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Ecrits de Louis Dallière - 1932 D'aplomb sur la Parole de Dieu

D’aplomb sur la parole de Dieu : courte étude sur le Réveil de Pentecôte, Valence, Imprimerie Charpin et Reyne, 1932, 54 pp.[1]

 

 

 

 

CHAPITRE I

Secte ou Réveil ?

 

 

[5] Toutes les églises chrétiennes ont traversé au cours de leur histoire des périodes de relâchement, de sommeil spiri­tuel. Aussi le christianisme a-t-il maintenu sa vitalité grâce aux grands mouvements de Réveil, qui sont venus donner une nouvelle force aux principes fondamentaux de la foi. Le grand évangéliste américain, Finney, écrit : « Un réveil re­ligieux suppose qu'il y a eu déclin pour la piété. Presque tout ce qu'il y a de religion dans le monde a été produit par des réveils. » (Discours sur les Réveils religieux, éd. franc. 1927, page 27). En ce sens on peut dire que la Ré­forme du XVIe siècle a été un réveil ; le catholicisme a eu en France un beau réveil au début du XVIIe siècle, du temps de Bérulle et de saint Vincent de Paul ; le Jansénisme peut aussi être regardé comme un mouvement de réveil à l'intérieur du catholicisme, et l'on sait l'importance de Pascal pour la défense du christianisme en France. L'ère des grands réveils modernes parmi les protestants date in­contestablement du mouvement des Frères Moraves avec Zinzendorf, et du mouvement méthodiste avec John Wesley et Whitefield ; au milieu du XIXe siècle, Charles Finney fut l'initiateur d'un réveil dont les conséquences ne sont pas encore aujourd'hui épuisées, tandis que l'Armée du Salut doit également sa naissance à un réveil religieux ; plus près de nous, Moody et Torrey continuèrent les gran­des campagnes de missions à la manière de Finney ; Spurgeon fit de son Tabernacle de Londres un centre permanent [6] de réveil. Enfin la chrétienté évangélique tout entière fut profondément secouée par le grand souffle de réveil qui passa pendant l'hiver de 1904-05 sur le Pays de Galles.

L'énumération que nous venons de faire est bien incom­plète. Tant d'autres réveils mériteraient d'être mentionnés, dans les pays chrétiens et dans l'admirable histoire des Missions. Nous ne voulons pas prétendre du reste que tout soit toujours parfait dans ces mouvements. Ils ont rencontré de tous temps et parmi les chrétiens de longue date eux-mêmes, des opposants. Le danger des réveils que nous vou­lons loyalement souligner ici, c'est l’esprit de secte. Quand l'enthousiasme religieux saisit des hommes qui ont vécu jusque-là, soit en dehors des églises, soit dans des églises plus ou moins froides ou formalistes, quelle tentation pour eux de faire bande à part et de se croire meilleurs que les autres ! Ainsi risquent de se former à côté des églises fortement et régulièrement organisées, des groupes de purs, de convertis, d'intransigeants. L'orgueil les guette. Ils accu­seront les ministres du culte de mettre la lampe sous le boisseau ; parfois ils iront jusqu'à supprimer au milieu d'eux tout ministère pastoral. Petits groupes fermés, ils perdent vite leur puissance d'attaque pour attirer à eux de nouvelles âmes ; leur étroitesse rebute. Ils garderont une piété chaude peut-être, mais qui deviendra le fait de quel­ques familles repliées sur elles-mêmes. Le grand fleuve du réveil est alors perdu dans les sables de la dissidence, de la secte.

Quelques personnes pensent que le résultat est inévita­ble : d'où leur condamnation des réveils. Tel n'est pas le moins du monde notre point de, vue. Le réveil et la secte sont à notre sens deux faits religieux complètement distincts. Ils peuvent à certains moments de l'histoire se ressembler, ainsi que nous venons de le remarquer. Mais c'est là un accident dû à la faiblesse humaine. La secte tue le réveil ; mais il n'y a aucune raison pour que le réveil enfante la secte. Bien au contraire le réveil est, en lui même, tout l'opposé de la secte. C'est ce que nous montrerons ai­sément en comparant quelques traits distinctifs de l'un et de l'autre.

[7] 1° Le réveil est un mouvement de l'Eglise et pour l'Eglise ; la secte est un mouvement hors de l'Eglise et contre l'Eglise.

Les grands hommes de réveil, de Luther et Calvin à Evan Roberts, en passant par Zinzendorf, Wesley, Finney, et tous les autres, ont été passionnés par l'édification de l'Eglise. Ils ont été des hommes d'Eglise, il faut peut-être dire des apôtres. Ce dernier titre nous aiderait à voir que les hommes de réveil sont au fond les continuateurs des grands saints missionnaires du Moyen-âge, des Pères de l'Eglise et des apôtres eux-mêmes. Le premier réveil est celui de la Pentecôte, dix jours après l'ascension de Jésus-Christ, et le premier homme de réveil fut l'apôtre Pierre. Ainsi les hommes de réveil sont portés par un grand courant ; ils cherchent à redonner à l'Eglise, malgré l'usure du temps, son élan primitif. Les hommes de secte, au contraire, ont désespéré de l'Eglise et se sont dressés contre elle. Qu'il nous suffise de citer, pour l'époque antique, Tertullien à la fin de sa vie, et pour l'époque moderne, Darby.

2° Le réveil remet en lumière les doctrines fondamen­tales de l'Eglise ; la secte se cristallise autour d'un point spécial de doctrine.

Les réveils authentiques ont toujours été produits par un retour à la Parole de Dieu. Ils ont glorifié son message central, Jésus-Christ, venu en chair, crucifié, et ressuscité pour le salut du monde. Le message du réveil est clair, simple, direct. La secte au contraire brandit; comme drapeau un point particulier de doctrine. Elle met sur le même plan le secondaire et l'essentiel. Par exemple, l’adventisme se sépare de l'Eglise sur la question de l'observation du repos du sabbat (samedi).

Certes, chaque réveil historique a pu mettre plus spécia­lement en lumière un aspect particulier de la vérité fonda­mentale de Jésus. Par exemple, la Réforme insiste avant tout sur la justification par la foi, Wesley sur la sanctifica­tion des convertis, William Booth sur l'amour des déshérités. Par suite le réveil risque de tourner à la secte, s'il [8] obscurcit le message de Jésus au profit de ce côté particulier de la vérité. Inversement la secte a son utilité pour rappeler à l'Eglise tel point qu'elle laissait trop dans l'om­bre ; Darby a beaucoup contribué au renouveau de l'im­portante doctrine du retour de Jésus-Christ.

Néanmoins, la distinction demeure ; dans un réveil, on ne veut pas savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ; dans une secte on met sur le même plan tantôt des vérités plus abstraites, tantôt des doctrines se­condaires.

3° Le réveil produit normalement un courant d'amour dans la chrétienté ; la secte au contraire.

Retrouvant d'une manière vivante le salut qui est en Jésus seul, les chrétiens de réveil sont portés à aimer tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d'un amour inaltérable. Le Saint-Esprit produit en eux des fruits d'amour et de joie. Ainsi les restitutions, les réconciliations, caractérisent les réveils de Finney ; on connaît la joie rayonnante des Salutistes. Un vif sentiment du pardon qui est en Christ porte le chrétien à pardonner aux autres hommes. Après tout vrai réveil, on peut dire ce que dit le texte sacré au sujet du travail de l'évangéliste Philippe à Samarie : « Il y eut une grande joie dans cette ville ». On ne peut malheureusement pas en dire autant des mouvements sectaires. Les personnes qui les suivent peuvent avoir le cœur excellent, la secte en elle-même n'en a pas moins toujours quelque chose de dur. Elle juge les autres. Elle se replie sur elle-même. Elle voue facilement à la condamna­tion de Dieu tous ceux qu'elle-même condamne, parce qu'ils 'n'admettent pas son point de vue particulier.

On nous dira que tels réveils ont manqué d'amour : soyez sûrs dans ce cas que l'esprit de secte s'y était mis, et que le mouvement ne méritait plus le nom de réveil.

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Ces remarques générales étaient indispensables comme introduction à notre étude sur le mouvement de Pentecôte. En effet, si ce mouvement constitue purement et sim- [9] plement une nouvelle secte, il est indéfendable ; et c'est bien ce que l'on veut dire quand on le baptise du nom barbare de pentecôtisme, les vocables de ce genre servant souvent à désigner les sectes (darbysme, adventisme, aurorisme, etc.). Si l'on parle de pentecôtisme, on se figure qu'il y a une doctrine spéciale et secondaire, qui prendrait la place de l'essentiel, et qui se dresserait contre l'Eglise chrétienne. Les faits sont autres. Appliquant les trois principes que nous venons de relever pour distinguer le réveil de la secte, nous avons été amenés à la conclusion que le mouvement de Pentecôte est un Réveil. C'est à ce titre que nous jugeons son étude intéressante. Nous ne chercherons pas à donner maintenant une démonstration théorique qui prouverait que ce mouvement religieux est un réveil et non une secte. La démonstration se fera d'elle-même au cours d'un exposé plus concret.

 

 

 

CHAPITRE II

Origine du Réveil de Pentecôte.

 

 

[10] Le Réveil du Pays de Galles, qui avait éclaté d'une ma­nière si merveilleuse à l'automne de 1904, s'était arrêté presque subitement quelques mois après. Il avait provoqué dans la chrétienté évangélique un grand frémissement de joie et d'espoir. Ce réveil religieux s'était produit en ce point particulier du globe, à un moment où beaucoup d'âmes chrétiennes soupiraient après un renouveau, au sein d'églises assez froides dans leur ensemble. Aussi l'arrêt du grand mouvement, qui s'est plus ou moins identifié avec le nom d'Evan Roberts, s'il produisit une certaine déception, ne fit qu'augmenter chez plusieurs la soif d'un Réveil mondial. Les dernières années du 19e siècle et les premiè­res du 20e seraient extrêmement intéressantes à étudier en détail à ce point de vue. Il semble que, tandis que le Prince de ce monde préparait la plus terrible des guerres, l'Esprit de Dieu s'efforçait de susciter, chez les croyants, une foi suffisante pour provoquer le plus beau des Réveils.

C'est dans ces conditions que l'on commença d'entendre parler, vers cette époque, de chrétiens qui auraient reçu un baptême du Saint-Esprit, ressemblant à celui que reçu­rent les Apôtres le jour de la Pentecôte. Dans le réveil du Pays de Galles lui-même, les effets surnaturels du Saint-Esprit furent puissamment manifestés. Evan Roberts avait commencé la série de ses réunions triomphales après avoir reçu un extraordinaire baptême du Saint-Esprit. Il n'était pas le seul à connaître cet aspect généralement ignoré de [11] l'expérience chrétienne. L'évangéliste américain Torrey, qui était en Angleterre à la même époque, avait cherché et obtenu longtemps auparavant le baptême de puissance, au­quel il rend témoignage dans son beau livre sur La Personne et l'œuvre du Saint-Esprit (The person and work of the Holy Spirit, by R. A. Torrey).

Il est donc difficile de marquer un point précis, qui serait à proprement parler l'origine du mouvement dit de Pen­tecôte. Quand on remonte dans le passé, on le voit rejoin­dre les grands réveils antérieurs par toute une série de ramifications (plus ou moins secrètes, ignorées de l'histoire ecclésiastique officielle, mais qui n'en sont pas moins réelles. On ne peut donc pas dire non plus que le réveil actuel soit né en un endroit plutôt qu'en un autre. Toutefois, tout le monde s'accorde pour attribuer une importance particulière à une réunion mémorable, qui eut lieu à Los-Angeles, en Californie, le 9 avril 1906. Cette réunion fut l'aboutissant de réunions de prières tenues dans cette ville, pendant des mois et des mois, pour demander le réveil de la chrétienté. Un pasteur baptiste, M. Smale, avait été un des animateurs de ces réunions de prières. Il était allé au Pays de Galles pendant le réveil, et il était revenu avec la flamme de l'Esprit. Une autre personnalité marquante de ces réunions de réveil fut un homme de couleur, un noir, nommé W.-J. Seymour, qui avait été évangéliste dans le Texas. Bref, le 9 avril 1906, le surnaturel se manifesta au milieu d'eux. Un homme qui a participé à cette réunion, M. Frank Bartleman écrivait récemment à ce sujet :

« Le 9 avril 1906, les prières incessantes reçurent une réponse. L'Esprit fut de nouveau répandu comme au jour de la Pentecôte. Plusieurs personnes parlèrent en langues et interprétèrent ; d'autres eurent des visions ou d'autres dons de l'Esprit. Ce fut une libération. La réunion fut bientôt obligée de chercher un local plus grand ; ils rouvrirent une vieille église méthodiste abandonnée au 312 Azusa Street, et Dieu commença d'y manifester les miracles du 20e siècle et une restauration de la Pentecôte. Le feu se répandit rapidement ; les nouvelles volèrent vers toutes les parties du monde, comme sur les ailes du vent... Des croyants et des ouvriers [12] de réveil commencèrent à arriver de tous les coins de la terre. Oh ! ce furent des jours glorieux. Les réunions se poursuivaient jour et nuit, presque sans arrêt. Le péché était dénoncé avec une force terrifiante. Plusieurs reçurent une puissante onction de l'Esprit et repartirent, vers leurs pays respectifs, porteurs du glorieux message du salut ». (Elim Evangel., 19 mai 1932).

Des faits du même genre se passèrent à la même époque dans les missions protestantes aux Indes. Il ne nous a pas été possible, jusqu'ici, de savoir s'il y eut ou non une influence de personnes ayant été à Los-Angeles. Nous avons rencontré une dame missionnaire, Miss Ching, qui, mise en contact avec les chrétiennes hindoues qui avaient le don des langues, reçut elle-même le baptême du Saint-Esprit en 1907, ne sachant pas que des expériences analo­gues eussent déjà été données à d'autres Européens. Quoi qu'il en soit, le réveil très puissant qu'il y eut aux Indes eut son centre dans l'œuvre fondée par une femme hindoue, Pandita Ramabai, en rapport avec des missions amé­ricaines issues du mouvement de A.-B. Simpson. On sait que le mouvement des disciples du Seigneur à Madagascar, qui ressemble de si près au réveil de Pentecôte, se dévelop­pait à peu près à la même époque.

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Avant d'aller plus loin, il sera bon de présenter une ou deux remarques.

1. — Apparente étrangeté des dons surnaturels.

Il est évident que le réveil en question est lié dès son origine à des faits surnaturels qui paraissent très étranges au premier abord. On connaît bien le parler en langues d'après les textes des Ecritures (chap. 16 de l'Evangile de Marc, chap. 2, 10, 19 des Actes des Apôtres, chap. 12 à 14 de la 1ère Epître aux Corinthiens). Les théologiens avaient même baptisé ce fait d'un nom savant, la glossolalie. On savait aussi que des phénomènes analogues peuvent se produire chez certains médiums spirites. Dans l'Eglise chrétienne, nulle trace aujourd'hui du parler en langues, nul [13] intérêt pour de pareilles choses. Les uns pensent peut-être que l'Eglise primitive fut l'objet de démonstrations plus ou moins anormales, qui rentreraient dans les phénomènes étudiés aujourd'hui par les psychologues. D'autres seraient disposés à y voir des manifestations authentiques du Saint-Esprit, mais perdues une fois pour toutes. En général, l'annonce d'une effusion de l'Esprit, accompagnée du par­ler en langues, tend à provoquer le doute ou l'opposition.

Telle ne devrait pas être l'attitude du croyant en présence des faits que nous venons de rapporter. Pour qui croit à la Parole de Dieu, il n'est pas possible de voir dams les dons que possédaient les chrétiens du 1er siècle des phénomènes psychologiques de nature plus ou moins inférieure. C'est au contraire, une règle d'interprétation biblique, que, ce que Dieu a fait une fois pour les serviteurs et les saints dont la vie figure dans les Ecritures, Dieu est disposé à le refaire pour tous les membres de l'Eglise de son Fils, selon la mesure de foi qui est départie à chacun par sa volonté souveraine. Si les apôtres ont parlé en langues, c'est comme ils nous le disent, sous l'action directe de Dieu lui-même en la personne du Saint-Esprit. Leur expérience de communion avec Dieu à ce moment dut être sublime. Si Dieu redonnait aujourd'hui une communion spirituelle avec Lui, laquelle s'accompagnât du parler en langues, ce serait une grâce tellement merveilleuse pour nous, qu'il y aurait tout lieu, non point de mépriser ce don, mais de louer et de glorifier le nom du Seigneur. Toute la question est de savoir si les faits sont exacts et s'ils sont de Dieu. Ne nous laissons donc pas arrêter au début par l'étrangeté apparente de ce réveil ; la suite nous montrera ce que nous devons en penser.

2. — Le Réveil de Pentecôte n'a pas de fondateur.

Il y a une autre remarque que nous voudrions faire avant d'aller plus loin. C'est qu'il est impossible de dire que le réveil de Pentecôte soit l'œuvre particulière d'un homme. W.-J. Seymour, qui avait pris une part si active aux réu­nions de Los-Angeles, ne reçut le baptême du Saint-Esprit que trois jours après les autres, et il ne devint jamais un [14] chef du mouvement. Le Réveil de Pentecôte n'est pas une théorie qui se serait formée dans l'esprit d'un théologien, d'un évangéliste, voire d'un hérésiarque. Le parler en langues n'était pas recherché quand il a été reçu. Il n'y eut à l'origine aucune théorie nouvelle, aucun pentecôtisme ; ce mot même que l'on a forgé, et qui est si fâcheux, montre tout de même bien ce que nous voulons dire ici. Au début du darbysme il y a eu un homme, Darby ; au début du réveil que nous étudions il y a eu... une Pentecôte. Les faits et les réalités religieuses précèdent ici les doctrines, comme dans tous les grands mouvements de réveil chrétiens. Que l'on songe que ces réalités religieuses ont été manifestées, sans intervention d'aucun docteur ou fondateur de secte, en des points aussi divers du globe que la Californie et les Indes, on se verra obligé d'écarter aussi l'idée qu'il s'agirait de phénomènes d'émotions collectives. Il semble qu'une influence beaucoup plus haute s'exerce : celle de Dieu même ou bien quelqu'autre ! Nous voilà replacés devant la même question que tout à l'heure : les faits sont-ils authentiques,  sont-ils de Dieu   ?

3. — Le Réveil de Pentecôte doit-il être rejeté parce qu'il est né loin de nous ?

Quelques-uns enfin, se scandalisent de ce que les origi­nes du mouvement présentent d'un peu exotique. Si encore Los-Angeiles était sur la côte Est des Etats-Unis ! Mais la ville est sur les bords du Pacifique, Et voilà, dès le début, un noir qui prie dans ce réveil. On mous parle des Indes, des femmes hindoues. Le christianisme traditionnel ne risque-t-il pas d'être dévoyé par des courants que ne diri­gent point des esprits latins ? Là encore, il faut prendre garde de ne pas se laisser aller à cette première impression. Il est probable que mous vivons dans le temps d'un réveil mondial de l'Eglise, comme nous vivons si évidemment dans le temps d'une révolte mondiale des hommes contre Dieu. Comme il est beau, alors, de voir qu'aux yeux de notre Père, aujourd'hui comme autrefois, il n'y a plus ni Grecs, ni Juifs, ni barbares, ni Scythes, ni esclaves, ni libres ; mais Christ est tout et en tous. Si nous prenons au sérieux l'œuvre des Missions, nous ne pouvons classer [15] dans une catégorie spirituelle inférieure le frère de couleur qui a reçu Jésus pour son Sauveur.

De plus, rien n'empêche qu'un réveil qui se manifesterait dans diverses couches sociales ou ethniques trouve des penseurs et des chefs dans les Eglises de l’Occident. Les gens les plus pauvres et les moins influents ont, de tous temps, été les premiers à recevoir les plus grandes grâces chrétiennes. Il a toujours plu à Dieu qui choisit les choses faibles pour confondre les fortes de faire entrer les petits et les ignorants un peu avant les autres, dans la plénitude de ses grâces.

 

 

 

CHAPITRE III

Progrès du Réveil.

 

 

[16] Nous avons relevé le caractère spontané, et en quelque sorte universel, des origines du réveil de Pentecôte. Le mouvement s'est développé depuis dans des conditions analogues. Il n'a toujours pas de centre unique, ni de chef. Certes il y a eu des serviteurs de Dieu qui ont été employés d'une manière toute particulière dans la diffusion du message, mais la liberté souveraine de l'Esprit demeure au premier plan. On n'assiste pas à l'exécution d'un projet humain, mais à un développement organique. Mentionnons simplement quelques étapes.

Aux Etats-Unis même, des Assemblées de Pentecôte assez nombreuses se sont formées. Un de leurs principaux chefs est M. Stanley Frodsham qui a composé un ouvrage détaillé sur l'histoire du mouvement. En Grande-Breta­gne, les nouvelles reçues dès 1906 du mouvement d'Amérique, provoquèrent un redoublement d'ardeur, suivi des manifestations de Pentecôte, M. T.-B. Barratt est intime­ent associé au développement du réveil dans les Iles Britanniques et en Scandinavie. Pasteur méthodiste à Christiana (Oslo), en Norvège, il se rendit en 1906 aux Etats-Unis pour une tournée de collectes. Son voyage échoua à cet égard. Mais il fut mis en rapport avec des chrétiens baptisés du Saint-Esprit et revint en Europe avec une expérience chrétienne renouvelée. Le berceau, en quelque sorte, du mouvement en Grande-Bretagne fut la ville de Sunderland. Un témoin de ces débuts écrit :

« Le pasteur Boddy, de l'Eglise anglicane, entendit par- [17] ler du réveil de Pentecôte qui avait éclaté en Norvège ; il se rendit dans ce pays et fut convaincu que les manifestations de Pentecôte étaient une visitation de Dieu à son peuple. En septembre 1907, durant une visite du pasteur Barratt, de Norvège, le Saint-Esprit commença de descendre à Sunderland. Les premières ondées de la pluie de l'arrière-saison devinrent une puissante effusion en 1908... À Sunderland, le petit ruisseau devint une grande rivière qui atteignit Lytham, Preston, Bradford, et diverses villes du Pays de Galles, d'Ecosse et de l'Irlande. Des milliers furent baptisés dans le Saint-Esprit, parlèrent de nouvelles langues et glorifièrent le Seigneur qui n'avait fait aucune différence entre eux et les 120 chrétiens dont parle le chapitre 2 du livre des Actes. (Nelson Parr, cité par Frodsham, dans With signs following, p. 89).

Au début, on chercha à entraîner l'Eglise anglicane tout entière dans le mouvement. Mais une forte opposition prévalut, et les chrétiens baptisés dans le Saint-Esprit commencèrent de former des Assemblées séparées. Vers 1914 on voit poindre dans ces Assemblées la puissante personnalité de George Jeffreys qui devait bientôt devenir le chef d'un Réveil de Pentecôte, très puissant aujourd'hui. Nous consacrerons notre prochain chapitre à son œuvre.

Les Assemblées d'Angleterre se montrèrent dès le début animées d'un grand zèle missionnaire. Sans avoir de So­ciété de Missions, les Eglises de Pentecôte envoient leurs missionnaires jusque dans les contrées les plus lointaines, et ceux-ci gardent le contact le plus étroit avec les chrétiens qui prient pour eux et subviennent à leurs frais. Le même fait caractérise le mouvement de Pentecôte qui est très florissant dans les pays Scandinaves, Suède, Norvège, Finlande. C'est ainsi que des missionnaires baptisés du Saint-Esprit sont répandus dans toutes les parties du monde, au Congo belge, au Transvaal, en Chine, au Japon, au Mexique, aux Indes, etc. Nous avons nous-même rencontré à Londres une jeune fille finlandaise qui, après avoir suivi les cours d'une école biblique, se disposait à partir seule pour la Chine, soutenue par les prières et les subsides de l'Eglise dans laquelle elle s'était convertie à Jésus-Christ.

[18] L'union étroite établie entre la vie de l'église locale, l'évangélisation et la mission, est un des traits les plus caractéristiques du mouvement de Pentecôte dans les pays que nous venons de mentionner. Cette union se traduit d'une manière très heureuse dans la composition même de la revue mensuelle que publient les Assemblées de Dieu en Grande-Bretagne sous Le titre de Redemption Tidings (Nouvelles de la Rédemption). La revue contient des articles d'édification et de spiritualité, mais les pages centrales sont consacrées à la publication des lettres reçues des missions lointaines, de Chine, des Indes ou du Mexique, Puis les dernières pages contiennent les nouvelles des réunions d'appel qui se tiennent dans le pays, les annonces relatives aux nouvelles campagnes à entreprendre. Les groupements de chrétiens sont ainsi maintenus dans une atmosphère constante de conquête et de réveil. Nous avons parlé de Redemption Tidings. La même remarque s'appliquerait à l’Elim Evangel, le journal du mouvement de George Jeffreys, avec cette réserve que l'évangélisation des Iles Britanniques y tient une beaucoup plus grande place, et les missions lointaines une place moindre.

En Scandinavie, nous l'avons dit, le réveil est florissant. Une des caractéristiques du mouvement, surtout en Suède, est que, à côté des assemblées nouvelles qui forment comme une nouvelle dénomination, il y a un réveil analogue, avec le baptême du Saint-Esprit, dans de nombreu­ses églises appartenant aux anciennes dénominations, principalement les baptistes. M. Donald Gee, un pasteur et théologien anglais, qui est regardé comme un des docteurs du mouvement, a visité récemment la Finlande, et y a trouvé des chrétiens affiliés à ce Réveil au nombre de plus de 10.000. M. Barrat fut naturellement l'initiateur de l'œuvre dans les pays Scandinaves ; en Suède, elle eut à sa tête dès le début, le pasteur Lewi Pethrus, de Stockholm.

Au sujet de la Russie, M. Donald Gee écrit : « Un frère du nom de Varonaeff, qui avait une situation confortable aux Etats-Unis, fut sensible aux besoins de ses compatriotes  d'origine, et il quitta New-York pour la [19] Bulgarie, d'où il se rendit à Odessa. Il envoya de là des nouvelles d'une grande « Convention » de Pentecôte qui se tint en octobre 1927, et il annonça qu'il y avait plus de trois cents églises ou groupes dans la Russie des Soviets, et que plus de cent prédicateurs ou délégués s'étaient rendus à la rencontre d'Odessa. Il y avait, disait-il, un travail de Pentecôte à Moscou et à Leningrad. Depuis lors la persé­cution religieuse a commencé en Russie, et il est très difficile de rester en contact avec cette œuvre. On a appris par Madame Varonaeff que son mari avait été déporté en Sibérie ; mais qu'elle-même, aidée de quelques autres, s'efforce de conserver à l'œuvre son organisation. » (Redemption Tidings, octobre 1932).

Nous ne pouvons pas mentionner tous les pays où l'œuvre s'est étendue, encore moins tracer l'histoire de ces mouvements, Nous ne pouvons cependant passer sous silence les réelles victoires remportées dans l'Amérique latine. La plupart des Etats ont été touchés, et le nombre des convertis, tous d'origine catholique naturellement, égale souvent et dépasse quelquefois ce qui a pu être obtenu jusqu'ici par les autres œuvres protestantes.

En Europe, le message du Réveil de Pentecôte a pénétré dans presque tous les pays. En dehors de la Grande-Bretagne et des pays Scandinaves cependant, aucun résultat de grande envergure n'a été atteint jusqu'à ce jour.

La France et la Belgique possèdent depuis janvier 1930 des évangélistes de Pentecôte, M. et Madame Douglas Scott, originaires des environs de Londres. L'attention n'a guère été attirée sur eux dans les milieux protestants que depuis janvier 1932, date à laquelle ils prêtèrent leur concours à un pasteur de Privas (Ardèche) pour une campagne de Réveil. Jusque-là, M. Scott, que viennent entourer l'un après l'autre des collaborateurs de France, de Belgique ou de Suisse, avait fondé des assemblées de Pentecôte, composées de prosélytes d'origine catholique. La plus importante de ces assemblées se trouve au Havre ; d'autres sont en voie de progression à Rouen, à Liévin, à Calais, à Lyon. En Belgique, on a vu se reproduire le même fait qu'en Suède : une église déjà existante (dirigée [20] par le pasteur H. de Worm) a accepté le message du baptême du Saint-Esprit. Il est certain que le travail de M. Scott, plus que tout récit concernant les autres pays, a attiré l'attention de beaucoup de protestants de langue française sur la question des dons spirituels. Quelques membres des églises protestantes se sont engagés personnellement dans ces voies en apparence nouvelles, d'autres cherchent, d'autres s'interrogent. C'est surtout pour essayer d'éclairer le sujet dans l'esprit de nos correligionnaires que nous avons composé cette brochure. Mais avant de parler de la valeur des principes et des expériences que le mouvement de Pentecôte met en lumière, nous voudrions parler en détail du mouvement d'Elim, que nous avons pu approcher personnellement d'assez près.

 

 

CHAPITRE IV

Elim.

 

 

[21] Le titre d'Elim, qui sert à désigner l'œuvre fondée par M. George Jeffreys, en tant qu'elle se distingue des autres assemblées de Pentecôte, est emprunté à l'Ancien Testament : c'est le nom d'un oasis, où il y avait 12 sources d'eaux et 70 palmiers. Les Israélites y arrivèrent après avoir reçu de Dieu cette promesse : « Je suis l'Eternel qui te guérit. » (Exode 15/26-27).

Au sud-ouest de l'immense ville de Londres, dans le paisible quartier de Clapham, se trouve le quartier général du mouvement d'Elim. N'allez pas vous imaginer des bureaux à quelque étage d'un immeuble enfiévré. Non. Séparé de la large rue par la traditionnelle barrière de bois, non loin d'un terrain de jeux où viennent courir les enfants des orphelinats de Spurgeon, s'étend un grand parc : c'est Elim Woodlands. Au centre du parc, un grand bâtiment, autrefois couvent catholique, abrite le Collège où se forment les futurs collaborateurs du « Principal », c'est ainsi que l'on appelle M. George Jeffreys. La vie intérieure de cette école rappelle celle de notre Maison des Missions de Paris ; là vivent les étudiants, là vont et viennent des hôtes de passage ; plusieurs pasteurs non-mariés ont aussi leur chambre aux Woodlands. Sur le seuil vous accueilleront la directrice, Miss Barbour, ancienne: missionnaire aux Indes, ou encore le directeur de l'école biblique, le pasteur Corry, qui a gardé de son temps de service comme [22] capitaine dans l'armée de Sa Majesté en Mésopotamie durant la guerre, le pas martial et une allure infatigable. Non loin de là un petit chalet abrite les bureaux où travaillent les lieutenants de M. Jeffrey s : M. Philips, le secrétaire général, l'homme qui est toujours dans les coulisses, qui doit penser à tout, et qui garde un visage d'une douceur exquise ; le pasteur Boulton, ancien officier de l'Armée du Salut, auteur d'une biographie du Principal' ; M. Joseph Smith, qui a vécu dix ans en Amérique, dans les affaires, avant de devenir pasteur ; M. Hathaway, l'éditeur de la revue hebdomadaire, qu'on appelle l’Evangel, d'autres encore. Plus loin, toujours parmi les massifs de fleurs du paisible parc, une autre petite maison où logent M. Jeffreys et sa « troupe revivaliste », quand ils sont à Londres, ce qui n'arrive pas bien souvent. Tout, dans ce paisible jardin, respire la douceur et la paix. On se demande, en arrivant là, si on se trouve vraiment au milieu de ces gens qu'on croyait, d'après certains bruits, si exaltés et si sectaires.

Non loin des Woodlands, dans le même quartier de Clapham, se dresse le Tabernacle, (car les Elimites n'ont que des tentes sur la terre : c'est, on le sait, ce que signifie Tabernacle), où M. Jeffreys commença son œuvre à Londres, au milieu des quolibets et des pronostics fâcheux, qui lui faisaient valoir qu'un revivalisme bon pour les campagnes galloises ou irlandaises n'avaient aucune chance de succès dans la capitale. C'était en 1920. Le Tabernacle de Clapham était alors une chapelle méthodiste abandonnée et à demi en ruines ; on dit que les évangélistes mirent eux-mêmes la main à la truelle pour en faire un lieu de réunions. Au début, les auditoires furent pitoyablement petits. Une dame, témoin de ces jours de lutte, m'a raconté comment quelques amis ravitaillaient les évangélistes sans ressources, qui faisaient ménage dans une seule petite chambre, près de leur chapelle. Elle me dépeignait le désespoir comique de M. Darragh, l'inséparable ami de George Jeffreys, le jour où elle-même, prise de compassion, lui apporta un beau morceau de viande : il ne savait pas le faire cuire ! Puis le Réveil éclata. Aujourd'hui, deux à trois cents personnes se réunissent au Tabernacle de Clapham [23] deux fois par dimanche et de nouveau deux soirs en semaine. En douze ans, trente lieux de culte ont été fondés ou rouverts dans la région londonienne par M. Jeffrey s.

Près du Tabernacle de Clapham, Elim possède son imprimerie, pour l'édition de la Revue et de livres de Réveil. Quand vous la visitez, vous remarquez que les ouvriers et employés portent tous l'insigne ou la broche de forme carrée, dont l'inscription glorifie Jésus-Christ. Après vous avoir expliqué en détail le fonctionnement de la linotype où s'imprime l'Evangel, l'ouvrier, homme, jeune à la figure ouverte, vous serre la main en vous disant : « Que Dieu vous bénisse, mon frère ». Dans une rue voisine encore, vous pouvez visiter la librairie d'Elim, où s'étalent en devanture non seulement les ouvrages de « Pentecôte », mais ceux de Spurgeon, de Moody, de Torrey et d'autres célèbres docteurs ou revivalistes.

La première impression que l'on ressent dans ce milieu d'Elim est celle que nous avons relevée, de douceur et de paix. Les Anglais ont tous certes un sens très exquis de l'hospitalité. Ici cependant vous sentez quelque chose de plus, et qui émane d'une joie spirituelle très profonde. Ensuite, après quelque réflexion, on ressent la surprise de la croissance extraordinaire de cette œuvre religieuse à Londres. Combattue de tous côtés et par tous les .moyens. y compris la calomnie, entourée dans les autres dénominations d'une vaste conspiration du silence, elle a crû en douze ans comme un arbre vigoureux qui serait sorti tout d'un coup de terre. Quand on parcourt les Woodlands, le Tabernacle, l'imprimerie, la librairie, on peut à peine croire  les récits qui concernent la campagne initiale de 1920 ! Quelles sont donc les caractéristiques essentielles du mouvement d'Elim ?

Le fondateur d'Elim.

Avant tout, il faut tenir compte de la forte personnalité du « Principal ». Gallois d'origine, — il parle l'anglais avec un léger accent, — mêlé très jeune au mouvement de Pentecôte d'avant-guerre, George Jeffreys semble en avoir [24] senti très fortement les dangers. Deux intuitions très simples, mais que l'on appellerait géniales si l'on ne croyait pas au Saint-Esprit, semblent avoir guidé dès lors son activité.

1). Tout d'abord il a compris que les grâces de Pentecôte, si elles étaient authentiques, devaient s'accompagner d'une très forte discipline de la vie individuelle et de la vie ecclésiastique, et que cette discipline ne pouvait être fondée que sur la Bible. Les brebis recevaient des dons surnaturels : il fallait que le troupeau reçût des bergers. Ainsi une doctrine des ministères, conçus non point comme s'opposant aux charismes (dons surnaturels), mais au contraire comme nécessités par eux, s'appuyant sur eux, et en même temps contrôlant toute manifestation publique à la lumière de la Parole écrite, est à la base même de la pensée de Jeffreys.

Ce point est d'une extraordinaire importance pour nous. Car, quelque opinion qu'on puisse nourrir à l'égard des Prophètes cévenols, il est certain que la tradition évangélique a été sauvée par eux dans notre pays après la Révocation de l'Edit de Nantes. La partie faible du corps pastoral avait abjuré et touchait les pensions de Louis XIV. Les pasteurs fidèles avaient émigré. Ce furent les charismes surnaturels, donnés à d'humbles montagnards, qui maintinrent la prédication de la grâce de Jésus jusqu'à la restauration d'Antoine Court. Les dons surnaturels s'accompagnèrent d'excès et d'extravagances. Mais ici, il faut souligner le fait capital et le méditer longuement : la doctrine d'Antoine Court a consisté à éliminer complètement les charismes, pour les remplacer par les ministères reconstitués. Quelque reconnaissance et quelque respect infini qu'on doive à Court, et que je ne songe pas à lui marchander pour ma part, on peut se demander lequel, de lui ou de Jeffreys, est le plus près de la Parole de Dieu ? Pas de dons surnaturels, mais des ministères : tel est le principe de Court. Mais le revivaliste Gallois au contraire : c'est parce qu'il y a des dons qu'il doit y avoir aussi des ministères. Les croyants remplis de l'Esprit sont comme la matière sur laquelle s'exercent les ministères, leur point d'appui et leur raison d'être. L'expérience de nos églises réformées [25] de France ne vient-elle pas confirmer que, si les ministères excluent les dons surnaturels des fidèles, ils deviennent vite des têtes sans corps : le ministère du pasteur protestant français n'est-il pas devenu trop souvent le ministère unique, à tout faire, le contenu de toute religion, en face de Temples qui se vident et de fidèles qui ne font rien ? Tout le tragique problème de nos Eglises depuis plus de cent ans, tous les efforts de Réveil, ne se ramènent-ils pas à cette question centrale : mous avons une ossature de ministères ; mais comment rendre aux fidèles une participation personnelle aux grâces du Saint-Esprit ?

2). Mais revenons à George Jeffreys. Le second principe qui semble avoir dirigé sa vie, — et nous parlons ici de principes doctrinaux avec une extrême réserve, car Jeffreys est un homme d'action plus qu'un théoricien, — est que si Dieu donne réellement aujourd'hui le baptême du Saint-Esprit comme aux temps apostoliques, le but de cette pluie de l'arrière-saison, est la conquête des âmes à Jésus-Christ. Le Christ avait dit aux apôtres : « Vous recevrez une puissance, et vous serez mes témoins ». Il ne faut rechercher dans les dons du Saint-Esprit aucune jouissance personnelle, aucune culture égoïste de la piété. Si Dieu les donne, c'est pour les autres, en vue de l'édification du corps de Christ, considéré comme une réalité sans cesse grandissante et conquérante. Voilà pourquoi le noyau central du mouvement d'Elim, c'est le « Revival Party », la troupe revivaliste, la petite phalange qui, autour de George Jeffreys et de Darragh, n'a pas cessé, depuis 1915, de prêcher soir après soir le message du salut et de la conversion à Jésus-Christ.

Ce .second point est aussi extrêmement important pour notre Eglise de France, comme pour toutes les Eglises. Nous avons eu tendance en effet à regarder le revivalisme comme une activité de seconde zone. Faute peut-être d'en saisir la véritable nature, nous l'avons confondu soit avec une étroitesse sectaire, soit avec un emploi abusif de moyens psychiques, émotifs, pour frapper les inconvertis. La théologie, comme la prédication et le ministère qui découlent d'elles, nous sont apparus d'une essence supérieure, tandis que la conquête des âmes dans les Réveils [26] serait une sorte d'activité un peu dégénérée. N'en est-on pas venu à ce petit travers tellement stupéfiant, d'employer le terme biblique d'évangéliste pour désigner en langage •ecclésiastique protestant français, un pasteur qui n'a pas fait d'études dans une Faculté de théologie ?

Certes, il est possible que le revivalisme sans le baptême du Saint-Esprit, soit condamné à échouer sur l’écueil de la secte, ou sur celui de l'émotivité factice. Mais ici encore, George Jeffreys me paraît avoir apporté de la façon très simple qui est la sienne, une solution biblique d'une clarté lumineuse. L'évangélisation, la conquête des âmes à Jésus-Christ, est l'activité suprême de l'Eglise, et elle doit puiser sa force dans les dons surnaturels départis à celle-ci. Tous les dons de langues ou de prophéties, tous les dons de foi jusqu'à faire des miracles, tous les dons de connaissance (et la connaissance surnaturelle est la base de la pensée .chrétienne) ne .sont rien sans l'amour. Mais l'amour chrétien, c'est le bon Berger qui cherche sa brebis perdue, c'est le Fils de l'homme qui est venu pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs. La pointe vivante de l'Eglise, son tranchant effilé, sa vie la plus intense et la plus; précieuse, c'est son évangélisation, son revivalisme. Et cela ne peut pas être une activité de seconde zone, parce que tout le reste, y compris plus particulièrement les dons surnaturels du Saint-Esprit, a pour but même la publication de la grâce, et le salut des âmes. George Jeffreys ne rejoint-il pas ici très exactement la pensée de saint Paul, de qui toute la théologie s'est forgée comme au cœur même d'une œuvre missionnaire brûlante du feu de l'amour des âmes ?

On cherche à ranimer la piété chrétienne par des réformes liturgiques. Certes on évite par ce moyen tout le scandale du parler en langues par exemple. Mais peut-on éviter, malgré qu'on en ait, l’écueil d'une piété qui se retourne toujours vers le Moi ? Ici encore il faut porter une profonde attention à la solution que propose l'activité de Jeffreys depuis 18 ans : le centre de la piété, ce sont les âmes à conquérir pour Christ ; et, en vue de cette conquête, que l'Eglise attende d'être revêtue de la puissance [27] d'En-haut, en sorte que Dieu soit glorifié dans une piété pleine, si l'on peut ainsi dire, d'un amour dynamique.

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Organisation des églises.

Après avoir parlé du fondateur d'Elim, essayons de retracer quelque peu les résultats qu'il a obtenus. Il y a en Grande-Bretagne, d'après un propos de M. Jeffreys lui-même, plus de deux cents églises qui se rattachent à l'organisation d'Elim. Jusqu'à maintenant les hommes et l'argent, pour cette formidable entreprise, ont été donnés en réponse à la prière. Il n'y a aucun comité qui patronne ou subventionne l'œuvre. La direction est assumée par Jeffreys lui-même, et ses collaborateurs immédiats pour les affaires importantes, par les pasteurs locaux pour la vie quotidienne. Les conseils laïques ont un rôle consultatif mais non délibératif. Les nominations et mutations de pasteurs sont faites par le centre. Les pasteurs reçoivent un traitement fixe, de manière à ce que l'excès des recettes de chaque église soit concentré au quartier général, en vue des frais généraux, des acquisitions d'immeubles et de l'œuvre missionnaire. Les futurs pasteurs et évangélistes doivent servir d'abord deux ans comme prédicateurs laïques, puis ils ont un cours de 6 mois au Collège sous la direction de M. Corry et de M. Percy Parker ; ensuite ils complètent leurs études par des stages chez des pasteurs plus anciens. Les principaux ouvrages étudiés pendant les six mois d'études théoriques sont : la Bible (avec l'aide des Concordances et d'ouvrages sur la Palestine), un Cours complet sur la Bible publié par M. Parker, les Discours sur les Réveils de Finney, et les Leçons de Spurgeon à ses étudiants.

Tandis que le petit état-major de Londres, assisté par des superintendants qui visitent de larges districts, assume la direction de l'œuvre, George Jeffreys est toujours en route pour des campagnes de Réveil. Outre M. Darragh, son compagnon de toujours, il est accompagné actuellement d'un autre évangéliste, M. Mac Whirter, d'un jeune pianiste converti il y a cinq ans dans une campagne à Brighton, M. Edsor, et d'un jeune chauffeur de 18 ans, [28] qui prêche aussi à l'occasion, Frank Allen. Au début de cette année 1932, la petite troupe rouvrait la chapelle de Kensington, qui avait appartenu à Lady Huntingtom, la protectrice de Whitefield et de Wesley, et y portait le feu du Réveil. Depuis lors d'autres campagnes se sont déroulées, dont une particulièrement puissante à Dundee, en Ecosse, où l'on enregistra plus de 1.500 professions de conversions. Des prosélytes de Dundee firent tout exprès le long voyage de Londres pour assister au grand rassemblement du Palais de Cristal, le 30 juillet dernier.

Les Eglises d'Elim sont organisées très simplement. Pour en devenir membre, il suffit de le demander et de faire profession d'avoir reçu personnellement le salut qui est en Jésus-Christ. On ne vous impose aucune autre condition, théologique ou pratique. Le pasteur vous donne la main d'association et vous pouvez participer chaque dimanche matin au service d'adoration et de Sainte-Cène qui groupe toute l'Eglise locale. Le dimanche soir, les fidèles se réunissent de nouveau, en s'efforçant d'amener le plus de monde possible à la réunion, qui revêt le caractère d'un appel à la conversion. La prédication est l'annonce toute simple de l'Evangile, telle qu'on peut l'entendre dans n'importe quelle réunion de ce genre. Les personnes qui veulent se donner à Dieu sont invitées à le témoigner en levant le bras, à leur place, tandis que la communauté courbe la tête et prie. Seul le prédicateur voit les personnes qui prennent ainsi une décision. C'est de la même manière que procède M. Jeffreys dans ses campagnes pour établir un premier contact avec les nouveaux convertis. Les jeunes gens et jeunes filles des églises d'Elim sont organisés en Unions de « Croisés », et ils orientent toute leur activité vers l'évangélisation. Ils tiennent les réunions en plein air dont les Anglais sont si familiers, vont chanter et témoigner dans les autres centres d'Elim.

Le mardi soir, une réunion de prière groupe de nouveau l'Eglise dans le Temple. On ne manque pas de prier pour le Principal et sa troupe, pour la campagne de Réveil en cours. Il est émouvant de penser à ce faisceau de deux cents groupements de convertis dont la prière s'unit pour porter l'évangéliste qui est sur la brèche, et dont les triom- [29] phes doivent être dus en grande partie à cette fidèle intercession. Le jeudi, en général, nouvelle réunion ; là sont exposés les principes de la vie spirituelle, la sanctification, le baptême du Saint-Esprit, toujours sous la forme d'études bibliques.

Les points de doctrine auxquels le mouvement tient spécialement sont mis en lumière dans ces réunions : le baptême par immersion, point sur lequel M. Jeffreys suit les principes baptistes, et recommande le baptême après la conversion, même pour les personnes qui ont été baptisées par aspersion à leur naissance ; la guérison divine pour les croyants, par la prière de la foi, accompagnée éventuellement de l'onction d'huile ; la pratique régulière du; don minimum de la dîme de tous les revenus ; enfin le baptême dans le Saint-Esprit et les charismes surnaturels. Toutes ces choses sont expliquées, prêchées, proposées mais non imposées. Ceux qui sont convaincus de la vérité du baptême par immersion le demandent, et des services sont célébrés de temps en temps. Mais, sur tous ces points, encore une fois, rien d'obligatoire. Par exemple, il n'y a aucune « organisation » financière, aucune cotisation fixe, en dehors des collectes et des offrandes volontaires.

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Les dons surnaturels.

Quelle place tiennent dans ces Eglises les dons surnaturels ? Tout d'abord, M. Jeffreys qui semble avoir un don réel de guérison, impose les mains aux malades dans les campagnes de Réveil. Il n'a pas organisé, à ma connaissance, de système de contrôle médical comme à Lourdes, et c'est une chose qu'on lui reproche quelquefois. M. Jeffreys répondrait sûrement que ce contrôle n'est pas dans la Bible et que l'apôtre Paul ne semble pas avoir fait appel à Luc, le médecin bien-aimé, pour ce travail qui eût pourtant été de sa compétence. Quoi qu'il en soit, j'ai pu m'entretenir longuement avec des personnes bien portantes qui ont la conviction, partagée par leur entourage, d'avoir été l'objet de véritables miracles de guérison. Outre cette imposition des mains, les pasteurs pratiquent l'onction [30] d'huile aux malades membres- de leurs églises, et les communautés s'associent dans les réunions de prière à l'intercession en faveur de ceux qui souffrent,

Les dons d'expression surnaturelle, c'est-à-dire la prophétie, le parler en langues et l'interprétation, se manifestent (sans que ce soit une .règle absolue) dans les cultes d'adoration du dimanche matin et dans les réunions de prière. Leur exercice est entièrement soumis à l'observation des règles bibliques. Par exemple, s'il en est qui parlent en langues, que ce soit deux ou trois tout au plus, et que quelqu'un interprète, sinon qu'on se taise dans l'Eglise.

Beaucoup de personnes que le parler en langues effraie, sont plus clémentes à l'égard de la prophétie. Cependant les trois dons ont exactement le même caractère surnaturel : dans les trois cas, les inspirés disent que l'Esprit s'empare de leur esprit et de leurs organes de parole, en sorte qu'ils ne parlent plus d'eux-mêmes, mais par l'Esprit. Dans le cas de la prophétie, tout le monde comprend le .message ; dans celui des langues, Dieu seul comprend ce qu'il inspire ; mais l'interprétation est une prophétie que l'on admet, par un acte de foi, devoir correspondre au sens du message qui vient d'être donné en langue inconnue. De la sorte, le parler en langues, plus l'interprétation qui en est inséparable dans l'Eglise, équivaut au don de prophétie, et tous les dons d'expression surnaturelle se ramènent à ce dernier. La prophétie a pour but d'exhorter, de consoler et d'édifier les âmes présentes. Elle est une sorte de prédication, de message, directement et surnaturellement inspiré. Elle n'a pas de caractère infaillible, pas d'autorité indépendante de la Parole écrite. Elle ne doit pas être mise par écrit, elle ne doit pas être utilisée pour diriger la conduite dans les rencontres ordinaires de la vie. Toute cette discipline est soigneusement enseignée et observée, selon le principe fondamental de M. Jeffrerys concernant les ministères.

Nous nous sommes arrêtés longuement sur le mouvement d'Elim parce que, ayant été en contact personnel avec lui, nous avons voulu donner des impressions vécues et pas [31] seulement des renseignements de seconde main. Mais nous ne voudrions pas donner l'impression que le mouvement d'Elim est le seul fruit du Réveil de Pentecôte en Grande-Bretagne, Les Assemblées de Dieu, que nous avons vues de moins près, semblent constituer un mouvement puissant et florissant. Elles ont exactement les mêmes principes qu'Elim, sauf sur un point : leur organisation est beaucoup moins centralisée. Les Eglises locales sont plus indépendantes, et elles sont autonomes financièrement. A la tête de leur Comité directeur, se trouve actuellement M. Howard Carter, qui travaille avec beaucoup d'amour, à maintenir une discipline analogue à celle que nous venons de décrire pour Elim. Les Assemblées ont des Missions en pays païen beaucoup plus nombreuses que celles d'Elim. Un de leurs théologiens, M. Donald Gee, pasteur honoraire d'Edimbourg, voyage dans le monde entier pour visiter les Assemblées de Pentecôte, et il semble que la forme plus congrégationaliste d'assemblées, unies par un lien spirituel plutôt que par une organisation serrée, tende à prévaloir dans tous les pays, plutôt que la forme plus hiérarchisée d'Elim. Au point de vue doctrinal, l'union d'esprit entre Elim et les autres assemblées est complète. Elle s'exprime par l'emploi commun et quasi-universel du mot Foursquare, si difficile à rendre en notre langue, et auquel nous allons consacrer notre prochain chapitre.

 

 

CHAPITRE V

L'Evangile Foursquare.

 

 

[32] « Ne méprisez pas ce mot ! Il nous a été donné par Dieu, ai-je entendu dire M. Jeffreys au cours d'une réunion ». Et pour tous ceux qui parlent l'anglais, pour les autres aussi, le mot Foursquare est la bannière qui rassemble les chrétiens qui se réclament d'une -expérience de Pentecôte. Là où ceux du dehors parlent de « pentecôtisme », les convertis de ce mouvement répondraient qu'en réalité, leur doctrine, c'est l'Evangile Foursquare. « The miraculous Foursquare Gospel », Le miracle de l’Evangile Foursquare, c'est le titre d'un des rares ouvrages qu'ait publiés M. Jeffreys.

Foursquare signifie carré. L'autel des holocaustes était carré (Exode 38/1), et la nouvelle Jérusalem de la vision avait la forme d'un carré (Apocalypse 21/16). Ce symbolisme du carré signifie d'abord la solidité de la révélation biblique. M. Jeffreys aime l'expression : Foursquare on the word of God, on pourrait traduire : se carrer sur la Parole de Dieu. La Bible est acceptée avec une foi entière, elle est l'autorité suprême et sans appel. Le grand effort du mouvement de Pentecôte est de retrouver le sens de la Bible elle-même, et non une doctrine élaborée à l'aide de la Bible. « Vous n'êtes pourtant pas les seuls à prêcher la Bible en Angleterre, disais-je un jour à M. Joseph Smith ? Il y a tel et tel autres mouvements... — Oh, reprit-il, il y a tels amis qui prêchent leurs propres doctrines et qui se servent de la Bible pour les confirmer ». C'est une boutade, mais qui a un sens. L'autorité de la Bible, dans le Fours- [33] quare, est plus une réalité vivante et vécue qu'une théorie. Quand M. Jeffreys, au début d'une prédication, veut, selon les habitudes anglo-saxonnes, détendre un peu l'auditoire, il rappelle qu'il a été amené à la conversion par un frère darbyste. (Les darbystes se sont beaucoup opposés à son oeuvre, dans le développement de laquelle ils voient une machination de Satan). George Jeffreys jeune se croyait bon chrétien parce qu'il avait été élevé dans une famille pieuse. Mais le frère darbyste revenait sans cesse à la charge en disant : « Et que faites-vous de la Parole de Dieu ? ». Ainsi le jeune homme comprit la nécessité de la nouvelle naissance. Mais quand il fut, non seulement converti, mais inspiré, il revint vers son ami darbyste qui fut horrifié de ce développement imprévu. Et le jeune évangéliste de lui rétorquer : « Et que faites-vous de la Parole de Dieu ? ». D'aplomb sur la Parole de Dieu, c'est le premier sens du message Foursquare.

L'Evangile de ces croyants est Foursquare ensuite, parce qu'il se compose de quatre affirmations fondamentales :

Jésus sauve

Jésus guérit

Jésus baptise du Saint-Esprit

Jésus revient bientôt.

 

Jésus sauve.

A la base de tout le message, se trouve l'appel à la conversion. « Il faut que vous naissiez de nouveau » (Jean 3/7). Tous les maux des Eglises, leur sommeil spirituel, leurs doctrines nouvelles qui critiquent la Bible, tout cela vient au fond de ce que le message de la conversion est laissé dans l'ombre.

C'est pour souligner ce point que les chrétiens Foursquare sont si attachés au baptême par immersion. Le vieux procès débattu entre Calvin et les Anabaptistes n'est pas clos. Dans quelle mesure le protestantisme est-il biblique s'il admet avec l’Institution que les enfants peuvent être régénérés non par la Parole de Dieu, qu'ils n'entendent [34] pas, mais « par la vertu du Seigneur, à nous secrète et admirable, mais à lui facile et aisée ? ». Quoi qu'il en soit de ce point difficile, il est clair que la plupart des protestants, même s'ils ont été régénérés par leur baptême, comme le veut l'Eglise anglicane, ou par une vertu secrète antérieurement à leur baptême, comme le veut Calvin, n'en ont aucune connaissance pratique, et vivent sans spiritualité et sans communion personnelle avec Dieu. Le Foursquare est aujourd'hui, par son message de la nouvelle naissance, l'héritier direct de Wesley, de Finney, ou de Spur-geon, et le frère jumeau de l'Armée du Salut.

La conversion foursquare est essentiellement un miracle. La volonté libre de l'homme n'est pas supprimée, mais elle ne pourrait rien sans l'action de l'Esprit, et dans la parole du prédicateur et dans le cœur de l'auditeur. Aussi prêche-t-on aux inconvertis essentiellement Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. C'est cette parole, qui, vivifiée par l'Esprit, agira sur l'esprit du pécheur ou de l'indifférent, le fera naître de nouveau et l'unira au corps de Jésus-Christ. On ne fait pas l'analyse de la conversion qui a été quelquefois proposée : d'abord on éveillerait la repentance, puis on présenterait la grâce. La repentance est partie intégrante de la grâce, elle est donnée avec la grâce. Elle n'est pas un état psychologique par lequel il faudrait obligatoirement passer, elle fait partie de l'acte même par lequel on naît de nouveau. De cette notion très surnaturelle de la conversion, découlent et la grande audace des prédicateurs que n'effraie jamais le scepticisme des milieux où ils veulent pénétrer, et le caractère très joyeux de leur message. La conversion est une délivrance qui s'opère pendant les réunions et les campagnes. On ne s'attardera pas à se lamenter sur l'horreur du péché passé, on se réjouira plutôt du commencement nouveau qui est posé puisque les messagers de Dieu sont venus avec la puissance de l'Esprit. L'Evangile est une bonne nouvelle.

Jésus guérit.

Le second angle du carré est la guérison divine. On dit ordinairement guérison par la foi, mais les croyants [35] Foursquare ont renoncé à cette expression pour ne pas être confondus avec le Scientisme, ou des procédés psychologiques ou psychothérapiques. La guérison à laquelle ils croient est l'œuvre de Dieu même, par l'Esprit. Le croyant prie, et Dieu exauce la prière de la foi. Il n'y a pas place pour l'interposition d'une théorie pseudo-scientifique.

A travers toute l'histoire de l'Eglise, de nobles âmes ont cru à la guérison divine. Mais on semble souvent faire un grief au Foursquare de mettre, comme on dit, le physique, sur le même plan que le spirituel, d'avoir une doctrine vulgaire, bonne pour nourrir la crédulité des foules superstitieuses et égoïstes. Il ne s'agirait plus, semble-t-on .alléguer, de servir Dieu, mais de faire servir Dieu à l'homme, et encore pour ce que l'homme a de plus grossier, les besoins de son corps.

Nous voudrions supplier les chrétiens de prendre garde et de ne pas juger si vite. Car des intérêts spirituels de la plus haute importance sont ici en jeu. Nous ne pouvons pas traiter maintenant ce problème à fond ; voici seulement quelques indications qui aideront à la méditation de ces problèmes.

1.  — Tout d'abord est-il juste de tenir le corps pour méprisable en lui-même ? Il est création de Dieu, et création merveilleuse. Plus que cela, le corps est de nature spirituelle, il fait pour ainsi dire partie de l'esprit de l'homme qui, sans lui, ne pourrait ni s'exprimer ni agir sur le monde créé.

Il y a une, équivoque sur le mot spirituel. Beaucoup de personnes remploient comme un synonyme de abstrait, invisible. Il y aurait la matière et l'esprit, le sensible d'une part, le spirituel de l'autre. Si l'on n'est pas spiritualiste, en ce sens, ces personnes vous accusent de matérialisme. Mais précisément, ce sens du mot spirituel n'est pas chrétien. L'homme en réalité est un tout indissoluble. La Bible nous dit de glorifier Dieu dans nos corps et dans nos esprits qui lui appartiennent. Il peut y avoir, et il y a effectivement, un spirituel concret, dans lequel le corps a sa place. Ainsi l'Evangile de Jésus est spirituel, mais il repose sur l'Incarnation du Fils de Dieu dans un corps d'homme. La [36] Croix est spirituelle, mais elle comprend le sacrifice que Jésus a fait de son corps. Le salut est spirituel, cependant il a pour base le sang versé par amour pour nous. L'immortalité est spirituelle, et la résurrection du corps en fait partie intégrante. Dans le même sens donc, la guérison du corps peut être entièrement spirituelle, et c'est bien pour cela que Jésus l'a pratiquée.

2.   — En second lieu, remarquons encore qu'il y a une sagesse divine qui n'est pas la sagesse humaine. Si vous annoncez l'imposition des mains aux malades, les gens viendront, nous dit-on, pour leur corps et non pour leur âme. Cela est bien vrai, mais Dieu doit le savoir : et pourtant les apôtres et les évangélistes du livre des Actes pratiquaient ainsi. Ne serait-ce pas qu'il y a dans les guérisons miraculeuses un contenu spirituel qui risque d'échapper à un jugement superficiel ? C'est ce que nous croyons.

La maladie, loin d'être une chose physique et grossière, est un état qui a des répercussions profondes sur l'esprit de l'homme. Elle est une expérience, une forme de vie nouvelle, qui est riche de secrets. Elle révèle au plus orgueilleux sa faiblesse ; au plus indifférent, elle donne une soif de secours. Que dirons-nous si Dieu, dans sa miséricorde infinie, veut montrer aux hommes, par un langage concret, qu'il sait répondre aux créatures qui sentent leur faiblesse ? Vois-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? Voulons-nous que l'Evangile soit difficile à comprendre, accessible seulement au raisonnement ? Pourquoi Dieu ne prêcherait-il pas par des actes ? Il est possible que ces actes de miséricorde ouvrent la porte des cœurs et les dispose à comprendre tout d'un coup ce que c'est que le salut par grâce. Dans tout miracle, il y a une parabole, un enseignement. Et comme tout cela devient réel quand la chose s'accomplit sous mes yeux, voire dans mon propre être ! Tel est sûrement le sens spirituel des miracles du livre des Actes, et, chose merveilleuse, c'est aussi le fruit des campagnes des évangélistes Foursquare. Loin que la guérison nuise aux âmes, tout comme dans la Bible qui nous dévoile après tout le plan divin, elle ouvre à l'Evangile total des portes qui sont grandes et d'un accès efficace.

3. —Enfin, on accuse l'Evangile Foursquare de jeter un [37] blâme sur les chrétiens qui ont souffert patiemment et glorifié Dieu dans la maladie. Incompréhensible reproche sur des lèvres chrétiennes, car il rejaillirait tout droit sur le Seigneur Jésus lui-même : qu'on relise à cet égard non seulement les guérisons individuelles du Seigneur, mais les passages où on Le voit guérissant tous les malades sans distinction. Il y en a huit dans saint Matthieu seul, sans compter les parallèles (Matthieu 4/23 ; 8/16 ; 9/35 ; 12/15 ; 14/14 ; 14/36 ; 15/30 et 21/14). Quoi qu'il en soit, la guérison divine ne jette de blâme sur personne ; ceux qui la pratiquent professent avant tout la soumission totale à la souveraineté de Dieu. S'il y a guérison, c'est l'œuvre de Dieu : peut-on le blâmer ? Et si le chrétien est conduit à souffrir longtemps, que Dieu soit encore glorifié.

Oh ! comme nous voudrions supplier les chrétiens de ne pas parler à la légère de la maladie ! Nous avons entendu à ce sujet des paroles qui nous déchirent encore le cœur. Certes il est beau de voir Dieu glorifié dans la souffrance par un croyant qui se soumet et obéit avec joie. Loin de moi la pensée de rabaisser ce témoignage merveilleux. Mais qu'il y a de souffrances horribles cachées dans ce mot de maladie. Que de vies brisées, que de déceptions, que d'amertumes ! Notre belle jeunesse serait-elle faite pour la tuberculose, les foyers qui se fondent pour le cancer ? Que d'héritages affreux dans les tares qui résultent du péché des parents ! Quand de pauvres êtres cherchent la guérison, ne les accusons pas de grossièreté. Songeons aussi combien la maladie est lamentable quand il s'y joint la pauvreté et le souci du pain pour soi et pour les siens. Il y a une certaine satisfaction dans l'homme moderne à posséder de belles cliniques et des infirmières, des médecins et des chirurgiens en renom, qu'il est de bon ton de nommer comme des célébrités, sans mettre Monsieur devant leur patronyme. Si j'ai, comme on dit, les moyens de me faire soigner, oh ! que je prenne garde quand je suis tenté de dire que cette pauvre femme est grossière parce que, dévorée de soucis et de peines, elle va demander à Dieu la guérison de son enfant infirme. Les assurances sociales, me dira-t-on, et les hôpitaux, lui donneront le bénéfice de toute la médecine des riches. Outre que celui qui parle ainsi n'irait peut-être pas [38] de bon gré lui-même à l'hôpital, croit-on sérieusement que les lois humaines peuvent remplacer le surnaturel de l'Evangile ? Il y a quelque chose de vrai dans tout ce qui revêt le nom de social, y compris le christianisme social;, qui a été une protestation légitime contre une orthodoxie religieuse beaucoup trop théorique. Mais il faut aller jusqu'au bout du christianisme social ; il faut admettre celui que Dieu même a institué, et où le bien des créatures est assuré, sur la base du sacrifice de Jésus-Christ, par la prière exaucée, et, dans certains cas, selon que Dieu le juge bon, par le miracle.

Pour ma part, j'ai eu une révélation d'une extraordinaire intensité spirituelle pendant que M. Jeffreys imposait les mains aux malades dans une réunion, à Brighton. Ce jour-là j'ai compris, comme je ne l'avais jamais fait auparavant, ce que l'Evangile veut dire quand il parle de LA COMPASSION DU SEIGNEUR JÉSUS, J'ai reçu ce jour-là un trésor qu'aucune objection abstraite ne peut me faire renier.

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Jésus baptise du Saint-Esprit et Jésus revient bientôt.

Venons-en aux deux derniers angles de notre carré. Du troisième, Jésus baptise du Saint-Esprit, nous ne dirons rien ici, car nous voulons consacrer notre prochain chapitre à ce sujet, Reste enfin : Jésus revient bientôt,

La doctrine du retour personnel de Jésus à la fin des temps a été remise en lumière dans la chrétienté évangélique surtout depuis un siècle. J.-N. Darby et ses disciples, les frères de Plymouth, ont beaucoup contribué au renouveau de cette espérance à laquelle on sait que Luther attachait déjà une grande importance. Elle n'est pas restée le privilège des darbystes ou plymouthistes, et nombreux dans les Eglises sont ceux qui ont étudié de plus près la partie apocalyptique des Ecritures. Certes les Eglises traditionnelles sont loin de s'attacher toutes à cette doctrine. Comme toujours, les outrances de certains scrutateurs de l'Apocalypse ont détourné d'elle bien des esprits sincères. D'autre part, il y a bien des théologiens qui voient dans l'idée du retour du Christ,  une hypothèse périmée, née [39] dans l'enthousiasme du christianisme primitif, mais démentie par les faits.

L'adoption de cette doctrine comme un des angles fondamentaux de l'Evangile peut être regardé comme une conséquence de l'autorité attribuée à la Bible. Le Réveil de Pentecôte s'efforce de voir toutes choses comme les voyait l'Eglise primitive, puisqu'à celle-ci furent confiées les règles éternelles de la foi. Mais il y a plus encore qu'une raison de fidélité biblique.

Tout d'abord les croyants baptisés du Saint-Esprit se sont trouvés stupéfaits que des grâces si grandes devinssent si simples et comme à la portée de tous. Comment se fait-il qu'on n'y ait pas pensé plus tôt ? Il n'y avait qu'à prendre la Parole de Dieu au mot, et Dieu, en qui il n'y a ni changement ni ombre de variation, se montre disposé à agir pour nous comme pour l'Eglise primitive ! Que cette foi au baptême ait été mise en eux, ils l'ont regardé aussi comme une grâce. C'est Dieu lui-même qui a pris l'initiative de cette effusion de l'Esprit. Ne serait-ce pas un signe de l'approche de la fin des temps ? Avant l'achèvement de cette économie, Dieu manifesterait puissamment sa volonté de sauver par l'Evangile de Jésus. Le mal grandit, l'incrédulité s'affirme, les nations s'abîment dans les guerres et les révolutions. Parallèlement à ce mystère de l'antéchrist, Dieu donnerait des grâces toutes spéciales à l'Eglise, afin qu'elle puisse tenir ferme et accomplir son œuvre de salut. Tous les mouvements de Réveil depuis et y compris la Réforme ne s'orientent-ils pas vers cette restauration sans cesse plus puissante d'un christianisme semblable à celui des origines ? Ainsi s'expliquerait que les grâces surnaturelles, si indispensables au début, le soient encore aujourd'hui, parce que c'est la fin. S'emparant d'une image des prophètes hébreux. M. Barratt intitule un de ses livres La pluie de l’arrière-saison. La Bible promettait la pluie de la première et de l'arrière-saison (Joël 2/23) : la Pentecôte des Actes, c'est la première pluie. Nous sommes dans les temps de la seconde.

La prédication du retour de Jésus dans l'Evangile Foursquare n'a rien de l'allure sombre et dure qu'elle a parfois revêtu ailleurs. La note qui domine, c'est l'espé- [40] rance et la joie. « Heureux jour ! Est-ce aujourd'hui le jour du couronnement ? chante un beau cantique ». C'est l'amour pour Jésus qui s'exprime ici avant tout, le désir de Le voir face à face. Il y a aussi, croyons-nous, quelque chose de très sainement chrétien dans le fait que l'espérance de ces croyants vise beaucoup plus à la résurrection du dernier jour qu'à l'immortalité de l'âme auprès du Christ dans la période intermédiaire qui sépare la mort (le sommeil terrestre) du croyant, du retour du Sauveur à la fin des temps. On pourrait soulever le même problème du spirituel que tout à l'heure. A notre sens, la résurrection des corps est spirituelle, et elle a une valeur à tous points de vue supérieure au stade d'esprits désincarnés sur lequel la Bible donne très peu de lumières. Selon une feuille populaire, notre état après la mort (le sommeil) et avant le retour du Sauveur, c'est un passage de la troisième classe d'ici-bas à une seconde beaucoup plus enviable : mais ce n'est pas encore les premières. Il faut attendre la résurrection.

Sur ce «point, comme sur les précédents, l'Evangile foursquare remet en valeur ce qu'il y a de tellement réel, de concret, de simple et de profond à la fois, dans le message de Jésus et des apôtres. Il est certes à l'opposé de toutes les subtilités de la théologie du XIXe siècle, et d'un christianisme abstrait, purement intellectuel, purement logique ou même purement moraliste. Mais les simples croyants qui ont pris le mot Foursquare pour drapeau, n'auraient-ils pas atteint à des vérités infiniment plus profondes, — parce que divines et révélées, — que notre sagesse humaine ?

 

 

CHAPITRE  VI

Le baptême dans le Saint-Esprit

 

 

[41] De toute évidence pour porter un jugement personnel sur le mouvement de Pentecôte, il faut se prononcer sur la question du baptême dans le Saint-Esprit. Ce baptême constitue en effet l'expérience initiale que mous avons vue à l'origine historique de ce Réveil. C'est lui également qui constitue la clé de voûte de tout le système doctrinal. S'il s'effondre, tout le système Foursquare tombe avec lui. La conversion elle-même, la guérison divine, et le retour du Seigneur sont vus à la lumière de l'expérience du Saint-Esprit. Ces doctrines subsisteraient, mais avec un tout autre caractère, s'il fallait rayer le baptême du Saint-Esprit.

Beaucoup de chrétiens font, disent-ils, des réserves sur le Mouvement de Pentecôte. Attitude sage, mais qui ne saurait être définitive. Il est bon de réserver un temps son jugement. Mais il vient un moment où l'on est contraint par une sorte de logique vivante, de rejeter en bloc tout le Foursquare, ou bien de l'admettre comme un vrai mouvement de Dieu malgré toutes ses imperfections humaines. C'est ce qu'ont bien vu les opposants qui dénoncent en lui une vaste machination de Satan.

Il faut donc aller plus profond, que les réserves que l'on fait, lorsqu'on est surpris par telle ou telle affirmation ou par telle ou telle pratique inaccoutumée. Pour aller au cœur des choses, il faut étudier le baptême dans le Saint-Esprit.

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[42] La prédication de Jean-Baptiste, lequel, ne l'oublions pas, est le dernier des prophètes, distingue nettement deux baptêmes : un baptême d'eau, qui est le sien, c'est le baptême de repentance pour la rémission des péchés, et un baptême de feu qui sera donné par Jésus lui-même. (Mathieu 3/11 ; Marc 1/8 ; Luc 3/16 ; Jean 1/33). On interprète quelquefois cette distinction comme correspondant aux deux stades de la régénération du croyant : la repentance d'une part, et d'autre part la nouvelle naissance produite par le Saint-Esprit, bref la part de l'homme, puis la part de Dieu. Cette interprétation est démentie par la plupart des textes concernant le baptême d'eau et la conversion. Le mot repentance est employé comme synonyme de nouvelle naissance dans Actes 11/18 : « Dieu a donc accordé la repentance aux païens, afin qu'ils aient la vie. » Du vivant de Jésus, il nous est dit que les apôtres prêchèrent la repentance, donc le même message que Jean-Baptiste (Marc 6/12). Jean lui-même annonçait le Christ et voyait en lui l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. (Jean 1/29). Enfin aucun texte ne nous dit que Jésus ait rebaptisé les apôtres, qui pourtant n'avaient reçu que le baptême de Jean. (Cf. au contraire Jean 4/2, où l'on voit que Jésus n'a pas baptisé). Ces preuves sont absolument décisives : le baptême de. Jean et le baptême au nom de Jésus (ou au nom de la Trinité) sont un seul et identique baptême, celui par lequel on entre publiquement dans le corps visible; de l'Eglise de Jésus-Christ.

Sur ce point, nous suivons exactement l'interprétation de Calvin dans le 4e livre de l'Institution chrétienne. Un seul texte paraît à première vue bien difficile à expliquer ; c'est Actes 19/1-6, où il semblerait que l'apôtre Paul aurait rebaptisé dans l'eau des personnes qui avaient reçu le baptême de Jean. Détail piquant, Calvin rejette entièrement ce sens, qui est contraire à celui de tous les autres textes du Nouveau Testament, et il propose une explication qui rejoint exactement les idées du mouvement de Pentecôte :

« Que veulent donc dire, écrit-il, ces paroles : Ils ont été baptisés au nom de Jésus ? Aucuns l'interprètent, que seulement c'est-à-dire qu'ils furent par saint Paul instruits de [43] pure et bonne doctrine : mais je l'aime mieux entendre plus simplement, qu'il parle du Baptême du Saint-Esprit : c'est-à-dire que les grâces visibles du Saint-Esprit leur furent données par l'imposition des mains. » (Institution chrétienne, L. IV, Ch. XV, 18).

De toutes manières, il est clair que le baptême d'eau et le baptême de feu sont deux choses différentes. Or la promesse, de Jean-Baptiste sur le baptême de feu, est appliquée directement par le Seigneur lui-même aux expériences que devaient vivre les apôtres le jour de la Pentecôte dans le texte Actes 1/5. Puis, lorsque les païens en la personne de Corneille et des siens, entrent officiellement dans l'Eglise, l'apôtre Pierre applique la même distinction du baptême d'eau et du baptême de feu (Actes 11/16) pour caractériser la répétition d'une expérience de Pentecôte, accompagnée du parler en langues (Actes 11/44-46). Il faut donc conclure que le baptême du Saint-Esprit, reçu par cent vingt personnes probablement, à la Pentecôte, et par Corneille et sa maison, est identique au baptême de feu annoncé par Jean-Baptiste. C'est le baptême que donne le Christ glorifié, et qu'il avait lui-même annoncé dans Jean 7/37-39, passage qui souligne très nettement que le baptême dans l'Esprit ne pouvait qu'être postérieur à la Croix.

Dès lors, il y a eu au début de l'Eglise une distinction de ces deux baptêmes, baptême d'eau et baptême de feu. Les deux pouvaient être plus ou moins rapprochés dans le temps, ils n'en constituaient pas moins deux choses distinctes. Les résultats aussi étaient distincts. Par le baptême d'eau, on devenait membre du corps de Christ, par le baptême du feu, on devenait un témoin puissant pour la propagation du, message du Christ (Actes 1/8).

Toute la question que soulève l'actuel mouvement de Pentecôte est de savoir si le baptême de feu était destiné à tomber en désuétude ? Qu'il ait tenu peu de place à telles époques de l'histoire de l'Eglise, c'est un fait : mais le fait ici ne crée pas le droit. L'autorité de la Parole de Dieu demeure entière, quoi qu'aient fait ou cru les hommes. Or l'apôtre Pierre prêchant son premier sermon d'appel dit : « Vous recevrez le don du Saint-Esprit, car la pro- [44] messe est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. » (Actes 2/38). Le mot promesse désigne ici sans aucun doute le don du Saint-Esprit ; il est ce que le Père avait promis (Actes 1/4). Or, le même jour, quelques heures auparavant, les auditeurs de Pierre avaient vu la promesse s'accomplir sous la forme de la Pentecôte des cent vingt. Il est donc à penser que c'est une Pentecôte analogue que Pierre, en inaugurant l'Eglise, déclare accessible à tous ses membres dans tous les temps.

Certes Pierre n'avait en vue à ce moment-là que les Juifs de naissance. Mais il constata devant le premier Concile, que Dieu avait donné le Saint-Esprit aux païens comme aux Juifs, « Il n'a fait, dit-il, aucune différence entre nous et eux. » (Actes 15/8-9). Ici encore, c'est d'une Pentecôte avec le parler en langues que Pierre parle. Passage frappant. L'apôtre ne dit pas que Dieu ait donné le Saint-Esprit à quelques païens, aux premiers à entrer dans l'Eglise ; il emploie l'expression la plus générale, comme pour ouvrir une porte toute grande : Dieu a donné le Saint-Esprit aux païens.

Il y a plus, comme on sait. Philippe a évangélisé la Samarie, les foules ont reçu le baptême d'eau. Mais Pierre et Jean, étant venus, imposent les mains aux croyants, et ceux-ci reçurent le Saint-Esprit. (Actes 8/17). De même Ananias impose les mains à Saul « pour qu'il recouvre la vue et soit rempli du Saint-Esprit. » (Actes 9/17). Enfin Saint Paul impose les mains aux 12 hommes d'Ephèse dont nous parlions tout à l'heure. « Lorsque Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit vint sur eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient.   »  (Actes 19/6).

La conclusion est évidente. Les textes bibliques n'imposent aucune frontière ni dans le temps ni dans l'espace, au baptême de feu. Donc, lorsque des croyants consacrés et dont la vie est réellement sanctifiée, viennent me dire qu'ils ont cru à la promesse du Saint-Esprit, qu'ils ont demandé le baptême de feu, et qu'ils l'ont reçu comme à la Pentecôte, la vérité scripturaire, aussi bien que la charité qui ne soupçonne point le mal, m'obligent à penser, à moins de preuve contraire, qu'ils n'ont point été  victimes d'une [45] contrefaçon démoniaque, mais que Dieu a réellement agi selon sa promesse en leur faveur.

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A moins de preuve contraire, disons-nous.

1.— On a quelquefois voulu alléguer de telles preuves, par exemple des passages qui prouve raient que Dieu a révélé sa volonté de retirer de l'Eglise le baptême dans le Saint-Esprit. Mais de tels textes, qui contrediraient tous ceux que nous avons étudiés, il n'y en a point. Le plus décisif en apparence, ce sont ces mots de I Corinthiens 13/8 : « Les langues cesseront. » Mais replacez-les dans leur contexte, vous voyez aussitôt que l'apôtre veut dire que les langues, aussi bien que la prophétie et la connaissance, cesseront quand ce qui est parfait, c'est-à-dire la gloire éternelle, sera venu. — Faute de textes précis, on présente diverses considérations : Jésus, puis l'apôtre Paul, auraient fait plus de miracles au commencement de leur ministère qu'à la fin ; ou encore, il serait question de ces choses surnaturelles au commencement du Nouveau Testament (Evangiles. Actes) plutôt qu'à la fin (Epîtres) ; donc, conclut-on, il ne doit plus y avoir aujourd'hui un baptême dans le Saint-Esprit accompagné de signes surnaturels. Spéculations intéressantes, qui portent sur la Bible, mais qui sont tirées de l'esprit de l'homme, non des paroles clairement prononcées par Dieu.

2. — Une autre preuve contraire serait, au dire de certains, que le baptême du Saint-Esprit est maintenant identique avec l'acte de se consacrer à Dieu, donc avec une expérience de sanctification. On se livrerait entièrement à Dieu ; on renoncerait à tout péché : et ce serait là le vrai baptême du Saint-Esprit, spirituel et moral, par opposition. à un autre baptême, qui serait physique et grossier. Il y a certes urne part de vrai dans cette vue, en ce sens que le baptême du Saint-Esprit ne peut être donné qu'à des croyants qui ont vraiment livré leur vie à Dieu. Mais cet acte de livrer sa vie n'est pas identique au baptême du Saint-Esprit reçu par les cent-vingt et tous les autres « qui parlaient en langues et prophétisaient ». Si on veut que cet [46] acte de livrer sa vie soit supérieur en valeur spirituelle à l'expérience de Pentecôte, ici encore on se fonde sur une spéculation, non sur la Bible. Du reste, la (plupart des croyants qui livrent leur vie à Dieu pour avoir part au baptême du Saint-Esprit, demandent tout simplement ce baptême de feu à cause de la promesse, et s'attendent à recevoir le Saint-Esprit. Leur position vient donc plutôt renforcer le témoignage du mouvement actuel de Pentecôte, qui n'agit pas autrement. Mais si des frères, après avoir demandé, reçoivent la visite divine sous la même forme que les frères d'autrefois, pourquoi y verrions-nous tout à coup une contrefaçon ?

3. — Reste enfin l'objection de la nouveauté. Mais pour la chrétienté évangélique, cette objection ne peut prévaloir contre l'autorité de la Bible. De plus y a-t-il réellement nouveauté ? La notion de miracle, d'exorcisme, de don surnaturel, a été mieux conservée par la tradition catholique que par la protestante, mais elle n'a jamais été absente de cette dernière. La puissance surnaturelle s'est manifestée au contraire dans tous les mouvements de Réveil. Dans la liturgie même des Réformés, l'imposition des mains au pasteur nouvellement consacré n'est certes souvent qu'une forme vide, parce que ceux qui imposent les mains ne s'attendent pas à ce qu'il se passe quelque chose. Mais la persistance même de ce geste sacré, qui fait partie des éléments de la doctrine chrétienne (Hébreux 6/1-2), indique la persistance de la foi à la promesse du Saint-Esprit,

Mais ce n'est pas tant dans l'exercice des dons surnaturels (miracles de guérisons, prophéties et parler en langues des Camisards, exorcismes, etc.) que nous verrions la persistance du baptême du Saint-Esprit dans l'Eglise : c'est dans l'expérience mystique elle-même. On sait combien de chrétiens, connus ou inconnus, ont eu part à un état d'union avec Dieu qui a renouvelé leur être d'une manière ineffable. Or la nouvelle naissance, par laquelle on devient chrétien, n'est pas un état d'union avec Dieu. Certes Dieu travaille par son Esprit dans la créature qu'il purifie par sa Parole, mais il ne peut s'unir à cette créature en voie de régénération. La conversion, soulignons-le, n'est pas une expérience mystique au sens plein du mot. Dieu et [47] l'homme y agissant comme deux volontés qui vont se rejoindre, après avoir été séparées ; c'est un temps de lutte, de mort et de résurrection intérieure. C'est le nouvel être ainsi créé qui peut connaître plus tard l'expérience mystique. Dans cette dernière, la volonté divine pénètre et embrase la volonté humaine. Il n'y a plus seulement soumission, mais union. A des degrés divers, tout au long de l'histoire de l'Eglise, des milliers et des milliers de croyants ont connu cette union ineffable. Elle a eu une importance capitale pour l'édification du corps de Jésus-Christ, parce que c'est dans l'état d'union que sont nées toutes les grandes intuitions fondamentales de la pensée chrétienne. Cela est vrai de saint Paul, — que l'on relise le chapitre 2 de la première épître aux Corinthiens, — de saint Augustin, et de tous les autres artisans de cette œuvre merveilleuse.

L'attention des historiens de l'Eglise se porte plus volontiers sur les doctrines que sur la réalité même des êtres. Mais si l'on pouvait connaître la vie intime des grands missionnaires de tous les temps, des grands conquérants d'âmes, il est probable que l'on trouverait à la base de toute leur activité les grâces d'union avec Dieu, donc un baptême du Saint-Esprit. Cela est absolument évident par exemple pour sainte Thérèse d'Avila et pour saint Vincent de Paul. Et la puissance apologétique si durable de l'œuvre de Pascal ne découlerait-elle pas de ce qu'on appelle sa seconde conversion, qu'il décrit très exactement lui-même comme une expérience d'union et de feu :

« L'an de grâce 1654,

Lundi, 23 novembre....

Depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,

FEU ».

La distinction de la grâce qui sauve et de la grâce qui unit à Dieu, correspondrait donc à la distinction biblique du baptême d'eau et du baptême de feu. S'il en était ainsi, le mouvement de Pentecôte aurait l'immense mérite d'ouvrir au protestantisme actuel les voies pour retrouver ce qui lui manque le plus : une réalité et une pensée mystiques.

 

 

 

CHAPITRE VII

Hommes frères, que ferons-nous ?

 

 

[48] L'existence du Réveil de Pentecôte soulève de graves problèmes auxquels les dirigeants des églises chrétiennes se doivent de donner des solutions de vérité et de sagesse.

La conclusion qui se dégage de notre travail est que le Réveil de Pentecôte doit être connu et étudié. Nous avons essayé d'y contribuer pour notre part. Mais il y a là une tâche qui doit être poursuivie et approfondie. Les pasteurs ne peuvent pas garder le silence en présence de leurs troupeaux, qui veulent savoir, et qui veulent obéir à Dieu.

S'il était vrai que le Réveil de Pentecôte ne fût pas de Dieu, et que l'Evangile Foursquare ne fût pas celui que prêchait saint Paul, le pur Evangile de Christ, dès que je connaîtrais mon erreur, je serais prêt à dire de M. Jeffreys lui-même : qu'il soit anathème ! Mais en l'état actuel des choses, je ne puis dire ce que je ne crois pas, et la ligne de conduite que j'aimerais voir suivie par nos troupeaux protestants serait à peu près la suivante. Que ceux qui lisent sachent seulement que nul n'est infaillible, et qu'ils .veuillent bien soumettre mes conseils au jugement du pasteur qui dirige l'église dont ils sont membres, à celui des autres théologiens qu'ils pourront lire, et par-dessus tout au jugement du Saint-Esprit, par l'étude de la Bible et la prière.

1° Que nous le voulions ou non, un mouvement de Pentecôte existe en France, sous la direction de M. Douglas Scott. Il comprend actuellement quelques centaines [49] de personnes sorties du catholicisme, de la libre-pensée ou du communisme .

Il me semble que nous devons nous réjouir de ces conversions, et tendre à ces frères la main d'association. Protestants nouveaux-nés, que diront-ils si les protestants de longue date leur tournent le dos ? Est-ce là la charité chrétienne ? « Quelle est donc votre religion, me demandait un ex-communiste converti à Jésus-Christ par l'église de Pentecôte à Rouen ? Avez-vous, comme nous, la Parole de Dieu, ajouta-t-il ? ». Je lui dis que j'étais pasteur chez des gens dont les ancêtres avaient versé leur sang pour la Parole de Dieu : quelle belle fraternité alors entre lui et moi ! Qu'on lise le début des Actes : en je ne sais combien de passages, la joie est associée au fait qu'il y a des nouvelles conversions (Actes 2/46, 8/8, 8/39, 11/23, 13/48, 13/54, 15/3). Lorsque Paul et Barnabas racontent la conversion des païens, « ils causèrent une grande joie à tous les frères ». Faut-il que les protestants français soient toujours tristes ? Oh ! sachons, frères, nous réjouir, parce que l'on peut vous raconter de belles conversions au Seigneur Jésus, au Havre, à Rouen, à Calais, ailleurs encore. Surtout, ne soyons pas fâchés, comme si on nous coupait l'herbe sous le pied. Il reste des millions de Français qui n'ont jamais entendu la bonne nouvelle de Jésus. Il y a encore du travail pour nous, pour nos frères salutistes et pour tant d'autres. Et quelle force si nous faisons ce travail la main dans la main.

2° M. Scott ou d'autres évangélistes de Pentecôte acceptent de faire des campagnes d'appel dans les Eglises protestantes pour réveiller les indifférents, et, si possible, attirer ceux du dehors à Christ par le moyen de ces Eglises.

Dans ce cas, les évangélistes de Pentecôte prêchent uniquement la conversion, et ils remettent aux pasteurs qui les ont appelés, le soin de conduire les âmes converties. Il y a là une grande largeur, puisqu'ils ne parlent pas aux fidèles de doctrines qui leur sont chères, comme le baptême d'eau par immersion et le baptême du Saint-Esprit. Ces missions ne peuvent donc en aucun cas conduire à des dissidences par la faute des évangélistes de Pentecôte. Ceux-ci sont assez sages pour ne pas ouvrir une assemblée nou- [50] velle dans une bourgade ou un village qui possèdent une Eglise réformée ; leur tâche parmi les catholiques d'origine est assez vaste pour qu'ils n'aient pas de temps à perdre dans des entreprises aussi mesquines.

Le seul trait qui rappelle les doctrines spéciales du mouvement de Pentecôte, dans ces campagnes en collaboration avec les pasteurs, est l'imposition des mains publiquement faite aux malades. Cette pratique choque beaucoup de pasteurs et d'anciens d'Eglise. Elle n'est pas dans nos traditions, quoique la guérison divine y soit entièrement. On comprend très bien que beaucoup d'Eglises craindront de faire appel à cette collaboration ; nul ne les y force, nul ne les blâmera de leur prudence. Mais je voudrais demander à ces églises d'user de charité et de modération également, à l'égard des églises plus hardies qui ont accepté la collaboration des évangélistes du Réveil de Pentecôte. L'expérience a déjà prouvé, à Privas, à Loriol et à Nîmes, que ces campagnes amènent des conversions et un souffle de Réveil dans nos églises, sans qu'il en soit résulté, à ma connaissance, aucun inconvénient. Que chaque Eglise agisse selon sa conviction à cet égard, mais je me puis que lancer un vigoureux appel pour que la fraternité entre nous ne soit point rompue, ni même entamée, à cause de ces campa­gnes de Réveil.

3° Les fidèles et les pasteurs vont se demander de plus en plus si Dieu ne tient pas pour eux en réserve un baptême du Saint-Esprit analogue à celui des membres des Eglises foursquare des autres pays ? Question troublante, en apparence au moins. Je dis : en apparence, car si nos églises étaient en état de Réveil sans connaître ce baptême de feu, elles pourraient se demander à bon droit si le témoignage du Réveil de Pentecôte est authentique. Mais nos Eglises, à part quelques exceptions, m'ont pas le Réveil, et beaucoup soupirent après un renouveau, des triomphes de la Parole de Dieu. Le baptême dans le Saint-Esprit ne serait-il pas la réponse à toutes les prières qui sont montées vers Dieu pour un Réveil, à toutes les larmes qui ont été versées devant lui par les âmes qui souffrent de l'état si triste des églises ?

[51] Ici, certes, une grande prudence est nécessaire. Je me permettrai encore quelques conseils.

Dans des églises déjà établies comme les nôtres, et où le groupe des âmes appelées à se convertir se recrute d'abord par la naissance, le problème est beaucoup plus délicat que dans les églises que George Jeffreys par exemple bâtit de toutes pièces, en n'employant que des pièces neuves. Pour nos églises établies, je crois que l'ordre divin est que les pasteurs reçoivent le baptême du Saint-Esprit avant les fidèles, car les maux qui résulteraient d'une conduite contraire seraient plus grands que le bien souhaité. II ne faut jamais qu'il y ait des charismes sans ministère, tel est le principe fondamental, grâce auquel tout dans l'Eglise se fait avec bienséance et avec ordre. Pour nous qui avons un ministère, mais peu de charismes surnaturels, l'ordre divin est que les dons surnaturels reviennent par le moyen des pasteurs.

Nous conseillerons donc fortement aux fidèles qui approuveraient le Réveil de Pentecôte, mais qui auraient des pasteurs opposés à ce témoignage, de n'en concevoir aucune amertume contre eux. Les croyants convertis doivent obéir à leurs conducteurs spirituels et avoir pour eux de la déférence (Hébreux 13/17) ; ce principe ne souffre pas d'exception. Que ces fidèles évitent de se réunir à part de leur pasteur : ils seraient, dans le principe même, en désobéissance envers Dieu, et ne pourraient recevoir aucune grâce surnaturelle (Actes 5/32). Ce que les croyants placés dans cette situation doivent faire, c'est de prier pour que Dieu fasse toute sa volonté dans le cœur de ses serviteurs ; de prier pour qu'il y ait un Réveil ; et de se consacrer eux-mêmes à Dieu pour cela. Combien de chrétiens critiquent les pasteurs parce qu'il n'y a pas de Réveil : et cependant ces chrétiens sont médisants, ou bien ils ne donnent même pas la dîme de leurs revenus pour l'œuvre du Seigneur Jésus, ou bien leur cœur est resté attaché au monde, à ses fausses élégances et à ses vanités. Que ces chrétiens là n'aillent pas brandir le baptême du Saint-Esprit comme un nouveau prétexte pour médire de leurs pasteurs : ils ne feraient qu'aggraver leur propre péché. Au contraire. La route à suivre par tous ceux qui veulent [52] sincèrement le Réveil est très claire : sanctifier leur vie, se mettre eux-mêmes toujours plus bas, et, sans relâche, intercéder.

Si quelque âme se trouve alors très clairement conduite par Dieu à demander le baptême du Saint-Esprit, alors qu'elle se laisse aller sans crainte aux directions d'En-haut, qui sont toujours douces et fermes. Que ce soit, pour cette âme, un secret entre Dieu et elle. Si c'est vraiment Dieu qui la pousse à demander, elle recevra sûrement, au temps voulu par Dieu, un baptême de feu. Mais que cette âme sache bien qu'elle sera alors mise à part pour servir Jésus-Christ par le témoignage d'une vie entière ; qu'elle soit prête à tout quitter pour Lui s'il le demande ; qu'elle soit prête à aller où le Seigneur voudra, fût-ce à l'autre extrémité de la terre, et à souffrir tout, pourvu que le nom de Jésus soit glorifié. La voie du baptême de feu n'est pas une voie de jouissance. C'est une voie d'héroïsme.

A nos collègues dans le service de Dieu, je ne puis que répéter ma certitude personnelle. Le témoignage du Réveil de Pentecôte est authentique. Dès lors il y a pour chacun de nous, en réserve, un baptême de feu plus grand peut-être que tout ce que chacun a connu jusqu'ici. Et si nous allons jusqu'au bout de l'appel divin, notre génération pourra être l'artisan d'un glorieux triomphe de l'Evangile en France. Prenons garde que si nous mous opposons au parler en langues, si, au lieu de prier et d'agir pour le Réveil, nous nous cantonnons dans nos petites réserves, nous risquons de mépriser une bénédiction qui nous est offerte, et qui a en vue le salut des autres. C'est le temps de sonder les Ecritures, de prier, et de demander plus que jamais le revêtement de la puissance d'En-haut. Je voudrais pouvoir m'adresser plus spécialement aux jeunes serviteurs de Dieu et leur dire à chacun : « Combien d'âmes as-tu amenées en cette année 1932 à Jésus-Christ ? Combien en-as-tu vu se convertir par le moyen de tes appels ? De combien d'unités s'est augmentée la réunion de prières dans ton église ? ». Et d'une manière plus pressante encore : « Crois-tu à la nouvelle naissance ? Y a-t-il avec toi des fidèles qui prient et luttent pour que les âmes naissent de nouveau ? ». N'avons-nous donc pas besoin d'une plus [53] grande mesure du Saint-Esprit ? Et si Dieu veut nous le donner sous des formes imprévues pour nous, voudrons-nous pour cela arrêter le Réveil, et nous opposerons-nous à Dieu ? Certes, nul serviteur de Dieu ne le voudrait. Quelle joie de penser que tous ensemble, séparés par les distances, présents les uns aux autres devant Dieu, nous chercherons toujours davantage la puissance du Saint-Esprit pour la conversion des âmes !

4° Une dernière question se pose. Si des pasteurs réformés recevaient le baptême du Saint-Esprit sous la même forme que nos frères du Réveil de Pentecôte, pourraient-ils rester dans nos Eglises ?

Pourquoi pas ? Une organisation humaine, même ecclésiastique ne peut combattre contre Dieu ; et si Dieu donne des grâces, conformes à la Bible, il n'y a pas motif à exclure ceux qui en sont l'objet, d'Eglises qui se fondent sur l'autorité souveraine de cette Bible. La difficulté commence plutôt avec les conséquences de ces grâces. Un pasteur qui croirait avoir le baptême du Saint-Esprit peut-il en parler aux fidèles ? Peut-il imposer les mains aux malades ? Qu'arrivera-t-il si le pasteur s'entoure de fidèles ayant le même baptême de feu ? Des dangers de toute sorte les guetteront : tentations d'orgueil, de dissidence, de déviations spirituelles ou morales.

Je reconnais ces dangers. Mais j'estime que la solution qui consisterait à ne plus s'occuper de rien pour éviter les difficultés, ne me paraît pas acceptable. Je crois que si plusieurs serviteurs de Dieu traversent des expériences de Pentecôte dans un avenir rapproché, et cela me paraît devoir certainement s'accomplir, il sera de leur devoir de se réunir et de prier ensemble pour chercher les directives de l'Esprit de Dieu. Ces directives seront toujours de prudence et de sagesse. A mon sens, il n'y a aucune raison pour que ce soient des directives de dissidence. Au contraire : nos Eglises sont préparées par leurs prophètes — qui, pendant une génération, ont été toute l'Eglise, — à faire une place en leur sein à un témoignage prophétique. De toutes manières, notre sauvegarde est la souveraineté absolue de Dieu, et la certitude qu'il conduit pas à pas ceux qui ont renoncé à eux-mêmes pour suivre Jésus jus- [54] qu'au bout. A l'ordre du cimetière, qu'on obtient en tuant tout ce qui est vivant, sous prétexte que c'est dangereux, nous préférerons l'ordre divin qui est donné et renouvelé par une communion constante avec l'amour de Notre Père. C'est pour ceux qui s'engageront dans cette voie une très grande responsabilité en même temps qu'un privilège. Si nous avons tout accepté à l'avance pour Jésus-Christ, nous accepterons aussi cette responsabilité. Que tous les croyants qui nous auront suivi jusqu'ici veuillent bien retenir de leur lecture au moins ceci : la nécessité de prier sans cesse pour leurs conducteurs spirituels, qui sont placés en face de tâches merveilleusement belles mais périlleuses, comme tout ce qui, sur cette terre, est vraiment vivant et noble.

 

 

TABLE DES MATIERES

 

CHAPITRE  I.            - Secte ou réveil ?                                                     [5]        = 1

CHAPITRE  II.           - Origine du Réveil de Pentecôte.                             [10]      = 3

CHAPITRE  III.          - Progrès du Réveil                                                   [16]      = 5

CHAPITRE  IV.          - Elim                                                                         [21]      = 7

CHAPITRE  V.           - L’Evangile Foursquare                                            [32]      = 12

CHAPITRE  VI.          - Le baptême dans le Saint-Esprit                             [41]      = 16

CHAPITRE  VII.         - Hommes frères, que ferons-nous ?                                   [48]      = 19


Louis Dalliere : D'aplomb sur la Parole de Dieu. Une brochure de 54 pages. En vente chez M. Louis Trouchaud, 67 bis, rue Roussy, à Nîmes (Gard). Prix : 3 fr. 50 franco.

 

Un plaidoyer en faveur du réveil « pentecôtiste ». Il est écrit par un pasteur. La distinction de l'auteur, sa ferveur mystique, son évidente sincérité, une sorte d'émotion communicative, un ardent désir de convaincre tout en respectant les doutes ou les opinions divergentes, dans tous les partis, le témoignage direct de quelqu'un qui a tenu à puiser une bonne part de sa documentation aux sources mêmes et qui a le sentiment de ne penser, de n'affirmer que sous l'autorité absolue du Livre, un certain nombre de faits authentiques : voilà qui suffirait à valoriser ces pages, dignes de retenir l'attention.

Pourquoi faut-il que dans l'autre plateau de la balance il faille mettre des constatations d'un caractère tout différent : inaptitude totale au doute provisoire de Descartes, absence de sens critique, partialité évidente en faveur de tout ce qui peut étayer une thèse dont on souhaiterait ardemment et à priori qu'elle fut vraie, importance excessive attribuée à quelques versets bibliques dont d'autres versets atténueraient cependant la portée, méconnaissance des lois profondes de la psychologie humaine.

M. D. n'est pas arrêté par l'idée que le réveil pentecôtiste, c'est-à-dire accompagné de guérisons et de miracles a les plus grandes chances d'impressionner les foules par ce qu'elles ont de plus égoïste, de plus « charnel ». Il ne se souvient pas que, lorsque le Sauveur guérissait, il recommandait aux malades de n'en rien dire à personne. Il a l'air d'ignorer — sauf exception à noter (page 12), à propos des spirites — que le phénomène de glossolalie est loin, d'être spécifiquement religieux, pas plus d'ailleurs que maintes guérisons qu'il faudrait — si l'on consentait à être logique — attribuer, soit à l'eau de Lourdes, à une médaille bénite, soit aux disciples plus ou moins orthodoxes du pharmacien Coué, soit à des « magnétiseurs », soit enfin à plusieurs « guérisseurs » contemporains, dont les tribunaux ont eu à s'occuper, en dépit des protestations indignées de nombreux clients rendus à la santé I

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le rapprochement que fait M. D. entre les dons surnaturels accordés au début du xviiie siècle à des montagnards cévenols persécutés pour cause de religion (dons accompagnés d'excès et d'extravagances) et les dons du revivaliste pentecôtiste Jeffreys, lequel « se tiendrait plus près de la Parole de Dieu » qu'un Antoine Court désireux d'arrêter net les pratiques de quelques dangereux illuminés. Nous nous demanderons seulement, avec inquiétude, ce que seraient devenues, sans l'intervention de Court, les églises sous la croix...

Puissent les expériences d'un passé déjà lointain, les résultats acquis à la suite de tant d'observations faites par les cliniciens, les psychologues, puisse surtout le sens profond des périls que court, à une époque où les « désaxés » abondent, le spiritualisme chrétien, multiplier aux protestants les conseils de prudence ! M. D. observe « qu'il y a un spiritualisme concret dans lequel le corps a sa place » (p. 35) et que « l'Evangile spirituel de Jésus repose sur l'Incarnation du Fils de Dieu dans un corps d'homme » ; il rappelle « le sacrifice que Jésus a fait de son corps ». S'il estime pouvoir conclure d'arguments de ce genre qu'on peut impunément laisser croire aux masses que les hommes de Dieu sont surtout des guérisseurs, des thaumaturges et qu'une certaine effusion de l'Esprit remplace avantageusement le médecin, c'est qu'il n'est vraiment pas difficile.

A. S. (A. Sujol ?)

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Louis Dallière, D'aplomb sur la Parole de Dieu. Courte étude sur le Réveil de Pentecôte, Charmes/Rhô­ne : Union de prière de Charmes, 1996. 18 cm. 76 p.

L'Union de prière de Charmes réédite un texte de Dallière de 1932 et la réflexion de celui-ci sur la réception possible, par les Églises réformées, d'un Réveil de type pentecôtiste. Comme Henri Bois pour le Réveil du Pays de Galles, l'a. s'était rendu sur place et restitue ses observations et réflexions.

Ce texte peut être très utile aujourd'hui à ceux qui sont chargés d'entrer en dialogue avec les réveils de type charismatique. Notons toutefois que, sur un point au moins, l'a. manquait de lucidité en refusant de faire de la foi le lieu de l’unio cum Christo, malgré les affirmations des deux grands Réformateurs sur ce point, mais avant tout de saint Paul.

Jean Ansaldi



[1]  [N.de l’éd. : Recension de cette brochure par A.S. dans le n° 7 du Christianisme social (1933), pp. 112-113. Texte reproduit en fin de document. Une autre recension de J. Ansaldi fut publiée par les Etudes Théologiques et Religieuses, 2 (1997), p. 325, à l’occasion de la réédition en 1996 de cette brochure de L. Dallière par l’Union de Prière. Texte reproduit en fin de document]


Date de création : 02/12/2016 @ 16:03
Dernière modification : 02/12/2016 @ 16:03
Catégorie : Ecrits de Louis Dallière
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