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Ecrits de Louis Dallière - 1934 L'Argent

L’argent [1]

 

 

I. —  L’idolâtrie de l’argent

 

[3] 1° L’argent est-il une chose mauvaise ?

On considère quelquefois l’argent comme une chose mauvaise. Comme il est impossible cependant de se passer de cette chose, on prend le parti d’en parler le moins possible. On dirait presque qu’il est mal d’en parler. Rapprocher l’argent de la Bible, parler d’ar­gent du haut d’une chaire, sont dès lors des choses grossières, iné­vitables quelquefois, mais dans lesquelles on ne saurait trouver nulle édification, nulle lumière spirituelle !

Tout autre est notre point de vue. Pour le chrétien, nulle chose n’est mauvaise en elle-même. Les choses font partie de la Créa­tion de Dieu ; à ce titre elles sont bonnes. C’est le cœur de l’homme qui est mauvais et qui souille les choses (Matth. 15/11).

Que l’argent ne soit pas en lui-même une mauvaise chose, cela ressort de sa définition même. L’argent, la monnaie, est un signe. Ce signe porte la marque d’une autorité qui lui donne libre cours parmi les hommes. « Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut, dit Jésus. Et ils lui présentèrent un denier. Il leur demanda : De qui sont cette effigie et cette inscription ? De César, lui répondirent-ils »  (Matth.  22/19-21).

La monnaie ne sert à rien. On ne peut pas la manger, ni en faire des vêtements ou des maisons. Ce qui sert, c’est le signe moné­taire, le chiffre stable, portant l’effigie d’un gouvernement reconnu parmi les hommes.  Grâce à ce signe,  les échanges commerciaux [4] sont admirablement facilités. L’argent est une chose qui ne peut servir à rien, mais qui peut être échangée contre n’importe quoi d’utile.

Ainsi l’argent représente autre chose. Cette pièce m’est pré­cieuse parce qu’elle sera prise par le commerçant en échange d’un bon morceau de pain. L’argent est un système de signes repré­sentant n’importe quelle chose visible, mesurable, susceptible d’être échangée.

Or, toutes les choses visibles, auxquelles l’argent correspond, sont, répétons-le, des choses bonnes en elles-mêmes. « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon » (Genèse 1/31). Il n’y a aucun mal en la matière, si elle est maintenue à son ordre dans le plan divin.

L’argent est une chose bonne en elle-même. L’homme est mau­vais par nature. Sans doute est-ce dans ses rapports avec l’argent que le mal foncier du cœur de l’homme s’affirme avec le plus de force. Aussi le problème spirituel de l’argent doit-il être posé en pleine lumière.

 

2° Rapports entre l’argent et le péché

On ne saurait trop répéter la distinction élémentaire, mais tou­jours oubliée, entre le péché et les fautes (ou transgressions). Les fautes sont le signe extérieur d’un mal profond. Ce mal, c’est la séparation, survenue par la volonté de l’homme, entre lui et son Créateur. Nous sommes une race qui a voulu, et qui veut exclure Dieu du royaume qu’il nous a confié. Pour devenir « comme des dieux », les hommes écoutent le serpent ancien, et celui-ci, maître des cœurs, usurpe le titre de Prince de ce monde (voir Genèse 3/5, Jean 14/30-31).

Le gouvernement de Satan s’exerce ici-bas par l’intermédiaire des idoles. Les hommes ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant les choses visibles (Rom. 1/18-23). Toutes les infidélités du peuple d’Israël, dans l’Ancienne Alliance, ont [5] consisté à abandonner le Créateur qui s’était révélé par les patriar­ches, par Moïse et les prophètes, pour aller après les idoles. « Ils servirent les idoles dont l’Eternel leur avait dit : Vous ne ferez pas cela. L’Eternel fit avertir Israël et Juda par tous ses prophètes, par tous les Voyants, et leur dit : Revenez de vos mauvaises voies... » (II Rois 16/12-13). L’Ancien Testament nous permet d’étudier quelques-uns des  caractères permanents de toute  idole :

1.      L’Idole est une chose qui n’a par elle-même ni valeur, ni su­périorité spirituelle. C’est une chose créée pour le service de l’homme, et qui ne mérite à aucun titre son adoration :

Il se prosterne devant elle, il l’adore, il l’invoque,

Il brûle au feu la moitié de son bois,

Avec cette moitié il cuit de la viande,

Il apprête un rôti et se rassasie ;

Il se chauffe aussi, et dit : Ha ! Ha !

Je me chauffe, je vois la  flamme !

Et avec le reste, il fait un dieu, son idole,

Et s’écrie : Sauve-moi !

Car tu es mon  dieu !   (Esaïe 44/16-17).

2.  L’Idole reçoit une forme, représentant « l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles » (Rom. 1/23). Elle est une sorte d’incarnation de la force matérielle, de la force humaine, ou des forces obscures de la Terre et des Astres. Sur une sorte de caricature de la foi, l’homme attribue à l’idole une puissance, et c’est à cause de cette puissance supposée qu’il se prosterne devant elle.

Les Baals des Cananéens représentaient les forces obscures, qui présideraient, d’après cette croyance, aux travaux de l’agriculture et aux récoltes. Ainsi s’éclaire la vigoureuse offensive d’Elie, pro­clamant qu’il n’y aura ni rosée ni pluie, sinon à la parole de l’Eternel (I Rois 17/1). Pour le roi Achab et ses contemporains, en face de qui Elie se dresse, il était évident que l’Eternel pou­vait bien s’occuper des choses spirituelles de la loi de Moïse, mais que seuls les Baals avaient le pouvoir de donner la pluie et de bonnes  récoltes.

3.      [6] L’homme, entraîné par cette fausse adoration, projette pour ainsi dire dans son Idole ses propres passions. Divinité des for­ces obscures, l’Idole représente aussi les forces obscures, les pas­sions secrètes, qui résident en l’homme lui-même. Aussi l’Idole est-elle dure, cruelle, sanguinaire et impudique. Moloch exigeait le sacrifice des petits enfants qu’on faisait passer par le feu (II Rois 16/3, 21/6, 23/10, II Chroniq. 28/3, Esaïe 57/5, Jérémie 7/31, Ezéchiel 16/20, 21, etc.). La coutume des prêtres de Baal, pour obtenir un exaucement de l’Idole, était de se faire des incisions avec des épées et des lances, jusqu’à ce que le sang coulât sur eux (I Rois 18/28)

4.      Malgré tout cela, l’Idole reste toujours muette. Elle n’ac­complit jamais un miracle, ne donne jamais un signe de vie. Toute sa puissance supposée provient d’un détournement de la gloire de Dieu. A l’Idole, l’homme attribue le mérite de tout ce que Dieu fait pour lui. Ainsi il refuse sa reconnaissance au Dieu vivant, et apporte son hommage au Dieu mort. L’emprise de l’Idole sur l’homme est une perpétuelle illusion, un perpétuel mensonge. L’or­gueil seul l’empêche de voir la fausseté de cette situation, l’empêche de rougir, de se faire l’esclave d’un faux dieu, mort et muet. Aussi le prophète s’écrie-t-il :

Ils versent l’or de leur bourse,

Et pèsent l’argent à la balance ;

Ils paient un orfèvre, pour qu’il en fasse un dieu ;

Et ils adorent et se  prosternent.

Ils le portent,  ils le chargent sur l’épaule,

Ils le mettent en place et il y reste ;

Il ne bouge pas de sa place ;

Puis on crie vers lui,  et il ne répond pas,

Il ne sauve pas de la détresse.

Souvenez-vous de ces choses, et soyez des hommes !

Pécheurs, rentrez en vous-mêmes ! »  (Esaïe 46/6-8).

Il nous sera maintenant permis d’avancer que l’argent est, dans le monde moderne, une Idole, au sens le plus littéral du mot. Il est l’Idole généralement adorée par la très grande majorité des hom­mes qui n’adorent pas Jésus-Christ. Il est adoré par un grand [7] nombre de ceux qui se réclament des cultes chrétiens,  mais qui, comme tous les autres, ont gardé l’Idole au fond de leur cœur.

Qu’il nous suffise de passer en revue les caractères que nous venons de reconnaître à l’Idole, en les comparant aux caractères que l’homme moderne prête à l’argent.

1.      L’Idole n’a pas de valeur en elle-même, mais est adorée. L’argent, nous l’avons vu, représente une chose matérielle quel­conque. A ce titre, il est propre, plus que tout, à servir d’Idole. Adorer l’argent, c’est adorer les choses créées, le visible, la force matérielle, tout ce qui est inférieur à l’homme.

2.      L’Idole reçoit sa puissance du mirage qui trompe son adora­teur. De même la puissance est attribuée à l’argent, par l’homme moderne, aux yeux de qui la richesse passe pour ce qu’il y a d’infi­niment désirable, de préférence à tout autre bien. On attend d’elle le bonheur, la santé, la protection de tout mal imprévu.

3.      Le culte de l’Idole s’accorde avec le déchaînement des passions et des instincts les plus égoïstes. Est-il besoin de rappeler le rôle tragique de l’argent dans l’origine des guerres modernes ? Est-il besoin de souligner « l’abomination » du cœur de l’homme, qui cache son or pour le refuser à son pays en danger ? Si cet or caché si­gnifie que le sang de nos proches sera versé en abondance, que donnerons-nous de préférence : notre or,  ou le  sang des  autres ?

4.      L’argent est une Idole muette. Elle ne répond pas, mais elle garde son prestige, parce qu’on détourne sur elle la reconnaissance due à Dieu pour ses bienfaits patiemment renouvelés. Dieu bafoué, l’argent adoré : cela résume assez bien la situation spirituelle de tout un monde.

Il n’en va pas autrement sous nos yeux, dans nos campagnes. Ne parlons pas de l’argent : sujet grossier, nous dit-on. Mais si on ne le nomme pas (Ch.  Péguy le notait déjà), on pense tout le [8] temps à lui. « Quand on ne nomme pas, c’est lui que l’on nomme ». C’est vers lui que se tournent les yeux intérieurs du cœur, dès qu’il s’agit de prendre une décision.

L’argent s’est asservi tous les biens sacrés du sang et de la famille. Que de drames autour des vieillards ! Tel, autrefois chef de famille respecté, est ballotté de 3 mois en 3 mois chez chacun de ses quatre enfants. Tendresse filiale qui aspire au privilège de soigner le vieux père ? Détrompez-vous : il s’agit de surveiller ses économies, de veiller à ce qu’aucun n’en détourne une partie au dé­triment de ses frères; il s’agit qu’aucun ne fasse une dépense su­périeure aux autres pour l’encombrant vieillard. Un pasteur a pu voir sur son lit de mort une vieille femme, pour qui le dernier au revoir de sa fille consista en cris véhéments pour réclamer de l’ar­gent supposé caché, ou détourné par la mourante. Telle vieille tante sans enfants a-t-elle un petit pécule : heureuse la nièce qui saura la recueillir et la soigner. Mais si la tante se trouve n’avoir plus rien, ou si la nièce a réussi à se faire donner à l’avance tout l’avoir, alors, justement, comme par hasard, on a besoin de la seule cham­bre disponible dans la maison. La tante restera seule, ou finira à l’hospice. Honore ton père et ta mère. Et par là-dessus, faisons un enterrement religieux, où le pasteur déploiera son éloquence pour évangéliser la foule entrée nombreuse dans son temple. Il y en a un autre dans le temple, et sur l’autel : c’est Baal, l’argent, même devant la mort.

Pour l’argent, les mariages se font et se défont ; les naissances sont volontairement limitées. Toute l’affection familiale pour le fils unique se porte vers sa situation future, c’est-à-dire, sa situation d’argent, bien plus que vers sa personne, son âme. Idole sangui­naire, l’Argent a mis son pied adoré sur les sources les plus sacrées de la vie humaine, sur la naissance même, et sur la mort.

Que dire de la domination de l’Idole dans la religion protestante ? Là aussi sa souveraineté reste entière. S’agit-il d’entreprendre une œuvre spirituelle, de sauver des âmes, de secourir des corps souffrants ? Ne regardons pas à Dieu. Regardons à la caisse. Voyons si l’argent permet, ou si l’argent défend.

[9] Quel est le but du ministère pastoral – le ministère au nom de Jésus-Christ – aux yeux de nos masses « détachées » ? Le pasteur fait les cérémonies quand on en a besoin… et le reste du temps, il se débrouille pour faire rentrer l’argent. Le bon pasteur est celui qui sait attirer les gens : entendez les attirer à donner de l’argent sans trop de peine. S’il y a de l’argent, l’église est sauvée. Qui se préoccupe de savoir s’il y a de la vie spirituelle ? L’Idole a posé le pied sur des sources plus sacrées encore que celles de la vie, sur les sources de la nouvelle naissance et de la vie divine en Christ.

 

3° Rapports entre l’argent et le réveil

Le Réveil de l’âme consiste à adorer Jésus-Christ. On ne peut pas adorer Jésus, et, en même temps, une Idole. Pour que Jésus soit adoré, il faut que l’Idole soit brisée. L’Ancien Testament nous fournit ici encore un exemple saisissant :

« Après s’être emparés de l’Arche de Dieu, les Philistins la firent entrer dans la maison de Dagon et la placèrent à côté de Dagon. Le lendemain, les Asdodiens, qui s’étaient levés de bon matin, trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l’Arche de l’Eternel ». (I Samuel 5/2-3).

Si Jésus règne dans un cœur, Dagon, l’Idole, sera brisée à ses pieds. Si Jésus règne dans nos églises et dans cette contrée de la Drôme et de l’Ardèche, l’Argent-Idole sera brisé à ses pieds. Il ne peut y avoir de milieu. « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». (Matth. 6/24).

1.   Le Réveil signifie la prédication, par les pasteurs, du message de la nouvelle naissance (Jean 3/3 et 7).

On nous dit que nous sommes trop absolus ; que nous prêchons un Evangile trop absolu. Il n’y a pas deux évangiles. Il n’y en a qu’un, et son nom est Jésus. (Matth. 1/21).

La nouvelle naissance consiste à invoquer Jésus comme son Sei­gneur (Actes 2/21 ; Rom.  10/9). Si Jésus est mon Seigneur, mes [10] rapports avec les hommes et les choses sont transformés de fond en comble. Je n’adore plus ce que le monde adore, et j’adore ce que le monde ne connaît même pas.

En particulier, on ne peut pas être né de nouveau, et avoir l’argent comme Idole. Un chrétien-avare est une chose absolument impossible, comme un rond-carré. Si un homme est avare, il n’est pas chrétien. S’il est avare, il est idolâtre (Coloss. 3/5). Aussi le Maître dit-il à ses disciples : « Gardez-vous, avec soin, de toute avarice ». (Luc 12/15).

La grande tromperie ici résulte de ce principe, que l’adhésion à une confession de foi ou à une église, ferait le chrétien. Si cela est vrai, alors, certes, les chrétiens sont loin de l’absolu. Le but des églises serait alors de les développer. Complète illusion ! On ne développe pas un cadavre : Jésus le ressuscite. Un chrétien, c’est une âme ressuscitée, une âme qui possède au fond du cœur le germe de la vie divine, Christ. Pour posséder ce germe, il faut de toute nécessité, enlever le germe de mort, l’Idole. « J’ai été cru­cifié avec Christ ». (Gai. 2/20). J’ai été crucifié, dans la mesure où je m’identifiais avec mes idoles. J’ai laissé l’Esprit de Dieu les arracher de mon cœur, dût mon cœur même en mourir... pour re­naître avec le Seigneur.

 

2.   Le Réveil signifie, pour les chrétiens, l’obéissance à la Parole de Dieu dans tous les domaines. Les pensées, les sentiments du cœur doivent être conformes à la pensée divine révélée dans les Saintes-Ecritures, et, en particulier, en Jésus-Christ.

La nouvelle naissance, suivie de la sanctification progressant sous l’action du Saint-Esprit : telle est la vie chrétienne. Qu’on cesse de donner des brevets de bon chrétien, qu’on cesse d’envoyer au ciel, en des conversations bien imprudentes, l’homme religieux, celui qui vient bien au temple, le bon paroissien, qui n’est pas trop gênant, le brave garçon qui ne fait de tort à personne. Si l’Idole est au fond d’un cœur, l’amour n’exige-t-il pas avant toute chose que nous rendions témoignage à Jésus, et que nous prions pour qu’entre dans ce cœur le Roi des rois ?

[11] Si votre argent est un domaine réservé, à côté de votre vie reli­gieuse, ne prétendez pas avoir l’assurance de votre salut. Il y a des assurances trompeuses. Si vous n’êtes pas disposé à vous séparer complètement du monde à cet égard, à rompre avec les pensées, les coutumes, de ceux qui vous entourent, ne dites pas que vous avez donné votre cœur à Jésus-Christ. Si vous ne vous offrez pas à Dieu pour marcher en toutes choses dans une voie d’obéissance, ne prétendez pas être le disciple du Maître qui a dit : « Qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ». Jésus n’a pas dit : « Que mon disci­ple regarde de loin ma croix et suive les coutumes et les pensées du monde ! » Il a dit : « Qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ! » (Matth. 16/24).

Il n’y a donc aucun autre remède à l’idolâtrie de l’argent qu’une vraie nouvelle naissance, suivie d’une vie sanctifiée par grâce. Il n’y a pas de morale chrétienne de l’argent à l’usage des gens religieux. Il y a un appel de Jésus à Lui appartenir tout entiers. Il n’y a pas d’amélioration possible à un état d’idolâtrie. Il n’y a pas d’éduca­tion, de moralisation, de piété ou de pratiques, pas d’aumônes et pas de cotisations, qui puissent sauver une âme qui est au pouvoir du Prince de ce monde. Il n’y a, pour aller à la vie, qu’un chemin : Jésus ; une reddition complète et sincère, aux pieds de Jésus vivant, une domination de Jésus sur les sources du cœur, une inspiration de Jésus prenant possession du tréfonds de l’homme et s’irradiant dans tout son être, dans tout ce qu’il fait et dans tout ce qu’il possède.

 

II. — La sanctification de l’argent

 

Le chrétien est mis à part pour être saint, par un décret divin. (Exode 19/5-6, I Pierre 2/9). Que le plus grand pécheur invoque du fond de son être le nom béni de Jésus, à l’instant Dieu le range dans son peuple saint. Il ne peut pas mettre dehors celui qui vient à Lui, car II mentirait à sa Parole. (Jean 6/37, Ephés. 2/19). Cette sainteté est tout d’abord formelle, elle n’est pas actuelle.  Elle est [12] un décret divin, une position qui nous est donnée. Mais, à partir de ce moment, Dieu qui est fidèle, ne se lasse pas de veiller sur son enfant, pour rendre actuelle cette sainteté. Aussi est-ce Dieu qui sanctifie, notre tâche étant de lui livrer tout notre être pour la sanctification. (I Thess. 5/23 ; Romains 6/19).

Il est évident que cette sainteté est totale dans son principe, Dieu ne pouvant pas se proposer une œuvre imparfaite. Elle se réalise progressivement, à travers les tares, les défaillances, la faiblesse, les souvenirs du passé mauvais et les tentations présentes. Même alors, elle est totale, en ce sens que Dieu veut pénétrer tout l’être — tout en vous, l’esprit, l’âme et le corps, — et qu’il ne tolère pas de domaine réservé, d’interdit caché. Il faut repousser avec la dernière énergie, la théorie selon laquelle il serait normal que, à côté du chrétien sauvé, son vieil homme continuât de pécher. Le vieil homme doit être crucifié, dépouillé. (Ephés. 4/20-24). Et le vieil homme tout entier : non seulement l’esprit doit changer, mais aussi l’âme et le corps. La sanctification s’étend jusqu’aux fron­tières même de notre être. L’argent représente notre nourriture à venir, notre vêtement, notre logement, la vie matérielle pour nous-mêmes et nos proches. L’argent doit être sanctifié, comme le reste, étant partie de notre être, de notre vie.

La sanctification s’opère par l’action de la Parole de Dieu, vivi­fiée par l’Esprit saint dans le cœur que Jésus-Christ a régénéré. Essayons de passer en revue quelques-uns des principes bibliques de la sanctification de l’argent.

 

1° Premier principe : Dieu, seul propriétaire

Tous nos biens matériels appartiennent à Dieu, en tant qu’il en est le Créateur et le Rédempteur. Il a racheté, par son sang, ce qui était tombé sous l’empire du diable :

Droit de Dieu-Créateur sur nos biens visibles. (Exode 9/29 et 19/5, Deutér. 10/14, Psaumes 24/1, 50/12, 89/12, Aggée 2/8, I Cor.  10/26, Lévitique 25/23 avec I Pierre 2/11).

[13] Droit de Dieu-Rédempteur. (Rom. 12/1, I Cor. 6/19-20).

Autrement dit :

Dieu est le seul propriétaire, au sens propre. Notre droit de pro­priété ne joue qu’entre hommes, les uns vis-à-vis des autres. Dire : « Durand possède ce champ » signifie que le champ n’est pas à Martin ni à Nicolas. Mais le propriétaire réel du champ de Durand, comme des titres de Martin, ou des meubles de Nicolas, c’est Dieu seul.

Ce droit de propriété divine ne peut pas être reconnu par une âme en révolte contre Dieu. En revanche, il doit être reconnu, sur l’autorité de l’Ecriture, par toute âme qui est entrée dans la nou­velle alliance avec Dieu, par le sang de Jésus-Christ. « Ne savez-vous pas que vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et votre esprit, qui appartiennent à Dieu ». (I Cor. 6/19-20, comp. I Pierre 1/17-19).

Avez-vous accepté ce principe ? Il constitue le premier pas, dans la sanctification de l’argent. Elle commence au plus profond de notre cœur, dans le secret de nos rapports avec Dieu.

 

2° Deuxième principe : l’homme gérant

Si Dieu est propriétaire, l’homme est gérant. Si les dons spiri­tuels eux-mêmes nous sont confiés pour les faire valoir dans l’amour, de même, et à plus forte raison, les biens matériels sont des dépôts dont il nous sera demandé compte. (Matth. 24/45-51, 25/14-30, Luc 12/35-37 et 41-48, 16/1-13 et 17/7-10).

L’homme qui a pris cette position d’intendant pour Dieu, le ma­nifeste par un esprit d’action de grâces et de louange. Le Seigneur a voulu nous instruire de notre dépendance continuelle, en ce qui concerne la vie matérielle elle-même, quand II nous a enseigné à prier : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ». Notre part est de travailler avec obéissance,  de  faire  bien  notre  tâche,  non [14] point de gagner de l’argent. L’homme, surtout l’homme moderne, fait n’importe quoi pour gagner de l’argent. Son travail n’a pas d’intérêt en lui-même; il n’est qu’un moyen en vue de la seule fin qui l’intéresse, l’argent. Autre est l’attitude du chrétien. Il fait sa tâche pour servir les autres, et, quand il a fait sa tâche, il reçoit l’argent comme un cadeau de Dieu. Qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de révolte, l’homme doit travailler, par obéissance. Quand il y a une récolte, récompensant le travail, c’est par une grâce de Dieu que nous voulons reconnaître avec louanges. Un travail doit tou­jours être bien fait, qu’il rapporte peu ou beaucoup. Le rapport représente la récompense donnée par Notre Père. Attendons-la, re­cevons-la, avec soumission et avec joie.

Si l’argent doit être reçu de Dieu, avec actions de grâces, il doit être utilisé avec sagesse. On attend de l’économe qu’il soit fidèle et prudent. De même que, selon l’expression si forte de saint Paul, je n’ai pas le droit de prendre mes membres, qui sont les membres de Christ, pour en faire les membres d’une prostituée (I Cor. 6/15), de même, je ne puis prendre mon argent, qui est l’argent de Christ, pour en faire un instrument de jouissance égoïste, inutile, nuisible peut-être. Que l’on examine, d’après ce principe très simple, la question si débattue des distractions per­mises (spectacles, bals, etc.), celle des toilettes féminines, celle des lectures, du luxe (le luxe des automobiles, par exemple, de nos jours), la question même du tabac.

Mais ce ne sont là que des aspects négatifs de l’emploi de l’ar­gent. Positivement, mon état de gérant m’engage à employer mon argent en vue des autres, et non en vue de moi-même. La part qui me revient, à moi, est le strict minimum : ce qui m’est nécessaire pour vivre et pour travailler. Nul de nous ne vit pour lui-même. Tout argent employé en commun, sur le plan familial ou sur le plan social, est employé chrétiennement. On peut reconnaître combien peu nos contrées de l’Ardèche et de la Drôme sont chrétiennes, à ce fait que l’emploi de l’argent en commun est une chose si peu comprise et si peu pratiquée.

Nous le remarquions avec indignation au sujet des relations de [15] famille. Les Pharisiens péchaient en refusant à leurs vieux parents l’argent offert à Dieu. (Matth. 15/5). Nous avons poussé le péché beaucoup plus loin, car nous disons à notre père ou à notre mère : « Ce dont j’aurais pu t’assister est une offrande à Baal ». C’est le Capital sacro-saint, bloqué à la Caisse d’Epargne, ou en Banque, et auquel on ne touche pas pour les autres.

Qu’on remarque dans les hameaux, le mauvais état des chemins, la difficulté des communications : planches branlantes pour traver­ser les ruisseaux, zones bourbeuses où l’on patauge dès qu’il a plu, etc. Le Baal s’enfle dans chaque propriété, au fond d’une armoire : tout ce qui pourrait être fait en commun, fraternellement, pour tous et par tous, est laissé de côté. Derrière les murs clos des pro­priétés et les limites jalousement tracées, on s’observe, on se ja­louse, on se brouille. Etonnez-vous qu’il y ait des guerres entre les peuples ! Baal règne, et les hommes destinés à être frères sur un même coin de terre, sont pratiquement en état moral de guerre les uns contre les autres.

Combien peu développée est l’entr’aide mutuelle ! Il y aurait du secours à apporter aux jeunes ménages qui ont besoin de matériel de ferme. Il y aurait une organisation coopérative à développer pour la vente des produits agricoles. Quel scandale, répété chaque année, que celui de la vente du blé dans nos campagnes. Il vaut 170 francs les cent kilos par exemple, tant que la moisson n’est pas prête. Brusquement il tombe à 110, pour remonter ensuite len­tement en cours d’année. Petit fermier, qui as besoin d’argent pour payer ton patron, arrive le premier avec ta récolte, au moment où le prix est le plus bas ! Le marchand de grains, qui a un gros Baal, saura bien te la payer au prix faible, la stocker, et la revendre au prix fort, gardant le bénéfice pour lui. Le propriétaire aisé peut attendre lui aussi. Mais malheur au pauvre ! Quelle iniquité quand cela se passe entre membres d’une même paroisse protestante. Où sont les chrétiens, où sont les conseillers presbytéraux pratiquant la fraternité de Christ ? Une coopérative permettrait une répartition équitable du profit entre tous. Mais on ne met pas l’argent en com­mun ! Chacun son capital, chacun son Baal !

[16] Au lieu de nous organiser fraternellement, chrétiennement, il est plus aisé de compter sur la politique. On se représente au centre de la France, une sorte de gros Baal, gonflé à milliards par les « gros », les « possédants ». Vers ce Baal gouvernemental, on se tourne pour éviter de faire son devoir fraternel, et on attend de subsides, de secours, de subventions, d’organismes administratifs, ce qui devrait sortir de nos cœurs pour le bien de nos frères. On se moque des saints du catholicisme. Je pense que l’homme moderne a remplacé leur intercession par quelque chose de ce genre : « Saints hommes politiques, priez pour nous, afin que le Baal budgétaire nous accorde ses faveurs !  »

Ainsi donc, toutes ces choses sont appelées à changer avec le Réveil. Si Jésus règne, l’argent sera employé fraternellement, pour le bien d’autrui en même temps que pour le nôtre propre. Ceci nous amène à poser le problème de l’épargne.

 

3° La question de l’épargne

Rien certes, dans la Bible, n’autorise à condamner le principe de la propriété individuelle, ni le développement de nos entreprises quand elles prospèrent. Il semble donc digne d’un serviteur prudent et fidèle de prendre une part sur les bonnes années, en vue des difficultés à venir. N’est-ce pas ce que fit Joseph, qui avait un très grand don de sagesse ? Pendant les dix premières années, l’instruc­tion d’un enfant est beaucoup moins coûteuse que pendent les cinq ou dix suivantes : pourquoi ne pas répartir la charge sur le gain de quinze ou vingt ans, si l’on sait prévoir les choses à l’avance. Que Dieu vous donne une nombreuse famille, vous aurez besoin d’une grande maison. L’épargne de vos premières années de mé­nage pourra vous la procurer. Il y a enfin, les maladies possibles, la vieillesse, en prévision desquelles les uns perçoivent des retraites et des pensions, les autres points. Ces derniers ne peuvent-ils pas légitimement assurer à l’avance l’indépendance de leurs vieux jours par la constitution d’une épargne.

[17] On a souvent remarqué que l’épargne était une des grandes for­ces de la France, sa vertu traditionnelle. Nous ne voulons pas nous élever contre l’épargne. Mais, aux hommes qui veulent être spiri­tuels, nous disons : Prenez garde.

Prenez garde que l’épargne est devenue, par le jeu d’une hypo­crisie plus ou moins consciente, la forteresse de l’adoration de l’argent. L’apparence de l’épargne, nous dirions la façade de la Caisse d’épargne, permet d’abriter derrière elle, parce qu’elle est vertueuse, une foule de choses qui ne sont ni sagesse ni prudence chrétiennes, mais pure et simple idolâtrie.

Il n’y a de véritable épargne que là où l’on a l’intention d’utiliser l’argent épargné. Si on ne veut pas l’utiliser, il devient une ri­chesse injuste, un dépôt détourné par le gérant au profit de son ambition personnelle, au lieu d’être employé pour la gloire de Dieu. Dès qu’une personne a adopté le principe que l’on ne touche pas à son capital, et c’est le cas de la plupart des protestants de nos églises, elle peut être certaine que son épargne est devenue une Idole, un Mammon inique aux yeux de Dieu. Le principe chrétien est que l’on touche à son capital, dès que Dieu le demande, puisqu’il est le propriétaire de cet argent. Si une personne pleure et gémit, ou simplement se pose comme martyre et sacrifiée, parce qu’elle a touché à son capital pour soigner un enfant malade, elle peut être certaine qu’elle n’est pas dans la vérité chrétienne. Précisément le but chrétien de cette épargne serait de servir pour le bien d’autrui, et de servir avec joie et humilité.

En réalité, pour qui a une épargne, le but de la vie est souvent de la garder, de la protéger, de ne pas y toucher. On renvoie tou­jours à plus tard le moment où l’on en aura réellement besoin. Je me suis souvent demandé à quoi pouvaient penser tant de personnes qui vivent seules : veufs ou veuves ayant passé la soixantaine, tant d’autres que la vie a laissées isolées. Rien ne les intéresse; elles se tiennent en dehors de la vie de l’Eglise, ou assistent au culte sans entrain. Elles ne connaissent pas la vie spirituelle, la prière en com­mun, les joies de l’étude personnelle de la Bible, ni les joies de la fraternité, ni les joies de l’affection.  Qu’est-ce donc qui remplit le [18] cœur? Faut-il aller le chercher bien loin ? N’y a-t-il pas dans un tiroir quelque livret, quelque liasse, devenus le but unique de la vie intérieure : ne pas perdre cet argent, ne manquer de rien, le con­server jusqu’à la fin comme une sorte de monnaie d’échange, qui tiendra les enfants éloignés, ou les neveux, dans un apparent res­pect ! N’est-ce pas là l’occupation secrète du cœur ?

A chacun de décider devant Dieu, s’il est chrétien, à quel point son épargne se concilie avec la confiance en Dieu pour l’avenir. Le grand point est que l’épargne soit disponible, utilisable, mise réellement à la disposition de Dieu pour le bien de la famille ou de la cité. De même l’accroissement du capital d’une entreprise peut être poursuivi par un fils de Dieu, s’il ne recherche pas sa propre ambition, mais le bien des ouvriers qu’il emploie, du village ou du bourg dont il assure la prospérité.

Ainsi, sanctifier l’argent, c’est le recevoir des mains de Dieu avec actions de grâces, l’employer comme gérant de Dieu, soit maintenant, soit plus tard, pourvu que, dans tous les cas, il soit réellement employé et pour un bien.

 

4° La part de Dieu

Dieu met notre obéissance à l’épreuve, dans la sanctification de l’argent, en nous demandant de Lui consacrer, pour ainsi dire en pure perte, une part de nos biens. Cette part est constituée par les dîmes et les offrandes volontaires (Malachie 3/8).

« Toute dîme (c’est-à-dire le dixième, le dix pour cent) de la terre appartient à l’Eternel ». (Lévitique 27/30). Les Israélites, sous la Loi, versaient effectivement cette dîme, et les Pharisiens du temps de Jésus, y veillaient avec une scrupuleuse attention. (Matth. 23/23, Luc 18/12).

On dit quelquefois que la dîme est abolie, parce que nous som­mes, non sous la Loi, mais sous la grâce. Cela est vrai en un sens. Mais les choses de l’ancienne alliance étaient l’ombre des choses à [19] venir (Coloss. 2/17) : elles avaient un sens spirituel, qui n’est pas aboli, mais accompli dans la nouvelle alliance (Matth. 5/17). Par exemple, le sens du sabbat est que l’homme est appelé, par le salut en Christ, à vivre constamment dans le repos de Dieu (Hébr. 4/9), et le corps visible du sabbat se perpétue par le dimanche. De même le sens de la dîme est d’exprimer le droit de propriété de Dieu sur tous les biens de ses fils et des ses filles ; et la dîme se perpétue au moyen de la part de Dieu, que les chrétiens font sous la grâce. Cette pensée est confirmée par l’enseignement du Seigneur. Il re­proche aux Pharisiens, non point de garder les commandements, mais d’avoir un cœur endurci. Aussi dit-il, au sujet de leurs ordon­nances méticuleuses : Il fallait pratiquer ce qui est plus important dans la Loi, la justice, la miséricorde et la fidélité, « sans négliger les autres choses », c’est-à-dire les dîmes elles-mêmes. (Matth. 23/23).

La part de Dieu doit être faite sous la grâce. Suivre Jésus, ce n’est pas supprimer l’obligation de Lui obéir dans le monde visible, comme l’enseigne un prétendu spiritualisme. C’est faire les choses visibles avec un cœur nouveau, sous l’inspiration, de la grâce.

Comme il y a là une part d’inspiration personnelle, on ne peut pas astreindre les croyants, et ils ne doivent pas s’astreindre à des règles, qui les priveraient de leur glorieuse liberté. Mais il y a des principes de la vie spirituelle, et ce qui suit nous paraît une adapta­tion suffisante de la Parole de Dieu à la situation de la plupart d’entre nous.

Le premier principe à poser, serait de prier quand on reçoit un revenu quelconque, pour louer Dieu, et pour lui offrir aussitôt une dîme. Que sera cette dîme ? Il paraît difficile que l’amour du chré­tien la fasse descendre au-dessous du dix pour cent que donnaient les Juifs. Elle sera peut-être plus considérable, dans certains cas. Cela dépend de la situation, de chacun, des circonstances de sa vie. Celui qui a des personnes aimées à sa charge se souvient de Matth. 15/5, et ne met pas dans la dîme une offrande qui entraînerait pri- [20] vation pour ses vieux parents ou pour ses enfants. Celui, au con­traire, qui a des revenus superflus, ou imprévus, peut faire une très grosse dîme, quand ceux-ci surviennent. Notez que c’est exacte­ment le contraire de la conduite que vous aviez avant votre conver­sion. Alors, un revenu imprévu de 10.000 francs était aussitôt trans­formé en capital sacro-saint, en épargne à laquelle on ne touche pas. On pouvait venir frapper à votre porte cinq minutes après, pour le soulagement des pauvres ou l’avancement de l’œuvre de Dieu ; vous répondiez, et vous étiez de bonne foi à vos propres yeux : « Je n’ai absolument rien à donner. Ce sont là « des fruits dont vous rougissez aujourd’hui ». (Rom. 6/21). Aujourd’hui, vous offrirez à Dieu, — en pure perte — c’est-à-dire pour ceux qui souf­frent ou pour gagner des âmes à Christ, la moitié, la totalité peut-être de cette ressource imprévue.

Vous ferez donc cette part de Dieu, à l’avance (I Cor. 16/2), dans la prière (II Cor. 8-9). Vous aurez un coffret peut-être, ou une enveloppe, où vous la déposerez. Le mieux serait que vous puis­siez vous réunir avec d’autres chrétiens, mettre ces enveloppes en commun, et décider ensemble, ce que vous ferez de cet argent (Actes 2/44) : tant pour le pain quotidien de votre pasteur, tant pour le traitement de ce missionnaire en faveur de qui vous inter­cédez à la réunion de prières, tant pour l’évangélisation et les œuvres. Ne pensez-vous pas que cette mise en commun des dîmes, serait justement le but de la réunion du Conseil presbytéral ou de l’Assemblée générale, dans une église qui veut le Réveil ?

C’est un fait souvent constaté que Dieu bénit grandement ceux qui agissent ainsi. Leur prospérité personnelle n’en souffre pas, et souvent le Seigneur leur donne la joie de faire une part de Dieu de plus en plus abondante. La mise en commun des dîmes dans la prière, est une grande œuvre d’amour fraternel.

2. Le second principe est celui de l’offrande volontaire : Exode 35 (noter le verset 5 du chapitre 36 qui se rapporte à la question si connue du déficit), I Chron. 29, Luc 12/33-34, 19/8, 21/1-4, II Cor. 8-9, Philip. 4/10-20, etc. Ayant fait à l’avance la part de [21] Dieu et la part des autres, nous avons l’occasion de donner, pour l’œuvre spirituelle, des offrandes imprévues, et que nous ne compte­rons pas, sur notre propre part. Un frère, ancien communiste, que j’ai eu l’occasion de rencontrer depuis sa conversion, me montrait triomphalement une bouteille au quart pleine de pièces de cinquante centimes : « C’est pour Dieu, dit-il; et en plus ! ». Il voulait dire en plus de la part réservée normalement à Dieu. Grand fumeur autrefois, cet ami mettait le prix d’un paquet de tabac dans la bouteille chaque fois — comment dire cela en bon français ? — qu’il se serait acheté ce paquet, s’il n’était pas converti. L’offrande volontaire témoigne envers Dieu, de notre disposition intérieure à reconnaître son droit et sa loi d’amour : donne à celui qui te de­mande. Nous n’entrons pas en compte avec Dieu. S’il nous solli­cite, par telle ou telle occasion où II nous place, nous répondons, sachant que Dieu nous a donné une fois pour toutes infiniment plus, et qu’il ne se lasse pas de nous donner tout ce qui est bon pour nous. (Luc 22/35).

3. Certains chrétiens sont appelés à faire l’offrande, une fois pour toutes, de tout ce qu’ils ont, et ils renoncent définitivement à toute épargne, pour vivre au jour le jour. Ainsi vécurent les apôtres, autour de Jésus, et saint Paul dans ses voyages. Il a des ouvriers de Dieu qui, se consacrant uniquement à l’Evangile, renoncent également à tout traitement fixe, et attendent de Dieu, par la prière, leur pain quotidien. George Müller est un des modèles les plus éminents de ce genre de vie, que l’on appelle la vie par la foi. Pour vivre de la sorte, il faut un appel spécial de Dieu, et nous pouvons être très reconnaissants pour les hommes qui reçoivent et écoutent cet appel. Ils sont des témoignages vivants de la fidélité divine. Dieu les récompense souvent en leur donnant une grande puissance pour sauver les âmes, et c’est parmi eux que l’on trouve tout spé­cialement répandu le don spécial de foi, la foi qui opère des mira­cles (I Cor. 12/10). Ces hommes incarnent les principes que tout chrétien doit suivre, même s’il les applique dans des circonstances plus ordinaires, et humainement plus faciles.

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[22] L’étude que nous venons de faire vous paraît-elle trop absolue ? De la réponse que vous apporterez à cette question dépend l’avenir du Réveil spirituel de notre contrée. Mitigez la Parole de Dieu en recourant à la sagesse humaine : vous continuerez de faire végéter des cultes formalistes. Le Réveil est un retour effectif à la Parole vivante. « Il faut que vous naissiez de nouveau. Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité. » (Jean 3/7 et 17/17). Il n’y a pas d’autre voie que celle-là.

Il faut que Jésus soit glorifié.

Il faut que Baal soit brisé.



[1]  Brochure de 22 pages éditée par la Fédération Protestante de Drôme et Ardèche et imprimée à Valence le 16-09-1933. Ce texte fut édité la même année dans une autre brochure : L’argent et le réveil, rapports présentés aux « Journées du Christ » de Loriol (les 16 et 17 octobre 1932), par MM. Les pasteurs D. Loux, L. Dallière et J. Cadier, Fédération Protestante de Drôme et Ardèche, 16-09-1933, 57 pp. [Dallière = pp. 21-42].


Date de création : 02/12/2016 @ 16:05
Dernière modification : 02/12/2016 @ 16:05
Catégorie : Ecrits de Louis Dallière
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