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Etudes des Retraites - 1947 Le retour de Jésus

Le Retour de Jésus
- 1947 -


Ière Etude. – REJET DE L’INDIVIDUALISME ET DU RATIONALISME

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE - OBJECTIONS AU SCHEMA DARBYSTE

LE CONTENU DU SCHEMA
PREMIERE OBJECTION. - La notion même de plan est douteuse.
OBJECTIONS SUIVANTES PORTANT SUR LE CONTENU DU PLAN
a) Invraisemblances et puérilités.
b) Individualisme radical sous-jacent.
c) Destruction de la Croix et retour au Judaïsme.

DERNIERE OBJECTION - Le schéma anéantit la préparation du Retour.

DEUXIEME PARTIE. - ESPERANCE CONCRETE DU RETOUR DE JESUS
PRINCIPE DE L’ESPERANCE CHRETIENNE
PREMIERE APPROCHE. - LA PRESENCE DE JESUS-CHRIST.
DEUXIEME APPROCHE. - LA VICTOIRE SUR LA MORT.
DERNIERE APPROCHE. - LE SIECLE A VENIR.
CONCLUSION

IIème Etude. – LE TEMPS DE LA PREPARATION

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE. - LES DONNEES SCRIPTURAIRES
L’ENSEIGNEMENT DE JESUS : LA VIGILANCE
L’ENSEIGNEMENT DE SAINT JEAN : L’UNITE
L’ENSEIGNEMENT DE SAINT PAUL : LE COMBAT

DEUXIEME PARTIE. - L’EGLISE DU RETOUR
PREMIER PRINCIPE : LE PETIT NOMBRE
DEUXIEME PRINCIPE. - L’OEUVRE EXEMPLAIRE
TROISIEME PRINCIPE. – L’OEUVRE CONSTRUITE
CONCLUSION


IIIème Etude. – LE MYSTERE JUIF

PREMIERE PARTIE. - PRINCIPE D’INTERPRETATION BIBLIQUE

PROBLEME DE L’ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT
L’INTERPRETATION DES PROPHETIES
LA SOLUTION DU PROBLEME

DEUXIEME PARTIE. - LE MYSTERE DE L’EGLISE
LE TEXTE-CLE
QUI CONVERTIRA LES JUIFS ?
LA RECONCILIATION DES JUIFS ET L’UNITE


IVème Etude. – LE RETOUR DE JESUS ET LE TEMPS DE L’EGLISE

PREMIERE PARTIE. – LE TEMPS ET L’ETERNITE
DEUXIEME PARTIE. - FAUSSES ANNONCES DU RETOUR DE JESUS
1er EXEMPLE : LE MONTANISME.
2ème EXEMPLE : LE JOACHIMISME.
3ème EXEMPLE : LES DISSIDENCES PROTESTANTES.
CONCLUSION

 

Pour établir le texte de cette étude, nous nous sommes basés sur deux copies différentes dans les archives. Un premier texte ronéotypé (encre bleue) porte la signature du pasteur Dallière et la mention suivante « Travaux manuscrits ad usum privatum AA’ / B’ – 2e copie. Rendre svp à L. Dallière, pasteur ». Cette copie comporte 4 cahiers, correspondant aux 4 études données dans la Retraite, avec chaque fois une pagination commençant à la page 1. Le second texte est la photocopie d’une autre version dactylographiée avec une mise en page différent et numérotée de 1 à 33 (il manque la page 27 dans la copie utilisée). C’est ce dernier texte qui a été scanné pour réaliser la version actuelle.
Nous indiquons entre [ ] la pagination originale. Pour distinguer les 2 versions, nous soulignerons le numéro de page de la première version.
Souvent dans le texte, certains mots ou passages sont soulignés. Quand les termes soulignés sont les mêmes dans les deux versions, le trait sera continu. Nous utiliserons les pointillés pour indiquer les passages soulignés dans la première version et pas dans la seconde.
Dans le texte actuel certains mots sont écrits en majuscule. Cet usage n’apparaît que dans la 2e version du texte et nous l’avons gardé.
 
[1 / 1] Ière Etude. – REJET DE L’INDIVIDUALISME ET DU RATIONALISME


INTRODUCTION

Après la première guerre mondiale, la soif du Réveil s’est fait sentir dans les églises réformées de la France. En 1919-20, à la Faculté de Paris, s’étaient formés des groupes de prière en vue du Réveil parmi eux le « groupe du Nord » était particulièrement actif : il comptait dans ses rangs nos frères CORNIER & HEUZE, qui sont morts en CHRIST. Peu de temps après éclatait le Réveil de la Drôme. L’Ardèche suivit, et, par le passage de Douglas SCOTT à Privas en janvier 1932, notre sort fut lié, bon gré mal gré, à celui du Mouvement de Pentecôte.
Le Retour de JESUS est une des doctrines principales de tous les groupements qui se réclament de la Pentecôte. Lorsque, en 1932, après un voyage, en Angleterre, je publiai une brochure sur « Elim », j’essayai déjà de souligner la valeur de ce message dont George JEFFREYS avait fait un des 4 angles de son Evangile Foursquare, c’est-à-dire carré. Maintenant que l’Union de prière existe, avec sa charte propre, le Retour de JESUS vient au centre de sa pensée et de sa vie.
Or, il se trouve que les différents mouvements de la Pentecôte ont tous adopté, telle quelle une vue du Retour de JESUS que l’on peut appeler « darbyste », pour simplifier. Hérité du mouvement des Frères en effet, un certain schéma prophétique s’est imposé à tous les groupements protestants, plus ou moins dissidents, qui ont été à peu près les seuls jusqu’ici - il faut le dire - à relever le contenu précis de l’espérance de l’EGLISE.
Pour ma part je dirai tout de suite, au risque d’être brutal, que ce schéma me paraît devoir être entièrement rejeté.
[ 2 ] L’attitude de « l’Union de prière » envers les frères des mouvements de Pentecôte est donc la suivante : une grande reconnaissance pour la vérité et la vie qu’ils nous ont aidé à retrouver à leur contact ; une sincère charité fraternelle, qui bannit toute discussion polémique et toute exclusion ; mais une fin de non-recevoir très nette à l’égard de tout l’héritage du darbysme. C’est pourquoi il m’a paru bon de commencer nos quatre études sur le Retour de JESUS par une prise de position négative qui puisse déblayer le terrain, et nous permettre une libre recherche reprise dans des perspectives tout autres.


[2] PREMIERE PARTIE - OBJECTIONS AU SCHEMA DARBYSTE

LE CONTENU DU SCHEMA
Le schéma que j’appelle darbyste - sans mettre dans ce mot aucune intention malveillante ; simplement pour désigner d’une manière simple et claire ce dont je veux parler - ce schéma a été popularisé par de nombreux ouvrages de vulgarisation. Ses traits sont souvent résumés dans des tableaux ou diagrammes que nous connaissons tous. Pour avoir une base nette j’en ai repris l’étude dans un petit volume fort populaire on Angleterre, puisqu’il a été sans cesse réimprimé ; depuis 1898 : « How is Jesus coming ? And for Whom ? » J’ai pris également « Israël et les nations » le récent ouvrage de M. CHASLES, puisque le travail de M. & Mme CHASLES peut être caractérisé comme une tentative d’acclimater le darbysme à l’intérieur du Catholicisme.
De tels ouvrages nous montrent que, d’après les prophéties combinées de l’Ancien et du Nouveau Testament, il y aurait d’abord un enlèvement de l’EGLISE, qui laisserait les affaires de la terre continuer leur train. La période de l’histoire qui s’ouvrirait après cet enlèvement serait celle de la Grande Tribulation, ou 70ème semaine de DANIEL, au centre de laquelle évoluerait le peuple juif encore inconverti. Au stade suivant, la venue en gloire de JESUS avec ses saints instaurerait le Royaume de DIEU ou Millenium. A la fin de cet âge une nouvelle révolte de l’humanité serait enfin vaincue par le CHRIST ; alors les méchants ressusciteraient pour le Jugement du Grand Trône blanc, et DIEU, ayant banni le mal, ferait alors toutes choses nouvelles.
Croire au Retour de JESUS, annoncer le Retour de JESUS, ce serait, d’après la conception couramment admise parmi les partisans aussi bien que les adversaires, propager ce schéma, dont la connaissance procurerait comme une sorte d’initiation : la mise au rang des privilégiés qui savent ce qui va se passer. Si l’on me permet cette comparaison, on ressemblerait à ces gens qui ont des accointances au Quartier général, et qui possèdent les meilleurs renseignements confidentiels sur le déroulement des opérations imminentes.

[ 3 ] PREMIERE OBJECTION. - La notion même de plan est douteuse.
Nous ne voyons pas, dans le passé, que la prophétie ait jamais donné lieu à l’élaboration de plans de ce genre. JEREMIE, par exemple, annonça la ruine et le relèvement de Jérusalem ; mais, même si nous prenons la prophétie très précise du chapitre 25 (v. 8-14), nous ne voyons pas qu’il décrive les plans de campagne de Nébucadnetsar ou les vicissitudes de la reconstruction du second Temple. De même JEAN-BAPTISTE dit : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche » ; mais il ne dit pas  « Je vais vous renseigner sur les itinéraires du Messie en Galilée et en Judée ». Et encore, quand JESUS annonce la ruine de JERUSALEM, il est extrêmement sobre de détails, par exemple sur le sort des chrétiens issus de la Gentilité qui vivront à cette époque.
[3] D’une manière générale, la prophétie biblique donne quelques points de repère très précis, mais elle laisse dans l’ombre le détail concret du déroulement de l’histoire. Le Messie naîtra à Bethléem : les lecteurs juifs le savent d’après MICHEE. Mais toute l’application que fait S. MATTHIEU des prophéties de l’Ancien Testament n’avait pas été prévue par les rabbins (p. ex. la naissance virginale, la fuite on Egypte, les guérisons, la Croix). La représentation  qu’avaient pu se faire à l’avance les Pharisiens fut précisément l’obstacle qui leur interdisait de reconnaître en JESUS le CHRIST. Pour les croyants, c’est au fur et à mesure des événements - non à l’avance - que les prophéties s’éclairent sous, une action immédiate de l’ESPRIT. C’est après l’événement de sa mort et de sa résurrection que le CHRIST ouvre l’esprit des disciples afin qu’ils comprissent les Ecritures qui éclairent les événements mêmes dont ils sont les contemporains (Luc24/43). Ainsi toute prévision bâtie à l’avance sur les prophéties est suspecte
Philosophiquement, tout système de renseignements, même fondé sur la Bible, ne peut résulter que d’une pensée rationnelle ou rationaliste qui procède par abstractions. En langage bergsonien on  dirait que le schéma que nous discutons, non content de durcir l’histoire du passé en un système, durcit l’avenir lui-même avant, qu’il ait pu s’élancer dans la durée. Ce que nous livre un schéma de prévisions, ajouterai-je moi-même d’un point de vue existentiel, ce sont des notions, des concepts, des catégories, qui ne se situent pas au plan de la vie réelle où nous sommes concrètement situés.

OBJECTIONS SUIVANTES PORTANT SUR LE CONTENU DU PLAN
a) Invraisemblances et puérilités. - Il est constant que la raison humaine, quand elle s’étale au plan des abstractions aboutit à l’invraisemblance et à la puérilité. C’est le sort des scientistes, de RENAN à M. HOMAIS, quand ils se mettent à vaticiner sur le bonheur que promet le progrès des lumières. C’est le sort aussi des auteurs de schémas sur le Retour de JESUS.
[ 4 ] Je n’y insisterai pas parce qu’il s’agit de frères en la foi et que la raillerie serait malséante.
Je signale seulement, parce que cela va nous conduire plus profond, le sort des gens inconvertis qui vont continuer de vivre après l’enlèvement de l’EGLISE ... Il faut d’abord admettre qu’ils vont se remettre à l’ouvrage, comme si de rien n’était, après la fantastique séparation qui aura dissocié les familles et tous les rouages sociaux. Et puis, le SAINT-ESPRIT est parti avec les croyants. La prédication de l’Evangile cesse. Pourtant, dans cette tribulation, il va y avoir des saints et des martyrs ; et au bout du compte, les Juifs vont se convertir (eux qui ont toujours rejeté le message de la foi), par la vue du SEIGNEUR ressuscité revenant avec ses saints. Ainsi cette vue de JESUS, qui a été refusée effectivement aux Juifs: lors de la Résurrection de Pâques, que le schéma leur refuse encore quand l’EGLISE est enlevée par une parousie secrète, voilà que tout d’un coup elle leur est donnée et qu’elle devient le seul principe de leur conversion.
[4] On pourrait poursuivre sur ce ton, une critique de détail de tous les éléments du plan. Mais je préfère passer tout de suite à la seconde objection, plus fondamentale, que je veux faire sur le contenu de ce plan.
b) Individualisme radical sous-jacent. - Si les Juifs sont, d’après ce plan, convertis par la vue, sans la foi, après l’enlèvement de l’EGLISE, il y a de cela une raison profonde : c’est que le message de la foi ne convertit jamais que des individus, mais n’édifie jamais une EGLISE. Ce qui est enlevé, c’est une EGLISE invisible, c’est à dire pas d’EGLISE du tout ; mais un ensemble d’individus parfaitement isolés les uns des autres. Je suis ici à la racine de mon dissentiment d’avec les Frères ; je pars, comme eux, de la conversion. A leurs yeux, sur ce terrain, je prêche le pur Evangile. Mais aussitôt après, je dévie : car, pour moi la conversion introduit dans le Corps de CHRIST, elle conduit à des sacrements réels, elle prend l’être pour un édifice visible, qui est L’EGLISE visible d’un SAUVEUR qui s’est incarné visiblement dans l’humanité. Pour les Frères, le converti est un isolé, c’est un racheté, un croyant, un saint, essentiellement quelqu’un qui est inscrit sur une liste à la suite des autres, mais sans aucun lien organique avec eux. Le mot de corps ne doit pas nous faire illusion ici. Le Corps de CHRIST, est interprété, selon l’expression anglaise comme « a body of believers », un corps, c’est-à-dire une société au sens le plus lâche du mot, avec beaucoup moins de liens encore, ou de cohésion interne, que dans le langage militaire, quand on parle d’un corps de troupe.
Cet individualisme radical est la racine du rationalisme signalé dès le début. L’EGLISE visible ayant été remplacée par une troupe de croyants recensés un à un, sans liens vivants entre eux, de même les événements à venir sont recensés un à un, selon des versets mis bout à bout, sans liens vivants entre eux. De même que l’ESPRIT n’assemble plus ici des élus en un Corps organisme vivant, visible - ils sont seulement pointés un à un comme ayant adhéré à la [ 5 ]  foi - de même les paroles de DIEU ne sont plus assemblées on un corps de doctrine organique, vivante, concrète- elles sont épinglées une à une dans l’abstraction d’un schéma.
c) Destruction de la Croix et retour au Judaïsme. - Il est inévitable qu’une doctrine à la fois rationaliste et individualiste marque une régression en deçà du Nouveau Testament, et un retour au Judaïsme, en tant que celui-ci peut se définir par un refus de la Croix.
Je ne reprendrai, pas ici la critique traditionnelle selon laquelle tout millénariste contient au fond un matérialisme. Ce qui m’intéresse, c’est la place faite à la Croix dans un monde pécheur.
Or, le monde de la Tribulation, après l’enlèvement de L’EGLISE, est, par excellence, un monde pécheur, puisque tous les « saints » sont partis. Du même coup, c’est un monde où la Croix n’est plus prêchée. Ainsi, mettons que l’enlèvement de l’EGLISE soit aujourd’hui. Il faudra dire : au XXème siècle après JESUS-CHRIST, le 16 septembre 1947, DIEU a réalisé l’espérance de l’EGLISE car il a enlevé aux pécheurs le message de la grâce par la Croix. Et après cette affirmation fantastique, il faudra ajouter que, sans EGLISE, sans le SAINT-ESPRIT et sans la Croix, les années 1947-54, années de la Grande Tribulation, vont voir une floraison de saints et de martyrs, et finalement la conversion des Juifs. Sans l’EGLISE, sans le SAINT-ESPRIT et sans la Croix !
[5] C’est la même chose pour le Millenium qui vient ensuite. L’EGLISE est toujours enlevée. Sur terre, l’ordre et la paix règnent, avec au centre, un Israël croyant regroupé autour du Temple construit selon EZECHIEL. Pourtant les gens sont encore méchants et mortels : à la fin, ils vont se révolter et assiéger Jérusalem. Ils sont dans la nature déchue pendant le Millenium et il n’y a pas d’EGLISE. C’est clair : ce qui maintient l’ordre, c’est la loi, sous la domination d’Israël restauré. Autrement dit, le Millénium, c’est le Judaïsme restauré et triomphant, sans la Croix.
DERNIERE OBJECTION - Le schéma anéantit la préparation du Retour.
Le schéma que nous rejetons a pour conséquence pratique de diluer le Retour de JESUS. Au lieu d’une Parousie, nous en avons trois : une aujourd’hui, mettons ; une dans sept ans ; une dernière mille ans après. Le message perd toute netteté, tout mordant. Au premier abord, on pourrait penser que le schéma accentue l’urgence de la conversion : si vous n’êtes pas un racheté, vous ne serez pas enlevé à la 1ère parousie, tandis que les êtres aimés qui sont inscrits sur le registre, vont disparaître. Malgré les apparences, une toile vue ne crée aucune urgence ; tout au contraire, elle dilue la vertu de l’espérance. Que les gens passent à un plan invisible, c’est, ce qui arrive tout le temps par la mort : nous y sommes habitués. Pour ce qui est de la punition des méchants, elle est, on somme retardée : ils ne seront jugés qu’après je ne sais quel purgatoire qui durera tout le Millenium ; cela nous porte [ 6 ] loin. Pour ce qui est de la récompense des bons, notez que si vous êtes un chrétien fidèle, vous n’aurez pas part au Millenium : tout comme dans les perspectives de la technique américaine ou du communisme russe, ce sont vos neveux et arrière-neveux qui en bénéficieront. Vous, vous serez enlevé par une première Résurrection qui ressemble fort à l’état de l’âme sans le corps, puisque ce sera un corps sans la terre, un corps suspendu on l’air dans une Jérusalem céleste séparée malgré tout de la terre, sur laquelle on continuera de mourir.
Enfin, si l’espérance est diluée, elle ne donne lieu à aucune préparation du Retour, exactement comme dans l’EGLISE installée sur la terre indéfiniment. La seule préparation, c’est l’initiation au schéma. C’est-à-dire la diffusion de vues abstraites et rationalistes, ce qui peut se faire sans engager le moins du monde sa personne. Une telle préparation n’a ni consistance, ni plan, ni but. Mettons qu’à ce jour, j’aie initié mille personnes par des tracts ou des conversations. L’EGLISE est enlevée aujourd’hui : c’est bien. Mais elle n’est enlevée que dans dix ans : eh bien j’initie mille autres personnes, et cela n’a aucune importance. C’est un travail de nombre, plus ou moins grand, et, au fond, sans aucun intérêt.

[6] DEUXIEME PARTIE. - ESPERANCE CONCRETE DU RETOUR DE JESUS
PRINCIPE DE L’ESPERANCE CHRETIENNE
La vertu de l’espérance, dans le CHRIST, saisit la victoire totale qui est promise à la foi par le sacrifice de la Croix. La Rédemption est don et promesse ; la foi saisit le don, l’espérance s’épanouit dans la promesse. Pour exprimer le contenu de l’espérance, il faut donc ouvrir les Ecritures, par la seule clé, qui est JESUS-CHRIST et JESUS-CHRIST crucifié. Dans notre première partie, nous avons repoussé, un schéma qui substituait à la Croix un règne de la LOI. II nous faut essayer maintenant de tracer la contrepartie, c’est-à-dire approcher le contenu de l’espérance non plus schématiquement, mais dans une réalité concrète.
PREMIERE APPROCHE. - LA PRESENCE DE JESUS-CHRIST.
Dans cette première approche nous insérons notre espérance positive sur les refus que nous avons formulés.
Si JESUS revient en gloire, il me donne sa Présence, objet de l’espérance. Je crois on lui sans l’avoir vu encore. Je sens sa présence, mais celle-ci m’est voilée par l’obsession du monde visible. L’espérance de l’EGLISE, c’est sa réunion avec son SEIGNEUR.
Mais s’il y a présence de JESUS pour moi, il y a présence de JESUS pour le monde. Je suis dans le monde, et je ne puis pas, sans [ 7 ] puérilité, me séparer du monde. Pour le monde entier, JESUS est, actuellement, le CHRIST crucifié, ressuscité, et élevé à la droite de DIEU dont l’EGLISE prêche l’Evangile. Par son Retour, JESUS devient le CHRIST glorifié et présent, dont l’EGLISE acclame l’avènement aux yeux du monde entier.
Pas plus que la Parousie ne peut se voiler au monde, pas plus elle ne peut se fractionner dans un avenir soumis au temps. Le Retour de JESUS en gloire, c’est l’irruption de l’éternel dans le temps ; c’est donc l’abolition du temps tel que nous le vivons ici-bas.
Dans le schéma rationaliste, ce qui fait l’essence même du Retour et l’objet de l’espérance, se trouvait rejeté à l’autre bout du Millenium, et devenait on ne peut plus vague. Or c’est cela et cela seul qui compte ici : qu’il n’y ait plus de temps, mais que, JESUS régnant dans la gloire, le monde passe à un stade réellement nouveau. Au sens où j’entends le Retour de JESUS, avec le passage à l’éternel (le siècle à venir) , le schéma me le rejette à 1007 + X années, X étant le temps qui me sépare de la 1ère parousie invisible. Dans mon espérance, si CHRIST revient dans X années, X étant un nombre très petit, que nous pouvons vivre, c’est dans X années que le temps n’existera plus et que la race des hommes entrera dans la vie éternelle. Si les versets invoqués par le schéma se rapportent à des événements prédits par l’Ecriture, au lieu de les établir sur X +  1007 années, je dis que, ou ils sont déjà accomplis, ou ils vont s’accomplir pondant la période très courte de X années qui est devant nous. Après c’est la vie éternelle : elle ne peut pas être l’objet d’une prévision historique, II faut remettre l’après.
[7] Ainsi l’espérance chrétienne, bannissant le rationalisme, est folie. Pure folie, mais folie de la Croix. Un jour, nous nous lèverons le matin, et ce sera le dernier jour, pour tout le mondé, pour le monde. Il est évidemment plus confortable de mettre, d’une manière ou de l’autre, des millénaires entre nous et ce jour. Mais la vérité de l’espérance, c’est que, si JESUS revient bientôt, ce jour est proche. Jour qui n’est comparable qu’à deux autres jours : le premier jour de la Création, et le jour où la Vierge MARIE dit à l’ange GABRIEL : "Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »
DEUXIEME APPROCHE. - LA VICTOIRE SUR LA MORT.
Il est écrit que le dernier ennemi qui sera vaincu, c’est la mort. On peut: discuter pour savoir quels sont les autres ennemis, et s’ils sont déjà vaincus ? Le péché n’a-t-il pas été vaincu par la sainteté, les maladies, les craintes, les soucis, n’ont-ils pas été surmontés par les victoires de la foi ? Ou bien encore, si nous considérons les puissances mauvaises qui retenaient captives les âmes et les nations, n’ont-elles pas été vaincues les unes après les autres par l’extension de l’évangélisation - et des missions ?
[ 8 ] Quoi qu’il on soit des ennemis restant à vaincre, la mort est du nombre. Aujourd’hui, elle règne même d’une manière particulièrement puissante : et ceci de deux manières.
La mort règne d’abord, comme elle a continué de régner depuis le CHRIST encore, par le maintien sur les fidèles eux-mêmes de la mort d’ADAM, salaire du péché. La conversion et la sanctification enlèvent le péché, mais, jusqu’à présent, elles n’enlèvent pas le salaire du péché. Tout est consolé, tout est doux dans le CHRIST : oui. Les âmes séparées, en Lui, sont bienheureuses. N’empêche que la promesse n’est pas accomplie à leur égard. DIEU ne leur a pas donné la vie éternelle du corps ressuscité. Nous l’espérons, mais nous ne le voyons pas encore : aussi l’attendons-nous par la patiente persévérance. Tant que cette attente dure, il y a une réunion des êtres, dans le CHRIST et par la foi : mais il n’y a pas la réunion promise à la vue elle-même. Les âmes de nos prédécesseurs prient pour nous tant que les générations se succèdent, il y a, d’un côté des âmes de l’autre côté une vie terrestre. La mort sépare ces deux parties du Corps de CHRIST.
La mort règne encore, aujourd’hui, d’une manière particulière à notre temps. Les gens modernes, ayant rejeté la foi de la chrétienté, ont rejeté l’espérance de la résurrection. Ils se sont installés dans la mort comme dans le nudisme ; ce sont deux aspects de la même réalité : le rejet du vêtement de la grâce ; la négation du corps de résurrection. Il y une convenance toute particulière entre le temps actuel et la mort. Parce qu’il y a mort totale, sans résurrection, jouissons  du néant de cette existence passagère. Et puisque après tout la mort est normale, puisqu’elle n’a pas à être surmontée, il n’y a pas non plus d’inconvénient à la donner. Elle n’a plus rien du macabre des danses des morts du XVème siècle. La manifestation du règne de la mort, c’est le bal dans le cimetière, comme, du reste, on nous a dit que cela avait été célébré, cette année, sur l’emplacement d’Hiroshima.                                                                                  .
L’espérance du Retour de JESUS comporte l’espérance de la Résurrection générale de tous les morts. La mort est vaincue. Si des gens continuent à mourir après le Retour de JESUS, ça ne  compte pas, c’est à refaire. C’est précisément pour cela que la Pentecôte n’est pas le Retour de JESUS, que la chute de Jérusalem n’est pas le Retour de JESUS.
[8] On dit quelquefois : la Croix est-elle donc inopérante pour les méchants ? Certes non, puisqu’ils ressusciteront par la puissance de la Croix, même s’ils l’ont niée. Tous ressusciteront. Tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de l’Homme. Notre réunion avec Lui, c’est la puissance de la Résurrection étendue sur toute la race, les vivants au jour de la Parousie étant eux-mêmes transformés en un clin d’œil, de manière à avoir part, avec les ressuscités à l’incorruptibilité de la vie éternelle.

DERNIERE APPROCHE. - LE SIECLE A VENIR.
L’homme ressuscitant dans son corps, doit avoir un environnement adapté au [ 9 ] corps de résurrection. Autrement dit, la Création, aussi, à sa manière ressuscite. La mort vaincue, la terre qui est le réceptacle de la poussière des morts ne peut plus perdurer. Le siècle présent fait place au siècle à venir. Nous attendons, — selon la promesse, objet de l’espérance – de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera.
Dans cette nouvelle terre, les méchants, même ressuscites, ne peuvent avoir accès : c’est pourquoi, avec la Résurrection générale, s’instaure le Jugement dernier et général. L’homme, ressuscité comme malgré lui de la puissance de la mort, par la puissance de la Croix, peut être exposé à la seconde mort s’il a installé au cœur de son être la contradiction du rejet de la Croix.
Je n’essaie pas de tracer une succession ou une description des trois aspects que j’ai discernés dans les approches de l’espérance. Ces trois aspects se recouvrent : ils sont une seule et même espérance que nous désignons par ces mots : le Retour de JESUS, et nous voulons dire : la présence au monde de JESUS dans sa gloire, la Résurrection générale des morts$ le Jugement dernier. Tel est le contenu d’espérance qui s’épanouira au-delà du jour qui aura commencé dans le siècle présent pour s’achever dans le siècle à venir.
CONCLUSION
Comment pouvons-nous savoir que le jour du SEIGNEUR est proche, à la porte, éloigné d’un nombre X d’années qui soit désormais petit, aux yeux de la petitesse de l’homme elle-même ? A cette question, je répondrai d’abord par une question : Pourquoi le SAINT-ESPRIT a-t-il été répandu dans le Réveil ? Pourquoi agit-il comme au commencement ? Pourquoi a-t-on parlé de pluie de l’arrière-saison après avoir parlé de pluie de la première saison ?
Si le SAINT-ESPRIT est répandu, n’est-ce pas pour parler dans l’EGLISE et à l’EGLISE ? Et pourquoi parle-t-il sinon pour nous annoncer les choses à venir, le Retour de JESUS ? Je suis donc pleinement d’accord avec le Mouvement de Pentecôte, quand il associe à l’effusion de l’ESPRIT l’annonce du Retour. Mais je ne le suis plus du tout quand il substitue au message vivant de l’ESPRIT un schéma rationaliste et mort. A Charmes nous croyons avoir entendu - combien faiblement encore ! - la voix de l’ESPRIT parlant du Retour. Il nous guide dans une préparation vivante du Retour. Si l’Union de prière prend vie, la voix de l’ESPRIT deviendra plus nette, la préparation du Retour prendra corps, et cette préparation elle-même sera le signe central et décisif que le Retour est proche : car DIEU préparerait-il pour ne pas accomplir, ou commencerait-il pour ne pas achever ? Avec le schéma rationaliste, nous évitons toutes nos responsabilités. C’est pourquoi je vous ai invités à le balayer de votre pensée, afin que nous puissions ensemble acquérir une pleine conviction : car si l’Union de prière est vraie, JESUS revient bientôt.

[1 / 9] IIème Etude. – LE TEMPS DE LA PREPARATION


INTRODUCTION

Le temps eschatologique a été inauguré le jour de la Pentecôte. Certes, dès que JESUS a prêché, le Messie était là, et par conséquent le Royaume. Mais nous préférons dire, avec une tradition constante, que, si : l’Ancienne Alliance a été spécialement la manifestation ou l’Age du PERE, le ministère de JESUS représente la manifestation ou l’Age du FILS. Le temps messianique est, proprement, la manifestation du SAINT-ESPRIT ; il I embrasse toute l’histoire de l’EGLISE depuis le premier jour de son avènement dans les langues de feu, dans la prédication de PIERRE, et dans le Baptême des trois mille, hommes qui, issus des Juifs, furent posés comme le fondement indestructible du Corps visible de JESUS-CHRIST.
Dans toute œuvre de DIEU sur la Terre, il semble que le commencement et la fin occupent une place éminente ; de plus, que commencement et fin sont liés par de mystérieuses correspondances. Ainsi, au commencement de l’Ancienne Alliance, ABRAHAM engendre, par miracle, le fils de la promesse, ISAAC, figure du CHRIST ; à la fin de l’Ancienne Alliance, la Vierge MARIE, fille d’ABRAHAM, héritière de toutes Les richesses de la tradition juive, enfante JESUS, le CHRIST. De même, au commencement de l’ère messianique doit correspondre la fin de cette même ère, à la pluie de la première saison la pluie de l’arrière saison, et à l’EGLISE primitive l’EGLISE du Retour de JESUS.
C’est sur le temps de la fin que nous porterons aujourd’hui notre attention. Nous concentrerons sur lui les lumières que nous pourrons trouver dans la Parole de DIEU. Hier nous avons remis à l’ETERNEL « l’après » du Retour, nous avons renoncé à une déduction rationaliste des événements qui suivraient un pseudo-enlèvement de l’EGLISE, elle dont la place est ; précisément au centre du combat. Aujourd’hui, nous négligerons volontairement l’histoire de l’EGLISE, nous la [ 2 ] mettrons entre parenthèses, pour saisir, autant qu’il sera en nous, ce que DIEU veut nous dire sur le temps de la fin, qui est, croyons-nous le temps actuel, notre temps.

[9] PREMIERE PARTIE. - LES DONNEES SCRIPTURAIRES
On pourrait soutenir sans trop de peine le paradoxe que certaines paroles de JESUS ne se comprennent dans leur plein sens qu’appliquées aux temps de la fin. Ainsi du Notre Père par exemple. Prie-t-on pour que le Royaume vienne vaguement, beaucoup plus tard, ou du vivant de ceux qui prient ? Et cette tentation de la 6ème demande, ce « peirasmos » qui donne tant de peine aux commentateurs, ne serait-ce pas la tribulation de la fin, cette grande tentation qui va survenir sur le monde entier et dont le CHRIST apocalyptique, promet à l’Eglise de Philadelphie qu’il l’en préservera ? Ainsi l’excellent professeur Johannes WEISS, dans son commentaire, reconnait-il que la prière de JESUS était bien accordée à l’intense espérance des communautés primitives : car, dit-il, « ils croyaient à la Parole de JESUS, que le Royaume allait venir ». Il rapproche du Notre Père la dernière parole du Nouveau Testament :   « Oui. Viens, Seigneur Jésus ! » et la prière de la Didache : « Que la grâce vienne et que le monde passe ! » Heureusement, ajoute-t-il, nous autres, nous avons une vue plus optimiste que les premiers chrétiens et « nous ne pouvons pas méconnaître que l’on constate de très sérieux commencements d’une royauté de Dieu dans ce monde-ci. » Heureux homme qui vivait avant le 2 août 1914 ! Prenons encore comme exemple de parole eschatologique du SEIGNEUR : « Ne crains, point, petit troupeau, car il a plu a votre Père de vous donner le Royaume ». Qu’est-ce que donner le Royaume ? Cela ne pourrait-il pas se traduire : Vous êtes les gens de la fin, ceux qui resteront vivants pour l’avènement en gloire du Messie ?
Nous n’aurons pas cependant l’outrecuidance de priver les siècles passés de l’enseignement évangélique. Du reste n’avons-nous pas dit que toute l’ère du SAINT-ESPRIT et de l’EGLISE était eschatologique ? Cherchons donc plus spécialement dans l’enseignement de JESUS, dans S. JEAN, et dans S. PAUL ce qui peut concerner d’une manière particulière le temps de la fin.
L’ENSEIGNEMENT DE JESUS : LA VIGILANCE
Que signifie l’enseignement de JESUS sur la vigilance ? J’avoue que, pour ma part, j’ai été long avant de lui avoir trouvé un sens, et que je suis, aujourd’hui encore, loin d’être sûr d’en avoir sondé tout le mystère.
[ 3 ] Il faut veiller. Cela paraît tout naturel. Il est simple de transposer cet enseignement sur le plan de la théologie morale. Satan peut si facilement nous surprendre ; le chrétien a sans cesse à lutter contre les tentations morales. Alors, veillons ! C’est-à-dire soyons prudents, sages, avisés, méfiants même ! Mais qu’a toute cette morale à voir avec le Retour de JESUS, avec le temps de la fin ? Elle peut aussi bien s’étaler sur des générations et des générations de chrétiens, qui, les uns après les autres, font leur salut, en luttant contre le mal qui menace leur sanctification individuelle. Sans être fausse, cotte interprétation morale doit laisser échapper l’essentiel.
[11] Alors disons qu’il faut veiller à cause de l’incertitude de l’heure du Retour de JESUS. Nul ne connaît le jour ni l’heure. Le Maître de maison ne sait pas à quelle heure de la nuit le voleur doit venir. Alors qu’on se tienne prêt à tous les instants ! On rejoindrait facilement ici la doctrine rationaliste du Retour de JESUS que nous dénoncions hier. Tous les instants se valent. JESUS peut revenir n’importe quand. L’essentiel est alors d’avoir le renseignement, afin d’être de ceux qui ne se laissent pas surprendre. On songe à ces gens avisés qui, pour être sûr de gagner à la tombola, achètent un carnet de 10 billets : quel que soit le numéro qui sortira, leur série leur assurera un lot. Un joueur chanceux pourra, par hasard, se trouver réveillé juste le jour du Retour de JESUS, mais il est plus sage d’être réveillé, tous les jours, pour éviter les risques. De ce sons, qui n’est pas faux non plus, on passera facilement à une exhortation de se convertir, laquelle tire sa force de l’incertitude du jour où le pécheur mourra.
Le SEIGNEUR a pu vouloir dire tout cela, mais il a certainement voulu dire quelque chose de plus. Ce surplus qui est l’essentiel se dévoilera, je le crois, si nous remarquons que toute exhortation à la vigilance  s’accompagne de l’indication d’une tâche précise à accomplir.
Les reins doivent être ceints, les lampes allumées. On s’est vêtu, on a pris, une tenue de travail, ou une tenue de combat. Les lampes ont été nettoyées, garnies d’huile, allumées ; on a pris, soin d’avoir la provision préparée pour le moment crucial. A ce prix ce ne fut pas un péché, pour les vierges de dormir comme les autres : quand l’appel décisif retentit « Voici l’Epoux ! » elles sont prêtes parce que, en temps voulu, elles étaient allées chez les marchands. - Les serviteurs vigilants sont encore semblables au portier qui ouvre au Maître, dès que celui-ci frappe à la porte. De même, dans JEAN 10, il y a un portier qui ouvre au Bon Berger quand ce dernier vient appeler les brebis. Ouvrir la porte, ce n’est pas grand chose, mais c’est bien une tâche précise cependant, une coopération de l’homme à l’œuvre de DIEU : ainsi, pour que LAZARE sortit du tombeau à la voix du Fils de l’Homme, JESUS demande aux assistants de rouler la pierre, derrière laquelle le mort est couché ! - Il y a plus. L’économe fidèle et prudent, le serviteur fidèle et prudent, c’est celui qui donne à toute la maison du SEIGNEUR, la nourriture au temps convenable. La tâche du portier s’élargit singulièrement ! S’il ouvre la porte, c’est qu’il présentera aussi une maison bien en ordre ; et, en elle, un peuple de serviteurs qui auront, eux aussi, accompli chacun sa tâche, parce qu’ils auront reçu la nourriture dans la paix, non pas celle [ 4 ] que l’on prend avec les ivrognes et dans, les querelles, mais, je pense le pain de vie, et toute parole qui sort, de la bouche de DIEU.
L’exhortation à la vigilance est, classiquement, jointe à la prière : « Veillez et priez afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ! » Veillez a ici son sens propre : ne dormez pas, car il y a un travail à faire, et ce travail, c’est maintenant la prière, la prière avec le CHRIST en Gethsémané. De même encore : « Veillez donc et priez on tous temps afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront et de paraître debout devant le Fils de l’homme. » Ce dernier passage éclaire encore le sens du : Veillez. Pour vaquer à la tâche sans la défaillance du sommeil, il faut que les cœurs ne soient pas appesantis par les excès du manger et du boire ou par les soucis de la vie. Ici la vigilance [12] rejoint la repentance prêchée au début et au cœur de l’Evangile. Elle rejoint aussi l’ascèse et l’on peut rapprocher la parole de Matth. 19 : « Il y en a qui, se sont rendus eunuques pour le Royaume de Dieu. » Pour le Royaume des cieux, cela peut vouloir dire, tout particulièrement : pour les combats du temps de la fin, pour la proche venue du Royaume éternel.
Laissons de côté aujourd’hui la recherche de la signification de cet enseignement pour les générations qui nous ont précédés. Tout ne se passe-t-il pas comme si JESUS avait parlé, soit; comme disent les libéraux, dans la persuasion qu’il reviendrait on gloire très peu de temps après sa mort ; soit plutôt, comme nous le disons, on cachant dans l’Evangile un message particulièrement direct pour la génération du temps de la fin ? Ainsi l’exhortation à la vigilance, loin de spéculer sur l’incertitude du Retour de JESUS, et de diluer l’espérance, s’adresserait d’une manière toute spéciale à ceux qui peuvent avoir, par les signes des temps, la certitude que JESUS revient bientôt. A ceux-là incombe une tâche très précise pour que tout soit prêt quand le Maître reviendra.
L’ENSEIGNEMENT DE SAINT JEAN : L’UNITE
L’enseignement de S. JEAN, c’est encore l’enseignement de JESUS, puisque nous y comprenons, avec les Epîtres et l’Apocalypse, les discours des adieux de l’Evangile. La pensée du SAUVEUR dut être ici comprise et retenue par le disciple bien-aimé qui reposait sur son sein, plus que par les autres apôtres. Je croirai aussi volontiers que JEAN avait une mission particulière pour le Retour de JESUS. Il y a la mystérieuse question : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » Puis-je paraphraser : « Si je veux qu’il survive jusqu’à mon Retour, ne sois pas jaloux, toi, la pierre angulaire, l’homme, de la Pentecôte, le fondateur de l’EGLISE dans la pluie de la première saison ! »
Et JEAN ayant effectivement survécu, comme l’assure la tradition, je croirai volontiers qu’il a mis par écrit, dans son grand âge, un enseignement qu’il eût pu garder oral s’il n’eût reçu, à un moment donné, la certitude que, en effet, il mourrait, et que JESUS n’avait pas dit à PIERRE qu’il ne mourrait point. C’est pourquoi l’Evangile de JEAN se trouve être le quatrième, le dernier, ses épîtres et l’Apocalypse, les derniers livres du Nouveau Testament.
[ 5 ] Si donc la promesse du SAINT-ESPRIT, dans les discours des adieux, s’applique aussi bien à la pluie de la première qu’à celle de l’arrière-saison, je serais porté à leur donner un sens plus profond encore, pour le temps de la fin, la préparation ultime du Retour. Le SAINT-ESPRIT annoncera les choses à venir, que les apôtres, pris dans leur existence empirique, étaient trop faibles encore pour porter. Si ces choses à venir doivent être cependant écrites dès le commencement dans le Testament du SEIGNEUR, le secret que nous livre S. JEAN pour le temps de la fin n’est-il pas celui de l’Unité ? LUC y fait allusion, mais d’une manière négative encore, puisque, devant la CENE même, il présente les apôtres rivalisant à qui serait le plus grand. JEAN donne le contenu positif du message de l’unité, trop lourd pour les autres encore. C’est d’abord le lavement des pieds, l’humilité suprême, et la grâce, source de l’amour suprême. Aussi tous reconnaîtront-ils les disciples de JESUS à ceci : s’ils ont de l’amour les uns pour les autres.
[13] Le chapitre 14 de l’Evangile montre ensuite cette source de l’unité, et de l’amour, dans l’unité des trois personnes divines ; non pas par un exposé théologique, mais sur le plan mystique de l’habitation du PERE et du FILS dans l’EGLISE par la puissance du SAINT-ESPRIT.
Puis c’est au chapitre 15, la parabole suprême de l’unité, le cep et les sarments et le principe suprême de l’élection : ceux que CHRIST a choisis, qu’ils s’aiment les uns les autres comme CHRIST les a aimés, c’est-à-dire de l’amour divin du pardon et de la grâce, non de l’amour humain de la sympathie fondée sur la chair et le sang.
Ce sont les souffrances de cet amour, au chapitre 16, qui enfanteront, la joie du royaume messianique. La prière sacerdotale enfin condense toute cette pensée divine et infiniment riche dans la notion d’une unité d’amour qui soit dans les disciples comme dans le PERE et le FILS. Cette unité d’amour dans, l’EGLISE, à l’image de l’amour on DIEU, entre la personne du PERE et celle du FILS, est le moteur central de la foi et du salut du monde.
Si la première épître johannique est bien une sorte de préface à l’Evangile, il n’y a nulle surprise à y retrouver la même doctrine d’unité et d’amour. Il ne faudra pas perdre cette doctrine de vue dans l’interprétation de l’Apocalypse ; elle doit se trouver encore au cœur des visions les plus tumultueuses, selon le principe que les passages les plus obscurs, de l’Ecriture s’éclairent par les certitudes que livrent les passages plus clairs, tout, en définitive, s’éclairant d’une manière suprême par la Croix : « Or Caïphe ne dit pas cela de lui-même mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. Et ce n’était pas pour la nation (juive) seulement ; c’était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. »
L’ENSEIGNEMENT DE SAINT PAUL : LE COMBAT
Le Maître, on exhortant à la vigilance, laissait déjà entrevoir le message d’unité que développent les discours des adieux (l’allusion aux querelles des méchants serviteurs). Il accentuait encore plus fortement la notion du combat (allusion au voleur, à la tentation, catastrophes prédites) que va développer S. PAUL.
Je crois que notre apôtre, celui qui nous a donné le salut, à nous Païens, est aussi celui qui nous livre les textes-clés concer- [ 6 ] nant le Retour de JESUS. L’un de ceux-ci est sans conteste le second chapitre de la IIème Epître aux Thessaloniciens. De quelque manière que ce soit, par une prophétie, par une parole, par une lettre, que les fidèles ne se laissent pas ébranler dans leur bon sens, comme si le jour du SEIGNEUR était déjà là. Bien.
Supposons que nous lisions ce texte pour la première fois, et que nous ne connaissions pas la suite. Complétons-le de notre crû. Ecoutez : donc, chrétiens de Thessalonique : si le jour du SEIGNEUR était déjà là, vous seriez en possession de votre corps glorieux. Ignorez-vous que la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de DIEU ? Puisque vous êtes encore dans vos corps mortels, c’est bien la preuve que Je jour du SEIGNEUR n’est pas là. Voilà, n’est-il pas vrai, la parole du bon sens ? Ce n’est [14] pas celle de l’apôtre PAUL. Lui, il nous parle non du CHRIST et de notre corps de résurrection, mais de l’apostasie et de l’Anti-Christ. La conclusion s’impose, que les Thessaloniciens n’étaient pas si sots que nous l’imaginions, quand ils pensaient que le jour du SEIGNEUR pouvait être là sans que le CHRIST soit encore apparu : de cette pensée ils ne sont ni repris ni blâmés.
C’est donc qu’il y a dans l’histoire de l’EGLISE un temps où le jour du SEIGNEUR est là, avant l’apparition du CHRIST. Ce temps, le temps de la fin, le temps de l’Anti-Christ, est caractérisé par l’apostasie ; le goût du mensonge groupe les hommes en grand nombre dans l’obédience de l’Adversaire, manifesté sous la forme de l’homme de péché.
Dans cette perspective, combien de paroles de S. PAUL s’aiguisent en un tranchant plus vif ; toutes les comparaisons militaires et athlétiques viennent ici au premier plan. Plus éminemment encore qu’à l’âme individuelle dans son combat moral, elles s’adressent à l’Eglise des derniers temps dans son combat eschatologique.
L’apôtre des Gentils nous livre, lui aussi, le message de l’unité. L’Epître aux Ephésiens on est toute pleine : l’EGLISE tend, dans la vérité et la charité, à la stature parfaite de CHRIST ; l’EGLISE prise dans sa totalité devient pour ainsi dire l’égale de son SEIGNEUR, en tant qu’elle est l’Epouse : « une aide semblable à lui. » Aussi se présente-t-elle au dernier jour, devant lui, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible, ce qui implique évidemment l’unité de son être.
A la réalisation plus parfaite de l’unité par l’achèvement de l’EGLISE, dans le temps de la fin, à cette force interne plus grande, va correspondre un combat plus grand contre Satan déchaîné, qui fait rage parce qu’il sait qu’il a peu de temps. C’est le « peirasmos » de la fin qui vient en pleine lumière, le combat apocalyptique pour lequel la vertu de l’EGLISE vigilante - et qui lutte par les armes spirituelles, (avant tout la prière) - réside dans la foi, l’espérance et la charité, portées par la pluie de l’arrière saison à leur plus beau point de maturité.

[7 / 15] DEUXIEME PARTIE. - L’EGLISE DU RETOUR
PREMIER PRINCIPE : LE PETIT NOMBRE
Si nous étions restés dans le schéma rationaliste et individualiste du Retour de JESUS, nous n’aurions pas eu d’autre perspective, pour préparer le Retour de JESUS, que de propager les renseignements tirés de la Bible au plus grand nombre de gens possible. Un autre point de vue assez semblable, est de faire passer le plus grand nombre de gens possible par une expérience définie de conversion, pour la raison que seuls participeront à l’enlèvement de l’EGLISE ceux qui seront inscrits sur la liste, et que, après tout, il est préférable d’être enlevé, plutôt que de participer à tous les ennuis de la Grande Tribulation.
Ces vues ne diffèrent pas tellement de celles du Christianisme libéral et social pour qui il s’agit, en  fait de Royaume de DIEU de civiliser le plus grand nombre de gens possible. D’une manière générale, nous devons dire que le principe du grand nombre est incompatible avec la préparation du Retour de JESUS, parce que ce principe est précisément le ressort de l’œuvre de l’Anti-Christ : par un viol de la nature, l’homme moderne s’empare d’une puissance, la technique, qui lui permettra de donner au grand nombre, l’illusion d’une sécurité contre DIEU ; et, pour assurer son pouvoir, il procède également à des massacres sur le plan du grand nombre ; ainsi il asseoit définitivement la puissance de la mort sur les survivants comme sur les trépassés.
Ce qui a pu conduire ici à ‘de la confusion, c’est l’ordre du CHRIST de prêcher l’Evangile à toutes les nations. L’accomplissement de cet ordre s’applique à la longue période qui sépare la pluie de la première saison de celle de l’arrière-saison. Si l’Evangélisation du monde a comporté, pour le Christianisme, une extension spatiale manifeste, remarquons toutefois que, dans chaque nation, c’est encore le petit nombre qui a été le sel de la terre.
On oublie trop facilement ici la distinction du salut et du service. Le salut n’est pas pour le grand nombre, il est pour la totalité, ce qui est tout différent. Ce sont tous les hommes qui bénéficient des grâces du sacrifice de JESUS-CHRIST. DIEU les aime tous. Son Jugement tiendra compte de la Croix pour tous ceux qui n’ont pas connu explicitement la Croix ; aux yeux du PERE de Notre Seigneur JESUS-CHRIST, le seul crime damnable est très certainement le rejet volontaire de la grâce, et lui seul est juge des conditions les plus intimes de ce rejet dans les structures cachées du cœur.
La preuve de l’universalité de l’œuvre rédemptrice est la Résurrection des méchants, dont nous parlions hier. Les convertis, les saints, cela a toujours été, et cela sera plus particulièrement encore au temps de la fin, ceux qui ont part aux souffrances de CHRIST pour rendre témoi- [ 8 ] gnage du salut de tous les hommes, et non pour être sauvés à l’exclusion des autres hommes.
[16] Selon ce principe, l’EGLISE du Retour est ouverte à tous, elle ne prononce aucune exclusive, elle est au service du salut du monde. Le SEIGNEUR nous prévient seulement que s’il y a beaucoup d’appelés, peu répondront à l’appel. En définitive DIEU se glorifie en laissant aller le grand nombre, la masse, le poids de la chair et du sang, de l’or et du pétrole, du côté de l’Anti-Christ, et en sauvant Israël tout entier par la petite troupe de GEDEON.
DEUXIEME PRINCIPE. - L’OEUVRE EXEMPLAIRE
Je voudrais trouver un meilleur qualificatif que celui d’exemplaire, qui fait un peu trop penser au brave petit garçon qui donne le bon exemple. Mais j’entends par œuvre exemplaire d’abord que l’EGLISE du Retour, construite sur la structure du petit nombre, a une valeur qui engage l’EGLISE universelle, et par elle, le monde entier. L’EGLISE du Retour est au service du monde, son œuvre profite au monde. J’appelle encore cette œuvre : exemplaire, parce que les principes christiques qui s’impriment en elle de la manière la plus marquée, s’imprimeront, à travers elle, dans des réalités sociales de plus on plus complexes, sans qu’il s’agisse là d’une action humaine, d’une propagande, mais plutôt d’une imprégnation morale qui n’est pas sans rappeler certains principes de la magie.
Il m’arrive, par exemple, s’il m’est permis de parler de moi-même, de voir fleurir dans les cercles de l’Eglise Réformée, des idées que j’ai imprimées autrefois dans des articles qu’à peu près personne n’a lus (et c’est là, je dois le dire la différence entre ma position et colle d’un certain barthisme). Ou encore, pour parler de vous, si vous pouviez être ici deux ou trois serviteurs de JESUS-CHRIST à vous laisser unir entre vous de l’amour dont le SEIGNEUR vous a aimés, cela donnerait une force et un sens nouveaux à des efforts d’unité plus officiels, en sorte que ce que l’on appelle l’œcuménisme et notre vocation, sans se confondre, mais sans s’opposer, sont dans le SEIGNEUR des manifestations complémentaires d’un même tout spirituel.
L’œuvre peut se réclamer, non d’une justification biblique - une élection ne peut être rationnellement prouvée - mais d’un puissant patronage dans les noms d’ELIE et de JEAN-BAPTISTE. Je ne puis entrer ici dans la question du retour personnel d’ELIE, mais il me semble en  tout cas, que l’EGLISE du Retour est éminemment comparable à l’œuvre de JEAN-BAPTISTE, puisqu’elle est une préparation de l’avènement en gloire, comme JEAN a été le précurseur de l’Evangile de la Croix.
C’est également dans ce sens que j’interpréterai le texte extraordinaire que constitue la Prière embrasée de celui que nos frères catholiques appellent, depuis ce mois de juillet, S. Louis Marie GRIGNION DE MONTFORT.
[9 / 17] TROISIEME PRINCIPE. – L’OEUVRE CONSTRUITE
Si l’œuvre du Retour était une affaire de propagande et de grand nombre, elle n’aurait aucun plan. Il n’y  aurait qu’à courir à droite et à gauche, comme battant l’air, pour employer le langage de S. PAUL.
Je me suis trop étendu sur les points précédents pour pouvoir développer celui-ci. Je dirai seulement que si l’EGLISE du Retour a une structure interne, nous les ouvriers, nous ne connaissons pas le plan à l’avance. Nous le découvrons au fur et à mesure qu’il se fait, et nous voyons avec émerveillement, que, dans le plan de l’Architecte et du Constructeur tout-puissant, il y a comme un « jeu » qui est laissé pour nos ignorances, nos tâtonnements et nos faiblesses. Découverte qui ne doit pas nous induire à « saboter » le travail, mais plutôt à redoubler de zèle au service d’un Maître qui a pour nous tant de miséricordieuse patience.
S’il y a un plan, il y a un commencement et une fin. Nous ne sommes pas dans l’indéfini du grand nombre. Ainsi nous rejoignons notre conclusion d’hier : le jour du Retour, comparable au jour de la Création et à celui de l’Incarnation, est fixé non selon un hasard qui nous plongerait dans l’incertitude, mais selon la structure d’une sagesse divine qui nous invite à un travail zélé certes, mais sans hâte, ordonné, paisible, victorieux.
CONCLUSION
Ou est l’EGLISE du Retour ? Est-ce une secte constituée à part ? Ou bien pouvez-vous dire avec moi : l’EGLISE du Retour, c’est l’Eglise Réformée de Charmes et son Union de prière. Mais comme on ne peut séparer cette Eglise de l’Eglise Réformée de France, l’EGLISE choisie pour le Retour, c’est l’Eglise Réformée de Franco. Et comme on ne peut séparer cette Eglise de l’EGLISE universelle du Credo, l’EGLISE du Retour c’est l’Eglise (catholique) universelle, constituée en unité le jour où le SEIGNEUR apparaîtra.

[1 / 18] IIIème Etude. – LE MYSTERE JUIF

PREMIERE PARTIE. - PRINCIPE D’INTERPRETATION BIBLIQUE

PROBLEME DE L’ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT
JESUS-CHRIST a été rejeté par les Juifs. L’Ancien Testament est le livre des Juifs : en ces deux propositions tient le problème d’interprétation biblique qui se pose à nous. Pour rejeter celui qui se présentait à eux comme leur roi, les Juifs se sont appuyés sur l’Ancien Testament ; pour adorer JESUS comme le CHRIST et le SEIGNEUR, nous Païens, nous nous appuyons sur le Nouveau. Vues sous cet angle les deux parties de la Bible sont antinomiques. Le Nouveau Testament prêche le CHRIST JESUS, fils de MARIE, FILS de DIEU. L’Ancien Testament, interprété par le clergé qui en était régulièrement le dépositaire, est un livre anti-christique.
Cette antinomie a été perçue par JESUS lui-même. « Vous sondez les Ecritures, dit-il aux Juifs, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » A la source même deux interprétations s’opposent : l’une trouve JESUS dans l’Ancien Testament ; c’est celle de JESUS lui-même. L’autre, celle des Juifs, y trouve les plus puissants motifs de le rejeter.
Bien plus, le jeune prophète de Nazareth se déclare le Maître de l’Ancien Testament. « Vous avez appris qu’il a été dit... Mais moi je vous dis ». C’est toute la structure du Sermon sur la montagne. L’enseignement de Moïse sur le divorce est interprété par JESUS comme une permission donnée aux Juifs à cause de la dureté de leur cœur. L’enseignement sur le sabbat est renouvelé de fond en comble sur l’autorité du FILS de l’Homme, libre d’opposer à un texte de la Loi mosaïque une démarche accomplie dans la grâce par le Roi DAVID.
[ 2 ] On comprend, après tout cela, que le CHRIST ressuscité ait mis le sceau à son enseignement sur les Ecritures, en ouvrant l’esprit de ses disciples pour qu’ils comprissent le sens christique de MOÏSE, des prophètes et des psaumes. JESUS a révélé une manière nouvelle de lire l’Ancien Testament, qui ne sera pas seulement celle de   PAUL, mais celle de tous les apôtres, comme en témoigne le discours de PIERRE le jour même de la fondation de l’EGLISE sur la terre.
M. Maurice GOGUEL, très pénétrant sur S. PAUL, n’avait pas tort, je crois, de nous enseigner, que la persécution menée par SAUL de Tarse contre les chrétiens était scripturairement fondée. L’Apôtre ferait allusion à son expérience personnelle quand, dans le chapitre 3 des Galates, il rappelle la parole du Deutéronome (21/23) : « Maudit est quiconque est pendu au bois. » Par ce principe scripturaire, les adorateurs du CHRIST sont des maudits. Il fallait que l’apôtre comprît, par la révélation que DIEU lui donna de son FILS ressuscité, que, par cette malédiction même, tous les hommes sont rachetés de la malédiction de la Loi.
[19] Ainsi MARCION n’eut pas entièrement tort de rappeler, quoique avec outrance, une opposition foncière, que l’on oublie trop facilement, entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Et surtout CLEMENT d’Alexandrie et ORIGENE - on revient aujourd’hui avec raison à ce dernier - ont eu parfaitement raison d’enseigner que notre lecture de l’Ancien Testament ne peut être que pneumatique, c’est-à-dire éclairée par l’ESPRIT qui dévoile les mystères cachés sous les figures et les prophéties.
Prenons bien garde que, sans l’ESPRIT, la lecture de l’Ancien Testament n’est pas mystérieuse, au sens de : indéchiffrable. La lettre de l’Ancien Testament n’est pas obscure 5 elle n’est même que trop claire. Il n’y  a qu’à la prendre telle quelle pour être dans l’erreur. Le livre des Juifs n’est pas un rébus : il est un livre qui, sous l’action de l’ESPRIT-SAINT, rend témoignage du CHRIST-JESUS ; mais qui, sans l’ESPRIT-SAINT, a pour la raison humaine un sens anti-christique.
L’INTERPRETATION DES PROPHETIES
On peut répartir les prophéties de l’Ancien Testament en deux groupes : premièrement, celles qui se sont déjà accomplies dans ce qui, pour nous, est le passé ; telles sont, par exemple, toutes les prophéties que les évangélistes appliquent au CHRIST dans sa première venue. Le deuxième groupe est constitué par les prophéties qui, à l’heure actuelle, ne sont pas encore réalisées. S’il en est qui se rapportent à la deuxième venue du CHRIST, elles sont de ce deuxième groupe : ainsi la 2ème Epître de PIERRE (3/13) place en avant de nous les nouveaux cieux et la nouvelle terre annoncés par ESAÏE (65/17 - 66/22).
Parmi les prophéties du deuxième groupe, il on est qui ont pour sujet la nation juive elle-même, et non plus seulement son Messie. Ainsi M. PARKER nous présente ici des textes comme JOËL 3/1-2, 9-17 ; ZACHARIE 12/1-9, 14/1-15, Pour établir qu’il va venir un jour où l’ETERNEL jugera les nations assemblées contre Israël dans la vallée de Josaphat et détruira subitement tous les ennemis d’Israël.
[ 3 ] D’une manière générale, le schéma rationaliste du Retour de JESUS professe que les destinées prophétiques d’Israël ont été interrompues par l’apparition de l’EGLISE issue des Païens. Mais celle-ci est une sorte de parenthèse qui se fermera par l’enlèvement de l’EGLISE. Alors Israël reviendra au premier plan et l’accomplissement des prophéties reprendra son cours» Ainsi l’EGLISE s’intercale entre la 69e et la 70e semaine du prophète DANIEL.
Celui qui tente de s’opposer à ce schéma risque de se heurter ici à des objections qui paraissent bien graves. Vous n’êtes pas biblique, lui dira-t-on ; et l’on invoquera à l’appui les textes apostoliques sur la valeur des prophéties. Ou bien on dira encore  que, repousser le schéma, c’est spiritualiser l’Ecriture pour n’y trouver que les grâces promises aux Païens : en ne tenant pas compte de la nation juive, on fausse toute la compréhension du plan de DIEU révélé dans les Ecritures ; enfin, les prophéties du Nouveau Testament étant censées ici rejoindre celles de l’Ancien (la 70e semaine de DANIEL et le ch. 13 de l’Apocalypse par exemple), on sera accusé de tordre la Parole de DIEU d’un bout à l’autre.
[20] LA SOLUTION DU PROBLEME
C’est précisément cette dernière objection qui va nous fournir la solution du problème de l’interprétation des prophéties de l’Ancien Testament. Il suffit en effet de poser la question s Interprétez-vous le Nouveau Testament à la lumière de l’Ancien, ou l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau ? pour voir que nous sommes placés ici devant un choix. Ou nous avons un Ancien Testament judaïque et anti-christique, ou nous lisons l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau. Or n’est-il pas évident que, mettre l’EGLISE entre parenthèses, comme on nous y invite ici, et reprendre comme si de rien n’était, les destinées terrestres d’Israël, c’est aller contre le CHRIST JESUS ? En effet, on donne raison à ceux qui exigeaient du SAUVEUR un messianisme terrestre : s’il ne l’a pas accordé à sa première venue, il faudra qu’il l’accorde à la seconde. Celle-ci va devenir une sorte de revanche du Judaïsme sur l’Evangile de la Croix.
Qu’on ne dise pas que repousser le messianisme terrestre, c’est spiritualiser indûment l’Ecriture. Ce n’est pas tomber dans un faux spiritualisme que de repousser le matérialisme judaïque : JESUS n’a fait que cela sans cesse. Il y a un abîme entre une théologie judaïque et matérialiste d’une part, et le réalisme chrétien d’autre part. Mais le centre de ce réalisme réside, non dans un Royaume terrestre, mais dans le Corps de CHRIST, son Corps incarné, ressuscité, et qui revient en gloire, son Corps mystique, eucharistique, ecclésial.
C’est dire que toute prophétie de l’Ancien Testament, déjà réalisée ou non, ne peut avoir son accomplissement que dans le CHRIST et dans l’EGLISE, non dans une destinée terrestre d’Israël. Il en est ainsi, absolument, des textes hébraïques qui s’appliquent à la première venue ; il doit en être absolument de même des textes relatifs à la seconde venue du SEIGNEUR.
Il n’est pas étonnant du reste qu’un schéma rationaliste se montre impuissant à interpréter les Ecritures en fonction d’une [ 4 ] notion réaliste de l’EGLISE. Car, nous l’avons vu, pour ce rationalisme à base biblique, il n’y a pas d’EGLISE, mais seulement des croyants isolés. Dès lors, faute d’une structure dans le Corps du CHRIST, on se rabat sur la structure terrestre, nationale, matérielle, d’un Israël selon la chair.

[21] DEUXIEME PARTIE. - LE MYSTERE DE L’EGLISE
LE TEXTE-CLE
Si nous voulons interpréter toute l’Ecriture selon la Croix, en CHRIST et en l’EGLISE, nous avons un texte-clé dans S. PAUL : ce sont les chapitres 9 à 11 de l’Epître aux Romains, qui, loin de constituer un petit appendice de la théologie de la grâce - un excursus historique - en sont la clé de voûte et le couronnement.
La construction de l’EGLISE du CHRIST, qui est le Mystère enclos dans notre histoire humaine, s’y déroule en trois étapes.
Le fondement de l’EGLISE est juif. Ceci est vrai dans la personne du SEIGNEUR : l’homme JESUS est Juif, et la femme par qui le salut est entré dans le monde, la Vierge MARIE, est juive, les apôtres du CHRIST, y compris l’apôtre des Païens sont juifs. La première église est composée de Juifs, à l’exclusion des Païens, et elle a son siège à Jérusalem, capitale du monde juif. Les écrivains sacrés de la Nouvelle alliance, à l’exception d’un seul, sont des Juifs.
Remarquons que dans ce premier aspect du mystère de l’EGLISE se réalisent - c’est S. PAUL lui-même qui l’enseigne - les prophéties relatives à un « reste » d’Israélites fidèles. Il n’y a aucune raison de spéculer sur un reste qui apparaîtrait dans des circonstances historiques encore à venir. Les prophéties du « reste » sont accomplies dans le Mystère de l’EGLISE en CHRIST, elles sont, par l’ESPRIT un objet de louange et d’adoration.
Pour moi j’irais plus loin. Je crois que dans la fondation de l’EGLISE, Jérusalem a été glorifiée de la manière humble et cachée qui convenait en CHRIST. La Jérusalem extérieure, avec tout son orgueil, a été détruite. Mais l’Epouse du CHRIST est née à Jérusalem, c’est là que le nouveau Temple a été rebâti, le Temple qui est le Corps du CHRIST. Dire cela n’est pas spiritualiser, puisque c’est souligner que l’EGLISE est issue de la chair et du sang des Juifs.
Mais la masse des Juifs s’est elle-même déclarée indigne de l’Evangile. Le livre des Actes nous conduit à Rome, capitale des Païens, où l’apôtre des Païens consomme le rejet du Judaïsme. Aussitôt après, le SAINT-ESPRIT a placé, au rang des livres canoniques l’Epître dans laquelle S. PAUL confie son Evangile à l’Eglise de Rome. Le temps des Païens est commencé ; il va se dérouler pendant des siècles. Les Juifs ne se convertiront plus que un à un, et ces convertis seront pour leurs frères des renégats. La masse juive est incrédule, [ 5 ] errante, persécutée, maudite. Toutes les prophéties qui ont eu un accomplissement partiel dans la captivité de Babylone, prennent ici leur plein sens dans le mystère de l’EGLISE.
Nous nous garderons ici d’appliquer aux Païens, on les spiritualisant à tort, les promesses faites à Israël. Si les Païens entrent dans l’EGLISE, c’est en vertu de prophéties précises, dont S. PAUL nous livre la clé, par exemple Deutéronome 32/21 (Rom. 10/19), Esaïe 45/1 (Rom. 10/20), II Sam. 22/50, Ps, 18/50 (Rom. 15/9), Esaïe 11/10 (Rom.15/12) etc.
[22] De plus, si les Païens bénéficient des grâces spirituelles de CHRIST, c’est qu’ils sont devenus eux-mêmes Israël en entrant dans une EGLISE dont le fondement était Juif. L’olivier sauvage a été enté sur l’olivier franc. Malgré toute la polémique paulinienne contre la circoncision matérielle et matérialiste, il faut dire que les Païens baptisés sont circoncis de la Circoncision de CHRIST, qu’ils sont identifiés par le Baptême à un Juif circoncis, qui a réalisé sa circoncision jusqu’à la mort de la Croix. Ainsi la destinée de l’EGLISE, même dans les parties païennes de sa structure, accomplit dans le mystère, les prophéties faites à Israël.
Il reste la troisième étape de l’insertion du Mystère de l’EGLISE dans l’histoire - ou plutôt de l’insertion de l’histoire humaine dans le Mystère de l’EGLISE : « Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce Mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement jusqu’à ce que la totalité des Païens soit entrée. Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon/qu’il est écrit ... » (Rom. 11/26).                                                         -
L’exégèse libérale a voulu parfois abolir la troisième étape du Mystère, en expliquant « tout Israël sera sauvé » comme s’appliquant à la totalité des Païens joints à l’Israël du début. On aurait ainsi un Israël total, composé des premiers Juifs, puis des Païens, et c’est tout.
On se demande comment de telles rationalisations sont possibles alors que le ch. 11 des Romains répète le Mystère sous tant de formes différentes et catégoriques : Rom. 11/12 : « Ils se convertiront tous. » Rom. 11/15 : « Si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d’entre les morts ? » Rom. 11/24 : « à plus forte raison eux seront-ils entés selon leur propre nature sur leur propre olivier. » Rom. 11/32 : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous. »
D’autres ont objecté que si cette conversion en masse d’Israël devait avoir lieu, le SEIGNEUR JESUS en aurait parlé ; alors que, en fait, il parle toujours du rejet d’Israël, qui, d’après les Evangiles, semblerait définitif. Que JESUS n’ait pas parlé du tout du rétablissement d’Israël, ce n’est pas exact. JESUS a prophétisé sur les Juifs, disant : « Vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Soigneur. » Qu’est cela sinon l’acclamation messianique, à la seconde venue du CHRIST ? Le SEIGNEUR dit aussi que Jérusalem sera foulé aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. Il y a donc une fin à la malédiction des Juifs, et cette fin se situe exactement comme le veut S. PAUL, lorsque le temps de la grâce s’achève pour les nations.
[ 6 ] Ces textes sont certains. Pour ma part, je me demande aussi s’il ne faut pas voir une prophétie du Retour de JESUS dans Matth. 10/23 : « Vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le FILS de l’Homme sera venu. » Et encore je me demande si Matth. 24/34 : « Cette génération ne passera point » n’annonce pas la présence des Juifs pour le Retour ? Et s’ils sont gardés présents, n’est-ce pas comme le veut S. PAUL pour la miséricorde ?
[23] Il n’en  reste pas moins que JESUS a beaucoup plus insisté sur le rejet des Juifs au début des temps des Païens que sur leur rétablissement, à la fin des temps des Païens. Il ne faut pas oublier, en effet, que JESUS, en même temps qu’il se donnait au monde comme FILS de DIEU, assumait la tâche concrète d’apôtre des Juifs, ses contemporains. En ce sens, il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël, et il lui appartenait, par la Croix, d’être le martyr du peuple qu’il évangélisait. Il devait donc insister sur les calamités qui attendaient la masse de la nation, quand elle rejetterait son SAUVEUR. Il devait insister, pour briser l’orgueil national, des apôtres eux-mêmes, sur l’annonce de l’entrée des Païens dans l’EGLISE.

QUI CONVERTIRA LES JUIFS ?
Il y a donc trois étapes de l’insertion de l’histoire dans le mystère de l’EGLISE. JESUS lui-même, doublé par PIERRE, a été l’apôtre du Reste Juif infiniment précieux aux yeux de l’ETERNEL, posé par lui comme fondement de l’Epouse du CHRIST. S. PAUL, juif, a été sans conteste, l’apôtre des Païens : il a fait entrer l’histoire dans la 2ème étape du mystère.
Je dis que c’est l’EGLISE du Retour de JESUS qui sera l’apôtre de la masse juive, et qu’elle fera entrer ainsi l’histoire dans la troisième étape du mystère.
Tout d’abord il importe absolument, pour que la structure organique de l’EGLISE ne soit pas brisée, que le ministère de la réconciliation pour les Juifs soit donné à des Païens, comme le ministère de la réconciliation des Païens a été donné au rabbin SAUL de Tarse. Les Juifs sont dehors ; pour qu’ils entrent, le portier qui leur ouvrira la porte sera païen, puisque ce sont les Païens qui sont dedans, du moins ceux qui ne sont pas partis dans la grande fuite devant DIEU qui caractérise l’apostasie.
Que l’EGLISE du Retour puisse avoir pour la réconciliation des Juifs, des collaborateurs juifs, comme le médecin païen LUG a été avec tant d’autres, collaborateur du Juif PAUL, cela est aussi bien certain. Mais dans le centre et le cœur du mystère, la réconciliation des Juifs est la tâche essentielle de l’EGLISE du Retour : en se faisant le portier des Juifs, elle sera aussi le portier d’un Juif de marque, le Roi du Gloire qui va venir pour faire sortir toutes ses propres brebis hors de l’enclos de la mortalité, et les conduire dans les pâturages de la vie éternelle.
[ 7 ] La conversion des Juifs n’est pas un miracle baroque qui se produirait après un enlèvement baroque d’une EGLISE elle-même baroque, puisque elle serait inachevée. Tous les miracles de DIEU sont dans le CHRIST pour l’EGLISE. La formation de l’Eglise de Jérusalem a été miraculeuse et accompagnée de miracles ; la mission de PAUL a été miraculeuse et accompagnée de miracles ; de même la conversion des Juifs sera miraculeuse et accompagnée de miracles.
[24] Mais cette troisième étape doit évidemment continuer et couronner les deux autres ; elle est de la même substance, dans la même structure que les deux autres. Le ch. 11 des Romains la décrit dans le même tout que les deux autres, sans solution de continuité. La parabole de l’olivier présente un seul olivier. L’olivier n’est pas déplanté avant que ses branches naturelles soient entées de nouveau sur lui. A vrai dire, sur quoi les enterait-on, si l’olivier n’y  était plus ?
Dés que l’on parle de l’avenir, on est tenté par les prévisions, et l’on demandera : « le retour des Sionistes en Palestine n’est-il pas un signe du Retour du CHRIST ? » Ici il faut faire bien attention. Si vous dites : les Juifs retournent en Palestine, donc les prophéties s’accomplissent et JESUS revient bientôt, et que vous en profitiez pour ne rien préparer en vue du Retour, vous êtes grandement dans l’erreur.
Si vous-pensez au contraire, que l’établissement sioniste en Palestine doit être la base de la conversion des Juifs à JÉSUS-CHRIST, et si vous vous consacrez de toute votre âme dans l’EGLISE du Retour pour la conversion des Juifs - et DIEU sait à quel prix elle se fera, - alors je suis bien d’accord. Il est possible, DIEU étant un DIEU d’ordre, que la Jérusalem terrestre soit le support du salut de nos frères séparés - les Juifs, - étant bien entendu qu’il s’agit non de rebâtir le Temple matériel détruit une fois pour toutes, ou de relever les sacrifices abolis. Si l’histoire de l’EGLISE finit à Jérusalem, c’est pour entrer dans la Jérusalem céleste par la Résurrection des morts.
Un dernier point encore. Je mets en garde contre l’expression : l’évangélisation des Juifs, qui irréprochable en soi, a aujourd’hui des résonances inquiétantes. Ceux qui parlent d’évangéliser les Juifs peuvent vouloir en effet - et c’est souvent le cas - gagner quelques Juifs et les rattacher à leur EGLISE, à leur mouvement, à leur « dénomination ». On ferait alors l’économie de construire l’EGLISE du Retour. Mais gagner quelques Juifs et les détacher de la masse d’un Israël inconverti, cela s’est toujours fait, depuis l’an 70. C’est une marque de la fidélité de DIEU qui montre qu’il n’oublie pas ses bien-aimés. Mais ce n’est pas la préparation du Retour.
Pour le Retour, il faut la conversion de la masse juive ; et pour cette conversion, il faut, sur le plan de la construction de l’EGLISE, une puissance comparable à ce qu’est la bombe atomique sur le plan de la destruction. Jamais des Eglises séparées n’auront pareille puissance. De même que la bombe atomique a été donnée aux hommes par une puissance anti-christique qui a l’hégémonie sur le monde entier, de même la réconciliation des Juifs ne peut être donnée qu’à l’EGLISE du Retour, parce que celle-ci possède en elle prophétiquement, et déjà réellement dans son Eucharistie, l’unité de l’EGLISE universelle qui paraîtra devant son SEIGNEUR.
[8 / 25] LA RECONCILIATION DES JUIFS ET L’UNITE
Nous avons vu hier que la préparation du Retour est caractérisée, entre autres, par l’unité qu’enseignent JESUS, S. JEAN et S. PAUL. L’EGLISE du Retour doit posséder dans son être même le principe de l’unité, elle doit être prophétiquement l’unité qui sera manifestée au dernier jour. C’est pourquoi elle ne saurait se constituer en secte, mais elle s’insère sur la réalité de l’EGLISE du passé, et plonge ses racines dans l’institution visible fondée par les Apôtres. Elargissant aujourd’hui cette vision, nous devons l’étendre aux Juifs qui sont, eux aussi, par la promesse, dans l’EGLISE qui acclamera le Messie venant dans la gloire. La Croix devant réunir en un seul corps les enfants de DIEU dispersés, elle place dans ce corps les Juifs qui en sont, pour ainsi dire membres de droit, ou en tout cas, membres par priorité. C’est eux qui donnent leur nom à l’ensemble du Corps : l’EGLISE est l’Israël de DIEU. C’est leur capitale, Jérusalem, qui est le point central de l’EGLISE, partie, comme l’ont dit les Pères, pour un pélerinage terrestre qui commence à la Jérusalem d’en bas pour finir à la Jérusalem d’En-Haut. En sorte, conclurons-nous, que Rome n’a été qu’une capitale provisoire : elle est, par rapport à Jérusalem, ce qu’a pu être Avignon, pour un temps, par rapport à Rome.
Il n’y a donc pas d’unité du Corps de CHRIST, partant pas de Retour du CHRIST, sans la réconciliation de la masse juive. Or la division du Juif et du Païen est la plus terriblement profonde qui ait jamais déchiré, et qui déchire, la race humaine. L’élection d’Israël, en vue du salut, est en fait la cause de l’inimitié fondamentale que l’on retrouve à la base de toute guerre, au sens le plus large, sur la terre. Sans les Juifs se mêlant à eux, les Païens connaîtraient le secret d’un pouvoir impérial qui donne au monde la pax romana. Sans les Païens, les pénétrant d’idolâtrie, les Juifs connaîtraient la prospérité d’un Royaume davidique vainqueur de tous ses ennemis. Du fait de la déchirure que DIEU a faite en enlevant à l’homme païen, cette côte qui s’appelle ABRAHAM, pour en former le peuple élu, la division, la haine, et finalement la mort, règnent sur la terre. Les moqueurs ont raison. Le plan de DIEU a échoué. Il a posé la dualité, et à tout jamais l’unité demeure impossible. Dans la soi-disant sagesse divine il y avait une faille fondamentale. Du jour où DIEU a divisé, il s’est rendu lui-même incapable de réunir.
Ainsi parle l’incrédulité, y compris l’incrédulité des chrétiens. Mais nous disons que MARIE est la fille d’ABRAHAM, et que, par elle, CHRIST le salut, est entré dans le monde. En CHRIST et en l’EGLISE, l’unité est donnée selon une sagesse divine qui paraît folie aux yeux des hommes. Seulement l’EGLISE empirique n’a pas encore saisi dans la foi cette plénitude de l’unité. Dès que le message du Retour de JESUS commence d’être formé par l’ESPRIT-SAINT dans le cœur, la raison humaine s’empresse de l’éteindre, parce qu’elle n’a pas la foi en l’unité. La foi est trop petite pour le triomphe de l’unité et de la vie. D’un côté les grands organismes ecclésiastiques, installés tant bien que mal sur la terre, s’efforcent de la faire durer le plus longtemps possible, afin de différer, le jour de la passation des pouvoirs au seul SEIGNEUR de l’EGLISE, qui sera aussi le Juge de ses serviteurs. De l’autre côté, nos amis dissidents, à qui nous devons beaucoup, risquent de succomber à la tentation d’un [ 9 ] système intellectuel qui, sous prétexte d’annoncer le Retour, le rejette au delà d’une imaginaire disparition de l’EGLISE.
Frères bien-aimés, voulez-vous qu’ensemble nous ouvrions dans l’Union de prière un chemin nouveau. Le voici : rester ouvert à la direction de l’ESPRIT qui nous conduira pas à pas ? crier au SEIGNEUR : « Augmente-nous la foi, » afin que nous recevions la foi en l’unité et la foi en la vie ; enfin, tendant une main fraternelle à tous ceux qui aiment Notre Seigneur JESUS-CHRIST d’un amour inaltérable, nous offrir à DIEU pour une tâche concrète et surhumaine : le Retour dans la salle du festin eucharistique de celui qui boude encore à la porte : notre frère aîné : le Juif.


[1 / 26] IVème Etude. – LE RETOUR DE JESUS ET LE TEMPS DE L’EGLISE

PREMIERE PARTIE. – LE TEMPS ET L’ETERNITE

Quand on pense au Retour de JESUS, on ne peut s'empêcher d'aborder la question du Temps et de l'Eternité : c'est dire qu'on se trouve soudain en contact avec ce qu'il y a de plus difficile dans la Théologie et la Philosophie. Vous savez que, de nos jours, une des pensées les plus belles qui aient fleuri dans la philosophie française, j'ai nommé BERGSON, s'est présentée comme une philosophie de la durée et de la mémoire. Plus récemment pour ne citer qu'un seul autre nom, Martin HEIDEGGER - dont « l'Etre et le Néant » de SARTRE semble n'être qu'un démarquage -, fonde son pessimisme sur l'étude existentielle du temps : étude que l'on retrouve, il faut le dire à la gloire de la pensée chrétienne, chez un GREGOIRE de Nysse, lequel a très nettement posé une philosophie de l'existence, qu'il surmonte par une doctrine de l'éternité.
Nous ne pouvons pas entrer ici dans l'exposé de ces problèmes : ce sont les plus ardus de la philosophie, nous n'y serions pas compétents. Recommandons seulement à ceux qui aiment le Retour de JESUS, l'étude de GREGOIRE de Nysse, qu'il faut mettre aujourd'hui à son rang, le plus haut, dans l'histoire de la pensée chrétienne.
Disons simplement, en guise d'introduction, ceci : DIEU est éternel : « je suis celui qui suis… L'Eternel ; le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité. Voilà mon nom de génération en génération. » JESUS fait écho à MOÏSE : « Avant qu'Abraham fut, Je suis. » Ainsi l'ETERNEL est DIEU, DIEU est l'Etre, celui qui seul peut dire, dans la plénitude : « Je suis. »
Il est encore écrit, et ici c'est l'apôtre qui parle : « Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » C'est encore S. JEAN qui nous dit avec force que nous avons appris l'amour de DIEU par la manifestation du FILS. DIEU est [ 2 ] amour, au dehors vers sa Création. Mais il est amour en lui-même, de toute éternité : car le PERE aime le FILS ; et le PERE et le FILS sont liés dans l'ESPRIT-SAINT qui procède d’eux. On connaît une des représentations les plus émouvantes de la Trinité dans l'art chrétien, celle d'Enguerrand CHARENTON, dans le Couronnement de la Vierge de Villeneuve-lès-Avignon. Le PERE et le FILS sont peints sous les traits de deux hommes semblables, qui se font vis-à—vis, et dont les lèvres, sont réunies par les ailes de la Colombe qui est le SAINT-ESPRIT.
DIEU est éternel. DIEU est amour. De cette grande vision que nous donne la parole, nous tirerons ici cette pensée : l'éternité, c’est la présence de l'être aimé. Ainsi le FILS est présent au PERE dans l'ESPRIT, et DIEU qui, dans l'amour, peut dire : « Je suis » est l’ETERNEL.
Prenons la contre partie ; ne pouvons-nous pas avancer que le temps, c'est, au moins à quelque degré, l'absence de l'être aimé. Dans le temps, il y a toujours une certaine distance entre moi et l'autre. Cette distance devait exister même dans la Création bonne, entre ADAM et DIEU, entre ADAM et EVE. Car s'il n’y  avait pas eu comme une possibilité du moins de rupture, comment Satan se serait-il glissé, entre EVE et ADAM d’abord, entre le couple humain et DIEU ensuite ? Mourir, n'est-ce pas être vaincu par le temps, être englouti par lui, on particulier être séparé de son semblable ?
[27] Inversement le temps peut être surmonté par l’éternité, et la Rédemption suppose une telle victoire. Le Fils éternel est venu mourir dans le temps, séparé de son Père, comme l’atteste le Eli Eli lama sabachthani : ainsi il a remporté la victoire sur la mort ; il amis en évidence la vie et l’immortalité par l’Evangile ; il s’est assis à la droite du Père. Les membres du Christ étant unis au Chef par la grâce miséricordieuse, l’espérance de l’Eglise c’est que, par la Résurrection des corps, Dieu soit tout en tous.
Ainsi dans l’éternité, la Création sera présente à l’Etre aimé, qui est Dieu, l’Etre, l’Etre aimé par-dessus tout. Dans cette présence, les créatures ici-bas séparées dans le temps seront présentes les unes aux autres en Dieu. L’éternité c’est l’absence de toute absence.
Ici-bas dans le temps, la séparation des êtres les uns d’avec les autres, se traduit par la division des instants, passé, présent et avenir. L’instant est instable parce qu’il ne contient pas une plénitude d’amour. Il tend vers l’avenir dont il attend d’être comblé dans sa quête de l’amour. Sans Dieu, c’est un mirage sans cesse décevant : tout nouveau présent rabaisse ce qu’on appelait l’avenir au niveau d’un morne instant sans amour. Pour les philosophes pessimistes, le temps est le lieu de notre malheur, et il y a là un fond tragique de vérité humaine.
Pour le chrétien dans la grâce, le mystère de la mémoire et le mystère de l’espérance font de l’instant une plénitude comblée par amour. O temps suspends ton vol, dit le poète : intuition juste en ceci que l’amour surmonte le temps. Mais le romantisme contient une revendication d’un temps indéfini pour jouir d’un amour qui n’est pas l’amour, tandis que la grâce nous donne par l’Agapé divine une victoire déjà pressentie [ 3 ] ici-bas sur le temps.
Cette introduction qui peut sembler loin du sujet du Retour de Jésus, a pour but de fixer cette pensée, que chaque période de l’histoire de l’Eglise, comme chaque journée de notre vie, peut être envisagée sous un double aspect : ou bien nous additionnons les moments isolés, jours, mos, années, siècles, et nous obtenons un temps indéfini, comme une ficelle faite de morceaux rajoutés bout à bouts, et on n’aurait jamais fini d’en rajouter. Ces morceaux du temps se courent les uns après les autres sans jamais se rattraper. Ce qu’ils cherchent c’est l’amour, mais ils ne le trouvent pas, car ils le cherchent en-dehors d’eux-mêmes. Dans cette perspective, on rejette le Retour de Jésus au bout de la ficelle : mais comme il n’y a pas de dernier bout, comme on peut toujours en rajouter, le Retour de Jésus s’évanouit au bout d’un temps qui n’a pas de bout. Telle est la position, dans l’Eglise, de toute théologie qui par un rationalisme de la foi, se dessèche quant à l’amour. Mais telle est aussi, dans l’histoire, la position de toute secte qui a annoncé prématurément un Retour de Jésus prédit au bout d’un temps qui en fait n’a pas eu de bout.
[28] Ou bien, autrement, chaque génération chrétienne a pu vivre dans la foi qu’informe l’amour ; alors, inévitablement, avec la foi et l’amour elle a saisi l’espérance ; elle a vécu dans le Retour de JESUS, et elle n’a pas été trompée. On peut comparer ici l’histoire de l’EGLISE - non à la ficelle faite de morceaux mis bout à bout, et à laquelle il y a toujours un bout à rajouter - mais à la corde bien tendue d’un bel arc. L’arc lui-même, c’est la grâce de DIEU, c’est JESUS qui était, qui est et qui revient. La corde, c’est l’EGLISE, entre ces deux extrémités : la venue sur la terre de JESUS incarné en abaissement, le retour sur la terre de JESUS en gloire.
Les chrétiens qui ont vécu cet Evangile, ont été dans le Retour de JESUS, à quelque point de la corde qu’ils fussent situés. Et pour chaque génération, le Retour de JESUS, ce n’est pas de spéculer sur un bout de ficelle à rajouter, mais c’est de savoir à quel point DIEU nous a mis sur la corde du bel arc. L’apôtre PIERRE, sans conteste, était à l’attache de la corde sur la première extrémité de l’arc. Il touche le cœur de la grâce en s’écriant : « Tu es le CHRIST, le FILS du DIEU vivant. » L’apôtre PAUL n’était pas loin de cette première extrémité de l’arc ; il pouvait encore toucher PIERRE, quand ils se donnèrent la main d’association. Nous, nous ne sommes pas loin de l’autre extrémité de l’arc : je crois même que nous la touchons déjà.
Mais il nous faut aujourd’hui, considérer les générations qui ont été placées entre la fin et le commencement.

[4 / 29] DEUXIEME PARTIE. - FAUSSES ANNONCES DU RETOUR DE JESUS
Toute comparaison est trompeuse. La ficelle indéfinie faite de morceaux rajoutés bout à bout, et l’arc bien tendu, tout cela, c’est très joli. Mais la réalité est plus complexe. Pour être dans le vrai, à travers la réalité concrète, il faut un peu embrouiller les choses. Il faut dire, par exemple, que la ficelle en question est quand même toujours du même chanvre que la corde de l’arc ; il n’y a pas de secte absolue ; toute secte est, en un sens dans l’EGLISE ; toute annonce fausse du Retour de JESUS a pu contenir une part de vérité. Le l’autre côté, il faut dire que la corde n’est jamais, sur la terre, si bien tondue qu’il le faudrait. Il lui arrive de se relâcher. L’EGLISE s’endort et son espérance, comme son zèle, se relâchent. L’histoire nous présente donc, au sujet du Retour de JESUS deux grandes possibilités d’erreur :
D’une part, il y a l’erreur de tout schisme qui annonce le Retour de JESUS comme proche ; mais étant hors de la charité, le schisme ne peut saisir l’espérance. Il annonce le Retour de JESUS intellectuellement, sur le plan de la doctrine. Il fait appel à la foi sans doute, mais la foi sans la charité est morte. C’est une foi qui très vite se durcira en formules sans vie : le schisme s’endurcit en une secte, et bientôt un nouveau schisme viendra se dresser contre cette secte.
C’est dire que l’on peut pécher contre la charité et contre l’espérance par impatience et par dureté, par zèle amer et par esprit de dispute. Et c’est cela qui explique que beaucoup ont annoncé que JESUS reviendrait de leur temps et il n’est pas revenu. Ils sont une preuve que, en CHRIST, on ne peut pas faire l’économie de la charité.
D’autre part l’autre erreur possible est celle de l’EGLISE elle-même, qui ne se saisit pas dans le proche Retour du Seigneur JESUS. Elle laisse refroidir son espérance. Son zèle aussi s’attiédit. Le Retour de JESUS, au lieu d’être annoncé proche, est reporté très lointain. Comme les extrêmes se touchent, les deux reviennent au même. Dans l’EGLISE à l’espérance attiédie, la charité aussi se refroidit. De même que le schisme était dur dans les coupures qu’il provoquait, de même l’EGLISE attiédie se raidit dans une attitude persécutrice.
Pratiquement, dans l’EGLISE, les deux attitudes se font vis-à-vis à la même époque. C’est ce que nous allons constater on passant on revue quelques exemples historiques.

1er EXEMPLE : LE MONTANISME.
Nous parlons ici familièrement, en toute liberté : j’ai souvent eu peur d’être moi-même une sorte de sous-produit du Montanisme, un mélange des erreurs de TERTULLIEN et de MONTAN.
Le mouvement prophétique de la fin du 2èmo siècle ressemble en effet comme un frère au Pentecôtisme d’aujourd’hui ; et même je dirai que Charmes ressemble - extérieurement seulement je l’espère - au Mon- [ 5 ] tanisme, plus que toute branche du Pentecôtisme.
[30] Par exemple, je dis que l’œuvre a ici un centre localisé : je convoque des Retraites à Boissier. De même : « Hommes et femmes quittaient à l’envi leur villages et leurs villes pour se rendre dans la plaine située entre Pépuze et Tymion, où MONTAN annonçait l’imminente descente de la Jérusalem céleste. »
Le mouvement de Charmes, on le sait, est essentiellement un mouvement de femmes. De même : « On voyait MONTAN se faire accompagner de deux prophétesses, MAXIMILLA et PRISCILLA. On entendait ces femmes prononcer des oracles, enseigner aux multitudes la nouvelle prophétie. Rien n’était plus contraire à la tradition, dont S. PAUL avait posé le principe, en ordonnant aux femmes de se taire dans les assemblées. »
Le Montanisme avait une morale rigoriste. Un des: plus violents traités anti-catholiques de TERTULLIEN est le « De Pudicitia ». Le vieux lutteur y prend feu et flamme parce que le pape CALLIXTE a permis la réconciliation avec l’Eglise, par la pénitence, des chrétiens tombés dans l’adultère et la fornication. Ce n’est certes pas à la porte des églises que TERTULLIEN afficherait un tel édit, mais plutôt, dit-il, à la porte des maisons de prostitution.
Pourtant JESUS n’est pas revenu du temps de MONTAN et de TERTULLIEN, malgré les prophéties et tous les autres charismes du Paraclet. Comment pouvons-nous être sûrs que nous ne nous sommes pas simplement égarés dans le même illuminisme qu’eux ? Je réponds : le Montanisme fut une secte de l’impatience ; elle se sépara avec dureté et avec un zèle amer d’une église, qui, d’autre part, commençait de donner des signes de relâchement. En annonçant le Retour de JESUS proche, MONTAN, qui n’était pas dans la charité, ne pouvait pas saisir une espérance vivante : il ne faisait que raccorder un bout de ficelle aux deux premiers siècles de l’histoire de l’EGLISE : et son bout de ficelle n’était pas le dernier, et même il ne pouvait pas l’être. Aucune secte ne pourra jamais saisir le Retour dans l’espérance ; et, s’il ne devait y avoir que des sectes, il n’y  aurait jamais de Retour de JESUS.
2ème EXEMPLE : LE JOACHIMISME.
L’histoire du joachimisme est extrêmement intéressante, parce qu’elle marque le moment où l’Eglise catholique romaine a définitivement laissé se relâcher son espérance. On peut dire, que depuis, le catholicisme n’a jamais ressaisi cette espérance vivante. Après l’écrasement des néo-joachimites du XIIIe siècle, ce n’est que d’une manière espacée, sporadique, que quelques saints parleront encore avec une intense conviction du Retour de JESUS, et ils ne seront pas entendus : tels un saint Vincent FERRIER au temps du grand Schisme ou un saint Louis Marie GRIGNION DE MONTFORT à la fin du Grand Règne (celui de Louis XIV).
L’histoire du joachimisme est très complexe. Au XIIe siècle l’abbé JOACHIM DE FLORE (il est mort vers 1201 ou 1202) fut une manière de saint et de voyant. Mettant la contemplation au-dessus de l’action, il ne fonda ni mouvement ni secte ; il ne songea pas à sortir de l’ÉGLI- [ 6 ] SE, où il était respecté et honoré. C’est par des œuvres qu’il devait agir par la suite, notamment par l’Expositio in Apocalypsim ou Apocalypsis nova, et sa Concordia Novi et Veteri Testamenti. JOACHIM y exposa une sorte de trithéisme historique. L’Ancien Testament est la figure du Nouveau.
[31] De même, le Nouveau Testament était interprété à son tour comme la figure d’un troisième âge encore à venir, et dont JOACHIM se considérait comme l’initiateur. L’Ancien Testament était plus particulièrement l’âge du PERE, le Nouveau Testament, dominé par le grand fait de l’Incarnation, était l’âge du FILS. Le nouvel âge serait l’âge de l’ESPRIT
Il y a donc eu « un temps où les hommes vivaient selon la chair : il a duré jusqu’au CHRIST, et commencé avec ADAM ; un autre où l’on vit à la fois selon la chair et selon l’ESPRIT ; il a duré jusqu’au moment présent, et a commencé avec le prophète ELISEE, ou avec OSIAS, roi de Juda ; il y aura un temps où l’on vivra en esprit ; il durera jusqu’à la fin du monde et a commencé avec le bienheureux BENOIT. Dans l’un on a été sous la Loi, dans l’autre nous sommes sous la Grâce ; dans le troisième, que nous attendons prochainement, nous serons sous une grâce plus abondante... Le premier est l’âge de la servitude servile, le second de l’obéissance filiale, le troisième de la liberté ; le premier est l’âge de la crainte, le second de la foi, le troisième de la charité. Le premier est l’âge des vieillards, le second celui des jeunes gens, le troisième celui des enfants. »
Du temps de JOACHIM même, ces doctrines ne provoqueront ni trouble ni scandale. Mais bientôt après la mort de cet Abbé-Prophète, apparaissaient S. FRANÇOIS et S. DOMINIQUE qui fondaient les ordres mendiants. Parmi eux, et surtout parmi les Franciscains, une « gauche » illuministe se réclama des conceptions et des prophéties de JOACHIM DE FLORE. Les mendiants, disait-on, sont les deux témoins du ch. XI de l’Apocalypse ; ils sont figurés par ENOCH et ELIE qui doivent revenir avant la fin du monde.
Autour de ce Néo-joachimisme naissait toute une littérature pseudo ou deutéro-joachimienne. On apporte des prophéties et des révélations nouvelles. On ne tarit pas sur la corruption du clergé. Pour l’auteur d’un commentaire sur JEREMIE (XIIIe s.) l’Eglise romaine est déjà la Grande Prostituée de l’Apocalypse ; il vaudrait mieux pour le pape SILVESTRE qu’il ne fût jamais né ; le patrimoine de l’EGLISE, reçu par lui a été pour elle l’arbre de la science du bien et du mal.
Cette littérature culmine dans l’Introduction à l’Evangile éternel du franciscain Gérard DE BORZE SAN DONNINO (1254). JOACHIM n’avait fait que proclamer que le Nouveau Testament avait un sens spirituel plus profond et caché sous la lettre, comme il était lui-même la clé de l’Ancien Testament. Mais Gérard va beaucoup plus loin. Pour lui, l’ESPRIT s’est retiré de l’Ancien et du Nouveau Testament, pour venir demeurer dans les récits de JOACHIM lui-même, qui constituent l’Evangile éternel. S. FRANCOIS d’ASSISE est l’Ange de la Révélation, qui tient le petit livre ouvert dans sa main.
[ 7 ] Au XIIIe s. et au début du XIVe, le néo-joachimisme eut une extraordinaire diffusion. Il compta des penseurs de valeur comme Pierre OLIVI, Ubertino de CASALE, Arnaud de VILLENEUVE. Ce dernier, mort on 1311, fixe la date de l’apparition de l’Anti-Christ à 1358. DANTE ne fut pas insensible à certaines influences Joachimites. Elles se propagèrent encore parmi les béguins du Languedoc et les Fraticelles d’Italie que l’Inquisition persécuta. L’influence du néo-joachimisme continua de se faire sentir pendant toute la fin du Moyen-Age.
[32] Le néo-joachimisme qui fleurit ainsi au XIIIe et au XIVe s. est la contre partie d’une EGLISE qui se mondanise, s’installe dans une civilisation de plus en plus profane, et laissée, se relâcher son espérance. Dans la théologie de S. THOMAS, ce qui concerne l’espérance est ramené aux proportions du salut de l’âme individuelle. La béatitude de celle-ci dans le ciel est beaucoup plus au premier plan que la Résurrection du corps, laquelle ne constitue qu’une sorte de rallonge placée dans un temps très éloigné et très indéterminé. La béatitude, de l’âme qui jouit de DIEU, idéal plus riche, certes, que celui des philosophes grecs, mais qui leur est nettement apparenté, cette béatitude qui ne requiert pas la corporéité, est tellement le centre de l’espérance chrétienne, qu’un des papes français, JACQUES de Cahors, qui régna on Avignon sous le nom de JEAN XXII, eut de très gros ennuis pour avoir prêché que cette béatitude pouvait ne pas être aussi parfaite qu’elle, le serait après la Résurrection, du corps.
Ainsi au spiritualisme des franciscains qui combattent violemment, la hiérarchie, c’est-à-dire le corps visible de l’EGLISE, et qui s’impatientent au point de voir l’Anti-Christ dans le clergé, s’oppose un autre spiritualisme, celui de l’EGLISE qui se relâche. De toute manière le temps se distend, l’éternité n’a pas de vraies prises. Aussi ne sommes-nous pas surpris qu’on prête au pape BONIFACE VIII ce jugement sur les commentateurs d’Apocalypse qui pullulaient de son temps : « Pourquoi ces imbéciles attendent-ils la fin du monde ? » Et CLEMENT V écrit à JACQUES II d’Aragon que pendant, la lecture, en plein Consistoire, par Arnaud de Villeneuve, d’un manifeste rempli d’idées apocalyptiques, lui, le pape, il pensait tranquillement à des choses plus importantes.
3ème EXEMPLE : LES DISSIDENCES PROTESTANTES.
Depuis la persécution du néo-joachimisme, et à plus forte raison, depuis le Concile de Trente, le Catholicisme n’a pu encore ressaisir l’espérance du Retour. Celle-ci devait trouver son refuge dans le protestantisme, et particulièrement dans les dissidences, les grandes églises natio¬nales ayant tendance à s’installer sur la terre à l’image de Rome.
Dès l’aube de la Réforme, l’Anabaptisme est un mouvement prophétique qui annonce le Retour de JESUS, et qui, une fois de plus, se trompe. LUTHER, qui contribua â noyer ce mouvement dans le sang, ne fut pas exempt d’une certaine annonce du proche Retour de JESUS :   et cela dans la mesure où il se dressa contre le Catholicisme dans un esprit de dureté et de schisme. Sur ce plan, LUTHER devait avoir la conviction que sa Réforme était la vérité absolue ; il possédait la Parole de DIEU, le seul sens juste des Ecritures. Dès lors la persistance de l’Eglise romaine était pour lui à la fois une menace et un scandale. Pour lutter contre les doutes qui le saisissaient sur l’authenticité de sa mission, LUTHER [ 8 ] avait besoin de la certitude de la destruction totale de Rome. Esprit du moyen âge encore, c’était pour lui un scandale que tous les chrétiens ne fussent pas dans la seule vraie église, la sienne.
L’annonce du Retour de JESUS résout le double danger : le pape, avec son clergé, est l’Anti-Christ ; si la prédication de la Réforme ne les a pas convaincus d’erreur, c’est que « der jüngste Tag » est bien proche, et que le Seigneur JESUS va venir les détruire, du souffle de sa bouche. Cette eschatologie, dure et schismatique, n’est pas empreinte de l’espérance et rejoint celle des sectes.
[33] Plus près de nous le Darbysme, puis l'Adventisme, puis toutes les variétés d'Anges de l'ETERNEL, nous ont fourni de multiples exemples d'une annonce fausse du Retour de JESUS. Tout récemment mourait M. FREYTAG qui avait déclaré qu'il ne mourrait pas. Nous avons suffisamment vu, au cours de ces études que cette annonce, durcie dans la dissidence, n'était pas une espérance vivante. Le reproche que l'on peut lui faire, ce n'est pas tant de se tromper sur des dates, que de réduire le Retour de JESUS au plan d'une doctrine morte, et de ne pas faire fleurir les essentielles vertus du CHRIST : la foi vivante, la charité, et l'espérance, celle qui ne confond point, parce qu'elle saisit le Retour, en CHRIST dans une communion vivante

CONCLUSION
Notre étude historique a surtout porté sur les aspects négatifs de l’annonce du Retour de JESUS dans l'histoire de l'EGLISE. Nous avons voulu par là, nous préserver des erreurs qui n'ont que trop souvent déshonoré le nom de CHRIST, même avec un désir sincère de le servir.
Il y aurait une autre étude à faire, du côté positif. Nous ne pouvons que l'indiquer. Disons seulement qu'à toute époque où la foi a été vivante et où elle a servi DIEU et le prochain dans la charité, l'espérance du proche Retour de JESUS n'a pas été absente. Aussi n'est-ce absolument pas par une sorte d'erreur d'optique que l'EGLISE primitive a vécu dans l'imminence du Retour de JESUS. Ces chrétiens posaient avec un amour ardent la base juive de l'EGLISE, et ils inauguraient avec S. PAUL, la mission parmi les Païens. A leur foi vivante, à leur charité, répondait l'espérance ils pouvaient s'écrier dans leur Eucharistie : Maranatha ! le SEIGNEUR vient ! Ils ne fixaient pas de date, mais le Retour de JESUS était proche : ils vivaient dans ce Retour ;  ils réalisaient l'espérance donnée à l'EGLISE. Inutile de souligner qu'ils vivaient, autant que cela était dans leur pouvoir, dans l'unité.
On retrouvera, au cours des âges, la même espérance vivante, chaque fois qu'un Réveil, une Mission, un Mouvement d'évangélisation, ont travaillé avec amour au salut du monde. On ne peut servir le CHRIST sans saisir l'espérance du Retour dans une authentique expérience chrétienne et ecclésiale.
[ 9 ] Pour nous, le Retour de JESUS est une question de vie ou de mort parce que nous en sommes à la dernière étape, la conversion des Juifs, et que, après celle-ci, il n’y en aura plus d'autre. Mais il ne s'agit pas simplement de croire dans l'intelligence que « bientôt » signifie aujourd'hui : peu d'années. Cela ne suffirait pas pour nous donner l'espérance. Cela encore peut être un calcul, une foi morte. Aujourd'hui, tout près de la fin en années d'hommes, comme au début, tout près de la fin, en années de DIEU, l'espérance reste essentiellement une vertu qui ne peut s'épanouir en une expérience vivante que sur la base de la foi qui croit pour obéir, et plus encore, sur la base de la charité qui veut l'unité du Corps visible de JESUS-CHRIST.
 


Date de création : 06/08/2012 @ 10:44
Dernière modification : 06/08/2012 @ 10:44
Catégorie : Etudes des Retraites
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