. C’est-à-dire la diffusion de vues abstraites et rationalistes, ce qui peut se faire sans engager le moins du monde sa personne. Une telle préparation n’a ni consistance, ni plan, ni but. Mettons qu’à ce jour, j’aie initié mille personnes par des tracts ou des conversations. L’EGLISE est enlevée aujourd’hui : c’est bien. Mais elle n’est enlevée que dans dix ans : eh bien j’initie mille autres personnes, et cela n’a aucune importance. C’est un travail de nombre, plus ou moins grand, et, au fond, sans aucun intérêt.

 


DEUXIEME PARTIE. - ESPERANCE CONCRETE DU RETOUR DE JESUS

 

[6] PRINCIPE DE L’ESPERANCE CHRETIENNE

La vertu de l’espérance, dans le CHRIST, saisit la victoire totale qui est promise à la foi par le sacrifice de la Croix. La Rédemption est don et promesse ; la foi saisit le don, l’espérance s’épanouit dans la promesse. Pour exprimer le contenu de l’espérance, il faut donc ouvrir les Ecritures, par la seule clé, qui est JESUS-CHRIST et JESUS-CHRIST crucifié. Dans notre première partie, nous avons repoussé, un schéma qui substituait à la Croix un règne de la LOI. II nous faut essayer maintenant de tracer la contrepartie, c’est-à-dire approcher le contenu de l’espérance non plus schématiquement, mais dans une réalité concrète.

PREMIERE APPROCHE. - LA PRESENCE DE JESUS-CHRIST.

Dans cette première approche nous insérons notre espérance positive sur les refus que nous avons formulés.

Si JESUS revient en gloire, il me donne sa Présence, objet de l’espérance. Je crois on lui sans l’avoir vu encore. Je sens sa présence, mais celle-ci m’est voilée par l’obsession du monde visible. L’espérance de l’EGLISE, c’est sa réunion avec son SEIGNEUR.

Mais s’il y a présence de JESUS pour moi, il y a présence de JESUS pour le monde. Je suis dans le monde, et je ne puis pas, sans [ 7 ] puérilité, me séparer du monde. Pour le monde entier, JESUS est, actuellement, le CHRIST crucifié, ressuscité, et élevé à la droite de DIEU dont l’EGLISE prêche l’Evangile. Par son Retour, JESUS devient le CHRIST glorifié et présent, dont l’EGLISE acclame l’avènement aux yeux du monde entier.

Pas plus que la Parousie ne peut se voiler au monde, pas plus elle ne peut se fractionner dans un avenir soumis au temps. Le Retour de JESUS en gloire, c’est l’irruption de l’éternel dans le temps ; c’est donc l’abolition du temps tel que nous le vivons ici-bas.

Dans le schéma rationaliste, ce qui fait l’essence même du Retour et l’objet de l’espérance, se trouvait rejeté à l’autre bout du Millénium, et devenait on ne peut plus vague. Or c’est cela et cela seul qui compte ici : qu’il n’y ait plus de temps, mais que, JESUS régnant dans la gloire, le monde passe à un stade réellement nouveau. Au sens où j’entends le Retour de JESUS, avec le passage à l’éternel (le siècle à venir)[174], le schéma me le rejette à 1007 + X années, X étant le temps qui me sépare de la 1ère parousie invisible. Dans mon espérance, si CHRIST revient dans X années, X étant un nombre très petit, que nous pouvons vivre, c’est dans X années que le temps n’existera plus et que la race des hommes entrera dans la vie éternelle. Si les versets invoqués par le schéma se rapportent à des événements prédits par l’Ecriture, au lieu de les établir sur X 1007 années, je dis que, ou ils sont déjà accomplis, ou ils vont s’accomplir pondant la période très courte de X années qui est devant nous. Après c’est la vie éternelle : elle ne peut pas être l’objet d’une prévision historique. II faut remettre l’après.

[7] Ainsi l’espérance chrétienne, bannissant le rationalisme, est folie. Pure folie, mais folie de la Croix. Un jour, nous nous lèverons le matin, et ce sera le dernier jour, pour tout le monde, pour le monde. Il est évidemment plus confortable de mettre, d’une manière ou de l’autre, des millénaires entre nous et ce jour. Mais la vérité de l’espérance, c’est que, si JESUS revient bientôt, ce jour est proche. Jour qui n’est comparable qu’à deux autres jours : le premier jour de la Création, et le jour où la Vierge MARIE dit à l’ange GABRIEL : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »

DEUXIEME APPROCHE. - LA VICTOIRE SUR LA MORT.

Il est écrit que le dernier ennemi qui sera vaincu, c’est la mort. On peut : discuter pour savoir quels sont les autres ennemis, et s’ils sont déjà vaincus ? Le péché n’a-t-il pas été vaincu par la sainteté, les maladies, les craintes, les soucis, n’ont-ils pas été surmontés par les victoires de la foi ? Ou bien encore, si nous considérons les puissances mauvaises qui retenaient captives les âmes et les nations, n’ont-elles pas été vaincues les unes après les autres par l’extension de l’évangélisation - et des missions ?

[ 8 ] Quoi qu’il on soit des ennemis restant à vaincre, la mort est du nombre. Aujourd’hui, elle règne même d’une manière particulièrement puissante : et ceci de deux manières.

La mort règne d’abord, comme elle a continué de régner depuis le CHRIST encore, par le maintien sur les fidèles eux-mêmes de la mort d’ADAM, salaire du péché. La conversion et la sanctification enlèvent le péché, mais, jusqu’à présent, elles n’enlèvent pas le salaire du péché. Tout est consolé, tout est doux dans le CHRIST : oui. Les âmes séparées, en Lui, sont bienheureuses. N’empêche que la promesse n’est pas accomplie à leur égard. DIEU ne leur a pas donné la vie éternelle du corps ressuscité. Nous l’espérons, mais nous ne le voyons pas encore : aussi l’attendons-nous par la patiente persévérance. Tant que cette attente dure, il y a une réunion des êtres, dans le CHRIST et par la foi : mais il n’y a pas la réunion promise à la vue elle-même. Les âmes de nos prédécesseurs prient pour nous tant que les générations se succèdent, il y a, d’un côté des âmes de l’autre côté une vie terrestre. La mort sépare ces deux parties du Corps de CHRIST.

La mort règne encore, aujourd’hui, d’une manière particulière à notre temps. Les gens modernes, ayant rejeté la foi de la chrétienté, ont rejeté l’espérance de la résurrection. Ils se sont installés dans la mort comme dans le nudisme ; ce sont deux aspects de la même réalité : le rejet du vêtement de la grâce ; la négation du corps de résurrection. Il y une convenance toute particulière entre le temps actuel et la mort. Parce qu’il y a mort totale, sans résurrection, jouissons  du néant de cette existence passagère. Et puisque après tout la mort est normale, puisqu’elle n’a pas à être surmontée, il n’y a pas non plus d’inconvénient à la donner. Elle n’a plus rien du macabre des danses des morts du XVème siècle. La manifestation du règne de la mort, c’est le bal dans le cimetière, comme, du reste, on nous a dit que cela avait été célébré, cette année, sur l’emplacement d’Hiroshima.                                                                                  .

L’espérance du Retour de JESUS comporte l’espérance de la Résurrection générale de tous les morts. La mort est vaincue. Si des gens continuent à mourir après le Retour de JESUS, ça ne  compte pas, c’est à refaire. C’est précisément pour cela que la Pentecôte n’est pas le Retour de JESUS, que la chute de Jérusalem n’est pas le Retour de JESUS.

[8] On dit quelquefois : la Croix est-elle donc inopérante pour les méchants ? Certes non, puisqu’ils ressusciteront par la puissance de la Croix, même s’ils l’ont niée. Tous ressusciteront. Tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de l’Homme. Notre réunion avec Lui, c’est la puissance de la Résurrection étendue sur toute la race, les vivants au jour de la Parousie étant eux-mêmes transformés en un clin d’œil, de manière à avoir part, avec les ressuscités à l’incorruptibilité de la vie éternelle.

DERNIERE APPROCHE. - LE SIECLE A VENIR.

L’homme ressuscitant dans son corps, doit avoir un environnement adapté au [ 9 ] corps de résurrection. Autrement dit, la Création, aussi, à sa manière ressuscite. La mort vaincue, la terre qui est le réceptacle de la poussière des morts ne peut plus perdurer. Le siècle présent fait place au siècle à venir. Nous attendons, — selon la promesse, objet de l’espérance – de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera.

Dans cette nouvelle terre, les méchants, même ressuscités, ne peuvent avoir accès : c’est pourquoi, avec la Résurrection générale, s’instaure le Jugement dernier et général. L’homme, ressuscité comme malgré lui de la puissance de la mort, par la puissance de la Croix, peut être exposé à la seconde mort s’il a installé au cœur de son être la contradiction du rejet de la Croix.

Je n’essaie pas de tracer une succession ou une description des trois aspects que j’ai discernés dans les approches de l’espérance. Ces trois aspects se recouvrent : ils sont une seule et même espérance que nous désignons par ces mots : le Retour de JESUS, et nous voulons dire : la présence au monde de JESUS dans sa gloire, la Résurrection générale des morts, le Jugement dernier. Tel est le contenu d’espérance qui s’épanouira au-delà du jour qui aura commencé dans le siècle présent pour s’achever dans le siècle à venir.

CONCLUSION

Comment pouvons-nous savoir que le jour du SEIGNEUR est proche, à la porte, éloigné d’un nombre X d’années qui soit désormais petit, aux yeux de la petitesse de l’homme elle-même ? A cette question, je répondrai d’abord par une question : Pourquoi le SAINT-ESPRIT a-t-il été répandu dans le Réveil ? Pourquoi agit-il comme au commencement ? Pourquoi a-t-on parlé de pluie de l’arrière-saison après avoir parlé de pluie de la première saison ?

Si le SAINT-ESPRIT est répandu, n’est-ce pas pour parler dans l’EGLISE et à l’EGLISE ? Et pourquoi parle-t-il sinon pour nous annoncer les choses à venir, le Retour de JESUS ? Je suis donc pleinement d’accord avec le Mouvement de Pentecôte, quand il associe à l’effusion de l’ESPRIT l’annonce du Retour. Mais je ne le suis plus du tout quand il substitue au message vivant de l’ESPRIT un schéma rationaliste et mort. A Charmes nous croyons avoir entendu - combien faiblement encore ! - la voix de l’ESPRIT parlant du Retour. Il nous guide dans une préparation vivante du Retour. Si l’Union de prière prend vie, la voix de l’ESPRIT deviendra plus nette, la préparation du Retour prendra corps, et cette préparation elle-même sera le signe central et décisif que le Retour est proche : car DIEU préparerait-il pour ne pas accomplir, ou commencerait-il pour ne pas achever ? Avec le schéma rationaliste, nous évitons toutes nos responsabilités. C’est pourquoi je vous ai invités à le balayer de votre pensée, afin que nous puissions ensemble acquérir une pleine conviction : car si l’Union de prière est vraie, JESUS revient bientôt.

 

 

IIème Etude. – le temps de la préparation

 

INTRODUCTION

[1 / 9] Le temps eschatologique a été inauguré le jour de la Pentecôte. Certes, dès que JESUS a prêché, le Messie était là, et par conséquent le Royaume. Mais nous préférons dire, avec une tradition constante, que, si l’Ancienne Alliance a été spécialement la manifestation ou l’Age du PERE, le ministère de JESUS représente la manifestation ou l’Age du FILS. Le temps messianique est, proprement, la manifestation du SAINT-ESPRIT ; il embrasse toute l’histoire de l’EGLISE depuis le premier jour de son avènement dans les langues de feu, dans la prédication de PIERRE, et dans le Baptême des trois mille, hommes qui, issus des Juifs, furent posés comme le fondement indestructible du Corps visible de JESUS-CHRIST.

Dans toute œuvre de DIEU sur la Terre, il semble que le commencement et la fin occupent une place éminente ; de plus, que commencement et fin sont liés par de mystérieuses correspondances. Ainsi, au commencement de l’Ancienne Alliance, ABRAHAM engendre, par miracle, le fils de la promesse, ISAAC, figure du CHRIST ; à la fin de l’Ancienne Alliance, la Vierge MARIE, fille d’ABRAHAM, héritière de toutes Les richesses de la tradition juive, enfante JESUS, le CHRIST. De même, au commencement de l’ère messianique doit correspondre la fin de cette même ère, à la pluie de la première saison la pluie de l’arrière-saison, et à l’EGLISE primitive l’EGLISE du Retour de JESUS.

C’est sur le temps de la fin que nous porterons aujourd’hui notre attention. Nous concentrerons sur lui les lumières que nous pourrons trouver dans la Parole de DIEU. Hier nous avons remis à l’ETERNEL « l’après » du Retour, nous avons renoncé à une déduction rationaliste des événements qui suivraient un pseudo-enlèvement de l’EGLISE, elle dont la place est, précisément, au centre du combat. Aujourd’hui, nous négligerons volontairement l’histoire de l’EGLISE, nous la [ 2 ] mettrons entre parenthèses, pour saisir, autant qu’il sera en nous, ce que DIEU veut nous dire sur le temps de la fin, qui est, croyons-nous le temps actuel, notre temps.

PREMIERE PARTIE. - LES DONNEES SCRIPTURAIRES

[9] On pourrait soutenir sans trop de peine le paradoxe que certaines paroles de JESUS ne se comprennent dans leur plein sens qu’appliquées aux temps de la fin. Ainsi du Notre Père par exemple. Prie-t-on pour que le Royaume vienne vaguement, beaucoup plus tard, ou du vivant de ceux qui prient ? Et cette tentation de la 6ème demande, ce « peirasmos » qui donne tant de peine aux commentateurs, ne serait-ce pas la tribulation de la fin, cette grande tentation qui va survenir sur le monde entier et dont le CHRIST apocalyptique, promet à l’Eglise de Philadelphie qu’il l’en préservera ? Ainsi l’excellent professeur Johannes WEISS, dans son commentaire, reconnait-il que la prière de JESUS était bien accordée à l’intense espérance des communautés primitives : car, dit-il, « ils croyaient à la Parole de JESUS, que le Royaume allait venir ». Il rapproche du Notre Père la dernière parole du Nouveau Testament :   « Oui. Viens, Seigneur Jésus ! » et la prière de la Didache : « Que la grâce vienne et que le monde passe ! » Heureusement, ajoute-t-il, nous autres, nous avons une vue plus optimiste que les premiers chrétiens et « nous ne pouvons pas méconnaître que l’on constate de très sérieux commencements d’une royauté de Dieu dans ce monde-ci. » Heureux homme qui vivait avant le 2 août 1914 ! Prenons encore comme exemple de parole eschatologique du SEIGNEUR : « Ne crains, point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume ». Qu’est-ce que donner le Royaume ? Cela ne pourrait-il pas se traduire : Vous êtes les gens de la fin, ceux qui resteront vivants pour l’avènement en gloire du Messie ?

Nous n’aurons pas cependant l’outrecuidance de priver les siècles passés de l’enseignement évangélique. Du reste n’avons-nous pas dit que toute l’ère du SAINT-ESPRIT et de l’EGLISE était eschatologique ? Cherchons donc plus spécialement dans l’enseignement de JESUS, dans S. JEAN, et dans S. PAUL ce qui peut concerner d’une manière particulière le temps de la fin.

L’ENSEIGNEMENT DE JESUS : LA VIGILANCE

Que signifie l’enseignement de JESUS sur la vigilance ? J’avoue que, pour ma part, j’ai été long avant de lui avoir trouvé un sens, et que je suis, aujourd’hui encore, loin d’être sûr d’en avoir sondé tout le mystère.

[ 3 ] Il faut veiller. Cela paraît tout naturel. Il est simple de transposer cet enseignement sur le plan de la théologie morale. Satan peut si facilement nous surprendre ; le chrétien a sans cesse à lutter contre les tentations morales. Alors, veillons ! C’est-à-dire soyons prudents, sages, avisés, méfiants même ! Mais qu’a toute cette morale à voir avec le Retour de JESUS, avec le temps de la fin ? Elle peut aussi bien s’étaler sur des générations et des générations de chrétiens, qui, les uns après les autres, font leur salut, en luttant contre le mal qui menace leur sanctification individuelle. Sans être fausse, cette interprétation morale doit laisser échapper l’essentiel.

[11] Alors disons qu’il faut veiller à cause de l’incertitude de l’heure du Retour de JESUS. Nul ne connaît le jour ni l’heure. Le Maître de maison ne sait pas à quelle heure de la nuit le voleur doit venir. Alors qu’on se tienne prêt à tous les instants ! On rejoindrait facilement ici la doctrine rationaliste du Retour de JESUS que nous dénoncions hier. Tous les instants se valent. JESUS peut revenir n’importe quand. L’essentiel est alors d’avoir le renseignement, afin d’être de ceux qui ne se laissent pas surprendre. On songe à ces gens avisés qui, pour être sûr de gagner à la tombola, achètent un carnet de 10 billets : quel que soit le numéro qui sortira, leur série leur assurera un lot. Un joueur chanceux pourra, par hasard, se trouver réveillé juste le jour du Retour de JESUS, mais il est plus sage d’être réveillé, tous les jours, pour éviter les risques. De ce sons, qui n’est pas faux non plus, on passera facilement à une exhortation de se convertir, laquelle tire sa force de l’incertitude du jour où le pécheur mourra.

Le SEIGNEUR a pu vouloir dire tout cela, mais il a certainement voulu dire quelque chose de plus. Ce surplus qui est l’essentiel se dévoilera, je le crois, si nous remarquons que toute exhortation à la vigilance s’accompagne de l’indication d’une tâche précise à accomplir.

Les reins doivent être ceints, les lampes allumées. On s’est vêtu, on a pris, une tenue de travail, ou une tenue de combat. Les lampes ont été nettoyées, garnies d’huile, allumées ; on a pris, soin d’avoir la provision préparée pour le moment crucial. A ce prix ce ne fut pas un péché, pour les vierges de dormir comme les autres : quand l’appel décisif retentit « Voici l’Epoux ! » elles sont prêtes parce que, en temps voulu, elles étaient allées chez les marchands. - Les serviteurs vigilants sont encore semblables au portier qui ouvre au Maître, dès que celui-ci frappe à la porte. De même, dans JEAN 10, il y a un portier qui ouvre au Bon Berger quand ce dernier vient appeler les brebis. Ouvrir la porte, ce n’est pas grand chose, mais c’est bien une tâche précise cependant, une coopération de l’homme à l’œuvre de DIEU : ainsi, pour que LAZARE sortit du tombeau à la voix du Fils de l’Homme, JESUS demande aux assistants de rouler la pierre, derrière laquelle le mort est couché ! - Il y a plus. L’économe fidèle et prudent, le serviteur fidèle et prudent, c’est celui qui donne à toute la maison du SEIGNEUR, la nourriture au temps convenable. La tâche du portier s’élargit singulièrement ! S’il ouvre la porte, c’est qu’il présentera aussi une maison bien en ordre ; et, en elle, un peuple de serviteurs qui auront, eux aussi, accompli chacun sa tâche, parce qu’ils auront reçu la nourriture dans la paix, non pas celle [ 4 ] que l’on prend avec les ivrognes et dans, les querelles, mais, je pense le pain de vie, et toute parole qui sort, de la bouche de DIEU.

L’exhortation à la vigilance est, classiquement, jointe à la prière : « Veillez et priez afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ! » Veillez a ici son sens propre : ne dormez pas, car il y a un travail à faire, et ce travail, c’est maintenant la prière, la prière avec le CHRIST en Gethsémané. De même encore : « Veillez donc et priez en tous temps afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront et de paraître debout devant le Fils de l’homme. » Ce dernier passage éclaire encore le sens du : Veillez. Pour vaquer à la tâche sans la défaillance du sommeil, il faut que les cœurs ne soient pas appesantis par les excès du manger et du boire ou par les soucis de la vie. Ici la vigilance [12] rejoint la repentance prêchée au début et au cœur de l’Evangile. Elle rejoint aussi l’ascèse et l’on peut rapprocher la parole de Matth. 19 : « Il y en a qui, se sont rendus eunuques pour le Royaume de Dieu. » Pour le Royaume des cieux, cela peut vouloir dire, tout particulièrement : pour les combats du temps de la fin, pour la proche venue du Royaume éternel.

Laissons de côté aujourd’hui la recherche de la signification de cet enseignement pour les générations qui nous ont précédés. Tout ne se passe-t-il pas comme si JESUS avait parlé, soit comme disent les libéraux, dans la persuasion qu’il reviendrait en gloire très peu de temps après sa mort ; soit plutôt, comme nous le disons, en cachant dans l’Evangile un message particulièrement direct pour la génération du temps de la fin ? Ainsi l’exhortation à la vigilance, loin de spéculer sur l’incertitude du Retour de JESUS, et de diluer l’espérance, s’adresserait d’une manière toute spéciale à ceux qui peuvent avoir, par les signes des temps, la certitude que JESUS revient bientôt. A ceux-là incombe une tâche très précise pour que tout soit prêt quand le Maître reviendra.

L’ENSEIGNEMENT DE SAINT JEAN : L’UNITE

L’enseignement de S. JEAN, c’est encore l’enseignement de JESUS, puisque nous y comprenons, avec les Epîtres et l’Apocalypse, les discours des adieux de l’Evangile. La pensée du SAUVEUR dut être ici comprise et retenue par le disciple bien-aimé qui reposait sur son sein, plus que par les autres apôtres. Je croirai aussi volontiers que JEAN avait une mission particulière pour le Retour de JESUS. Il y a la mystérieuse question : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » Puis-je paraphraser : « Si je veux qu’il survive jusqu’à mon Retour, ne sois pas jaloux, toi, la pierre angulaire, l’homme, de la Pentecôte, le fondateur de l’EGLISE dans la pluie de la première saison ! »

Et JEAN ayant effectivement survécu, comme l’assure la tradition, je croirai volontiers qu’il a mis par écrit, dans son grand âge, un enseignement qu’il eût pu garder oral s’il n’eût reçu, à un moment donné, la certitude que, en effet, il mourrait, et que JESUS n’avait pas dit à PIERRE qu’il ne mourrait point. C’est pourquoi l’Evangile de JEAN se trouve être le quatrième, le dernier, ses épîtres et l’Apocalypse, les derniers livres du Nouveau Testament.

[ 5 ] Si donc la promesse du SAINT-ESPRIT, dans les discours des adieux, s’applique aussi bien à la pluie de la première qu’à celle de l’arrière-saison, je serais porté à leur donner un sens plus profond encore, pour le temps de la fin, la préparation ultime du Retour. Le SAINT-ESPRIT annoncera les choses à venir, que les apôtres, pris dans leur existence empirique, étaient trop faibles encore pour porter. Si ces choses à venir doivent être cependant écrites dès le commencement dans le Testament du SEIGNEUR, le secret que nous livre S. JEAN pour le temps de la fin n’est-il pas celui de l’Unité ? LUC y fait allusion, mais d’une manière négative encore, puisque, devant la CENE même, il présente les apôtres rivalisant à qui serait le plus grand. JEAN donne le contenu positif du message de l’unité, trop lourd pour les autres encore. C’est d’abord le lavement des pieds, l’humilité suprême, et la grâce, source de l’amour suprême. Aussi tous reconnaîtront-ils les disciples de JESUS à ceci : s’ils ont de l’amour les uns pour les autres.

[13] Le chapitre 14 de l’Evangile montre ensuite cette source de l’unité, et de l’amour, dans l’unité des trois personnes divines ; non pas par un exposé théologique, mais sur le plan mystique de l’habitation du PERE et du FILS dans l’EGLISE par la puissance du SAINT-ESPRIT.

Puis c’est au chapitre 15, la parabole suprême de l’unité, le cep et les sarments et le principe suprême de l’élection : ceux que CHRIST a choisis, qu’ils s’aiment les uns les autres comme CHRIST les a aimés, c’est-à-dire de l’amour divin du pardon et de la grâce, non de l’amour humain de la sympathie fondée sur la chair et le sang.

Ce sont les souffrances de cet amour, au chapitre 16, qui enfanteront, la joie du royaume messianique. La prière sacerdotale enfin condense toute cette pensée divine et infiniment riche dans la notion d’une unité d’amour qui soit dans les disciples comme dans le PERE et le FILS. Cette unité d’amour dans, l’EGLISE, à l’image de l’amour on DIEU, entre la personne du PERE et celle du FILS, est le moteur central de la foi et du salut du monde.

Si la première épître johannique est bien une sorte de préface à l’Evangile, il n’y a nulle surprise à y retrouver la même doctrine d’unité et d’amour. Il ne faudra pas perdre cette doctrine de vue dans l’interprétation de l’Apocalypse ; elle doit se trouver encore au cœur des visions les plus tumultueuses, selon le principe que les passages les plus obscurs, de l’Ecriture s’éclairent par les certitudes que livrent les passages plus clairs, tout, en définitive, s’éclairant d’une manière suprême par la Croix : « Or Caïphe ne dit pas cela de lui-même mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. Et ce n’était pas pour la nation (juive) seulement ; c’était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. » (Jean 11/49-52)

L’ENSEIGNEMENT DE SAINT PAUL : LE COMBAT

Le Maître, en exhortant à la vigilance, laissait déjà entrevoir le message d’unité que développent les discours des adieux (l’allusion aux querelles des méchants serviteurs). Il accentuait encore plus fortement la notion du combat (allusion au voleur, à la tentation, catastrophes prédites) que va développer S. PAUL.

Je crois que notre apôtre, celui qui nous a donné le salut, à nous Païens, est aussi celui qui nous livre les textes-clés concer- [ 6 ] nant le Retour de JESUS. L’un de ceux-ci est sans conteste le second chapitre de la IIème Epître aux Thessaloniciens. De quelque manière que ce soit, par une prophétie, par une parole, par une lettre, que les fidèles ne se laissent pas ébranler dans leur bon sens, comme si le jour du SEIGNEUR était déjà là. Bien.

Supposons que nous lisions ce texte pour la première fois, et que nous ne connaissions pas la suite. Complétons-le de notre crû. Ecoutez : donc, chrétiens de Thessalonique : si le jour du SEIGNEUR était déjà là, vous seriez en possession de votre corps glorieux. Ignorez-vous que la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de DIEU ? Puisque vous êtes encore dans vos corps mortels, c’est bien la preuve que Je jour du SEIGNEUR n’est pas là. Voilà, n’est-il pas vrai, la parole du bon sens ? Ce n’est [14] pas celle de l’apôtre PAUL. Lui, il nous parle non du CHRIST et de notre corps de résurrection, mais de l’apostasie et de l’Anti-Christ. La conclusion s’impose, que les Thessaloniciens n’étaient pas si sots que nous l’imaginions, quand ils pensaient que le jour du SEIGNEUR pouvait être là sans que le CHRIST soit encore apparu : de cette pensée ils ne sont ni repris ni blâmés.

C’est donc qu’il y a dans l’histoire de l’EGLISE un temps où le jour du SEIGNEUR est là, avant l’apparition du CHRIST. Ce temps, le temps de la fin, le temps de l’Anti-Christ, est caractérisé par l’apostasie ; le goût du mensonge groupe les hommes en grand nombre dans l’obédience de l’Adversaire, manifesté sous la forme de l’homme de péché.

Dans cette perspective, combien de paroles de S. PAUL s’aiguisent en un tranchant plus vif ; toutes les comparaisons militaires et athlétiques viennent ici au premier plan. Plus éminemment encore qu’à l’âme individuelle dans son combat moral, elles s’adressent à l’Eglise des derniers temps dans son combat eschatologique.

L’apôtre des Gentils nous livre, lui aussi, le message de l’unité. L’Epître aux Ephésiens en est toute pleine : l’EGLISE tend, dans la vérité et la charité, à la stature parfaite de CHRIST ; l’EGLISE prise dans sa totalité devient pour ainsi dire l’égale de son SEIGNEUR, en tant qu’elle est l’Epouse : « une aide semblable à lui. » Aussi se présente-t-elle au dernier jour, devant lui, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible, ce qui implique évidemment l’unité de son être.

A la réalisation plus parfaite de l’unité par l’achèvement de l’EGLISE, dans le temps de la fin, à cette force interne plus grande, va correspondre un combat plus grand contre Satan déchaîné, qui fait rage parce qu’il sait qu’il a peu de temps. C’est le « peirasmos » de la fin qui vient en pleine lumière, le combat apocalyptique pour lequel la vertu de l’EGLISE vigilante - et qui lutte par les armes spirituelles, (avant tout la prière) - réside dans la foi, l’espérance et la charité, portées par la pluie de l’arrière-saison à leur plus beau point de maturité.

 

DEUXIEME PARTIE. - L’EGLISE DU RETOUR

 

[7 / 15] PREMIER PRINCIPE : LE PETIT NOMBRE

Si nous étions restés dans le schéma rationaliste et individualiste du Retour de JESUS, nous n’aurions pas eu d’autre perspective, pour préparer le Retour de JESUS, que de propager les renseignements tirés de la Bible au plus grand nombre de gens possible. Un autre point de vue assez semblable, est de faire passer le plus grand nombre de gens possible par une expérience définie de conversion, pour la raison que seuls participeront à l’enlèvement de l’EGLISE ceux qui seront inscrits sur la liste, et que, après tout, il est préférable d’être enlevé, plutôt que de participer à tous les ennuis de la Grande Tribulation.

Ces vues ne diffèrent pas tellement de celles du Christianisme libéral et social pour qui il s’agit, en  fait de Royaume de DIEU de civiliser le plus grand nombre de gens possible. D’une manière générale, nous devons dire que le principe du grand nombre est incompatible avec la préparation du Retour de JESUS, parce que ce principe est précisément le ressort de l’œuvre de l’Anti-Christ : par un viol de la nature, l’homme moderne s’empare d’une puissance, la technique, qui lui permettra de donner au grand nombre, l’illusion d’une sécurité contre DIEU ; et, pour assurer son pouvoir, il procède également à des massacres sur le plan du grand nombre ; ainsi il assoit définitivement la puissance de la mort sur les survivants comme sur les trépassés.

Ce qui a pu conduire ici à de la confusion, c’est l’ordre du CHRIST de prêcher l’Evangile à toutes les nations. L’accomplissement de cet ordre s’applique à la longue période qui sépare la pluie de la première saison de celle de l’arrière-saison. Si l’Evangélisation du monde a comporté, pour le Christianisme, une extension spatiale manifeste, remarquons toutefois que, dans chaque nation, c’est encore le petit nombre qui a été le sel de la terre.

On oublie trop facilement ici la distinction du salut et du service. Le salut n’est pas pour le grand nombre, il est pour la totalité, ce qui est tout différent. Ce sont tous les hommes qui bénéficient des grâces du sacrifice de JESUS-CHRIST. DIEU les aime tous. Son Jugement tiendra compte de la Croix pour tous ceux qui n’ont pas connu explicitement la Croix ; aux yeux du PERE de Notre Seigneur JESUS-CHRIST, le seul crime damnable est très certainement le rejet volontaire de la grâce, et lui seul est juge des conditions les plus intimes de ce rejet dans les structures cachées du cœur.

La preuve de l’universalité de l’œuvre rédemptrice est la Résurrection des méchants, dont nous parlions hier. Les convertis, les saints, cela a toujours été, et cela sera plus particulièrement encore au temps de la fin, ceux qui ont part aux souffrances de CHRIST pour rendre témoi- [ 8 ] gnage du salut de tous les hommes, et non pour être sauvés à l’exclusion des autres hommes.

[16] Selon ce principe, l’EGLISE du Retour est ouverte à tous, elle ne prononce aucune exclusive, elle est au service du salut du monde. Le SEIGNEUR nous prévient seulement que s’il y a beaucoup d’appelés, peu répondront à l’appel. En définitive DIEU se glorifie en laissant aller le grand nombre, la masse, le poids de la chair et du sang, de l’or et du pétrole, du côté de l’Anti-Christ, et en sauvant Israël tout entier par la petite troupe de GEDEON.

DEUXIEME PRINCIPE. - L’ŒUVRE EXEMPLAIRE

Je voudrais trouver un meilleur qualificatif que celui d’exemplaire, qui fait un peu trop penser au brave petit garçon qui donne le bon exemple. Mais j’entends par œuvre exemplaire d’abord que l’EGLISE du Retour, construite sur la structure du petit nombre, a une valeur qui engage l’EGLISE universelle, et par elle, le monde entier. L’EGLISE du Retour est au service du monde, son œuvre profite au monde. J’appelle encore cette œuvre : exemplaire, parce que les principes christiques qui s’impriment en elle de la manière la plus marquée, s’imprimeront, à travers elle, dans des réalités sociales de plus en plus complexes, sans qu’il s’agisse là d’une action humaine, d’une propagande, mais plutôt d’une imprégnation morale qui n’est pas sans rappeler certains principes de la magie.

Il m’arrive, par exemple, s’il m’est permis de parler de moi-même, de voir fleurir dans les cercles de l’Eglise Réformée, des idées que j’ai imprimées autrefois dans des articles qu’à peu près personne n’a lus (et c’est là, je dois le dire la différence entre ma position et celle d’un certain isme). Ou encore, pour parler de vous, si vous pouviez être ici deux ou trois serviteurs de JESUS-CHRIST à vous laisser unir entre vous de l’amour dont le SEIGNEUR vous a aimés, cela donnerait une force et un sens nouveaux à des efforts d’unité plus officiels, en sorte que ce que l’on appelle l’œcuménisme et notre vocation, sans se confondre, mais sans s’opposer, sont dans le SEIGNEUR des manifestations complémentaires d’un même tout spirituel.

L’œuvre peut se réclamer, non d’une justification biblique - une élection ne peut être rationnellement prouvée - mais d’un puissant patronage dans les noms d’ELIE et de JEAN-BAPTISTE. Je ne puis entrer ici dans la question du retour personnel d’ELIE, mais il me semble en tout cas, que l’EGLISE du Retour est éminemment comparable à l’œuvre de JEAN-BAPTISTE, puisqu’elle est une préparation de l’avènement en gloire, comme JEAN a été le précurseur de l’Evangile de la Croix.

C’est également dans ce sens que j’interpréterai le texte extraordinaire que constitue la Prière embrasée de celui que nos frères catholiques appellent, depuis ce mois de juillet, S. Louis Marie GRIGNION DE MONTFORT.

[9 / 17] TROISIEME PRINCIPE. – L’OEUVRE CONSTRUITE

Si l’œuvre du Retour était une affaire de propagande et de grand nombre, elle n’aurait aucun plan. Il n’y  aurait qu’à courir à droite et à gauche, comme battant l’air, pour employer le langage de S. PAUL.

Je me suis trop étendu sur les points précédents pour pouvoir développer celui-ci. Je dirai seulement que si l’EGLISE du Retour à une structure interne, nous les ouvriers, nous ne connaissons pas le plan à l’avance. Nous le découvrons au fur et à mesure qu’il se fait, et nous voyons avec émerveillement, que, dans le plan de l’Architecte et du Constructeur tout-puissant, il y a comme un « jeu » qui est laissé pour nos ignorances, nos tâtonnements et nos faiblesses. Découverte qui ne doit pas nous induire à « saboter » le travail, mais plutôt à redoubler de zèle au service d’un Maître qui a pour nous tant de miséricordieuse patience.

S’il y a un plan, il y a un commencement et une fin. Nous ne sommes pas dans l’indéfini du grand nombre. Ainsi nous rejoignons notre conclusion d’hier : le jour du Retour, comparable au jour de la Création et à celui de l’Incarnation, est fixé non selon un hasard qui nous plongerait dans l’incertitude, mais selon la structure d’une sagesse divine qui nous invite à un travail zélé certes, mais sans hâte, ordonné, paisible, victorieux.

CONCLUSION

Où est l’EGLISE du Retour ? Est-ce une secte constituée à part ? Ou bien pouvez-vous dire avec moi : l’EGLISE du Retour, c’est l’Eglise Réformée de Charmes et son Union de prière. Mais comme on ne peut séparer cette Eglise de l’Eglise Réformée de France, l’EGLISE choisie pour le Retour, c’est l’Eglise Réformée de France. Et comme on ne peut séparer cette Eglise de l’EGLISE universelle du Credo, l’EGLISE du Retour c’est l’Eglise (catholique) universelle, constituée en unité le jour où le SEIGNEUR apparaîtra.

 


IIIème Etude. – le MYSTERE JUIF

 

PREMIERE PARTIE. - PRINCIPE D’INTERPRETATION BIBLIQUE

 

[1 / 18] PROBLEME DE L’ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT

JESUS-CHRIST a été rejeté par les Juifs. L’Ancien Testament est le livre des Juifs : en ces deux propositions tient le problème d’interprétation biblique qui se pose à nous. Pour rejeter celui qui se présentait à eux comme leur roi, les Juifs se sont appuyés sur l’Ancien Testament ; pour adorer JESUS comme le CHRIST et le SEIGNEUR, nous Païens, nous nous appuyons sur le Nouveau. Vues sous cet angle les deux parties de la Bible sont antinomiques. Le Nouveau Testament prêche le CHRIST JESUS, fils de MARIE, FILS de DIEU. L’Ancien Testament, interprété par le clergé qui en était régulièrement le dépositaire, est un livre anti-christique.

Cette antinomie a été perçue par JESUS lui-même. « Vous sondez les Ecritures, dit-il aux Juifs, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » A la source même deux interprétations s’opposent : l’une trouve JESUS dans l’Ancien Testament ; c’est celle de JESUS lui-même. L’autre, celle des Juifs, y trouve les plus puissants motifs de le rejeter.

Bien plus, le jeune prophète de Nazareth se déclare le Maître de l’Ancien Testament. « Vous avez appris qu’il a été dit... Mais moi je vous dis ». C’est toute la structure du Sermon sur la montagne. L’enseignement de Moïse sur le divorce est interprété par JESUS comme une permission donnée aux Juifs à cause de la dureté de leur cœur. L’enseignement sur le sabbat est renouvelé de fond en comble sur l’autorité du FILS de l’Homme, libre d’opposer à un texte de la Loi mosaïque une démarche accomplie dans la grâce par le Roi DAVID.

[ 2 ] On comprend, après tout cela, que le CHRIST ressuscité ait mis le sceau à son enseignement sur les Ecritures, en ouvrant l’esprit de ses disciples pour qu’ils comprissent le sens christique de MOÏSE, des prophètes et des psaumes. JESUS a révélé une manière nouvelle de lire l’Ancien Testament, qui ne sera pas seulement celle de   PAUL, mais celle de tous les apôtres, comme en témoigne le discours de PIERRE le jour même de la fondation de l’EGLISE sur la terre.

M. Maurice GOGUEL, très pénétrant sur S. PAUL, n’avait pas tort, je crois, de nous enseigner, que la persécution menée par SAUL de Tarse contre les chrétiens était scripturairement fondée. L’Apôtre ferait allusion à son expérience personnelle quand, dans le chapitre 3 des Galates, il rappelle la parole du Deutéronome (21/23) : « Maudit est quiconque est pendu au bois. » Par ce principe scripturaire, les adorateurs du CHRIST sont des maudits. Il fallait que l’apôtre comprît, par la révélation que DIEU lui donna de son FILS ressuscité, que, par cette malédiction même, tous les hommes sont rachetés de la malédiction de la Loi.

[19] Ainsi MARCION n’eut pas entièrement tort de rappeler, quoique avec outrance, une opposition foncière, que l’on oublie trop facilement, entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Et surtout CLEMENT d’Alexandrie et ORIGENE - on revient aujourd’hui avec raison à ce dernier - ont eu parfaitement raison d’enseigner que notre lecture de l’Ancien Testament ne peut être que pneumatique, c’est-à-dire éclairée par l’ESPRIT qui dévoile les mystères cachés sous les figures et les prophéties.

Prenons bien garde que, sans l’ESPRIT, la lecture de l’Ancien Testament n’est pas mystérieuse, au sens de : indéchiffrable. La lettre de l’Ancien Testament n’est pas obscure ; elle n’est même que trop claire. Il n’y  a qu’à la prendre telle quelle pour être dans l’erreur. Le livre des Juifs n’est pas un rébus : il est un livre qui, sous l’action de l’ESPRIT-SAINT, rend témoignage du CHRIST-JESUS ; mais qui, sans l’ESPRIT-SAINT, a pour la raison humaine un sens anti-christique.

L’INTERPRETATION DES PROPHETIES

On peut répartir les prophéties de l’Ancien Testament en deux groupes : premièrement, celles qui se sont déjà accomplies dans ce qui, pour nous, est le passé ; telles sont, par exemple, toutes les prophéties que les évangélistes appliquent au CHRIST dans sa première venue. Le deuxième groupe est constitué par les prophéties qui, à l’heure actuelle, ne sont pas encore réalisées. S’il en est qui se rapportent à la deuxième venue du CHRIST, elles sont de ce deuxième groupe : ainsi la 2ème Epître de PIERRE (3/13) place en avant de nous les nouveaux cieux et la nouvelle terre annoncés par ESAÏE (65/17 - 66/22).

Parmi les prophéties du deuxième groupe, il on est qui ont pour sujet la nation juive elle-même, et non plus seulement son Messie. Ainsi M. PARKER nous présente ici des textes comme JOËL 3/1-2, 9-17 ; ZACHARIE 12/1-9, 14/1-15, pour établir qu’il va venir un jour où l’ETERNEL jugera les nations assemblées contre Israël dans la vallée de Josaphat et détruira subitement tous les ennemis d’Israël.

[ 3 ] D’une manière générale, le schéma rationaliste du Retour de JESUS professe que les destinées prophétiques d’Israël ont été interrompues par l’apparition de l’EGLISE issue des Païens. Mais celle-ci est une sorte de parenthèse qui se fermera par l’enlèvement de l’EGLISE. Alors Israël reviendra au premier plan et l’accomplissement des prophéties reprendra son cours. Ainsi l’EGLISE s’intercale entre la 69e et la 70e semaine du prophète DANIEL.

Celui qui tente de s’opposer à ce schéma risque de se heurter ici à des objections qui paraissent bien graves. Vous n’êtes pas biblique, lui dira-t-on ; et l’on invoquera à l’appui les textes apostoliques sur la valeur des prophéties. Ou bien on dira encore  que, repousser le schéma, c’est spiritualiser l’Ecriture pour n’y trouver que les grâces promises aux Païens : en ne tenant pas compte de la nation juive, on fausse toute la compréhension du plan de DIEU révélé dans les Ecritures ; enfin, les prophéties du Nouveau Testament étant censées ici rejoindre celles de l’Ancien (la 70e semaine de DANIEL et le ch. 13 de l’Apocalypse par exemple), on sera accusé de tordre la Parole de DIEU d’un bout à l’autre.

[20] LA SOLUTION DU PROBLEME

C’est précisément cette dernière objection qui va nous fournir la solution du problème de l’interprétation des prophéties de l’Ancien Testament. Il suffit en effet de poser la question : Interprétez-vous le Nouveau Testament à la lumière de l’Ancien, ou l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau ? pour voir que nous sommes placés ici devant un choix. Ou nous avons un Ancien Testament judaïque et anti-christique, ou nous lisons l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau. Or n’est-il pas évident que, mettre l’EGLISE entre parenthèses, comme on nous y invite ici, et reprendre comme si de rien n’était, les destinées terrestres d’Israël, c’est aller contre le CHRIST JESUS ? En effet, on donne raison à ceux qui exigeaient du SAUVEUR un messianisme terrestre : s’il ne l’a pas accordé à sa première venue, il faudra qu’il l’accorde à la seconde. Celle-ci va devenir une sorte de revanche du Judaïsme sur l’Evangile de la Croix.

Qu’on ne dise pas que repousser le messianisme terrestre, c’est spiritualiser indûment l’Ecriture. Ce n’est pas tomber dans un faux spiritualisme que de repousser le matérialisme judaïque : JESUS n’a fait que cela sans cesse. Il y a un abîme entre une théologie judaïque et matérialiste d’une part, et le réalisme chrétien d’autre part. Mais le centre de ce réalisme réside, non dans un Royaume terrestre, mais dans le Corps de CHRIST, son Corps incarné, ressuscité, et qui revient en gloire, son Corps mystique, eucharistique, ecclésial.

C’est dire que toute prophétie de l’Ancien Testament, déjà réalisée ou non, ne peut avoir son accomplissement que dans le CHRIST et dans l’EGLISE, non dans une destinée terrestre d’Israël. Il en est ainsi, absolument, des textes hébraïques qui s’appliquent à la première venue ; il doit en être absolument de même des textes relatifs à la seconde venue du SEIGNEUR.

Il n’est pas étonnant du reste qu’un schéma rationaliste se montre impuissant à interpréter les Ecritures en fonction d’une [ 4 ] notion réaliste de l’EGLISE. Car, nous l’avons vu, pour ce rationalisme à base biblique, il n’y a pas d’EGLISE, mais seulement des croyants isolés. Dès lors, faute d’une structure dans le Corps du CHRIST, on se rabat sur la structure terrestre, nationale, matérielle, d’un Israël selon la chair.

 

DEUXIEME PARTIE. - LE MYSTERE DE L’EGLISE

 

[21] LE TEXTE-CLE

Si nous voulons interpréter toute l’Ecriture selon la Croix, en CHRIST et en l’EGLISE, nous avons un texte-clé dans S. PAUL : ce sont les chapitres 9 à 11 de l’Epître aux Romains, qui, loin de constituer un petit appendice de la théologie de la grâce - un excursus historique - en sont la clé de voûte et le couronnement.

La construction de l’EGLISE du CHRIST, qui est le Mystère enclos dans notre histoire humaine, s’y déroule en trois étapes.

Le fondement de l’EGLISE est juif. Ceci est vrai dans la personne du SEIGNEUR : l’homme JESUS est Juif, et la femme par qui le salut est entré dans le monde, la Vierge MARIE, est juive, les apôtres du CHRIST, y compris l’apôtre des Païens sont juifs. La première église est composée de Juifs, à l’exclusion des Païens, et elle a son siège à Jérusalem, capitale du monde juif. Les écrivains sacrés de la Nouvelle alliance, à l’exception d’un seul, sont des Juifs.

Remarquons que dans ce premier aspect du mystère de l’EGLISE se réalisent - c’est S. PAUL lui-même qui l’enseigne - les prophéties relatives à un « reste » d’Israélites fidèles. Il n’y a aucune raison de spéculer sur un reste qui apparaîtrait dans des circonstances historiques encore à venir. Les prophéties du « reste » sont accomplies dans le Mystère de l’EGLISE en CHRIST, elles sont, par l’ESPRIT un objet de louange et d’adoration.

Pour moi j’irais plus loin. Je crois que dans la fondation de l’EGLISE, Jérusalem a été glorifiée de la manière humble et cachée qui convenait en CHRIST. La Jérusalem extérieure, avec tout son orgueil, a été détruite. Mais l’Epouse du CHRIST est née à Jérusalem, c’est là que le nouveau Temple a été rebâti, le Temple qui est le Corps du CHRIST. Dire cela n’est pas spiritualiser, puisque c’est souligner que l’EGLISE est issue de la chair et du sang des Juifs.

Mais la masse des Juifs s’est elle-même déclarée indigne de l’Evangile. Le livre des Actes nous conduit à Rome, capitale des Païens, où l’apôtre des Païens consomme le rejet du Judaïsme. Aussitôt après, le SAINT-ESPRIT a placé, au rang des livres canoniques l’Epître dans laquelle S. PAUL confie son Evangile à l’Eglise de Rome. Le temps des Païens est commencé ; il va se dérouler pendant des siècles. Les Juifs ne se convertiront plus que un à un, et ces convertis seront pour leurs frères des renégats. La masse juive est incrédule, [ 5 ] errante, persécutée, maudite. Toutes les prophéties qui ont eu un accomplissement partiel dans la captivité de Babylone, prennent ici leur plein sens dans le mystère de l’EGLISE.

Nous nous garderons ici d’appliquer aux Païens, on les spiritualisant à tort, les promesses faites à Israël. Si les Païens entrent dans l’EGLISE, c’est en vertu de prophéties précises, dont S. PAUL nous livre la clé, par exemple Deutéronome 32/21 (Rom. 10/19), Esaïe 45/1 (Rom. 10/20), II Sam. 22/50, Ps, 18/50 (Rom. 15/9), Esaïe 11/10 (Rom.15/12) etc.

[22] De plus, si les Païens bénéficient des grâces spirituelles de CHRIST, c’est qu’ils sont devenus eux-mêmes Israël en entrant dans une EGLISE dont le fondement était Juif. L’olivier sauvage a été enté sur l’olivier franc. Malgré toute la polémique paulinienne contre la circoncision matérielle et matérialiste, il faut dire que les Païens baptisés sont circoncis de la Circoncision de CHRIST, qu’ils sont identifiés par le Baptême à un Juif circoncis, qui a réalisé sa circoncision jusqu’à la mort de la Croix. Ainsi la destinée de l’EGLISE, même dans les parties païennes de sa structure, accomplit dans le mystère, les prophéties faites à Israël.

Il reste la troisième étape de l’insertion du Mystère de l’EGLISE dans l’histoire - ou plutôt de l’insertion de l’histoire humaine dans le Mystère de l’EGLISE : « Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce Mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement jusqu’à ce que la totalité des Païens soit entrée. Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon/qu’il est écrit ... » (Rom. 11/26).

L’exégèse libérale a voulu parfois abolir la troisième étape du Mystère, en expliquant « tout Israël sera sauvé » comme s’appliquant à la totalité des Païens joints à l’Israël du début. On aurait ainsi un Israël total, composé des premiers Juifs, puis des Païens, et c’est tout.

On se demande comment de telles rationalisations sont possibles alors que le ch. 11 des Romains répète le Mystère sous tant de formes différentes et catégoriques : Rom. 11/12 : « Ils se convertiront tous. » Rom. 11/15 : « Si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d’entre les morts ? » Rom. 11/24 : « à plus forte raison eux seront-ils entés selon leur propre nature sur leur propre olivier. » Rom. 11/32 : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous. »

D’autres ont objecté que si cette conversion en masse d’Israël devait avoir lieu, le SEIGNEUR JESUS en aurait parlé ; alors que, en fait, il parle toujours du rejet d’Israël, qui, d’après les Evangiles, semblerait définitif. Que JESUS n’ait pas parlé du tout du rétablissement d’Israël, ce nest pas exact. JESUS a prophétisé sur les Juifs, disant : « Vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Soigneur. » Qu’est cela sinon l’acclamation messianique, à la seconde venue du CHRIST ? Le SEIGNEUR dit aussi que Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. Il y a donc une fin à la malédiction des Juifs, et cette fin se situe exactement comme le veut S. PAUL, lorsque le temps de la grâce s’achève pour les nations.

[ 6 ] Ces textes sont certains. Pour ma part, je me demande aussi s’il ne faut pas voir une prophétie du Retour de JESUS dans Matth. 10/23 : « Vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le FILS de l’Homme sera venu. » Et encore je me demande si Matth. 24/34 : « Cette génération ne passera point » n’annonce pas la présence des Juifs pour le Retour ? Et s’ils sont gardés présents, n’est-ce pas comme le veut S. PAUL pour la miséricorde ?

[23] Il n’en reste pas moins que JESUS a beaucoup plus insisté sur le rejet des Juifs au début des temps des Païens que sur leur rétablissement, à la fin des temps des Païens. Il ne faut pas oublier, en effet, que JESUS, en même temps qu’il se donnait au monde comme FILS de DIEU, assumait la tâche concrète d’apôtre des Juifs, ses contemporains. En ce sens, il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël, et il lui appartenait, par la Croix, d’être le martyr du peuple qu’il évangélisait. Il devait donc insister sur les calamités qui attendaient la masse de la nation, quand elle rejetterait son SAUVEUR. Il devait insister, pour briser l’orgueil national, des apôtres eux-mêmes, sur l’annonce de l’entrée des Païens dans l’EGLISE.

 

 

QUI CONVERTIRA LES JUIFS ?

Il y a donc trois étapes de l’insertion de l’histoire dans le mystère de l’EGLISE. JESUS lui-même, doublé par PIERRE, a été l’apôtre du Reste Juif infiniment précieux aux yeux de l’ETERNEL, posé par lui comme fondement de l’Epouse du CHRIST. S. PAUL, juif, a été sans conteste, l’apôtre des Païens : il a fait entrer l’histoire dans la 2ème étape du mystère.

Je dis que c’est l’EGLISE du Retour de JESUS qui sera l’apôtre de la masse juive, et qu’elle fera entrer ainsi l’histoire dans la troisième étape du mystère.

Tout d’abord il importe absolument, pour que la structure organique de l’EGLISE ne soit pas brisée, que le ministère de la réconciliation pour les Juifs soit donné à des Païens, comme le ministère de la réconciliation des Païens a été donné au rabbin SAUL de Tarse. Les Juifs sont dehors ; pour qu’ils entrent, le portier qui leur ouvrira la porte sera païen, puisque ce sont les Païens qui sont dedans, du moins ceux qui ne sont pas partis dans la grande fuite devant DIEU qui caractérise l’apostasie.

Que l’EGLISE du Retour puisse avoir pour la réconciliation des Juifs, des collaborateurs juifs, comme le médecin païen LUC a été avec tant d’autres, collaborateur du Juif PAUL, cela est aussi bien certain. Mais dans le centre et le cœur du mystère, la réconciliation des Juifs est la tâche essentielle de l’EGLISE du Retour : en se faisant le portier des Juifs, elle sera aussi le portier d’un Juif de marque, le Roi du Gloire qui va venir pour faire sortir toutes ses propres brebis hors de l’enclos de la mortalité, et les conduire dans les pâturages de la vie éternelle.

[ 7 ] La conversion des Juifs n’est pas un miracle baroque qui se produirait après un enlèvement baroque d’une EGLISE elle-même baroque, puisque elle serait inachevée. Tous les miracles de DIEU sont dans le CHRIST pour l’EGLISE. La formation de l’Eglise de Jérusalem a été miraculeuse et accompagnée de miracles ; la mission de PAUL a été miraculeuse et accompagnée de miracles ; de même la conversion des Juifs sera miraculeuse et accompagnée de miracles.

[24] Mais cette troisième étape doit évidemment continuer et couronner les deux autres ; elle est de la même substance, dans la même structure que les deux autres. Le ch. 11 des Romains la décrit dans le même tout que les deux autres, sans solution de continuité. La parabole de l’olivier présente un seul olivier. L’olivier n’est pas déplanté avant que ses branches naturelles soient entées de nouveau sur lui. A vrai dire, sur quoi les enterait-on, si l’olivier n’y  était plus ?

Dès que l’on parle de l’avenir, on est tenté par les prévisions, et l’on demandera : « le retour des Sionistes en Palestine n’est-il pas un signe du Retour du CHRIST ? » Ici il faut faire bien attention. Si vous dites : les Juifs retournent en Palestine, donc les prophéties s’accomplissent et JESUS revient bientôt, et que vous en profitiez pour ne rien préparer en vue du Retour, vous êtes grandement dans l’erreur.

Si vous-pensez au contraire, que l’établissement sioniste en Palestine doit être la base de la conversion des Juifs à JÉSUS-CHRIST, et si vous vous consacrez de toute votre âme dans l’EGLISE du Retour pour la conversion des Juifs - et DIEU sait à quel prix elle se fera, - alors je suis bien d’accord. Il est possible, DIEU étant un DIEU d’ordre, que la Jérusalem terrestre soit le support du salut de nos frères séparés - les Juifs, - étant bien entendu qu’il s’agit non de rebâtir le Temple matériel détruit une fois pour toutes, ou de relever les sacrifices abolis. Si l’histoire de l’EGLISE finit à Jérusalem, c’est pour entrer dans la Jérusalem céleste par la Résurrection des morts.

Un dernier point encore. Je mets en garde contre l’expression : l’évangélisation des Juifs, qui irréprochable en soi, a aujourd’hui des résonances inquiétantes. Ceux qui parlent d’évangéliser les Juifs peuvent vouloir en effet - et c’est souvent le cas - gagner quelques Juifs et les rattacher à leur EGLISE, à leur mouvement, à leur « dénomination ». On ferait alors l’économie de construire l’EGLISE du Retour. Mais gagner quelques Juifs et les détacher de la masse d’un Israël inconverti, cela s’est toujours fait, depuis l’an 70. C’est une marque de la fidélité de DIEU qui montre qu’il n’oublie pas ses bien-aimés. Mais ce n’est pas la préparation du Retour.

Pour le Retour, il faut la conversion de la masse juive ; et pour cette conversion, il faut, sur le plan de la construction de l’EGLISE, une puissance comparable à ce qu’est la bombe atomique sur le plan de la destruction. Jamais des Eglises séparées n’auront pareille puissance. De même que la bombe atomique a été donnée aux hommes par une puissance anti-christique qui a l’hégémonie sur le monde entier, de même la réconciliation des Juifs ne peut être donnée qu’à l’EGLISE du Retour, parce que celle-ci possède en elle prophétiquement, et déjà réellement dans son Eucharistie, l’unité de l’EGLISE universelle qui paraîtra devant son SEIGNEUR.

 

 

[8 / 25] LA RECONCILIATION DES JUIFS ET L’UNITE

Nous avons vu hier que la préparation du Retour est caractérisée, entre autres, par l’unité qu’enseignent JESUS, S. JEAN et S. PAUL. L’EGLISE du Retour doit posséder dans son être même le principe de l’unité, elle doit être prophétiquement l’unité qui sera manifestée au dernier jour. C’est pourquoi elle ne saurait se constituer en secte, mais elle s’insère sur la réalité de l’EGLISE du passé, et plonge ses racines dans l’institution visible fondée par les Apôtres. Elargissant aujourd’hui cette vision, nous devons l’étendre aux Juifs qui sont, eux aussi, par la promesse, dans l’EGLISE qui acclamera le Messie venant dans la gloire. La Croix devant réunir en un seul corps les enfants de DIEU dispersés, elle place dans ce corps les Juifs qui en sont, pour ainsi dire membres de droit, ou en tout cas, membres par priorité. C’est eux qui donnent leur nom à l’ensemble du Corps : l’EGLISE est l’Israël de DIEU. C’est leur capitale, Jérusalem, qui est le point central de l’EGLISE, partie, comme l’ont dit les Pères, pour un pèlerinage terrestre qui commence à la Jérusalem d’en bas pour finir à la Jérusalem d’En-Haut. En sorte, conclurons-nous, que Rome n’a été qu’une capitale provisoire : elle est, par rapport à Jérusalem, ce qu’a pu être Avignon, pour un temps, par rapport à Rome.

Il n’y a donc pas d’unité du Corps de CHRIST, partant pas de Retour du CHRIST, sans la réconciliation de la masse juive. Or la division du Juif et du Païen est la plus terriblement profonde qui ait jamais déchiré, et qui déchire, la race humaine. L’élection d’Israël, en vue du salut, est en fait la cause de l’inimitié fondamentale que l’on retrouve à la base de toute guerre, au sens le plus large, sur la terre. Sans les Juifs se mêlant à eux, les Païens connaîtraient le secret d’un pouvoir impérial qui donne au monde la pax romana. Sans les Païens, les pénétrant d’idolâtrie, les Juifs connaîtraient la prospérité d’un Royaume davidique vainqueur de tous ses ennemis. Du fait de la déchirure que DIEU a faite en enlevant à l’homme païen, cette côte qui s’appelle ABRAHAM, pour en former le peuple élu, la division, la haine, et finalement la mort, règnent sur la terre. Les moqueurs ont raison. Le plan de DIEU a échoué. Il a posé la dualité, et à tout jamais l’unité demeure impossible. Dans la soi-disant sagesse divine il y avait une faille fondamentale. Du jour où DIEU a divisé, il s’est rendu lui-même incapable de réunir.

Ainsi parle l’incrédulité, y compris l’incrédulité des chrétiens. Mais nous disons que MARIE est la fille d’ABRAHAM, et que, par elle, CHRIST le salut, est entré dans le monde. En CHRIST et en l’EGLISE, l’unité est donnée selon une sagesse divine qui paraît folie aux yeux des hommes. Seulement l’EGLISE empirique n’a pas encore saisi dans la foi cette plénitude de l’unité. Dès que le message du Retour de JESUS commence d’être formé par l’ESPRIT-SAINT dans le cœur, la raison humaine s’empresse de l’éteindre, parce qu’elle n’a pas la foi en l’unité. La foi est trop petite pour le triomphe de l’unité et de la vie. D’un côté les grands organismes ecclésiastiques, installés tant bien que mal sur la terre, s’efforcent de la faire durer le plus longtemps possible, afin de différer, le jour de la passation des pouvoirs au seul SEIGNEUR de l’EGLISE, qui sera aussi le Juge de ses serviteurs. De l’autre côté, nos amis dissidents, à qui nous devons beaucoup, risquent de succomber à la tentation d’un [ 9 ] système intellectuel qui, sous prétexte d’annoncer le Retour, le rejette au-delà d’une imaginaire disparition de l’EGLISE.

Frères bien-aimés, voulez-vous qu’ensemble nous ouvrions dans l’Union de prière un chemin nouveau. Le voici : rester ouvert à la direction de l’ESPRIT qui nous conduira pas à pas ? crier au SEIGNEUR : « Augmente-nous la foi, » afin que nous recevions la foi en l’unité et la foi en la vie ; enfin, tendant une main fraternelle à tous ceux qui aiment Notre Seigneur JESUS-CHRIST d’un amour inaltérable, nous offrir à DIEU pour une tâche concrète et surhumaine : le Retour dans la salle du festin eucharistique de celui qui boude encore à la porte : notre frère aîné : le Juif.

 

 

 


IVème Etude. – le retour de Jésus et le temps de l’Eglise

 

PREMIERE PARTIE. – Le temps et l’Eternité

 

[1 / 26] Quand on pense au Retour de JESUS, on ne peut s'empêcher d'aborder la question du Temps et de l'Eternité : c'est dire qu'on se trouve soudain en contact avec ce qu'il y a de plus difficile dans la Théologie et la Philosophie. Vous savez que, de nos jours, une des pensées les plus belles qui aient fleuri dans la philosophie française, j'ai nommé BERGSON, s'est présentée comme une philosophie de la durée et de la mémoire. Plus récemment pour ne citer qu'un seul autre nom, Martin HEIDEGGER - dont « l'Etre et le Néant » de SARTRE semble n'être qu'un démarquage -, fonde son pessimisme sur l'étude existentielle du temps : étude que l'on retrouve, il faut le dire à la gloire de la pensée chrétienne, chez un GREGOIRE de Nysse, lequel a très nettement posé une philosophie de l'existence, qu'il surmonte par une doctrine de l'éternité.

Nous ne pouvons pas entrer ici dans l'exposé de ces problèmes : ce sont les plus ardus de la philosophie, nous n'y serions pas compétents. Recommandons seulement à ceux qui aiment le Retour de JESUS, l'étude de GREGOIRE de Nysse, qu'il faut mettre aujourd'hui à son rang, le plus haut, dans l'histoire de la pensée chrétienne.

Disons simplement, en guise d'introduction, ceci : DIEU est éternel : « je suis celui qui suisL'Eternel ; le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité. Voilà mon nom de génération en génération. » JESUS fait écho à MOÏSE : « Avant qu'Abraham fut, Je suis. » Ainsi l'ETERNEL est DIEU, DIEU est l'Etre, celui qui seul peut dire, dans la plénitude : « Je suis. »

Il est encore écrit, et ici c'est l'apôtre qui parle : « Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » C'est encore S. JEAN qui nous dit avec force que nous avons appris l'amour de DIEU par la manifestation du FILS. DIEU est [ 2 ] amour, au dehors vers sa Création. Mais il est amour en lui-même, de toute éternité : car le PERE aime le FILS ; et le PERE et le FILS sont liés dans l'ESPRIT-SAINT qui procède d’eux. On connaît une des représentations les plus émouvantes de la Trinité dans l'art chrétien, celle d'Enguerrand CHARROTON (ou QUARTON), dans le Couronnement de la Vierge de Villeneuve-lès-Avignon. Le PERE et le FILS sont peints sous les traits de deux hommes semblables, qui se font vis-à-vis, et dont les lèvres, sont réunies par les ailes de la Colombe qui est le SAINT-ESPRIT.

DIEU est éternel. DIEU est amour. De cette grande vision que nous donne la parole, nous tirerons ici cette pensée : l'éternité, c’est la présence de l'être aimé. Ainsi le FILS est présent au PERE dans l'ESPRIT, et DIEU qui, dans l'amour, peut dire : « Je suis » est l’ETERNEL.

Prenons la contre-partie ; ne pouvons-nous pas avancer que le temps, c'est, au moins à quelque degré, l'absence de l'être aimé. Dans le temps, il y a toujours une certaine distance entre moi et l'autre. Cette distance devait exister même dans la Création bonne, entre ADAM et DIEU, entre ADAM et EVE. Car s'il n’y  avait pas eu comme une possibilité du moins de rupture, comment Satan se serait-il glissé, entre EVE et ADAM d’abord, entre le couple humain et DIEU ensuite ? Mourir, n'est-ce pas être vaincu par le temps, être englouti par lui, on particulier être séparé de son semblable ?

[27] Inversement le temps peut être surmonté par l’éternité, et la Rédemption suppose une telle victoire. Le Fils éternel est venu mourir dans le temps, séparé de son Père, comme l’atteste le Eli Eli lama sabachthani : ainsi il a remporté la victoire sur la mort ; il a mis en évidence la vie et l’immortalité par l’Evangile ; il s’est assis à la droite du Père. Les membres du Christ étant unis au Chef par la grâce miséricordieuse, l’espérance de l’Eglise c’est que, par la Résurrection des corps, Dieu soit tout en tous.

Ainsi dans l’éternité, la Création sera présente à l’Etre aimé, qui est Dieu, l’Etre, l’Etre aimé par-dessus tout. Dans cette présence, les créatures ici-bas séparées dans le temps seront présentes les unes aux autres en Dieu. L’éternité c’est l’absence de toute absence.

Ici-bas dans le temps, la séparation des êtres les uns d’avec les autres, se traduit par la division des instants, passé, présent et avenir. L’instant est instable parce qu’il ne contient pas une plénitude d’amour. Il tend vers l’avenir dont il attend d’être comblé dans sa quête de l’amour. Sans Dieu, c’est un mirage sans cesse décevant : tout nouveau présent rabaisse ce qu’on appelait l’avenir au niveau d’un morne instant sans amour. Pour les philosophes pessimistes, le temps est le lieu de notre malheur, et il y a là un fond tragique de vérité humaine.

Pour le chrétien dans la grâce, le mystère de la mémoire et le mystère de l’espérance font de l’instant une plénitude comblée par amour. O temps suspends ton vol, dit le poète : intuition juste en ceci que l’amour surmonte le temps. Mais le romantisme contient une revendication d’un temps indéfini pour jouir d’un amour qui n’est pas l’amour, tandis que la grâce nous donne par l’Agapé divine une victoire déjà pressentie [ 3 ] ici-bas sur le temps.

Cette introduction qui peut sembler loin du sujet du Retour de Jésus, a pour but de fixer cette pensée, que chaque période de l’histoire de l’Eglise, comme chaque journée de notre vie, peut être envisagée sous un double aspect : ou bien nous additionnons les moments isolés, jours, mois, années, siècles, et nous obtenons un temps indéfini, comme une ficelle faite de morceaux rajoutés bout à bouts, et on n’aurait jamais fini d’en rajouter. Ces morceaux du temps se courent les uns après les autres sans jamais se rattraper. Ce qu’ils cherchent c’est l’amour, mais ils ne le trouvent pas, car ils le cherchent en-dehors d’eux-mêmes. Dans cette perspective, on rejette le Retour de Jésus au bout de la ficelle : mais comme il n’y a pas de dernier bout, comme on peut toujours en rajouter, le Retour de Jésus s’évanouit au bout d’un temps qui n’a pas de bout. Telle est la position, dans l’Eglise, de toute théologie qui par un rationalisme de la foi, se dessèche quant à l’amour. Mais telle est aussi, dans l’histoire, la position de toute secte qui a annoncé prématurément un Retour de Jésus prédit au bout d’un temps qui en fait n’a pas eu de bout.

[28] Ou bien, autrement, chaque génération chrétienne a pu vivre dans la foi qu’informe l’amour ; alors, inévitablement, avec la foi et l’amour elle a saisi l’espérance ; elle a vécu dans le Retour de JESUS, et elle n’a pas été trompée. On peut comparer ici l’histoire de l’EGLISE - non à la ficelle faite de morceaux mis bout à bout, et à laquelle il y a toujours un bout à rajouter - mais à la corde bien tendue d’un bel arc. L’arc lui-même, c’est la grâce de DIEU, c’est JESUS qui était, qui est et qui revient. La corde, c’est l’EGLISE, entre ces deux extrémités : la venue sur la terre de JESUS incarné en abaissement, le retour sur la terre de JESUS en gloire.

Les chrétiens qui ont vécu cet Evangile, ont été dans le Retour de JESUS, à quelque point de la corde qu’ils fussent situés. Et pour chaque génération, le Retour de JESUS, ce n’est pas de spéculer sur un bout de ficelle à rajouter, mais c’est de savoir à quel point DIEU nous a mis sur la corde du bel arc. L’apôtre PIERRE, sans conteste, était à l’attache de la corde sur la première extrémité de l’arc. Il touche le cœur de la grâce en s’écriant : « Tu es le CHRIST, le FILS du DIEU vivant. » L’apôtre PAUL n’était pas loin de cette première extrémité de l’arc ; il pouvait encore toucher PIERRE, quand ils se donnèrent la main d’association. Nous, nous ne sommes pas loin de l’autre extrémité de l’arc : je crois même que nous la touchons déjà.

Mais il nous faut aujourd’hui, considérer les générations qui ont été placées entre la fin et le commencement.

 

DEUXIEME PARTIE. - FAUSSES ANNONCES DU RETOUR DE JESUS

 

[4 / 29] Toute comparaison est trompeuse. La ficelle indéfinie faite de morceaux rajoutés bout à bout, et l’arc bien tendu, tout cela, c’est très joli. Mais la réalité est plus complexe. Pour être dans le vrai, à travers la réalité concrète, il faut un peu embrouiller les choses. Il faut dire, par exemple, que la ficelle en question est quand même toujours du même chanvre que la corde de l’arc ; il n’y a pas de secte absolue ; toute secte est, en un sens dans l’EGLISE ; toute annonce fausse du Retour de JESUS a pu contenir une part de vérité. Le l’autre côté, il faut dire que la corde n’est jamais, sur la terre, si bien tondue qu’il le faudrait. Il lui arrive de se relâcher. L’EGLISE s’endort et son espérance, comme son zèle, se relâchent. L’histoire nous présente donc, au sujet du Retour de JESUS deux grandes possibilités d’erreur :

D’une part, il y a l’erreur de tout schisme qui annonce le Retour de JESUS comme proche ; mais étant hors de la charité, le schisme ne peut saisir l’espérance. Il annonce le Retour de JESUS intellectuellement, sur le plan de la doctrine. Il fait appel à la foi sans doute, mais la foi sans la charité est morte. C’est une foi qui très vite se durcira en formules sans vie : le schisme s’endurcit en une secte, et bientôt un nouveau schisme viendra se dresser contre cette secte.

C’est dire que l’on peut pécher contre la charité et contre l’espérance par impatience et par dureté, par zèle amer et par esprit de dispute. Et c’est cela qui explique que beaucoup ont annoncé que JESUS reviendrait de leur temps et il n’est pas revenu. Ils sont une preuve que, en CHRIST, on ne peut pas faire l’économie de la charité.

D’autre part l’autre erreur possible est celle de l’EGLISE elle-même, qui ne se saisit pas dans le proche Retour du Seigneur JESUS. Elle laisse refroidir son espérance. Son zèle aussi s’attiédit. Le Retour de JESUS, au lieu d’être annoncé proche, est reporté très lointain. Comme les extrêmes se touchent, les deux reviennent au même. Dans l’EGLISE à l’espérance attiédie, la charité aussi se refroidit. De même que le schisme était dur dans les coupures qu’il provoquait, de même l’EGLISE attiédie se raidit dans une attitude persécutrice.

Pratiquement, dans l’EGLISE, les deux attitudes se font vis-à-vis à la même époque. C’est ce que nous allons constater on passant on revue quelques exemples historiques.

 

 

1er EXEMPLE : LE MONTANISME.

Nous parlons ici familièrement, en toute liberté : j’ai souvent eu peur d’être moi-même une sorte de sous-produit du Montanisme, un mélange des erreurs de TERTULLIEN et de MONTAN.

Le mouvement prophétique de la fin du 2ème siècle ressemble en effet comme un frère au Pentecôtisme d’aujourd’hui ; et même je dirai que Charmes ressemble - extérieurement seulement je l’espère - au Mon- [ 5 ] tanisme, plus que toute branche du Pentecôtisme.

 [30] Par exemple, je dis que l’œuvre a ici un centre localisé : je convoque des Retraites à Boissier. De même : « Hommes et femmes quittaient à l’envi leur villages et leurs villes pour se rendre dans la plaine située entre Pépuze et Tymion, où MONTAN annonçait l’imminente descente de la Jérusalem céleste. »

Le mouvement de Charmes, on le sait, est essentiellement un mouvement de femmes. De même : « On voyait MONTAN se faire accompagner de deux prophétesses, MAXIMILLA et PRISCILLA. On entendait ces femmes prononcer des oracles, enseigner aux multitudes la nouvelle prophétie. Rien n’était plus contraire à la tradition, dont S. PAUL avait posé le principe, en ordonnant aux femmes de se taire dans les assemblées. »

Le Montanisme avait une morale rigoriste. Un des: plus violents traités anti-catholiques de TERTULLIEN est le « De Pudicitia ». Le vieux lutteur y prend feu et flamme parce que le pape CALLIXTE a permis la réconciliation avec l’Eglise, par la pénitence, des chrétiens tombés dans l’adultère et la fornication. Ce n’est certes pas à la porte des églises que TERTULLIEN afficherait un tel édit, mais plutôt, dit-il, à la porte des maisons de prostitution.

Pourtant JESUS n’est pas revenu du temps de MONTAN et de TERTULLIEN, malgré les prophéties et tous les autres charismes du Paraclet. Comment pouvons-nous être sûrs que nous ne nous sommes pas simplement égarés dans le même illuminisme qu’eux ? Je réponds : le Montanisme fut une secte de l’impatience ; elle se sépara avec dureté et avec un zèle amer d’une église, qui, d’autre part, commençait de donner des signes de relâchement. En annonçant le Retour de JESUS proche, MONTAN, qui n’était pas dans la charité, ne pouvait pas saisir une espérance vivante : il ne faisait que raccorder un bout de ficelle aux deux premiers siècles de l’histoire de l’EGLISE : et son bout de ficelle n’était pas le dernier, et même il ne pouvait pas l’être. Aucune secte ne pourra jamais saisir le Retour dans l’espérance ; et, s’il ne devait y avoir que des sectes, il n’y  aurait jamais de Retour de JESUS.

2ème EXEMPLE : LE JOACHIMISME.

L’histoire du joachimisme est extrêmement intéressante, parce qu’elle marque le moment où l’Eglise catholique romaine a définitivement laissé se relâcher son espérance. On peut dire, que depuis, le catholicisme n’a jamais ressaisi cette espérance vivante. Après l’écrasement des néo-joachimites du XIIIe siècle, ce n’est que d’une manière espacée, sporadique, que quelques saints parleront encore avec une intense conviction du Retour de JESUS, et ils ne seront pas entendus : tels un saint Vincent FERRIER au temps du grand Schisme ou un saint Louis Marie GRIGNION DE MONTFORT à la fin du Grand Règne (celui de Louis XIV).

L’histoire du joachimisme est très complexe. Au XIIe siècle l’abbé JOACHIM DE FLORE (il est mort vers 1201 ou 1202) fut une manière de saint et de voyant. Mettant la contemplation au-dessus de l’action, il ne fonda ni mouvement ni secte ; il ne songea pas à sortir de l’ÉGLI- [ 6 ] SE, où il était respecté et honoré. C’est par des œuvres qu’il devait agir par la suite, notamment par l’Expositio in Apocalypsim ou Apocalypsis nova, et sa Concordia Novi et Veteri Testamenti. JOACHIM y exposa une sorte de trithéisme historique. L’Ancien Testament est la figure du Nouveau.

[31] De même, le Nouveau Testament était interprété à son tour comme la figure d’un troisième âge encore à venir, et dont JOACHIM se considérait comme l’initiateur. L’Ancien Testament était plus particulièrement l’âge du PERE, le Nouveau Testament, dominé par le grand fait de l’Incarnation, était l’âge du FILS. Le nouvel âge serait l’âge de l’ESPRIT

Il y a donc eu « un temps où les hommes vivaient selon la chair : il a duré jusqu’au CHRIST, et commencé avec ADAM ; un autre où l’on vit à la fois selon la chair et selon l’ESPRIT ; il a duré jusqu’au moment présent, et a commencé avec le prophète ELISEE, ou avec OSIAS, roi de Juda ; il y aura un temps où l’on vivra en esprit ; il durera jusqu’à la fin du monde et a commencé avec le bienheureux BENOIT. Dans l’un on a été sous la Loi, dans l’autre nous sommes sous la Grâce ; dans le troisième, que nous attendons prochainement, nous serons sous une grâce plus abondante... Le premier est l’âge de la servitude servile, le second de l’obéissance filiale, le troisième de la liberté ; le premier est l’âge de la crainte, le second de la foi, le troisième de la charité. Le premier est l’âge des vieillards, le second celui des jeunes gens, le troisième celui des enfants. »

Du temps de JOACHIM même, ces doctrines ne provoqueront ni trouble ni scandale. Mais bientôt après la mort de cet Abbé-Prophète, apparaissaient S. FRANÇOIS et S. DOMINIQUE qui fondaient les ordres mendiants. Parmi eux, et surtout parmi les Franciscains, une « gauche » illuministe se réclama des conceptions et des prophéties de JOACHIM DE FLORE. Les mendiants, disait-on, sont les deux témoins du ch. XI de l’Apocalypse ; ils sont figurés par ENOCH et ELIE qui doivent revenir avant la fin du monde.

Autour de ce Néo-joachimisme naissait toute une littérature pseudo ou deutéro-joachimienne. On apporte des prophéties et des révélations nouvelles. On ne tarit pas sur la corruption du clergé. Pour l’auteur d’un commentaire sur JEREMIE (XIIIe s.) l’Eglise romaine est déjà la Grande Prostituée de l’Apocalypse ; il vaudrait mieux pour le pape SILVESTRE qu’il ne fût jamais né ; le patrimoine de l’EGLISE, reçu par lui a été pour elle l’arbre de la science du bien et du mal.

Cette littérature culmine dans l’Introduction à l’Evangile éternel du franciscain Gérard DE BORZE SAN DONNINO (1254). JOACHIM n’avait fait que proclamer que le Nouveau Testament avait un sens spirituel plus profond et caché sous la lettre, comme il était lui-même la clé de l’Ancien Testament. Mais Gérard va beaucoup plus loin. Pour lui, l’ESPRIT s’est retiré de l’Ancien et du Nouveau Testament, pour venir demeurer dans les récits de JOACHIM lui-même, qui constituent l’Evangile éternel. S. FRANCOIS d’ASSISE est l’Ange de la Révélation, qui tient le petit livre ouvert dans sa main.

[ 7 ] Au XIIIe s. et au début du XIVe, le néo-joachimisme eut une extraordinaire diffusion. Il compta des penseurs de valeur comme Pierre OLIVI, Ubertino de CASALE, Arnaud de VILLENEUVE. Ce dernier, mort on 1311, fixe la date de l’apparition de l’Anti-Christ à 1358. DANTE ne fut pas insensible à certaines influences Joachimites. Elles se propagèrent encore parmi les béguins du Languedoc et les Fraticelles d’Italie que l’Inquisition persécuta. L’influence du néo-joachimisme continua de se faire sentir pendant toute la fin du Moyen-Age.

[32] Le néo-joachimisme qui fleurit ainsi au XIIIe et au XIVe s. est la contrepartie d’une EGLISE qui se mondanise, s’installe dans une civilisation de plus en plus profane, et laisse se relâcher son espérance. Dans la théologie de S. THOMAS, ce qui concerne l’espérance est ramené aux proportions du salut de l’âme individuelle. La béatitude de celle-ci dans le ciel est beaucoup plus au premier plan que la Résurrection du corps, laquelle ne constitue qu’une sorte de rallonge placée dans un temps très éloigné et très indéterminé. La béatitude, de l’âme qui jouit de DIEU, idéal plus riche, certes, que celui des philosophes grecs, mais qui leur est nettement apparenté, cette béatitude qui ne requiert pas la corporéité, est tellement le centre de l’espérance chrétienne, qu’un des papes français, JACQUES de Cahors, qui régna on Avignon sous le nom de JEAN XXII, eut de très gros ennuis pour avoir prêché que cette béatitude pouvait ne pas être aussi parfaite qu’elle, le serait après la Résurrection, du corps.

Ainsi au spiritualisme des franciscains qui combattent violemment, la hiérarchie, c’est-à-dire le corps visible de l’EGLISE, et qui s’impatientent au point de voir l’Anti-Christ dans le clergé, s’oppose un autre spiritualisme, celui de l’EGLISE qui se relâche. De toute manière le temps se distend, l’éternité n’a pas de vraies prises. Aussi ne sommes-nous pas surpris qu’on prête au pape BONIFACE VIII ce jugement sur les commentateurs d’Apocalypse qui pullulaient de son temps : « Pourquoi ces imbéciles attendent-ils la fin du monde ? » Et CLEMENT V écrit à JACQUES II d’Aragon que pendant, la lecture, en plein Consistoire, par Arnaud de Villeneuve, d’un manifeste rempli d’idées apocalyptiques, lui, le pape, il pensait tranquillement à des choses plus importantes.

3ème EXEMPLE : LES DISSIDENCES PROTESTANTES.

Depuis la persécution du néo-joachimisme, et à plus forte raison, depuis le Concile de Trente, le Catholicisme n’a pu encore ressaisir l’espérance du Retour. Celle-ci devait trouver son refuge dans le protestantisme, et particulièrement dans les dissidences, les grandes églises nationales ayant tendance à s’installer sur la terre à l’image de Rome.

Dès l’aube de la Réforme, l’Anabaptisme est un mouvement prophétique qui annonce le Retour de JESUS, et qui, une fois de plus, se trompe. LUTHER, qui contribua à noyer ce mouvement dans le sang, ne fut pas exempt d’une certaine annonce du proche Retour de JESUS : et cela dans la mesure où il se dressa contre le Catholicisme dans un esprit de dureté et de schisme. Sur ce plan, LUTHER devait avoir la conviction que sa Réforme était la vérité absolue ; il possédait la Parole de DIEU, le seul sens juste des Ecritures. Dès lors la persistance de l’Eglise romaine était pour lui à la fois une menace et un scandale. Pour lutter contre les doutes qui le saisissaient sur l’authenticité de sa mission, LUTHER [ 8 ] avait besoin de la certitude de la destruction totale de Rome. Esprit du moyen âge encore, c’était pour lui un scandale que tous les chrétiens ne fussent pas dans la seule vraie église, la sienne.

L’annonce du Retour de JESUS résout le double danger : le pape, avec son clergé, est l’Anti-Christ ; si la prédication de la Réforme ne les a pas convaincus d’erreur, c’est que « der jüngste Tag » est bien proche, et que le Seigneur JESUS va venir les détruire, du souffle de sa bouche. Cette eschatologie, dure et schismatique, n’est pas empreinte de l’espérance et rejoint celle des sectes.

[33] Plus près de nous le Darbysme, puis l'Adventisme, puis toutes les variétés d'Anges de l'ETERNEL, nous ont fourni de multiples exemples d'une annonce fausse du Retour de JESUS. Tout récemment mourait M. FREYTAG qui avait déclaré qu'il ne mourrait pas. Nous avons suffisamment vu, au cours de ces études que cette annonce, durcie dans la dissidence, n'était pas une espérance vivante. Le reproche que l'on peut lui faire, ce n'est pas tant de se tromper sur des dates, que de réduire le Retour de JESUS au plan d'une doctrine morte, et de ne pas faire fleurir les essentielles vertus du CHRIST : la foi vivante, la charité, et l'espérance, celle qui ne confond point, parce qu'elle saisit le Retour, en CHRIST dans une communion vivante

 

CONCLUSION

 

Notre étude historique a surtout porté sur les aspects négatifs de l’annonce du Retour de JESUS dans l'histoire de l'EGLISE. Nous avons voulu par là, nous préserver des erreurs qui n'ont que trop souvent déshonoré le nom de CHRIST, même avec un désir sincère de le servir.

Il y aurait une autre étude à faire, du côté positif. Nous ne pouvons que l'indiquer. Disons seulement qu'à toute époque où la foi a été vivante et où elle a servi DIEU et le prochain dans la charité, l'espérance du proche Retour de JESUS n'a pas été absente. Aussi n'est-ce absolument pas par une sorte d'erreur d'optique que l'EGLISE primitive a vécu dans l'imminence du Retour de JESUS. Ces chrétiens posaient avec un amour ardent la base juive de l'EGLISE, et ils inauguraient avec S. PAUL, la mission parmi les Païens. A leur foi vivante, à leur charité, répondait l'espérance ils pouvaient s'écrier dans leur Eucharistie : Maranatha ! le SEIGNEUR vient ! Ils ne fixaient pas de date, mais le Retour de JESUS était proche : ils vivaient dans ce Retour ;  ils réalisaient l'espérance donnée à l'EGLISE. Inutile de souligner qu'ils vivaient, autant que cela était dans leur pouvoir, dans l'unité.

On retrouvera, au cours des âges, la même espérance vivante, chaque fois qu'un Réveil, une Mission, un Mouvement d'évangélisation, ont travaillé avec amour au salut du monde. On ne peut servir le CHRIST sans saisir l'espérance du Retour dans une authentique expérience chrétienne et ecclésiale.

[ 9 ] Pour nous, le Retour de JESUS est une question de vie ou de mort parce que nous en sommes à la dernière étape, la conversion des Juifs, et que, après celle-ci, il n’y en aura plus d'autre. Mais il ne s'agit pas simplement de croire dans l'intelligence que « bientôt » signifie aujourd'hui : peu d'années. Cela ne suffirait pas pour nous donner l'espérance. Cela encore peut être un calcul, une foi morte. Aujourd'hui, tout près de la fin en années d'hommes, comme au début, tout près de la fin, en années de DIEU, l'espérance reste essentiellement une vertu qui ne peut s'épanouir en une expérience vivante que sur la base de la foi qui croit pour obéir, et plus encore, sur la base de la charité qui veut l'unité du Corps visible de JESUS-CHRIST.

 

 

Le vêtement chrétien de la femme*

 

L’Eglise a un enseignement sur le vêtement

 

Le chrétien baptisé veut renoncer au péché et obéir à Jésus- Christ : « que le péché ne règne donc point-dans votre corps mortel ».[175] Le baptisé étudie donc la parole de Dieu sur les points où se pose une question d’obéissance ; il écoute aussi l’enseignement de l'Eglise qui aide à comprendre la Parole.

Le vêtement de la femme est un point où se pose une question d’obéissance. C'est un point sur lequel Dieu parle, et il est dit : « Gardez-vous de refuser d'entendre Celui qui parle » (Hébreux 12/25). Les textes des Saintes-Ecritures sont nombreux sur ce point.[176] Les apôtres ont donné des directions précises aux premières communautés. Il y a une théologie du vêtement, qui a été développée par les Pères et les Docteurs : de cette théologie découlent des applications pratiques. Dès le début, et de tous temps, les chrétiens de la Réforme ont été particulièrement attentifs et soigneux dans le domaine du vêtement.[177]

Nous ne voulons pas exposer ici la Théologie du vêtement.[178] Nous dirons seulement, en un mot, que l'étude de la Bible montre que le vêtement a une signification aux yeux de Dieu. Si étrange que cela puisse paraître au premier abord, Dieu nous parle par le vêtement : et c'est en nous le donnant[179] ; à notre tour, nous parlons à Dieu, en revêtant le vêtement que Dieu nous donne, ou, au contraire, en le repoussant pour prendre celui qui porte la marque de Satan.[180]

Que signifie donc le vêtement que Dieu donne au chrétien ? Il représente la grâce et la miséricorde dont nous sommes revêtus par Jésus-Christ.[181] Il représente aussi le corps de Résurrection que nous allons revêtir et qui engloutira ce corps mortel.[182]

Dans l’Eglise des premiers siècles, les nouveaux baptisés (adultes) recevaient, au sortir du Baptistère une robe blanche, qu'ils portaient toute la semaine suivante.[183] Cette robe blanche de Baptême doit toujours être visible, en quelque manière, dans le vêtement chrétien.

Laissant de côté la Théologie du vêtement, nous allons décrire simplement à quelles exigences doit répondre aujourd'hui le vêtement chrétien de la femme. Nous laisserons l’habit masculin pour une autre étude, très nécessaire elle aussi. Ajoutons que nous ne nous placerons pas sur le terrain d'un christianisme général, mais sur le terrain de la vie chrétienne telle que nous voulons la pratiquer dans l’« Union de prière de l'Eglise Réformée de Charmes », en réponse aux grâces et aux appels que nous avons reçus de Dieu, en Jésus-Christ, par la puissance du Saint-Esprit.

Nous allons développer cette pensée que, selon la volonté de Dieu, le vêtement de la femme chrétienne, au sein de l'Union de prière, doit répondre à quatre exigences :

Exigence de la liberté ;

Exigence de la beauté ;

Exigence de la fidélité

Exigence de la simplicité.

 

L'EXIGENCE DE LA LIBERTE

 

C'est la plus difficile de toutes : elle résulte du fait que l'Union de prière n'a pas d'uniforme. Certes, nous approuvons l'uniforme des Religieuses, des Diaconesses, des Salutistes s’il exprime un renoncement accompli une fois pour toutes par le moyen d'un vœu.[184] Un tel chemin est agréable à Dieu et l'on comprend que quelques-uns y soient appelés. Mais la masse des chrétiens a gardé, à travers les âges, la liberté de se vêtir selon les temps, selon les lieux, selon les conditions et selon les métiers.

La liberté du vêtement est belle aussi : car elle permet à chacun d'honorer Dieu d’une façon personnelle, dans la manière de se vêtir. Le détail de la mise devient une série d'actes d'offrandes présentées à notre Sauveur bien-aimé, comme les offrandes d'argent que nous renouvelons avec amour.

Seulement la liberté chrétienne comporte l'amour de la Croix. Elle n'est pas la licence, la faculté de faire n'importe quoi. Elle n'est pas le caprice ; elle n'est pas la soumission aux hommes pour leur plaire (Galates 1/10). La liberté chrétienne est orientée par l’obéissance (Galates 5/13). Il serait complètement faux de dire : « L'Union de prière n'a pas d'uniforme ; donc n'importe quel vêtement est permis, pourvu qu'il ait l'approbation de notre milieu ». Car parler et agir ainsi, ce serait soustraire le vêtement, et le corps lui-même, au Seigneur à qui le baptisé appartient (I Corinthiens 6/20).

Que les gens du monde, qui sont pécheurs, indifférents, incrédules, usent de leur liberté comme d'un « prétexte de vivre selon la chair » (voir Galates 1/10) ; qu'« ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte », qu'« ils ne pensent qu'aux choses de la terre » (Philippiens 3/19) ; cela est normal, en un sens, ou, en tous cas inévitable. Nous n'avons pas à leur en faire de reproches, mais à travailler à leur conversion et à leur salut. Seulement, nous n'amènerons les âmes à Jésus, et nous ne les édifierons en lui, que si nous usons de notre liberté pour glorifier le Seigneur notre Dieu.

Ainsi donc l'exigence de la liberté comporte que la femme baptisée en Christ soumette son vêtement à un choix, dont le but essentiel est de plaire au Seigneur. Il y a donc lieu d'étudier la Parole écrite, de prier, de demander la lumière du Saint-Esprit. Que l'obéissance soit objet de conviction (Romains 14/23). Qu'elle n'ait pas pour but de se soumettre extérieurement à un enseignement ou d'imiter autrui. L'exigence des vertus chrétiennes est la même pour tous : elle se résume ici dans le mot traditionnel de « modestie », qui signifie une modération décente et juste (I Timothée 2/9). Mais si toutes les chrétiennes fidèles sont modestes dans leur mise, cela n'exclut pas une grande variété dans le détail, de l'une à l'autre. Cette variété même montre que les cœurs sont ouverts au Seigneur.

Il semble légitime que la femme mariée plaise à son mari, également par sa tenue (I Corinthiens 7/34). Toutefois l'autorité du mari ne peut aller jusqu'à imposer le péché. Avec douceur, une épouse gardera sa liberté pour se vêtir sans jamais offenser Dieu

Y a-t-il une contradiction absolue entre la modestie chrétienne et la mode ? Nous ne le croyons pas. Du moment où l'Union de prière n'a pas d'uniforme, il est évident que les sœurs baptisées prendront leur vêtement dans ce que la mode leur présente. Mais ici se manifeste fortement l'exigence de la liberté. Par la liberté, la femme chrétienne choisit, trie, prend ce qui convient, se retient des outrances passagères et vaines. Par la liberté elle adapte au service de Dieu ce que la mode des hommes lui fournit. Ainsi la mode n'est pas une maîtresse devant laquelle on se courbe en esclave (Romains 6/19) : elle est une servante que l'on amène à l'obéissance de Jésus-Christ. Et pour cela, il faut imprimer sur ce que l'on prend dans la mode la marque donnée par saint Paul : « décence, pudeur, modestie » (I Timothée 2/9).

 

 

L'EXIGENCE DE LA VRAIE BEAUTE

 

Ce serait une grande erreur de croire que l’attachement à Jésus- Christ conduit à rechercher la laideur. Le Sauveur rachète et restaure la Création du Père, qui est belle (Genèse 1/31). Il ne la déforme pas. Certes, le chrétien a part à la souffrance du Christ ; mais il nous est dit : « quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret » (Matthieu 6/17-18).

Il ne faut donc pas que la femme chrétienne soit « fagotée » ou « mal fagotée ». Qu'elle se garde d'une sorte de zèle amer qui prônerait la laideur pour blâmer la beauté que recherchent les femmes du monde. C'est la convoitise qui est un péché, ce n'est pas la beauté. Qu'on se garde aussi de négligence, de laisser-aller, de paresse. Il va sans dire qu'une grande propreté est requise, sur le vêtement, comme sur la personne.

Seulement, il faut poser avec soin la question : Quelle est la vraie beauté ? Il n'est pas certain qu'une mode soit belle simplement parce qu'elle est la mode. Etre comme tout le monde, être à la page, être du dernier bateau, ce n'est pas forcément être dans la beauté. Au contraire, la mode contient une grande part de laideur, de déformation de l'être humain. On s'en aperçoit vite quand on regarde des photographies ou des gravures qui datent de quelques années.

La vraie beauté en Christ vient d'un principe moral autant que du physique. Des traits qu'on aurait pu dire ordinaires sont transfigurés quand la grâce et la charité illuminent le visage. Aussi les habits ne sont-ils pas recherchés comme une parure extérieure (I Pierre 3/3-4) qui apporterait la beauté du dehors ; mais ils sont adaptés à la personne de manière à s'imprégner de la vraie beauté qui a sa source dans le cœur. La femme chrétienne est délivrée du souci de vieillir ; car sa beauté vraie, comme son cœur, reste jeune (Proverbes 31/25 et 30). Elle est [dé]livrée du souci de l'envie, car, en Christ, toute femme a sa part de beauté, qui vient de son cœur transformé, et qui imprègne tout son être et sa mise elle-même.

 

L'EXIGENCE DE LA FIDELITE

 

Il s'agit de la fidélité à Jésus-Christ et à l’Evangile. Le vêtement, avons-nous dit, est un don de Dieu : il représente le pardon divin : « Il m'a revêtu des vêtements du salut » (Esaïe 61/10) ; il représente aussi le corps de Résurrection : « Si du moins nous sommes trouvés vêtus et non pas nus » (II Corithiens 5/3).

Il est donc d'une extrême importance que le vêtement chrétien ne nous soit pas retiré s car, que nous resterait-il alors, sinon une livrée du monde ? « Etant affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu » (Romains 6/22), nous ne pouvons pas nous faire les esclaves des princes de ce monde. Nous ne pouvons pas accepter des vêtements souillés comme s'ils étaient innocents. Jésus-Christ a accepté de revêtir pour nous un vêtement de dérision (Matthieu 27/27-31) ; nous, pour le glorifier, nous ne pouvons porter que le vêtement du salut. « Mon ami, dit le Maître, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noce ? » (Matthieu 22/12)

C'est pourquoi aucun vêtement qui oblige à une nudité partielle du corps ne peut s'appeler un vêtement chrétien. Pour qu'il y ait nudité dans les rapports de la vie courante, il faut que le vêtement chrétien ait été ôté, et remplacé par un autre, qui porte la marque de l'ennemi.

Considérez. D'où sortent les mises qui se sont étendues aujourd'hui à la plupart des femmes ? Où se pratiquaient ces nudités avant d'envahir le public ? Il faut le dire : Ces mises sortent des mauvais lieux, des lieux de plaisir impurs et de débauches. Pourquoi ces mises se sont-elles étendues sur la plupart des femmes ? Parce que la Baptême est tombé en oubli : Rejetant leur Baptême, les incrédules ont perdu le privilège du vêtement chrétien. Maintenant, plus n'est besoin d'aller dans des lieux écartés pour rencontrer des femmes « ayant la mise d'une prostituée » (Proverbes 7/10).

Mais ne peut-on pas revêtir ces mises, une fois qu'elles sont autorisées par la coutume, tout en gardant un cœur innocent et pur ? La question n'est pas là. Dieu n'admet pas les ceintures de feuilles de figuier (Genèse 3/7 et 21) que l'homme met parce qu'il a honte, tout en restant nu malgré tout. Dieu donne au racheté un habit et il l'en couvre. Les mises de nudité sont des mises de péché, qui viennent des pécheurs, et qui portent la marque du péché. Si vous êtes une chrétienne au cœur pur, instruite de la Parole, comment pouvez-vous vous présenter à vos frères dans une mise de péché ? Telle est la question qu’il faut poser.

Mais, dira-t-on encore, le mal n'est-il pas ôté une fois que l’habitude d'une nudité est prise par tout le monde ? on n'y pense plus. Inutile donc de voir le mal où il n'est pas !

Ce raisonnement est étrange. Où est-il dit dans la Bible que, lorsque tout le monde fait le mal, le mal est excusé aux yeux de Dieu ? Quand David dit : « Tous sont pervertis » (Psaume 14), cela éteint-il la juste colère de Dieu ? Dans le domaine de l'impudeur, avec ces principes, on excusera n'importe quoi. Les chrétiennes qui n'osent pas prendre position, une fois pour toutes, d'aplomb sur la Parole de Dieu, seront condamnées, malgré leurs répugnances, à exhiber de plus en plus leur nudité, pour ne pas paraître se singulariser. Aussitôt que l'ennemi a gagné un point il en veut un autre. Si on commence de lui céder on ne s'arrêtera plus. Face à la nudité de la corruption, l'exigence de la fidélité chrétienne est une exigence absolue.

« Le corps n'est pas pour l’impudicité, il est pour le Seigneur » (I Corinthiens 6/13) ; non pas en partie, mais totalement. Il est écrit : « Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2/10). Et encore : « Retiens ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » (Apocalypse 3/11). On pourrait traduire aujourd'hui : Que personne ne te prenne ton vêtement ! Ce n'est pas un hasard si le livre de la fin des temps contient encore cette parole : « Voici je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille, et qui garde ses vêtements, afin qu'il ne marche pas nu et qu'on ne voie pas sa honte » (Apocalypse 16/15).

Est-il donc impudique -avec les jupes courtes- de ne pas porter de bas ? Oui, cela est impudique. Toute femme, pécheresse non-convertie ou chrétienne non éclairée, qui agit ainsi, offense Dieu, sans le savoir, par la séduction de l'Adversaire. Pour nos sœurs, instruites dans la Parole de Dieu, ce point devient un point essentiel de résistance (I Pierre 5/8-9) et de fidélité. Comme le Baptême, dont elle est la conséquence, cette conviction provoque la raillerie. Cela est normal : « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés » (II Timothée 3/12).

La chevelure est un autre point d'absolu. Ici l'Ecriture Sainte nous guide jusque dans la lettre : « il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ... C'est une gloire pour la femme de porter de longs cheveux » (I Corinthiens 11/6 et 15)). Ne disons pas : « C'est une simple opinion de S. Paul ! C'était bon pour son temps ! » Non : il s'agit d'un commandement apostolique, donné avec tout le poids de l’autorité, S. Paul lui-même interdisant que l'on conteste sa parole (voir le verset 16). La chevelure naturelle de la femme est une gloire : la faire couper, c'est être infidèle à un don de Dieu, c'est rejeter une grâce.

Autre point d'absolu encore : les fards et les bijoux. Contre ces ornements artificiels, les anciens Pères se sont élevés avec une force particulière.[185] Les premiers chrétiens veillaient scrupuleusement à ce que toutes ces marques du paganisme fussent ôtées avant l'immersion du Baptême : inutile de dire qu'on ne les reprenait pas ensuite. S'abstenir de maquillages est une fidélité à la vraie beauté donnée par Dieu, et qui s'illumine du dedans par la pureté du cœur.

Aujourd'hui, l'impudicité, selon la parole de saint Augustin « éclate d'une manière honteuse et étale au grand jour des convoitises jusqu'alors cachées sous le voile des mœurs pudiques ».[186] Devant cet étalage, l’Eglise ne peut que rappeler le mot d'ordre de la fidélité chrétienne en répétant avec S. Paul : « Fuyez l’impudicité » (I Corinthiens 6/18).

 

L'EXIGENCE DE LA SIMPLICITE

 

Nous avons vu (en parlant plus haut de l’exigence de la vraie beauté) que la vraie beauté venait du cœur et avait une source morale. Le vêtement chrétien de la femme a aussi, en lui-même, une beauté : il doit être fait avec goût, seyant et agréable. Ce qui distingue le goût chrétien, c'est la simplicité, éloignée de tout ce qui est grossier, tapageur, surchargé.

La simplicité exprime que le cœur ne s'attache pas aux richesses, n'est pas envieux : « Il en est, dit S. Grégoire, qui croient que la recherche des vêtements fins et précieux n'est pas un péché ; mais alors, pourquoi l’Evangile aurait-il si expressément remarqué que le mauvais riche, tourmenté en enfer, était vêtu de pourpre et de fin lin ? Non, ce que l'on cherche dans les vêtements précieux, c'est-à-dire au-dessus de sa condition, c'est la vaine gloire ».[187]

Dans les assemblées de l'Eglise, la simplicité des vêtements bannit l’acception de personnes. Les plus pauvres ne sont pas méprisés, et les personnes plus aisées ne cherchent pas le premier rang par leur luxe (Jacques 2/1-7).

La simplicité évitera enfin qu'une partie trop importante du budget ne passe dans le vêtement, au détriment de dépenses plus utiles ou des offrandes pour le service de Dieu. Selon sa condition, chacun doit se tracer ici une ligne de conduite empreinte de modération et de bon sens.

Dans la pratique, la simplicité se traduit en règles que chacun saura tracer pour lui-même, et appliquer avec souplesse et avec tact : par exemple, préférer ce qui est sobre et qui dure, à ce qui est voyant et qu'il faut renouveler sans cesse ; choisir avec goût les couleurs du vêtement ; adapter l'habillement, la coiffure, les chaussures, à sa condition et à ses occupations.

La recherche de la simplicité, sans excès, dans aucun sens, jointe aux exigences de la liberté, de la vraie beauté et de la fidélité, conduira chaque chrétienne baptisée à se créer petit à petit son propre « style ». Elle prendra son vêtement, avons-nous dit, dans ce que la mode présente : mais ce sera pour y imprimer la marque de sa personne. Aussi une femme chrétienne se ressemblera à elle-même à travers les années. On reconnaîtra son goût, son caractère, aux choix qu'elle aura faits, aux lignes qu'elle aura adoptées.

Les variations légitimes n'auront pas une grande amplitude. La femme de foi n'est pas une poupée que la mode travestit selon ses caprices ; elle n'est pas une automate qui copie ce que font même les autres chrétiennes : mais elle est la servante fidèle du Seigneur Jésus, vêtue dans le même esprit que les Saintes Femmes qui l'ont accompagné sur la terre, qui ont veillé au pied de la Croix, et qui ont salué le matin de Pâques auprès du tombeau vide.

Mes sœurs, soyez vêtues en tous temps de telle sorte que, le jour où Jésus apparaîtra, vous n'ayez pas honte de vous présenter devant lui et de vous prosterner à ses pieds percés pour vous : « Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna et lui dit en hébreu : Rabbouni ! c'est-à-dire : Maître ! » (Jean 20/16).

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Quatre études sur la prière

- 1948 -

 

Pour établir le texte de cette étude, nous nous sommes basés sur deux copies différentes dans les archives. Un premier texte ronéotypé (encre noire) porte la signature du pasteur Dallière et la mention suivante « Travaux manuscrits ad usum privatum ME’ / α’ – 1ère copie. Prière de rendre ce manuscrit à L. Dallière, pasteur ». Cette copie est agrafée en 1 cahier dont les pages ne sont pas numérotées. Le second texte est une autre version dactylographiée avec une mise en page différente et numérotée de 1 à 30. C’est ce dernier texte qui a été scanné pour réaliser la version actuelle.

Nous indiquons entre [ ] la pagination originale. Pour distinguer les 2 versions, nous soulignerons le numéro de page de la première version (cette numérotation est bien sûr la nôtre puisque l’original n’est pas paginé).

Souvent dans le texte, certains mots ou passages sont soulignés. Quand les termes soulignés sont les mêmes dans les deux versions, le trait sera continu. Nous utiliserons les pointillés pour indiquer les passages soulignés dans la première version et pas dans la seconde.

Dans le texte actuel certains mots sont écrits en majuscule. Cet usage n’apparaît que dans la 2e version du texte et nous l’avons gardé.

 

INTRODUCTION

 

I - DEFINITION ET PARTIES DE LA PRIERE.

[ 1 / 1 ] La Bible ne donne pas de définition de la prière.

Les définitions classiques de la prière remontent à S. Jean DAMASCENE (VIIIe siècle), qui a fait la somme de la théologie grecque. Elles se résument dans les deux formules :

« La prière est une élévation de l'âme vers Dieu (ascensus mentis in Deum). »

« La prière est la demande à Dieu des choses qui conviennent (petitio decentium a Deo). »

Pour CALVIN, la prière fait partie de l'honneur dû à DIEU, et elle « consiste à l'invoquer dans tous nos besoins. »

Définition tirée d'un catéchisme réformé (Decoppet) par la prière « nous nous approchons de Dieu, nous lui parlons, nous l'adorons, nous lui confessons nos péchés, nous le remercions des grâces qu'il nous a accordées et nous lui en demandons de nouvelles. »

Le catéchisme de l'E.R. de Charmes dit que « la prière est la partie du Culte dans laquelle le cœur de l'homme parle à Dieu. » Il indique comme étant les trois parties principales de la prière : « la louange (ou action de grâces) - la repentance - et la demande (ou intercession). »

Définition donnée par le catéchisme catholique : « La prière est une élévation de notre âme vers Dieu pour l'adorer, le remercier, implorer son pardon et demander ses grâces. »

 

II - DIVERSES FORMES DE LA PRIERE.

A.- On distingue :          - la prière mentale ou silencieuse

- la prière vocale ou prononcée à haute voix.

Cette dernière à son tour se subdivise en :        - prière récitée

                                                                       - prière libre ou spontanée.

[ 2 ] B.- On distingue encore :

1. La prière personnelle, où l'homme, séparé de tous ses semblables, se présente seul devant DIEU.

2. La prière liturgique ou ecclésiale, apportée à DIEU par l'EGLISE assemblée.

[2] Chacune de ces deux formes de prière peut être silencieuse, récitée ou spontanée.

3. Il y a lieu de placer les réunions de prière dans une catégorie intermédiaire entre la prière personnelle et la prière liturgique : les réunions de prière unissent étroitement l'élément personnel et l'élément « assemblée », sans cependant constituer les assemblées proprement dites de l’EGLISE.

La prière personnelle peut aussi être appelée la prière privée, par opposition à la prière publique, qui sera la prière liturgique ou ecclésiale. Les réunions de prière entrent alors dans la catégorie du semi-privé.

REMARQUE

Les études de la Retraite ne consistent pas en un traité de la prière, qui développerait ces définitions, mais elles les supposent connues et admises d’un commun accord.

PREMIERE ETUDE.- LA PRIERE ET LA SAINTE-CENE

 

§ 1- ERREUR FONDAMENTALE CONCERNANT LA PRIERE

[ 3 / 3 ] Y a-t-il rien de plus personnel que la prière ? En même temps, y a-t-il rien de plus religieux ? Un théologien moderne[188]  définit l'essence du christianisme par la formule : « Dieu et l'âme, l’âme et son Dieu. » Eh bien ! voilà. Dans la prière, Dieu est avec lâme et lâme avec son Dieu.

Il y a là un élément de vérité, sur lequel se greffe l’erreur qui nous a guettés dans le Réveil[189] et dont nous voulons être purifiés dans la présente Retraite.

Cette erreur consiste à conclure de l'intimité qui s'établit entre l'homme et Dieu dans la prière, que celle-ci est l'acte fondamental de la vie chrétienne, acte auquel tous les autres sont subordonnés. Certes, je ne veux pas rabaisser la prière. En un sens, elle est fondamentale : ne formons-nous pas une Union de prière ? Mais la déviation commence lorsque la prière que l'on met à la base de tout, est la prière purement individuelle, et lorsque l'on attribue à cette prière individuelle une primauté d'efficacité dans toute l'œuvre de Dieu. On glisse alors en plein paganisme, en pleine idolâtrie.

[ 4 ] En effet, si la source de toute vie religieuse est la prière individuelle, vous n'avez jamais d'Eglise, mais seulement des individus assemblés, chacun apportant sa prière propre, irréductible aux autres. Ces prieurs ainsi assemblés n'ont aucun contact entre eux ; ils restent des individus isolés, et le Seigneur n'a plus d'Epouse.

Puisqu'il n’y a plus d'Eglise réelle, mais seulement une Eglise invisible, c'est-à-dire inexistante, il est logique qu'il n’y ait plus aucune forme d'Eglise. Il n’y  a plus d'autorité instituée ; c'est la prière qui commande tout. Il n'y a pas de sacrements institués, mais seulement des symboles, des signes extérieurs, qui expriment ce que chacun éprouve en priant.

Cette religion individuelle et sans Eglise peut passer pour très spirituelle. N'est-elle pas invisible ? Mais je dis que c'est un pur paganisme : car l'idole ici est le moi humain, qui se glorifie lui-même en priant une prière qui n'est pas celle de JESUS-CHRIST.

 

§ 2.- CARACTERE DISTINCTIF DE LA PRIERE CHRETIENNE

[4] La prière est un fait universel. On la trouve dans toutes les religions. Le païen prie son idole. L'incrédule de bonne foi, le pécheur[190], peuvent invoquer un DIEU qu'ils ne connaissent pas encore. Les Juif ont prié avant la venue de Jésus-Christ, et ils prient encore aujourd'hui dans les synagogues.

Donc toute prière n'est pas la prière chrétienne. Celui qui a reçu la lumière de l'Evangile est appelé à la prière chrétienne : il ne doit pas, ayant mis la main à la charrue, retourner en arrière.

Quel est le caractère distinctif de la prière chrétienne ? C'est qu'elle a sa source et son fondement en Jésus-Christ et en Jésus-Christ crucifié. Ni la prière chrétienne ni le culte chrétien ne partent du moi humain : ils partent de Jésus-Christ.

[ 5 ] Tout d'abord, le Fils de Dieu, dans son Incarnation, a pratiqué la prière.[191] S'étant fait homme, il a été homme de prière : nous devrons toujours revenir à son exemple ; à sa pratique : être les imitateurs de Christ.

Ensuite Jésus-Christ a enseigné à ses disciples à prier : « Seigneur, enseigne-nous à prier ! »[192] Il est banal, mais il est indispensable de remarquer que la demande des disciples est collective : Enseigne-nous. De même la réponse du Maître s’adresse à une communauté : Notre Père qui es aux cieux.[193]

[ 6 ] Le Christ forme donc son Eglise. Tant qu'il est là, il est le parfait adorateur que le Père demande. Quand il n’y sera plus, c'est son Eglise qui adorera le Père en esprit et en vérité. C'est donc pour lEglise que le Seigneur donne le Notre Père.

[5] Mais ce n'est pas tout. Le Maître des âmes est aussi le Souverain Sacrificateur qui a donné sa vie pour le salut des âmes. Sa prière la plus sacrée nous est révélée en face de la Croix (Jean 17 et Gethsémané) et sur la Croix même. La prière du Christ incarné sépanouit dans le sacrifice du corps que Dieu lui avait formé dans le sein de la Vierge Marie.

Dans les Catacombes de Rome, les peintures murales représentent ceux qui prient, les Orants, debout, les bras étendus en Croix : vérité profonde. Le Christ en croix exprime la suprême prière de l'humanité perdue ; son silence, ses souffrances et sa mort disent, pour tous les hommes, toutes les demandes du Notre Père.

§ 3.- DU CHRIST A L'EGLISE

Etudions de près comment la prière du Seigneur fut transmise à son Eglise. C'est le début du Livre des Actes des Apôtres qui nous donne la réponse à cette question.

Nous découvrons, dans Actes 1 et 2, que le passage de la prière du Christ à l'Eglise s'est fait pour ainsi dire en trois temps.

1.- Il y a eu d'abord ce temps unique où il n'y avait sur la terre ni Christ ni Eglise. C'est le temps entre l'Ascension et Pentecôte. Le Seigneur est remonté au ciel, l'Eglise n'est pas encore née.

Que font les disciples de Jésus, convaincus de la vérité de la Résurrection ? Tous, d'un commun accord, persévéraient dans la prière, avec les femmes et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.[194]

[ 7 ] Cette prière est collective : tous, d'un commun accord.

De plus, cette prière est guidée par une autorité, instituée par Jésus lui-même ; c'est l'autorité des apôtres. Nous en avons une preuve dans la fin du chapitre 1er, lorsque Pierre fait compléter le nombre des 12 Apôtres. Judas ayant été enlevé, qu'un autre prenne sa charge ! Matthias est un frère qui a une capacité spirituelle, il est prêt au Baptême de Pentecôte et aux charismes. Mais, avant même de les recevoir, il prend une charge dans l'Eglise naissante, il est agrégé au Collège des Douze : il est revêtu de l'autorité apostolique.

Ainsi la prière chrétienne, qui est la prière de Jésus, fut portée pendant ces dix jours par ceux qu'il avait lui-même choisis, autour desquels se groupaient les âmes élues pour la naissance de l'Eglise.

Cette prière fut exaucée par le Baptême du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte.

2.- A la suite de la prière des 10 jours, vient le second temps, qui est la prédication de la Parole de Dieu.

[6] Le jour de la Pentecôte, c'est Pierre qui parle au nom des apôtres et des disciples. Il parle aux Juifs qui ont crucifié le Seigneur. Plus tard Paul parlera aux Païens qui avaient vécu jusque là dans l'ignorance.

Ainsi Jésus-Christ se donne par la Parole prêchée. Le prédicateur a pour devise le mot de S. Paul : ne pas savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié.[195]

Le Saint-Esprit, par le moyen de la Parole, touche les cœurs. Ils eurent le cœur vivement touché[196] : telle est la définition qui nous est donnée de ces premières conversions. La foi qui naît dans ces cœurs leur inspire l'obéissance : « Hommes frères, que ferons-nous ? »

3.- Alors se produit le 3ème temps. L'agrégation des âmes nouvellement nées à l'Eglise de Jésus-Christ se fait par la voie sacramentelle. Ceux qui acceptèrent la parole de Pierre furent baptisés : c'est le premier sacrement.[197]

[ 8 ] Nul doute que la fraction du pain[198] désigne la Sainte-Cène : c'est le second grand sacrement.

Alors enfin, apparaissent les prières de l'Eglise : Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières.

Le passage de la prière chrétienne de Jésus-Christ à son Eglise s'est fait par une succession d'événements, une chaîne vivante dont les trois maillons essentiels sont : l'autorité des apôtres, leur prédication de la Parole de Dieu et la participation aux sacrements chrétiens.

Certes, on peut renverser les données de l'Ecriture en disant, avec Darby[199] que, les apôtres étant morts, il n’y  a plus d'autorité apostolique, mais seulement un livre, que chacun peut prendre pour se mettre en relations personnelles avec Dieu ; ensuite ces croyants formeront des assemblées.

Seulement, c'est là instituer une nouvelle religion qui n'est plus le christianisme, qui en est sans doute le contraire. C'est supprimer une des paroles les plus solennelles du Christ ressuscité à ses apôtres : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ».[200] C'est supprimer les sacrements, réduits au rang de purs symboles, sans aucune efficacité quelconque.

[7] La Réforme n’est pas la religion du livre. Ce serait alors un judaïsme, et le pire, le judaïsme qui idolâtre la Loi. La Réforme est la restauration de la Parole de Dieu prêchée au peuple. La foi, dit S. Paul, vient de ce qu’on entend. Et comment en entendront-ils parler s'il n’y  a personne qui prêche ? [201]

§ 4.- LA PRIERE DANS LA SAINTE CENE

La Sainte-Cène, depuis le premier jour, a été célébrée dans la prière commune de l'Eglise. Le culte de Sainte-cène se compose de prières eucharistiques, ce qui signifie prières d’actions de grâces» Au sein des prières [ 9 ] eucharistiques vient se placer l'acte du sacrement, qui a pris, par voisinage, le nom même d'Eucharistie.[202]

L’institution de la Cène s'insère dans le rituel de la Pâque juive. Lorsque Jésus rend grâces sur le pain et sur la coupe, il continue la tradition du père de famille juif qui prononçait les paroles de bénédiction : « Béni soit le Seigneur, qui a créé le fruit de la vigne. » Puis le Seigneur prononce naturellement les paroles toutes nouvelles de la Nouvelle Alliance : « Ceci est mon corps, cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » Ensuite, avec les disciples, il chante les hymnes du Hallel.[203]

Ainsi se trouve établi le plan de toute liturgie de la Cène ; c'est un plan trinitaire. L'action de grâces monte au Père, Créateur de toutes choses ; le Fils se donne lui-même comme nourriture spirituelle ; les louanges sont l’expression de la joie de l'Esprit-Saint.

Tout le monde connaît les prières eucharistiques de la Didachê, qui sont utilisées en partie par l'actuelle Commission de liturgie.[204] A peu près certainement, la première d'entre elles est une prière avant la communion, et la seconde une prière après la communion.

[8] On peut se demander si dans les épîtres de S. Paul on ne retrouve pas des fragments des prières que [ 10 ] l'apôtre prononçait dans l'Eucharistie ? Et l'Apocalypse ne nous révélerait-elle pas les traces d'une liturgie plus ancienne que celle de la Didachê ?[205]

Le néophyte baptisé participe donc à la prière commune de l'Eglise qui est l'Eucharistie. Il faut serrer de près ici le rapport entre cette prière et le sacrement lui-même.

Il y a, nous l'avons vu, trois étapes dans l'action de grâces de la Cène, chaque étape invoquant plus spécialement l'un des trois noms de la, Trinité. Considérons l'action de grâces pour le Fils et pour la Rédemption : c'est en elle que viennent s'insérer les paroles mêmes du Christ : « Ceci est mon corps, cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » Par la vertu de la Parole s'accomplit le miracle eucharistique. Nous n'avons plus affaire au pain et au vin que nous pouvons manger dans nos maisons. Le Fils dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

Prenons l'action de grâces au Saint-Esprit : elle se compose de deux parties. Dans la première, que les Grecs appellent l'Epiclèse, l'Eglise demande que le sacrement soit accompli par la vertu du Saint-Esprit. Dans la seconde partie, on loue l'Esprit qui produit dans l'Eglise les fruits de la communion, et avant tout le Retour du Christ.

L'action de grâces pour le Fils et l'épiclèse sont la cime la plus élevée que puisse atteindre la prière chrétienne : à ce moment, l'Eglise se livre à Dieu ; elle tombe, non dans l'abîme, mais dans les lieux célestes ; maintenant Dieu lui-même agit ; il donne le Corps et le Sang du Fils ; comme le dit la Didachê, l'Eglise se rassasie (de la nourriture spirituelle).

[ 11 ] Dans la Cène l'Eglise est formée par le constructeur tout-puissant. Elle est transportée dans les lieux célestes, en Christ, comme dans l'Apocalypse. En même temps elle est visible sur la terre. Par l'acte d'obéissance, l'Eglise assemblée, pasteurs, diacres, fidèles, tous baptisés au nom du Seigneur, affirme sa réalité et sa liberté à l'égard de toute constitution humaine.

§ 5.- RAPPORT DE LA PRIERE COMMUNE ET DE LA PRIERE PRIVEE

[9] En ce point de la divine liturgie que nous avons été appelés à saisir comme la cime de la prière chrétienne et la manifestation de Dieu dans l’Eglise, la prière commune se trouve liée par des rapporte remarquables avec la prière personnelle.

Qui est-ce qui prie dans l'Eucharistie ? L'Eglise, représentée par un officiant ou par des prophètes qui rendent grâces. En même temps peut-il y avoir d'acte plus personnel que celui de s'associer à une telle prière ? L'acte collectif de prière n'a aucun caractère d'oppression sur l’âme individuelle. Dans la foi, il n'existe même qu'en tant que tous les fidèles y participent par un acte du cœur, le plus libre qui soit.

Ici nous avons à tirer une première conclusion importante : c'est qu'il y a dans l'Eucharistie une manifestation de l'amour. C'est ce qui met la société qu'est l'Eglise à part de toutes les autres. Dans tout groupe humain, quel qu'il soit, la loi, c'est-à-dire le lien juridique et extérieur, prime le lien entre les cœurs. L'Eucharistie est la seule société où la grâce prime et où la Loi est abolie.

Dès lors, dans l'Eucharistie, loin que l'élément social opprime l'élément individuel, ou que l'élément individuel dissolve le social - ce qui a lieu, en effet, partout ailleurs,[206] parce que la société est sous la loi - dans l'Eucharistie, dis-je, l'Eglise, réalité sociale, prie d'autant plus intensément que chaque cœur s'associe à sa prière ; inversement chaque personne priera désormais d'autant plus intensément qu'elle est d'abord un membre de l'Eglise.

Nous avions dit au début que la prière de l’assemblée ne pouvait pas être une somme des prières des membres ; nous voyons pourquoi ; la réalité fondamentale [ 12 ] de la prière chrétienne, c'est l’Eucharistie, prière de l'Eglise formée par la Sainte-Trinité. Dans le sein de l'Eglise une fois formée, le fidèle apprend à son tour à prier la prière chrétienne, et son être le plus profond s'y épanouit.

Qui dira le mystère de l'amour divin ? Rarement les sages de la terre ont essayé de l'approcher. Dans l'Eglise même, que de gnose sans charité ! Car la gnose, c'est la connaissance individuelle ; la charité, c'est la pensée du Seigneur.

§ 6.- LE MYSTERE DE L'AMOUR

La prière chrétienne a sa source dans l'amour manifesté par l'Eucharistie. Ceci nous amène à notre deuxième conclusion : la prière est avant tout un acte du cœur, ce qui n'exclut pas, mais inclut au contraire la pensée la plus vivante de chaque être.

C'est le cœur qui est vivement touché par la prédication de Jésus et de Jésus crucifié. C'est par le cœur aussi que le fidèle participe à la prière de l'Eglise pour que s'accomplisse le mystère eucharistique.

[10] Si je me place sur le terrain de la raison, sans le cœur, jamais je ne serai en communion avec personne. A est A, A n’est pas B, ainsi parle la raison. Par le cœur je trouve une pensée autrement profonde. Quand j’aime Dieu, je pense à lui ;  plus je l'aime, plus je disparais ; et plus je disparais en lui donnant toute la place, plus j'existe.

Ainsi dans la prière de l'Eucharistie ; ma prière est personnelle, profonde, vivante, parce que je donne toute la place au Fils de Dieu mort pour moi. Je suis en Lui, il est en moi. Je me perds pour me retrouver en lui. Et non seulement je le trouve, lui : mais, en lui, je trouve précisément tous les autres, qu'il aime comme il m'aime. Plus je prie personnellement, intensément, par le cœur, plus aussi Jésus crucifié est tout pour moi, et, en lui, les autres sont tout pour moi, qui ne suis rien.

Par la prière d'action de grâces, qui est déjà un don de Dieu, nous montons vers ces réalités d'amour. Nous ne les atteindrions jamais si elles ne nous étaient données dans le sacrement. Ensuite nous les vivons tout à nouveau dans la prière.

Quoi d'étonnant alors à ce que la dernière prière de la Sainte-Cène soit la prière pour le Retour de Jésus ? L'Eglise vient de connaître un moment de communion parfaite dans le Corps et le Sang du Christ ; elle s'écrie : [ 13 ] Maranatha,[207] Que le Seigneur vienne ! Qu'il vienne afin que nous connaissions dans la vie éternelle la plénitude de cette communion délivrée de toute ombre.

S'avançant vers la première Table-Sainte, Jésus donnait rendez-vous à ses disciples dans la Communion éternelle : Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu'à ce que le Royaume de Dieu soit venu ![208] Et S. Paul nous enseigne que toutes les fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons cette coupe, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne.[209]

Pour nous, dans l'Union de prière, la Communion de septembre tire de là sa valeur unique. Pour la seule fois de l'année, l'Union de prière est assemblée visiblement par la rencontre de son noyau de l'Ardèche avec les délégations venues de loin. C'est essentiellement en vue de la Sainte-Cène que nous sommes ainsi réunis. Nous la célébrerons dans le Temple de Charmes, montrant par là que nous ne sommes pas une Eglise nouvelle qui se sépare. Si, par le Retour de Jésus, toutes choses doivent être renouvelées et rétablies par le Saint-Esprit, c'est dans le sein même de l'Eglise.

Que toute la Retraite soit donc une préparation à la Sainte-Cène. Que nos repas de Boissier en soient les agapes. Que nos prières soient déjà des actions de grâce, et aussi des confessions, des réconciliations, des actes de pardon et d'amour. Par-dessus tout, saisissons dès cette première journée le Maran Atha de la Divine liturgie. Nous avons saisi le Baptême en vue du Retour de Jésus. Que la Sainte-Cène de ce dimanche 19 septembre au Temple de Charmes soit la Sainte-Cène en vue du Retour de Jésus.

 


DEUXIEME ETUDE.- LA PRIERE ET LE CULTE

 

§ 1.- CULTE ET REUNIONS DE PRIERE

[ 1 / 11 ] L'erreur dont nous voulons être purifiés dans la présente Retraite est celle qui fait de la prière individuelle l’acte religieux fondamental, auquel tous les autres se ramèneraient.

Nous avons vu hier que la primauté faussement revendiquée pour la prière individuelle revient en réalité à la Sainte-Cène. Les prières de la Sainte-Cène sont collectives. La prière chrétienne la plus personnelle trouve sa source dans le Corps mystique du Christ.

Aujourd'hui l'erreur revêtira une seconde forme. Elle consistera à rabaisser le Culte public traditionnel au profit des réunions de prière. Dans la liturgie du dimanche, dira-t-on, tout est froid et mort. Admettons même que l'on célèbre la Sainte-Cène : ne faut-il pas reprendre les cultes vivants que le Nouveau Testament nous laisse entrevoir ? Au lieu des formules fixes, qu'éclatent plutôt les langues célestes, les cantiques spirituels et les prophéties. En tous cas, que chaque fidèle puisse s'exprimer à haute voix selon ce qui est en lui !

§ 2.- LE PLAN DU CULTE REFORME

Si l'on voulait réfuter l'erreur, il faudrait montrer qu'elle se ramène toujours à la même volonté de détruire le social que Dieu crée, au profit de l'individuel qui se réclame aussi du « Seigneur », mais où, je le crains, le moi humain, et peut-être même de mauvais esprits, se tailleront la plus large part.

Nous sommes pour les charismes de langues, de prophéties. Pour nous, un des signes de l'authenticité de ces dons de Dieu pour le temps de la fin, c'est qu'ils n'excluent pas ce qui a été édifié par Dieu dans les siècles. S'ils ornent la maison, les charismes ne commencent pas par la démolir ; s'ils donnent au soldat de nouvelles armes, ils ne le dépouillent pas de sa cuirasse ni de son casque.

Plutôt donc que de discuter l'erreur, montrons d'une manière positive la valeur du Culte. Pour cela, étudions le plan sur lequel se construit le Culte, et mettons-le en rapport avec la Sainte-Cène.

Rappelons la structure de cette dernière. Elle comprend trois actions de grâces, qui élèvent le cœur vers le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La consécration du pain et du vin prend place à la fin de la deuxième [ 2 ] action de grâces, celle qui loue Dieu pour la Rédemption. L'acte de communier en mangeant le pain et en buvant la coupe s'intercale normalement entre les deux parties de la prière au Saint-Esprit : après la première qui s'appelle l'épiclèse, et avant la seconde qui est en rapport avec la sanctification de l'Eglise et le Retour du Fils de Dieu.

Toute la partie du Culte du dimanche qui va depuis l'Invocation jusqu'à la fin de la prédication se rattache à l'action de grâces apportée au Père au début de l'Eucharistie. Certes ni le Fils ni le Saint-Esprit ne sont absents ; c'est au nom de Jésus que le pardon est donné dans les paroles de grâce, c'est Jésus qui est l'objet de la prédication, c'est par le Saint-Esprit que la parole prêchée est revêtue d'efficacité.

 [12] Néanmoins, le nom du Père prédomine ici. L'invocation courte : « Notre aide est au nom de Dieu qui a fait les cieux et la terre » n'est pas hors de saison : tout remonte au Père, le respect devant la Loi, la demande du pardon, la prière pour la révélation de la vérité par la Parole. Ce stade d'invocation, de pardon, de prédication, précède la communion proprement dite.

Faudrait-il célébrer la Cène chaque dimanche ? La Commission de liturgie nous y invite. La notion de culte reprend sa place, oblitérée trop souvent par le sermon, sinon par la conférence. La célébration hebdomadaire de la Cène est logique, elle paraît théoriquement désirable. En pratique cependant, je m'accommode des quatre services annuels de Communion.

Quand la Cène n'est pas célébrée, il y a, dans le service du dimanche, un moment de recueillement qui rappelle la communion : c'est ou bien la prière silencieuse après la prédication, ou bien le culte d'offrandes. Les cœurs sont appelés à se donner au Sauveur dont le sacrifice vient de leur être prêché. S'il n’y a pas communion effective, il y a communion spirituelle ; on revit par le souvenir la communion parfaite de la Cène, on la renouvelle dans un acte intérieur.

La prière d'intercession qui termine le Culte public et la récitation du Notre Père se rapportent donc à la dernière partie de l'Eucharistie, celle qui suit la communion.

 


§ 3.- CARACTERES DISTINCTIFS DU CULTE PUBLIC

Ayant retracé le plan du Culte, voyons quels sont les caractères qui le distinguent d'une réunion de prière par exemple.

[ 3 ] Ce qui frappe d'abord, c'est la liturgie fixe, composée de prières récitées, de chants indiqués, sur un recueil, de gestes prévus à l'avance (se lever, s'asseoir, en certains endroits s'agenouiller).

Ensuite, on remarque la place considérable que tient l'officiant, le pasteur. Peut-être les diacres auront-ils aussi une petite part. De toutes manières, c'est la hiérarchie instituée qui agit. Les fidèles n'ont qu'à suivre ce qui leur est indiqué.

Enfin, cet agencement ne laisse pas ou ne laisse que très peu de place aux charismes. Même dans les églises, où l'on donne un temps à la prière des fidèles, ce temps est forcément limité, la présence de plusieurs personnes qui ne prient pas à haute voix empêche que l'on n'aille bien loin dans l’inspiration.

Au siècle dernier, Irving voulut introduire les charismes dans le culte officiel de l'église ; pour cette raison il fut chassé de celle-ci.

L'Union de prière n'a pas repris ce combat. A-t-elle donc accepté un compromis pour rester dans l'Eglise, au lieu de « sortir de Babylone », comme font les gens plus éclairés, ou plus obéissants ? Ou bien devons-nous, pour un bien de paix, supporter les contraintes du culte, mais sans pouvoir y mettre notre cœur ?

[13] Je remarque d’abord un fait. C'est que là où l'on veut supprimer toute règle pour laisser la liberté au Saint-Esprit, très rapidement les réunions dites spontanées deviennent plus froides et plus stéréotypées que jamais. Tout est vite « cut and dried » comme disent nos amis d'Angleterre ou d'Amérique. Les réunions à spontanéité pure finissent par répéter toujours la même chose, mais ce sont des choses beaucoup moins intéressantes que les textes précieux hérités du passé, sanctifiés par des générations de fidèles et par le sang des martyrs.

Inversement, si dans une Eglise où l'on garde la liturgie, les cœurs se convertissent au Seigneur et reçoivent son Esprit, cette liturgie devient infiniment belle et riche : elle se renouvelle sans cesse par le dedans.

§ 4.- FONDEMENTS BIBLIQUES DE LA LITURGIE

Tout d'abord la liturgie a des bases bibliques et néo-testamentaires.

Notre Culte, avons-nous dit, se rattache à la Sainte-Cène : or la Sainte-Cène a un ordre, elle est Eucharistie au Père, au Fils et à l’Esprit-saint. Respec- [ 4 ] ter cet ordre, c'est sauvegarder la liberté qui serait opprimée par le désordre.

Lorsqu'il écrit aux Corinthiens, l'apôtre pose des règles pour le culte charismatique, afin que tout se passe avec bienséance. Ici encore la liberté indéterminée, la liberté de faire ou dire n'importe quoi, n'est pas la liberté du Saint-Esprit.

Dans le Culte, il y a celui qui préside et qui doit le faire avec zèle. Les presbyteroi doivent veiller sur tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit les a établis évêques. Depuis le début, la fraction du pain et les prières sont subordonnées à l'enseignement des apôtres. Et quand S. Paul a parlé pour donner une règle cultuelle, il n'a pas l'habitude, non plus que les Eglises de Dieu (les Eglises mères de la Judée), d'admettre la contestation.

Il est bien évident que si vous donnez dans le Culte à l'individu en tant que tel toute liberté de dire n'importe quoi, vous livrez les assemblées aux caprices du moi humain, et sans doute bientôt aux esprits sataniques.

La grande différence entre notre temps et l'époque apostolique vient de ce que nous sommes séparés de celle-ci par l'histoire de la chrétienté. Que nous le voulions ou non, le culte chrétien ne peut absolument plus être tenu secret ; il ne peut plus être réservé aux seuls baptisés, avec les catéchumènes adultes. Le culte est devenu l'affaire de tous. La Reforme elle-même est sortie de la clandestinité du XVIe et du XVIIIe s. et bénéficie d'une reconnaissance officielle.

Dès lors notre Culte du dimanche correspond à la « messe des catéchumènes » de l'Eglise des 1ers siècles. Il prépare à la Sainte-Cène et il épouse avant tout la première partie de celle-ci, celle qui précède la communion réservée aux seuls baptisés au sens plein du mot. C'est pourquoi les réunions de prière plus limitées sont indispensables pour la manifestation des charismes. Ils viennent alors couronner le Culte sans en renverser les fondements.

 

§ 5.- AVANTAGES SPIRITUELS LE LA LITURGIE

[14] La tendance de la prière chrétienne à frapper des formules fixes est primitive : nous en avons trouvé les traces dans le Nouveau Testament. Bien plus, lorsque les disciples demandent à Jésus de leur enseigner à prier, le Sauveur leur donne les paroles du Notre Père. Il ne leur conseille pas de dire à Dieu n'importe quoi, mais au contraire de se garder des vaines redites : « Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux. »

Ces prières, ces hymnes, recueillis et, transmis, [ 5 ] ont un double avantage : ils conservent des richesses qui ont été données par le Saint-Esprit ; ils établissent une communion entre nous et nos devanciers.

Combien est sacrée une prière qui a uni tant de cœurs chrétiens. Et puisque notre journée est consacrée à la prière pour l'unité, remarquons dès maintenant que le Notre Père est peut-être le seul texte chrétien auquel toutes les confessions adhèrent sans différer dans leur interprétation.

Ce n'est pas tout. Notre orgueil spirituel oublierait facilement la misère de la condition terrestre. La liturgie du culte nous la rappelle. Elle nous place tout à nouveau devant la Loi, devant la repentance, devant la confession de foi de notre Baptême. Un frère disait un jour : « Vous n'avez plus besoin de la confession des péchés, le chrétien ne pèche pas. » Fausse interprétation de l'Ecriture et qui nous enlèverait le Notre Père lui-même. « Demandez pour moi toutes les grâces, même les plus élémentaires », aurait dit Vinet sur son lit de mort. Cette humilité est l'attitude vraie : c'est à elle que nous invite la liturgie.

Non seulement il y a nos fautes de chrétiens, mais il y a la routine de la vie, la fatigue physique et mentale qui nous envahit. Le Culte brise tout cela. Par son appel à heure fixe, par son ordonnance prévue, il nous arrache à la torpeur et ouvre dans notre vie une brèche où passe la grâce de Dieu. Si tout était spontané, un trop grand crédit serait fait à nos efforts, à nos œuvres humaines. Quand je lis certaines prières admirables de la vieille liturgie des Eglises Réformées, je me demande si le manque de feu de nos cultes, vient de ce que l'on ne donne pas assez de place à la prière spontanée du pasteur, ou de ce qu'on lui en donne trop ?

Enfin, le culte qui est messe des catéchumènes, comprend l'appel à la conversion en même temps qu'un enseignement pour la sanctification des croyants. Cet enseignement même revêt la forme d'un appel. Il est bon que tous soient remis sur un pied d’égalité devant la majesté du Père, que tous soient dans la même repentance ; ainsi l'humilité est plus grande chez les fidèles, la charité est plus grande dans leur cœur envers les non-communiants. Le pasteur, s'il est rempli du Saint-Esprit, sera le premier exhorté, repris et instruit par sa propre prédication.

Ainsi les formes fixes garantissent la liberté du Saint-Esprit, sur un solide fondement biblique. Avec la spontanéité pure, il n'en irait plus de même. Les croyants, orgueilleusement séparés, chercheraient à entrer directement dans l’Eucharistie du Saint-Esprit sans passer par celle du Père ni celle du Fils. Ils tomberaient vite, je le répète, dans, la glorification du moi humain.

[ 6 / 15] On pourrait déplorer que le Notre Père soit devenu une prière publique, au lieu d'être, comme dans l'Eglise des 1ers siècles, réservé aux seuls baptisés d'eau et d'Esprit. Il est certain que le Notre Père reste souvent une lettre morte, comme une parabole incomprise. Il importe de retrouver sa puissance spirituelle et sa signification eschatologique.

§ 6.- LA PRIERE POUR L'UNITE

Nous venons de parler du Notre Père, et nous avons déjà signalé qu'il est le seul texte chrétien que toutes les confessions peuvent dire sans se séparer sur des différences d'interprétation.

Il y a là un motif de consolation et d'espérance au sein des divisions qui séparent les chrétiens. Mais il doit y avoir aussi dans la simple récitation du Notre Père une souffrance et une humiliation qui nous portent à la prière pour l'unité.

Car quand nous disons « Notre Père », ce n'est pas vrai. Le Malin s'est glissé et il y a un élément de mensonge. Pour dire « Notre Père », il faudrait être tous unis, nous les enfants. Or nous ne le sommes pas.

Le Notre Père que nous disons est le Notre Père de l'Eglise Réformée de France, et, en ce sens, il n'est pas celui des autres. Car, s'il y avait accord total dans la paternité de Dieu, comment des structures ecclésiastiques opposées les unes aux autres pourraient-elles encore subsister ?

L'Eglise invisible n'est pas une solution. Que Dieu reconnaisse les siens dans les divers organismes ecclésiastiques, cela n'exempte pas l'homme d'obéir au commandement d'unité. Il y a un obstacle à l'exaucement de la prière sacerdotale de Jésus et cet obstacle est en nous tous.

Pour célébrer notre Culte, nous devons appartenir à une Eglise, et même si celle-ci est le résultat d'une ou plusieurs coupures, elle remonte toujours par ses racines au collège des douze apôtres et à l'Eglise de Jérusalem le jour de la Pentecôte. Nous ne pouvons pas échapper à cette loi. Dès qu'il y a culte dans l'état actuel, il y a séparation des chrétiens entre eux. Si l'on se sépare de tout, pour n'être compromis avec personne, on fait une séparation de plus.

Ce mystère d'iniquité n'a qu'une solution possible, c'est l'unité visible de l'Eglise visible pour le Retour de Jésus-Christ. Solution qui paraît encore tellement « formidable » qu'on n'ose pas la demander dans la prière. [ 7 ] Pourtant chaque fois que l'on dit le Notre Père, on doit souffrir et prier pour l'unité.

Se séparer pour faire un nouveau groupe n'est pas résoudre la difficulté, c'est l'aggraver. Puisque la célébration même du Culte souligne la séparation, venons à chaque culte du dimanche dans l'intention d'apporter une prière pour l’unité. Ainsi nous resterons dans le dynamisme de la Sainte-Cène orientée vers le Retour de Jésus.

Ici je voudrais insister sur les caractères du Culte que j'ai mis en lumière aujourd'hui. Le Culte du dimanche a quelque chose d'élémentaire. Il est un recommencement. Il reprend l'Eucharistie du Père et il insiste sur ce premier stade de la prière collective de l'Eglise.

[16] Or, ce qui nous manque pour réaliser l’unité de l'Eglise, ce nest pas quelque chose de compliqué, c'est quelque chose de simple. La difficulté nous paraît tellement grande parce que personne ne se fait assez petit pour que Dieu puisse agir.

L'Eucharistie du Saint-Esprit est précieuse et belle : nous l'accueillons avec joie. Mais elle présente un grand danger d'orgueil, et comme telle elle ne favorise pas l'unité.

« Montre-nous le Père, et cela nous suffit », dit Philippe. Nous n'avons pas vu le Père : sans quoi nous serions un. Le Seigneur peut nous redire : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne m'avez pas connu ! »

Gardons-nous de mettre la faute sur les autres : « Nous, nous avons vu le Père, et eux ne l'ont pas vu : c'est pourquoi nous sommes séparés ! » Ne parlons pas ainsi. Dès qu'un seul groupe chrétien verra le Père et aura en lui un principe d'unité vraie, ce principe gagnera les autres. Ou plutôt. Dieu ne donnera pas ce principe d'unité au cœur des uns sans le donner aussi aux autres.

Mon ambition pour l'Union de prière, est que nous ouvrions notre cœur pour recevoir en nous le principe de l'unité de l'Eglise visible. Je vous invite à la communion du 19 septembre dans cette pensée. Que Dieu veuille, par le Corps et le Sang de Christ, reçus en vue du Retour de Jésus, nous unir les uns aux autres par sa charité, en sorte que, chacun des 51 autres dimanches de l'année qui vient, nous allions chacun à notre Culte du dimanche pour implorer du Père l'unité de toute l'Eglise visible ! C'est un engagement à souffrir, à porter dans notre cœur le déchirement  des incompréhensions entre chrétiens, et à redoubler d'humilité pour reprendre les prières les plus élémentaires, de telle manière que, les comprenant mieux dans [ 8 ] leur simplicité, nous ne fassions plus obstacle à l'unité.

Du côté du catholicisme en particulier, je crois que notre attitude générale n'est pas bonne. Non pas que je préconise une copie servile de tel ou tel principe de l'Eglise romaine. Mais je suis sûr qu'en reprenant les textes de l'Ecriture avec une prière élémentaire, en nous délivrant de nos préjugés, nous devons au moins comprendre bien des choses qui nous échappent dans l'attitude des catholiques. Bien des choses chez eux sont sclérosées, paganisées, déformées, je le sais. Seulement ce n'est pas en leur opposant une sclérose judaïsante que nous en viendrons à bout : c'est en devenant comme de tout petits enfants pour que Dieu notre Père nous explique les Ecritures dans ce qu'elles ont de plus simple et de plus limpide.

 

TROISIEME ETUDE - LA PRIERE RECITEE

 

§ 1.- ORIGINES CHRETIENNES DE LA PRIERE RECITEE

[ 1 / 17 ] Nous avons déjà remarqué ce fait frappant : lorsque les disciples disent au Seigneur Jésus : « Enseigne-nous à prier », il ne leur est pas répondu par une explication sur la prière, mais par une prière à réciter : c'est le Notre Père. Ces paroles caractérisent l'Evangile de Jésus, par opposition aux prières que Jean-Baptiste devait avoir données à ses disciples, par exemple.

Très vite, dans l'Eglise des apôtres, les prières et les cantiques inspirés ont dû se graver en paroles récitées. Quoi d'étonnant à cela ? Le Saint-Esprit n'use-t-il pas de la même méthode que le Fils : Jésus, rempli du Saint-Esprit, a donné le Notre Père. A travers l'inspiration, le Consolateur enrichit l'Eglise de nouvelles prières, qui, comme le Notre Père, s'expriment en paroles que l'on se transmet des uns aux autres.

Nous avons pu chercher des traces de ces premières paroles des prières du culte chrétien dans le Nouveau Testament lui-même. Nous en avons un autre exemple dans le Symbole des Apôtres, qui, sans remonter aux Douze sous sa forme actuelle, a certainement une origine très ancienne, et qui nous est resté comme le dépôt majestueux de vagues successives de l'inspiration donnée aux premières  communautés.

De très bonne heure, aux inspirations spontanées des prophètes se sont adjointes, dans le Culte de Sainte-Cène, des prières comme celles de la Didachê, qui, pour nous, dans le Réveil, ont de toute évidence une origine charismatique. Citons-les ici afin de saisir sur le vif le passage de l’inspiration à la liturgie :

« Quant à l'Eucharistie, eucharistiez ainsi. D'abord pour la coupe : Nous te rendons grâces (nous eucharistions à toi), ô notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur, que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur. A toi la gloire dans les siècles ! Puis pour le pain rompu : nous te rendons grâces, ô notre Père, pour la vie et la science que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur. A toi la gloire dans les siècles ! Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les collines, a été rassemblé pour devenir un seul tout, qu'ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume. Car à toi sont la gloire et la puissance par Jésus-Christ dans les siècles ! »

Nous reconnaissons ici l'Eucharistie du Père : c'est le début de la Sainte-Cène. Voici l'Eucharistie finale :

[ 2 ] « Après vous être rassasiés, rendez grâces ainsi : Nous te rendons grâces, Père saint, pour ton saint nom que tu as fait habiter dans nos cœurs, pour la connaissance, la foi et l'immortalité que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur. A toi la gloire dans les siècles. C'est toi, Maître tout-puissant, qui as créé l'univers en l'honneur de ton nom, qui as donné aux hommes la nourriture et la boisson en jouissance pour qu'ils te rendent grâce. Mais à nous tu as octroyé un aliment et un breuvage spirituels, ainsi que la vie éternelle par ton serviteur. Avant tout, nous te rendons grâces parce que tu es puissant. A toi la gloire dans les siècles. Souviens-toi, Seigneur, de ton Eglise pour la délivrer de tout mal et la rendre parfaite en ton amour. Rassemble-la [18] des quatre vents, cette Eglise sanctifiée, dans ton royaume que tu lui as préparé. Vienne la grâce et que ce monde passe ! Hosanna au Dieu de David ! Si quelqu’un est saint, qu'il-vienne ! Si quelqu'un ne lest pas, qu’il se repente ! Maranatha ! Amen. Laissez les prophètes rendre grâces autant qu'ils voudront ! »

L'auteur de la Didachê fait là deux choses qui nous paraissent contradictoires, mais qui, pour lui, certainement ne le sont pas : il donne des paroles à apprendre et il donne toute liberté aux prophètes d’apporter des actions de grâces non apprises. C’est que, pour lui, les unes et les autres ont la même source, le Saint-Esprit. Les prières récitées dans l'Eglise primitive sont des dons activés de l'Esprit, comme les grappes de raisin sont les dons du cep de vigne.

Je veux donner un dernier exemple de prière récitée très ancienne. Il aura L'avantage de préciser nos pensées sur l'Epiclèse, car c’en est une, l’épiclèse dite de saint Basile, en usage encore aujourd'hui dans les Eglises d'Orient :

« Nous souvenant donc, Maître, nous aussi, de tes souffrances salvatrices, nous t'apportons des offrandes de ce qui est à toi... C'est pourquoi, Maître très saint, nous aussi, pécheurs et indignes de te servir, mais qui avons été acceptés pour servir à ton saint autel, t'ayant offert les images du saint Corps et du Sang de ton Christ, nous te prions et te conjurons, ô Saint des saints, par une faveur de ta bonté, que ton Esprit-Saint vienne sur nous et sur ces offrandes, qu'il les bénisse, les sanctifie, et fasse de ce pain le corps précieux de notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, et de cette coupe le Sang précieux de notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, qui a été répandu pour la vie et le salut du monde. »

Comment le Saint-Esprit répandu aujourd'hui ne reconnaîtrait-il pas en nous le Saint-Esprit répandu aux premiers jours dans ces prières récitées ?

[ 3 ] Les prières récitées font corps avec ce qu'il y a de plus sacré dans l'Evangile : la prière de Jésus, et avec ce qu'il y a de plus brûlant dans l'Eglise primitive : la prière du Saint-Esprit à travers ses dons et ses charismes.

§ 2.- ORIGINES JUIVES DE LA PRIERE RECITEE

Parmi tant d'anecdotes qui ont circulé pendant la guerre d'Hitler, j'ai entendu celle-ci. Un prêtre inquiété par la Gestapo au sujet des Juifs, aurait conduit les policiers allemands dans son Eglise, et, leur montrant le Tabernacle où l’hostie est conservée, leur aurait dit quelque chose comme ceci : « Puisque vous cherchez un Juif, le voici. »

L'anecdote ne m'intéresse pas ici par l'affirmation de la présence quasi-physique de Jésus dans l'hostie, mais par l'affirmation que Jésus était un Juif. Car, dans son humanité, il le fut pleinement. Plus encore, notre Sauveur n'a pas pratiqué la religion chrétienne, mais la religion juive.

En particulier, pesons bien cette pensée, Jésus a prié en récitant des psaumes. Il l'a fait, sans aucun doute dans le culte collectif de la synagogue ou du Temple, et dans le culte de famille, tel qu'était la Pâque : l'Evangile le dit expressément.

[19] Est-il téméraire de penser que lorsque Jésus, dans son ministère, se levait de grand matin pour prier, ou passait la nuit en prière sur la montagne, s'il y répandait son cœur en paroles spontanées, y récitait aussi des psaumes ? Des prières spontanées de Jésus nous avons les traces sans doute dans le Notre Père lui-même, en tous cas dans la Prière sacerdotale et dans la prière de Gethsémané. De la récitation des psaumes par le Seigneur Jésus, dans la solitude, n'aurions-nous pas une trace dans une des 7 paroles de la Croix : « Eli, Eli, lamma sabacthani », citation du Ps. 22/2 selon l'interprétation araméenne du texte hébreu qui se lisait dans les synagogues.

L'Eglise, à son tour, a largement puisé dans les Psaumes pour nourrir ses liturgies, soit dans le Culte public, soit dans les heures de prière de chaque jour.

Mais d'où, ou plutôt de qui viennent les Psaumes, sinon du Saint-Esprit ? Ainsi les prières récitées ont une double origine, chrétienne et juive, et les deux se rejoignent en une source unique : le Saint-Esprit.

§ 3.- USAGE DES PRIERES RECITEES DANS L'EGLISE

Comme toute prière chrétienne, la prière récitée tire son origine du Christ : en lui, elle est, si l'on veut, une prière individuelle, parce qu'il inclut dans sa personne toute l’humanité rachetée. De Christ la prière récitée passe, à l’Eglise ; elle est collective dans son principe, parce que l'Eglise est un corps ; en même temps et sans contradiction, elle est individuelle parce [ 4 ] que chaque membre du corps a reçu de Dieu dans l'Eglise la plénitude d'une vraie liberté.

Le premier usage de la prière récitée est donc à situer dans la célébration de la Sainte-Cène elle-même.

Puisque le Culte du Dimanche correspond à une partie de la Sainte-Cène, notamment à l'Eucharistie du Père, la prière récitée y trouve normalement sa place.

Remarquons ici qu'une confession chrétienne sera sûrement caractérisée par ses prières récitées. Ainsi le Culte Réformé porte l'empreinte de la Confession des péchés dont Calvin a gravé le texte sur la base de la liturgie de Bucer à Strasbourg. De même encore notre ancien recueil de chants s'intitulait excellemment Psaumes et Cantiques. Car les Huguenots chantaient les prières récitées par excellence, les Psaumes et, tout au long du XIXe et du XXe s., l'Eglise Réformée accueille dans une tradition vivante les prières spontanées, des hommes de Réveil ou des églises-sœurs, luthérienne, morave, méthodiste, qui vont devenir les paroles apprises par cœur de nos cantiques.

Dans l'Union de prière, s'il est permis de parler de nous, j'ai mis la marque de ma personne en vous demandant de prendre comme prière fondamentale le psaume 23, parce que j'ai voulu marquer par là que le but de mon service auprès de vos âmes est que Jésus soit votre Berger, et ce, non pas dans une dénomination fondée par moi, mais dans l'Eglise de la Confession des péchés, des psaumes et des cantiques.

§ 4.- USAGE DES PRIERES RECITEES DANS LE CULTE PERSONNEL

[20] Dans les réunions de prière nous n'employons pas les prières récitées. Ces réunions ont d'autres buts : nous les étudierons, s’il plaît à Dieu, demain.

Du service de Sainte-Cène et du Culte dominical, les prières récitées passent dans le Culte personnel. Sur la base de notre appartenance à l'Eglise du Christ, il est demandé à chacun de nous d'être un imitateur du Christ, comme saint Paul l'était lui-même. Comme Christ priait dans la solitude, nous aussi. Comme Christ récitait, du moins je le crois, des prières dans cette solitude sacrée, nous aussi. En tous cas, en donnant le Notre Père, il nous a commandé une récitation par excellence.

C'est pourquoi dans l'Union de prière, nous nous engageons, outre la récitation du psaume 23 à la prière du soir, à la récitation du Notre Père et de Je crois en Dieu à la prière du matin. Notre lecture du passage des Ecritures indiqué par la Ligue biblique s'apparente à une récitation :   nous prenons le texte qui nous est indiqué.

[ 5 ] Comme le tissu vivant de nos cellules ne peut se séparer du corps autrement que par la pensée, de même nous sommes toujours dans l'Eglise visible. Par nos prières récitées chaque matin et chaque soir, nous sommes en communion les uns avec les autres, non seulement cela, nous sommes en communion spirituelle avec l'Eglise Réformée qui nous a fait promettre de prier Dieu chaque jour, et avec toutes les Eglises qui disent Notre Père, Je crois en Dieu et l'Eternel est mon berger.

Il y a là un immense avantage spirituel. Il en est un autre. Les prières récitées prolongent dans la semaine le bienfait du Culte public, elles créent une coupure dans notre vie, elles font brèche dans notre monotonie, notre faiblesse ou notre sécheresse : par cette brèche la grâce revient vers nous. Je me rappelle le moment où j'ai reçu cela : c'était dans un culte d'église libre, à Paris, où je m'aventurai tout jeune homme, et où j'étais un peu surpris de voir prêcher un laïque en veston : c'était M. ALLIER, mon futur Doyen quand j'entrai à la Faculté. Il dit dans cette prédication, que, dans la pire détresse, nous pouvions prendre les Psaumes, et que, les lisant à la suite, immanquablement, nous éprouverions le retour de la paix et de l'espérance. Si je l'ai peu pratiqué, je n'ai jamais oublié cet enseignement et je crois qu'il est vrai.

§ 5.- QUALITE SPIRITUELLE DES PRIERES RECITEES

La récitation machinale d'une prière d'où le cœur est absent contient bien peu de valeur spirituelle. La récitation accomplie comme une œuvre qui acquerrait le pardon serait contraire à l'Evangile du salut par grâce.

Que doit donc être la prière récitée pour revêtir ou pour conserver sa valeur spirituelle ? Cette question nous conduit à une étude plus serrée de l'acte de prière en lui-même.

[21] L'acte de prière est essentiellement un acte du cœur, par où nous entendons le plus intime de l'homme, sa volonté et sa pensée dans la lumière de la foi. Dans la prière le cœur s’élève vers Dieu pour lui demander une chose bonne.

Ainsi la prière glorifie Dieu en exaltant sa puissance, sa bonté et sa sainteté : sa puissance, parce qu'il peut donner, sa bonté parce qu'il le veut, sa sainteté parce qu'il ne donne que de bonnes choses.

En même temps elle ramène l'homme à sa vraie mesure et témoigne de l'impuissance de celui-ci à attein- [ 6 ] dre ce qui est bon, souvent même à le discerner ou à le vouloir.

Enfin, exaltant le Créateur et abaissant la créature, la prière chrétienne établit entre l'un et l'autre une communion spirituelle dans le Christ qui s'est abaissé pour nous élever avec lui. C'est pourquoi la prière chrétienne est dans le Christ ou en son nom (ce qui revient au même). C'est pourquoi aussi elle a sa source dans la Sainte-Cène. Car si la prière devait partir du moi humain pour arriver à la communion, eh ! bien, elle n’y arriverait jamais. Mais elle est donnée dans la communion avant même de partir, et c'est en cela qu'elle est chrétienne, qu'elle est dans la grâce, et qu'elle est communion entre l'âme et le Dieu du Christ et de l'Eglise.

Essentiellement donc la prière est acte du cœur. Les mystiques nous enseignent qu'elle peut devenir acte pur du cœur sans paroles, et même sans la conscience habituelle des choses, laquelle fait place alors à une sorte de conscience transfigurée et ineffable.

Nous n'avons pas à étudier ici la mystique chrétienne. Dans la prière habituelle, si le mouvement du cœur ne peut jamais se traduire complètement en paroles, du moins il s'exprime en paroles, et aussi en gestes (l'agenouillement par exemple ou les mains jointes). Gestes et paroles font de la prière un acte achevé, incarné, s'insérant dans la trame de notre condition terrestre, tout en la débordant de toutes parts vers notre condition céleste.

Résumons-nous. Que faut-il pour constituer normalement une prière ? Un acte du cœur qui se tourne vers Dieu et qui lui adresse sa demande, des paroles et des gestes qui expriment l'acte du cœur. L'acte du cœur est donc l'essentiel, et il déborde les paroles. Si donc il y a l'acte du cœur, vrai, sincère, profond, verrez-vous un inconvénient à ce que les paroles qui expriment l'acte du cœur soient des paroles que le Saint-Esprit a dictées ?

Je prends un exemple. Je m'éveille le matin et je désire ardemment consacrer cette journée à Dieu, je désire ardemment la grâce de la vigilance afin de ne pas scandaliser mes frères et sœurs de la Retraite, mais d'être pour eux, si je puis, en bénédiction. Mais tout cela, en effet, je ne le puis pas. Je sais que je puis en faire un objet de prière : c'est une bonne chose à demander en Jésus à notre Père du ciel. Je vais prier. Je suis seul. Mon cœur vibre de mon désir qu'il ne peut réaliser, il crie vers Dieu, il éprouve intensément sa propre pauvreté. Tout cela je puis le balbutier en paroles, et ce sera bien. Mais je puis dire aussi : tout cela, Dieu [ 7 ] le voit dans mon cœur, il le sait avant que je le lui demande. « Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux. »

[22] Je vais réciter le Notre Père en élevant à Dieu mon cœur brûlant du désir des grâces nécessaires pour cette journée. Est-ce que cela va m’empêcher de penser aux paroles que je prononce ? Loin de là. Car au lieu de les penser sur le plan de la théologie ou des études que j'ai pu entendre, je vais les penser sur le plan concret de mon être misérable :

Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié en particulier en mon esprit, mon âme et mon corps que tu as racheté. Que ton règne vienne bientôt et que en particulier ma journée infiniment petite y contribue par ta grâce. Que ta volonté soit faite en particulier dans mon témoignage d'amour vrai. Donne-nous notre pain pour que nous le transformions en actions de grâces ...

Ainsi la récitation sera vivifiée par mon désir non formulé en paroles de mon cru, et ma prière se rapprochera de la prière mystique, elle sera d’autant plus spirituelle que, s’exprimant par la prière récitée, elle ne se perdra pas dans le sable mouvant de mes vaines redites.


§ 6.- LA PRIERE RECITEE ET LA CONVERSION D'ISRAËL

Historiquement la prière récitée nous rappelle avec force nos origines juives, le Psautier fait partie de ce salut qui vient des Juifs, et le don du Psautier à l’Eglise a été fait par celui qui est véritablement le Roi des Juifs, crucifié comme tel. Le Psautier a été récité et vécu par le Christ pour être ensuite récité et vécu par son Epouse.

Spirituellement la prière récitée nous fait voleurs de la même manière que le Culte du dimanche nous fait menteurs. Que Jésus soit notre Père, le Père de ses enfants réunis à la même Table, ce n'est pas vrai actuellement, ce n’est vrai que dans la vertu de l’espérance. Que le Psautier soit à nous, ce n'est pas vrai non plus en tant que nous sommes païens sans les Juifs : et cela nous invite au dynamisme de l'espérance.

Pourtant nous disons Notre Père avec une pleine bonne conscience parce que nous sommes sous la grâce et que Dieu nous voit déjà dans l'unité à venir à travers les souffrances de nos divisions. De même nous récitons les Psaumes avec une pleine bonne conscience parce que Dieu voit le mur de séparation tomber pleinement, dans l'Eglise du Retour, entre les païens et les Juifs retrouvés.

[ 8 ] Bien plus, en récitant ou en chantant les Psaumes, nous pouvons exprimer dans ces paroles mêmes le désir de la conversion d'Israël. Car nous sommes l'Israël selon l'esprit, nous continuons en esprit et en vérité le culte inauguré au Temple de Jérusalem et à la synagogue. En nous l'Israël selon l'esprit aspire à sa plénitude, par la conversion au Seigneur Jésus de tous les hommes, païens et Juifs.

Comme la Sainte-Cène à laquelle elle participe si étroitement, la prière récitée est un grand don de la grâce, elle est une miséricorde de Dieu pour l’âme fatiguée et chargée.

Fatiguée et chargée, elle l'est, l'âme d'Israël, après ses longs siècles de marche dans le désert. Elle croit connaître le Père sans le Fils. Elle croit que la nation est le fils par qui le nom du Père remonte sur l'Unique, le Dieu d'Israël. Que notre cœur vive de la miséricorde du Fils de Dieu, par qui le nom de Père n'est pas monté de nous, mais est descendu d'abord du ciel vers nous. Joignons la joie de notre cœur à la récitation de nos prières, le Notre Père, les Psaumes, les cantiques, de telle sorte que la vie du cœur chrétien passe dans le peuple élu que Dieu avait consacré pour la prière, l'aumône et le jeûne.

 

 

QUATRIEME ETUDE - LA PRIERE SPONTANEE

 

§ 1. - DEFINITION ET PLACE DE LA PRIERE SPONTANEE.

[ 1 / 23] a) Définition.

La prière spontanée, ou plutôt « libre » (car je n’aime guère ce mot « spontané ») est celle qui s'exprime par des paroles qui sont données, formées au moment même où l’on prie. C’est la prière où l'on parle à Dieu comme un ami à son ami, comme un fils à son père. Elle est donc très belle et c'est pour cela que nous l'avons gardée pour la fin. Loin de la rejeter nous voulons l'entourer de précautions, de garanties, d'authenticité, précisément parce qu'elle est très belle.

Dans toute prière il y a un mouvement du cœur qui s’élève vers Dieu pour demander de bonnes choses. Sans paroles il peut y avoir prière : la prière du mystique qui ne trouve aucune parole - la prière en face d'un danger pressant, d'une maladie ; on n'a pas le temps de rien dire mais il y a élévation intense du cœur vers Dieu, confiance et adoration, et désir intense d'obtenir quelque chose. Cette élévation du cœur, c'est le fond de la prière. En général elle s'exprime par des paroles, soit récitées soit spontanées. Mais ces deux formes de prières sont des variétés de la prière du cœur.

Dans la prière récitée les paroles qui expriment notre prière ont été déjà données à d'autres avant nous. Exemple : le Notre Père qui nous a été donné par Jésus lui-même. Par rapport à la prière libre cette prière récitée est une garantie, ces paroles sont éprouvées. Dans la prière spontanée les paroles de la prière sont inventées au moment même. Elle peut être infiniment belle, ou misérable, selon l'action du Saint-Esprit. On peut du reste se figurer faire une très belle prière, en tirer de l'orgueil, et ce peut être une erreur. Il y a toute espèce de qualités de la prière libre.

Inversement il n'y a aucune raison de croire que la prière récitée soit forcément moins vivante que la prière libre. Il y aurait plutôt des raisons contraires. Si le cœur y est, un beau cantique, par exemple, peut être plein de vie. Il ne faut nullement mépriser les prières récitées. Il y aurait plutôt là une garantie d'authenticité.

Concluons donc : la prière récitée n'est pas moins vivante que la prière libre puisque en toutes deux il faut le mouvement du cœur ; la prière spontanée peut être morte s'il n’y  a pas le mouvement du cœur.

 

[ 2 ] b) Place

La prière libre a sa place dans la Sainte-Cène : « Laissez les prophètes rendre grâce autant qu'ils voudront » dit la Didachê.[210] Mais, aujourd'hui ceci est plutôt théorique car le culte de Sainte-Cène n'est plus secret comme dans les premiers siècles.

[24] La prière spontanée a sa place dans le culte ordinaire sans Sainte-Cène, soit parce que la liturgie donne au pasteur deux prières spontanées, soit parce que dans certains temples le pasteur donne aux fidèles un moment de silence pour prier silencieusement. Dans certains endroits les fidèles peuvent prier librement à haute voix. Mais dans tout cela la prière n'est pas vraiment libre. Le temps donné au-pasteur.....ou aux fidèles est limité (M. le Pasteur terminera par une courte prière ...). Et le pasteur peut aussi préparer ses prières à l'avance.

Dans le culte personnel la prière libre a toute sa place : « Entre dans ta chambre... » C'est la lutte de Jacob avec l'ange. Mais comme nous ne sommes pas des Jacob nous devrons rester sur la base des prières récitées. Nous serons ainsi moins sensibles à toutes les attaques de notre sécheresse. La prière récitée nous permet de tenir l'engagement pris dans l'Eglise Réformée de prier tous les jours. (Sur cette base nous pourrons poser la toiture de l'édifice... C'est le principe de Charmes : ne pas démolir la maison pour poser le toit… !)

Enfin la prière libre a sa place dans les réunions de prière dont elle est la partie essentielle. Dans certains temples on prend parfois des précautions. Mais dans l'Union de prière tout le monde prie librement.

§ 2.- LES PARTIES DE LA PRIERE LIBRE.

Puisque nous avons la responsabilité des paroles de notre prière libre nous chercherons à la faire bien.

Certes nous n'avons pas à faire des discours à Dieu comme un Cicéron. Mais il faut qu'il y ait une certaine logique ou pensée. Le Saint-Esprit peut à son aise bousculer tout ceci ; donner des larmes, des sentiments, des langues... Mais il faut malgré tout que ce ne soit pas imbécile : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur... et de toute ta pensée. »

[ 3 ] Si la prière jaillit d'elle-même, du reste, ne vous occupez pas du plan. Vous verrez après.

D'après saint Ambroise (un peu modifié) la prière libre a pour plan :

1°)  Louange à Dieu et repentance de l'homme - l'une liée à l'autre - Car si nous nous présentons à Dieu, il faut autant que possible que nous ne nous présentions pas comme si nous étions plus grands que Lui ! Nous autres Français, nous avons chacun un plan de gouvernement qui arrangerait tout. Et nous savons fort bien ce que Dieu devrait faire ! Il faut nous reconvertir et nous rappeler que nous sommes petits et que Dieu est au ciel. Il nous faut donc adorer, louer Dieu, confesser nos péchés (Plus on est sanctifié et plus on se sait pécheur). La récitation des Psaumes nous aidera à faire cela.

2°)  La demande. Il ne faut pas faire comme dit Finney : se réunir sans savoir ce qu'on désire, sans avoir rien à demander. Comme des gens qui diraient : c'est le moment de faire une pétition, faisons-en une, mais ne sachant pas pourquoi ! La demande est l'essentiel de la prière.

Il faut demander à Dieu des choses bonnes évidemment. Quelquefois il faut peser cette chose, pour savoir si elle est réellement bonne. Parfois on est amené à plaider avec Dieu (comme l'autre jour quand nous priions pour la guérison de M. S... pour lui montrer, pour ainsi dire, que cette chose est bonne). La demande, c'est la prière proprement dite, la partie pour le tout.

[25] 3°)  L'action de grâces. On remercie pour l’exaucement passé ou futur. On promet « un sacrifice d'action de grâces » quand on verra l'exaucement.

L'action de grâces est le couronnement de la prière. Elle prépare de nouveaux exaucements. Elle agit sur le cœur de Dieu. C'est le « Merci et Encore » des petits enfants, qui touche le cœur des parents et ils donnent. (Au contraire : Tu ne dis pas Merci ? Tu n'en auras plus !) Bien sûr ce n'est pas le truc pour agir sur Dieu. Il faut que le cœur y soit.

L'action de grâces, c'est-à-dire l'Eucharistie, nous ramène à l'acte fondamental du Christianisme : la Sainte-Cène.

Un docteur du Moyen Age (Hughes de St Victor XIIe s.) disait finement : On peut distinguer dans la prière :

a) la supplication, où l'on ne précise pas ce que l'on veut : « Seigneur, aie pitié de nous », par exemple. C'est [ 4 ] la prière dans l'ordre de la miséricorde, le cri de détresse. On ne sait que demander. Cette prière peut se faire en tout temps, n'importe où, le jour, la nuit. (Oraison jaculatoire).

b) la demande, exposée avec précision, celle dont nous parlions.

c) l'insinuation. On expose la situation sans même dire à Dieu ce qu'on attend. Exemple : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ». Il y a là un très grand respect pour Dieu, quelque chose de très beau.

§ 3.- IMPORTANCE DE LA DEMANDE

1°) Il y a là un danger à ne rien demander de précis. La prière devient alors un vague mysticisme. La religion risque de devenir malsaine. Les prières s'imitent les unes les autres.

2°) La demande spécifie la vraie prière. On peut aimer être devant le Bon Dieu, méditer... (un peu comme les Italiens qui aiment se tenir dans les églises, y faire leurs affaires, etc.) C'est alors de l'oraison méditative, de la méditation pieuse. La demande est ce qui distingue la vraie prière de la méditation.

3°) La demande engage notre volonté, nous fait courir un risque. Alors si l'on n'est pas exaucé c'est une leçon dont nous